‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiques (volume 2)Chapitre 12 sur 20 · ARTICLE IV. — DE QUELQUES AUTRES QUESTIONS RELATIVES A · texte numérisé non relu

ARTICLE IV. — DE QUELQUES AUTRES QUESTIONS RELATIVES A

l’empoisonnement considéré sous LE RAPPORT DE LA Mɬ DECINE LÉGALE.

Lorsqu’à l’aide de nombreuses recherches, on est déjà parvenu à prouver qu’une personne est morte empoisonnée, on peut encore être consulté pour résoudré les deux questions suivantes : 1° Cette personne s’est-elle empoisonnée elle-même? 2“ Comment se fait-il qu’ayant été empoisonnée dans un repas où il y avait plusieurs individus, elle seule soit morte, tandis que parmi les autres, il én est qui n’ont rien éprouvé, et d’autres qui ont été à peine atteintes par la substance vénéneuse?

La solution de la première de ces questions repose entièrement sur des considérations morales qui sont plutôt du ressort des magistrats que de l’homme de l’art : aussi l’abandonnerai-je pour m’occuper de l’autre.

Pour résoudre celle-ci, il faut rechercher attentivement, 1“ quel est le mets qui a été empoisonné ; car il est possible que l’on découvre que c’est précisément de celui-là que la personne qui a succombé avait particulièrement mangé ; 2“ quelle est la , nature de la substance vénéneuse, et comment elle se trouve dans le mets, c’est-à-dire si elle y est tenue en dissolution, en suspension, ou bien si elle est inégalement répartie, telle portion en pouvant recéler une grande quantité , tandis qu’il n’y en a point ou qu’il y en a à peine dans telle autre partie ; 3° jusqu’à quel point l’estomac des différens convives pouvait se trouver rempli de substances solides ou liquides au moment où le mets empoisonné a été mangé : en effet, tout étant égal d’ailleurs, les ravages du poison doivent être beaucoup moins considérables, si l’estomac est plein , que dans le cas où il est vide, ce viscère, se trouvant en quelque sorte à l’abri de la substance vénéneuse, par les alimens qui l’enveloppent ou la divisent au point d’affaiblir singulièrement son action ; 4° quels sont les individus qui ont été en proie à des vomissemens et à des déjections alvines ; combien de temps, après avoir mangé du mets empoisonné, ces évacuations se sont-elles manifestées? Il est évident que, de trois individus ayant avalé la même quantité de substance vénéneuse, en supposant que toutes les autres circonstances soient égales, celui qui aura éprouvé des évacuations abondantes peu de temps après, sera moins atteint par le poison que celui qui n’a évacué que très tard, et, à plus forte raison, que celui qui n’a point vomi ou qui n’a pas eu de déjections alvines.

De V empoisonnement lent.

Les poisons les plus actifs peuvent être introduits dans l’estomac à une dose assez faible pour n’occasionner d’abord que de légères incommodités ; cependant, si l’emploi d’une pareille dose de ces substances vénéneuses est souvent réitéré, s’il a lieu, par

exemple, pendant plusieurs Jours de suite, il peut arriver, et il arrive fréquemment que les fonctions éprouvent un dérangement notable dans leur exercice -, les individus sont en proie à des symptômes fâcheux ; ils peuvent même succomber. G’est à l’ensemble de ces effets que l’on a donné le nom d’empoisonnement lent.

« Il peut se faire, dit Chaussier, qu’un homme ait pris une dose d’un poison irritant trop peu considérable pour le faire périr en peu d’heures, mais que cette dose, répétée à des intervalles plus ou moins rapprochés, entretienne un état presque continuel d’anxiété, de douleurs plus ou moins graves à l’estomac, à l’intestin , produise par intervalles des vomissemens, des déjections alvines de matières muqueuses, sanguinolentes, et amène l’extinction de la vie dans l’espace de dix, quinze ou vingt jours, et même plus (Notice sur les moyens de reconnaître le sulUmé corrosif).

P * Les expériences que j’ai faites sur les animaux, dans le dessein d’éclairer cette question difficile, m’ont prouvé que les accidens déterminés par de très petites doses d’une substance vénéneuse énergique, ont le plus grand rapport avec ceux que produit le même poison administré en assez grande quantité pour occasionner un empoisonnement aigu.

Le médecin, chargé par les tribunaux de donner son avis sur un cas de ce genre, doit examiner attentivement les symptômes, l’époque de leur invasion, leur progression successive, la constitution et les habitudes de l’individu, les circonstances physiques et morales dans lesquelles il a pu être placé, etc.; par ce moyen, il découvrira quelquefois que la maladie dépend d’une affection organique héréditaire, de l’abus de médicamens purgatifs ou autres, d’écarts dans le régime, etc. Quelle que soit son opinion sur la cause des accidens qu’il a observés, il ne prononcera affirmativement qu’il y a eu empoisonnement qu’ autant qu’il aura trouvé la substance vénéneuse , en agissant comme je l’ai prescrit à la page 937.

Page 1