‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiques (volume 2)Chapitre 15 sur 20 · L^ AMMONIAQUE · texte numérisé non relu

L^ AMMONIAQUE

PRÉCIPITÉS j

PAR LE BI-CHLOHÜRE; ï)’ ÉTAIN ET PiR j

^ l’ammoniaque, I

1 Vins de Bourgogne

Couleur de bronze foncé.

Bleu sale plus ou moids clair.

Gris foncé bleuâtre.

Bleu très foncé.

Vin de Mâcon.

Idem.

Idem, »

Bleu ou gris foncé

Vin de Bordeaux.

Idem.

Idem,

bleuâtre.

Baies de myrtille.

Olive foncé vu par réflexion.

Gris-ardoise.

Gris de fer foncé, j

Baies d’yèble.

Olive clair vu par réflexion.

Vert olive grisâtre.

Gris wrt bouteille.

Baies de troëne.

Vert foncé. *

Giis ardoise.'

Gris brun.

Bois deFernamboüc

Rouge violet.

Violet.

Rouge brun foncé.

Boisd’tnde. ^

.iste de vin très foncé.

Idem.

Brun foncé.

'Tournesol.

Bleu vu par réflexion, et rouge par réfraction.

Bleu d’azur clair.

Bleu d’azur foncé vu par réflexion.

De Veaw-de-vie et des liqueurs de tahle.

Ces liquides peuvent être altérés, i° par le poivre,^ le poivre long, le stramoine et l’ivraie, ajoutés dans le dessein de les rendre plüs sapides et plus enivrans. On reconnaît celte fraude ' en faisant évaporer les liqueurs dont je parle dans une capsule de porcelaine; si elles sont pures, leur saveur spiritueuse diminue, et finit par disparaître à mesure que l’alcool se dégage ; tandis que, ÿ elles contiennent des principes amers ou âcres, la saveur qui leur est communiquée par ces principes est d’autant plus marquée que Tévaporaiion a été poussée plus loin.

T Par le laurier-cerise, qui n’est pas nuisible, s’il y est en très petite quantité, mais qui peut occasionner des accidens graves lorsqu’il s’y trouve en assez forte proportion : on a quelquefois employé celte substance pour frelater l’eau-de-vie de grains et de pommes de terre. On s’assure de sa présence à l’odeur d’amandes amères qu’exhalent les liquides, et à la propriété qu’ils ont de précipiter du bleu de Prusse quelques heures après avoir été mêlés avec de la potasse, du sulfate de fer et de l’acide sulfurique, etc. (»oÿ. page 743).

3® Par des oxydes de cuivre et de plomh. Il est arrivé plusieurs fois que l’eau-de-vie préparée dans des vases de cuivre contenait de l’oxyde de ce métal dont on pouvait démontrer la présence par les'moyens indiqués à la page 442. L’oxyde de pJomh, dissous dans les a'cides faisant partie Kie l’eau-de-vie, et qui peut s’y trouver accidentellement, sera reconnu comme il a été dit à la page 471.

4“ Par l’alun^ danf le dessein de lui communiquer une saveur douceâtre et astringente. On découvre l’alun par les moyens indiqués à l’occasion du vin rouge {yoy. page 996).

5® Par les sels de fer. La liqueur précipite en bleu par le cyanure jaune de potassium et de fer, en violet foncé presque noir par Vinfusum alcoolique de noix de galle, et en vert ou en rouge par les alcalis.

6° On distinguera l’eau-de-vie obtenue par la distillation du vin , de l’eau-de-vie préparée avec de l’eau et de l’alcool , à la propriété qu’à la première de rougir le papier de tournesol, tandis que l’autre ne lui fait subir aucun changement; d’ailleurs, l’odeur de ces deux liquides n’est pas la même.

Le punch et les autres boissons chaudes que l’on acidulé quelquefois avec les acides minéraux, et notamment avec l’acide sulfurique, doivent être analysés comme je l’indiquerai en parlant du vinaigre, page 1003.

Du cidre.

Le cidre peut être altéré: i°par diverses matières colorantes, telles que les fleurs de coquelicot , les baies d’yèble, de sureau^ etc.; sa couleur est alors plus foncée, ce qui le fait paraître plus fort. L’addition des substances dont je parle est en général sans inconvénient , et peut être reconnue jusqu’à un certain point, en suivant le procédé que j’ai indiqué en parlant du vin (»oÿ. page 998).

2” Par l’eau-de-vie, dans le dessein de lui donner plus de force. On reconnaît cette fraude à l’odeur et à la saveur que l’eaude-vie communique au liquide. On avait pensé que le cidre mélangé d’eau-de-vie pourrait être facilement distingué de celui qui

n’en contient point, par la propriété qu’il a de donner de l’alcool lorsqu’on le chauffe à la chaleur douce du bain-marie; tandis que, disait-on, le cidre naturel ne perd son alcool que lorsqu’il est en pleine ébullition. Ce caractère n’est d’aucune valeur, car on sépare aisément l’alcool qui fait partie du cidre ordinaire, en le chauffant au bain-marie à la température de 65“ à 70°.

8® Par de la chaux, de la craie ou des cendres. On concevra facilement le but de cette sophistication lorsqu’on saura que plus le cidre est foncé en couleur, plus il passe pour être fort; que sa couleur est d’autant plus claire, qu’il est plus acide, et qu’il importe par conséquent’ de saturer les acides libres qu’il renferme par des substances alcalines ; enfin que, lorsqu’il a été long-temps en vidange, il éprouve la fermentation acide, et finit par contenir une telle" quantité de vinaigre, qu’il ressemble à de l’acide acétique étendu d’eau. — Il serait extrêmement aisé de découvrir dans.ce liquide la présence de la chaux ou de la craie que l’on aurait ajoutées pour le sophistiquer, si le cidre du commerce le moins frelaté ne tenait pas en dissolution un ou plusieurs sels calcaires : en effet, l’oxalate d’ammoniaque ferait naître sur-le-champ dans celui qui aurait été altéré par la chaux ou par la craie, un précipité d’oxalate de chaux, dont on pourrait retirer de la chaux vive par la calcination, tandis que le cidre sans mélange ne précipiterait point par ce réactif. Mais il n’en est pas ainsi ; constamment les meilleurs cidres sont troublés et précipités par l’oxalate d’ammoniaque, ce qui peut dépendre de la présence d’un sel calcaire dans le suc des pommes ou dans l’eau qui ont servi à la fabrication de la liqueur, et assez souvent des meules et des auges en pierre que l’on a employées pour diviser les pommes : à la vérité , le précipité produit par l’oxalate d’ammoniaque dans les cidres non frelatés par de la chaux ou de la craie, est peu abondant , tandis que le contraire a lieu lorsqu’on y a ajouté l’une ou l’autre de ces substances. Au reste, la sophistication dont il s’agit n’entraîne pas beaucoup d’inconvéniens, parce qu’en général la quantité de chaux employée est trop faible pour saturer tout l’acide du cidre, et à plus forte raison pour se trouver en excès dans la liqueur ; et s’il n’en était pas ainsi, le cidre serait tellement faible et plat, qu’il n’aurait aucun débit. — Il est

moins difficile de soupçonner l’addition des cendres ou de la potasse qui en font partie ; en effet, les cidres de bonne qualité ne contiennent qu’une peiite quantité de sels à base de potasse, et se troublent à peine par l’addition du chlorure de platine, tandis que ceux qui ont été mêlés avec des cendres précipitent en jaune serin par ce même réactif.

4° Par des préparations de plomb, telles que la céruse, la litharge, etc. Il suffit de laisser le cidre pendant quelques jours en contact avec la litharge pour qu’il en dissolve une quantité notable j et alors il peut résulter des inconvéniens graves de l’uaage d’une pareille boisson. Cette altération peut être l’effet de l’emploi d’un pressoir dont plusieurs parties sont revêtues de plomb ; elle peut tenir à ce qu’on a recueilli le jus des pommes dans des grandes auges en pierre composées de pièces dans l’intériedr desquelles on a conlé du plomb; enfin elle peut avoir été ffiite à dessein dans le but de saturer l’acide acétique surabondant, et de corriger la saveur désagréable des cidres («oÿ. p. WO pour la manière de reconnaître la présence du plomb).

De la bière. , ■

On falsifie quelquefois la bière en y ajoutant de la chaux, de la potasse; des matières végétales, etc. ; dans certaines circonstances aussi, celte bodsson contient des oxydes de cuivre ou de plomb provenant des vases dans lesquels elle a été cuite ou gardée. Je renvoie à l’art. Cidre pour les procédés qu’il faut mettre en usage lorsqu’il s’agit de constater dans la bière la présence des substances dont il s’agit: toutefois, il ne sera pas inutile de faire remarquer que la bière de bonne qualité doit offrir les propriétés suivantes :

1" Elle doit être transparente et nullement floconneuse ; sa saveur doit être aigrelette, alcoolique et légèrement amère.

2° Elle doit contenir une assez grande quantité de gaz acide carbonique pour faire une vive effervescence lorsqu’on la transvase.

3" Elle doit rougir le papier de tournesol ; lorsqu’elle agit fortement sur cette couleur, et qu’elle ne produit point d’écume quand on la transvase, elle a éprouvé la fermentation acide, et sa saveur est désagréable,

A^L’oxalate d’ammoniaqae,Tacé£ale de plomb et lechlorurede baryum doivent y déterminer des précipités peu abondans.

5“ Le chlorure de platine doit la troubler à peine, parce qu’elle ne renferme qu’une petite quantité de sels à base de potasse.

Du vinaigre.

Je crois devoir parler dans cet article : 1'^ des caractères qui distinguent le vinaigre de cidre du vinaigre de vin ; T des différences qui existent entre le vinaigre de vin distillé et non distillé ; 3“ du vibaigre de vin ou de cidre frelaté ; 4® des mélanges de vinaigre de vin et de vinaigre de cidre.

§ Caractères qui distingaeot le vinaigre de vin du vinaigre de cidre^

Le vinaigre de cidre présente à-peu-près les mêmes propriétés physiques que le vinaigre de vin blanc ; il offre cependant une légère saveur de pomme ou de poire que l’on ne retrouve point dans l’autre. L’eau de tournesol, l’azotate d’argent et les sels solubles de baryte agissent de la même manière sur ces deux vinaigres. L’oxalate d’ammoniaque précipite abondamment le vinaigre de cidre, tandis qu’il trouble à peine celui de vin. On observe le contraire avec l’acétate de plomb, qui donne un précipité beaucoup plus abondant avec lé vinaigre de vin ; Vinfusum alcoolique de noix de galle n’altère point la transparence de ce dernier, tandis qu’il trouble sensiblement le vinaigre de cidre, -

' Ces caractères étant insufflsans pour distinguer les liquides dont il s’agit, Je propose d’avoir recours au procédé suivant : on fera évaporer à une douce chaleur, dans une capsule de platine ou de porcelaine, 2 ou 300 grammes de vinaigre; lorsque la liqueur sera réduite au quart de son volume, on la versera dans un verre à expérience, et on la laissera refroidir ; le vinaigre de vin déposera une assez grande quantité de cristaux blancs, formés principalement de bi-tartrate de potasse (crème de tartre), tandis que le vinaigre de cidre ne fournira aucun dépôt salin ; et en effet, le sucre^q)ommes et de poires ne contient pas un atome de crème de tartre. Si, après avoir décanté et filtré le vinaigre de vin qui surnage les cristaux de crème de tartre, on le fait évapo-

rer de nouveau jusqu’à ce que la liqueur soit réduite au seizième de son volume primitif, on obtiendra encore des cristaux de bitartrate de potasse par le refroidissement ; le vinaigre de cidre, évaporé Jusqu’au même degré et refroidi, ne fournira aucun dépôt salin. Enfin si, après avoir séparé le vinaigre devin de la seconde quantité de crème de tartre cristallisée, on le fait évaporer jusqu’en consistance de sirop, il donnera un léger résidu jaunâtre, qui serait rouge, si le vinaigre de vin avait cette dernière couleur: ce résidu sera peu ahondant, à peine gluant, et d’une saveur forte simplement acide. Le vinaigre de cidre, réduit par l’évaporation jusqu’en consistance sirupeuse, fournira unrésidud’un rouge foncé, assez abondant, très gluant, et d'une saveur salée, peu acide, tenant de la saveur de pellicule de pomme.

§ II. Différences qui existent entre le vinaigre de vin distillé et celui qui ne l’a pas été.

Le vinaigre de vin non distillé est jaunâtre ou rouge ; celui qui a été distillé est incolore. Le premier contient de l’acide tartrique,et fournit un précipité de tartrate de plomb lorsqu’on le mêle avec de l’acétate de plomb ; le vinaigre distillé ne renferme point d’acide tartrique, et n’est point troublé par ce réactif.

§ III. Du vinaigre devin et de cidre frelatés.

Le vinaigre peut être altéré :

V'Par du poivre, de là moutarde, des graines de paradis, l’écorce de garou, la racine de pyrèthre, d’arum, etc., substances qu’on peut laisser pendant quelque temps en contact avec le vinaigre faible pour lui donner de la force et du montant. On reconnaîtra celte fraude en faisant évaporer le liquide dans une capsule de porcelaine à une douce chaleur, jusqu’à ce qu’il soit réduit au sixième de son volume ; on l’abandonnera à luimême pendant vingt-quatre heures , puis on le décantera pour le séparer des sels qui se sont déposés ; on le fera évaporer de nouveau jusqu’en consistance d’extrait mou. Cet extrait aura une saveur âcre, amère, eic.j si le vinaigre contient quelques-unes des substances dont je parle, tandis que sa saveur sera simplement acide, si le vinaigre était sans mélange.

Par des acides minérause, tels que les acides sulfurique,

chlorhydrique et azotique, que l’on aurait ajoutés dans le dessein d’augmenter l’activité du vinaigre.

A. Acide sulfurique (V. p. 80).

B. Acide chlorhydrique. On le ferait chauffer dans une cornue, à laquelle on adapterait un ballon qui renfermerait une petite quantité d’eau distillée ; le liquide, condensé dans le récipient, surtout s’il était recueilli vers la fin de la distillation, contiendrait du vinaigre et de l’acide chlorhydrique ; traité par l’azotate d’argent dissous, il fournirait un précipité de chlorure d’argent, blanc, caillebotté, lourd, insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique, soluble dans l’ammoniaque : preuve évidente de l’existence de l’acide chlorhydrique p. 103). C’est à tort que les auteurs ont conseillé, pour découvrir celte fraude, de verser l’azotate d’argent dans le vinaigre avant de l’avoir distillé ; car les vinaigres du commerce contiennent tous une certaine quantité de chlorures, et précipitent par conséquent par l’azotate d’argent : comment décider alors si le précipité est formé aux dépens de l’acide chlorhydrique qu’on aurait pu ajouter? On évite cet écueil en n’agissant que sur le liquide distillé à une douce chaleur, puisque les chlorures que le vinaigre peut .contenir ne passent point dans le récipient.

C. Acide azotique. On doit le saturer par de la potasse pure, et évaporer jusqu’en consistance de sirop épais : il se forme de l’acétate et de l’azotate de potasse ; on traite le magma par de l’alcool concentré, qui dissout l’acétate de potasse et quelques autres principes du vinaigre, et qui n’agit point sur l’azotate de potasse; on filtre, et on démontre la présence de cet azotate, comme il a été dit à la page 184. Je ferai observer seulement qu’il est possible que l’acide sulfurique eu dégage des vapeurs orangées au lieu de vapeurs blanches : cela tient à ce que l’azotate de potasse est mêlé à une certaine quantité des chlorures faisant partie du vinaigre, qui sont également décomposés par l’acide sulfurique, en sorte qu’il se produit du chlore et du gaz nniAe azoteux jaune orangé.

3“ Par du sulfate de fer ou de zinc dont on fait quelquefois usage pour clarifier le vinaigre. On emploie pour découvrir cette

altération les moyens que j’ai indiqués aux pages. 536 et 542, en parlant des dissolutions de fer et de zinc.

k° Par des f réparations de plomb, de laitout pour avoir

séjourné dans des vases formés parues métaux. On a recours an procédé dont j’ai fait mention à ‘l’occasion des vins'blancs frelatés par ces substances (F. p. 996).

§ IV. Des mélanges de vinaigre de vin et de vinaigre de cidre.

Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de rècoonaitrë la présence d’une petite quantité de vinaigre de cidre dans le vinaigre de vin ; mais il n’en serait pas de mêmé si le premier se trouvait en assez forte proportion dans le mélange: on ferait évaporer cohiparativement un litre de ce mélange et un litre de vinaigre de vin ; la quantité de cristaux de crème de tartre fournie par ce dernier serait beaucoup plus considérable : la matière sirupeuse obtenue dans l’un et dans l’autre Cas présenterait aussi des caractères différens {F. ce qui a été dit en parlant des résidus de l’évaporation du vinaigré de cidre et de vin, p. 1003\

Du vinaigre de bois.

te vinaigré obtenu en distillant le bois, ensâturànt par le eàrboûàte de chaux l’acide pyrolignéüx provenant dé cetté distillation, en décomposant l’acétate de chaux par ïé sulfate de soude, et en traitant par l’acidé sulfurique racétâte de soude produit contiendra de V acide arsénieuse, &\ l’acide sulfuriqüe employé était arsenical. Il a été reconnu par M. Chevallier qu’un échantillon de vinaigre dé bois destiné aux usages alimentaires renfermait 4 grammes 80 centigr. d’acétate de soude pour 100 et près de cinq centigrammes d’acide atsénieüsû . S’il s’agissait de démontrer dans le vinaigre dé bois la présente de ce poison, on ferait évaporer la liqueur dans une capsulé de porcelaine presque jusqü’à siccité, on traiterait le résidu par l’eau distillée à la température de l’ébullition, on filtrerait et l’on introduirait la liqueur dans l’appareil de Marsh modifié, dont j’ai donné le premier la description {V. p. 258). On ne comprend pas pourquoi,

dans cette espèce, M. Chevallier propose d’ajouter à cèt appareil si simple, le vase condensateur de MM. Flandin et Danger, dont personne ne s’est jamais servi, dont l’Institut n’a point voulu, et qui en réalité ne sert qu’à compliquer l’opération.

Des honhons colorés.

Déjà à plusieurs reprises, surtout avant l’ordonnance de policé publiée èn 1831, des experts ont été requis pour déterminer quelle pouvait être la nature de la matière colorante vénéneuse de certains bonbons, qui avait donné lieu à des symptômes d’empoisonnement, quelquefois assez graves. Il résulte dés diverses analyses faites à cet égard, qite les substances employées jusqu’à ce jour pour colorer ces dragées en jaune, sont le chromatede plomb, le jaune de Naples, le sulfure d’ârsenic et la gomme gutte; en vert, l’arsénite de cuivre oüun mélange d’indigo et de chromate de plomb; en rouge, le vermillon ou le minium; en hlm, le carbonate ou l’oxyde de cuivre et les cendres bleues; en. pourpre ou en violet, l’orseille ; quelquefois aussi on fait usage de carbonate de plomb (céruse)pour les bonbons candis. Parmi ces substances, toutes céllès qui appartiennent au règne minéral peuvent être aisément décelées en les isolant au moyen de l’eau, ainsi que je l’ai indiqué en parlant dé l’arsénite de cuivre et du chromate de plomb p. Sli8)j et en les soumettant à l’action des réactifs propres à les faire reconnaître chacun de ces poisons en particulier). Gomme Elle serait en partie dissoute dans l’eau avec laquelle on laverait la surface du bonbon ; la dis^ solution aqueuse; de couleur jaune, étant évaporée jusqu’à siccité, donnerait Un produit soluble dans l’àlcoôl êtdansla potasse, et il suffirait d’ajouter à la dissolution alcaline un peu d’acide pour en précipiter une matière d’un très beau jauhe soluble dans un excès d’acide, h'orseille contient de rurine putréfiée avec laquelle elle a été préparée, et quelquefois dé l’acide arsénieux et du bi-oxyde de merCure.

Mélange df indigo et de chromate deplomh. D’après M. Dévergie, il faudrait, après avoir lavé à l’aide d’un pinceau fin eTdé l’eau la surface du bonbon (F. p. 3à8), délayer la râpure dans une

assez grande quaniiié d’eau et laisser précipiter le chromate de plomb que l’on reconnaîtrait aux caractères indiqués à la p. 483, tandis que l’indigo resterait suspendu dans le liquide; en décantant rapidement celui-ci, on pourrait s’assurer qu’il renferme de l’indigo, parce qu’il est bleu, qu’il est instantanément décoloré par le chlore, qu’il est insoluble dans l’eau, et qu’en le chauffant avec quelques gouttes d’acide azotique, il prend une teinte jaune brunâtre.

Indépendamment des accidens produits par la matière colorante de certains bonbons, il est arrivé quelquefois que des enfans ont été empoisonnés pour avoir sucé le papier coloré qui enveloppait immédiatement les dragées; c’est qu’en effet, ces papiers étaient colorés avec les substances nuisibles qui viennent d’être signalées. On parviendrait aisément à reconnaître la matière colorante de ces papiers, en ayant égard à cp qui précèdent à ce qui a été dit à l’occasion de chaque poison en particulier.

DE LÀ FALSIFICATION DES ACTES, DES ÉCRITURES, etc.

La falsification des actes et des écritures a pour objet de substituer à ce qui a été écrit ce que l’on a intérêt à placer sur l’acte. Pour cela, on a tour- à-tour éu recours :1° au grattage du papier et à l’application sur les parties grattées, d’une couche de sandaraque ou de colle, substances qui empêchent l’encre de s’étendre et qui par conséquent permettent aux faussaires d’écrire sur les portions grattées ; 2° au lavage opéré par des agens chimiques et notamment par le chlore et par l’acide chlorhydrique : le premier de ces corps, en détruisant l’acide tannique de l’encre, fait disparaître celle-ci, et ne laisse sur le papier que l’oxyde de fer à peine visible ; Facide chlorhydrique fait plus, il dissout cet oxyde de fer, et ne laisse plus de trace de l’écriture. Les soins de l’expert doivent donc tendre à reconnaître si l’acte a été gratté, si les portions grattées ont été enduites de sandaraque, d’alun ou de colle, si le chlore a été employé, et s’il reste de l’oxyde de fer à la place où était l’écriture; enfin, si l’on a fait usage d’acide chlorhydrique; il faut surtout qu’il fasse renaître les caractères effacés.

Grattage. Le plus souvent, l’opération du grattage fait apercevoir quelques filamens et un certaine différence dans la texture et dans le grain du papier ; l’amincissenaient de celui-ci dans les points grattés peut déjà trahir l’altération. A la vérité, pour empêcher l’encre de s^étendre sur le papier, on répand ordinairement sur les portions grattées un peu d’alun ou de sandaraque en poudre que l’on y fait adhérer et que l’on fait même pénétrer à une certaine profondeur au milieu des fibres parle frottement; alors on ne voit pas immédiatement les altérations ; mais quand par des moyens particuliers on enlève ces substances, le caractère du papier gratté se présente plus sensible peut-être que si Ton n’avait rien déposé à sa surface.

Lavage. Il offre des difficultés. Tout papier destiné à recevoir l’écriture, dit M. Gaultier de Claubry, est collé, c’est-à-dire qu’il contient des substances qui le rendent impénétrable au liquide, et, par conséquent l’empêchent de boire : or, lorsque, pour faire disparaître des caractères ou des portions de caractères tracés sur du papier, on l’imbibe dans une partie plus ou moins grande de son étendue avec divers liquides, souvent la colle se sépare ou se détruit et le papier devient buvard. Pour compléter ou remplacer les caractères, on est obligé de rendre dans ces points au papier une matière collante ; et, comme l’imbibition ne peut pas en être aussi uniforme que dans \e collage fait lors de la confection du papier, des caractères particuliers rendent sensibles ces différences, et l’expert en profite pour reconnaître l’altération.

Jusqu’à l’invention du papier le papier était toujours

collé avec une dissolution de gélatine, dans laquelle on plongeait à-la-fois un certain nombre de feuilles, que l’on exposait ensuite à la dessiccation dans un courant d’air. Mais le collage du papier continu se fait dans la cuve même, en mélangeant avec la pâte de chiffon les substances qui doivent rendre le papier imperméable. La base de ce collage est un savon d’huile, de résine ou de cire et d’alumine ; mais le prix élevé de la cire en fait restreindre l’emploi aux papiers surfins. On y ajoute une quantité convenable de fécule de pommes de terre.

Il résulte de ces différences dans la nature de la colle employée

iOlO —

pour la fabrication, que le papier à la main diffère de celui qui a été fait à la mécanique, en ce que le lavage plus faci¬

lement la colle de gélatine que le mélange de savon, de résine et de /ëcw/e. D’un autre côté, s’il est possible de rétablir partiellement le collage du papier à la gélatine, il est à peine possible, au contraire, de faire la même opération avec le mélange qui sert au collage à la cuve : d’où il résulte que, dans le premier cas, 011 reconnaîtrait beaucoup plus facilement l’altération, soit parce que des taches seraient résultées de la superposition de l’encollage à la résine, soit parce que, si l’on avait tenté de coller à la gélatine les points lavés, la différence de nature de la matière employée serait facile à reconnaître au caractère suivant :

La gélatine Sé colore en jaune au contact de Tiode, tandis que rencollagé dans lequel etttré dé là fécule prend Uhe teinte bleue sous l’influèncè dè cë réâétif. Lé papier prendrait donc unë teinte jaunâtré' là où se trouverait de là gélatine, et une teinte plus ou moins violette ou bleue dans les points ou ii aurait été fait un collage à là cuvé.

ÉxamenpKy signe des actés. Le but qu’on se propose en faisant cet examen est de reconnaître si le papien n’a pas été gratté, s’il n’y a paS de différence dans la couleur des diverses parties du papier qui ont reçu l’acte, si ce papier h’a pas été collé partiellement, etc. On .prend racte argué de faux ; on examine

toutes ses parties à l’àidé d’une forte lôupé, pour voir 1» si l’on n’âpérçoit pas quelques parties qui auraient été déchirées , égratignées ou amincies , ou bien quelques parties luisantes ou tachées ; 2“ si la couleur de l’encre employée est la même pour chacun des corps d’écriture qui doivent êtré éxàmînés en particulier ; 3° si l’écriture est aussi pleine dans toutes lêS parties, et s’il n’existe pas quelques parties Où le corps de récriture soit plus large ou plus resserré ; à" si la couleur du papier est exactement la même dans toute la feuille, où si l’on n’y remarqué pas des taches qui puissent être attribuées, à tort ou à raison, à la vétusté; alors il faut reconnaître et établir la disposition de ces taches, par rapport à la manière dont le papier a été plié.

Si le papier gratté a été collé, ce collage partiel peut être aperçu, parce qu’il donne au papier une physionomie toute particu-

lière; ce collage rêconüu, il est facile de s’assurer de ce ttavail par d’autres expériences que je décrirai plus bas. Souvent l’encre employée par le faussaire pour faire le raccord, n’est pas la même que l’encre dont on avait fait primitivement Usage • et quand même elle ne serait pas différente, elle pourrait être modifiée par les opérations que l’on aurait fait subir au papier, afin de détruire l’écriture primitive] il arrive même què cètte aîtératidn| qui n’est pas apparente au moment de la falsification, le devient après quelques Jours ou après quelques semaines. Si l’on remarque que les pleins de l’écriture sont plus larges, on doit réchercbèr si ces endroits n’ont pas été encollés, la cdllë étendue sur le papier lors du raccord permettant à l’écriture dë s’élargir. Si, au contrairej le plein était moins large, il faudrait examiner s’il n’y a pas- eu grattage, et si cet amincissement dé trait n!ést pas dû àl’emploi de la sandaraqüe où d’un autre corps résineux. — L’examen des tâches peut enCofè donner quelques îndications, car il y a de la différeneè entre un papier enfüme et vieux, et un papier sali çâr suite de lavages f dans ce dernier’ cas, les taches sont formées 'd’auréoles plus ou moins étenduês, dont les divers cercles sont plus Ou moins colorés • Ces cercles deviennent souvent plus apparens, lorsqu’on expose la pièce à une dOUcé chaleür ( quelquefois encore le papier, au lieu d’être tâché, est décoloré pàr places. L’expert doit recherchér quelle est là cause de Cette décoloration partielle:- ; i

On doit encore, et surtout en plaçant l’acte entre l’œil et la lumière, examiner si l’on n’aperçoit pas des traces d’amincissement dans les diverses parties du papier qui â reçu lë corps de l’acte. Il faut, en outre, établir si le papier a la longueur déterminée par les lois, et s’il n’a pâs été rogné ou ébarbé.

Éæamen chimique. Par Veau. VewL distillée peut être d’une grande utilité pour reconnaître des actes falsifiés par le grattage ou par les moyens c\\vmcixxé&. Procédé. On placé l’acte sur une feuille de papier blanc et bien propre; on mouille avec un pinceau et peu-à-peu toutes les parties de l’acte , en examinant la manière dont le liquide se eomporté lorsqu’il est en contact avec le papier. Il résulte d’expériences nombreuses, que le papier aminci, soit par le grattage, soit par le lavage, absorbe

l’eau en beaucoup moins de temps, même lorsque ce papier a été collé, la colle ajoutée après une opération de falsification ne s’incorporant pas à la pâte du papier comme celle qui a été introduite dans l’opération du collage à la cuve. Il est même arrivé que l’on a pu faire reparaître des lettres qui, ayant absorbé l’eau, étaient devenues semi-transparentes, de façon qu’on pouvait lire les mots en entier.

L’opération du mouillage est surtout décisive, lorsque le texte des actes falsifiés a été écrit avec de l’encre très acide sur un papier contenant un carbonate calcaire : cette encre, en attaquant le sel calcaire, amincit le papier, de façon que si le falsificateur enlève les sels ferrugineux déposés sur le papier, il est facile de reconnaître les traces et même les lettres et les mots qui formaient l’écriture primitive.

Pour bien étudier l’action de l’eau, il est convenable d’y revenir à plusieurs reprises : ainsi, après avoir mouillé le papier une première fois, on le laisse sécher, et on recommence l’opération.

l’épar l’alcool. On emploie ce corps pour reconnaître le grattage lorsqu’il a été suivi de l’emploi de corps résineux pour masquer les résultats de cette opération ; en èffet, l’alcool dissout la résine. Procédé, On imbibe l’acte placé sur une feuille de papier blanc avec de l’alcool pur dont on a trempé un pinceau. Si l’acte a été gratté, puis enduit de résine, on remarque que l’écriture placée sur l’endroit gratté s’élargit et pénètre davantage le papier. On peut encore placer le papier entre l’œil et la lumière, et on voit en quel endroit le papier a été aminci. Il est nécessaire dans cette opération que le papier ne sèche pas trop vite. Pour obtenir ce résultat, on a soin, lorsque le papier est bien mouillé avec l’alcool , de le renfermer dans un cahier de papier blanc, afin que la dessiccation ait lieu plus lentement, et que l’action soit plus marquée.

Des falsificateurs plus habiles mettent tout à-la-fois la colle et la résine en usage. Il faut alors avoir recours à l’eau et à l’alcool. Pour cela on fait tremper l’acte, placé sur une feuille de papier propre, dans de l’eau tiède, en prenant des précautions pour ne pas le froisser. On le relire de l’eau , on le laisse égoutter et sécher, puis on l’imbibe d’alcool. L’eau délayant la colle, l’alcool

dissolvant la résine, il en résulte que l’encre ajoutée sur les places grattées s’étend et fait apercevoir le travail des falsificateurs.

Il ne faudrait pas conclure de ce que l’alcool employé a dissous une matière résineuse précipitable par l’eau, que l’on a dû nécessairement faire usage d’une résine pour masquer les résultats du grattage; car aujourd’hui la plupart des fabricans de papier se servent d’iin savon de galipot pour remplacer la colle : on conçoit en effet qu’avec de pareils papiers l’alcool fournira toujours un solutum résineux, lors même qu’il n’y a point de fraude ; mais dans ce cas on pourra s’éclairer en examinant par l’alcool diverses parties du papier, celles, par exemple, où rien ne peut faire soupçonner qu’elles aient été falsifiées ; toutes ces parties se comporteront avec l’alcool, comme celles où l’on soupçonne la fraude, si le papier a été collé avec le savon résineux de galipot.

Par le papier de tournesol. L’altération des écritures parle lavage étant le résultat de l’emploi d’agens chimiques qui jouissent, pour la plupart, de la propriété de rougir le papier de tournesol, ou qui acquièrent cette propriété après ou pendant l’opération, il est rare, et même presque impossible, que le falsificateur puisse, sans détruire en partie le papier, laver assez exactement l’acte ou la partie de l’acte sur laquelle il a opéré pour enlever tout l’acide. Il a tellement à craindre d’altérer la texture du papier, que les précautions qu’il est obligé de prendre fournissent plus tard des armes contre lui. Cette petite quantité d’acide qui n’a pas été enlevée par le lavage peut alors indiquer à l’expert la place où la falsification a été opérée. Procédé. On prend une feuille de papier de tournesol légèrement colorée en bleu, et préparée depuis quelque temps. On a soin que cette feuille soit aussi grande que l’acte à examiner. On mouille légèrement l’acte* et la feuille de papier ; on les applique ensuite l’un contre l’autre ; on les met entre deux mains de papier ; on recouvre d’une planche, et à l’aide d’un poids ou d’une presse , on donne une légère pression. Au bout d’une heure, on sépare l’acte de la feuille de papier de tournesol, et on examine si la couleur qui existe sur ce papier a viré également sur toute la surface , ou si cette action est plus ou moins pronon-

çée dans quelques-unes de ses parties; souvent le lieu où le pas sage de la couleur bleue à la couleur rouge est plus intense, indique la place où existait l’alfération de l’acte.

Si l’on soupçonne que cette altération ait été produite par une substance qui ait pu laisser sur l’acte une certaine quantité d’un alcali, on emploie, au lieu d’une feuille de papier bleu, une feuille de papier de tournesol, dont la couleur bleue a été amenée au rpuge par un acide faible, et on agît comme Je l’ai dit. L’emploi de ce papier indique encore les connaissances plus étendues de quelques falsificateurs, qui ont soin d’enlever l’excès d’acide à l’aide d’un alcali; mais ce qu’il y a de rassurant pour la plupart des falsificateurs, c’est que souvent ce sont les excès de précautions qui font reconnaître la fraude.

On peut encore examiner quel est l’alcali qui a donné lieu au rappel de la couleur du tournesol au bleu : il faut pour cela laver l’acte avec un peu d’eau distillée, puis faire évaporer le produit pour examiner la nature du résidu. Cette opération , pratiquée lors d’un procès des héritiers Lesurques, démontra quç les altérations n’étaient pas le résultat du contact de l’acte contre un mur salpêtre (comme on l’avançait) : en effet, ce résidu était composé de chlore et de potasse, et ne contenait ni chaux ni acide azotique.

Par ï acide gallique. Il arrive souvent que, par les moyens déjà indiqués, on ne peut pas démontrer l’altération d’un acte; alors il faut recourir à l’acide gallique. Procédé. On place l’acte sur une feuille de papier blanc, nt, à l’aide d’un pinceau en cheveux trempé dans un solutum aqueux d’acide gallique, on en imbibe toute la surface, en ayant soin de passer légèrement avec le pinceau et de ne pas appuyer ni frotter. Lorsque la surface est bien imbibée , on laisse reposer pendant une heure, puis, après que cet espace de temps s’est écoulé, on examine l’acte pour voir quels sont les résultats de ce mouillage ; on mouille ensuite une seconde fois, et on laisse en contact, pour n’examiner que le lendemain ce qui s’est passé. Quelquefois, dès la première imbibition, l’acide gallique fait renaître des lettres ; d’autres fois les traces d’écriture ne se laissent apercevoir que le lendemain ; il est des cas encore où ces traces ne reparaissent qu’après un grand nombre d’imbibitions et après un laps de temps considéra-

ble : par exemple, de dix jours à un mois et plus. Il faut donc que rexpèrt chargé d’examiner un acte n’àillé pas de prime abord, et parce que l’écriture ne reparaîtrait pas aussitôt après son lavage, affirmer que l’acte n’a pas été altéré. Il doit de temps à autre renouveler les imbibitions, ce qui peut se faire dans le cabinet du juge d’instrüction, puis remettre l’examen de cet acte à un temps plus éloigné. Ôn conçoit aisément la manière d’agir de l’acide gallique : sans action sUr l’encre, il n’attaque en aucune manière l’écriture substituée par le faussaire ; mais jouissant de la propriété de se combiner avec l’oxyde de fer qui reste à la place de l’écriture que le falsificateur a effacée avec le chîorej il se combine avec cet oxyde et produit un composé violet, en sorte que les caractères effacés apparaissent au-dessous de ceux qu’op a voulu leur substituer. Que si, par hasard, tout l’oxyde de fer avait été enlevé par un acide, comme l’acide chlorhydrique, l’acide gallique ne pourrait plus faire paraître les caractères. Quant à l’acide }iydrosutfoeyanique, (i\û, à raison de sa sensibilité pour déceler les sels de fer, pourrait peut-être être régardé coffime un excellent moyen de faire reparaître l’écriture effacée , je dirai qu’il n’en est pas ainsi^ et qu’au contraire il ne faut jamais y recourir : 1° parce qu’il produit une tache rouge , sans faire re~ faraitre V écriture. effacée, lorsqu’on l’applique sur des parties dont l’encre a été détruite par le chlore • 2“ parce qu’il agit de même sur les portions de papier sur lesquelles rien n’a été écrit, ce qui dépend de l’Oxyde dé fer contenu dans le papier.

Il est essentiel de prendre la précaution, lorsqu’un acte fait titre ou pièce de conviction, de faire un essai primitif sur l’une des parties de l’acté, et si cet acte sè tachait de manière à faire craindre qu’il ne devînt illisible, comme cela arrive quelquefois, de demander au tribunal, avant d’opérer, qu’une copie figurée de l’acte soit faite et puisse représenter l’acte s’il était altéré pendant le cours des opérations , effet qui pourrait être du à ce que les sels qui formatent la base de l’encre enlevée auraient été dissous par les agens employés à la falsification et répandus sur le papier, ou à ce que le papier lui-même contiendrait de l’oxyde ou dès sels de fer. Voyez, pour plus de détails, le mémoire de M. Chevallier.)

Moyens de ■prévenir la falsification des écritures.

On arrivera infailliblement à ce but, en se servant d’une encre indélébile préparée en dissolvant l’encre de Chine (1) dans l’acide chlorhydrique amené à 1°, 5, ou à un degré, si on doit employer du papier très fin et peu collé. Cette encrée résiste aux réactifs les plus puissans, et ne disparaît point par un lavage à l’eau, prolongé avec une éponge. On prépare encore une variété d’encre parfaitement indélébile en délayant l’encre de Chine avec de l’acétate acide de manganèse : l’écriture, dans ce cas, a besoin d’être exposée à la vapeur de l’ammoniaque liquide.

Mais comme il est à craindre que dans bien des cas on fasse encore usage de l’encre commune, les papiers de sûreté, bien qu’ils n’offrent pas à beaucoup près les garanties que l’on trouve dans les encres indélébiles , peuvent cependant rendre les faux plus rares et plus difficiles : il est donc utile de n’employer désormais que des papiers confectionnés comme je vais le dire. (Rapport fait à l’Institut, par d’Arcet, en 1831 .)

Moyens propres à empêcher le blanchiment frauduleux des vieux papiers timbrés.

1“ On fera imprimer au cylindre, sur tous les papiers soumis au timbre, une vignette gravée au tour à guillocher, qui serait placée à droite des timbres, au milieu et sur la longueur de chaque feuille ; 2° on emploiera pour cette impression une couleur ayant pour base le précipité noir qui se forme dans les chaudières à teinture des chapeliers, ou l’encre elle-même, convenablement épaissie à la manière des fabriques de toiles peintes ; 3“ enfin, on donnera aux papiers timbrés une date légale que l’on obtiendra, soit en la gravant sur les vignettes ou sur les timbres, et plus simplement encore en faisant tourner chaque année sur lui-même le timbre sec, dont toutes les feuilles de papier timbré doivent porter l’empreinte (même rapport).

(1) L’encre de Chine s’obtient avec du noir de fumée léger ^ une colle préparée Vgélaline bouillie), précipitée par la noix de galle, et le précipité redissous par l’ammoniaque, enfin du musc ou un autre aromate.

Des écritures tracées avec des encres de sympathie ou autres substances analogues.

Soit dans un but coupable, soit pour toute autre cause, des individus écrivent quelquefois au moyen de substances qui ne laissent apercevoir directement aucune trace, et les chimistes sont parfois appelés à examiner du papier que l’on soupçonne êiré dans ce cas.

En humectant avec soin le papier placé sur une lame de verre, le recouvrant avec une autre lame, et, l’examinant par transmission de la lumière, on peut lire tous les caractères qui auraient été tracés avec une poudre incolore délayée dans l’eau seule ou additionnée d’une très petite quantité d’une substance gommeuse ou mucilagineuse.

En admettant que l’on n’ait pas fait usage de substances qui fournissent une couleur par leur contact avec l’eau, les points sur lesquels on a tracé des caractères paraissent autrement opaques ou semi-transparens .que la masse du papier, et l’on parvient quelquefois ainsi à lire avec assez de facilité tous les caractères.

Les sels de cobalt étendus et le jus d’oignon ne laissent pas une teinte sensible quand on les dépose sur le papier ; la chaleur suffit, en les concentrant, pour donner aux premiers une couleur bleue, au second une teinte jaune brune très facile à constater; mais ces moyens, trop vulgaires, sont rarement employés : du reste , ces teintes disparaissent immédiatement par l’humidité.

La chaleur fait aussi paraître, mais pour les laisser indélébiles, les caractères tracés avec de l’acide sulfurique étendu, qui, en se concentrant, charbonne le papier.

Si on avait écrit avec de l’acétate ou un autre sel de plomb soluble, l’acide sulfhydrique ferait apparaître immédiatement les caractères : dans ce cas, on plonge le papier à examiner dans une cloche ou un vase profond, dans lequel on a fait dégager du gaz sulfhydrique, ou au fond duquel on a versé deux ou trois gouttes de sulfhydrate d’ammoniaque. La couleur noire du sulfure de plomb fourni permet de lire le tracé, K même que l’on lit. 63

n’aurait employé qu’une dissolution de plomb très étendue. L’infusion de noix de galle ou la décoction d’écorce de chêne ou de sumac, employée très faible, ne présente pas de teinte sensible; mais en humectant le papier avec une dissolution d’un sel de fer, on voit apparaître immédiatement la couleur de l’encre. Si l’écriture est traitée avec du ferro-cyanure de potassium, le même effet a lieu, seulement, au lieu d’une couleur noire, on en â une bleue.

Des correspondances ont été quelquefois entretenues an moyen d’écritures tracées, par l’un de ces moyens, entre les lignes d’un écrit quelconque : l’emploi des réactifs que je viens de signaler permettrait de les déchiffrer (Gaultier de Claubry. Médee. légale de Briand, p. 766).

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