‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiques (volume 2)Chapitre 16 sur 20 · DE LA FAUSSE MONNAIE · texte numérisé non relu

DE LA FAUSSE MONNAIE

Les magistrats réclament assez souvent les lumières des chimistes, lorsqu’il s’agit de déterminer si des monnaies sont fausses, pour que je me croie obligé de traiter ce sujet dans un ouvrage essentiellement destiné à faciliter la solution des diverses questions médicales et chimiques qui peuvent intéresser les tribunaux.

Tl existe en France trois espèces de monnaie, \t% pièces rf’orde 40 fr., de 20 fr., les doubles louis de 47 fr. 20 cent., et les louis simples de 23 fr. 55 cent. ; 2° les pièces d'argent de 5 fr., de 2 fr., de 1 fr. , de 50 c., de 25 c., les écus de 5 f. 8Ac. (dits écus de 6 fr.), et les écus de 2 fr. 75 e. (dits écus de 3 f.); 3° la monnaie de billonde la valeur de 10 cent. (2 sous).

Monnaies d'or. Ces monnaies doivent contenir d’après la loi 900 parties d’or, ou de fin, et 100 parties de cuivre ou d’un alliage d’argent et de cuivre ; toutefois, comme il est impossible d’arriver par l’opération de la fonte au titre mathématique de 900 millièmes d’or,, on a accordé aux directeurs des monnaies quatre millièmes de tolérance par gramme, en sorte que l’on peut trouver des monnaies contenant depuis 898 millièmes d’or jusqu’à 902 inclusivement.

Les monnaies d’or peuvent être altérées, 1° parce qu’elles contiennent moins d’or et plus de cuivre ou d’alliage ; 2° parce qu’elles sont presque entièrement formées d’un métal étranger sur lequel on a appliqué une feuille d’or. A. Monnaies contenant moins d’or et -plus de cuivre ou d’alliage. Pour déterminer le titre de ces monnaies, on procède successivement à Vinquartation, à la coupellation et au départ. inquartation consiste à allier à la pièce de monnaie, au moment de sa, coupellation, une quantité d’argent telle que le bouton de retour, c’est-à-diré celui qui reste dans la coupelle après la Coupellation, présente un alliage dans lequel l’argent forme les trois quarts delà masse ; sans cette opération, la petite quantité d’argent contenue dans la pièce ne serait point dissoute ultérieurement par l’acide azotique, parce que l’or, dominant de beaucoup, recouvrirait ce métal, et le défendrait de l’action de l’acide. Pour savoir quelle sera la quantité d’argent à employer pour l’inquartation, il faudra commencer par déterminer approximativement le titre de la pièce de monnaie, c’est-à-dire la proportion d’or qu’elle renferme; il suffira alors d’ajouter trois fois autant d’argent pur que l’on aura trouvé d’or (^F. l’Art de l’Essayeur par M. Ghaudet, Paris, 1835). La coupellation a pour objet de priver la pièce de monnaie du cuivre qu’elle renferme; on la pratique dans une coupelle à Laide d’un fourneau de ce nom ; pour cèla on met dans la coupelle une quantité de plomb qui varie suivant le titre de la monnaie. Pour un demi-gramme de monnaie composée de 9 p. d’or et d’une de cuivre, on emploie 5 grammes de plomb ; lorsque ce métal est fondu , on y porte le demi-gramme de monnaie et l’argent nécessaire pour opérer V inquartation} pendant celte opération, l’oxygène de l’air transforme le plomb ajouté, et le cuivre de la pièce de monnaie en, oxydes qui sont absorbés par la coupelle, en sorte qu’à la fin de l’essai il ne reste qu’un bouton, composé de l’or et de l’argent contenus dans la pièce, plus, de l’argent de l’inquartation. Le départ a pour objet de dissoudre tout l’argent sans toucher à l’or; on le pratique en faisant bouillir le bouton pendant vingt minutes avec de l’acide azotique marquant 22 degrés à l’aréomètre de Baumé, en décantant la liqueur, puis en faisant bouillir pendant dix minutes 63,

la poriioh non dissoute avec de l’acide azotique marquant o2 degrés ; parce moyen tout l’argent se trouve dissous à l’état d’azotate, et l’or reste. Si le cornet de retour ou l’or restant est audessous de 898 millièmes, la pièce à examen est fausse, parce que c’est la dernière limite que prescrit la loi.

B. Monnaies presque e^itièrement formées d'un métal étranger sur lequel on a appliqué une feuille d'or. On sait qu’un gramme d’or fin vaut 3 fr. hk c., tandis que le gramme d'argent ne coûte que 22 cent, et le gramme de platine 1 fr. ; d’où il suit que les faussaires trouvent de l’avantage à fabriquer des pièces d’argent ou de platine dorées ; c’est surtout le platine, dont le poids spécifique diffère peu de celui de l’or, qu’ils emploient; ils procèdent tantôt en rapportant sur un fan de platine à Taide de soudure, les deux surfaces et le cordon d’une bonne pièce d’or, tantôt en frappant un fan de platine, préalablement recouvert d’une feuille d’or; dans ce dernier cas, ils font quelquefois usage, au lieu d’une lame d j platine, d’une spirale de fils de ce métal qu’ils pressent bien les uns contre les autres ; ils appliquent ensuite une coucbe de poudre d’étain et par-dessus celle-ci une feuille d’or; lorsqu’on chauffe, l’étain fait l’office de soudure et facilite l’adhésion de l’or; il ne s’agit plus alors que de soumettre la pièce à l’action du balancier.

Parmi les moyens qui peuvent faire reconnaître la fraude, la coupe de la pièce occupe le premier rang ; en effet on s’aperçoit bientôt que la surface seule est en or, et l’on détermine aisément par l’acide azotique ou par l’eau régale si le métal étranger est de l’argent ou du platine. Si, pour diminuer le poids spécifique du platine on avait préalablement allié celui-ci avec un peu d’argent, on pourrait reconnaître la fraude en traitant un demigramme de la pièce par deux grammes et demi d’eau régale , préparée avec un gramme et demi d’acide chlorhydrique, demigramme d’acide azotique et demi-gramme d’eau distillée ; il suffirait de l’action d’une.douce chaleur pendant dix minutes pour dissoudre l’or et l’argent ainsi qu’une petite quantité de platine; la majeure partie de celui-ci resterait indissoute et pourrait être séparée de la liqueur par la simple décantation ; il ne s’agirait plus que de la laver à l’eau distillée, de la dessécher et de la pe-

^er. La dissolution, d’un jaune orangé, étendue d’eau, laisserait précipiter tout l’argent à l’état de chlorure, dont on séparerait l’argent à l’aide d’un peu de carbonate de soude et du chalumeau. Le liquide, débarrassé du chlorure d’argent et filtré, serait mélangé avec du sulfate de protoxyde de fer pulvérisé jusqu’à cequ’il cessât de se troubler ; l’or, très divisé, se déposerait et pourrait être recueilli par décantation : il faudrait toutefois le laver d’abord avec de l’eau acidulée par de l’acide chlorhydrique, puis avec de l’eàu chaude, et le calciner jusqu’au rouge cerise, afin de lui donner la couleur de l’or mat. Enfin la dissolution restante, dans laquelle se trouverait encore la petite quantité de platine dissous, serait concentrée par l’évaporation et traitée par un solutum de chlorhydrate d’ammoniaque;' le précipité de chlorure d’ammoniaque et de platine, lavé avec de l’eau alcalisée, en petite proportion, serait séché et calciné au rouge dans un creuset pour en retirer le platine. Il n’y a pas encore long-temps que M. Lassaigne parvint à reconnaître, en suivant ce procédé, que de faux doubles louis étaient composés de 11,200 de platine, de 40,50 d’or et de 0,201 d’argent ; il estprobable que ce dernier métal avait été ajouté tant pour diminuer le poids spécifique de l’or, que pour souder l’or au platine.

Momiaiesd’ argent. CQ^monvidLieÿ, doivent contenir, d’après la loi , 9 00 parties d’argent et 100 parties de cuivre ; toutefois, co mm e il est impossible d'arriver par l’opération de la fonte au titre mathématique de 900 millièmes d’argent, on a accordé aux directeurs de monnaies 6 millièmes de tolérance par gramme, en sorte que l’on peut trouver des monnaies renfermant depuis 897 millièmes d’argent jusqu'à 903 inclusivement.

Les monnaies d’argent peuvent être altérées, lo parce qu’elles contiennent moins d’argent et plus de cuivre; 2° parce qu’elles sont formées de métaux autres que l’argent. A. Monnaies contetiant moins à' argent et -plus de cuivre. On procède à la coupellation comme il a été dit à la page 1019, en employant des proportions différentes de plomb suivant les titres des monnaies; pour un gramme de monnaie composée de 900 millièmes d’argent et de 100 de cuivre, on ajoute 16 grammes et demi de ploiab; le boutoît d’argent qui reste à la fin de l’opération représente la

quantité de ce métal contenue dans la pièce. On peut encore avoir recours au procédé de M. Gay-Lussac, qui consiste à dis-soudre la monnaie dans l’acide azotique et à précipiter l’argent dans un tube gradué par le chlorure de sodium dissous {Foy. tome II® de mon Traité de chimie^ 7® édition).

B. Monnaies de métanx autres que V argent. Les alliages les plus employés pour imiter la monnaie d’argent sont composés d’étain 75 p. ou d’étain 80 p.

M antimoine 25 àAzinc 20

ou d’étain 75 ou d’étain 90

de lis7nuth 25 dep^mi 10

ou d’étain 80 p.

de plomb 10 $anthnoine 10

Quelquefois aussi on a fait des pièces en étain pur ; enfin dans d’autres circonstances on a fabriqué un alliage de 9 parties de cuivre et d’une partie d’argent sur lequel on a appliqué une feuille d’argent; ces dernières pièces sont tellement faciles à reconnaître par la coupe qui fait voir la couleur jaune orangée de l’intérieur, que je m’abstiendrai d’en parler d’une manière spéciale.

Celte variété de fausse monnaie est sans contredit la plus commune parce qu’elle présente plus d’avantage aux faussaires; presque toujours l’étain , qui est un métal très blanc, en forme la base ; il ne s’agit que de l’allier au bismuth, au zinc et surtout à l’antimoine pour le durcir.

Il suffit dans beaucoup de cas d’un certain nombre de caractères physiques pour soupçonner la fraude ; ainsi lorsque la pièce a été fabriquée avec des métaux plus légers que l’argent, son poids pourra faire reconnaître si elle est fausse ; si elle offre une couleur grise, on pourra penser qu’elle contient du plomb ; si en réchauffant peu-à-peu par le frottement, elle dégage une odeur métallique très sensible, c’est que probablement elle renferme de l’étain, du plomb, de l’antimoine ou du zinc; si elle est complètement elle est certainement formée d’étain et de

plomb ou d’étain ; toutefois il ne faudrait pas conclure qu’une

pièce e§t bonne parce qu^’elle est sonore, attendu que rantimoine et le zinc donnent de la monnaie qui a du son. Si la pièce est grasse au toucher, elle est probablement fausse, et si elle noircit fortement les doigts, le plomb y domine} enfin les bonnes pièces sont moins ductiles que les fausses.

Il ne faudrait cependant pas s’en tenir aux caractères physiques si l’on était appelé à se prononcer sur la nature d’une pièce de monnaie, et Ton devrait recourir aux expériences chimiques suivantes.

A. Alliage d’êtain et à’ antimoine. Soumis à la coupellation, cet alliage fournit un oxyde plus ou moins gris,' parsemé de blanc } l’acide chlorhydrique concentré et bouillant ne dissout que l’étain. La dissolution présente les caractères des sels d’étain; le résidu est de l’antimoine métallique. L’acide azotique bouillant se borne à oxyder les deux métaux et ne les dissout pas ; aussi le liquide surnageant ne précipite-t-il pas par le carbonate de soude; 100 parties d’alliage traitées par cet acide , fournissent environ 140 parties d’oxyde séché à l’étuve.

B. Alliage d’étain et de zinc. Il s’enflamme plus ou moins sous la moufle, et donne un oxyde vert en sortant du fourneau, car il est blanc lorsqu’il est refroidi; traité par l’acide azotique bouillant, il fournit un solutum d’azotate de zinc et de l’oxyde d’étain ; l’azotate sera reconnu comme les sels de zinc ; quant à l’oxyde, il y en aura moips de 140 parties pour 100 d’alliage.

G. Alliage d’étain et dé bismuth. Il fournit sous la moufle un oxyde légèrement jaune ; l’acide chlorhydrique concentré et bouillant ne dissout que l’étain et laisse le bismuth ; l’acide azotique dissout, au contraire, le bismuth et laisse moins de 140 parties d’oxyde d’étain pour 100 d’alliage ; le solutum précipite en blanc par l’eau distillée, si l’on a chassé l’excès d’acide par l’évaporation ; il présente en outre toutes les propriétés des sels solubles de bismuth.

D. Alliage d’étain et deplomh. Soumis à la coupelle, cet alliage fournira un oxyde blanc mêlé de couleur dérouillé et d’un peu de jaune; l’acide chlorhydrique concentré et bouillant le dissoudra en entier; l’acide azotiquebouillant dissoudra le plomb

et laissera moins de 140 parties d’oxyde pour 100 d’alliage; la dissolution précipitera en blanc par les 'sulfates solubles, en jaune par les iodures, en noir par l’acide sulfhydrique, comme les sels de plomb.

E. Alliage d’étain^ d’antimoine eide plomh. Chauffé dans

une coupelle, cet alliage donnera un oxydé mêlé de gris, de noir, de blanc et de jaune; l’acide azotique bouillant ne dissoudra qne \eplo77ih; aussi le précipitera-t-il en blanc par les sul¬

fates, en noir par l’acide sulfhydrique ; l’étain et l'antimoine resteront à l'état d’oxyde. Ces oxydes bien lavés et traités par l'acide chlorhydrique se dissoudront, et si on évapore la dissolution pour chasser l’excès d'acide, on verra qu’elle précipite par l’eaù distillée en raison de X antimoine qu’elle renferme; il ne s’agira plus que de déterminer la présence de X étain; mais la coupellation a évidemment dénoté l’existence de cem^étal dans l’alliage, puisqé'elle a laissémn oxyde dans la coupelle ; en effet, si l’alliage n’eut contenu que du plomb et de l’antimoine, il ne serait point resté d’oxyde, le plomb oxydé s'introduisant dans les .pores delà coupelle, et l’antimoine se volatilisant complètement. D'ailleurs , on pourrait séparer l’antimoine de l’étain par le procédé de M. Gay-Lussac : après avoir dissous les deux oxydes dans l’acide chlorhydrique , on plonge dans la dissolution une lame d’étain, et on chauffe dans un bain de vapeur; la totalité de l’antimoine se précipite sous forme d’une poudre noire , pourvu qu’il y ait toujours un excès d’acide ; on lave et on dessèche ce métal sur un bain-marie d’eau bouillante.

F. Si les pièces sont en. étain, on les reconnaîtra aux caractères physiques de ce métal et à l’action de l’acide azotique à 22 degrés et bouillant, qui en transformera 100 parties en 140 parties d’oxyde ; la liqueur azotique ne sera troublée par le sulfate de soude qu’autant que l’étain renfermerait un peu de plomb, et l’ammoniaque ne la colorera en bleu que s’il y avait accidentellement un peude cuivre dans le métal employé à faire de la monnaie. On sait aussi que l’oxyde obtenu par l’acide azotique se dissout dans l’acide chlorhydrique, et que le solulum précipite en blanc par les alcalis, et en jaune par l’acide sulfhydrique) s'il est employé en quantité suffisante,

- Monnaie de hillon de la valeur de dix centimes. Celte monnaiedoit contenir, d’après la loi, sur 1000 parties 800 p. de cuivre et 200 p. d’argent ; toutefois comme il est impossible d’arriver par l’opération de la fonte à ce titre mathématique, on a accordé aux directeurs des monnaies ik millièmes de tolérance par gramme, savoir 7 en dessus et 7 en dessous, en sorte que l’on peut trouver que ces monnaies renferment depuis 193 millièmes jusqu’à 207 mil, d’argent.

Les fausses pièces de hillon sont fabriquées avec une pièce de cuivre sur laquelle on applique une mince lame d’argent, ou que l’on blanchit avec du mercure ; dans le premier cas, on procède à la coupellation en employant 9 grammes et demi de plomb pour un demi-gramme de monnaie {F. p. 1019). Dans le second cas on chauffe la pièce dans une coupelle et l’on expose au-dessus une petite lame d’or pur bien décapé ; le mercure ne tarde pas à se volatiliser et à blanchir Tor; il ne faut guère élever la température au-delà de 150®, autrement le mercure se volatiliserait de nouveau après avoir été appliqué sur l’or, qui ne se trouverait par conséquent, pas blanchi.

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