‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiques (volume 2)Chapitre 2 sur 20 · DEUXIÈME CLASSE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CLASSE

Des poisons narcotiques.

Le mot narcotique, dérivé du grec assoupissément , a été employé pour désigner un très grand nombre de poisons qui n’agissent pas évidemment de la même manière : ainsi la plupart des substances narcotico-âcres ont été confondues avec les narcotiques ; il en a été de même de quelques poisons tirés de la classe des irritons^ Aujourd’hui on désigne sous ce nom tous les poisons qui agissent primitivement sur le système nerveux et sur le cerveau en particulier, et qui donnent lieu à quelques-uns des symptômes sui vans.

Symptômes de V empoisonnement par les narcotiques.

Engourdissement, pesanteur de tête, somnolence, vertiges, sorte d’ivresse, assoupissement, état comme apoplectique, délire furieux ou gai, douleurs légères d’abord, puis insupportables; cris plaintifs, mouvemens convulsifs, partiels ou généraux ; fai- Wesseou paralysie des membres, et en particulier des membres abdominaux; dilatation, resserrement ou état naturel de la pupille (1); sensibilité diminuée des organes des sens, nausées,

(1) La pupille est-elle «eceiiaiVe/raewZ dilatée dans- l’empoisonnement par les narcotiques ? Telle est la question que M. le président de la Cour d’assises de Paris adressa à Chaussier, dans l’affaire du docteur Castaing. ■< Je le pense, » répondit Chaussier ; et comme j’avais établi dans ma déposition orale que, dans l’empoisonnement par les narcotiques, la pupille pouvait aussi bien être contractée que dilatée, M. le président fit observer à Chaussier que j'e n’étais point d’accord avec lui. « C’est fort possible, dit ce professeur ; mais j’ai une expérience , et lui, - il n’en a pas » (^Journal des Débats, du lo novembre 1823). Cette manière insolite de résoudre une question importante ne parut satisfaire ni les magistrats qui avaient besoin d’être éclairés, ni les gens de l’art qui cherchaient à puiser dans ce procès célèbre des notions propres à les guider dans des cas analogues., Toici ce que l’observation apprend à cet égard : 1° Chez tous les malades qui prennent de la morphine pure ou combinée avec les acides, la pupille reste contractée} il n’y a que très peu d’exceptions à cet égard, pourvu que les doses de morphine soient administrées successivement et sans produire de trouble. 2° Lorsque la morphine est donnée à forte dose, de manière à occasionner des vomissemens, des angoisses, de l’agitation, etc., il y a, suivant M. Bally, autarat de faits ou les pupilles sont contractées que de faits où elles sont dilatées ; on observe même, dans ces cas, une variété qui se remarque en peu d’instans. MM. Trousseau et Bonnet vont encore plus loin, car ils disent avoir toujours vu la pupille contractée dans ce cas. 3“ Administrée à des chiens, à des chevaux et à des chats, à des doses capables de les empoisonner, l’acétate de morphine détermine tantôt le resserrement, tantôt la dilatation de la pupille (V. 'Mémoire sur l’acétate de morphine, par MM. Dèguize, Dupuy et Leuret, Paris, 1824). 4° 'l'ous les praticiens savent que dans l’empoisonnement par l’opium, par le laudanum licjuide de Sydenham, etc., la pupille est contractée, dilatée, ou dans l’état naturel. Parmi les faits publiés avant l’affaire Castaing qui prouvent que la pupille peut être resserrée, je citerai l’observation consignée dans le Traité de matière médicale d’Alibert, 3® édition, 1814, p. 60, t. H, et celle du docteur Suchet, imprimée en juin 1823 (six mois avant les débats du procès Castaing), voy. Gazette de santé, 5 juin 1823. Depuis, MM. Ollivier et Marye ont inséré dans les Archives générales d^. médecine (avril 1828) le fait de ce genre le plus extraordinaire. Dn homme avait pris 48 grammes de laudanum liquide de Sydenham; il ne fut rétabli qu’au bout de douze jours, et pendant toute la durée de l’empoisonnement les pupilles furent constamment contrac-

vomissemens, ^rtout si la substance narcotique a été appliquée sur la peau ulcérée ou sur le rectum ; pouls fort, plein, fréquent ou rare ; respiration comme dans l’état naturel ou un peu accélérée.

Les symptômes développés parles poisons narcotiques sont à peu de chose près les mêmes, soit que la substance vénéneuse ait été appliquée sur le tissu cellulaire, soit qu’elle ait été introduite dans l’estomac ou injectée dans les veines, caractères qui les distinguent d’un grand nombre de ceux de la classe précédente.

Lésions de tissu -produites par les poisons narcotiques.

Lorsque, cet empoisonnement se termine par la mort , on observe que les vaisseaux du cerveau et des méninges sont souvent gorgés de sang. Les pOümOns sont quelquefois d’une couleur violette ou d’un rouge plus foncé que dans l’état naturel : alors leur tissu est serré, gorgé de sang, et péii crépitant, du moins dans quelques-unes de leurs parties, et il est assez remarquable que plusieurs des animaux atteints de cette lésion des poumons n’éprouvènt pendant la vie , aucun phénomène morbide qui puisse la faire soupçonner ; la respiration n’est ni accélérée nî gênée. Le sang contenu dans les cavités du cœur et dans les veines ne conserve pas toujours sa fluidité, comme on l’a annoncé; car on lé trouve souvent coagulé peu de temps après la mort. Les autres organes ne sont en général le siège d’aucune lésion remarquable, lorsque l’empoisonnement a été de Courte durée ; et si l’on a quelquefois constaté dans ce cas une inflammation du canal digestif, elle était probablement produite par des substances

tés ; cette contraction était tellement notable par moméns, que les pupilles n’offràient à léùr centre qu’un pûint presque imperceptible. Ônlit aussi une observation ànâlôgue dans le Journal général de médecine (année 1825). Chaussier avait donc invoqué à tort son expérience, lorsqu’à l’occasion d’une accusation d’empoisonnement par l’àcétàte de morphine, il voulut établir, en novembre 1823, que les poisons narcotiques devaient nécessairement dilater la pupille. La publicité donnée aux débats de l’aSaire Castaing dut ïuifairè regrettèr plus tard de n’avoir pas mieux cûimu l’élàt de la science et de s’être mis en opposition avèc les faits les mieux

irfitantes mêlées avec le poison narcotiquej ou bien elle existait avant l’empoisonnement.

Action générale des poisons narcotiques.

Les poisons narcotiques sont absorbés et portés dans le torrent de la circulation ^ ils déterminent les mêmes accidens, soit qu’ils aient été mis en contact avec la peau ulcérée, le tissu lumineux sous-cutané, le canal digestif, la plèvre ou le péritoine -, soit qu’ils aient été injectés dans les veines. On est loin de remarquer cette uniformité d’action de la part des poisons ir^ ritans.

La mort est très prompte dans le cas où ils ont été injectés dans les veines ; elle l’est moins lorsqu’ils ont été appliqués sur le tissu cellulaire sous-cutané ; enfin elle arrive plus tard quand ils ont été introduits dans l’estomac ; peut-être que dans ce dernier cas ils éprouvent de la part des organes digestifs une altération qui diminue leur énergie. Ils affectent le système nerveux ; mais leur action présente à cet égard des différences assez notatables pour qu’il soit impossible de les décrire d’une manière générale.

De l’opium et de quelques-uns des principes immédiats qu’il renferme. ■— De la morphine.

Comment peut-on reconnaître l’empoisonnement par la morphine?

La morphine est solide, blanche ou colorée en jaune ou en brun, suivant son degré de pureté; elle cristallise en parallélipipèdes, et n’a point d’odeur. Lorsqu’on la met sur des charbons ardens, elle se décompose et laisse du charbon ; si on la fait fondre dans un petit tube de verre, dont la température est fort peu élevée, elle devient transparente ; mais elle reprend son opacité aussitôt que le tube commence à se refroidir : elle est presque insoluble dans l’eau, dans l’éther et dans les huiles fixes j l’alcool la dissout facilement à chaud, et la laisse' déposer en grande partie par le refroidissement. Cette dissolution, d’une saveur

amère, jouit de 'propriétés alcalines : en effet, elle ramène au bleu le papier de tournesol qui a été faiblement rougi par un acide. L’acide azotique du commerce, versé par gouttes sur la morphine , lui communique une belle couleur rouge. L’acide acétique faible la dissout rapidement à froid ; du reste, tous les acides peuvent se combiner avec elle, et former des sels cristallisables.

Il suffit de mettre un atome de morphine finement pulvérisée en contact avec une très petite quantité de sesqui-chlorure de fer non acide ou très peu acide , pour lui communiquer une couleur hleue : ce caractère, qui n’appartient ni à la narcotine, ni à la strychnine, ni à la brucine, ni à aucune autre base végétale, pe se manifesterait pas si on employait un sel de fer acide ou une dissolution alcoolique de morphine, parce que les acides , l’alcool , et même l’éthèr acétique non acide , jouissent de la propriété de faire disparaître la couleur bleue à l’instant même. Si le sel de fer était très jaune, on obtiendrait une nuance verte, résultat du mélange des couleurs jaune du sel de fer et bleue de la morphine (Robinet. V. Journ. de cJiim. méd., sept. 1825). Elle se colore en jaune rcaigeâtre par l’iode et en jaune orangé par le brôme (Donné). Le chlorure d’or lui communique une couleur jaune, qui devient bleuâtre et même violacée (Laroque et Thibierge).

L’acide iodique dissous, mêlé ne fût-ce qu’avec un demi-milligramme de morphine ou d’un sel de cette base et 7,000 parties d’eau, se colore fortement en bleu par l’amidon, se décompose et laisse précipiter de l’iode qui exhale une odeur très vive. La quinine , la cinchonine , la vératrine , la picrotoxine , la narcotine, la strychnine et la brucine, au contraire , ne séparent pas un atome d’iode de l’acide iodique (Sérullas, Foy. Journ. de chim. méd., tome y 1830). A la vérité, ce caractère n’a pas à beaucoup près l’importance qu’on avait d’abord voulu lui assigner, 1° parce que les acides sulfureux, phosphoreux , iodhydrique, etc., séparent également l’iode de l’acide iodique, 2® parce que l’urine fraîche, la salive et la liqueur provenant de l’ébullition d’un lambeau d’estomac dans l’eau bleuissent avec l’acide indique et l’amidon (Simon et Langonné) et que la fibrine, l’albu-

mine, le gluten , le caséum, la levure de bière, etc., se comportent de même avec l’acide iodique cristallisé ou en dissolution concentrée et l’amidon (Laroque et Thibierge).

Acétate de morphine. Ce sel est sous forme de dendrites ou de demi-sphères aiguillées dans l’intérieur, ou de poudre; il est inodore, d’un blanc légèrement grisâtre et d’une saveur amère. Mis sur les charbons ardens, il se boursoufle, se décompose, répand une fumée épaisse, et laisse du charbon. L’acide sulfurique concentré le décompose et en dégage l’acide acétique. L’acide azotique lui communique une belle couleur rouge. Il hleuit avec le sesqui-ehlorure de fer., et sépare Viode de ! acide iodique, comme la morphine {F. page 624). L’eau et l’alcool le dissolvent rapidement ; U est insoluble dans l’éther. La dissolution aqueuse donne un précipité blanc floconneux de morphine par l’ammoniaque : un excès de ce dernier corps dissout la morphine précipitée, en sorte qu’il est plus convenable, lorsqu’on agit sur de petites quantités, de faire bouillir le mélange d’acétate de morphine et d’ammoniaque, pour volatiliser l’excès de ce dernier alcali: alors la morphine se dépose sous forme de cristaux, à mesure que la liqueur se refroidit. Les infusions alcoolique et aqueuse de noix de galle précipitent l’acétate de morphine en blanc grisâtre; le précipité se dissout facilement dans l’eau ou dans un excès d’infusion : d’où il suit que, pour l’obtenir, il faut agir sur une dissolution d’acétate de morphine peu étendue. M. Dublanc, qui, le premier, a parlé de la propriété qu’a la noix de galle de décomposer les sels de morphine, regarde ce réactif comme un moyen précieux pour découvrir des atomes de ces poisons : je ne saurais partager cette opinion (J^. page 627).

Mélanges de morphine ou d’acétate de morphine et d’alimens végétaux ou animaux, ou de la matière des vomissemens ou de celle qui a été trouvée dans le canal digestif, etc. Il résulte des recherches que j’ai tentées soit avec des matières alimentaires que j’avais préalablement mêlées avec quelques centigrammes d’acétate de morphine, soit avec des décoctions aqueuses et alcooliques de viscères d’animaux que j’avais empoisonnés avec ce sel, 1“ qu’alors même que la morphine et ses sels sont mélangés avec des matières organiques fortement colorées,

il est possible de constater la totalité ou du moins un certain nombre de réactions de la morphine; 2“ que celle de ces réactions qui se produit constamment est la coloration en rouge par l’acide azotique, tandis qu’il faut placer en seconde ligne la nuance bleue produite par le sesquichlorure de fer.

Ici se présente une question grave î le médecin légiste peut -il à l’aide de ces simples colorations , én supposant même qu’il les ait obtenues toutes, conclure à l’existence de la morphine ou d’un de ses sels? Concertes, car il ne serait pas impossible que, dans certaines maladies, les fluides animaux eussent subi des altérations encore inconnues et qu’ils fournissent plusieurs des réactions indiquées. Une pareille conclusion ne devrait être tirée qu’autant que l’on serait parvenu à isoler la morphine ou le sel de morphine en nature. A plus forte raison devrait-on se garder d’établir d’après ces indices, qu’un individu est mort empoisonné par une préparation de morphine ; on pourrait tout au plus élever quelques Soupçons d’empoisonnement. Il n’en serait pas de même si le malade eût éprouvé les symptômes que détermine la morphine et si l’on avait retiré une partie de cette substance en nature, ou bien que l’on eût constaté d’une| manière nette et précise toutes les réactions qui la caractérisent ; dans ce cas on devrait aflîrmer que l’empoisonnement a eu lieu.

Procédé: le mélange est à peine coloré, il ne s’agit que de

faire évaporer lés liquides après les avoir filtrés, et de les traiter par l’alcool à 86 degrés, bouillant : cé menstrue dissout l’acétate de morphine' et les graisses , et laisse les matières animales. On évapore la dissolution alcoolique jusqu’én consistance d’extrait, et on traite par l’eau distillée, qui dissout l’acétate sans toucher à la graisse ; on filtre la dissolution et on la fait évaporer jusqu’à ce que l’on obtienne le sel cristallisé. On peut, à l’aide de ce procédé, découvrir l’acétate de morphine dans l’estomac et dans les intestins grêles des animaux qui en ont pris , ainsi que dans les matières vomies peu de temps après l’ingestion du poison.

Si la dissolution alcoolique que l’on croit contenir la morphine est colorée en jaune rougeâtre, en brun ou en noirâtre, il est préférable d’employer le procédé de M. Lassaigne. On fait évaporer le solutum jusqu’en consistance d’extrait; on traite le produit

par Teau , puis on y verse de l’acétate de plomb dissous qui précipite les matières colorantes ; la morphine se trouve alors dans le liquide décoloré ; il faut à la vérité la débarrasser de l’excès d’acétate de plomb par quelques bulles de gaz acide sulfhydrique ; on chauffe pour chasser l’excès d’acide sulfhydrique , et on filtre à travers le charbon animal ; on fait alors évaporer la liqueur, et, pour éviter de nouveau sa coloration, on la met dans le vide, sous la machine pneumatique, en plaçant à côté un vase rempli d’acide sulfurique concentré. En prenant cette précaution, il sera plus facile de constater les caractères de la morphine.

Ce procédé est bien supérieur à celui de M. Dublanc, qui consiste à précipiter la matière organique par la teinture alcoolique de noix de galle , et à décomposer par de la gélatine la liqueur tenant en dissolution le tannate de morphine (/ewr. pharmri août 1824)5 en effet cette méthode ne présente aucun avantage sur l’autre , et offre des inconvéniens qui doivent la faire abandonner. J’ai mêlé 10 centigrammes d’acétate de morphine avec 64 centigrammes dé vin rouge, autant de lait, de çafé à l’eau et dé bouillon 5 la masse a été partagée ep deux parties égales ; à l’aide dn procédé de M. Lassaigne, J’ai obtenu de l’acé-^ tate de morphine d’un blanc jaunâtre, qui est devenu rouge par l’acide azotique ; il était tout au plus mêlé avec un atome dé sels étrangers : là méthode dé M. Dùblanç , au contraire, m’a fourni une masse rougeâtre, composée de graisse, de gélatine , de plusieurs sels et de morphine 5 en versant dé l’acide azotique sur cette masse, elle devenait plus rouge 5 mais le changement de nUanco était loin d’être aussi tranché que dans le cas où j’avais suivi l’autre procède. Signalons maintenant d’autrès inconvéniens de la méthode de M- Dublanc : 1“ si l’acétate de morphine est uni à des alimens gras, on devra l’obtenir mêlé de graisse, car aucun des réactifs employés ne sépare ce corps de l’acétate ; 2^ la morphine contiendra souvent de jg; gélatine: en effet, M. Dublanc conseille d’étendre d’eau la dissolution alcoolique de lannate de morphine avant d’y verser la gélatine : or, l’alcool affaibli peut dissoudre çette dernière substance 5 3° il n’est nullement question, dans le procédé de M. Dublanc, d’un réactif qui puisse décolorer la liqueur : aussi la morphine que l’on obtient est-elle

souvent colorée, et cette couleur peut être tellement brune qu’il soit difficile de constater les caractères essentiels de cette base; 4® M. Dublanc raisonne d’après l’hypothèse que les composés de tannin et de matière animale sont insolubles dans l’alcool, tandis que celui de tannin et de morphine y serait soluble : or il n’en est pas toujours ainsi ; la noix de galle, par exemple, fournit avec l’extrait alcoolique de l’urine pure, un précipité en grande partie soluble dans l’alcool ; il y a plus , le composé de tannin et de morphine que M. Dublanc dit se précipiter lorsqu’on verse de la noix de galle dans une liqueur contenant de la morphine, ne se dépose pas s’il y a des acides libres dans la dissolution {F. pour ce dernier fait le rapport de Vauquelin à l’Académie des sciences. Annales de chimie et de physique, page 86, cahier de septembre 1824).

Morphine et sels de morphine dans un cas d’exhumation juridique. Expérience 4”®. Merck a trouvé la morphine qui était restée pendant huit à vingt jours en présence de matières animales et végétales.

Expérience 2?. Le 2 juin 4842, on a mêlé 500 grammes d’eau distillée, 40 de levure de bière, 20 de sucre et 0,. S d’acétate de morphine. Ce mélange n’a pas tardé à entrer en fermentation. Après plusieurs jours de contact,4out dégagement d’acide carbonique ayant cessé, on a évaporé jusquAsiccité, puis on a repris par l’alcool bouillant; on a fait évaporer la liqueur alcoolique et l’on a traité ce résidu par l’eau aiguisée d’acide acétique, Dans ce liquide évaporé en consistance sirupeuse, on a pu constater les cafactèrès de la morphine.

Du vin rdiige tenant en dissolution du chlorhydrate de morphine.’, avait été conservé depuis le mois de juillet 4844 dans une bouteille imparfaitement bouchée. Le 45 juin 4842, le liquide exhalait une forte odeur d’acide acétique; il a été soumis au traitement qui vient d’être indiqué ; la liqueur alcoolique décolorée par le charbon animal, n’a pas cristallisé; mais évaporée en consistance sirupeuse, elle a fourni un résidu qui rougissait par l’acide azotique, bleuissait par le sesquichlorure de fer, précipitait l’acide tannique et réduisait le chlorure d’or (Laroque et Thibierge).

Expérience 3'. Bien avant le&travaux de ces expérimentateurs, j’avais consigné ce qui suit dans le Traite des exhumations juridiques : Le 8 mars 4826, on mêla dans un bocal à large ouverture 6 grammes d’acétate de morphine dissous dans un litre d’eau, avec dë la soupe maigre, du bouillon gras, de la graisse et plusieurs parties d’un canal intestinal ; le vase fut exposé à l’air. Le 26 mars, le mélange exhalait déjà üne odeur fétide ; le liquide filtré précipitait en blanc grisâtre par l’ammoniaque ; évaporé jus-

qu’à siccité, il fournissait un produit jaunâtre qui devenait d’un très beau rouge par l’acide azotique, et bleu par le sesquichlorure de fer ; cependant cette dernière nuance était moins intense que celle que faisait naître le même réactif avec une quantité d’acétate de morphine égale à celle du produit employé; il y avait en outre çà et là quelques points verdâtres, résultat du mélange de la couleur bleue dont je parle avec la couleur jaune du produit. Le 9 avril suivant, le liquide filtré précipite encore, en blanc grisâtre par l’ammoniaque, et fournit par l’évaporation un produit jaunâtre que l’acide azotique rougit à merveille, mais, que le sesquichlo-. rure de fér verdit; à la vérité cette couleur verte tire légèrement sur le bleu d’abord, puis sur le brun. Le 46 avril, la matière présente les mêmes caractères, si ce n’est que le sel de fer donne, avec le produit de l’évaporation, une couleur vert olive sans nuance bleue. Il en est de même le 48 juin, époque à laquelle la putréfaction a déjà fait les plus grands progrès (4).

Le 4®*' août 4826, on filtre une portion de la liqueur, et on la traite par l’ammoniaque qui y fait naître un précipité gris brunâtre àe morphine ; en effet, en faisant bouillir ce précipité avec de l’alcool et en . décolorant là dissolution alcoolique à l’aide du charbon animal, on obtient par l’évaporation un produit solide, gris blanchâtre, qui rougit par l’acide azotique, et que le sesquichlorure de fer rend bleu verdâtre, üne autre portion de la liqueur, étant évaporée jusqu’à siccité, fournit un produit d’un jaune brun que l’on a traité par l’alcool bouillant : la dissolution alcoolique est évaporée jusqu’à siccité, et le produit traité par l’eau distillée, puis par le sous-acétate de plomb, par l’acide sulfhydrique, et par le charbon animal purifié, comme l’a conseillé M. Lassaigne, et l’on obtienïun liquide qui, étant évaporé au bain-marie, fournit un léger résidu d’un blanc jaunâtre, devenant d’un très beau rouge par l’acide azotique, et d’un bleu verdâtre par le sesquichlorure de fer.

Le 4 8 mai 4 827, quatorze mois dix jours après le commencement de l’expérience, le mélange était excessivement fétide et fortement alcalin, car la liqueur rétablissait instantanément la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide ; il n’en restait guère que 4 80 à 4 80 grammes, la majeure partie ayant été employée aux divers essais dont j’ai parlé (2). Cette

(1) Craignant que la belle couleur rouge que développait l’acide azotique avec le produit de l’évaporation, ne fût le résultat de l’action de cet acide sur la matière animale poiurie, plutôt que sur l’acétate de morphine, j’ai évaporé jusqu’à siccité un liquide excessivement fétide, ne contenant point de sel de morphine, et j’ai vu que le produit de l’évaporation devenait simplement jaune par l’acide azotique. Pour obtenir ce liquide, j’avais laissé à l’air dans un bocal ouvert, depuis le 8 mars jusqu’au 18 juin, 1 litre d’eau, delà soupe maigre, du bouillon gras, de la graisse et des intestins.

(2) Il est inutile d’indiquer que l’on avait ajouté de l’eau à mesure qu’il s’en était évaporé.

Iir. 41

liqueur fut partagée en deux parties, A et B. La portion A fut évaporée et traitée successivement par l’alcool , par le sous-acétate de plomb , par l’acide sulfhydrique et par le charbon animal comme l’a prescrit M. Lassaigne; on obtint un produit solide, légèrement jaunâtre, qui devenait rouge par l’acide azotique, mais que le sesquichlorure de fer, loin de bleuir, rendait rouge ou brun ; ce produit solide, traité par l’eau distillée à la température ordinaire, ne se dissolvait pas en entier; la portion dissoute, filtrée et évaporée jusqu’à siccité, rougissait par l’âcide azotique et par le sel de fer, tandis que ce réactif aurait dû la bleuir] la portion qui était restée [sur le filtre rougissait sossi par l’acide azotique, et devenait bleue par le sesquichlorure de fer. La liqueur B, au lieu d’être traitée par le procédé de M. Lassaigne, fut simplement filtrée et évaporée jusqu’à siccité; le produit, d’une couleur très brune, fut tenu en ébullition pendant quelques minutes avec de l’alcool concentré ; la dissolution alcoolique, fortement colorée en brun, fut chauffée avec du charbon animal purifié par l’acide chlorhydrique, et parfaitement lavé, puis filtrée à plusieurs reprises à travers une autre partie du même charbon ; elle était presque incolore : en l’évaporant au bain-marie, il en résulta un produit jaunâtre qui rougissait à merveille par l’acide azotique, et qui devenait bleu par le sel de fer étendu d’eau, à moins toutefois que celui-ci ne fût employé en trop petite quantité, car alors il se développait une couleur rougeâtre. Le résultat fourni par la portion B de la liqueur, comparé à celui qu’a.vait donné la portion A , prouve évidemment qu’il y avait eu de l’avantage à ne pas traiter par le sous-acétate de plomb et par l’acide sulfhydrique, pour déceler la présence de la morphine.

Acétate de morphine étendu d’eau. Le 18 juillet 1826, on introduisît dans un bocal à large ouverture, exposé à l’air, 326 milligrammes d’acétate de morphine dissous dans un litre et demi d’eau ; on ajouta environ le tiers d’un canal intestinal. Le 21 mai 1 827, c’est-à-dire dix mois trois jours après le commencement de l’expérience , la putréfaction était à son comble. Le liquide fut filtré et évaporé à une douce chaleur ; le produit de l’évaporation , qui était d’un brun presque noir, fut traité par l’alcool bouillant; la dissolution alcoolique, évaporée jusqu’à siccité, fournit un résidu qu’on traita par l’eau distillée aiguisée d’acide acétique. Cette nouvelle dissolution fut décolorée par le charbon aniinal purifié, avec lequel on la fit bouillir, et sur lequel on la fit passer à plusieurs reprises ; ainsi décolorée, elle fut évaporée jusqu’à siccité. Le produit, d’une saveur amère, rougissait par l’acide azotique, mais ne bleuissait point par le sesquichlorure de fer : ce réactif lui communiquait aussi une couleur rougeâtre.

Ces expériences prouvant jusqu’à l’évidence que la morphine n’était point détruite , même plusieurs mois après que l’acétate avait été mêlé avec des matières animales, je voulus savoir ce qui arriverait à une dissolution aqueuse de ce sel exposée à l’air, et je ne tardai pas à reconnaître que l’acétate se décomposait en partie, que l’acide acétique de

la portion décomposée se détruisait , tandis que la morphine de cette même portion se précipitait, sinon en totalité^, du moins en grande partie. Voici les faits qui mettent ces vérités hors de doute.

4° Le 34 juillet 1826, on a fait dissoudre dans deux litres d’eau près de 6 grammes, d’acétate de morphine. Au îbout de dix mois d’exposition à l’air, la liqueur, qui était depuis long-temps couverte de moisissures, était trouble et surnageait un précipité assez abondant; ültrée et évaporée jusqu’à siccité, elle fournissait un produit jaunâtre qui bleuissait pox le sesquichlorure de fer et rougissait par l’acide azotique. Le précipité qui était sur le filtre, lavé à plusieurs reprises avec de l’eau bouillante pour lui enlever tout ce qu’il pouvait contenir de soluble, fut traité par l’alcool bouillant : la dissolution alcoolique évaporée laissa cristalliser une quantité notable de morphine.

2“ Le 49 mai 4827, on fit dissoudre dans un litre d’eau distillée 4 gramme 302 milligrammes d’acétate de morphine: la liqueur filtrée et transparente rougissait légèrement le papier de tournesol, et fut abandonnée à l’air dans un vase à large ouverture. Huit jours après, on voyait déjà nager au milieu de la liqueur quelques flocons de moisissure. Le 3 août, ces flocons étaient beaucoup plus considérables , quoique le liquide fût encore assez transparent. Ce liquide rétablissait la couleur bleue du papier -de tournesol rougi par un acide ; il n’était pas sensiblement odorant ; en approchant de sa surface une plume trempée dans de l’acide chlorhydrique, on ne voyait aucune trace des vapeurs blanches qui se seraient manifestées s’il s’était dégagé de l’ammoniaque. Le 27 février 4828, la liqueur était trouble et les parois du bocal étaient tapissées de cristaux jaunâtres qui y adhéraient fortement. On filtra : le liquidé, d’un jaune d’ambre, ayant été évaporé jusqu’à siccité, fournit un produit d’un gris jaunâtre qui rougissait par l’acide azotique , et qui bleuissait ïpar le sesquichlorure de fer. Ce produit ayant été traité par l’eau distillée bouillante, fut presque entièrement dissous, et sembla n’être que de l’acétate de morphine mêlé de très peu de matière étrangère. Les moisissures et autres matières floconneuses qui étaient restées sur le filtre, d’une couleur grise brunâtre, rougissaient par l’acide azotique, et bleuissaient par le sel de fer. Après les avoir fait bouillir à plusieurs reprises avec de l’eau distillée, pour leur enlever tout ce qu’elles pouvaient contenir de soluble dans ce liquide, on les dessécha, et on les fit bouillir avec de l’alcool à 38 degrés qui n’en dissolvit qu’une partie : la dissolution alcoolique ramenait lentement au bleu le papier de tournesol faiblement rougi, et, lorsqu’on l’évaporait, fournissait des cristaux de morphine. La matière, qui était adhérente aux parois et au fond du flacon, ayant été détachée à l’aide de l’eau bouillante et épuisée par ce liquide , fût desséchée et traitée par l’alcool à 40 degrés, bouillant, qui la dissolvit presque en entier. La dissolution alcoolique était légèrement alcaline, ef donnait, par l’évaporation, une quantité notable de morphine parfaitement cristallisée.

Cette décomposition de l’acétate de morphine dans l’eau a également été observée par M. Dublanc jeune ; déjà Geiger avait vu le même sel, dissous dans l’alcool, éprouver une décomposition analogue ; mais, comme l’a fait remarquer M. Dublanc, l’altération spontanée dont je parle a ses limites, et pourrait être prévenue en maintenant la liqueur acide (Voy. Journal de pAamccie, année 4827, p. 264).

Il résulte de tous ces faits, 4° que, dans un cas d’exhumation juridique, il est possible de constater, plusieurs mois après la mort, la présence de l’acétate de morphine ou delamorphine dansleeanal digestif d’un individu qui aurait été empoisonné, par une préparation de, ce genre ; 2° qu’il faut pour cela agir non-seulement sur les liquides, mais encore sur les matières solides, parce qu’en supposant même que L’empoisonnement eût été déterminé par une dissolution aqueuse d’acétate de morphine, celle-ci aurait pu être décomposée, et la morphine précipitée en partie ; 3* qu’à la vérité il y aura moinsde morphine précipitée qu’on ne le croirait au premier abord, parce qu’une partie de celle qui se sera déposée aura été redissoute par l’ammoniaque qui s’est formée pendant la putréfaclion : on sait, en effet, qu’en précipitant la morphiüe par Tammoniaque d’une dissolution peu étendue d’acétate, il suffit d’agiter le précipité pendant quelques instans dans un mélange d’eau et d’ammoniaque pour le redissoudre; 4® que, pour obtenir la morphine qui peut exister dans les matières solides, ilfautd’abord traiter ces matières à plusieurs repfises par l’alcool, puis évaporêrles dissolutions alcooliques, et faire agir sUr le produit de l’évaporation de l’eau aiguisée d’acide acétique : sans cette dernière précaution, il serait difficile de séparer la morphine du gras de cadavres qui se forme abondamînewt pendant le séjour des corps dans la terre; que, si par hasard la liqueur étaitcolorée, on la décolorerait en la faisant chauffer avec du charbon animal punjîé, et en filtrant à plusieurs reprises à travers ce même corps, sans avoir besoin de recourir au sous-acétate de plomb et à l’acide sulQiydrique, dont l’emploi- m’a paru pour le moins inutile; S° qu’il est aisé de voir, en comparant l’action de l’acide azotique et du sesqui-chlorure de fer sur les matières qui ont fait l’objet des expériences précédentes, quel’acidô azotique les a constamment rougies, lors même qu’elles étaient colorées, tandis que le sel de îerne lésa bleuies ep général qu’autant qu’elles avaient été parfaitement décolorées, et encore, dans certains cas, il a développé Une couleur rougeâtre, quoique ces matières fussent incolores ; 6“ qu’il y aurait témérité à prononcer affirmativement, dans un cas d’exhumation juridique, qu’il y a eu empoisonnement par une préparation de morphine, parce qu’on aurait observé seulement les deux colorations rouge et bleue dont je viens de parler; qu’on ne pourrait tout au plus établir, d’après ces caractères, que de légères présomptions; 7“,qu’il n’en serait pas de même si l’on obtenait, comme je l’ai vu, de la morphine cristallisée, insoluble dans l’eau et dans l’éther, soluble dans l’alcool et dans l’acide acétique, fusible à une douce chaleur, rougissant par l’acide azotique,

6/mssani par le sel de fer, et jouissant en un mot de tous les caractères connus de cette base : on devrait dans ce cas affirmer que la matière sur laquelle on a agi est de la morphine.

Telles sont les conclusions par lesquelles je terminais l’article acétate de morphine de mon mémoire déjà cité. Il est difiBcile, comme on le voit, d’agir avec plus de circonspection, puisque je veux qu’on n’affirme qu’il y a eu empoisonnement par la morphine, qu’autant qu’on a constaté tous les caractères qui la font reconnaître dans l’état actuel de la science ; pourtant, M. Ra^pail m’a accusé de ne m’être attaché qu’à des phénomènes de coloration, alors que M. Bonastre a trouvé, dit-il, que certaines huiles volatiles se colorent en rouge et en bleu par les agens que je mets en usage pour découvrir la morphine. M. Raspail me faisant dire autre chose que ce que j’ai avancé, je prendrai le parti de ne pas lui répondre, d’autant plus qu’il a en chimie organique et en toxicologie des idées si extravagantes que personne ne les adoptera de sitôt. Pour ce qui concerne le fait indiqué par M. Bonastre, je défie M. Raspail de citer une seule huile volatile qui partage toutes les propriétés des alcaKs vé^iétowæ «énéneuco.

Action de la morphine èt de V acétate de morphine sur V économie animale.

Les expériences que je fis sur les chiens peu de temps après la découverte de la morphine, me conduisirent à la regarder comme une substance active et irritante. Cette manière de voir fut combattue tour-à-tour par MM. Magendie et Vassal, qui considéraient la morphine comme la partie sédative de l’opium. Vassal pensait en outre que l’acétate'de morphine ne peut en général devenir poison que lorsqu’il est donné à haute dose. Il était assez naturel de croire que cette divergence d’opinions sur une question susceptible d’être résolue par l’expérience, tenait à ce que les expérimentateuis n’avaient pas agi sur la même substance ; et en effet, la morphine découverte par Sertuerner, celle que J’administrai aux animaux en 1817, contenait une telle proportion de principe de Derosne, qu’elle fut indiquée par Sertuerner comme étant soluble dans l’éiher, tandis qu’elle y est insoluble lorsqu’elle est pure. A cette époque, j’annonçai aussi la solubilité de la morphine dans l’huile d’olives, et l’on sait aujourd’hui qu’elle ne s’y dissout point, à moins qu’elle ne soit mêlée à une grande quantité de principe de De rosne. Doit-on s’étonner maintenant si les expériences faites sur

la morphine débarrassée de toute matière étrangère, diffèrent par leurs résultats de celles qui furent tentées en 1817 sur la même substance mêlée d’une quantité notable de principe de Derosne? Voyons maintenant quels sont les effets de la morphine pure sur diverses espèces d’animaux.

4“ Introduite à l’état solide dans l’estomac de l’homme j elle agit comme l’acétate de morphine : apparemment qu’elle se transforme en un sel solu^ ble à la faveur des sucs acides qüî se trouvent dans ce viscère^ Si elle a été administrée à une dose capable de produire du trouble, sans cependant donner lieu à des accidens graves, on remarque les effets suivans, d’après le docteur Bally ; céphalalgie peu durable, qui arrive quelquefois presque immédiatement après l’ingestion ; rêves effrayans, vertiges, affaiblissement de la vue, contraction de la pupille tians les dix-neuf vingtièmes des cas, à moins que l’action ne soit violente, car alors il y a quelquefois dilatation de la pupille ; soubresauts, commotions violentes, vomissemens opiniâtres lorsqu’elle est donnée tout4-coup à la dose de 40 à 45 centigr. ; un individu vomit pendant trois jours, sans avoir presque un moment de repos, pour avoir pris 4 0 centigr, d’acétate de morphine ; il y a, dans ces cas , douleur plus ou moins vive à la région épigastrique ou dans le trajet des intestins; constipation constante, à laquelle succèdent quelquefois brusquement des diarrhées; le pouls est, en général, ramené au-dessous de l’état physiologique ; la respiration ne paraît influencée que dans le cas Où le malade est atteint d’hémoptysie ; lenteur dans l’émission de l’urine che2 l’homme, quelquefois même rétention complète; démangeaison à la peau, sans sueur : ce caractère est tellement constant, que le docteur Bally né balance pas à le regarder comme le symptôme le plus important de l’empoisonnement par la morphine. « Je n’oserais pas afiflrmer, dit-il, qu’un individu qui n’aurait pas éprouvé de la démangeaison à la peau eût été empoisonné par une préparation de morphine. » Le prurit, dont il s’agit, est assez souvént accompagné de petites élévations arrondies, sans eoiileuf, à peine perceptibles (Mémoire lu à l’Académie royale de médecine par le docteur Bally). . .

Les observations plus récentes de MM. Trousseau et Bonnet, qui ont administré les différehs sels de morphine à un très grand nombre d’individus, ne Conduisent pas toujours aux mêmes résultats, quoiqu’elles s’accordent souvent avec celles du docteur Bally.

« L’augmentation de la soif, disent-ils, est un des phénomènes qu’oii observe le plus constamment à la suite de l’administration des opiacés ; la sécheresse de la bouche et de la gorge accompagne toujours la soif, et quelquefois même il existe en même temps de la gêne dans la déglutition;

les malades n’ont jamais éprouvé l’amertume de la bouche, et cependant ils vomissaient souvent. Cette amertume ne doit donc pas, comme l’a dit M. Bally, être considérée comme l’avant-coureur des vomissemens ; ceuxci ont lieu chez plus des deux tiers des malades; mais on observe encore plus fréquemment des envies de vomir avec un état de malaise et de dégoût pour toute espèce de nourriture, jusqu’à ce que les phénomènes encé^ phaliques soient dissipés ; car alors souvent l’appétit revient avec force. Ces vomissemens ne sont pourtant pas la suite, comme l’a dit M. Bally, de l’in- , gestion de quantités excessivement petites de préparations de morphine . En commençant par 5 milligrammes et en allant jusqu’à 2 centigrammes \ 6 milligrammes par jour, nous avons déterminé des vomissemens chez des hommes quatre fois sur dix, et chez les femmes six fois sur dix : au reste, ces vomissemens ne nous ont jamais paru accompagnés de symptômes de gastrite ; jamais des douleurs notables d’estomac ne se sont fait sentir ; jamais la langue n’a éprouvé de modification remarquable : la constipation a toujours suivi l’application de l’acétate de morphine à l’extérieur ; la diarrhée n’a été’produite que par l’ingestion de plusieurs grains de ce sel, après un usage de quelques jours, et encore avait-elle été précédée de constipation. La quantité de l’urine peut être augmentée ou diminuée ; la diminution se remarque beaucoup plus souvent que l’augmentation, surtout chez les hommes, et l’on doit s’étonner que M. Bally ait nié l’influence de ces sels sur la sécrétion urinaire ; il a mieux apprécié celle qu’ils exercent sur l’excrétion de ce fluide, en indiquant la difficulté qu’un grand nombre de ' malades éprouvent à uriner. La sueur est un phénomène presque constant : elle se montre moins proniptement à la suite de l’administration intérieure; quelquefois elle ruisselle sur toute la surface de la peau ; elle est, en géné- ' ral, plus abondante chez les femmes chez les hommes. La peau est le siège de démangeaisons très incommodes ; le plus souvent les sueurs et les démangeaisons sont réunies, contre l’assertion de M. Bally; elles peuvent cependant exister isolées,' surtout au début de la. médication. Ge prurit, existant souvent sans éruption d’aucune espèce, ne saurait être imputé à cette éruption. Le prurigo^ V urticaire ei Yeczénm, sont les éruptions qui se manifestent le plus ordinairement dans cet empoisonnement; elles sont toujours accompagnées de démangeaisons qui les précèdent, ainsi que les sueurs. Il y a toujours chaleur et coloration plus vive de la peau, accélération du pouls et fréquence plus grande des mouvemens delà respiration, ce qui n’est point d’accord avec les assertions du docteur Bally- Nous avons toujours trouvé les pupilles resserrées ; jamais nous n’avons observé de délire, de cris, d’incohérence dans les idées. Le sommeil produit par les sels de morphine peut être calme, ou interrompu par quelques rêves pénibles ; q|j;.iquefois le malade, plongé dans le coma, est insensible à la plupart des excitans. Parmi les phénomènes que nous venons de décrire, les uns se manifestent dès le jour où les sels de morphine sont employés pour la première fois ; les autres se font attendre plus ou moins long-temps. Les pre-

miers sont la soif, les vomissemens, le besoin fréquent d’uriner, la difficulté de l’excrétion urinaire, les sueurs, les démangeaisons, la somnolence, la contraction des pupilles, l’air d’abattement et de langueur répandu sur la figure. Les seconds, plus rares et plus longs à se manifester, sont la salivation, la suppression des selles ou la diarrhée, la supersécrétion de l’urine, l’apparition des règles, l’insomnie opiniâtre. Ces dernières, quoique méritant d’être notées, sont loin de pouvoir aider dans le diagnostic spécial des empoisonneméns par les divers narcotiques , soit qu’on les examine isolés, soit qu’ils se combinent dans les rapports que nous avons cherché à faire connaître. Les phénomènes indiqués dans la première série peuvent donc servir seuls de moyens de diagnostic ; ils ne manquent jamais, et leur étude nous paraît devoir conduire à une détermination précise des caractères propres à distinguer le narcotisme produit par l’opium, des affections qui peuvent le simuler. Avant d’entrer dans l’examen de ces faits, nous férons remarquer que le narcotisme , suite de l’emploi des sels de morphine, peut consister seulement dans les symptômes que nous avons décrits, ou bien être porté jusqu’à la perte complète de connaissance. H pourrait être confondu avec celui que détermine l’action des autres substances rangées parmi les narcotiques, telles que la jusquiame, le datura stramonium, la belladone, etc. Or, ces médicamens, administrés à haute dose, causent une énorme dilatation des pupilles ; les malades sont dans le délire ; ils poussent des cris, et l’on est obligé de les attacher pour arrêter leurs mouvemens désordonnés ; ils n’ont que rarement des éruptions à la peau ; on ne les voit point frotter contre les draps les diverses parties du , corps, et rarement la transpiration est aussi abondante que lorsque les accidens ont été produits par la morphine. L’ivresse causée par les vins et l’alcool se rapproche un peu du narcotisme produit par les sels de morphine, et souvent il arrive que lès malades comparent ce dernier état au premier. Dans l’un et l’autre cas, il y a des vomissemens, une sueur abondante , du trouble dans les fonctions cérébrales; mais dans l’ivresse, les vomisseniens n’ont point le caractère bilieux ; ils exhalent, ainsi que l’haleine, une odeur alcoolique qui est caractéristique ; les sueurs ne sont point compliquées de démangeaisons à la peau ; il y a un délire variable, et l’aspect de la face est celui d’une congestion, et non celui de la langueur et de l’abattement » {Bulletin général de tkérapeMtique, février 1 832)'^

2° Lorsqu’on fait avaler à des chiens ou à des chats depuis 2 jusqu’à 6 grammes d’acétate de morphine, on voit, peu d’insfans après, que le train postérieur est affaibli et la démarche peu assurée ; les animaux paràissent endormis, tremblent ou restent tranquilles, mais se réveillent au moindre bruit ; quelque temps après ils s’agitent, et lorsqu’on les touche, ils parcourent rapidement le laboratoire, en traînant leurs membres pelviens qui ^t comme paralysés ; les battemens du coeur sont grands, rares, intermittent et quelquefois fréquens, surtout au début ; le pouls est serré et intermittent; la respiration est lente, la température du corps diminuée ; la pupille

est dilatée, resserrée ou dans l’état naturel ; il y a parfois des vomissemens, des selles, et une salivation plus ou moins abondante ; des cris plaintifs se font entendre. Au bout d’une ou de deux heures, les animaux éprouvent des mouvemens convulsifs ; ils font des efforts pour se relever et retombent ; quelques instans après, ils sortent de nouveau de cet état de calme, et sont agités de convulsions ; la bouche se remplit parfois d’écume. Il n’est pas rare, lorsque la mort doit terminer l’empoisonnement, d’observer, vers la fin de la maladie, un ou deux accès pendant lesquels les animaux sont couchés sur le ventre, les pattes écartées , la tête portée en arrière, les yeux fixes, ta respiration bruyante et les membres convulsés.— Si les chiens sont forts et adultes, ils peuvent supporter des doses considérables d’acétate de morphine sans périr ; s’ils sont jeunes et de moyenne stature, il suffit, pour les tuer dans l’espace de quatre à six heures, de leur faire prendre environ 3 gram. de poison. Les effets de cette substance vénéneuse paraissent donc être les mêmes sur l’homme que sur les chiens, si ce n’est qu’il en faut une dose beaucoup plus forte pour occasionner la mort de ces derniers. A l’ouverture des cadavres, on ne découvre aucune altération du canal digestif ni des autres organes, ce qui tient probablement à ce que les animaux n’ont pas été sous ^influence du poison pendant un temps suffl-rsant (Voy. la note de la page 642).

3° Deux grammes d’acétate de morphine, injectés dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse des chiens âe moyenne stature, les font périr au bout de quatre à six heures. Peu de temps après l’application du poison, le train postérieur est affaibli , et l’on voit arriver successivement les symptômes que détermine le même sel introduit dans l’estomac. Une heure environ avant la mort ^ les animaux se traînent sur le ventre , en écartant les pattes postérieures, et en exécutant avec celles de devant des mouvemens semblables à ceux des chiens qui nagent ; ils éprouvent aussi des convulsions. Les cadavres ne présentent aucune altération marquée. Que doit-on penser de l’opinion de Vassal , qui, cherchant à éclairer l’histoire physiologique de la morphine , range parmi les expériences curieuses et ingénieuses, dont il ne faut tenir aucun compte, celles qui ont pour objet l’application du poison sur le tissu cellulaire sous-cutané ( Foy. page 81 du riiémoire intitulé Considérations médico-chimiques sur l’acétate de morphine). Je demanderai àVassal ce qu’il pourrait répondre de valable devant les tribunaux, dans un empoisonnement produit par l’emploi d’un topique rendu vénéneux par un sel de morphine ou par tout autre poison ; avouerait-il son ignorance, plutôt que de reconnaître Vindispensable nécessité des expériences du genre de celles qu’il veut combattre ?

4° Lorsqu’on injecte dans la veine crurale ou dans la veine jugulaire de chiens forts et de haute stature 60 à 75 centigrammes d’acétate de morphine dissous dans l’eau, ou de morphine suspendue dans 32 grammes du même liquide, ces animaux éprouvent tous les symptômes de l’empoisonnement, et ne périssent ordinairement pas : la mort peut cependant surve-

•nir avec des doses moins considérables, si les animaux sont plus jeunes et plus petits.

5° Appliqué sur les nerfs, la moelle épinière et le cerveau des chiens, l’acétate de morphine produit des effets semblables à ceux qui résultent de son ingestion dans l’estomac, bien qu’ils soient plus intenses. Si on le met au contraire en contact avec le cervelet, on n’observe ni dilatation de la pupille, ni paraplégie, et la respiration n’est pas altérée de la même manière que dans les cas précédens : toutefois, les animaux ne tardent pas à périr {Recherches sur V acétate de morphine, par MM. Déguisé, Dupuy etet Leuret. Paris, 4824). (^)

(1) Désirant connaître quelle serait l’action de doses successivement croissantes d’acétate de morphine, M. Desportes a fait prendre, dans l’espace de vingt-six jours, à une poule adulte et vigoureuse, 27 grammes de ce sel. La première dosé était de 6 milligrammes, et on continuait en doublant le plus souvent tous les deux . jours. La lésion du canal digestif a marqué le commencement de l’expérience ; elle s’est aggravée à mesure qu’on a augmenté les doses ; elle a demeuré le phénomène dominant pendant les trois quarts de l’état morbide ; enfin elle a persisté pendant tout le cours dé Tèxpérimentâtion. Du douzième au treizième jour, il s’est manifesté des phénomènes nerveux, que l’on pourrait aussi bien attribuer à la gravité de l’affection gastro-entérique qu’à l’extension de l’action délétère du sel de morphine à l’appareil cérébral nerveux. Ces symptômes cérébraux ont disparu quelques heures après l’ingestion du poison dans l’estomac : ils consistaient dans un état d’hébétude, un simple trouble des habitudes, une diminution et une vacillation dans les mouvemens de l’animal j on n’observait aucun signe de congestion vers l’encéphale. Ces accidens nerveux se sont affaiblis les premiers, et se sont même dissipés le dix- septième jour, lorsqu’on a diminué la dose du poison. Dans tout le cours de l’expérience, il n’y a jamais eu d’augmentation dans les symptômes chacun des jours où l’on a donné la même dosé d’acétate que la veille ; au contraire, il est arrivé plusieurs fois que l’état morbide a été moins prononcé. Après avoir diminué un seul jour la quantité de sel, on interrompit l’intoxication le lendemain, et vers la fin de la journée et dans la nuit qui la suivit, le désordre gastro-intestinal qui existait éprouva une telle amélioration, qu’il devint possible que l’animal se rétablît. Le vingt-cinquième jour, la dose d’acétate administrée était de 5 grammes 30 centigrammes : les symptômes gastro-entériques étaient fort intenses, et l’affection de l’appareil cérébral et nerveux plus prononcée. La mort eut lieu le vingtsixième jom-, et fut précédée de mouvemens convulsifs, d’affaiblissement de la vue, etc. Si l’on feit attention, dit M. Desportes, que, pour obtenir des symptômes incontestables de narcotisme, dont la durée a été seulement chaque jour d’une ou deux heures, il a fallu augmenter brusquement les doses du sel de morphine d’un tiers et du double, ou concevra combien il eût été facile, en n’élevant au contraire la quantité de cette substance que d’un seul grajn chaque jour, de ne donner lieu à d’autres phénomènes qu’à ceux qui ont signalé l’accroissement de la phlegmasie intestinale. Il y a plus, il est possible d’amener cette inflammation à un degré mortel, sans occasionner un seul phénomène incontestable de narcotisme.

Ouoerture du cadavre jaïte immédiatement après. On ne découvre aucune trace d’inflammation ni d’engorgement vasculaire dans le cerveau et le cervelet; il y a

6° Le sulfate et le chlorliydrate de morpMne agissent comme l’acétate.

7° L’action des sels de morpMne est beaucoup moins intense que celle de la dissolution alcoolique de morpMne, d’après quelques observations recueillies chez l’homme.

8° Les préparations solubles de morpMne sont absorbées ; leur action est plus vive lorsqu’on les injecte dans les veines que dans le ca§ où on les applique sur le tissu cellulaire ou sur le canal digestif. J’ai Auvent administré à des chiens 2 grammes d’acétate de morphine dissous dans 80 grammes d’eau; les animaux sont morts au bout de quinze, dix-huit ou vingt heures. Les foies, séparés immédiatement et iraités par l’eau aiguisé d’acide acétique, ont fourni des liqueurs brunes que j’ai fait évaporer jusqu’à siccité. Les produits traités par l’alcool concentré bouillant ont donné des dissolutions que j’ai filtrées et rapprochées à une douce chaleur, presque jusqu’à siccité; les masses, d’un brun noirâtre, qui restaient, offraient une saveur amère, rougissaient parfaitement par V adde azotique quand on les avait préalablenient étendues d’un peu d’eau, et qu’on employaif une assez forte proportion d’acide; les chlorures de fer et d’or ne fournissaient point les colorations bleue et jaune que l’on aurait obtenues avec l’acétate de morphine.

Je me suis également assuré que les foies des chiens non empoisonnés, traité de même par l’eau aiguisée d’acide acétique, l’alcool, etc., laissait une masse brune, à peine amère, qui ne rougissait pas par l’acide azotique.

9" Elles ne donnent pas toujours lieu à une affection sanguine du cerveau, d’après M. Desportes : toutefois, elles ont en général la propriété de produire une fluxion sanguine qui se dirige, non pas uniquement vers l’en^ céphale, mais vers tel ou tel organe ; ainsi l’opium et l’acétate de morphine disposent à l’hémorrhagie en général, et cette dernière se déclare, à raison de l’état actuel du sujet, dans le canal digestif ou les poumons, les fosses

un épanchement séreux dans les ventricules du , cerveau et à la base du crâne. La moelle de l’épine est saine ; elle offre seulement à la région dorsale, et dans l’étendue de 3 cent., un épanchement sanguin très abondant entre la dure-mère et la pie-mère. Le tissu osseux est ecchymosé dans plusieurs points, et prend part ainsi à l’hémorrhagie. Le réseau vasculaire de la membrane muqueuse du' jabot est évidemment injecté. L’estomac est dans l’état naturel. La membrane muqueuse des six premiers pouces du canal intestinal est fortement enflammée, et renferme Une matière jaunâtre semblable au pus; le reste fde l’intestin, jusqu’au rectum., paraît sain, et contient une matière pultacée verdâtre. La membrane muqueuse du rectum est d’un rouge vineux, enflammée, et parsemée de granulations rouges. Le foie est daüs l’état naturel. La vésicule biliaire est remplie de bile jaune verdâtre. Le cœur est flasque et contient peu de sang; il y en a aussi fort peu dans le système artériej et veineux. Les poumons sont crépitans et dans l’état naturel. Le tissu des reins est très friable : en général, tous les organes sont mous, amaigris ; les yeux sont très flétris [Revue médicale, octobre 1824).

nasales, les reins, la cavité cérébrale, etc. Enfin, il est vraisemblable que l’action des préparations d’opium sur le corps cérébral doit amener, dans plusieurs cas, l’être vivant à la condition convenable, nécessaire pour que la congestion sanguine s’effectue de préférence vers le cerveau (Mémoire cité). Qu’il y a loin de cette manière de voir à l’opinion émise par M. Flourens ! Suivant ce physiologiste, l’opium (et il en est probablement de même des pr^arations de morphine) exerce une action marquée sur le cerveau, à une dose et sous une forme déterminée , il agit sur les 7o6es cérébraux ; cette partie de l’encéphale, la seule de cet organe qui soit affectée, est le siège d’une effusion sânguine qui peut servir à constater l’action du poison. Chez les petits oiseaux, on peut suivre à l’œil et à travers les parois du crâne la formation et le développement de l’altération organique de la partie, produite par l’action de la^substance {Recherches expérimentales sur les fonctions du système nerveux, parFlourens. Paris, 4 824(1). Voy, page665, pour le rôle que joue la morphine dans l’empoisonnement par l’opium),

De la paramorpMne (thébaïne).

La paramorphine, alcali azoté, est blanche, en choux-fleurs, en mamelons , oü en prismes rhomboïdaux très aplatis , d’une saveur âcre styptique, fusible à 130“ c., et se figeant à 110°, ce qui la distingue de la narcotine, de la codéine, de la morphine et de la méconine ; en fondant elle perd 4 pour 100 d’eau. Elle est à peine soluble dans l’eau et très soluble dans l’alcool et dans l’éther froids. Les acides forts la résinifient et l’altèrent , tandis qu’ils se combinent avec elle et forment des sels cristallisables lorsqu’ils sont convenablement étendus. L’acide azotique ne la rougit point, à moins qu’il ne soit mélangé d’acide sulfurique et soumis à l’influence du protoxyde d’azote, de l’air atmosphérique ou du gaz oxygène , car alors il lui communique une couleur rouge. Le sesquichlorure de fer ne la bleuit point. Elle est toujours précipitée des sels acides par l’ammoniaque, ce que ne fait point la codéine. Elle a été découverte par Tbibouméry et étudiée par Pelletier.

(1) Il a plé reconnu depuis par Cuvier que la coloration en rouge était bornée à la paroi osseuse, et qu’on ne la retrouvait pas sur le cerveau, au moins d’une manière bien marquée.

Action sur V éco7iomie animale.

Lorsque j’ai iujecté dans la veine jugulaire des chiens 30 à 40 centigramoïes d’azotate de ihébaïne dissous dans 20 grammes d’eau , j’ai observé les effets suivans : L’injection n’était pas encore terminée que déjà l’animal éprouvait des mouvemens convulsifs très intenses avec renversement de la tête sur le dos ; ces mouvemens presque continus dans les pattes antérieures, étaient moins prononcés et intermittens dans les extrémités postérieures ; l’animal était couché sur le côté, insensible à tout ce qui se passait autour de lui et dans l’impossibilité de se tenir debout. Une minute après, la tête, qui jusqu’alors avait été courbée en arrière, a repris sa situation naturelle, mais elle est devenue le siège d’un branlement non interrompu et qui par momens était excessivement rapide; ce mouvement extraordinaire et tel que je n’en avais jamais vu de pareil, était accompagné de convulsions dans les membres thoraciqueSj. dont l’intensité était effrayante de temps à autre ; les pattes postérieures, tantôt immobiles et appliquées sur l’abdomen, tantôt agitées de mouvemens convulsifs , contrastaient singulièrement avec les antérieures ; parfois , les quatre membres exécutaient des mouvemens semblables à ceux que l’on observe chez les chiens qui nagent. Pendant cet état, qui a duré douze minutes, le chien faisait des efforts pour se relever sur ses pattes sans pouvoir y parvenir; loin de là , ces efforts n’aboutissaient qu’à le déplacer en le faisant rouler sur lui-même et en le portant à une certaine distance du point qu’il occupait auparavant ; lorsqu’on le soulevait et qu’on essayait de le tenir debout, il retombait aussitôt. Cinq minutes après, tous ces accidens commençaient à diminuer, et déjà l’animal pouvait faire quelques pas en chancelant comme dans l’état d’ivresse : les extrémités postérieures n’étaient point paralysées. Aübout de cinq autres minutes, il marchait assez librement et n’était presque plus sous l’influence du poison.

De la pseudotnorphine.

La pseudomorphine, alcali azoté, a été retirée de l’opium par Pelletier. Lorsqu’on la chauffe, elle se décompose dès qu’elle

commence à se ramollir et ne se volatilise pas ; elle est presque insoluble dans l’eau et peu soluble dans l’alcool à S6 degrés de Beaumé. L’éther et l’alcool absolus la dissolvent à peine. Elle est très soluble dans la potasse et dans la soude , tandis que l’eau ammoniacale n’en dissout pas sensiblement : elle est un peu soluble dans les acides étendus. L’acide azotique et les sels de sesqui-oxyde de fer se comportent avec elle comme avec la morphine. L’acide sulfurique concentré la brunit fortement et la dénature. Elle différé notablement de la morphine par sa composition.

. De la narcotine (principe çristallisable de Derosne).

Là narcotine existe dans l’opium indépendamment de la morphine. Elle est solide, blanche ou légèrement colorée en jaune, inodore, insipide, et cristallisée en prisme^ droits à base rhoraboïdale. Chauffée graduellement dans un tube de verre, elle fond, comme les graisses , à une température peu élevée , devient transparente, et se conserve dans cet état même après le refroidissement : si on élève davantage la température, ou qu’on la mette sur des charbons ardens, elle se décompose, et répand une fumée épaisse, d’une odeur ammoniacale. Elle est à peine soluble dans l’eau froide; l’alcool bouillant la dissout à merveille, et la laisse déposer en grande partie par le refroidissement. Elle est très soluble dans l’éther ; l’huile d’olives et celle d’amandes douces la dissolvent lentement à une température inférieure à celle de l’ébullition. Aucune de ces dissolutions ne jouit de 'propriétés alcalines. L’âcide acétique faible la dissout à merveille à la température de l’ébullition ; elle est très soluble à froid dans l’acide chlorhydrique très étendu d’eau ; l’acide azotique du commerce la dissout à froid sans la faire passer au rouge : la dissolution est jaune. L’acide sulfurique la jaunit et la liqueur prend une belle couleur rouge de sang dès que l’on ajoute la plus légère trace d’acide azotique ou d’un azotate. Ces caractères suflSsent pour distinguer la narcotine de la morphine.

Action de la narcotine sur l’économie animale.

On peut appliquer 50 à 60 centigrammes de narcotine sur le tissu

cellulaire de la partie interne de la cuisse des chiens sans occasionner le moindre accident. 2° M. Bally en a fait avaler impunément à un homme Jusqu’à la dose de 6 gram. par jour sous forme de pilules; il avait commencé par 20, 50 centigrammes ou par 1 gramme. 3° 40, 50 ou 60 centigrammes de narcotine dissoute dans 24 ou 30 granimes d’huile d’olives, et introduits dans l’estomac des chiens, déterminent les effets suivans : quinze ou dix-huit heures après leur administration , les animaux éprouvent des nausées qui ne tarderaient pas à être suivies de vomissemens, si on ne s’opposait point à l’expulsion des matières contenues dans l’estomac; ils paraissent plus faibles et comme dans un état de stupeur ; leurs extrémités postérieures fléchissent peu-à-peu ; la respiration est un peu accélérée : bientôt après ils se relèvent pour se porter en avant, et setnblent plus éveillés. Cet état dure plusieurs heures , Jusqu’à ce que la faiblesse soit assez considérable pour forcer les animaux à se coucher sur le ventre ou sur le côté, attitude dans laquelle ils meurent au bout de quelques heures. La mort est précédée de légers mouvemens convulsifs dans les membres ; elle arrive à la fin du deuxième, du troisième ou du quatrième Jour; du reste, on n’observe ni vertiges, ni paralysie des extrémités , ni cris plaintife, ni secousses convulsives fortes, comme cela a lieu avec la morphine et avec l’opium ; les organes des sens exercent librement leurs fonctions. A l’ouverture des cadavres, on ne découvre aucune altération dans le canal digestif. On remarque des effets analogues lorsqu’on administre 4 gramme 60 centigrammes de narcotine dans 100 grammes d’huile: toutefois, les animaux poussent quelques plaintes, surtout lorsqu’on les touche. Dans un cas de ce genre où la mort n’était survenue qu’à la fin du troisième Jour, la membrane muqueuse de l’estomac était enflammée et excoriée dans plusieurs de ses parties. Les intestins, le cœur, les poumons et le cerveau étaient sains. /

i° Elle peut être donn^Hmpunément à la dose de 2 grammes, si on la fait dissoudre dans de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique ou dans de Y acide azotique. Ce fait s’accorde à merveille avec les observations du docteur Bally, qui a souvent administré à l’homme, sans occasionner le moindre accident, 3 grammes de narcotine dissoute dans l’acide chlorhydrique très faible.

5° Lorsqu’elle a été dissoute dans l’acide acétique très étendu d’eau, et introduite dans l’estomac des chiens à la dose de 4 gramme 60 centigrammes, elle produit les effets suivans : au bout de cinq minutes, les animaux paraissent effrayés et reculent ; leur démarche est un peu vacillante ; trois ou quatre minutes après, ils ne peuvent plus se soutenir, et tombent sur le côté; ils éprouvent des convulsions horribles; la tête, constamment agitée, se renverse sur le dos ; la respiration est précipitée ; la bouche se remplit d’écume ; on entend de légères plaintes. Cet accès, dont la durée est de plusieurs minutes, est suivi d’un intervalle lucide, pendant lequel les animaux restent couchés sur le côté, sans qu’il leur soit possible de se tenir

sur leurs pattes; ils voient, ils entendent, et ne poussent aucune plainte. Deux à- trois minutes après cet état de calme, il se manifeste un nouvel accès semblable au précédent, qui dure deux ou trois minutes. Ces attaques se renouvellent dix ou douze fois ; alors les animaux ne restent plus un moment sans éprouver des mouvemens convulsifs, moins forts toutefois que ceux que l’on avait remarqués pendant les accès; quelques heures après, les convulsions cessent et sont suivies d’une grande faiblesse et d’une stupeur marquée. La mort arrive six, huit ou dix heures après le commencement de l’expérience. M.- Magendie compare avec raison l’état des animaux qui sont sous l’influence de cette dissolution à celui des chiens empoisonnés par le camphre. A l’ouverture des cadavres faite le lendemain, on voit que les vaisseaux de la dure-mèré sont légèrement engorgés; que les poumons sont roses, crépitons, et nullement gorgés de sang ; que le cœur contient du sang noir coagulé ; que la membrane muqueuse de l’estomac est rouge dans plusieurs de ses parties, noire et ecchymosée dans d’autres ; que le foie, la rate et les intestins sont dans l’état naturel, excepté la fin du rectum qui offre une couleur rouge. — Un gramme 60 centigrammes de narcotine dissoute dans l’acide acétique n’ont rien produit chez l’homme. M. Bally en a fait prendre, sur mon invitation, à douze paralytiques : il a commencé, par leur en donner 25 centigrammes ; bientôt après, il leur en a administré 75 centigrammes le matin et autant le soir; un seul individu a paru éprouver de légers vertiges ; ces malades étaient pourtant très impressionnables , puisqu’ils ne pouvaient pas supporter la plus petite dose de strychnine sans être puissamment excités.

6® Soixante centigrammes de narcotine dissoute dans 8 grammes de vinaigre concentré^ peuvent élreinjectés dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse, sans qulil en résulte d’inconvénient notable, tandis que la même dose d’acétate de morphine, appliquée sur le même tissu , donne lieu à tous les symptômes de rempoisôsûément.

7° Dissoute à la dose de 2 gr. dans l’acide sulfurique affaibli, et introduite dans l’estomac des chiens, elle détermine au bout de trois ou quatre heures des effets semblables à ceux qu’elle , produit lorsqu’elle est unie à l’acide acétique,(F. p.64-7). La mort arrive dans les vingt-quatre heures, et à l’ouverture des cadavres on trouve que la membrane muqueuse de l’estomac est le siège d’une assez vive inflammation.

8° Elle peut être injectée impunément dans la veine jugulaire, à la dose de 5 centigrammes, lorsqu’elle a été dissoute dans l’huile d’olives. Il est des animaux qui en supportent 4 0 centigrammes sans être incommodés, tandis qu’à la dose de 4 5 centigrammes, elle produit constamment des effets funestes sur les chiens de petite stature : la tête se renverse sur le dos immédiatement après l’injection; les animaux sont agités de mouvemens convulsifs, et ne tardent pas à tomber dans un état de stupeur, pendant lequel ils sont immobiles. Les yeux sont ouverts, et la respiration n’est pas profonde comme dans le sommeil. La mort arrive constamment dans les

vingt-qualre heures, quelquefois au bout de deux minutes, tantôt au bout de quelques heures.

Il résulte évidemment de ces faits, 1® que la narcotîne, solide ou dissoute dans l’acide chlorhydrique, peut être avalée impunément par l’homme à très fortes doses ; 2® qu’une dissolution d’un gramme 60 centigr. dans l’acide acétique n’a produit aucun effet sur plusieurs malades qui en ont pris; 3® qu’elle est sans action sur les chiens, lorsqu’elle est introduite dans l’estomac à la dose de 2 à 3 grammes après avoir été dissoute dans les acides chlorhydrique ou azotique ; 4° qu’elle détermine'au contraire la plus vive excitation et la mort de ces animaux quand on leur en a fait avaler 2 grammes en dissolution dans les acides acétique ou sulfurique; 6® qu’elle occasionne également la mort des chiens lorsqu’on la fait prendre en dissolution dans Thuile d’olives à la dose d’un gramme 60 centigrammes, mais qu’alors, au lieu d’être excités , les animaux paraissent dans un état contraire ; 6“ qu’elle n’agit pas lorsqu’on l’applique sur le tissu cellulaire à la dose de 60 centigrammes dissoute dans l’acide acétique; 7® qu’elle tue promptement les chiens quand on l’injecte dans la veine jugulaire à la dose de 15 centigrammes dissoute dans l’huile; 8® qu’il ost impossible de décider actuellement si elle exerce sur l’homme la même action que sur les chiens ; car, d’une part, les effets sont semblables lorsqu’elle est administrée en poudre ou dans l’acidè chlorhydrique, tandis qu’ils semblent différer quand on la donne dans l’acide acétique : mais le défaut d’action de la dissolution acétique chez l’homme ne tiendrait-il pas à ce qu’elle a été administrée à trop petite dose, surtout eu égard à la stature et à la force de l’homme comparées à celle des chiens ? 9° que dans tous les cas , elle produit sur ces derniers animaux l’excitation ou la stupeur, suivant qu’elle a été dissoute dans l’acide acétique ou dans l’huile, et qu’il importe par conséquent, avant d’assigner le rôle qu’elle joue dans l’extrait aqueux de déterminer si elle y est tenue en dissolution par un acide ou par une matière huileuse , comme cela paraît plus probable (voy. Opium, page 664) (1).

(1) Ce qui semble faire croire que la narcotme est tenue en dissolution par une

De la codéine.

Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par la codéine?

La codéine cristallise en prismes droits à base rhomboïdale, tantôt aplatis, tantôt allongés et de plus de 16 millimètres decôté, ou en petites aiguilles très blanches. A 150° c. elle fond ; si on élève davantage la température, elle ne se volatilise pas, quoiqu’elle grimpe le long des parois du tube. Cent parties d’eau à 15° dissolvent 1,26 de codéine, tandis que la même quantité d’eau bouillante en dissout 6,88 parties ; aussi en laissant refroidir lentement la dissolution aqueuse bouillante se dépose-t-il des cristaux de codéine. Si au lieu de faire dissoudre dans l’eau à l00“c. 6,88 p. pour cent de codéine on en met davantage, la portion non dissoute forme une couche comme huileuse au fond du vase. La codéine est sensiblement alcaline et fournit des sels avec les acides ; l’acide azotique et les sels de sesqui-oxyde de fer ne la colorent point en rouge et en bleu, et l’infusion de noix de galle précipite abondamment ses dissolutions, caractères qui la distinguent de la morphine. Elle est soluble dans l’éther et insoluble dans les alcalis.

Action de la codéine sur V économie animale.

Il résulte des expériences de M. Kunkel {Journal de' chimie médicale, année 1833), 1° que la codéine ne paralyse pas, comme la morphine les pattes postérieures ; 2° qu’elle paraît Jouir d’une vertu excitante très prononcée j qu’elle occasionne des convulsions dans les membres et dans les muscles du cou ; enfin que dans les cas où elle détermine la mort, elle porte évidemment son action sur le cervelet et la moelle allongée, car deux fois on a remarqué le symptôme de la rétro-progression, et l’on a trouvé ees parties gorgées de sang; 3“ qu’elle affecte les

matière huileuse plutôt que par un acide, e’est qu’en traitant l’opium ou son extrait aqueux par l’éther, on dissout, outre ce principe, une huile, tandis qu’on n’enlève pas un atome de la combmaîson de morphine et d’acide méconique : U est assez probable, d’après cela, que l’éther ne dissoudrait point la narcotine,5i elle était tenue en dissolution par un acide.

organes de la circulation, ce qui semble prouvé par l’accélération de la respiration et des battemens du cœur pendant la vie , par l’inflammation des poumons après la mort, et par la quantité dé sang noir qui distend les cavités du cœur ; 4° qu’elle enflamme les parties avec lesquelles elle est mise en contact ; 5° qu’elle agit plus puissamment lorsqu’elle est introduite dans le tissu cellulaire que dans l’estomac ; 6° qu’elle est absorbée et qu’elle paraît exercer une action spéciale sur les organes urinaires (Jhideni).

D’après M. William Gregory d’Édimbourg, à la dose de 25 à 30 centigrammes, l’azotate de codéine détermine l’accélération du pouls, de la chaleur dans la tête et dans le foie, une excitation de l’esprit analogue à celle qu’occasionnent les boissons spiritueuses et qui dure assez long-temps, enfin une démangeaison de la peau qui commence à la tête et se répand sur tout le corps ; quelques heures après il survient une rémission désagréable avec nausées, et quelquefois vomissemens.

Donnée à la dose de 5 à 10 centigrammes, d’après M. Barbier d’Amiens , la codéine n’agit ni sur l’encéphale ni sur la moelle épinière; mais elle exerce une action spécifique sur le plexus nerveux du grand sympathique ; il lui a vu produire aussi le sommeil, mais sans pesanteur de tête, ni engourdissement, ni gonflement des yeux; au sortir de ce sommeil , le malade avait une figure gaie, animée telle qu’on serait porfé à admettre dans la codéine une vertu éxhilarante ; tandis que les personnes qui sont sous l’influence de la morphine ont la tête lourde, les paupières pesantes , une certaine pâleur, et se plaignent d’engourdissement, de vertiges et d’accablemént.

D’après M. Martin Solon, à la dose de 1 à 2 centigrammes, la ^ codéine procure un sommeil facile, diminue la toux et l’expectoration sans produire de congestions cérébrales ; toutefois il ne lui a pas reconnu une action spéciale sur le grand sympathique (Archiv. gén. de méd., tome iv, année 1834, p. 692).

De la mêeonivie.

La méconine, découverte par M. Dublanc jeuee^ cristallise en

prismes à six pans, dont deux faces plus larges et parallèles sont terminées par un sommet dièdre. Elle est inodore^ d’abord insipide, puis offrant une saveur âcre ; elle est fusible à 90,5®, et ressemble alors à une huile incolore. A 155® elle peut être distillée sans altération; elle est soluble dans 18,66 p. d’eau bouillante et dans 266,75 d’eau froide , et beaucoup plus dans l’alcool, dans l’éther et dans les huiles essentielles. La plupart des alcalis la dissolvent sans contracter de combinaison avec elle. Les acides sulfurique et azotique au contraire la décomposent ; la dissolution sulfurique est incolore si. elle a été faite avec l’acide étendu ; mais si on l’a concentrée à une très douce chaleur, elle acquiert une belle couleur vert foncé. Elle ne paraît pas vénéneuse , car j’en ai injecté im-punément Jugulaire d’un chien 20 centigrammes en dissolution aqueuse concentrée.

De la narcéine.

La narcéine , découverte par Pelletier , est ên aiguilles blanches et soyeuses qui paraissent être des prismes à quatre pans; elle est inodore, d’une saveur légèrement amère, un peu styptique, fusible à 92®, décomposable au-delà de 110®, sans se volatiliser , et fournissant un charbon volumineux , un liquide acide, une matière brune, bitumineuse, volatile, et des aiguilles blanches qui paraissent avoir de l’analogie avec l’acide gallique. Elle se dissout dans 230 p. d’eau .bouillante et dans 375 d’eau froide ; elle est soluble dans l’alcool bouillant et insoluble dans l’éther ; elle est décomposée par les acides minéraux concentrés ; si ces acides sont affaiblis , ils se combinent avec elle et forment des sels. Au moment où l’acide chlorhydrique touche la narcéine, celle-ci prend une couleur bleue magnifique, et si on ajoute assez d’eau pour dissoudre le sel, la dissolution est incolore ; sour vent, avant de se décolorer, la matière prend une teinte d’un rose violacé. L’acide azotique concentré ne rougit point la narcéine, qu’il transforme en acide oxalique. Elle ne paraît pas vénéneuse, car j’en ai injecté impunément dans la veine Jugulaire

d’un chien 20 centigrammes en dissolution, soit dans l’eau, soit dans l’acide sulfurique très affaibli.

De Vopium.

Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par l’opium ?

L’opium est le suc épaissi des capsules du pavot blanc {papaver somniferurn). Il est formé de morphine, de pseudo-morphine, àe codéine, de/>aramorj9Amé(thébaïne), de narcotine, à&méconine, de warceVwe, d’acide méeonique, d!\m autre acide signalé parRobiquet, auquel il n’a pas donné de nom, d’une huile volatile, d’une huile fixe, d’une matière ayant quelque analogie avec le caoutchouc, de mucilage , de fécule, d’une résine et d’une substance végéto-animale. Il est toujours mêlé de débris de fibres végétales et il contient quelquefois un peu de sable et de petits cailloux. Si telle est, en général, la composition de l’opium, il faut noter cependant, que certaines variétés de ce corps n’ont point fourni d’acide méconique à l’analyse et que M. Dupuis a trouvé dans quelques échantillons du sulfate de morphine qu’il a pu obtenir cristallisé.

L’opium est solide d’un brun rougeâtre au-dehors, légèrement luisant, opaque, pesant, compacte, homogène, pliant, susceptible d’adhérer aux doigts , d’une odeur particulière nauséabonde, d’une saveur âcre, amère, chaude; sa cassure offre une teinte verdâtre ou noirâtre; il est soluble en partie et à toutes les températures dans l’eau et dans les acides faibles; il se ramollit dans l’eau chaude, de manière à fournir une pâte molle. Mis sur des charbons ardens, il se décompose comme les substances végétoanimalea, répand une fumée épaisse, d’une odeur ammoniacale, et laissé du charbon pour résidu. Il brûle avec flamme lorsqu’on l’approche d’une bougie allumée. L’acide azotique, employé en assez grande proportion le rougit.

L’opium de iSmyrwe , traité par 1 kilogramme 1/2 d’eau, a fourni pour 128 grammes, une quantité d’extrait aqueux solide, contenant 29 grammes de morphine impure. Il est en masses

plus ou moins volumineuses, souvent déformées et aplaties, mélangées à leur surface et même à l’intérieur de graines dierumeæ. L’opium de Constantinople n’a donné que 21 grammes 10 centigrammes de morphine. Il est en petits pains aplatis de 6 à 8 centimètres de diamètre , constamment recouverts d’une feuille de pavot dont la nervure médiane partage le disque en deux parties. L’opium Égypte n’a fourni que 16 grammes 6 centigrammes de morphine. Il est en pains orbiculaires plus larges que les précédons, ne présentant à leur surface que les débris d’une feuille (Guibourt),

Dissolution aqueuse d'opium. Liquide transparent , d’un jaune plus ou moins foncé , ayant l’odeur et la saveur de l’opium, rougissant le papier de tournesol, et précipitant en blanc légèrement jaunâtre par une petite quantité d’ammoniaque : ce précipité renferme de la morphine et de la narcotine ; mêlé avec une très petite quantité d’amidon en poudre ou de gelée d^amidon, puis avec la dissolution d’acide iodique, ce liquide donne aussitôt une couleur bleue, parce que l’iode est mis à nu (voy. p. 62â). Les sels de sesquiroxyde de fer lui communiquent une couleur rouge vineuse foncée sans le troubler par suite de l’ac-? tion du sel de fer sur l’acide méconique. L’acide azotique fonce un peu la couleur de cette liqueur sans la rougir à moins qu’on n’emploie une assez grande quantité d’acide.

Extrait aqueux dlopium. Il est solide, brun, doué d’une sayeur amère, et d’une odeur différente, suivant la manière dont il a été préparé ; le plus souvent elle ressemble à celle de quelques autres extraits, et n’a aucun rapport avec celle de l’opium ; dans d’autres cas, elle est vireuse, comme celle de la substance qui a fourni l’extrait. Il se dissout très bien dans l’eau ; la dissolution rougit le papier de tournesol, et précipite des flocons d’un jaune sale (morphine et narcotine) par Teau de chaux ou par une petite quantité d’ammoniaque ; ces flocons ramassés sont jaunâtres : elle se comporte avec les sels de sesqui-oxyde de fer et une petite quantité d’amidon et l’acide iodique, comme la dissolution aqueuse d’opium. L’acide azotique la rougit s’il est employé en assez grande quantité. Il est loin de contenir toujours la même proportion de narcotine : s’il a été préparé avec beaucoup d’eau U en renferine

à peine, tandis qu’on en trouve constamment une quantité notable si l’on a employé moins d’eau pour l’obtenir : cela tient à ce que la narcotine est particulièrement dissoute à la faveur d’une matière qui ne jouit plus de la faculté de la dissoudre lorsqu’on l’étend d’eau.

Laudanum de Rousseau. Liquide préparé en faisant fermenter un mélange d’opium , de miel blanc , de levure de bière et d’eau, en filtrant, en évaporant jusqu’à réduction de moitié àpeu-près, et en y ajoutant de l’alcool rectifié pour le conserver. Il est d’une couleur brune très foncée, en général très visqueux, surtout lorsque la fermentation du miel a été incomplète, n’ayant plus d’odeur vireuse et beaucoup plus actif que le laudanum de Sydenham ; l’ammoniaque y fait naître un précipité brun j les sels dèsesqui-oxyde de fer étendus d’eau le rougissent fortement; si, après l’avoir étendu d’eau, on y met de l’acide iodique et très peu d’amidon, il se dépose une poudre violette ou bleue : l’acide azotique finit par le rougir, s’il a été employé en assez grande quantité.

Laudanum liquide de Sydenham. Liquide préparé avec l’opium, le safran , la cannelle, le girofle et le vin d’Espagne. Il offre une couleur rouge orangé foncé; sa saveur est extrêmement amère ; son odeur à-la-fois de safran et de girofle est très forte : sa consistance est assez épaisse ; il rougit le papier de tournesol. L’eau distillée ne le trouble point : l’àmmoniaque le précipite en jaune foncé; le dépôt ramassé paraît d’un blanc jaunâtre (morphine et narcotine)^;' l’eau.de chaux y fait naître un précipité blanc jaunâtre soluble dans un excès d’eau de chaux; mêlé avec très peu d’amidon, de l’eau , et avec une dissolution d’acide iodique, il se colore en bleu page 62â). Les sels de sesqui-oxyde de fer étendus d’eau sont fortement rougis à raison de l’acide méconiqtie qu’il contient ; ce caractère est un des plus sensibles. L’acide azotique le rougit à moins qu’on n’en emploie pas une assez grande quantité.

Pour qu’il ne reste aucun doute sur la nature des liquides dont je viens de parler, on cherchera à en extraire la morphine et l’acide mécanique, ce qui ne sera pas difificilé quand on agira sur la dissolution aqueuse et sur l’extrait ; quant aux deux variétés

de laudanum, on pourra assez facilement en séparer la morphine, tandis qu’il deviendra excessivement difficile d’extraire l’acide méconique, à moins que l’on n’opère sur des quantités considérables. Quoi qu’il en soit, le meilleur moyen d’atteindre le but consistera à précipiter la dissolution par le sous-acétate de plomb dissous pour obtenir du méconate de plomb insoluble et une liqueur dans laquelle il y aura de l’acétate de morphine et l’excès de sous-acétate de ploinb. Le méconate de plomb, après avoir été lavé,seradécomposé par l’acide sulfurique faible, comme l’a proposé M. Caventou; la liqueur filtrée contiendra l’acide méconique ; il suffira de l’évaporer jusqu’à siccité pour avoir celui-ci à l’état solide (1). Il est préférable de décomposer le méconate de plomb par l’acide sulfurique affaibli que par l’acide sulfhydrique, ainsi que cela s’est pratiqué jusqu’à ce jour; en effet, MM. Larocque et Thibierge ont fait voir que l’on décelait quelquefois l’acide méconique à l’aide de l’acide sulfurique, là où le traitement par l’acide sulfhydrique était impuissant. Quant à la dissolution contenant l’acétate de morphine, on la fera traverser par un courant de gaz acide sulfhydrique pour décomposer l’excès de sousacétate de plomb ; on filtrera, afin de séparer le sulfure de plomb noir ; la liqueur, rapprochée par l’évaporation à une douce chaleur, si elle est trop colorée, sera décolorée par le charbon animal bien lavé, puis soumise à l’évaporation spontanée sous le vide delà machine pneumatique ; le produit, cristallin ou non, d’une nuance jaune ou jaunâtre, offrira tous les caractères des sels de morphine ; on pourra même en retirer la morphine, en la précipitant par une petite quantité d’ammoniaque, après l’avoir fait dissoudre dans l’eau.

Mélanges d'opium ou d'extrait d' opium^de laudanum et de substances alimentaires^ de la matière des vomissemens ou de celle que l'on trouve dans le canal digestif. Recherche

(1) L’acide méconique est souvent blanc, pulvérulent, ou en belles écailles micacées, ou en longues aiguilles d’une saveur aigre, rougissant le tournesol, soluble dans 4 parties d’eau bouillante, se décomposant lorsqu’on le chauffe, et fournissant entre autres produits de l’acide pjroméconique sous forme de longues aiguilles ramifiées en barbes de plume. Il fait passer au rouge intense, sans les précipiter, le sesquichlorure et le sulfate de sesqui-oxyde de fer.

de l’opium ahsorhê et pouvant se trouver dans le foie, etc. Des expériences nombreuses ont été tentées par MM. Larocque et Thibierge sur des mélangés d’opium et de bière, de lait ou de bouillon ; de mon côté, j’ai examiné avec soin des mélanges de décoction aqueuse de foie humain et d’opium, ainsi que des matières alimentaires extraites de l’estomac d’animaux qui avaient été empoisonnés par l’extrait aqueux d’opium. Les résultats obtenus prouvent jusqu’à l’évidence combien MM. Christison et Buchner s’étaient trompés en s’occupant du même sujet.Voicices résultats:

1° S’il est fort difficile d’obtenir la morphine cristallisée et d’isoler l’acide méconique dans l’empoisonnement par l’opium, par l’extrait d’opium et par les diverses espèces de laudanum, à moins que l’on n’agisse sur des proportions considérables de ces corps, il est toujours aiséj lorsqu’on opère avec soin , de constater la présence de la morphine à son amertume j à sa réaction sur l’acide azotique et sur le sesqui-chlorure de fer, employés en assez grande quantité, et celle de l’acide méconique à la coloration rouge qu’il fait naître dans le sesqui-chlorure de fer ;

2° Pour obtenir la couleur bleue avec le sesqui-chlorure de fer, il faut avoir préalablement séparé delà préparation opiacée l’acide méconique à l’aide du sous-acétatè de plomb, autrement cet acide colorerait le'sel de fer en rouge j

3° Il ne suffit pas dans une expertise médico-légale pour affirmer qu’une matière suspecte contient une préparation d’opium, d’avoir constaté l’amertume de cette matière, et sa coloration en rouge et en hîeu par l’acidè azotique et par le sesquichlorure de fer;^ ces caractères peuvent faire soupçonner \2i présence d’un composé d’opium, mais il faut nécessairement, pour se prononcer d’une manière certaine, avoir isolé un sel de morphine ou de la morphine et de l’acide méconique;

4° S’il est possible d’obtenir ce dernier résultat en agissant sur la matière des vomissemeffs ou sur celle que l’on retire du canal digestif, parce que ces matières peuvent contenir une quantité notable de préparation opiacée, il paraît difficile, pour ne pas dire impossible, qu’il en soit ainsi lorsqu’on agit seulement surla portion de substance vénéneuse qui a été portée dans le foie, la

rate et les reins par suite de l’absorption; car, dans ce cas, la proportion de naorphine et d’acide méconique est trop faible pour qu’il soit permis de la déceler autrement que par les réactions colorées qui ont été indiquées à la page 624 ;

5° L’on peut cependant affirmer qu’une personne a été empoisonnée par une préparation opiacée, si elle a éprouvé les symptômes àe l’intoxication par cette substance, et que l’on ait pu constater que les matières suspectes étaient amères, qu’elles se coloraient en rouge par l’acide azotique et en bleu par le sesquichlorure de fer ; à plus forte raison devrait-il en être ainsi dans les cas ou, au lieu de ces simples colorations, on aurait pu extraire la morphine et l’acide méconique;

6° Il faut bien se garder d’établir qu’il n’y a pas eu empoisonnement par l’opium par cela seul que les matières suspectes dont il s’agit n’ont pas été colorées en rouge ou en bleu par les réactifs précités, parce qu’il peut arriver que l’opium administré ne contînt pas d’acide méconique, ou que la proportion de morphine et d’acide méconique renfermée dans la petite quantité de matière soumise à l’examen des experts fût trop faible pour pouvoir être décelée au milieu dé liquides presque toujours fortement colorés. Ce seraitici le cas d’invoquer tout ce qui se rapporte au commémoratif et aux symptômes.

Comme on voit, je me suis particulièrement attaché, à propos de la recherche de l’opium, aux caractères propres à faire reconnaître la morphine et l’acide méconique, et je ne me suis pas occupé de la narcoline, de la codéine, de la paramorphine, etc.; p’est qu’en effet ces dernières substances sont fort difficiles à caractériser, tandis qu’il est aisé de reconnaître la morphine et l’aeide méconique : aussi l’expert devra-t-il, pour ne pas s’exposer à encourir le moindre reproche, déclarer que ce n’est ni l’opium, ni l’extrait d’opium, ni le laudanum qu’il a décelés, mais bien des matières qui jusqu’à présent n’ont été trouvées que dans l’opium et dans ses préparés.

Procédé. A peu de chose près, et sauf la modification introduite par M. Caventou dans l’extraction de l’acide méconique, ce procédé appartient à M. Lassaigne. Si la matière suspecte est liquide (vomissemens, matières trouvées dans le canal digestif),

on l’évapore jusqu’en consistance sirupeuse, à une température au-dessous de l’ébullition ; on traite le produit par l’alcool concentré et bouillant ; on laisse refroidir la liqueur alcoolique ; on la filtre et on l’évapore de nouveau jusqu’en consistance de sirop; on dissout le produit dans l’eau distillée, et on filtre de nouveau; la liqueur filtrée est traitée par un excès de sous-acétate de plomb qui y fait naître un précipité contenant du méconate de plomb, tandis que la morphine reste en dissolution. On fait passer à travers celle-ci un courant de gaz acide sulfhydrique pour séparer l’excès de plomb ; on filtre la liqueur refroidie, et on l’évapore au bain-marie ; si elle est encore colorée, on la filtre à plusieurs reprises sur du charbon animal purifié à l’aidè de l’acide chlorhydrique faible: la liqueur ainsi décolorée sera mise dans le vide, sous lamachine pneumatique, en plaçantà côté un vase rempli d’acide sulfurique concentré. Sans cette précaution, il serait qqelquefois difficile de constater les caractères essentiels de la morphine, savoir la coloration en rouge par l’acidç azotique et en bleu par les sels de sesqui- oxyde de fer. Quant au précipité de méconate de plomb, il suffit pour en extraire l’acide méconique, de le bien laver, puis de le traiter par l’acide sulfurique étendu d’eau ; il se formera du sulfate de plomb insoluble, et la liqueur filtrée contiendra l’acide méconique; en l’évaporant, on obtiendra cet acide cristallisé ou pulvérulent.

Si la matière est solide (vomissemens, matières contenues dans le canal digestif, tissus del’estoinaCj foiC) rate, etc.), après l’avoir divisée en petits fragmens, on y ajoutera de l’eau aiguisée d’acide acétique, et on fera bouillir pendant quinze ou vingt minutes; on filtrera, puis on évaporera la liqueur, à une douce chaleur, jusqu’à siccité; le produit sera traité par l’alcoo}, le soust acétate de plomb, etc., comme il vient d’être dit à roccasion des matières liquides.

Opium dans un cas d’ exhumation juridique. — Expérience ter. Le t6 mai 1 827, on introduisit dans un flacon à large ouverture, exposé à l’air, 4 grammes d’opium en fragmens, ^ 0 litres d’eau et plusieurs portions d’un canal intestinal. Le 6 août suivant, on filtra le. mélange, qui exhalait une odeur des plus infectes. On voyait dans la matière restée sur le filtre des fragmens d’un rouge brun, qui au premier abord, auraient pu être pris pour

de l’opium, mais qui n’en avaient ni l’odeur ni la texture. Le liquide filtré,

, de couleur brunâtre, rougissait assez fortement le tournesol ; on le traita par la magnésie, par l’alcool et par le charbon animal, et on obtint un produit solide, d’un blanc jaunâtre, qui devenait d’un très beau rouge par l’acide azotique (morphine).

Expérience 2®. Le 8 novembre 1 826, on enterra à 76 centimètres de profondeur une boîte mince de sapin, dans laquelle il y avait un gros intestin, contenant du pain, de l’extrait d’opium, du blanc d’œuf, de la viande et de la soupe maigre. On procéda à l’exhumation de cette boîte le \ 8 août \ 827, neuf mois dix jours après l’inhumation. La matière renfermée dans l’intestin, traitée à plusieurs reprises par l’eau distillée tiède, puis par la magnésie, par l’alcool et par. le charbon animal, fournit un léger résidu d’un gris tirant un peu sur le jaune, d’une saveur faiblement amère, devenant d’un rouge orangé clair pea. interne par l’acide azotique et ne bleuissant point par le sesqùichlorure de fer.

Il résulte évidemment de ces expériences : 1° que la morphine qui existe dans l’opium ne s’altère pas plus par son contact avec les matières animales que celle qui fait partie de l’acétate ou d’un autre sel de morphine ; 2° qu’il y a néanmoins plus de difficulté à démontrer la présence de cette base lorsque l’éxhumation a pour objet un cadavre dans le canal digestif duquel on a introduit de l’opium, que quand il s’agit simplement d’un sel de morphine; S° que dans aucun cas il ne faudra prononcer affirmativement sur l’existence d’un empoisonnement par l’opium qu’autant qu’on aura reconnu celui-ci à ses propriétés physiques et chimiques, ce qui n’est pas impossible même plusieurs jours après la mort, ou bien, s’il n’a pas été permis de le reconnaître, qu’autant qu’on en aura retiré la morphine jouissant de tous les caractères indiqués à la page 62 S, et encore ne faudrait-il pas conclure alors d’une manière absolue que l’empoisonnement a eu lieu par l’Opium, mais bien par l’opium ou par une de ses préparations, par la morphine ou par un sel de morphine.

Symptômes de l’empoisonnement par l’opium.

On remarque des effets très variables chez les personnes empoisonnées par l’opium. En résumant ce qui a été dit dans les expériences et les observations qui précèdent, nous voyons qu’il est rare que les individus vomissent, quoique dans beaucoup de cas

ils éprouvent des nausées peu après l’ingestion du poison ; presque jamais on n’observe des douleurs abdominales ; la constipation est opiniâtre. Il y a vertiges, propension au sommeil, à l’assoupissement et à l’état comateux : aussi ne parvient-on pas à réveiller les malades, même en faisant du bruit près d’eux et en les excitant ; quelquefois cependant on les réveille pour quelques minutes à l’aide d’une forte secousse, et alors on s’aperçoit qu’ils sont en proie à un léger délire. Les yeux sont immobiles, languLssans et abattus, les pupilles plus souvent contractées que dilatées et l’iris insensible à la lumière ; la figure est calme et pâle. Les muscles sont dans le relâchement, et souvent ceux des membres abdominaux sont tellement affaiblis qu’ils semblent paralysés 5 ils sont agités de tremblemens convulsifs, passagers et de courte durée; quelquefois ces convulsions sont générales. Il est des malades qui ne souffrent pas et qui sont dans un état de grande immobilité; d’autres éprouvent des douleurs qui, sans être vives, se manifestent par des plaintes et des gémissemens. La peau est en général fraîche et même très froide et comme glacée : elle est le siège de démangeaisons assez vives et presque toujours décolorée; cependant il est des cas, notamment lorsqu’il y a des convulsions générales, où elle est bleuâtre par instans ; alors la face et le cou sont gonflés,la langue oscillante, etc. L’état du pouls varie extraordinairement suivant les individus, et chez la même personne suivant l’époque de la maladie et plusieurs autr circonstances qu’il est difficile d’apprécier; on l’a vu développé, dur, fréquent, ou petit, serré et plus fréquent encore ; il s’affaiblit surtout dans les cas où la maladie doit se terminer par la mort. La respiration, souvent peu apparente, est quelquefois pénible, stertoreuse, intermittente et entrecoupée de longs soupirs. Certains malades expulsent des matières visqueuses par la bouche et par le nez ; il peut y avoir aussi distorsion de la bouche. La sécrétion de l’urine est en général diminuée et même supprimée. Lorsque les symptômes acquièrent trop d’intensité, la mort arrive ; au contraire on les voit disparaître insensiblement quand le malade doit revenir à la santé.

C’est à tort que l’on pense généralement que l’empoisonnement par l’opium amène la mort au milieu d’un sommeil calme et indo-

lent; ceux des malades qui ont été guéris savent combien il arrive souvent que Ton se réveille hrisé, moulu, après avoir éprouvé quelquefois dés douleurs assez vives. Il importe ici de ne pas confondre les effets d^une forte dose d’opium chez un individu qui n’en a jamais pris, avec ceux que l’on observe chez les personnes qui s’habituent à l’action de petites doses toujours croissantes de ce médicament.

Action de l’opium sur l’économie animale.

1° L’opium en substance détermine la mort des chiens les plus robustes dans l’espace de vingt à trente heures, lorsqu’il a été introduit dans l’estomac à la dose de 8 à 12 grammes;

2“ L’extrait aqueux d’opium obtenu avec de l’eau froide, et qui n’a subi qu’une évaporation, est plus actif que l’opium et que les extraits préparés en suivant un autre procédé ;

3“ Il agit avec plus d’énergie quand il est appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané, et surtout lorsqu’on l’introduit dans les veines, dans la plèvre ou dans le péritoine ;

4° Injecté dans la carotide, il détermine encore la mort avec, plus de rapidité ;

5° Il en faut une assez grande quantité pour tuer les animaux dans la yussie desquels il a été introduit ;

6“ Son application sur le cerveau n’est pas mortelle, d’après Nysten : ce fait demande à être constaté par de nouvelles expériences , puisque nous savons que l’acétate de morphine tue assez rapidement les animaux sur le cerveau desquels il a été appliqué;

7° L’extrait d’opium privé de morphine et du principe de Derosne peut être administré à très forte dose sans occasionner l’empoisonnement; et s’il conserve quelquefois une légère action, cela tient à ce que la séparation de ces substances n’a pas été complète;

8" L’extrait d’opium privé seulement du principe de De^ rosne au moyen de l’éther, comme l’a indiqué Robiquet, jouit de toutes ses propriétés vénéneuses, agit avec la même énergie, et

paraît au moins aussi excitant que celui qui contient encore le même principe (1);

6", L’eau distillée d’opium , fortement saturée du principe qui se volatilise, peut, à la rigueur^ déterminer des vertiges, le sommeil chez certains individus très irritables ; mais elle est à peine vénéneuse.

10° Le marc d’opium, ou l’opium épuisé par l’eau, dans lequel il y a beaucoup de narcotine et de la morphine, administré en substance à la dose de 8 grammes environ, occasionne des accidens analogues à ceux que produit la ^narcotine dissoute dans l’huile (voy. page 647) ; néanmoins les animaux se rétablissent de même au bout de quelques jours.

11° 8 grammes du même marc, laissés pendant dix heures dans un mélange de 64 grammes d’eau et d’une égale quantité de vinaigre du commerce, puis, introduits dans l’estomac, déterminent la mort des chiens dans l’espace de trente à quarante heures, après avoir donné lieu à des accidens semblables à ceux que produit la narcotine, ce que l’on peut expliquer [facilement par la rapidité avec laquelle le vinaigre affaibli dissout la narcotine et la morphine qui font partie du marc. Ce résultat s’accorde à merveille avec un fait que j’ai établi dans mon Traité de toxicologie, savoir, que l’opium agit avec plus d’énergie lorsqu’il est administré avec l’eau vinaigrée, que dans le cas où il est simplement mêlé à l’eau : en effet, l’eau ne dissout point les principes actifs du marc, tandis que l’eau vinaigrée s’empare dé tout ce que l’eau simple aurait pu dissoudre, et en outre de la narcotine et de la morphine qui restent dans ce marc.

(1) Que l’on administre comparativement à deux chiens de même force 12 grammes d’extrait aqueux d’opium préparé avec une petite quantité d’eau, et contenant par conséquent de la narcotine, et 12 grammes du même , extrait épuisé par l’éther, et privé autant que possible de ce principe, l’animal qui aura pris cette dernière préparation périra souvent avant l’autre, et après avoir éprouvé les symptômes suivans : vertiges, plaintes, agitation, mouvemens convulsifs, susceptibilité extrême à changer de place, car il suffira du plus léger bruit pour l’exciter à courir ; soubresauts, grande anxiété, renversement de la tête en arrière, difficulté de respirer. Je ferai observer à <^t égard que la plupart des extraits d’opium des pharmacies contiennent à peine de la narcotine, parce qu’ils ont été préparés en traitant l’opium par beaucoup d’eau; il n’y a que ceux qui ont été faits avec une petite quantité de ce liquide qui en renferment ime proportion notable.

12" La matière résineuse non soluble produit les mêmes effets que l’extrait aqueux d’après Nysten, mais à une dose beaucoup plus forte; elle n’enflamme pas la membrane muqueuse de l’estomac. Vicat avait déjà dit que l’extrait résineux d’opium avait été administré à un chien sans inconvénient à la dose de 75 centigrammes, et que Charas en avait avalé 30 centigrammes sans éprouver autre chose que la gaîté (ouvr. cité, p. 220). La pellicule, qui se sépare pendant l’évaporation de l’extrait est beaucoup moins énergique encore que la résine d’après Nysten.

13° Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’assigner au juste le rôle que jouent dans l’empoisonnement par l’opium, la morphine, la narcotine, la thébaïne, la codéine, etc.; ses effets résultent évidemment de l’action combinée de ces matières; ce n’est pas à la narcotine qu’il faut particulièrement attribuer les phénomènes toxiques de l’opium (1) , puisque l’extrait

(1) J’ai voulu savoir jusqu’à quel point un mélange de morphine et de narcotine déterminerait lès effets de l’opium, et j’ai fait prendre à un chien robuste de petite stature 1 gramme 30 centigrammes de morphine et autant de narcotine dissoutes dans l’acide acétique faible ; six minutes: après, le train postérieur était affaibli, la démarche chancelante; l’animal était couché sur le côté ou sur le ventre; il éprouvait de la somnolence, et ne se déplaçait en aucune manière quand on faisait du bruit auprès de lui ; il ri avait point de convulsions.- Demi-heure après, il lui était impossible de se tenir debout, et lorsqu’on le soutenait il retombait sur le ventre, ses qüatre pattes écartées. Deux heures après le conunencement de l’expérience, l’assoupissement était moins marqué ; l’animai marchait, quoique difficilement ; mais il avait des vertiges tels qu’il ne tardait pas à tomber. Au bout d’une dlemi-heure, grande agitation, désir continuel de marcher ; bientôt après il se couche sur le ventre et paraît plus tranquille ; il éprouve cependant de temps à autre' quelques légers tremblemens et des mouvemens de totalité. Une heure après il fait de vains efforts pour se relever; il paraît ne plus entendre, la tête est branlante et portée tantôt eii avant, tantôt en arrière. Six heures après le commencement de l’expérience, il offre des mouvemens convulsifs et ne peut plus marcher ; les pattes antérieures sont continuellement agitées ; point de plaintes ; la respiration est dans l’état naturel. Une heure après, le tpemblement de la tête est beaucoup plus prononcé ; les pattes sont immobiles, allongées et raides ; l’animal est parfois soulevé en totalité. Au bout de deux heures, écume à la bouche, mouvemens de tête plus prononcés, plaintes ; du reste, même état. Ces derniers symptômes durent environ deux heures : alors l’animal devient immobile et expire au milieu d’une légère convulsion, douze heures ^près l’empoisonnement. La membrane muqueuse de l’estomac est tapissée d’un fluide muqueux, épais, brunâtre, très adhérent ; elle offre plusieurs taches rougeâtres qui sont de véritables ecchymoses. Il est évident que les effets d’un pareil mélange se rapprochent assez de ceux que détermine V opium dissous dans l’acide acétique.

aqueux épuisé par" l’élher, et contenant encore le sel de mor-pbine, tue les animaux à-peu-près dans le même espace de temps que l’extrait ordinaire ; la narcotine ne peut pas être considérée comme la partie excitante de l’opium , tandis que la morphine en serait le principe narcotique, comme l’a annoncé Robiquet, d’après les expériences de M. Magendie ; en effet, l’extrait d’opium épuisé par l’éther paraît au moins aussi excitant que celui dont on n’a séparé aucun tàome de narcotine; l’on ne saurait objecter avec M. Magendie que la narcotine agit comme un puissant excitant quand elle est administrée dans l’acide acétique ; car on sait que ractibn de ce principe est stupéfiante ou nulle , suivant qu’on l’administre dans l’huile ou dans l’acide chlorhydrique : il faudrait donc, pour que l’objectiou fût valable, démontrer que la narcotine est associée dans l’opium à un acide, semblable à l’acide acétique, ce qui ne paraît pas vraisemblable (voy. p. 649).

14° L’opium ne détruit point la contractilité des muscles avec lesquels il a été mis en contact; un cœur plongé dans une dissolution d’opium se contracte encore pendant long-temps.

15° Ses effets délétères ne dépendent point, d’après Nysten, de l’action qu’il exerce sur les extrémités nerveuses de l’estomac , puisque les animaux soumis à l’influence de l’opium , et auxquels on a coupé la paire vague des deux côtés, meurent dans le même espace de temps que si la section n’eût pas été faite.

16° Il n’agit point sur l’économie animale comme les boissons alcooliques (voy. Alcool).

17° Il est absorbé. Si les expériences que j’ai tentées dans le but de résoudre cette question ne m’ont pas permis d’isoler la morphine et l’acide méconique que pouvaient contenir les viscères et l’urine des animaux empoisonnés par l’opium, toujours est-il que j’ai obtenu des réactions qui ne me laissent aucun doute sur l’existence de ces deux corps dans ces viscères et dans cette urine. Il faut remarquer qu’il ne s’agissait pas ici d’une expertise médico-légale, dans laquelle on serait en droit d’exiger que l’on présentât la morphine en nature^ mais bien d’expériences tentées dans Un bue physiologique, avec de ï opium que j’avais administré : or, dès qu’il est parfaitement constaté que les viscères ra, 43

U l’urine des animaux à Xétat normal, traités de même, ne donr ent point les réactions précitées, on peut rigoureusement conclure, de ce qu’on les obtient avec les mêmes viscères et l’urine d’animaux soumis à l’influence de V opium j, que la préparation opiacée a été absorbée.

18“ Dans l’expérience de M. Desportes (yo'y. p. 642), l’acétate de morphine a agi d’abord sur le canal digestif, puis sur le cerveau. M. Flourens prétend quh'l exerce son action principale sur îes lobes cérébraux p. 644).

Dù pàvot indigène.

Ce pavot peut occasionner des accidens graves, analogues à ceux que détermine i’opium, mais moins intenses. Plusieurs exemples d’empoisonnemènt, .rapportés par le docteur Mélier et par d’autres observateurs , mettent cette vérité hors de doute (voy. Arch. gén. de mêd., t. xiv). On sait que le pavot indigène contient les principes actifs de l’opium.

De la jnsquiàme (hyosciamus nigér).

La Jusqüiâme est un genre de la famille des solanées de Juslieu, ét de là pentandrie monogynie de Linnæus.

Caractères du genre. Calice campànulé, alfongé, persistant, â cinq dents ; corolle infundibuliforme, à cinq angles inégaux et obtus; cinq étamines déclinées ; capsule à deux loges, s’ouvrant par une espèce de couvercle qui occupe son tiers supérieur. Caractères de lajusquiame noire. Linn., sp. 257. Sa racine est fibrèusé et annuelle ; sa tige, haute de 50 à 70 centim., est cylindrique, épaisse, rameuse à sa partië supérieure, toute couverte de poils longs et visqueux; ses feuilles sont éparses, alternés, et quelquefois opposées en même temps sur le même pied ; elles sont grandes, ovales, aiguës, profondément sinueuses sur les bords, sessiles, molles, velues et vis-' queuses. Ses fleurs, d’un jaune sale, sont veinées de lignes pourpres ; elles iont presque sessiles, disposées en longs épis, et toutes tournées d’un même côté. Le calice est mono'sépalé, càmpanulé, persistant, à cinq dents grandes, écartées et aiguës ; il est visqueux et velu à l’intérieur. La corolle est infundibuliforme, oblique et irrégulière; son tübe est cylindrique, plus étroit que le calice ; le limbe est à cinq divisions inégales et obtuses; Les étamines, au nombre de cinq, sont déclinées, à peine saillantes hors de la corolle : leurs filets sont subulés et velus ; les anthères sont ovoïdes, à deux loges de couleur pourpre foncé.L’ovaire est presque globuleux, glabre, à

deux loges renfermant chacune un très grand nombre de petits ovules attachés à deux trophospermes convexes et appliqués sur le milieu de la cloison : cet ovaire est surmonté par un stylé violacé que terminé un stigtnate siinple, convèxe et glanduleux; Le fruit est une softé de capsulé ovoïde très obtuse, enveloppée de toutes parts par le calice, offrant deux loges qui renferment une grande quantité de petites graines rénifonnes : elle s’ouvre par une espece d’opercule ou de couvercle placé à sa partie supérieure, à la manière des boîtes à savonnette. Ce caractère distingue le genre jusquiame des toutes les autres pbntes de la femillé ctès sôlanéés. La jusquiame croît ahondamtnent aux t Avirons dé Paris, le long des bhéffiins, des murailles, dans les décombres et les lieux incultes; elle fleurit en été (Rich., 5ot. ïwéd. ). .

Action de la jusquiame noire sur V économie animale. Les expériences que j’ai faites sur les chiens, et les observations d’empoisonnement recueillies chez l’homme me permettent de conclure : 1° que le suc, le décoctum des racines de jusquiame noire en pleine végétation, les feuilles et l’extrait aqueux de là même plante, convenablement préparés, jouissent de propriétés vénéneuses très énergiques, susceptibles de déterminer la mort dans un court espace de temps ; 2° que le suc obtenu avec la racine est plus actif que celui que fournissent les feuilles ; 3° que ses effets sur l’économie animale sont beaucoup moins marqués, si, au lieu de l’employer lorsque la jusquiame est en pleine végétation, on en fait usage au commencement du printemps ; h° que l’extrait aqueux obtenu par décoction de la plante peu développée ou trop desséchée jouit à peine de propriétés vénéneuses, tandis qu’il est doué d’une grande activité s’il a été préparé avec le suc de la plante fraîche en pleine végétation, que l’on a fait évaporer au bain-marie, ce qui explique pourquoi certains extraits de jusquiame que Von trouve dans le commerce ne sont doués d'aucune action vénéneuse et jouissent à -peine de quelques propriétés médicamenteuses; que les effets fâcheux de ces substances se manifestent peu de temps après leur emploi, soit qu’on les applique sur le tissu lamineux sous-cutané de la partie interne de la cuisse, soit qu’ori les introduise dans l’estomac ou dans l’intestin rectum; soit enfin qu’on les injecte dans les veines ; 6° què ce dernier mode d’introduction est. celui qui est le plus promptement suivi d’accidens graves ; 7° que

l’empoisonnement produit par la plante dont je parle n’est point le résultat d’une action locale, puisqu’il est impossible de découvrir la moindre trace d’inflammation sur les parties sur lesquelles elle a été appliquée ; 8“ qu’il doit être attribué à son absorption et à l’action remarquable qu’elle exerce sur le système nerveux, et en particulier sur le cerveau ; 9° qu’elle détermine une sorte d’aliénation mentale à laquelle succède une stupéfaction marquée 5 10® qu’elle paraît agir |nr l’homme comme sur les chiens. Suivant M. Flourens, la jusquiame détermine une efiusion sanguine dans les lobes cérébraux comme l’opium (yoy. page 644). Tout porte à croire qu’elle doit la plupart de ses propriétés toxiques à Xhyosciamine.

Les hyoseiamus alhus\ aureus ^ fhysaloides etscopoUa, jouissent également de propriétés vénéneuses très marquées, et paraissent exercer sur l’économie animale le même mode d’action que l’espèce précédente.

M. Runge, docteur de l’université de Berlin, a communiqué, en 1824, à l’Académie des sciences, un Mémoire dans lequel il propose un nouveau moyen pour découvrir l’empoisonnement déterniiné par la. jusquiame, la helladona et le datura stramonium. Suivant lui, le suc frais, la décoction et l’extrait de ces plantes, appliqués sur l’œil des chats, en dilate prodigieusement la pupille ; il en est de même de la matière active de ces végétaux, qu’il dit avoir séparée, et qu’il adésignéisouslenomde koromegyniX). Les autres substances vénéneuses, les plantes alimentaires, la gélatine, la salive, l’urine, le suc gastrique, la bile, l’œuf, etc., ne changent point le diamètre, de la pupille des chats. L’action sur l’œil, des trois végétaux dont je parle, est encore la même lorsqu’on les a mêlés avec des matières animales, et que le mélange s’est putréfié. Les substances contenues dans le canal digestif des chiens tués par l’un ou l’autre de ces trois poisons, ayant été dissoutes dans l’eau et concentrées par l’évaporation, ont fourni un liquide qui dilatait prodigieusement la

(1) Le koromegyn reliré de ces plantes n’est pas identique ; onUoit par conséquent en reconnaître un de jusquiame., un de helladona et un de stramonium. Vauquelin n’a jamais pu obtenir ces principes, même en suivant les procédés indiqués par J’auteur.

pupille des chats. L’urine d’un lapin que l’on avait nourri pendant huit jours avec ces végétaux frais, appliquée sur l’œil des chats, agissait delà même manière. Les excrémèns trouvés dans le rectum de cet animal ayant été traités par l’eau, donnèrent un liquide qui opérait une dilatation beaucoup moindre. Le sang tiré des poumons et du foie, ainsi que la bile, étaient sans action sur l’œil. ‘

Voici les préceptes auxquels il faut se conformer lorsqu’on veut déterminer les effets d’une de ces substances sur la pupille : 1“ on n’agira que sur un œil, afin de mieux apprécier la dilatation par la comparaison avec l’autre ; 2“ le chat étant tenu sur les genoux, on ouvrira avec le pouce et l’index les deux paupières, et l’on bassinera à pl ’sieurs reprises, au moyen d’un pinceau trempé dans la liqueur, le bord de la paupière inférieure ; §° si le liquide est acide ou alcalin, on le neutralisera pour prévenir l’inflammation de la conjonctive ; 4“ on tournera la tête du chat de manière à ce que les deux yeux se trouvent également exposés à la lumière, car une différence d’incidence de ce fluide en produit une dans la grandeur des pupilles {Mémoire inédit, lu à V Institut)- • .

Je suis disposé à croire que les expériences du docteur Rimge sont exactes pour ce qui concerne l’action sur la pupille, des trois végétaux dont il a fait mention, et de l’urine du lapin ; du moins est-il certain que j’ai obtenu les mêmes résultats que lui en appliquant sur l’œil dès chats les matières trouvées dans l’intestin d’un chien qui était resté pendant trente-six heures sous l’influence de l’extrait de datura stramonium. L’urine et le sang de cet animal n’ont point changé l’état de la pupille des chats. Quoi qullen soit, le travail du docteur Runge, considéré sous le rapport de la médecine légale, me paraît d’une utilité secondaire, car il est évident qu’on n’osera jamais affirmer qu’il y a eu empoisonnement par la jusquiame, la belladona ou le stramonium, parce que les matières retirées du canal digestif ou les fluides des sécrétions auront dilaté la pupille des chats ; tout au plus re- ■ gardera-t-on ce fait comme propre à établir quelques probabilités d’empoisonnement, si les symptômes et les lésions de tissu sont de nature à faire croire qu’il a pu avoir lieu.

De Vhyoscîamine.

L’hyosciamioe est en aiguilles incolores,, transparentes, àcclat soyeux, groupées en étoiles ; elle est sans odeur et d’une saveur âcre, désagréable, et semblable à celle du tabac. Elle est légère? ment soluble dans l’eau et très soluble dans l’alcool et dans l’éther. Lorsqu’on la chauffe avec précaution, elle se décompose et dégage des vapeurs ammoniacales ; toutefois il y en a une petite partie de volatilisée. La dissolution aqueuse d’hyosciamine bleuit le papier de tournesol rouge, et prend la couleur du kermès lorsqu’on la mêle avec la teinture d’iode; elle est précipitée en blanc par la noix de galle et en blanc jaunâtre par le chlorure d’or ; le chlorure de platige ne la trouble point. Elle fournit avec les acides des sels neutres susceptibles de cristalliser. Elle déterinine une dilatation de la pupille qui persiste très (Journal de pharmacie, îé^viQT

De la laitue viveuse.

La laitue est un genre de la famille des chicpracées de Jussieu.

Caractères du genre. Involucre imbriqué, cylindrique, et uii peu rerj? flé à sa partie inférieure, composé de folioles membraneuses sur les ^ords ; réceptacle plane, aigrette pédicellée. — Caractères de ,la laitue vireuse. Racine bisannuelle; tige dressée, rameuse dans sa partie supérieure, cylindrique, glabre, haute d’un mètre et plus, et glauque ; feuilles semi-ampîexieaules, les inférieures très grandes, presque entières, sagit? tées, -obtuses, denticulées, ayant les nervures de la face inférieure épineuses; les supérieures plus petites, aiguës et pinnatifides; fleurs jaunes, disposées en pannicule rain.eiase à l’extrémité des branches. L’involucrp est cylindrique, fonné d’écailles lancéolées, imbriquées et dressées. Le pborante (réceptacle) est nu, plane, un peu alvéolé, portant environ vingt à vingt-cinq fleurs bermaphrodites semi-flosculeuses. Le fruit est ellipsoïde, très comprimé, bordé d’une membrane saillante, et couronné par une aigrette soyeuse, stipitée, formée de poils blancs nacrés et articulés. On la trouve dans les champs, les haies, et suf le bord des murs (Richard, Roi. meU),

Action de la laitue vireuse sur l’économie animale . Les faits recueillis jusqu’à ce jour s’accordent pour prouver, 1° quelalailue vireuse estubsorbée et agit sur le système nerveux à la manière dèS narcotiques; 2“ que l’extrait de cette plante est plus énergique

lorsqu’il a été préparé en faisant évaporer le suc à une douce chaleur, que dans le cas où U a été obtenu par rébullitiop des diverses parties de la plante dans l’eau ; 3° que factiou du suc et de l’extrait est beaucoup plus vive quand ils sont injectés dans la veine jugulaire que lorsqu’ils ont été appliqués sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse : dans ce dernier cas, les effets sont plus marqués que lors de leur inlrodupT tion dans l’estomac. Flour^ns pense que l’extrait de laitup vireuse agit sur les lobes cérébraux comme l’opium {yoy- p- 644);

De la solanine.

La solanine est une substance alcaline végétale composég d’oxygène, d’hydrogène et de carbone, découverte en 1821 par M. Desfosses, et qui existe dans les baies de mprelle et de douceamère, dans lés liges de cette dernière plante, etc. Elle est pulvérulente, blanche, opaque, quelquefois nacrée, inodore, et d’une saveur légèrement amère et nauséabonde. Elle est fusible au-dessus de 100“, et se prend, par refroidissement, en une masse citrine transparente. L’eau, l’éther, l’huile d’olives et l’essence de térébenthine la dissolvent difficilement; elle est très soluble dans l’alcool, et la dissolution ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide. L’acide azotique ne lui communique pas une couleur rouge : elle forme avec les acides des sels neutres peu ou point cristallisabies , indécomposables par l’eau, et décomposables par les alcalis, qui en précipitent la solanine sous forme de flocons gélatineux.

Action de la solanine sur l’économie animale.

A la dose de quelques décigrammes, la solanine occasionne des vomissemens, la somnolence, et même un assoupissement qui peut durer plusieurs heures. M. Desfosses compare les effets qu’elle produit sur l’homme à ceux de l’opium.

Après avoir fait connaître en détail les poisons narcotiques les plus actifs, je crois devoir indiquer succinctement les noms et les principales propriétés de ceux qui agissent avec moins d’énergie, et de quelques autres dont les effets sur l’écojoomie animale n’ont pas encore été suffisamment constatés.

Des diverèes espèces de solanum.

Les baies et l’extrait aqueux de solanum dulcamara (douce^ amère) peuvent être administrés à l’homme et aux chiens à des doses très fortes, sans qu’il en résulte d’inconvénient marqué (Dunal). L’extrait de solanum nigrum (morelle) est peu vénéneux ; néanmoins il est absorbé, et détruit la sensibilité et la motilité lorsqu’il a été convenablement préparé ; il détermine la mort des chiens dans l’espace de quarante à quarante-huit heures, s’il a été introduit dans l’estomac à la dose de 24 à 28 grammes ; il agit avec plus d’énergie quand il est appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne delà cuisse. Les haies sont loin d’être aussi vénéneuses qu’on l’a cru : les auteurs qui ont parlé de leurs effets délétères les ont probablement confondus avec ceux que détermine l’a Dropet helladona, plante qui était rangée parmi les solanum p2iV\e.% botanistes antérieurs àTournefort. Le solanum fuscatum paraît jouir d’une plus grande activité que le précédent. Le suc des solanum villosum, nodifLorum, miniatum, est légèrement narcotique (voyez le beau mémoire de M. Dunal, publié en 1813).

De l’if.

Le suc des feuilles d’if {taxus haceata) et l’extrait qu’il fournit par l’évaporation, ont déterminé quelquefois un léger narcoiisme ; les haies ne paraissent jouir d’aucune propriété malfaisante.

De quelques autres plantes réputées narcotiques.

Actœa spicata. Linnœus dit que les baies de. celte plante ont excité un délire furieux suivi de mort. Colden rapporte que l’ingestion de ces fruits et d’une teinture préparée avec la racine de celte plante, a été suivie de beaucoup de malaise et de sueurs froides, sans qu’il y ait eu cependant d’autres accidens (1). Le Monnier affirme que son extrait a tué des poules. J’ai souvent fait prendre à des chiens depuis 150 jusqu’à 200 grammes de décoetum di actœa spicata cneWYi dans le mois de mai, et je n’ai observé aucun phénomène sensible.

Phy salis somnifera. Plenck range la racine de cette

(1) CoLDEK, Act. üpsal., ann, 1743, p. 132,

plante parmi les narcotiques, et il dit qu’elle a moins de propriétés délétères que l’opium.

Azalea -pontica. Gmelin rapporte que le miel recueilli dans les fleurs de cette plante occasionna à dix mille soldats grecs des vomissemens, la dysenterie, de l’ivresse, et qu’ils devinrent furieux.

Ervum ervilia Binningèr ^ remarqué que le pain

dans lequel entrait la graine de cette plante avait tellement affaibli les membres abdominaux des individus qui en avaient mangé, qu’ils étaient obligés de s’appuyer sur deux crosses lorsqu’ils marchaient (1). Falisneri a vu des paralysies incurables causées par cette nourriture (2). Les chevaux et les poules éprouvent des phénomènes analogues de la part de cette graine.

Lathyrus ^cieerai Les graines de cette légumineuse jouissent à-peu-près des mêmes propriétés vénéneuses que celles de l’ers, d’après Divernoi.

Le peganum harmela est aussi rangé par Plenck parmi les narcotiques.

Paris quadrifolia. On croit que cette plante occasionne le vomissement et des spasmes. Gesner en avala h grammes dans du vin et du vinaigre, il eut des sueurs copieuses, et il éprouva de la sécheresse dans le gosier (Gesnerus, 1 epist. med. fol. 53).

Le safran est regardé par quelques médecins comme un poison narcotique. J’ai fait des expériences qui prouvent qu’il n’est point délétère pour les chiens, ou du moins qu’il ne l’est qu’à un degré très faible.

De l’acide cyanhydrique (prussique).

Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par l’acide cyanhydrique?

L’acide cyanhydrique anhydre est liquide à la température ox’dinaire de l’atmosphère, incolore, transparent, d’une saveur d’abord fraîche, puis âcre et irritante, doué d’une odeur très

(4) Observ. et curât, med., œnl. v, obs, ulx. p. 571.

(2) Galera di Minerva, t. iv, p, 220.

forte, insupportable, analogue à celle des amandes amères: cette odeur constitue un des caractères les plus importans de l’acide cyanhydrique, puisqu’on la sent, parfaitement dans un liquide qui en contient assez peu pour ne pouvoir pas être accusé par les réactifs les plus sensibles ; le poids spécifique de cet acide est de 0,7058 à 7° 0°, et de 0,6969 à 4* 18®. Il entre en

ébuîlition à 26®, 6. th. c., sous une pression de 76 centimètres. Il se congèle en partie lorsqu’on en verse une ou deux gouttes sur l’extrémité d’une petite bande de papier, quand même la température serait à 20° th, ç. Il s’enflamme à l’aip par l’approche d’un corps eu combustion. Abandonné à lui-même dans des vaisseaux fermés, il se décompose, brunit et finit par noircir : cette décomposition, qui a quelquefois lieu en moins d’une heure, s’opère assez ordinairement, au plus tard, avant le quinzième Jour, à moins que le flacon dans lequel l’acide est contenu n’ait été soigneusement privé du contact de la lumière; car alors souvent l’acide n’est pas décomposé au bout d’un temps beaucoup plus long. L’acide cyanhydrique anhydre est soluble dans l’eau. La dissolution constitue l’acide hydraté ^ dont elle partage tous les caractères, et que je vais décrire. L’alcool dissout mieux l’acide anhydre que l’eau.

L’acide cyanhydrique hydraté ne diffère du précédent que parce qu’il est étendu d’eau ; comme lui, il est liquide, incolore et transparent , il offre la même odeur et la même saveur, mai§ à un degré moins prononcé ; son poids spécifique varie suivant la quantité d’eau quül renferme : il est de 0,91608 lorsqu’il con-i tient deux parties d’eau et une d’acide, et de 0,999679 quand il renferme cinq parties d’eau en volume : ce dernier est l’acide médicinal dit au sixième; il ne se congèle point lorsqu’on en verse quelques gouttes sur du papier à la température ordinaire de l’atmosphère : abandonné à lui-même dans des vaisseaux fermés, il n’éprouve la même altération que l’acide anhydre que lorsqu’il est peu étendu d’eau, et encore cette altération tarde-telle plus à se manifester : il ne s’enflamme point quand on le met en contact avec un corps allumé.

Versé, lors même qu’il serait excessivement étendu d’eau, dans une dissolution d’azotate d’argent, il y fait naître un préci-

pité de cyanure d'argent blanc, caillebotté, lourd, iusolublê dans l’eau , insoluble ou excessivement peu soluble dans l’acide azotique à la température ordinaire, facilement soluhle dans cet acide houillant et dans l’ammoniaque (1) ; ce précipité, lavé et desséché, a fort peu de tendance à se colorer en violet ; il est décomposé par la chaleur, de manière à fournir de l’argent métallique, et une partie du cyanogène qui entre dans sa composition (voy. Cyanogène). Je me suis assuré que si le cyanure d’argent n’a pas été bien desséché, il ne fournit point de cyanogène tandis que lorsqu’on chauffe 5 centigrammes seulement de Cè cyanure sec dans un petit tube de verre dont l’une des extrémités a été effilée à la lampe, on obtient une quantité de. cyanogène suffisante pour faire brûler ce gaz avec la flamme purpurine qui le caractérise; pour cela, dès que le cyanure d’argent a été assez chauffé pour devenir d’un brun foncé, pn approche une allumette enflamniée de l’ouverture excessivement étroite du tube ; le gaz brûle pendant quinze ou vingt secondes environ. On peut reconnaître un demi - milligramme de cyanure d’argent par le procédé suivant : On met dans un petit tube de verre bouché à l’une de ses extrémités, long de 3 centimètres et d’un diamètre de 2 à 3 millimèr très, un petit morceau de potassium de la grosseur d’un grain de semoule; on place au-dessus de cplui ci le cyanure argentique, et on chauffe Jusqu’au rouge obscur le tube à la flamme d’une lampe à alcool ; on coupe le tube refroidi à l’endroit où est la matière calcinée ; on traite celle-ci par quelques gouttes d’eau distillée dans un verre, et l’on obtient facilement, par l’addition successive de quelques gouttes de sulfate ferroso-ferrique et d’acide chlorhydrique , un précipité de hleu de Prusse (Lassaigne).

L’acide cyanhydrique hydraté , ne précipite point les sels de fer ; mais si on le mêle avec quelques gouttes de potasse dissoute dans l’eau, et qu’on ajoute du sulfate de protoxyde de fer di§’ sous et mélangé de sulfate de sesqui -oxyde, la liqueur de-

(1) Le cyanurfî d’argent , en se dissolvant dans l’acide azotique bouillant , est décomposé, ainsi qu’une partie de l’eau de l’acide azotique; il se forme de l’acide cyanhydrique qui se dégage, et de l’oxyde d’argent qui se dissout dans l’acide; en sorte que la dissolution ne contient que de l’azotate d’argent.

yi&at bleue ^ et il ne tarde pas à se déposer du bleu de Prusse; quand il n’en est pas ainsi, la coloration et le dépôt deviennent plus intenses par l’action de l’air ; le précipité est composé de proto et de sesqui-cyanure de fer, et il est insoluble dans l’acide chlorhydrique. Quelquefois le précipité bleu paraît sur-lechamp ; le plus ordinairement la potasse ayant été employée en excès, une portion d’oxyde de fer s’est précipitée en même temps que le bleu de Prusse, et la couleur du précipité, Pu lieu d’être bleue, est verdâtre ou brun rougeâtre, suivant que le fer était plus ou moins oxydé : il suffit alors de dissoudre l’oxyde de fer précipité à l’aide de quelques gouttes d’acide chlorhydrique, pour faire paraître la couleur bleue.

La réaction des sels de fer sur l’acide cyanhydrique, qui au premier abord paraît devoir être d’une grande valeur en médecine légale, est de beaucoup inférieure à celle de l’azotate d’argent, parce que lorsqu’il s’agit de déceler des atomes d’acide cyanhydrique mélangé avec des quantités notables de matière organique, loin d’obtenir un dépôt de bleu de Prusse, il ne se produit qu’une coloration bleue de la liqueur, coloration exactement semblable à celle que fournissent avec les deux sulfates de i&e certains liquides animaux ne contenant point diacide cyanhydrique, comme je le dirai plus loin ; à la vérité, cette dernière coloration disparaît par l’addition de quelques gouttes d’acide chlorhydrique, ce qui n’a pas lieu quand le dépôt ne renferme que du bleu de Prusse. J’ajouterai que le précipité fourni par l’azotate d’argent donne facilement du cyanogène gazeux quand on le chauffe après l’avoir desséché, ce qui permet ^affirmer qu’il existe un composé cyanhydrique dans la liqueur où le précipité de cyanure d’argent s’est formé, tandis qu’il n’en est pas de mênie avec le bleu de Prusse, lequel ne fournit point de cyanogène gazeux quand on le décompose par le feu. Je dirai, en parlant de l’empoisonnement prétendu de Pralet, combien l’oubli de ces faits a donné lieu à de conséquences fâcheuses.

Le sulfate de bi-oxyde de cuivre n’est point précipité par l’acide cyanhydrique ; mais si on ajoute de la potasse, on observe des phénomènes qui varient, suivant que les dissolutions sont concentrées ou affaiblies: dans le premier cas, on obtient un pré-

cipité vert-pomme qui devient d’un vert plus foncé si on ajouté assez de potasse pour saturer tout l’acide ; ce précipité, composé de cyanure de cuivre et de bi-oxyde de cuivre en excès, s’il est traité par une certaine quantité d’acide chlorhydrique pur, abandonne le bi-oxyde à l’acide, qui le dissout et laisse du eyanure de cuivre d'un jaune verdâtre quand il est humide, et vert-pré lorsqu’il a été desséché à l’air ; enfin il suffit d’ajouter une plus grande quantité d’acide chlorhydrique sur ce précipité jaune verdâtre, pour le décomposer et le transformer en protochlorure de cuivre blanc,' insoluble dans l’eau et soluble dans l’acide chlorhydrique. Si, au lieu d’agir avec des dissolutions concentrées de sulfate de bi-oxyde de cuivre et d’acide cyanhydrique, on emploie ces liqueurs très étendues d’eau, on observera les phénomènes qui ont été décrits par M. Lassaigne, c’està-dire qu’après avoir saturé l’acide cyanhydrique par la potasse, et l’avoir mêlé avec le sel de cuivre dissous et une assez grande quantité d’acide chlorhydrique, pour r-edissoudre l’excès d’oxyde de cuivre précipité par la potasse, la liqueur prendra un aspect laiteux plus ou moins intense, et il suffira, pour la rendre transparente au bout de quelques heures, de l’étendre dans une grande quantité d’eau.

M. Lassaigne a proposé l’emploi du sulfate de bi-oxyde de cuivre en dissolution ajfaihlie pour reconnaître les traces d’acide cyanhydrique qui pc^rraient exister dans une liqueur, se fondant sur ce que la sensibilité de ce réactif est deux fois aussi grande à-peu-près que celle des sels de fer, et M. Devergie a considéré ce mode d’expérimentation comme une des pierres de touche de l’acide cyanhydrique (Méd. légale, tome page 629). Rien ne serait plus dangereux que d’adopter une pareille manière de voir ; aussi ne balancerai-je pas à rejeter l’emploi du sulfate de bi-oxyde de cuivre dans les expertises médico-légales relatives à l’empoisonnement par l’acide cyanhydrique, d’abord parce qu’il est moins sensible que l’azotate d’argent, en seconàlieu, parce que le précipité blanc que l’on obtient en laissant ramasser le dépôt laiteux dont j’ai parlé, ne fournit point de cyanogène gazeux quand on le décompose par le feu, et enfin parce que ce dépôt laiteux peut être confondu avec une

foule d’autres précipités, surtout lorsqu’on agit sur des liquides animaux ou végétaux ; il peut même arriver dans ces cas qu’il ne se produise pas de manière à être parfaitement caractérisé dans des mélanges organiques contenant de l’acide cyanhydrique; à^Billenrs quelle nécessité y a-t-il de recourir à un réactif inutile et si peu probant, lorsque les sels de fer, et surtout l’azotate d’argent, remplissent si bien le but?

Acide cyanhydrique mêlé avec du sirop de sucre. Si l’acide cyanhydrique fait partie d’un sirop , on le reconnaîtra à son odeur et à l’aide des réactifs déjà mentionnésj qui se comporteront avec le sirop étendu d’eau comme avec l’acide hydraté : en effet, cettè dissolution sirupeuse sera à peine colorée. Mais, dira-t-on, si le sirop de sucre des officines renferme un ou plusieurs chlorures, la présence de ces sels ne sera-t-elle pas un obstacle à la recherché de l’acide cyanhydrique? En aucune manière, car en admettant que le sirop contînt un chlorure soluble^ ce qui est on ne peut plus.rare, il suffirait après avoir précipité ce sirop étendu d’eau par l’azotate d’argent, de traiter en vaisseaux clos le précipité de cyanure et de chlorure d’argent bien lavé, par l’acide azotique pur et bouillant qui ne dissoudrait que le cyanure d’argent ; l’acide cyanhydrique qui se produirait pendant l’action de l’acide azotique sur le précipité, étant reçu dans une dissolution aqueuse d’azotate d’argent fournirait du cyanure d’argent pur facile à reconnaître (roy^p. 675):

Peut -on s’assurer de la présence de l’acide cyanhydrique dans du sirop de sucre en distillant celui-ci? Oui, certes, puisque le sirop fait avec cet acide est le seul qui, étant chauffé, fournisse un produit volatil contenant de l’acide cyanhydrique^ et ne renfermant pas d’ammoniaque; en effet, les sirops préparés avec des cyanures ne donnent point d’acide cyanhydrique à la distillation, à moins qu’ils ne soient acides où que le cyanure ne soit déjà altéré par l’acide carbonique de l’air; Quant aux sirops dans lesquels on aurait fait entrer du cyanhydrate d’ammoniaque, ils fourniraient dans le ballon, outre l’acide cyanhydrique, de l’ammoniaque facile à reconnaître ; j’ajouterai d’ailleurs qu’on ne prépare jamais pour les usages médicinaux un sirop cyanhydroammoniaca 1.

S’il s’agissait de déterminer la proportion d’acide cyanhydrique contenu dans du sirop de sucre , on étendrait ce Sirop d’eau et on le précipiterait par un excès d’azotate d’argent 5 on calculerait ensuite combien la quantité de cyanure d’argent obtenue (après qu’on l’aurait priyée du chlorure d’argent qu’elle pourrait renfermer) contient de cyanogène et combien elle re-^ présente d’acide cyanhydrique.

On sait que le cyanure d’argent est formé de 327,4 7 de eyaaogène,

4351^60 d’argent;

l’acidé cyanhydrique dé

96,34 de cyànôgènê,

3,66 d’hydrôgènè;

Supposons que lè sirop ait fourni 5Ô centigrammes de cyanure d’argént , on dira : si 1678,77 de cyanure d’àrgent (327,17 de cyanogène + 1351,60 d’àrgéht) éôntiennent 327,17 de cyanogène, combien 50 centigrammes de cyanure renfermeront-ils de cyanogène?

4678,77 : 327,47 : : 50 : ce. ce = 9 centigr.,7 milligr. de cyanogène.

= 9 èëntigr.,7 milligr;

Les 50 centigrammes de cyanure d’argent contiennent donc 9 centigrammes 7 milligr. de cyanogène ; il ne s’agira plus que de savoir combien cette proportion de cyanogène représente d’acide cyanhydrique ; or, nous savons que 96,34 de cyanogène exigent 3,66 d’hydrogène pour former cet acide : combien les 9 cenligr. 7 milligr. en exigeront-ils?

9,7 : æ. 33 = 3 milligrammes j 7/40 d’hydrôgëiie; . 3,66 XJ,7„S^

= 3 nHlI.,7/40.

En additionnant 9 centigr. 7 milligr. de cyanogène et 8 milîigt. 7/10 d’hydrogène, on trouvera que l’acide cyanhydrique contenu (ïans la proportion de sirop qui avait fourni 50 centigrammes dë cyanure d’argent est de 10 centigrammes 7/1 Ô®® de milligramme.

M. Devergie s’est prononcé à tort contre cette mânière dé procéder et préfère chercher, l’acide cyanhydrique en diétillant le

sirop, ainsi que nous le pratiquâmes MM. Gay-Lussac, Magendie, Barruel et moi en 18S0 dans une expertise qui avait pour but de faire connaître combien le sirop d’acide cyanhydrique dé la pharmacie centrale de Paris contenait d’acide cyanhydrique. On ne saurait adopter un précepte plus funeste, comme on pourra s’en assurer par les résultats de cette expertise. Nous procédâmes à la distillation du sirop en vases clos, et pour qu’aucune trace d’acide volatilisé ne nous échappât , nous reçûmes le produit de la distillation dans un tube fort long presque entièrement rempli d’azotate d’argent dissous ; malgré tant de précautions nous ne retirâmes que les deux tiers de l’acide du sirop et nous nous assurâmes en préparant nous-mêmes un sirop cyanhydrique avec 90 grammes de sirop et dix grammes d’acide médicinal, qu’il était impossible d’en extraire par ce procédé plus de 6 grammes 66 centigrammes ; en précipitant au contraire , directement le sirop cyanhydrique par l’azotate d’argent, comme je viens de le conseiller, on obtient la totalité de l’acide, c’est-à-dire 10 grammes.

On ne devinerait jamais l’objection qui a été mise en avant par M. Devergié contre la précipitation directe, pour déterminer la proportion de l’acide cyanhydrique contenue dans un sirop ou dans toute autre liqueur suspecte; « les liquides, dit-il, peu- « vent contenir des chlorures, des phosphates ou des carbonates « qui viendraient augmenter la quantité de précipité, et laisse- « raient à penser que la proportion d’acide cyanhydrique « est très considérable. » Bien avant M. Devergie, j’avais signalé la complication que pourrait faire naître la présence des chlorures, des phosphates et des carbonates dans un liquide cyanhydrique et j’avais prouvé que rien n’était facile comme de séparer et de doser le cyanure d’argent dans ce cas particulier (^F. page 684) ; j’avouerai que je ne sais comment qualifier le motif allégué "par mon confrère pour donner la préférence au procédé qui consiste à distiller les liquides. Quoi, parce qu’un expert pourra supposer un instant, vu l’abondance du précipité, qu’une liqueur traitée par l’azotate d’argent, contient une quantité considérable d’acide cyanhydrique, il faudrait renoncer à un excellent procédé, alors qu’il lui est impérieusement prescrit de

débarrasser le^yanure d’argent du chlorure, du phosphate ou du carbonate d'argent avec lesquels il pourrait être mêlé , avant de se prononcer sur la proportion de cyanure réellement existante! Heureusement ‘qu’à la page suivante M. Devergie donne la mesure du degré de confiance qu’il accorde lui-même à l’assertion que je combats ; non-seulement il annonce que, dans l’expertise dont j’ai déjà parlé (p. 680), nous avons obtenu, par la distillation, moins d’acide cyanhydrique que nous n’en avions mis dans le sirop, mais encore il conseille de fractionner le sirop en deux portions , dont l’une sera traitée directement par V azotate d’argent , et l’autre par la distillation : pour être conséquent avec lui-même, il aurait dû rejeter le traitement direct, puisque, d’après lui, il est moins sûr que l'autre. On jugera facilement de rembarra&:des experts qui opèrent pour la première fois, en prenant pour guide les préceptes contradictoires et erronés donnés par M. Devergie, qui n’a pas nettement posé les deux questions que l’on peut avoir à résoudre, savoir : s’il existe de l’acide cyanhydrique dans un sirop, ei combien il y en a.

Mélanges d’acide cyanhydrique et de liquides alimentaires ou .de la matière des vomissemens ou de celle que l’on trouve dans le canal digestif après la mort. Il résulte des nombreuses expérienees que j’ai tentées ; 1° que le vin, la bière, le cidre, le thé, le café, l’albuminé, la gélatine, le bouillon, le lait, etc., ne sont ni colorés ni précipités par l’acide cyanhydrique.

2° Qu’il n’est pas exact de dire , comme l’a. fait M. Devergie, qu’au bout d’un certain temps ces mélanges puissent acquérir une couleur brune provenant de la décomposition qu’éprouverait, l’acide cyanhydrique, parce qu’ alors même que cet acide aurait été introduit dans ces liquides à l’état anhydre, il eût été assez étendu par l’eau contenue dans ces liquides pour ne plus subir la décomposition à la suite de laquelle il devient brunâtre ou noirâtre (J^. p. 675). ;

3° Qu’en distillant les mélanges dont il s’agit , qu’ils soient frais ou pourris, et alors même qu’ils ne contiennent qu’un 15/100® de leur poids d’acide médicinal, on obtient de l’acide cyanhydrique dans le récipient, pourvu que l’on ait eu la précaution d’entourer celui-ci d’eau froide.

4® Qu’en dislillant les mêmes liquides frais, sans addition d’acide cyanhydrique, ôn n’oblient pas d’acide cyanhydrique dans le ballon.

5° Qu’en distillant les mêmes liquides pourris et non additionnés d’acide cyanhydrique, on recueille souvent dans le récipient des liquides transparens ou légèrement opalins d’une odeur fétide et notablement alcalins. Dans plusieurs de mes expériences , l’azotate d’argent ne troublait point ces liquides ou bien les précipitait en blanc jaunâtre; le dépôt se dissolvait en grande partie dans l’acide azotique pur , et laissait une liqueur évidemment opaline comme cela avait eu lieu avec le liquide cyanhydrique de l’expérience xi® {F. ma Toxicologie, t. ii, p. 318); le sulfate ferroso-ferrique et la potasse fournissaient un précipité vert-Meuâtre, semhlahle à celui quuvait produit la liqueur fétide cyanhydrique; \q sulfate ferreux don> naît un précipité vert foncé tirant sur le hleu; à la vérité cês précipités verts , traités par l’acide chlorhydrique , saient et laissaient des liqueurs jaunes ; sans qu il restât du hleu de Prusse au fond des verres. En traitant par quelques gouttes de sulfate de bi-oxyde de cuivre et de la potasse pure les liquides provenant de ces distillations, j’ai constamment obtenu des précipités d’un bleu verdâtre, qui, étant dissous dans l’acide chlorhydrique , ont laissé des liquides quelquefois aussi opalins que ceux qui avaient été produits avec des liqueurs fétides légèrement cyanhydriques.

6° Qu’il serait dès-lors dangereux dans certaines expertises médico-iégaîes, d’attacher une trop grande importance à la coloration hleue ou d’un hleu verdâtre que ferait naître le sel de fer dans une liqueur que l’on supposerait pouvoir contenir de l’acide cyanhydrique.

7° Que lorsqu’on a empoisonné des chiens en leur faisant avaler 15 ou 20 gouttes d’acide cyanhydrique médicinal dissous dans 20 à 25 grammes d’eau , il suffit de distiller en vaisseaux clos, peu de temps après la mort, les matières contenues dans le canal digestif pour obtenir une certaine quantité d’acide cyanhydrique dans le récipient, tandis qu’il ne m’a jamais été possible d’en retirer ni du foie ni de l’urine de ces mêmes animaux, en procédant

de même, ce qui tient probablement à la rapidité avec laquelle cet acide détermine la mort et se volatilise et peut-être même à ce qu’il est décomposé par les tissus et les fluides de l’économie animale.

8'’ Que lorsqu’il s’agit de constater la présence de l’acide cyanhydrique dans un liquide suspect et que l’on à transforniié eet acide en cyanure d’argent, on aurait tortj pour recopnàître ce cyanure, d’attacher une trop grande importance au caractère qüi consiste à le faire bouillir avec de l’acide azotique pour le faire passer à l’état d’acide cyanhydrique (/^. là note delà p. 675), parce qu’il arrive souvent en précipitant par l’azOtate d’argent certains liquides alimentaires dans lesquels z/ n existe -point d’acide cyanhydrique qu’il se forme un précipité, lequel étant traité par l’acide azotique bouillant donne de V acide cyanhydrique; évidemment dans ces cas, la production de cet acide est le résultat de l’aciion de l’acide azotique sur la matière organique con-. tenue dans le précipité qui s’était formé en versant l’azotate d’argent dans les liquides alimentaires. Il est dès-lors infihimént préférable^ pour reconnaître le cyanure d’argent, de le chaufier pour en séparer le cyanogène ou de le décomposer par le potassium (JT. p. 676).

Procédé. Pour opérer sûrement on doit soumettre à la distillation les matières suspectes, et chercher l’acide cyanhydrique, par l’azotate d’argent, soit dans le liquide distillé, soit dans là màtière qui reste dans la cornue. On commence par constater à l’aide du papier de tournesol, jusqu’à quel point la masse suspecte est acide, puis on la délaie dans de l’eau distillée, si elle est trop épaisse ; on la chauffe ensuite au bain-marie dans une grande cornue à laquelle on a préalablement adapté un tube de sûreté à deux branches, dont l’une, horizontale, communiquera avec la cornue, et dont l’autre droite et longue au moins d’un mètre, viendra se rendre dans un tube éprouvette à-péu-près dé la même longueur, rempli jusqu’aux deux tiers d’une dissolution d’azotate d’argent ; celle-ci ne tardera pas à se troubler et à donner un précipité blanc caillebotté. On suspendra l’opération une heure après que l’eau du bain sera entrée en ébullition. On laissera déposer le précipité formé dans le tube éprouvette, et, après

avoir décanié le liquide, on le traitera par l’acide azotique pur et froid qui dissoudra le carbonate d’argent qu’il pourrait contenir ; le cyanure d’argent restant sera lavé, desséché, à la température de 100° c. et pesé; on le reconnaîtra aux caractères qui lui sont propres, et notamment à la propriété qu’il a de fournir du cyanogène quand on le décompose par le feu (/p. p. 675).

En admettant que l’on ait obtenu du cyanure d’argent, on ne sera pas autorisé à conclure que la matière suspecte renfermait de l’acide cyanhydrique libre; car il pourrait se faire qu’elle contînt du cyanhydrate d’ammoniaque, ou bien un ou plusieurs cyanures solubles qui auraient fourni de l’acide cyanhydrique par l’action que les acides contenus, dans cette matière auraient exercée sur ces cyanures; toutefois, on sera grandement porté à croire qu’èlle renfermait de l’acide cyanhydrique si elle n’était pas acide ou si elle l’était à peine et qu’avant d’être distillée elle répandît une odeur d’acide cyanhydrique, sans mélange d’odeur ammoniacale.

Qu’à la suite de cette opération on ait obtenu ou non du cyanure d’argent, on .filtrera le liquide restant dans la cornue, afin de le séparer des matières solidés coagulées ou de celles auxquelles il pouvait être mêlé avant d’être chauffé ; s’il était trop épais pour pouvoir être filtré, on ajouterait une certaine quantité d’eau distillée. On précipitera la liqueur filtrée par un excès d’azotate d’argent dissous ; le précipité, suffisamment lavé, sera traité par l’acide azotique pur et froid qui dissoudra le carbonate et le phosphate d’argent qui auraient pu se former si la liqueur contenait des carbonates ou des phosphates solubles, et qui n’attaquera pas le cyanure et le chlorure d’argent qui auraient pu se produire (1). Après avoir décanté l’acide azotique, on lavera le précipité et l’on déterminera s’il contient du cyanure d’argent ; pour cela, on le desséchera et pn en chauffera quelques centigrammes dans un petit tube de verre afin d’en obtenir du cyanogène et de pouvoir affirmer qu’il est réellement formé de cyanure d’argent, ou bien

(1) Si on voulait séparer le chlorure d’argent, on ferait bouillir en vases clos le mélange de cyanure et de chlorure avec de l’acide azotique pur et concentré; le chlorure resterait indissous, tandis que le cyanure serait décomposé et fournirait de l’acide cyanhydrique, lequel étant reçu dans un solutum d’azotate d’argent donnerait de nouveau du cyanure d’argent pur^ facile à reconnaître (wj. p. 683).

on lodécomposera par le potassium {F. p. 675). On se tromperait étrangement, comme je l’ai déjà dit, si l’on croyait pouvoir établir que ce précipité renferme du cyanure d’argent, par cela seul qu’en le décomposant par l’acide azotique en vases clos on aurait obtenu de l’acide cyanhydrique susceptible de transformer en cyanure d’argent l’azotate de ce métal à travers lequel on le ferait passer , car nous savons par ce qui a été dit à la page 683, que le précipité résultant de l’action des matières organiques non additionnées d’acide cyanhydrique sur l’azotate d’argent, fournit de l’acide cyanhydrique quand on le chauffe avec de l’acide azotique.

Supposons que l’on soit parvenu à démontrer dans le précipité dont je parle la présence du cyanure d’argent , faudra-t-il conclure pour cela que le liquide contenu dans la cornue et déjà soumis pendant une heure à l’action delà chaleur, renfermait de l’acide cyanhydrique? Non certes, car il se serait comporté de même avec l’azotate d’argent, s’il n’eût tenu en dissolution que du cyanure de potassium, du cyanure de mercure ou tout autre cyanure soluble. L’expert devrait donc se borner à dire, dans l’espèce, que le liquide de la cornue renferme un composé de cyanogène.

Si les matières vomies et celles qui ont été trouvées dans le canal digestif n’ont point fourni d’acide cyanhydrique , on coupera en petits morceaux X estomac et les intestins et on les laissera pendant une heure ou deux en contact avec l’eau distillée en les agitant dans un flacon bouché , puis on introduira le tout dans une grande cornue et on procédera à la distillation au bain-marie; le liquide distillé, ainsi que celui qui restera dans la cornue, seront examinés comme il à été dit à la p. 683. On agirait de même sur le foie si toutes ces recherches avaient été infructueuses.

On ne devra jamais négliger, avant de chauffer ou de décomposer les matières suspectes par l’azotate d’argent , de les flairer attentivement^ pour savoir si elles n’ exhalent point l’odeur d’acide cyanhydrique. Ce caractère, l’un des plus importans, s’il a été parfaitement constaté, peut à lui seul aplanir bien des difficultés quand il s’agira de déterminer s’il existe ou

non de l’acide cyanhydrique dans ces matières; non pas que je prétende qu’il suffise pour qu’elles en renfer¬

ment réellement; une pareille conclusion ne doit être formulée qu’autant que l’on a obtenu de l’acide cyanhydrique ; mais on sera porté à établir des soupçons plus ou moins fondés sur son existence, d’après cette odeur, et alors même que l’analyse chimique n’aura fourni que dés résultats négatifs surtout si les symptômes éprouvés par les malades, et les lésions cadavériques sont de nature à fortifier ces soupçons. Les expériences faites par M. Lassaigne me font un devoir de procéder ainsi ; après avoir empoisonné plusieurs animaux avec de l’acide cyanhydrique, cet expérimentateur a trouvé une partie de cet acide dans les Viscères où il l’avait introduit; jamais il n’a pu en déceler dans le cerveau, dans le cervelet, dansïa moelle épinière ni dans le cœur des animaux qu’il avait empoisonnés, et pourtant tous ees viieères exhalaient V odeur de T acide cyanhydrique. Cela prouve, comme je l’ai déjà dit, que l’impréssion produite sur l’organe de l’odorat par Cet acide, peut être considérée comme un moyen plus sensible qu’aucun des réactifs précédemnâent ménr tiçnnés, pour faire soupçonner la présence dé ce toxique dansnos organes.

Lorsqu’on opère sur des matières déjà pourries, il peut arriver, si la proportion de la préparation cyanhydrique qu’elles renfermaient était très faible, que cet acide ait été entièrement volatilisé ou décomposé et qu’On n^en découvre plus. Mais il peut se faire qu’il n’en soit pas ainsi, surtout lorsque la quantité d’acide mêlé à ces matières était assez considérable ; dans ce cas, on l’obtient comme il vient d’être dit, soit à l’état d’acide cyanhydrique, soit à l’état decyanhydrate d’ammoniaque. Ici on devra sè rappeler que l’on s’exposerait à commettre des erreurs graves, si , au lieu de suivre rigoureusement la marche que j’ai tracée, l’on se bornait à constater que les liquides distillés colorent et précipitent les sels de fer en bleu, l’azotate d’argent en blanc, et les sels de cuivre en blanc laiteux, sans s’inquiéter de la nature de ces précipités, parce qu’il est arrivé que des matières organiques pourries, non additionnées d’acide cyanhydrique, se sont comportées de même {F. p. 682) .

Symptômes de V empoisonnement déterminé par V acide , cyanhydrique.

On peut rapporter à trois périodes les symptômes éprouvés par l’homme et par les chiens à qui on a fait prendre des doses d’acide cyanhydrique qui ne les tuent qu’au bout de dixj douze, quinze ou vingt minutes. Dans la première, de peu de durée, ils ont des vertiges , leur tête semble lourde et leur démarche est chancelante ; la respiration est difficile et les battemens du cœur plus forts. A l’instant même commence la seconde période, pendant laquelle il y a des convulsions atroces avec renversement de la tête en arrière, raideur de tous les membres et une insensibilité géjiérale. A cet état,, qui dure une ou plusieurs minutes, succèdent les symptômes de la troisième période, qui consistent dans un coma grave, avec relâchement de tous les muscles et une grande insensibilité ; on dirait l’animal mort, si on ne le voyait respirer, et si l’on ne sentait pas les battemens du cœur^ Cette période, beaucoup plus longue que les deux autres , se termine par la mort, si les animaux ne sont pas convenablement secourus I quelquefois elle est interrompue par de nouveaux accès tétaniques de peu de durée. Voici comment Coullon a décrit les effets de l’acide cyanhydrique sur les carnivores et les rongeurs (Recherches et considérations médicales sur l’acide cyanhydrique^ Paris, 1819). « Lorsque l’acide cyanhydrique médicinal tue promptement ces animaux , leur chute suit au même instant l’introduction du poison dans l’estomac : aussitôt ils portent la tête sur le dos et sont saisis d’une raideur tétanique générale ; la circulation et la respiration sont troublées ; les inspirations se font promptement et avec bruit, tandis que sur la fin les expirations sont plus longuement filées ; enfin la mort, toujours annoncée par l’immobilité des paupières, survient en peu d’instans, et après le relâchement qu’elle détermine immédiatement, le froid et la raideur saisissent les cadavres avec d’autant plus de célérité que la vie a cessé plus promptement.

Lorsque l’acide cyanhydrique agit plus lentement, on n’aperçoit aucun changement dans la première, la seconde, et quelquefois la troisième minute après l’introduction du poison ; mais

après, les animaux ouvrent la bouche et sont essoufflés ; la respiration devient active , bruyante et de plus en plus difficile ; les mouvemens du cœur sont tumultueux ; la salive s’échappe de la bouche ; ils chancellent, et tous, excepté les plantigrades, fléchissent d’abord les membres pelviens, et tombent saisis de fortes convulsions et toujours d’opisthotonos très marqué. Quelques-uns poussent des cris d’autant plus forts, que la dose d’acide a été plus considérable; les yeux sont étincelans et proéminens, surtout chez les rongeurs ; le tétanos qui survient rend le thorax immobile et suspend la respiration souvent pendant quelques minutes ; ensuite elle se rétablit,' et les individus tombent dans un relâchement complet quelquefois ils reprennent leurs forces et même se relèvent pour vomir , ce qui les soulage beaucoup ; mais l’agitation convulsive recommence dans les membres thoraciques, et épargne les pelviens, qui presque toujours sont moins agités ; l’opisthotonos se renouvelle ou naturellement ou par une impulsion donnée, et alterne quelquefois avec l’emprosthotonos, ou bien il est long-temps permanent. Tour-à-tour se succèdent une courte rigidité et un relâchement plus prolongé de tous les membres, et dans cette dernière circonstance tous les muscles de ces mêmes membres, ceux de la face, de l’abdomen, et surtout ceux du thorax , tremblent souvent visiblement ; l’urine et les matières fécales sont rendues plusieurs fois , et leur sortie est toujours précédée d’un éréthisme général ; le sentiment diminue et s’éteint dans tout le corps, et d’abord dans les membres pelviens , mais moins dans la queue que partout ailleurs ; les yeux sont fixes, tandis que les paupières sont souvent mobiles ; les pupilles se dilatent : cependant quelquefois elles se contractent par intervalles. Les yeux perdent peu-à-peu le sentiment, les paupières se ferment , tous les sens s’abolisSent ; la langue est pendante, les angles de la bouche sont de travers, le ventre est agité et rentré en dedans; la respiration, qui auparavant n’avait cessé d’être pénible, devient quelquefois stertoreuse, se suspend même pendant une minute , puis revient , mais pour peu de temps, et la vie cesse ordinairement dans l’espace d’une à quelques heures, mais rarement après vingt-quatre. Les batiemens du cœur, proportionnément plus rares. et plus faibles que

les mouvemens respiratoires, cessent peu après la respiration, et dès-lors les muscles, surtout ceux du thorax, éprouvent pendant quelques minutes un frémissement très appréciable au toucher.

Indépendamment de ces effets on remarque ; 1° des convulsions dans les animaux à sang chaud diurnes, les crustacés et les insectes aériens, tandis que les mammifères nocturnes, les oiseaux de nuit, les animaux à sang froid et les insectes aquatiques n’en éprouvent point; 2° le vomissement^ chez les bimanes, les carnivores, les oiseaux rapaces, passereaux, gallinacés, phénomène que l’on n’observe presque jamais dans les rongeurs, et jamais dans les chevaux, les plantigrades, les reptiles batraciens, sauriens , ophidiens , les insectes , et les zoophytes ; ô° la ferte du mouvement et de la sensibilité des membres thoraciques avant celle des membres abdominaux, dans les taupes, les lézards, les écrevisses, les insectes, ce qui a lieu dans un ordre inverse pour les autres animaux; 4° des déjections abondantes dans les carnassiers; S® la chez ces mêmes animaux, et quelquefois

chez Thomme ; 6° une sécrétion particulière aux gastéropodes, aux vers à sang rouge, etc. L’invasion de ces divers symptômes est soudaine et la marche de la maladie très rapide » (1).

(1) En 1830 , on prescrivit à sept épileptiques du sirop cyanhydrique. Ce sirop, qui, d’après les intentions du médecin, devait contenir, conformément à la formule de M. Magendie, 1/130 d’acide cyanhydrique, avait été préparé à la pharmacie centrale avec 9 parties de sirop de sucre et 1 partie d’acide médicinal, d’après la formule de l’ancien Codex. Chaque malade, ayant pris 11 grammes SO centigrammes de ce- sirop, se trouva avoir avalé 1 gramme 15 centigrammes d’acide médicinal, dose exorbitante et que l’homme le plus robuste ne saurait supporter sijns périr presque immédiatement. Évidemment la formule du Codex était monstrueuse, et l’on devait se hâter de la remplacer par celle qui était généralement employée par les praticiens de Paris, et dans laquelle l’acide cyanhydrique n’entre que pour 1/130. Aujourd’hui que la substitution dont je parle a eu lieu, on ne verra plus se renouveler d’aussi affligeantes méprises. Sept minutes après l’ingestion du sirop, tous les malades étaient étendus sur leur lit sans connaissance ; ils avaient tous éprouvé des convulsions. La respiration était bruyante et agitée, la bouche écumeuse, le corps couvert de sueur, et le pouls fréquent. Bientôt à l’excitation générale succède un affaissement dont la marche graduelle, quoique rapide, ne s’arrêta qu’à la mort. Les mouvemens respiratoires diminuèrent de frétjuence et d’étendue; le pouls se ralentit et s’affaiblit à chaque minute et d’une manière inquiétante; la sueur et les extrémités devinrent froides, et la mort survint. Chez quelques malades, laface et les tégumens du crâne avaient été fortement injectés, chez d’autres elle avait été très pâle ; la pupille était en général médiocrement di-

Lésions de tissu produites par V acide cyanhydrique,

L’acide cyanhydrique ne détermine point l’inflaramatioD des tissus sur lesquels il a été appliqué, lorsqu’il tue promptement. Si quelques médecins ont émis une opinion contraire, c’est que l’acide qui faisait le sujet de leurs observations avait agi sur les organes en même temps que des substances irritantes. Les vais-^ seaux dont Tensemble constitue le système sanguin veineux sont gorgés de sang noir, huileux, épais. La contractilité des muscles volontaires d’abord, puis celle du cœur et des intestins, est anéanlie immédiatement ou peu de temps après la mort. Plusieurs parties du corpSj et surtout le cerveau, la moelle épinièrej le sang et le cœur, exhalent quelquefois une odeur d’amandes amères. Si l’acide cyanhydrique ne tue les animaux qu’au bout de quelques minutes, d’une demi-heure, etc., on peut observer les lésions qui ont été décrites au bas de cette pagej en parlant de l’em"

latée. Il ne paraît pas q[ü’il y ait eu de vomissemens ; l’un des malades a seulement fait de vioiens efforts pour Vomir à une époque peu éloignée du moment de la mort.

On voulut faire prendre à ces malheureux des bains de pied très chauds ; la plupart expirèrent avant l’emploi de ce moyen; celui d’èntre eux qui vécut le plus long-temps ayant laissé mettre ses pieds dans l’eau chaüde, fut pris quelque temps après et tout-à-coüp de convulsions générales très violentes, sous l’influence desquelles il s elançahorsde l’eau par un mouvement extrêmement brusque. Il sentit manifestement l’impression de l’eau ; car, pendant le moment qui précéda ces coin vulsions, sa figure exprima de vives douleurs et là respiration devint plus accélérée. La face, les conjonctives et toute la tête s’injectèrent àu plus haut degré. La veine fut largement ouverte; il s’en écoula un sang noir et très liquide dont le jet cessaau moment de l’affaiblissement des parois de la veine distendue par l’effet de la ligature. On s’efforcait de le faire couler a l’aide de frictions exercées de bas en hau*: et d’ablutions avec de l’eau chaude, lorsqu’on s’aperçut que le malade n’existait plus. Le premier malade est mort après quinze ou vingt minutes : le septième a vécu trois quarts d’heure’ (Note communiquée à M. Adelon par l’élève dé garde).

Les cadavres furent ouverts par MM. Adelon, Marcel Marjoiin, et l’on trouva, avec des degrés différens d’inîensi té : /

Une inflammation manifeste de la membrane muqueuse de l’estomac et de l’in* testin grêle, avec un développement remarquable des cryptes muqueux de celfé membrane, une injection légère du tissu cellulaire sous-péritonéal dé ce même estomac et de l’intéstin grêle, la rate ramollie et souvent ramenée à un tissu pullacé, les veines du foie, remplies d’une assez grande quantité de sang noir et fluide; les veines d’une couleur violette foncée, un peu ramollies, gorgées de sang et laissant détacher avec" facilité la membrane extérieure qui les recouvre ; le cœur, d’un tissu assez fermé, lout-â-fait vide de sang, ainsi que les grosses artères ; les grosses vei-

poisonnement des sept épileptiques; en outre les organes musculeux sont long-temps irritables , notamment le cœur , et dans celui-ci presque toujours l’oreillette et le ventricule droits ; les intestins sont long-temps agités par leur mouvement péristaltique ; mais la propriété qu^ont les nerfs de propager les irritations est promptement abolie ; le système sanguin veineux est gorgé de sang très noir et très fluide; le système artériel est vide ; parfois cependant l’aorte contient un peu de sang noir ; presque toujours il y a de la sérosité ; tous les autres organes sont dans l’état naturel.

S’il est vrai que dans beaucoup de cas les cadavres se conservent long-temps sans se pourrir, il n’en est pas moins certain que le contraire peut avoir lieu ; ainsi dans les deux observations rapportées par Mertzdorf {Journal complémentaire des sciences médicales, tojne xvii, p. 266), la putréfaction était déjà très avancée vingt-neuf heures après la mort. Chez celui des deux individus qui s’était empoisonné au mois de février, la dé^ composition putride était même beaucoup plus avancée que chez le second, qui succomba au mois de juillet.

Je ne saurais passer sous silence une observation erronée dê MM. Rey et Gouvert, experts dans l’affaire de Chambéry dont Je parlerai bientôt. D’après ces messieurs,, le malade, dont l’état a été décrit par Hufeland(J^. p. 732), et qui avait réellement été empoisonné par l’acide cyanhydrique, avait offert les mêmes lésions cérébrales que celui de Pralet qui, comme je l’âi prouvé, dans deux consultations médico-légales {V. page 695), était mort apoplectique. Rien n’est plus faux, et rien ne se ressemble moins que les lésions constatées chez ces deux indi-

nes, au contraire, pleines d’un sang noir très liquide ; le sang partout fluide et n’offrant nulle part la moindre trace de caillot ; la membrane miiqueusé du larynx, de la trachée-artère et des bronches d’un rouge foncé qui ne s’efface pas par lé lavage, et les bronches remplies jusqu’à leur profondeur d’un liquide spumeu:^ sanguinolent ; les membranes du cerveau injectées ; les sinus de la dure-mère gorgés d’une assez grande quantité de sang noir et fluide ; le tissu jdu cerveau un péü plus mou que dans l’état naturel, et, du reste, paraissant sain, ainsi que la moelle de l’épine; la membrane muqueuse de la vessie était blanche, ainsi que celle du pharynx et de l’œsophage. Nulle partie n’exhalait l’odeur d’amandes amères et n’offrait des signes de putréfaction, et dans tous les cadavres existait Une raideur cadavérique prononcée. -

vîdus. Chez le malade de Hufeland, on voit tous les caractères de ces congestions sanguines intenses, avec exsudation sanguine plus ou moins abondante, qu’on observe habituellement après la mort des individus qui succombent rapidement à la suite de symptômes tétaniques ; je les ai vues un bon nombre de fois sur les animaux, comme chez l’homme, après l’empoisonnement par les strychnos ; on les voit aussi à la suite des congestions ra' chidiennes avec hématorachie. Chez Pralet, l’altération a consisté eh une apoplexie proprement dite, c’est-à-dire en une hémorrhagie avec irruption du sang dans les ventricules et sous la tente du cervelet , et déchirure de la substance cérébrale ; on verra qu’il existait à la base des ventricules un de sang

gros comme un œuf . -

Action de V acide cyanhydrique sur l’économie animale, 1° L’acide cyanhydrique de M. Gay-Lussac est le plus actif de tous les poisons connus; celui de Scheele (acide médicinal), qui contient beaucoup d’eau, n’agit avec autant d’intensité que le pré cèdent que lorsqu’il est employé à une dose beaucoup plus forte : du reste, à cette différence près, leur mode d’action est identique ; 2° les effets de l’acide cyanhydrique sont moins marqués quand il a été dissous dans l’eau que dans le cas où il a été dissous dans l’alcool, et sprtout dans l’éther ; S” il perd, en grande partie, ses propriétés vénéneuses par son exposition prolongée à l’air, la vapeur d’acide cyanhydrique qui se dégage alors tendant sans cesse à ramener le liquide à l’état aqueux ; il jouit encore d’une assez grande énergie quand il a été transformé en partie en une substance charbonneuse par son séjour dans des vaisseaux fermés, à moins qu’il ne se soit écoulé assez de temps pour que sa décomposition ait été complète ; 5° il est nuisible aux différentes classes d’animaux , plus à ceux qui ont le sang chaud qu’aux autres : parmi les insectes ceux qui ont un point de contact avec les animaux à sang froid, comme les aquatiques, périssent plus lentement que les aériens, qui se rapprochent davantage des animaux à sang chaud; mais, dans ces derniers, les parties cessent de se mouvoir dans un ordre inverse à celui qui a lieu pour les animaux à sang chaud ; 6° son action est d’autant plus intense, tout étant égal d’ailleurs, qu’il est employé en plus

grande quantité, qu’il reste plus long-temps en contact avec les organes, que les individus sont plus jeunes, la sensibilité plus exquise, la circulation plus active, et que les organes de la respiration ont plus d’étendue ; T il exerce son actiou délétère , quel que soit le tissu sur lequel il ait été appliqué, les nerfs, la dure-mère et tous les organes blancs exceptés; 8“ cependant il est des animaux, tels que les chiens et les lapins, dont la peau est tellement dure, qu’il serait impossible de déterminer l’empoisonnement chez eux en appliquant cet acide sur le système cutané; 9“ l’intensité de son action varie suivant la partie avec laquelle il a été mis en contact ; ainsi il est très vénéneux lorsqu’il est introduit dans le système artériel ; il l’est moins quand il est injecté dans le système veineux, la trachée-artère, les poumons ; moins encore s’il est introduit dans les cavités séreuses; son action est moins énergique lorsqu’on l’administre à l’intérieur sous forme de boisson ou de lavement ; enfin il agit encore plus faiblement quand on l’applique sur des blessures, et la mort arrive plus tôt dans le cas où la blessure a été faite aux membres antérieurs; 10“ ses effets sont moins intenses lorsqu’il est appliqué sur une partie qui ne communique plus avec le cerveau ou avec la moelle épinière ; 11“ il est absorbé, porté dans le torrent de la circulation pour agir d’abord sur le cerveau, et ensuite sur les poumons, sur les organes du sentiment et Sur les muscles des mouvemens volontaires, dont il détruit l’irritabilité; 12° il anéantit également la contractilité du cœur et des intestins ; 13° Il paraît agir sur l’homme comme sur les chiens (Résultats des travaux de MM. Schrader , Ittiier , Robert , Gazan , Callies , et surtout d’Emmert et de Coullon).

Questions médico-légales relatives à-V empoisonnement par V acide cyanhydrique.

Peut-on^ par cela seul que l’on a constaté la prése7ice de l’acide cyanhydrique dans les matières vomies ou dans celles qui o7it été extraites d’un cadavre ou dans les organes de celui-ci , affirmer qu’il y a eu empoisonnement par cet acide 1 Je ne balance pas à répondre par la négative; en effet, il n’est pas sans exemple que l’on ait trouvé de l’acide cyanhy-

drique dans le corps de l’homme sain ou malade, et il n’est pas impossible qu’il s’en développe pendant une expertise médicolégale, sous l’influence de certains agens. D’un autre côté, il n’est pas démontré que cet acide ne se produise point à mesuré que les cadavres se pourrissent. Enfin, ici comme pour tous les autres poisons, l’acide cyanhydrique pourrait avoir été introduit dans le canal digestif après la mort d’individus qui auraient succombé à des affections autres que l’empoisonnement.

Il nest pas sans exemple que Von ait trouvé de Vaeîdé cyanhydrique dans le corps de l’homme sain ou malade, etc.

On sait que chez certains individus la sueur, surtout celle des aisselles et des parties génitales, exhale une odeur marquée d’acide cyanhydrique. On a trouvé cet acide dans l’urine d’hydropiques et dans le liquide extrait de leur abdomen, après une ponc-. tion faite à celui-ci (Brugnatelli et Goldefy-Dorhs) . Tiedemann et Gmèlin ont constaté la présence dti sulfo-cyanure de potassium dans la salive de deux individus, dont un ne fumait pas. Treviranus avait déjà entrevu ce sel dans un cas analogue (Journal de année 1838).

Il n’est pas impossible qu’il s’en développe pendant Une expertise médico-légale sous l’influence de certains agens. Pour former de l’acide cyanhydrique il ne faut que de l’hydrogène du carbone et de l’azote.; est-il donc étonnant que l’on donne naissance à cet acide lorsqu’on traite certaines matières organir ques azotées, soit parla chaleur, soit par l’acide azotique, etc.; les alcalis concentrés ne passent-ils pas à l’état de cyanure, lorsqu’on les chauffe à une température convenable avec des substances azotées? Cela étant, quoi de plus simple que de concevoir aussi la possibilité, dans certaines conditions maladives, d’une formation en quelque sorte spontanée d’acide cyanhydrique; pourquoi n’en serait-il pas ainsi, lorsque nous voyons du sucre se produire dans le diabétès sucré, les oxydes cystique et xanthique, matières organiques qui n’existent pas dans ^économie animale à l’état normal , venir former dans les reins des calculs urinaires?

Il n’est point démontré que l’acide cyanhydrique ne soit pasundes produits de la putréfaction. Personne n’oserait afiir-

mer actuellement qu’il ne se forme jamais d’acide cyanhydrique, pendant que les cadavres se pourrissent dans l’air, dans la terre, dans le fumier, dans l’eau ou dans les’fosses d’aisances. La chimie est loin d’avoir dit son dernier mot sur ce point, et pourquoi ne pas admettre, au contraire, qu’il est plus que probable qu’il y a production de cet acide dans qüelques-unes des décompositions putrides que j’ai signalées, sinon à toutes les époques de l’altération des matières animales, du moins à quelques-unes d’entre elles? Dans le doute et jusqu’à ce que l’expérience ait prononcé, il est mille fois préférable d’adopter la proposition cLdessus énoncée que de la repousser.

Mais, dira-t-on, si vous admettez que l’on puisse retirer de l’acide cyanhydrique de cadavres d’individus qui n’en avaient point pris pendant la vie, vous ne pourrez jamais affirmer, dans une expertise médico-légale, qu’il y ait eu empoisonnement par cet acide ; lorsque vous aurez extrait des matières suspectes une quantité plus ou moins notable de ce toxique, la défense ne manquera pas de vous dire qu’il existait naturellement dans le corps de l’individu ou qu’il s’est formé pendant les opérations qu’a nécessitées l’expertise, ou bien qu’il s’est développé pendant la putréfactîon du cadavre, si celui-ci était pourri. Cette obxection n’a rien de sérieux pour ceux qui savent, qu’en matière d’empoisonnement il faut tenir compte non-seulemént des résultats de l’analyse chimique, mais bien encore des symptômes et des altérations de tissu; ainsi, lorsqu’un individu aura éprouvé les accidens si caractéristiques de l’intoxication que détermine l’acide cyanhydrique, et qu’après l’ouverture du cadavre on aura constaté des lésions semblables à celles que détermine ce poison , à coup sûr l’acidè cyanhydrique décelé et bien ôaràctérisépÿir le chimiste ne pourra pas être uniquement considéré comme un produit qui se serait développé dans l’économie animale ou qui se serait formé par l’acte de la putréfaction.

Il ne serait pas impossible que l’acide cyanhydrique eût été introduit dans le canal digestif après la mort {V. p. 3û).

Affaire Pralet devant le sénat de Chambéry.

Le sieur Pralet, ancien procureur de la ville de Chanabéry, âgé de 64 ans,

doué d’une forte constitution, avait eu, en 1819, une attaque’ d’apo- | plexie qui avait laissé quelques traces. Le mercredi, 1 3 janvier 1 841 , vers huit heures et demie du soir, à la fin d’un repas léger, il se trouve mal, perd connaissance, et meurt à deux heures de la nuit, six heures environ après l’invasion de la maladie. Le corps est enseveli le 1 6 janvier et exhumé le 20 du même mois. Les docteurs Couvert et Rey procèdent aussitôt à l’ouverture du cadavre. Le lendemain, ces médecins, réunis à MM. Soujeon , Domenget et Bebert se livrent à l’examen chimique d’un certain nombre d’organes de ce cadavre; de son côté, M. Calloud, pharmacien à Chambéry, entreprend le 23 des recherches qui doivent avoir pour but dé déterminer quelle a pu être la cause de la mort. Tous les avis sont unanimes pour déclarer què le sieur Pralet à succombé à un empoisonniment par V acide cyanhydrique, et le sieur Héritier, neveu du défunt, est accusé d’avoir conomis ce crime. Ce prévenu demande mon avis.

Première consultation. Je m’attachai à démontrer ; 1 ° que le sieur Pralet n'était pas mort empoisonné par l’acide cyanhydrique ; qu’il avait succombé à une attaque d’apoplexie.

Faits scientifiques de la cause. — Symptômes et lésions anatomiques.

Le 1,3 janvier dernier, le sieur Pralet avait été bien portant et gai comme à l’ordinaire ; il avait dîné avec du salé, du bouilli , des pommes de ter,re au gratin, et du fromage. A huit heures du soir, il mange un petit morceau de pain avec du fromage et boit trois ou quatre verres de vin blanc. A peine a-t-il bu le dernier verre de vin, étant debout à l’angle de la cheminée, qu’il chancelle, se trouve mal, et perd connaissapce : sa langue paraît s’épaissir ; On l’asseoit sur une chaise, on le frotte avec du vinaigre, ôn applique des linges chauds à la région épigastrique ; on lui fait sentir de l’éther, et on lui administre une ou deux cuillerées d’élixir de là Grande-Chartreuse. Immédiatement après il vomit; on donne une autre cuillerée d’élixir, et il vomit une grande quantité de matières acides et vineuses. Le malade reprend alors connaissance, et paraît soulagé. Il dit qu’il n’éprouve aucune douleur ; pourtant ses traits sont abattus, la face est pâle, la langue et la bouche sont légèrement déviées à gauche et enduites d’un peu de bave.

Il était alors dix heures. On ordonne une infusion de mélisse, qui est vomie, et l’on prescrit un lavement d’eau tiède salée, qui n’est pas gardé ; on fait prendre une infusion de thé, qui est également vomie, et on applique des sinapismes. A minuit la face est livide et les traits profondément altérés ; il y a de nouveau perte de connaissance et insensibilité ; on peut pincer fortement le bras droit sans que le malade s’en aperçoive; la bouche est encore plus déviée à gauche et écumeuse ; raideur tétanique du bras gauche.

On ouvre largement la veine médiane céphalique droite, et l’on recueille lentement environ 400 grammes de sang fluide et noirâtre ; une demi-heure ^près, ce sang était encore fluide ; on tente, mais en vain, de faire avaler i?%u malade une vingtaine de gouttes d’ammoniaque liquide dans une cuillerée d’eau. Le pouls, qui, jusqu’à ce moment, était resté grand, régulier.

et nullement fréquent, s’affaiblit insensiblement, et le malade expire vers deux heures du matin, sans avoir éprouvé de convulsions.

A l’ouverture du cadavre, faite sept jours après la mort, par MM. Rey et Couvert, on constate l’état suivant : le corps n’exhale point d’odeur putride,et il n’est point raide ; la face est décolorée, la bouche est entr’ouverte, les yeux clos et flétris ; les tégumens de la partie inférieure du cou, etsupérieure delà poitrine etdes épaules, offrentune couleur grisâtre, ainsi que ceux duscrotum et du pénis, qui sont gonflés, de même que ceux cpii couvrent les parties latérales et inférieures de lapoitrine. On voit sur les autres parties de la peau des maculations rosacées, différentes des vergetures. Les veines sous-cutanées sont injectées de sang noir ; les ongles sont bleus et les articulations mobiles. Le tissu cellulaire sous-cutané de l’abdomen a plus de 6 centimètres d’épaisseur ; l’épiploon est très gras et très volumineux; lorsqu’on le soulève, on sent une odeur vive différente de celle que répandent les cadavres en pu.tréfaction, et que l’on ne saurait caractériser. Il n’y a point de météorisme. Les intestins offrentune teinte légèrement rosée. L’estomac est affaissé sur lui-même ; son système veineux superficiel est injecté, surtout du côté du cardia. La rate, noire, a la consistance d’un caillot de sang, facile à déchirer, et exhale une odeur que l’on ne peut assimiler à aucune odeur connue. Le foie, moins dense et moins résistant, présente la même odeur ; la vésicule du fiel est ample et vide ; les reins et la vessie sont dans l’état naturel ; le péricarde est vide ; le cœur flétri, mou, est vide de sang, et n’a pas la couleur rouge, qui lui est propre. L’aorte, les carotides, les veines jugiflaires et abdominales sont également vides : toutes les parois artérielles sont rosées et injectées. Les poumons, très petits, mous, et nullement crépitâns, sont infiltrés de sang noir, et répandent l’odeur dont j’ai déjà parlé. La langue est gonflée; la bouche, le pharynx, l’œsophage et la trachée-artère sont dans l’état naturel, à l’exception de quelques mucosités sanguinolentes dont ils sont enduits, et d’une plus forte injection de leur système veineux. Le cerveau est fortement injecté à sa surface d’ün sang très noir, qui transsude sur tous les points; en soulevant les hémisphères, on aperçoit un caillot dense et noir, du volume d’un â'î’os œuf, qui s’échappe de la partie inférieure des ventricules, et exhale l’odeur déjà mentionnée : il existe audessous de la tente du cervelet un épanchement de même nature , très abondant. La moelle épinière est saine. On ne peut concevoir, disent MM. Rey et Gouvert, une congestion cérébrale plus prononcée et plus forte. Je n’ai pas besoin de relever l’inexactitude de cette expression, lorsqu’il s’agissait d’une hémorrhagie cérébrale des mieux caractérisées.

Le rapport de ces médecins se’ termine par une conclusion d’autant plus hasardée, qu’ils ne connaissaient pas encore les résultats des analyses chimiques; je la copie textuellement : « M. Praleta succombé à une congescf tion cérébrale, produite elle-même par l’ingestion d’un principe narco- « tique et sédatif, qui a laissé partout des traces rum équivoques de son 8 action et de sa puissance. L’odeur forte, persévérante et abondante qui III . 4a

« s’est manifestée au fur et à mesure, tant des ouvertures des cavités que « des diverses solutions de continuité que nous avons été dans le cas de « pratiquer sur ledit cadavre, et que nous ne saurions mieux comparer, a ainsi que tous les assistàns, qu’à celle des amandes atoères (1), nous « fait croire que le principe vénéneux et sédatif à l'action duquel a suc- « conabé le sieur Pralet est Yacide prussique. Tout ce qui a été observé,

« sans exception aucune, d’anormal, dans l’autopsie faite, est donné par « lès auteurs de médecine légale, et notamment par MM. Orfila et Lassai- « gne, comme dès 'indices ou symptômes non équivoques de l’empoisonne- « ment par Facide prussique. Nous nous réservons de compléter notre « rapport sur une matière aussi grave, lorsque nous aurons procédé et fait « procéder par les gens de l’art à l’examen chimique des objets contenus <c dans le vase scellé par nous ; et si nous ne vous avons point encore parlé « des matières contenues dans l’estomac et les intestins, c’est que nous n’a- « vons point voulu les exposer à l’air avant le moment où l’on procédera à « l’analyse chimique. » ,

Analyse cMmique.Si l’on examine lesrapports deMM.Bebert etCalloud, on voit qu’ils présentent l’un et l’autre un certain nombre de caractères qui, à la rigueur, pourraient faire soupçonner au premier abord l’existerièe de l’acide cyanhydrique dans le liquide avec lequel ils avaient opéré, maisqui sont évidemment insuffisanspour établir ce fait. D’un autre côté, on remarquera des différences sensibles entreles résultats obtenus par ces deux expérimentateurs, quoiqu’ils aient agi sur des liquides à-peu-prèsidentiques.-

Suivant M. Calloud, le liquide distillé offrait une odeur qui avait quelque chose de celle dê l’anaande amère. D'après M. Bebert, cette odeur était forte et nauséabonde, analogue à celle des organes avec lesquels on avait préparé le liquide ; à la vérité l’acide sulfurique développait l’odeur d’acide cyanhydrique. Comment ajouter la moindre importance à ce caractère, dès qu’il est assez peu tranché- pour que l’un des chimistes Fait énoncé timidement, tandis que l’autre ne l’a pas constaté avant d’avoir ajouté de Facide sulfurique? Il est des corps que l’on peut sans doute caractériser ■ par l’odeur ; tels sont Facide sulfureux, l’ammoniaque, l’éther sulfurique, etc.; mais, pour que le caractère offre de la valeur, il faut qu’il soit très prononcé, et qu’il frappe à l’instant tous ceux qui cherchent à le reconnaître; autrement, il est plutôt Susceptible d’induire en erreur que d’ëclairer l’expert. Or, dans l’espèce, il n’en est pas ainsi : le liquide exploré avait une odeur fétide, puisqu’il provenait de la distillation, avec de l’eau, de matières déjà putréfiées, et c’est au milieu de' cette odeur que l’on veut déceler celle d’une très petite proportion d’aCide cyanhydrique! Gek n’était pas possible : aussi voyons-nous les deux .chimistes s’exprimer en termes qui ne doivent inspirer aucune confiance.

(l) Dans tout le cours du rapport, il est dit, au contraire, qu’on n’a pas pu d’abord apprécier cette odeur.

Le liquide suspect rougit faiblement le tournesol pour M. Bebert, et il est sensiblement acide pour M. Calloud. Quoi qu’il en soit de cette légère nuance d’expression, j’admettrai l’acidité, et j’avouerai qu’elle a dû d’au^ tant plus fixer l’attention des deux experts, que les matières soumises à la distillation, dans l’état de décomposition où elles étaient, auraient dû fournir un liquide alcalin, rétablissant la couleur bleue du tournesol rougi par un acide. Mais cette acidité déposè-t-elle eh faveur de l’acide cyanhydrique, et n’existe-t-il aucun autre acide volatil pouvant passer à la distillation, dans les conditions où l’on était placé, qui ait pu la faire naître? Prout et après lui Tiedemann etGmelin {Recherches sur la digestion) ont mis hors de doute l’existence de l’acide chlorhydrique libre dans le suc gastrique de plusieurs animaux (Berzelius, Traité de chimie, t. vn, p. 4 48), Children n’a-t-il pas reconnu dans les matières de l’estomac humain la présence de cet acide libre {Annals of philosophy , juillet 4824) ? On sait d’ailleürs, à n’en pas douter, que, dans certains cas d’indigestion grave, déterminée surtout par les liqueurs alcooliques , cét acide se développé quelquefois dans l’estomac ; or, il est volatil et peut bien, en passant dans le récipient, communiquer au produit de la distillation une acidité au moins aussi notable que celle qui à été observée dans l’espèce. Si, dans cet état de la question , je prouve plus bas que Ton n’a pas démontré la présence de l’acide cyanhydrique dans le liquide suspect, il faudra bien ad^ mettre que lé caractère dont il s’agît ne peut constituer un élément de quelque importance pour éclairer l’expert.-

M. Bebert dit avoir déterminé la formation d’un précipité rouge brun de cyanure de cuivre, en traitant le liquide suspect avec un quart de goutte de dissolution de potasse caustique, et um petite solution ào sulfate de cuivre. J’ai répété trente fois cette expérience avec de l’acide cyanhydrique médicinal , de la potasse et du sulfate de cuivre concentrés ou étendus d’eau à divers degrés ; j’ai employé ces corps à des doses très variées, sans avoir jamais fait naître un pareil précipité; une fois , seulement , j’ai vu la liqueur acquérir une teinte rougeâtre, qui a bientôt disparu. Le même chimiste obtint, avec une légère solution de sulfate de cuivre, de la potasse caustique, et le liquide suspect, un précipité vert pomme, qui devint blanc par l’addition de l’acide chlorhydrique. Cette réaction appartient évidemment à l’acide cyanhydrique : il y a plus, elle suppose que cet acide existe en assez grande quantité dans le liquide distillé ; mais la même expérience, répétée par M. Calloud, ne donne plus qu’un trouble bleuâtre, que l’acide chlorhydrique dissout en laissant le liquide à peine opalin. Comment concilier ces divers résultats, lorsqu’on agit sur des liquides identiques : serait-ce que M. Bebert aurait opéré sur une proportion de liquide beaucoup plus forte que M. Calloud? On ne sait rien à cet égard, et dès-lors il est prudent de ne pas accorder à ce caractère la valeur qu’il pourrait avoir, sans l§i dissidence que je signale.

L’azotate d’argent a fourni, dans les deux expertises, un léger précipité

blanc, insoluble dans l’acide azotique, et soluble dans l’ammoniaque. La sensibilité de ce réactif pour l’acide cyanhydrique est telle, qu’à des doses même faibles ce poison le précipite abondamment; or, nous venons de voir, à l’occasion du sulfate de cuivre, que le liquide de M- Bebert devait être assez riche en acide cyanhydrique pour fournir, avec l’azotate d’argent, un précipité blanc abondant. Il n’en est pourtant rien. Mais il y a mieux; la production d’un pareil précipité, fût-il cent fois plus considérable, ne prouverait rien dans l’espèce : ce n’est pas en s’assurant qu’il est insoluble dans l’acide azotique, et soluble dans l’ammoniaque, que l’on établit l’existence du cyanure d’argent, puisque le chlorure d’argent se comporte de même. Que l’on admette, comme je l’ai dit plus haut, que le liquide suspect contenait de l’acide chlorhydrique libre, et l’on obtiendra un précipité semblable à celui qui a été vu dans l’espèce. Il aurait fallu, pour porter la conviction dans l’esprit des magistrats, prouver que le précipité blanc, insoluble dans l’acide azotique froid, se dissolvait dans le même acide bouillant, avec dégagement d’acide cyanhydrique, caractère que ne possède point le chlorure d’argent. Tel qu’il a été décrit , ce précipité ne prouve aucunement qu’il y eût de l’acide cyanhydrique dans la liqueur suspecte : les auteurs de^edeome. Jegale qui ont traité ce sujet sont tous d’accord sur ce pointti^^

Le sulfate ferreu(mt lâ potasse rdomvènt a M. Bebert un précipité blanc laiteux a reflet jamais pu obtenir en employant

l’acide cyanhydrique, et ce^ie^^^^endus ou concentrés, et à des doses excessivement Vi^riees. au contraire, que le liquide

jaunit, qu il est bpahn qt cptilqïe^èftfouble que quelques heures après ; le lendemain.ee liguideetàfetpg-fois decoZorei un peu opalin bleuâtre,décoloration qu il est-difRcile^eseunciher avec une couleur bleuâtre^ et il s’était déposé un précisé v^t blm^gnmtre. . Ici les différences sont tellement frappantes, qu on attacher lamoindre valeur à un pareil caractère.

Le sulfate fernque eLlajpolassq.&urnissent a M. Calloud, qui agit sur 48 grammes du liquide suspect7Tine teinte bleue, et, au bout de trois jours seulement, il se dépose du bleu de Prusse, si l’on chauffe le mélange. M. Bebert obtient, au contraire, de suite et à froid, avec du bichloriire de fer et de la potasse, un précipité qui n’est pas bleu , mais d’un bleu noirâtre. Je ferai remarquer la différence de ces résultats, sous le rapport de la coloration des précipités et de leur mode de formation ; j’ajouterai qu’il aurait fallu traiter ces précipités par quelques gouttes d’acide chlorhydrique, pour enlever l’excès de sesqui-Oxyde de fer, ce qui aurait permis de bien juger la couleur du bleu de Prusse; enfin, je demanderai comment il se fait que , dans une affaire de cette gravité, on se soit contenté de colorations aussi peu caractéristiques, au lieu de s’assurer que c’était bien le bleu de Prusse qui constituait les précipités. Dira-t-on que M. Bebert a reconnu que les deux précipités fournis par le sulfate ferreux et le bichlorure de fer contenaient du bleu de Prusse, parce qu’ils sont devenus

d’un h'un grisâtre, lorsqu’ils ont subi l’action de l’ammoniaque produite par la décomposition putride des matières organiques contenues dans le liquide suspect? Cette altération de couleur est évidemment insufasante pour établir un pareil fait.

Et c’est d’après l’ensemble de pareils caractères que l’on se prononce afiSrmativement sur l’existence de l’acide cyanhydrique, dans le liquide distillé! I J’avoue que c’est là une hardiesse dont je ne me sentirais pas capable. En médecine légale, lorsqu’on est obligé de s’en rapporter à dé simples réactions, il faut que celles-ci soient nettes, tranchées et sans équivoque; il faut encore qu’elles soient toujours les mêmes, quelle que soit la main qui opère. Mais il est un précepte médico-légal dont on ne doit jamais s’écarter, et qui a été complètement négligé ici : toutes les fois qu’après avoir obtenu des réactions plus ou moins probantes, il est possible de retirer de la matière suspecte un métal ou un corps qui ne laissa aucun doute sur la nature du poison que Von recherche, il faut absolument extraire ce métal ou ce corps. Se contenterait -on, par exemple, dans un empoisonnement par une préparation arsenicale, de dire que le liquide suspect précipite en blanc ou en blanc grisâtre par l’eau de chaux, en jaune plus oa moins foncé par l’acide sulfhydrique, etc;? Non cgrtes, et l’on exigera, avec raison, que l’on présente l’arsenic. -Eh bien y^tes l’espèce qui m’occupe, on pouvait, on (levait .exteaire du cydnog^ , gaz facile à caractériser; j’ai formellement pri^cç|i^.compfêj;erce,i;gractère, en chauffant le cyanure d’argent, afin;â’Gbtpîëc0^ai?^.dént jtat%)npé tés essentielles à la page 675 de ûè.^v()lume.-Je dis qu’on deumt extraire ce gaz dans l’espèce, parce qu’évidêmn^hjÈteâ'^actiohs'.'iibtenues par les divers agens employés étaient plus qu’insufeanfes. Cett^ omission seule, dans le cas dont il s’agit, anhulle,.snivaiit!î^pl, les cônëlusions des rapports de MM. Bebert et Calloud. . ^ S

Et que l’on ne dise pas que, pour donner pBfe d^âleur à ces conclusions, MM. les experts, et surtout M. Bâjloudjdat fait des expériences comparatives avec les réactifs.employés par euxeï de l’eau distillée ou de l’eau légèrement cyanhydrique, ou avec le liquide provenant de la distillation de matières organiques avec ou sans addition d’acide cyanhydrique, et qu’ils ont trouvé les réactions de cet acide quand ils en avaient mis, tandis qu'ils ne les ont pas eues lorsqu’il n’y en avait pas! Les résultats de ces expériences seront aisément combattus par les considérations suivantes : -1 “ si l’on fait agir sur ces réactifs de l’eau cyanhydrique pure, et, par conséquent, privée de matières organiques, on n’obtiendra jamais Y ensemble des réactions décrites par MM. Bebert et Calloud, réactions, au reste, qui diffèrent passablement entre elles, comme je l’ai démontré; 2“ les liquides obtenus parla distillation au bain-marie, après un contact de trente-six heures , d’une certaine quantité d’eau distillée, de six gouttes d’adde cyanhydrique médi • cinal et de matières organiques de cadavres légèrement pourris, et qui se trouvaient, par conséquent, dans la condition où était celui du sieur Pralet,

ne m’ont que rarement offert d’odeur cyanhydrique ; loin de rougir le tournesol, ils étaient alcalins ; l’azotate d’argent donnait un précipité blanc, soluble presque en entier dans l’acide azotique, laissant une liqueur plus ou moins opaline et rosée ; le sulfate ferroso-ferrique, qui est de toutes les préparations de fer celle qui découvre le mieux l’aeide cyanhydrique, fournissait, par l’addition de la potasse, un précipité vert bleuâtre, disparaissant quelquefois complètement dans V acide chlorhydrique, en laissant une liqueur Jaune, tandis que, dans certains cas, la liqueur restait opaline et verte, et déposait du bleu de Prusse au bout d’ün certain temp’s ; le sulfate ferreux et la potasse donnaient un précipité vert également soluble dans cet acidfj, qui, dans certaines circonstances cependant, laissait une liqueur opaline verte, d’où il se précipitait à la, longue du bleu de Prusse; on obtenait, avec le sulfate ferrique et la potasse, un précipité jaune rougeâtre de sesqui-oæyde de /er,- enfin le sulfate cuivrique et la potasse faisaient naître un léger précipité bleuâtre, qui, traité par l’acide chlorhydrique, laissait un liquide rose, tellement peu opaîm, que l’on se demandait s’il n’était pas transparent ; sont-ce là des caractères francs et nets de l’acide cyanhydrique? Non certes; il y en avait pourtant ; qui oserait affirmer, àl’aidede ces seuls caractères, que les liquides, dont'il s’agit, contenaient de l’acide cyanhydrique? j’ai préparé plusieurs liquides en distillant au bain-marie, au bain de sable à une douce chaleur, à ce même bain à une chaleur un peu plus forte, des matières organiques au même degré de putréfaction que les précédentes, avec des quantités variables d’eau, mçiis sans addition d'acide cyanhydrique : ces liquides étaient transparens on légèrement opalins, d’une odeur fétide, et notablement alcalins; l’azotate d’argent ne les troublait pas, ou bien les précipitait en blanc jaunâtre ; le dépôt se dissolvait en grande partie dans l’acide azotique pur, et laissait une liqueur évidemment opaline, comme cela avait eu lieu avec le liquide fétide obtenu en distillant un mélange de matières organiques pourries et d’acide cyanhydrique ; le sulfate ferroso-ferrique et la potasse ' fournissaient un précipité vert bleuâtre, semblable à celui qu’avait donné la liqueur fétide cyanhydrique;le sulfate ferreux faisaitnaître un précipité vert foncé tirant sur le bleu; à la vérité, ces deux précipités,- traités paH’acide chlorhydrique, disparaissaient en laissant des liqueurs jaunes , sans qu’il restât du bleu de Prusse au fond des verres. On ne peut trop insister, dans l’intérétde la vérité, sur l’omission faite par MM. Bebert et Calloud , qui n’ont jamais songé à traiter par l’acide chlorhydrique les précipités obtenus avec les divers sulfates de fer employés par eux, et qui se sont contentés de constater leur coloration pour affirmer qu’ils’ étaient formés par du bleu de Prusse, car il ressort de mes expériences que ces colorations sont on ne peut plus trompeuses. En traitant ces liqueurs par quelques gouttes de sulfate de bi-oxyde de cuivre et de la potasse pure, j’ai constamment obtenu des précipités d’un bleu verdâtre, qui, étant dissous dans l’acide chlorhydrique , ont laissé des liquides quelquefois aussi opalins que ceux

qui ont été produits avec des liqueurs fétides légèrement cyanhydriques.

H résulte incontestablement de ces faits, que les expériences compara * tives tentées pair M. Calloud ne motivent en aucune façon les conclusions qu’il en a tirées, conclusions, encore une fois, sans valeur réelle.

Symptômes et lésions de tissu. Il ne me sera pas. difficile de démontrer : 1° que les symptômes observés chez Pralet ne sont pas ceux que détermine l’acide cyanhydrique ; 2“ que les lésions constatées après la mort diffèrent essentiellement de celles qui sont lerésultatde l’action de cetacide ; 3°que ces symptômes et ceslésions sont évidemment le fait d’une attaque d’apoplexie.

Première proposition. Les symptômes observés chez le sieur Pralet ne sont pas ceux que détermine l’acide cyanhydrique. Pour imü&er cette assertion, j’examinerai tour-à-tour les accidens développés par cet acide chez les animaux et chez l’homme, à une dose qui ne soit pas immédiatement mortelle, et qui permettra, par conséquent, de mieux apprécier ces accidens. Lorsqu’on administre à des chiens robustes huit, dix ou douze gouttes d’acide cyanhydrique médicinal, dans 25 ou 30 grammes d’eau, ces animaux ne tardent pas à éprouver des symptômes que l’on peut rapporter à trois périodes : dans la première, de peu de durée, ils ont des vertiges ; leur tête semble lourde et leur démarche est chancelante , bientôt ils tombent sans connaissance ; à l’instant même commence la seconde période pendant laquelle il y a des convulsions atroces avec renversement de la tête en arrière, et raideur de tous les membres : à cet état, qui dure une ou plusieurs minutes, succèdent les symptômes de la troisième période, qui consistent dans un coma grave, avec relâchement de tous les muscles, et une insensibilité générale ; on dirait l’animal mort, si on ne le voyait pas respirer, et si l’on ne sentait pas les battemens du cœur. Cette période, beaucoup plus longue que les deux autres, se termine par la mort, si leS animaux ne sont pas convenablement secourus ; quelquefois elle est interrornpue par de nouveaux accès tétaniques de peu de durée.

Coullon , qui a fait de nombreuses expériences sur l’action de l’acide cyanhydrique sur les mammifères, confirme ce qui vient d’être dit, et s’èxprime ainsi : « Les animaux chancellent, et tous, excepté les plantigrades, fléchissent d’abord les membres pelviens, et tombent saisis de fortes convulsions, et toujours d’opisthotonos très marqué : le tétanos qui survient rend le thorax immobile, et suspend la respiration souvent pendant quelques minutes ; ensuite elle se rétablit, et les individus tombent dans un relâchement complet, etc. {Recherches et considérations médicales sur l’acide hydrocyanique, etc.; Paris, 1819).

Les effets de cet acide chez l’homme ont la plus grande analogie avec ceux que l’on observe chez les animaux. Il me suffira de rapporter les deux faits suivans ; 1"le docteur Bertin, ancien directeur de l’Ecole de médecine de Rennes, avala, le 3 septembre 1 824, à sept heures du soir, en deux fois et à quelques secondes d’intervalle, deux cuillerées d’acide cyanhydrique médicinal ; il avait fait un dîner copieux cinq heures auparavant. Quelques

instans après, il ressentit à la tête une sorte d’ébranlement, et tomba comme un homme frappé d’apoplexie foudroyante ; il perdit subitement la connaissance, le mouvement et le sentiment; la face était vultueuse, et comme gonflée , ainsi que le cou ; la pupille était fixe et dilatée ; les mâchoires étaient fortement contractées et rapprochées; la respiration, difBcile, était bruyante et râleuse, le pouls extrêmement petit et les extrémités froides ; il s’exhalait de la bouche une odeur d’amandes amères : bi^tôt après, la tête se renversa en arrière; il y eut des convulsions violentes, pendant lesquelles tout le corps se raidit, en même temps que les bras se tordaient et se contournaient en dehors [Revue médicale,, tome i, année 1825).

2" Sept épileptiques périrent à Bicêtre, dans l’espace d’une demi-heure à trois quarts d’heure, pour avoir pris chacun une quantité d’acide cyanhydrique médicinal dans laquelle il y avait environ 25 ou 28 centigrammes d’acide anhydre. Tous ces individus perdirent connaissance, et éprouvèrent des convulsions tétaniques; les mouvemens convulsifs ayant cessé, la perte de connaissance était complète, la respiration bruyante et agitée, la bouche écumeuse, le pouls fréquent; bientôt, à l’excitation générale succéda un affaissement dont lamarche graduelle, quoique rapide, ne s’arrêta qu’à la mort.

Qu’y a-t-il de commun entre ces symptômes, si constamment les mêmes dans l’empoisonnement par l’acide cyanhydrique, et ceux qu’a éprouvés M. Pralet? Quand a-t-on vu dans cet empoisonnement l’un des bras seulement affecté de raideur tétanique, et, par contre, pourquoi, si l’acide cyanhydrique a été la cause de la mort, n’a-t^on pas remarqué cette période convulsive avec opisthotonos, qui ne manque jamais quand l’empoisonnement a duré, je ne dirai pas six heures, comme dans l’espèce, mais dix, quinze ou vingt minutes seulement? Et qu’on ne dise pas qu’il n’y arien de fixe à cet égard, et que les symptômes peuvent varier suivant l’âge, la constitution, l’état de vacuité ou de plénitude de l’estomac, etc. On ne saurait admettre une pareille objection, parce que, dans tous les cas où l’acide dont il s’agit n’a pas tué instantanément, on â noté les accidens que j’ai signalés, surtout les mouvemens convulsifs avec, opisthotonos, et qu’il serait impossible à ceux qui voudraient soutenir le contraire, de s’étayer, soit des observations recueillies jusqu’à ce jour chez l’homme, soit des expériences faites sur les animaux.

Dira-t-on, par hasard, que le cadavre du sieur Pralet est resté chaud pendant deux jours, qu’il était encore flexible quarante heures après la mort, et que les.viscères exhalaient l'odeur d’acide cyanhydrique lorsque l’on procéda à l’autopsie, phénomènes que l’on voudrait faire dépendre de la mort par cet acide? Mais depuis quand a-t-on vu que la persistance de la chaleur soit un signe de mort par ce poison; l’a-t-on remarquée chez le soldat dont Hufeland nous a transmis l’histoire [Bibliothèque médicale, tome uv), chez les sept épi pleptiques décédés à Bicêtre, chez cet élève en pharmacie dont parle Mertzdorf (voy. Journal complémentaire, t. xvn) la voit-on chez les animaux qui ont succombé à l’action de ce poison ? Non

certes. Quant à la rigidité cadavérique, on observe tout le contraire de ce qui a été remarqué chez le sieur Pralet ; le soldat cité plus haut était «tendu raide le soir même de la mort ; tous les cadavres des épileptiques de Bicêtre offraient une raideur ^prononcée trente-six heures après la mort (voyez la note de la page 689 de ce volume) ; chez le sujet exa- •miné par Mertzdorf, les membres n’étaient que médiocrement mobiles ; enfin la rigidité cadavérique se manifeste constamment chez les animaux tués par l’acide cyanhydrique, quelquefois même peu d’heures après la mort. Quelle foi peut-on ajouter au caractère tiré de l’odeur d’amandes amères qu’aurait répandue le cadavre du sieur Pralet (point sur lequel on est loin d’être d’accord), lorsque nous voyons MM. Marc,.Marjplin et Adelon déclarer que nulle partie des cadavres des épileptiques de Bicêtre n’exhalait l’odeur d’amandes amères ; qu’il en était de même chezl’éiève en pharmacie dont j’ai parlé, et que nous savons à ne pas en douter, qu’il n’est pas rare de ne pas reconnaître cette odeur dans les organes des animaux empoisonnés par l’acide cyanhydrique ? On objectera qu’un fait positif a beaucoup plus de valeur que mille faits négatifs, et que la perception de l’odeur d’amandes amères chez le sieur Pralet doit dès-lors être prise en grande considération. Soit : mais je demanderai à mon tour où est ce fait positif, et pourquoi MM. Bey et Couvert parlent toujours d’une odeur forte, véhémente, dont ils ne peuvent pas apprécier l’essence dans le corps du rapport, tout en disant, dans leurs conclusions, que cette odeur est celle des amandes amères? On ne peut tenir aucun compte de pareilles assertions.

Deuxième proposition. Les lésions constatées après la niort du sieur Pralet diffèrent essentiellement de celles qui sont le pésuUat de l’action de Pacide cyanhydrique. Je me bornerai à faire ressortir les principales différences entre l’état cadavérique de Pralet et celui des animaux qui succombent à l’empoisonnement dont il s’agit , et des sept épileptiques déjà mentionnés. Toujours te système sanguin veineux a été trouvé gorgé de sang très noir et fluide ; dans l’espèce, les veines jugulaires et abdominales étaient toutes vides. La membrane muqueuse du larynx, de la trachéeartère et des bronches est ordinairement d’un rouge foncé, qui ne s’efface pas par le lavage, et les bronches sont remplies, jusqu’à leur profondeur, d’un liquide spumeux sanguinolent ; souvent, il existe dans quelques parties des poumons, des taches noirâtres ou couleur de lie de vin. Rien de semblable n’a été noté chez le sieur Pralet. Dans l’empoisonnement par l’acide cyanhydrique on trouve, les membranes du cerveau injectées, les sinus de la dure-mère gorgés d’une plus ou moins grande quantité de sang noir et fluide ; la base du crâne peut être baignée de sérosité, mais on n’a jamais constaté de traces d’une hémorrhagie cérébrale, pas le moindre caillot de sang. Ici , au contraire, on aperçoit à la partie inférieure des ventricules, sans désigner au juste sur quel point, un caillot dense et noir, du volume d’un gros œuf, et au-dessous de la tente du cervelet, un épanchement de même nature très abondant.

On pourra s’étonner, après ce parallèle, de lire dans les conclusions du rapport rédigé par MM. Réy et Gouvert : « que tout ce qui a été observé,

« sans exception aucune, d’anormal, dans l’autopsie du sieur Pralet, est « donné par les auteurs de médecine légale, et notamnaent par MM. Orfiki « etLassaigne, comme des indices ou symptômes non équivoques, de « l’empoisonnement par l’acide prussique. » Je me suis constamment gardé de propager de semblables erreurs.

Mais il est encore quelque chose de plus étonnant dans le rapport de ces messieurs. Dans le procès-verbal, de nécropsie, du 20 janvier 1 841 , ces docteurs n’ont émis qu’une opinion dubitative, se réservant de caractériser la substance vénéneuse lorsqu’ils auraient pu Joindre aux résultats de l’autopsie ceux des^analyses chimiques; et pourtant, le lendemain avanfque ces analyses fussent commencées, ils dressent un rapport définitif, dont les conclusions sont que tout leur fait croire que le principe vénéneux et sédatif à l’action duquel a succombé le sieur Pralet est l’acMie prussique. Qpe signifient ces mots, tout nous fait croire ? Est-ce l’odeur qu’exhalait le cadavre ? Mais ils s’efforcent d’établir, dans chaque page de leur rapport, qu’ils n’ont pas pu apprécier cette odeur. Est -ce par hasard l’ensemble des symptômes éprouvés parle malade? Non certes; car le procès-verbal, contenant l’exposé de ces symptômes, ne leur a été connu que le 1 8 février 4841 , près d’un mois après l’époque où ils tiraient leurs conclusions. Est-ce seulement d’après les lésions observées qu’ils se seraient prononcées? Mais, indépendamment de ce qu’il y aurait d’exorbitant et de contraire à la raison, d’attribuer une telle importance à des altérations cadavériques, qui peuvent n’être pas toujours les mêmes, et qui dès-lors ne doivent être considérées que comme un élément.du jugement, n’ai-je pas démontré que les lésions observées étaient plutôt de nature à éloigner l’idée d’un empoisonnement par l’acide cyanhydrique qu’à le faire admettre? .

Concluons donc, à notre tour, que les altérations cadavériques constatées dans l’espèce ne sont pas le fait d’un empoisonnement par l’acide cyanhydrique ; et ajoutons qu’il n’existe pas un seul auteur dé médecine légale qui n’ait donné des lésions organiques produites par cet acide une description complètement différente de ce qui a été vu par MM. Rey et Gouvert.

Troisième proposition. Les^ symptômes et lés altérations cadavériques observés chez le sieur Pralet sont évidemment le fait d’une attaque d’apoplexie. Il suflara, pour justifier cette assertion, dépasser en rèvue le petit nombre de symptômes indiqués dans la description incomplète qui ‘ nous a été remise de la maladie du sieur Pralet, et d’examiner les altérations cadavériques constatées après sa mort. On sait que l’apoplexie est plus fréquente à l’âge de soixante à soixante-dix ans qu’à toute autre époque de la vie; que les individus qui en ont déjà éprouvé une attaque sont plus exposés à en avoir d’autres ; que l’invasion de cette maladie est, en général, brusque, et que la mort peut arriver en quelques heures ; que

si la perte de connaissance ne suppose pas nécessairement une apoplexie, du moins est-il vrai que celle-ci n’a jamais lieu sans qu’elle se soit manifestée, ou sans que lemalade ait éprouvé un trouble quelconque des facultés intellectuelles; que l’épaississement et la paralysie de la langue ont lieu si souvent, qu’il n’est presque pas d’auteur qui n’ait fait mention de l’embarras de la parole dans cette maladie ; qu’il n’est pas Tare d’observer des vomissemens , surtout lorsque l’attaque a lieu pendant ou peu de temps après les repas, et, que, dans ce cas, le malade peut recouvrer momentanément l’usage de ses facultés intellectuelles ; que cette affection est presque toujours exempte de douleurs ; que l’on voit presque autant d’apoplectiques avoir la face pâle que l’on en trouve l’ayant pjus colorée que dans l’état ordinaire ; qu’il est commun d’observer la déviation à gauche ou à droite de la langue et de la bouche, qui sont souvent enduites de bave; que le pouls peut être fort, plein, dur, ou petit et très faible, rare ou fréquent ; que la raideur convulsive et comme tétanique des membres paralysés est un symptôme constant de l’hémorrhagie des ventricules du cerveau (Ernest Mémoire sur l’hémorrhagie des méninges, année 4839). Je

pourrais, au besoin, citer un bon nombre de faits à l’appui de cette assertion, indépendamment de ce qui a été dit par M. Boudet.

On sait aussi que les altérations cadavériques constatées dans les organes delà digestion, de la circulation et de la respiration du sieur Pralet n’offrent rien d’incompatible avec ce que l’on observe à la suite des attaques d’apoplexie, tandis què le caillot de sang et l’épanchement du même fluide dans les ventricules du cerveau et sous la tente du cervelet constituent l’altération caractéristique d’une forme aujourd’hui bien connue d’apoplexie.

Si, à ces considérations déjà si décisives , j’ajoute quelques-uns des faits consignés dans les dépositions du docteur Borson, le seul médecin qui ait vu le malade pendant l’attaque, ainsi que la déclaration de mademoiselle Fanny Pralet, sœur du défunt, mes convictions n’en seront que plus fortes. « J’interrogeai, dit M. Borson, M. Héritier, pour savoir si son « oncle n’était pas suj et aux hémorrhoïdes .• il me répondit que opi , et qu’el- « les n’avaient pas flué depuis huit mois. — J’avais soigné plusieurs fois « M. Pralet dans diverses affections ; il avait eu, antérieurement à mon « entrée dans la maison, une attaque d’apoplexie, et j’avais toujours pré- « sumé qu’il succomberait à une affection de cette nature, dont la première « avait déjà laissé chez. lui quelques traces. — En me rendant auprès du « malade, dans la nuit du 13 janvier, vers minuit et demi, je dis à M.Hé- « ritier , qui m’accompagnait : Il s’agit ici d’une attaque d’apoplexie qui cç probablement emportera vôtre oncle. — M. Pralet ne voulait jamais boire « que du vin pur ; trois jours avant sa mort, il m’assura qu’il continuait « à boire chaque jour trois bouteilles de vin sans eau. — Je n’ai été frappé « d’aucüne odeur particulière à ma première visite ; la matière des vo- « missemens et le sang tiré de la veine n’offraient rien de remarquable « sous ce rapport. » De son côté, mademoiselle Fanny Pralet répond,

lorsqu’on lui demande quels ont été les premiers symptômes de la maladie de son frère : « II paraissait chercher sa chaise ; je reconnus aussitôt qu’il « avait mal, comme cela lui prenait en beaucoup d’autres occasions, où « il vomissait après avoir mangé. — Mon frère avait une lassitude dans « les jambes depuis long-temps ; il avait un assoupissement qui me faisait « beaucoup de peine ; il dormait tous les après-midi, et même très long- « temps. Je le secouais, parce que je craignais toujours une attaque comme « il en avait déjà pris une. Quand il enfilait une maladie, il commençait « - toujours par vomir ; il avait toujours froid aux pieds. — Il venait rouge « parfois, et je craignais toujours une attaque d’apoplexie. »

H résulte évidemment de l’ensemble de ces données que le sieur Pralet est mort d’une attaque d’apoplexie.

Conclusions. 4° Les symptômes observés chez le sieur Pralet ne sont pas ceux que détermine l’acide cyanhydrique ;

2“ Les lésions constatées après là mort diflêrént essentiellement de celles qui sont le résultat de l’action de cet acide;

3° Ces symptômes et ces lésions sont évidemment le fait d’une attaque d’apoplexie ;

4° Aucune des analyses tentées par MM. Calloud et Bebert ne prouve que l’on ait retiré de l’acide cyanhydrique ;

5“ Alors même qu’il serait établi que cet acide existait dans les organes du sieur Pralet, on ne devrait pas moins affirmer que la mort à été le résultat d’une attaque d’apoplexie, la présence de l’acide pouvant dépendre de ce qu’il s’en serait développé spontanément pendant la vie du malade, de cè qu’il s’en serait produit peut-être à une certaine époque de la putréfaction, on bien enfin de ce que l’on aurait injecté dans le rectum oii dans l’estomac une certaine quantité d’eau Zdg'èrement cyanhydrique.

D’où il résulte que Pralet n’est pas mort empoisonné.

Deuxième consultation. J’ai sous les yeux la réponse faite par les experts de Chambéry à ma première consultation , ainsi que le mémoire rédigé par les professeurs de Gênes , sur l’invitation du sénat de Savoie ; j’ai lu attentivement ces diverses pièces , et je ne saurais assez exprimer le sentiment pénible que j’ai éprouvé en voyant avec quelle obstination les premiers experts persistent à soutenir une opinion entièrement contraire aux vrais principes de la science, et dont l’adoption consacrerait la possibilité d’établir l’iexistence d’un empoisonnement, je ne dirai pas seulement sans preuves , mais alors qu’il est parfaitement établi que la mort est due à une attaque d’apoplexie. Déjà les experts de Gênes se sont prononcés delà manière la plus explicite, et, comme moi, ils ont dit : Pralet a succombé à une apoplexie; Pralet n’est pas mort empoisonné par V acide cyanhydrique. Si cette autorité ne suffit pas au sénat de Savoie, je le conjure d’invoquer celle des corps savans les plus renommés de l’Europe, tels que l’Institut de France, l’Académie royale de médecine, la Société royale de Londres, etc.: le cas est assez grave, et les conséquences peuvent être assez terribles ,

pour qu’un tribunal aussi illustre que le sénat cherche à s’entourer des plus grandes lumières. Le résultat de ces consultations n’est point douteux pour moi partout on dira ; Pralet a succombé à um attaque d’apoplexie, Pralet n’est pas mort empoisonné par l’acide cyanhydrique. Ma conviction est tellement profonde à cet égard, que, s’il en était autrement, je renoncerais à jamais à la culture d’une science que mes efforts ont peut-être contribué à éclairer. Avec une pareille conviction , on doit le sentir, la tâche que je vais remplir, en réfutant la réponse de MM. les experts de Chambéry, sera plutôt douloureuse que difiBcile t lorsqu’une argumentation repose sur un sable mouvant , le plus léger souffle suffit pour l’anéantir.

J’entre en matière, et je suis l’ordre des réponses ; en réfutant celles-ci, ma consultation qui les a motivées , conservera toute sa force.

Réponses faites par MM. Soujeon, Domenget et Bebert.

« M. OrBla, dit-on, a cherché les élémens de son opposition dans les « dissemblances qui existent entre les résultats de nos opérations analy- « tiques et ceux obtenus par M. Calloud. Mais les expérimentateurs sont « loin d’avoir opéré- dans des conditions parfaitement identiques ; les li- « quides soumis à l’analyse ne devaient point être de part et d’autre satu- « rés d’une égale quantité de principe acide, ni de principes organiques « volatilisés , par la raison que notre opération a précédé celle de M. Cal- « loud , et que les experts , ayant procédé séparément , n’ont pas retiré de « la distillation un poids égal de produit. Quelques-uns des réactifs dont « on s’estservi, ceux surtout à base de fer, quoique nominativement les a mêmes , n’étaient pas , cependant , sans quelques nuances entre eux ; « eux-mêmes ont été employés à des doses inégales, et les précipités qui « en ont été le résultat ont été décrits sous l’influence d’une lumière dif- « férente, due, soit aux fréquentes variations atmosphériques du mois de « janvier, soit encore à la différence de clarté des laboratoires. »

Cette réponse pourra bien éblouir les hommes étrangers à la science, mais nullement ceux qui procèdent à l’examen des faits avec la rigueur qu’on apporte de nos jours en matière aussi délicate. Qu’importe que l’analyse de M. Bebert ait précédé de deux jours celle de M. Calloud, si, comme cela n’est pas douteux, les matières sur lesquelles opérait ce dernier avaient été conservées en vases clos. A-t-on voulu dire par là que M. Bebert avait dû extraire plus d’acide cyanhydrique, puisqu’il procédait plus tôt à l’analyse. Alors je demanderai pourquoi, au contraire, M. Calloud obtient à un degré plus marqué quelques-unes des réactions attribuées à l’acide cyanhydrique : ainsi, pour M. Calloud, le liquide distillé a une odeur qui a quelque chose de celle de l’amande amère ; pour M. Bebert, cette odeur est forte et nauséabonde. Pour M. Calloud, le liquide est sensiblement acide; pour M. Bebert, il l’est faiblement: pour M. Calloud, le sulfate ferreux et la potasse donnent un précipité qui, le lendemain, est

^ert hlm grisâtre^ tandis que, pour M. Bebert, le précipité est blanc laiteuûc, à reflet verdâtre.

Quant aux réactifs, je demanderai quelles sont donc les différences qu’ils présentaient, et qui établissaient des nuances entre eux ? Le sulfate de bi-oxyde de cuivre, l’azotate d’argent et la potasse, ne se trouvént-ils pas dans les laboratoires sous le même état, et s’il est vrai que les sels ferreux peuvent présenter quelques différences, en ce que, dans certains cas, ils renferment un peu de sel ferrique, ne sait-on pas que cela ne modifie en rien les réactions de l’acide cyanhydrique, surtout lorsqu’on laisse les mélanges à l’air pendant quelque temps, comme cela eut lieu dans l’espèce t Il est vrai que j’ajoute quelque importance à la quantité des réactifs dont on s’eSt servi : si l’ün des experts a employé beaucoup plus de sels de cuivre ou de fer que l’autre, la teinte des liqueurs a dû être différente,; si l’un d’eux a agi avec une trop forte proportion de potasse, lés précipités obtenus peuvent n’avoir pas eu les mêmes nuances. Mais, indépendamment de ce que je n’admettrai pas que (des experts commettent une pareille maladresse, on- ne ferait que donner plus de poids au reproche que j’ai fait, dans ma première consultation, de ne pas avoir cherché à enlever par l’acide chlorhydrique l’excès d’oxÿde de fer qui était mélangé avec le prétendu bleu de Prusse.

J’ose à peine aborder la partie de la réponse qui a trait à l’influence delà lumière ; c’est comme si l’on disait ; La lumière a joué un tel rôle, que nous avons pu établir qü’un précipité était vert, lorsqu’il était bleu. Ce n’est pas, certes, en opérant ainsi que l’on peut inspirer de la confiance aux magistrats.

Je conclus, quant à ce premier fait, que mes remarques sur la dissidence des résultats restent tout entières après la réponse des experts de Chambéry, et que ces experts, loin de les atténuer, les aggravent. Du reste^ on verra, en examinant le travail de M. Calloud, ce que je (pense au fond de ces dissidences.

2° La seconde réponse a pour but de soutenir, plus que jamais, que les matières suspectes exhalaient l’odeur d’acide cyanhydrique, malgré les doütèsquej’ai élevés à cet égard dans ma consultation; et l’on croit se donner de la force en citant un passage de mes écrits où j’ai dit que l’ôdeür constitue un des caractères les plus importans de l’acide cyanhy^drîque. Avant de réduire la prétention des experts de Chambéry à sa juste valeur, établissons les vrais principes de la science sur ce point. Il arrive quelquefois, mais plus rarement qu’on ne pense, que les organes des individus empoisonnés par l’acide cyanhydrique, autres que le canal digestif (quand l’acide a été introduit dans l’estomac), répandent une Odeur d’acide cyanhydrique ; si cette odeur est franche et bien caractérisée, on est en droit de soupçonner l’existence de cet acide. Des expériences ultérieures faites avec les réactifs, et surtout l’extraction du cyanogène , pourront seules permettre à l’expert dé affirmer que cet acide existe dans les matières suspectes. Qu’importe que le caractère tiré de l’odeur soit le plus sensible

de tous ; est-ce à dire, pour cela, qu’il suffit à lui seul pour prononcer? Non, certes. « Il serait imprudent d’admettre, ai-je toujours dit, que l’acide cyanhydrique a occasionné l’empoisonnement , seulement d’après l’odeûr d’amandes amères (page 686 de ce volume). Voyons maintenant si, dans l’espèce, l’odeur sentie par les experts a été l’odeur franche et bien caractérisée de l’acide cyanhydrique. Le 21 janvier, on constate qu’une partie du cœur, de l’estomac, des poumons, de la rate, des muscles et dès intestins, de la matière pulpeuse du cerveau et du sang trouvé dans ce dernier, répandent une odeur pew anaïog'ue à celle des organes semblables de corps morts déjà soumis auœ effets de la putréfaction. Était-ce l’odeuf de l’acide cyanhydrique ? Non, car on l’aurait dit. Plus tard, dans la même journée, on distille avec précaution uiï hüitième de la liqueur, et on sent l’odeur de cAou rouge : ce n’est pas encore là l’odeur de l’acide cyanhydrique ; et pourtant, il ne faut pas être bien habile, en fait d’expertise, pouf ne pas savoir qüe lorsqu’il existe de l’acide cyanhydrique dans une liqueur suspecte, et qu’on distille cellé-ci, c’est surtout dans le premier huitième qui s’est volatilisé que se trouve la majeure partie de VàMée cyanhydrique. Le 22, on s’assure que le produit du premier récipient est liquide, Jncolore, d’une odeur forte et nauséabonde, analogue à celle des organes dont il est le résultat. Est-ce là caractériser l’odeur de l’acide cyanhydrique, lorsqu’on s’est borné à nous dire que l’odeur de ces organes était peu analogue à celle des organes semblables de corps morts dsjà soumis aux effets de la putréfaction? Jusqu’ici rien ne peut faire soupçonner l’acide cyanhydrique; tout, au contraire, nous autorise à penser que les experts n’avaient pas encore senti ce corps, car ils l’eussent dit explicitement. Eh bien I pour quiconque à l’habitude de recherches de ce genre, la question n’est pas indécise» On n’a pas senti l’acide cyanhydrique, parce qu’il n’y en avait pas dans lès organes ni avant ni après la distillation, attendu qu’on doitle sentir nettement dans lès conditions Où l’on était placé, toutes les fois qu’il s’y trouve. Mais, dira-t-on, nous avons parfaitement reconnu l’odeur en versant de l’acide sulfurique. Ici je me garderai bien de donner un démenti aux experts ; je me bornerai à leur rappeler ce qui nous arriva, à Vauquelin et à moi, dans une expertise médico-légale : la matière suspecte fut mise sur les charbons ardens à quatre reprises différentes, et deux fois seulement nous crûmes reconnaître l’odeùr d’œZ (odeur bien autrement sensible que celle de l’acide cyanhydrique) ; nous nous assurâmes bientôt après quë cette matière ne contenait pas un atome d’acide arsénieux ' (S • page 200 de ce volume). D’ailleurs, les experts de Chambéry pourraient-ils affirmer sur l’honneur que, par suite de l’action de l’acide sulfurique sur un liquide organique distillé, et qui était dans des conditions particulières, il estimpossible qu’il ne se soit pas dégagé une odeur ayant quelque analogie avec celle de l’acide cyanhydrique ?

Je suis évidemment autorisé à dire, en paraphrasant la conclusion des experts de Chambéry '• « C’est donc avec juste raison que M. Orfila cher-

« che à débiliter la preuve que nous tirons de l’odeur que répandait le lice quide sur lequel nous avons opéré ; cette odeur, nous sommes tellement (( loin de l’avoir appréciée trois fois sur quatre, que nous ne l’avons même « pas mentionnée, et pour le cas où nous l’avons indiquée, nous nous « étions placés dans des circonstances extraordinaires qui ne nous permet- « tent de rien conclure. »

3° En avançant, M. Orfila semblerait vouloir même élever des doutes sur l’acidité du liquide, etc.» J’en demande pardon à MM. les experts: j’admets l’acidité, et j’ai lieu de m’étonner qu’ils me prêtent un langage que je n’ai pas tenu. Je n’ai pas dit non plus que l’acidité fût due à de l’acide chlorhydrique ; je me suis seulement demandé, sous forme de doute, si elle ne pourrait pas être due à de l’acide chlorhydrique, ce qui est fort différent. Il est aisé d’avoir raison quand on dénature le sens des mots. Maintenant, si j’arrive au fond de la question, je ne sais comment qualifier cette assertion: a II résulte du troisième rapport d’autopsie, que l’estomac et, le tube intestinal étaient vides ; donc Un y avait pas d’acide chlorhydrique. » Ces messieurs penseraient-ils, par hasard, que lorsqu’il existe de l’acide chlorhydrique dans le tube digestif^ il s’y trouve par litres, et ne sait-on pas, au contraire, qu’un estomac et un canal intestinal, en apparence vides, peuvent fournir, par un lavage fait avec soin, et par la distillation, la petite quantité d’acide chlorhydrique qui baigriait la surface interne du tube digestif? On ajoute: « D’ailleurs, nos autres expériences repoussent complètement la présence dé l’acide chlorhydrique. Cela n’est pas vrai, car l’acidité constatée par vous, et la réaction obtenue avec l’azotate d’argent, et si incomplètement ;décrite, appartiennent autant à l’acide chlorhydrique qu’à l’acide cyanhydrique. En médecine légale, il faut, pour se mettre àl’abri des objections, s’entourer de toutes les précautions, et se conformer avant tout aux exigences des plus simples élémens de la science; ainsi je ' ne me serais jamais avisé de songer à l’existence de l’acide chlorhydrique, si l’on avait dit que le précipité obtenu par l’azotate d’argent était soluble dans l’acide azotique bouillant; une pareille omission, en présence de tout ce qui a été écrit d’élémentaire en chimie est impardonnable.

« 4° Nous disons qu’en ajoutant au produit de la distillation de la po- « tasse caustique légèrement ferrugineuse , et immédiatement après une a petite solution de sulfate de cuivre, nous avons obtenu un précipité rouge « brun de cyanure de cuivre. M. Orfila dit que les choses ne se passent « pas ainsi. Mais s’est-il placé dans les mêmes conditions que nous; sonli- « quide provenait-il delà distillation de matières organiques; a-t-il em- « ployé de la potasse ferrugineuse ? Non, certes. »

A cela M. Orfila répond qu’il s’est exactement placé dans les mêmes conditions que ces messieurs; que ces conditions sont faciles à faire naître, et qu’il est, par conséquent, aisé de s’assurer de l’exactitude des résultats qu’il a annoncés. Que l’on distille de l’eau sur un canal digestif sain ou powm; le liquide distillé neutre, ou à peine acide, offrira i’odeurdu bouil*

Ion ou de viande cuite ou bien une odeur infecte. Que l’on ajoute au liquide de l’acide cyanhydrique, de la potasse ferrugineiJtse, et du sulfate de bioxyde de cuivre ; que l’on augmente ou que l’on diminue les doses de tel ou de tel autre réactif, et l’on obtiendra un précipité verdâtre^ un précipité de bleu de Prusse, ou un précipité bleu verdâtre, et non un précipité rouge brun (je n’ai obtenu celui-ci qu’une fois) : à la vérité, si l’on opère mal, que la proportion de fer contenu dans là potasse soit considérable, il pourra se déposer du sesqui-oxyde deiev rouge brun. « Le zèle du défenseur « ne l’a donc pas empêché de voir les choses comme elles sont. » J’ajouterai à ce propos que, depuis trente ans que je m’occupe de médecine légale, il ne m’est jamais arrivé ni de défendre, ni d’attaquer un accusé ; telle n’^t pas la missiou d’un expert, mission toute scientifique, qui tantôt favorise le prévenu, tantôt l’accable. Il est vrai que je me suis toujours élevé contre une expertise scientifique, dans laquelle l’imprudence et l’ignorance prêtaient à la science un langage qu’elle désavouait.

ë° Les experts se félicitent de cè que j’accorde .que le précipité vertpomme obtenu avec la liqueur suspecte, la potasse pure, et le sulfate de bi^oxyde de cuivre, appartient à l’acide cyanhydrique ; et ils ajoutent que « la force probante de cette expérience n’est nullement compromise par les légères différences qui se sont présentées dans l’expérience répétée par « M- Çalloud ; d’ailleurs, M. Orfila se gardebiende dire que le résultat con- 8 staté par ce dernier chimiste n’est pas lui-même une preuve péremptoire.»

On ne torture pas mieux les faits ; on n’interprète pas plus avantageusement pour soi un silence. Je me suis borné à faire ressortir les différences dés résultats obtenus par les deux experts, à me demander comment on pourrait les concilier, et-ëndit que je me garde bien de me pas considérer lé résultat de M . Calload comme une preuve péremptoire. Qu’on se rassure, je vais m’expliquer : j’ignorerais les premiers élémens de la science, si j’o- Bâisdire que le ivoxMe bleuâtre aperçu par M. Calloudest occasionné par l’acide cyanhydrique ; et quant à ta îovce probants du précipité vert-pomme dont parle M. Bebert, je lui dirai qu’il n’est pas un homme instruit qui ne sache que, dé tous les réactifs employés pour déceler l’acide cyanhydrique, le plus mauvais est, sans contredit, le sulfate de bi-oxyde de cuirTe ; j’ajouterai, pour ne rien laisser subsister de son argumentation, qu’il est impossible qü’üne liqueur qui contient assez d’acide cyanhydrique pour précipiter ce sulfate en vert-pomme ne précipite pas très abondamment l’azotate d’argent ; or, le précipité obtenu avec ce dernier corps, dans l’espèce, était fort peu abondant, d’après le dire des experts. Le peint est trop important, trop facile à constater, trop élémentaire pour que le sénat ne cherche pas à le vérifier ; il suffit à lui seul pour détruire toute la partie scientifique de l’accusation. Je le répète, une liqueur cyanhydrique qui pré cipite le sulfate de cuivre en vert-pomme doit précipiter très abondamment l’azotate d’argent ; le contraire a eu lieu dans l’expertise que je combats : donc elle ne mérite pas la plus légère attention, in.

« 6° Il eût été complètement inutile de tenter, comme l’indique M. Grec fila, de faire dissoudre le précipité blanc (cyanure d’argent) dans de l’ace eide azotique bouillant, pour n’obtenir d’autre résultat qu’un dégagement ce d’acide cyanhydrique. Cette opération, en effet, ne pouvait avoir d'autre K but que celui de nous rappeler l’odeur de l’acide prussique, et nous ne et l’aurions certes pas omise, si nous n’avions fait sur tout le liquide suspect ee qu’une seule expérience; mais la projection d’acide sulfurique ayant ee déjà dévoilé l’odeur de manière à ne nous laisser aucun doute, etc.»

J’aidû relire plusieurs fois ce passage avant de croire â son contenu. Quoi! l’un des meilleurs moyens de distinguer sileprécipité est formé de cyanure ou de chlorure d’argent consiste à voir s’il se dissout bu non dans l’acidé azotique bouillant; et vous ne craignez pas de dire qu’on ne.pouvaitavoir d’autre but que d’obtenir un dégagement d’acide cyanhydrique, avec l’odeur qui le caractérise ! Non , messieurs ; l’expérience devait tout simplement vous faire connaître s’il y avait ou non de l’acide cyanhydrique dans la liqueur suspecte; c’est assez dire combien il était important de la tenter, dans, l’espèce. J’ajouterai qu’elle n’avait pas pour but, comme vous le dites, d’obtenir l’odeurl d’acide cyanhydrique; car vous devez savoir que lorsqu’on opère bien, cet essai se fait en vases, clos, que le gaz est amené dans un solutum d’azotate d’argent, sans qu’il soit possible de le sentir ; que là il est transformé eu cyanure d’argent pur ; que ce cyanure est ensuite chauffé pour en obtenir le cyanogène, et que, s’il.n’est pas assez abondant pour fournir une quantité appréciable de ce gaz, la science ne manque pas de moyens de le reconnaître, alors même qu’il n’en existe qu’un démi-milligramme, comme je le déniontrerai len répondant à M. Calloud. Agir autrement, c’est agir avec une inconcevable légèreté, et pousser jusqu’au dernier terme l’oubli des plus simples élémens de la science toxicologique. ,

7° Pour justifier les résultats obtenus en précipitant la liqueur suspecte par le sulfate ferreux et la potasse (précipité d’un blanc laiteux à reflet verdâtre), MM. les experts s’appuient sur la propriété des sels de protoxyde de fer, connue de tousleschimistes, savoir qu’ils sont précipités en blancpsr le cyanure de potassium et de fer, et que le précipité passe successivement par des nuancesÆversespour arriver au bleu. Ici la justification tourne contre les experts ; en effet, si les sels de protoxyde de fer sont, d’abord précipités en blanc, à l’instant même ce précipité bleuit. Or, dans l’espèce, le précipité est resté blanc; le lendemain, il se trouvait encore sous une forme nébuleuse, ce qui veut dire apparemment qu’il n’était pas changé; et ce n’est que le surlendemain qu’on l’a trouvé d’un brun grisâtre, par suite de la réaction de l’ammoniaque. Les élémens de la science que l’on invoque pour soi, dans ce cas, viennent donc à l’appui de la thèse que je défends. D’ailleurs, pourquoi MM. les experts dédaignent- ils de répondre à l’ohjection que j’âi tirée de l’énorme différence des résultats obtenus par M. Bebert et par M. Calloud? Que signifient aussi tous ces doutes élevés à l’oc-

casion de la nature et de la pureté des réactifs, ainsi que de l’identité des matières sur lesquelles nous avons opéré vous et moi? Vous devez bien penser qu’en vous attaquant, je m’étais rigoureusement placé dans les conditions que vous i ndiquiez.

8" En terminant, MM. les experts s’efforcent de prouver qu’ils ont déterminé la nature des divers précipités qu’ils avaient obtenus. Je ne rapporterai pas les preuves qu’ils émettent à l’appui de cette assertion ; on peut se convaincre, en les lisant à la page 65 du cahier intitulé Eojiraft de la procédure, qué ces preuves sont toutes illusoires et sans valeur. J’en appelle aux hommes versés dans la science : reconnaître du bleu de Prusse et du cyanure de cuivre, en s’assurant que l’acide chlorhydrique ne change pas le premier de ces précipités, et blanchit l’autre ; conclure à la présence du cyanure d’argent, parce que le précipité a conservé sa couleur blanche, c’est tout simplement agir comme on l’eût fait au xiii® siècle.

Ici se place une observation grave dont je dois faire justice.

« S’il fallait faire tous les essais que conseille M. Orfila, nous ne crain- « drions pas de dire qu’il faudrait renoncer à jamais à faire intervenir la « chimie légale dans les débats judiciaires. Et plus loin : Nous ajouterons « que M. Orfila se combat lui-même, lorsqu’il refuse toute force probante « à l’expérience portée sous le n® 3 de notre rapport, parce que nous n’a- « vons pas extrait le cyanogène du cyanure d’argent que nous avons ob- « tenu. Cet auteur ne s’élève-t-il pas avec force, dans sa Médecine légale, « contre l’opinion deM. Devergie, qui dit « qu’il est, en médecineiégale, « un principe qui ne souffre pas d’exception ; c’est que toutes les fois qu’on « constate la présence d’un poison métallique, il faut en extraire le métal « comme preuve irrécusable des précipités qu’on a obtenus. N’enseigne- « t-il pas qu’un principe aussi absolu pourrait avoir les conséquences les « plus fâcheuses? Et s’il parle ainsi, lorsqu’il s’agit d’un poison métal- « lique, tiendrait-il un langage différent lorsqu’il s’agira d’un poison végé- « tal? Non, sans doute. »

La réponse est facile.

On doit renoncer à l’intervention de la chimie légale toutes les fois qu’elle me peut pas éclairer les magistrats ; mieux vaut’ cent fois ne rien dire que ■d’avancer des faits inexacts, qui doivent nécessairement induire Injustice en erreur. Combien de fois ne nous arrive-t-il pas, à nous qui sommes si sourvent requis par les tribunaux, de répondre ; Nous n’avons rien trouvé : ou bien : Nos résultats nous permettent d’élever quelques soupçons d’empoisonnement? Et quand nous affirmons, c’est que nous pouvons porter le poison devant la cour, ou dérouler une série d’expériences telles que la conviction pénètre tous les esprits. La question ainsi posée, jej dirai que la chimie légale est assez avancée pour,; jeter une vive lumière sur un ;boa nombre d’affaires, quand elle n’est pas appliquée par des mains inhabiles; sa part est assez riche pour qu’on ne doive tenir aucun compte de l’étrange proposition des experts de Chambéry.

L’objection que j’ai faite à M. Devergie> je la maintiens, quoi qu’en disent mes contradicteurs. Oui, il serait inouï d’exiger que l’on retirât le potassiumj le calcium, le baryum de la potasse, ou de ses sels, de lachaux, de la baryte et de leurs composés, parce que ces composés sont faciles à caractériser, qu’à l’état d’alcalis on peut constater leurs propriétés, les transformer en sels, et les distinguer de tous les autres corps aussi facilement que l’on distingue le jour de la nuit. D’ailleurs, les procédés d’extraction de ces métaux sont assez difficiles pour qu’on n’en obtienne que des quantités à peine sensibles quand on agit sur des atomes. Est-ce à dire pour cela qu’il ne faut pas tenter l’analyse des composés vénéneux végétaux quand il est possible d’en retirer un élémentsusceptiblede nous faire connaître leur nature •- et où MM. les experts de Chambéry ont-ils vu que je n’ai pas constammept soutenu ces principes? Qu’ils lisent à la page 361 de ma Médecine légale (t. III, 3e édit.) ce quq je dis en parlant du procédé du docteur Christison que j’ai adopté ; ils verront que ce médecin se borne â démontrer la présence de la morphine et de l’acide méconique, et lorsqu’il a pu la constater, il conclut à l’existence de l’opium ou d’une préparation opiacée ; et à la page i36j 'à l’occasion delà noix vomique, n’ai-je pas donné pour précepte de retirer la strychnine, et à la page 306 de mon Traité des eschum- ■ tions juridiques, à propos de l’acétate de morphine, n’ai-je pas dit « qu’il y aurait témérité à prononcer affirmativement, dans un cas d’exhumation juridique, qü’ilya eu empoisonnement par une préparation de morphine, parce qu’On aurait observé seulement les deux colorations rouge et bleue que déterminent l’azide azotique, et lesesqui-chlorure de fer, et qu’il faudrait nécessairement avoir obtenu de la morphine cristallisée. Et aux pages 309 et 31 0, la même recommandation n’est-elle pas faite, en parlant des sels de brucine et de strychnine ; et, enfin à. la page 378 de ma Médecine légale (t. ni, 3® édit.), ce qui est applicable à l’espèce, en donnant les caractères du cyanogène après avoir dit que le cyanure d’argent fournissait ce gaz lorsqu’on le chauffait, n’ai-je pas suffisamment indiqué qu’il fallait retirer ce corps?

Qu’on ne vienne donc pas argumente^' à vide, et que l’on reconnaisse qu’on n’atenugucun compte des vrais principes qui régissentactuellement la scrniee ayant pour objet de rechercher ceuæ des poisons végétaux qui peuvent être décelés par des moyens chimiques.

J’ajouterai, à l’occasion de la huitième réponse, que je n’ai pas été peu « surpris de lire « que j’ai laissé percer, malgré moi, la conviction que le « rapport des experts de Chambéry avait produite sur moi, lorsque je dis, « en termes exprès, qu’ils pouvaient et qu’ils devaient extraire le cyano- « gène ; évidemment donc, je pense que le cyanogène existait dans le pré- « cipité qu’ils avaient obtenu. » Je me flatte d’être un homme sérieux ; or, c’est mal méconnaître que de me croire capable de penser autrement que j’écris ; ce serait tout simplement de la félonie. Je dirai donc qu’il peut convenir aux experts de Chambéry de donner à ma phrase une interpréta-

tioH qui leur est favorable, mais, qu’en réalité, ils se sont trompés ; ils pouvaient et ils devaient extraire le cyanogène, si U précipité était du cyanure d’argent : tel est le sens de cette phrase, qui se trouve justifié par tout le contenu dé mon mémoire ; en l’interprétant autrement, on m’accuse d’absurdité, voire même d’iniquité.

Je terminerai par l’examen des trois propositions consignées à la page 66 des Extraits de la procédure, et je prouverai qu’elles n’ont pas plus de portée que le reste.

a M. Orfila, dit-on, se place complètement hors de la question, puisqu’il « est établi que les matières organiques soumises à la distillation n’étaient « pas encore entrées en'putréfaction. »

J’irai aussi loin que possible, et je concéderai, ce que Je suis loin de creire, que le cadavre n’était aucunement putréfié. Dans cette hypothèse, même, je dirai hautement que les caractères à l’aidé desquels on a voulu établir l’existence de l’acide cyanhydrique sont illusoires et insuffisans ; je demanderai à tout homme impartial et éclairé si les élémens sur lesquels on s’appuie permettent d’affirmer que la liqueur suspecte contenait de l’acide cyanhydrique. Voyez ce qui est justement exigé aujourd’hui dans l’empoisonnement par l’acide arsénieux ; on vous présente une poudre blanche, inodore, sentant l’ail quand on la met sur les charbons ardens, soluble dans l’eau bouillante; le liquide aqueux précipite en jaune par l’acide sulfhydrique ; ce précipité est soluble dans l’ammoniaque. Certes, rien n’est plus net, rien n’ést plus franc; l’expert n’hésite pas â conclure que la poudre dont il s’agit est de l’acide arsénieux. Cette conclusion est " pourtant prématurée et sans valeur, car il aurait fallu prouver que le précipité jaune produit par l’acide sulfhydrique contenait de l’arsenic, en retirant ce corps. La production de ce toxique lèvera tous les doutes, et pourra seule donner à l’expertise la valeur à laquelle elle a droit de, prétendre. Et vous voulez, sur la foi de quelques précipités insignifians, sur la couleur desquels vous êtes en dissidence, que vous n’avez pas soumis aux épreuves auxquelles vous étiez tenus de les soumettre, affirmer qu’il y a éu empoisonnement. C’est l’oubli le plus complet des justes exigences de la science.

« M. Orfila ne pouvait pas obtenir l’acide cyanhydrique médicinal, « alors même qu’il en avait ajouté, parce que cet acide s’était combiné « avec l’ammoniaque du liquide pourri ; il en eût été tout autrement s’il eût « ajouté de l’acide sulfurique. » Ici l’erreur est par trop grossière : en effet, la chimie la plus élémentaire ne nous apprend-elle pas qu’en distillant, sans addition d'acide sulfurique, un liquide contenant du cyanhydrate d’ammoniaque, on obtient de l’acide cyanhydrique dans le récipient, que le cyanhydrate ait été fait directement avec l’acide et le carbonate d’ammoniaque, ou qu’il ait été obtenu par double décomposition du cyanure de baryum et du sulfate d’ammoniaque. On conçoit qu’on puisse aisément se donner raison vis-à-vis des gens étrangers à la médecine légale, lorsqu’on part d’un fait essentiellement faux, et qu’on lui fait jouer un rôle que la science désavoue.

Et qu’importe quevousayez constaté une seule fois que le précipité ob- tenu avec le sulfate ferroso-ferrique ne disparaissait pas dans l’acide chlorhydrique ! A qui persuaderez-vous que cela suffisait pour prouver que ce précipité était du bleu de Prusse ?

Réponses faites par M. Calloud.

« Il y a des cas où l’on peut avoir affaire soit à de petites quantités da « substances, soit à des substances peu maniables, de déperdition facile,

« ou bien encore à des corps dont les propriétés physiques sont sans carac- « tère : alors si ces corps ont des caractères chimiques bien tranchés, tels « que le bleu de Prusse que peut former l’acide prussique , il est rationnel,

«. il me semble, de s’attacher à la recherche de ces derniers caractères, aii « lieu de perdre son temps etsa peine à isoler des corps dont les propriétés « physiques ne pourraient fournir des indications précises sur leur nature.

«Ainsi, dans le cas dont il s’agit, en supposant qu’il eût été possible de « le faire, si j’avais extrait quelques gouttes d’acide prussique, qu’aurais-je « représenté? Quelques goutteàd’un liquide incolore, volatil, d’une odeur par- « ticulière. Mais ces dernières propriétés pouvant se simuler avec quelques « gouttes d’alcool ou d’eau aromatisée à l’essence d’amandes amères, il « aurait fallu recourir à des réactions chimiques pour avoir des caractères « plus positifs. Du reste, le précepte admis par la défense, en citant M. Or- « fila, n’est pas un précepte rigoureux et sans exception aux yeux deM. Or- « fila lui-même. L’on peut voir, page 1 8 de sa Consultation, que ce savant « admet qu’il y a des cas, en médecine légale, où l’on peut s’en tenir à des « réactions (page 79 de V Extrait de la procédure). »,

Il serait diffièile dé donner plus d’armes contre soi, que n’en donne M. Calloud dans ces deux alinéas.

« Si les corps, dit-il, ont des caractères chimiques bien tranchés, tels que le ùZeu de Prusse, if estlrationnel de s’attacher à la recherche de ces caractères. » Je le demande à M. Calloud, qu’a-t-il fait pour rechercher lés caractères du bleu de Prusse? Rien, absolument rien ; a-t-il cherché à vérifier s’il était soluble ou non dans l’acide chlorhydrique? Non. L’a-t-il décomposé par lajchaleur ? Non. L’a-t-il mis en contact avec une dissolution alcaline.' Non. C’étaient pourtant là les principaux caractères chimiques qu’il aurait fallu chercher à constater.

Perdre son temps et sa peine à isoler des corps dont les propriétés physiques ne pourraient fournir des indications précises sur leur nature ! On voit déjà qu’il s’agit du cyanogène que j’avais reproché à ces messieurs de n’avoir pas extrait. Comment, le cyanogène n’a pas de caractères physi-, ques qui puissent éclairer sur sa nature ? Si vous aviez pris le précipité blanc que vous dites, sans l’avoir prouvé, être du cyanure d’argent, et si, après l’avoir desséché, vous en eussiez introduit quelques atomes dans un tube de verre fermé par un bout, et dont l’autre extrémité eût été ensuite effilée à la lampe, vous auriez vu, en chauffant, du gaz cyanogène se dé-

gager, vous l’eussiez enflammé à mesure qu’il sortait, et vous auriez reconnu qu’il brûlait avec une belle flamme purpurine, qui n’appartient qu’à lui, et qui, par conséquent, dans l’espèce, aurait mis hors de doute l’existence du cyanure d’argent. Vous auriez encore pu reconnaître ce cyanure (et il n’en fallait que très peu pour cela) en le chauffant avec un peu de chlorure de sodium et de l’eau, en filtrant, ,en chauffant la liqueur filtrée avec un peu d’oxyde de fer vert hydraté, en la filtrant de nouveau ; le liquide filtré eût précipité les sels de fer en bleu (bleu de Prusse), ceux de cuivre en brun marron, etc. (procédé publié par O. Henry). Enfin, vous auriez pu, en n’agissant que sur un demi-milligramme de cyanure d’argent, d’après la méthode de M. Lassaigne, obtenir du cyanure de potassium. Voici cette méthode ; Mettez dans un petit tube de verre bouché a l’une de ses extrémités, long de 3 centimètres, et d’un diamètre de 2 à 3 millimètres, un petit morceau de potassium, de la grosseur d’un grain de semoule; placez au-dessus de celui-ci le cyanure argentique, et chauffez le tuhe jusqu’au rouge obscur à la flamme d’une lampe à alcool;, coupez le tube refroidi à l’endroit où est la matière calcinée; traitez celle-ci pùr quelques gouttes d’eau distillée dans un verre, et vous obtiendrez facilement, par l’addition successive de quelques gouttes de sulfate ferroso-ferrique, et d’acide chlorhydrique, un précipité de bleu de Prusse, et parle sulfate de cuivre, un précipité ûrwra marron.

Voilà tout ce que vous pouviez faire, tout ce que vous deviez faire pour établir que le précipité blanc était du cyanure d’argent, et, au lieu decela, vous vous bornez à dire que ce précipité ne se dissout pas dans l’acide azotique froid, ce qui est dérisoire.

On a donc tort de dire qu’on n’aurait représenté que quelques gouttes:, d’un liquide incolore volatil, etc., car on aurait obtenu un gaz, ou toute autre chose de très probant.

Je sais qu’on me répondra que le précipité du prétendu cyanure était en si faible proportion, qu’il eût été impossible de constater les caractères dont je viens de parler. A cela, je répliquerai que, s’il en était ainsi, le devoir des experts était de s’abstenir ; et puisqu’ils se trouvaient dans l’impossibilité de constater que ce fût là un composé de cyanogène, ils devaient déclarer à la justice que le résultat de leurs expériences n’était aucunement concluant.

Vous dites, après moi, qu’il y a des cas, en médecine légale, où l’on doit s’en tenir à des réactions. Soit ; mais ce n’est'pas dans l’espèce, car je viens de prouver que, à l’instar de l’acide arsénieux, des préparations d’antimoine, de plomb, etc., l’acide cyanhydrique peut fournir un de ses éléinens, le cyanogène, aussi facile à reconnaître que le sont l’arsenic, l’antimoine, le plomb, etc.

Plus loin, M. Calloud, en abordant l’examen de ma consultation, dit : « Dçux faits hypothétiques dominent l’argumentation par laquelle la con- « sultatign médicp-légale soutient sa quatrième proposition : la première

« de ces hypothèses est l’état de putréfaction du cadavre du sieur Pralet;

« la seconde est relative à l’identité de position des deux expertises chi- « iniques. Or, il est démontré que le cadavre n’était point pourri, et que « les deux expertises n’ont pas été faites dans les mêmes conditions. Donc « les objections de la consultation ne s’appuient sur aucune base solide. »

Quant à la putréfaction, je ne puis que répéter ce que j’ai déjà dit en répondant à M. Bebert (p. 717). Alors même que le cadavre eût été frais, ce qui n’est pas, les résultats obtenus par les experts étaient assez incomplets pour qu’on n’en dût tenir aucun compte.

Voyons maintenant ce que nous devons penser de l’identité des deux, expertises. Écoutons M. Calloud.

« J’opère deux jours plus tard que M. Bebert : il est plus quïncertain « que nous ayons agi sûr les mêmes quantités de matières, tels organes « pouvant en contenir plus que tels autres. La proportion d’eau employée « par nous n’a pas dû être la même ; les appareils dont nous nous sommes « servis pour distiller, et le mode d’opération adopté, n’étaient pas identU « ques ; M. Bebert obtient sept onces de liquide, j’en recueille seulement « quatre. »

En vérité, ceci n’est pas sérieux. Qu’a-t-on voulu dire, qu’en définitive, on a obtenu des liquides contenant des quantités inégales d’acide cyanhy?drique? Soit: je demande alors àM. Calloud de prendre cent dissolutions d’acide cyanhydrique dans des liquides organiques pourris ou non pourris, de faire en sorte que les proportions d’acide varient, pour 400 grammes de liquide, depuis un centigramme jusqu’à un gramme, de verser dans chacune de ces dissolutions, ainsi que cela a été fait par M. Bebert et par lui, du sulfate ferreux et de la potasse, du sulfate ferrique et de la potasse, ou bien du sulfate de bi-oxyde de cuivre et de la potasse, et je le défie d’obtenir une seule fois l’ensemble des résultats qui ont été décrits par eux. Peu importe qu’ils forcent les doses de tel ou de tel autre réactif, jamais ils ne produiront, avec l’acide cyanhydrique, ;ce qu’ils ont vu avec les matières provenant du cadavre de Pralet. Que l’on ne vienne donc plus nous dire que les différences remarquées dans les réactions précitées s’expliquent par la différence des liqueurs.

M. Calloud s’étonne de ce que je lui ai reproché de n’avoir pas exactement indiqué la température à laquelle il avaif opéré, puisqu’il avait agi avec un bain d’eau saturée de sel, et bonifiant. M. Calloud sait mieux que moi qu’il n’avait point dit, dans son premier rapport, que le bain fût saturé de sel; il a réparé cette omission dans sa réponse, et justifié par là mon observation.

A l’occasion de l’odeur prussique des matières distillées, M. Calloud dit que cette odeur ne lui a pas paru assez prononcée pour qu’il puisse rien en inférer. C’est pourtant avec un liquide qui ne sent pas l’acide prussique qu’il dit avoir obtenu les réactions de cet acide, alors que l’on sait que l’organe de l’odorat est, de tous les moyens propres à faire déceler ce corps, le plus sensible, quoiqu’il soit insuÊBsant pour mettre son existence hors^de doute.

Quant à l’acidité des liquides et à leur action sur le sulfate de bi-oxyde de cuivre, je m’en réfère à ce que j’ai dit en répondant à M. Bebèrt.

Mon objection sur l’azotàte d’argent, queM. Calloud ne croit pas sérieuse, l’est tellement, qu’elle suffit à elle seule pour ne rien laisser sub^ sister des travaux chimiques des experts de Chambéry ; je ne reviendrai pas sur ce que j’ai établi à cet égard dans le commencement de ma réponse à M. Calloud. D’ailleurs, depuis quand a-t-on vu, en médecine légale , chercher à démontrer, pardesraisonnemens, qu’il existe ou non de l’acide chlorhydrique dans une liqueur, quand il suffit d’une expérience élément taire pour lever tous les doutes? Entrer dans une pareille voie, ce serait établir un principe funeste ; aussi les raisonnemens apportés par M. Calloud à la page 84 de l’Extrait de la procédure, pour prouver qu’il n’y avait point d’acide chlorhydrique dans la liqueur, ne seront-ils considérés que comme un moyen impuissant d’atténuer une fpute que rien ne saurait excuser. Voici comment s’exprime M. Calloud : « Il est évident que si de l’acide « chlorhydrique avait pu exister dans le verre contenant le liquide sus- « pect, après l’introduction du sulfate de cuivre et de la potasse, le trou- « ble bleuâtre qui est survenu n’aurait pas eu lieu, ou il aurait été moins « intense que dans l’autre verre. D’autre part, la quantité du même acide « que nous y avons introduite se serait trouvée plus que suffisante pour y a développer la limpidité parfaite qu’elle a produite dans le yerre n“ 4 , « limpidité qui n’a pas eu lieu dans le verre n° 3. Je dis encore que si le « résultat du verre B du troisième tableau, figurant dans la troisième co- « lonne à droite, avait été produit par l’acide chlorhydrique supposé dans « le liquide, en raison de son peu d’intensité, on pourrait être certain que « le trouble opalin léger, mais manifeste du troisième verre du quatrième « tableau, n’aurait pas eu lieu , car ce dernier résultat indique autant « d’acide cyanhydrique dans le liquide des expériences, que l’autre indi- « querait d’acide chlorhydrique. Il résulte nécessairement des raisonne- « mens que je viens de faire que l’acide chlorhydrique n’existait pasdaus « le liquide de mes expériences. Or, les caractères que j’ai obtenus avec le « nitrate d’argent appartiennent exclusivement aux acides cyanhydrique « et chlorhydrique, celui-ci h’existant pas, ces caractères prouvent avec « évidence l’acide cyanhydrique. »

J’en dirai autant de cet autre raisonnement, plus incroyable encore que les précédons, si cela est possible, et qui se trouve à la page 85. Il s’agissait, notez-lé bien, de prouver qu’il y avait ou non de l’acide chlorhydrique; que fait-on? On vous dit, vous voyez bien qu’il n’y en avait pas, car les sulfates de cuivre et de fer démontrent que les liqueurs contenaient de l’acide cyanhydrique ; comme s’il était impossible qu’il existât à-la-fois de l’acide chlorhydrique et de l’acide cyanhydrique dans un même liquide ! ! !

A l’occasion de tous ces précipités verts, bleus, etc. , M . Calloud ne conçoit pas que je lui aie reproché de n’avoir point lavé le précipité bleu avec de l’acide chlorhydrique. « Le lavage par cet acide, en pareille circonstance, de-

« venait inutile, dit-il, carie précipité était bleu, et cet acide n’est employé « que pour faire reparaître la couleur bleue quand le précipité est vert. »

En vérité, on ne sait que penser d’une pareille explication. Comment M. Calloud ne voit-il pas qu’en le blâmant de n’avoir pas traité le précipité par l’acide chlorhydrique, il ne s’agissait nullement de couleur verte ou bleue, mais bien de constater l’un des caractères importons du bleu de Prusse. Il sait que ce bleu ne se dissout pas dans l’acide chlorhydrique, tandis que d’autres précipités bleus obtenus avec des matières organiques, pourries ou non, s’y dissolvent ; c’est donc une omission incompréhensible que de n’en avoir pas fait l’essai, omission que ne sauraient justifier les explications, au moins singulières, que l’on met en avant.

« L’exemple cité par M. Orfila, d’un empoisonnement par une préparant tion arsenicale à propos de la nécessité d’extraire un des élémens du « poison, est mal choisi ; car une particule d’arsenic métallique, dès l’in- « stant qu’elle est visible, est maniable. WrC on est plus de même d’une « ou de quelques bulles 4e cyanogène, gaz incolore (p. 86). »

Quoique M. Calloud me fasse ici une très belle position, je n’en abuserai pas, et je me bornerai à lui dire que, depuis 1815, nous enseignons dans nos cours, que malgré Fîncoioréïfé du gaz cyanogène, ce gaz est aussi maniable que l’arsenic ; que nous l’obtenons facilement, que nous constatons son odeur particulière, que nous le faisons brûler avec une flamme purpurme (caractère qui lui est propre), que nous le dissolvons dans l’eau, et qu’avec cette dissolution nous précipitons l’azotate d’argent en blanc, et le sulfate ferroso-ferrique aidé de potasse en bleu (bleu de Prusse) ; en un mot, que nous le reconnaissons aussi facilement que nous distinguons l’arsenic, et qu’il n’en faut que quelques bulles pour vérifier tous les caractères précités. Il ne reste donc rien sur ce point de l’argumentation de M. Calloud.

J’ai déjà trop souvent répondu au contenu de l’alinéa qui termine la page 86, pour que je me dispense d’y revenir. Voici cet alinéa « Il est « vrai que la consultation pense avoir détruit la double concordance dont « je viens de parler, et par suite, les fondemens rationnels de ’mes coii- « clusions , en opposant à mes résultats des résultats d’expériences qu’elle « a faites, à son dire, avec des matières organiques de cadavres , qui « étaient dans les mêmes conditions que celles avec lesquelles j’ai opéré « moi-même. Mais déjà j’ai démontré qu’il n’en était point ainsi, que les « matières dont elle s’est servie dans ses expériences étaient pourries, « d’odeur fétide, et que le liquide qu’elle a obtenu était ammoniacal, tan- « dis que, de mon côté, j’ai eu un liquide acide provenant de matières qui « n’étaient point en corruption, qui n’avaient absolument aucune odeur et fétide. Il est fort naturel, il me semble, qu’en se plaçant ainsi dans des « conditions toutes diflërentes, la consultation ait obtenu des résultats dif- (f férens. »

Réponse à MM. Gouvert et Rey.

Je ne discuterai pas d’abord avec ces messieurs quelles sont les règles essentielles de logique d’après lesquelles on doit se guider dans l’étude des sciences physiques; mais je m’attacherai à prouver que le raisonnement et l’expérience sont complètement d’accord ici pour appuyer l’opinion contraire à celle qu’ils veulent établir.

Sous le titre de premier tableau, MM. les experts persistent à considérer comme des symptômes de l’empoisonnement par l’acide cyanhydrique, la contracture tétanique du bras, le renversement delà tête qu’ils appellent premier degré de V opisthotonos, la non-coagulation d’un sang noir et onctueux. Mais il n’existe aucun fait dans la science qui autorise qui que ce soit à avancer qu’on ait jamais observé dans l’empoisonnement dont il s’agit une contracture permanente bornée à un seul membre. C’est donc une assertion toute gratuite , et les contractions tétaniques dont on parle, et avec lesquelles on confond la contracture musculaire qui existait chezPralet, ne sont point permanentes; elles se manifestent toujours, quand elles ont lieu, soit dans le tronc seul, soit dans le tronc et les quatre membres à-la-fois, et simultanément jamais on ne les a vues bornées à un seul membre. En outre, elles se développent par accès, dont la durée est à peine, de quelques minutes, et auxquels succède un état d’affaissement et de flaccidité générale des muscles. Ajoutons que ce n’est pas lentement, progressivement, et quatre heures après l’empoisonnement, qu’on voit survenir ces contractions tétaniques, mais bien peu d’instans après l’ingestion du-poison, et l’apparition de ce spasme convulsif est subite.

Véritablement, aucun observateur ne pourra comprendre comment MM. les experts ont pu confondre deux états .si essentiellement différens l’un de l’autre.

Le renversement de la tête en arrière, que ces messieurs qualifient de premier degré d’opisthotonos, a-t-il ici plus de valeur symptomatique? Il ne serait pas impossible que cette situation de la tête eût été en grande partie la conséquence de la manière dont celle-ci était soulevée par les oreillers. Mais, en admettant que ce renversement ait été réellement produit par une contraction tétanique des muscles du cou, nous verrons plus loin, en appréciant les effets de la lésion trouvée sur le cadavre, à quelle cause ce phénomène doit être attribué.

Quant à la non-coagulation du sang une demi-heure après avoir été retiré de laveine, je demanderai si c’est bien sérieusement que l’on signale ce fait comme un des signes de l’empoisonnement? Indépendamment des circonstances, aussi nombreuses que variées, qui influent sur la liquidité du sang, et sur la persistance de sa fluidité, dans l’état de santé comme dans l’état de maladie, je rappellerai que, dans les apoplexies qui tuent après avoir laissé les malades pendant quelques heures seulement dans un état

de torpeur et d'assoupissement, avec respiration stertoreuse, la mort est occasionnée par l'asphyxie, et ces messieurs savent probablement qu’un des effets de ce genre de mort est de rendre le sang plus liquide et moins coagulable. Telle est l'explication toute naturelle du phénomène si singulièrement interprété ici par MM. les experts.

A la vérité, ces messiéurs terminent ce premier paragraphé en disant que les phénomènes qu’ils viennent de signaler deviendront décisifs en se concordant avec les Usions organiques qui seront décrites dans le second tableau. Si donc ils reconnaissent eux-mêmes que ces phénomènes n’Ont pas de valeur absolue, voyons s’ils empruntent une signification plus décisive de leur rapprochement avec les lésions cadavériques.

Dans le DEUXIÈME TABLEAU, MM. les experts discutent et apprécient la nature des altérations observées sur le cadavre. C’est ici qu’on va juger jusqu’à quel point ils ont suivi les règles essentielles de logique, qu’ils ont exposées au début de leur rapport.

Tout consiste, d’après leur manière de voir, à déterminer si l’apoplexie qui a causé la mort de M. Pralet est secondaibe ou symptomatique (distinction qui, pour le dire en passant, est plutôt fondée sur les mots que sur les choses), c’est-à-dire, « la mort a-t-elle été le résultat d’une cause exté- « rieure introduite dans le corps ; tel serait l’acide prussique, ainsi que nous « le prétendons; ou bien cette apoplexie n’est-elle qu’idiopathique, c’est- « à-dire, dont le défunt portait en lui les causes et les dispositions, sans « l’influence d’aucune cause extérieure, ainsi que le prétend la défense?

« Voilà le problème à résoudre. » '

On va voir quels sont les argumens, vraiment incroyables, sur lequels ces experts n'ont pas hésité à se fonder pour formuler une assertion d'une aussi haute gravité. Et d'abord, après avoir exprimé l’étonnement que lei^ causa l’existence « d’une odeur particulière qu’ils ne peuvent de suite « APPRÉCEEK, et l’état de conservation du cadavre après sept jours d’inhu- « matiôn, » ces messieurs exposent successivement les faits suivans, comme preuves de l’empoisonnement par l’acide cyanhydrique :

« 4 " L'odeur dont nous avons déjà parlé, disent-ils, se renforçait de plus « en plus dans les divers mouvemens que l’on imprimait au cadavre, ainsi « qu’au fur et à mesure qu’on ouvrait les cavités : elle était telle, que nous « commençâmes alors à croire pouvoir la qualifier d’oDEon d'amandes « AMÈRES, et nous ne voulûmes le faire qu’après de mûres réflexions, et « des observations réitérées sur les différentes parties du cadavre, et un « laps de temps suffisant pour bien nous en convaincre. »

Ces messieurs qualifient cette odeur de vive et importune, parce qu’elle incommoda la plupart des personnes qui la respirèrent long-temps : pendant deux jours, M. Couvert éprouva un resserrement pénible à la gorge, et M. Rey père eut des coliques et de la diarrhée.

Quoique j’aie déjà insisté, dans mon premier mémoire, sur tout ce qu’il y a de vague et d’insufiSsant dans la manière dont MM. les experts s’expri-

ment,- pour affirmer ensuite que l’odeur qui existait était bien celle des amandes amères, j’ajouterai encore ici quelques mots à ce sujet. A qui pourront-ils faire croire qu’une odeur aussi caractéristique, lors même qu’elle, est très peu intense, ait exigé autant d’hésitations et de réflexions pour être reconnue? Si elle avait de l’analogie avec d’autres odeurs, on comprendrait l’inçertitudfr qui aurait pu exister d’abord : mais l’odeur de l’acide cyanhydrique est un de ses caractères propres, on ne peut la confondre avec aucune autre ; et pourtant ces messieurs n’auraient pu parvenir à la reconnaître qu’après de mûres réflexions et des observations réitéréessur les différentes parties du cadavre ! ! ! Je ne pense pas que personne puisse croire qü’il faille de semblables tâtonnemens pour déterminer la nature d’une odeur aussi tranchée ; et quand on n’arrive à une paréille décoüverte qu’à la suite de recherches aussi persévérantes, on doit craindre <iue le résultat signalé ne soit la conséquence dé préventions dont les meillèürs esprits ne savent pas toujours se défendre.

' Il n’est pas vraisemblable que MM. lés experts aient cité l’incommodité que l’un d’eux a éprouvée, et celle dontM. Rey père a été atteint, cômmé preuves à l’appui de la, nature particulière de l’odeur qu’ils avaient enfin découverte ; car ils né peuvent ignorer qué les accidens mention^ nés n'ont jamais été causés par l’inspiration de Vadde cymhydriqûë^ tandis qu’il est assez ordinaire de les observer chez les personnes qui .pésont pas habituées à rouvërturé des cadavres. Tous les élèves qui fréquentent les amphithéâtres de dissection, au début de leurs étudës, CôHfiriaêrâient au , besoin cette observation:

Enfin, si cette odeur est devenue de plus en plus forte et pénétrante au fur et à mesuré qu’on ouvrait les diverses cavités du corps, et qu’oii découvrait ainsi successivement les organes du ventre, de la poitrine ét du crâne, c’était le résultat tout naturel de l’exposition de plus en plus prolongée du cadavre à l’am

« Si nous insistons, disent ces messieurs, sur ce symptôme d’émpoison- « nement par l’acide prussiqUe (rôdeur d’amandes amères), c’èst qu’il est ? reconnu par tous les auteurs pour être lé plus cafàctéfisé et le plus cà- « ractéristique. »

En effet, chacun concevra sans difficulté que messieurs les experts insistent autant pour, établir qu’ils ont reconnu l’odéur de Tacide prussique dans le cadavres car ce fait, bien avéré, alors que les expériences chimiques rte prouvent rien, offrait une certaine importance poUr soutenir l’assertion toute gratuite d’empoisonnement qu’ils ont émise. Il est vrài que, dans un bon nombre de cas d’empoisonnement de Ce genre, l’odeur d’acide cyanhydrique n’existait pas sur le cadavre; mais si Cette preuve manquait dans ces divers cas, on savait, à n’en pas douter, que l’aCidé cyanhydrique avait été administré, tandis qu’ici l’ingestion dé Oe poison n’éstpas plus prouvée que la réalité de son odeur, si caractéristique, ne l’a été loiS de l’autopsie.

2“ Après l’odeur prétendue d’amandes amères, MM. les experts signalent, comme seconde preuve d’empoisonnement, l’état de conservation du cadavre, et la mollesse de tous ses tissus.

D’abord, je ferai remarquer qu’il importait à ces messieurs de bien établir qu’il n’y avait pas de putréfaction, pour qu’on ne pût pas attribuer à un commencement de décomposition putride le développement d’odeurs <iui pouvaient masquer ou simuler plus ou moins celle qui était là conséquence de l’empoisonnement supposé. Cependant, leurs remarques démontrent que, malgré cet état prétendu de conservation, le cadavre avait déjà subi des changemens produits par la fermentation putride. Ainsi, l’odeur vive et importune qui s’en exhalait, la mollesse de tous ses tissus, cette souplesse d’un tissu laineux que les parties molles des membres offraient au toucher, la mobilité de toutes les articulations, la tuméfaction des parties sexuelles, sont autant de phénomènes de putréfaction qu’on observe surtout dans les cas où il y a tendance à la momification naturelle du cadavre; J’ignore complètement si la nature du sol du cimetière peut favoriser, ce mode de destruction descorps; toujours est^il que l’époque de l’année où l’inhumation à été faite (le 4 4 janvier 4841) pourrait avoir coiitribué à la conservation du cadavre, et à-déterminer un commencement de dessiccation des parties molles : quant à cette souplesse d’un tissu laineux que présentaient au toucher les parties molles, je l’ai assez souvent remarquée pourpouvoir affirmer ici qu’elle estdueà l’emphysème interstitiel (développement de gazj qui se manifeste alors dans la profondeur des tissus mous, et qui contribue beaucoup à leur conservation, en favorisant leur dessèchement ultérieur.

. Il n’est donc aucunement extraordinaire de voir, après six ou sept jours d’inhumation, un cadavre en apparence aussi bien conservé que l’étaitcelui de M. Pralet. C’est un fait que j’ai eu nombre de fois l’occasion de constater dans des exhumations faites sur divers points des cimetières de Paris. Là où le sol est sablonneux, ou constitué par un terrain d’alluvion et sec, la conservation des corps est souvent très remarquable, non pas seulement après six, huit ou quinze jours d’inhumation, mais même après six semaines et deux mois, surtout quand le corps a été déposé dans la terre pendant un temps froid et sec.

Et c’est en présence de faits semblables, qui ne peuyent être ignorés des hommes instruits, que MM. les experts veulent tirer de l’état de conservation du corpsde M. Pralet une preuve de l’empoisonnement, et cela, en s’appuyant même sur ce que j’ai écrit dans ma Toxicologie. Mais, quand on cite un auteur, on doit le citer avec exactitude, et ne pas lui prêter une opinion absolue qu’il n’a point émise. C’est ainsi que ces messieurs me font dire : « U est certain que ce poison a la propriété de retarder la putréfactt tion, et de conserver les cadavres » (Orfila, t. ii, p. \ 65) ; tandis que je me suis exprimé en ces termes : Les cadavres peuvent être conservés longtemps sans se pourrir^ ,

Or, en avançant qu’après l’empoisonnement par l’acide cyanhydrique, lescadavrespouuaient se conserver long-temps sans se ^owcriv^je n’affirmais 'pas qu’il en était toujours ainsi, comme on pourrait l’inférer dé l’interprétation de MM. les experts, parce que je savais que, dans les deux cas rapportés par Mertzdorf (Journal compl. des sciences 'médicales, t. xviï, p. 265), cet observateur, résumant les différons phénomènes qu’il avait constatés sur les deux cadavres, fait remarquer que, dans les deiix, lapur tréf action était déjà très avancée, vingtr-neuf heures après la mort; chez celui des deux individus qui s’était empoisonné au mois de février, la décomposition putride était même beaucoup plus marquée que chez le second, qui succomba au mois de juillet. Avec de pareils exemples, et ceux que j’ai cités plus haut, sur la conservation naturelle des corps, quelle valeur peut avoir l’afiBrmation donnée par MM- les experts sur la cause spéciale qui aurait préservé de la putréfaction le cadavre de M. Pralet.

Ces messieurs n’ont eu sous les yeux qu’un cadavre, six ou sept jours après son inhumation, alors que toute excitation galvanique était impossible sur son système musculaire; et cependant ils n’hésitent pas à dire : « Il « est certain que c’est tout à-la-fois à la propriété conservatrice de l’acide « prussique et à celle qu’il a d’anéantir rapidement l’action du cerveau, « et j par suite, toute impression, des muscles volontaires, et l’action du « fluide galvanique, que doivent être rapportées là mobilité des afticula- « tions et la mollesse des tissus, observées sur le cadavre de François Pra- © let. » '

Si je ne lisais pas cette phrasé dans le rapport de MM. Rey et Gouvert, je ne pourrais y croire. Cette explication n’est-elle pas la preuve la plus incontestable de la prévention déplorable que les experts ont apportée dans toutes leurs recherches? Mais, messieurs, le plus simple bon sens, et l’observation la plus vulgaire, ne prouvent-ils pas que la mobilité des articulations et la mollesse des tissus étaient uniquement la conséquence du temps écoulé depuis la mort (sept jours)? Croiriez-vous, par hasard, que la rigidité cadavérique peut persister aussi long-temps, quel que soit l’état de conservation du corps? Je ne puis penser que telle soit votre opinion ; et je regrette encore ici que vous n’ayez pas fait une sage application des règles de logique que vous avez exposées en débutant.

3” Une autre série de phénomènes caractérise encore l’empoisonnement par l’acide prussique, suivant ces experts: c’est la présence d’un sang noir et onctueux, qui remplit tout le système capillaire veineux, tandis que les artères et les grosses veines sont vides; les organes parenchymateux, tels que le foie, la rate, les poumons, sont infiltrés du même sang, et tous très ramollis, et toujours sans apparence de putréfaction.

Quel est le médecin tant soit peu familiarisé avec les recherches cadavériques qui oserait ainsi avancer que la présence d’un sang noir et comme onctueuæf termes du rapport de nécropsie) dans le système capillaire veineux et dans les organes parenchymateux, est un phénomène caracté-

nsfo'gue de l’empoisonnement par l’acide prussique? Mais, pour peu qu’on ait ouvert de cadavres à divers degrés de putréfaction, on a pu constater que ces caractères physiques du sang n’ont rien de spécial, n’ont aucune signification particulière, attendu qu’on les observe assez communément, et indistinctement, sur la plupart d’entre eux, surtout quand plusieurs jours se sont déjà écoulés depuis la mort. Et l’on sait que le décès de M. Pralet datait de sept jours quand on procéda à l’autopsie.

Je dois aussi signaler ici une contradiction vraiment inconcevable entre jes faitsque MM. les experts constatentet leurs assertions. « Tous: les organes étaienttrèsramolUs, disenHls, et toujours sans apparence de putréfaction,)} Mais, messieurs, vous ne vous apercevez donc pas que vous, niez l’évidence, que ce ramollissement si prononcé de tous les organes est justement la preuve là plus positive de cette putréfaction dont vous ne voulez pas convenir qu’il y ait eu la moindre apparence. Votre dénégation, en présence de la matérialité du faitque vous ne voulez pas reconnaître j ne démontrert-^elle pas encore ici qu’il y a de votre part un motif grave pour persister dans cette Opinion ; et ce motif , je l’ai déjà indiqué : c’est qu’il vous importe qu’on ne puisse supposer que vous ayez confondu l’odeur des émanatiqns putrides avec l’odeur toute spéciale de l’acide prussique.-

Il est doncj pour moi, hors de doute que le sang contenu dans le cadavre de M; Pralet ne devait les caractères signalés qu’à la décomposition putride. Je ne seràis pas éloigné de croire que MM. les experts ont pensé de même ; car nous allons voir tout-à-l’heure qu’à ces caractères ils en ont ajouté un autre plus décisif, dont il n’avait point été fait mention jusqu’ici.

4° G’est dans ce paragraphe que MM. les experts, s’expliquant sur la nature de l’altération trouvée dans le cerveau , disent : Nous convenons , avec la défense, qu'm y reconnaît tout ce qui caractérise une apoplexie très aiguë. » Mais, ajoutent-ils, quand on rapproche cette lésion du cerveau des trois phénomènes si caractéristiques (on vientde voir jusqu’à quel point ils sont caractéristiques), et qu’on n’observe jamais, même au plus léger dègré, dans les apoplexies aigues ei idiopathiques, on ne peut douter que celle qui a frappé M, Pralet était secondaire ou symptomatique. ..

Je ne reviendrai pas sur les divers argumens que j’ai présentés en démontrant tout- ce qu’il y a d’errorfé dans les assertions et les explications de ces messieurs , sur l’odeur, l’état de conservation du corps, et la présence d’un sangf noir et oncfueuædans lés capillaires veineux, qui constituent , suivant eux, les trois phénomènes caractéristiques de l’empoisonnement qui aurait déterminé l’apoplexie. Mais j’ai à examiner un surcroît de preuves que MM. les experts n’ont pas craint d’invoquer dans une affaire aussi grave ; cè qu’on va lire passe véritablement toute croyance, et autoriserait plus que le doute sur tous' les faits rapportés jpar les experts.

C’est maintenant la nature du sang épanché qui leur fournit la confirmation la plus péremptoire de l’empoisonnement par l’acide prussique ; en

effet, après avoir cité l’observation de Hufeland, sur laquelle je vais revenir, et à laquelle ils assimilent, sous tous les rapports, celle de M. Praletj MM. les experts rappellent que Hufeland nous apprend que « partout le « sang a été trouvé d’un noir bleuâtre , non coagulé , mais cependant « épais comme de l’huile ; ce sang avait l’air d’avoir été teint par du bleu « de Prusse, et conserva long -temps l’odeur d’amandes amères. »

« Chez François Pralet, continuent ces messieurs, nous avons trouvé « partout UN SANG DE MÊME NATURE, surtoùt dans le cerveau; ce sang n’a- « vait aucune apparence fibrineuse, et cela, sept jours après la mort!!! »

En transcrivant cette phrase, je me demande encore si j’ai bien lu. Mais, messieurs, l’assertion que vous annoncez ici est contraire à la vérité ; je ne puis, quoique à regret, m’exprimer autrement; avez-vous bien réfléchi à toute la portée qu’elle peut avoir ; et c’est sur la foi du serment que vous affirmez un pareil fait? Mais nulle part, dans votre rapport de nécropsie, écrit sOus la date du janvier 1 84t , le lendemain de l’autopsie, en parlant des caractères du sang, vous ne dites autre chose, sinon qu’il était noîV comme onctueux, et d’une odeur particulière, et le 20 décembre suivant, c’est-à-dire onze mois après avoir procédé à cette opération, vous déclarez que ce sang éioSi partout de la même nature que celui du sujet dé l’observation de Hufeland, c’est-à-dire qu’il était d’un noir bleuâtre, qu’il avait l’air d’avoir été teint par du bleu de Prusse, et qu’il exhalait l’odeur d’amandes amères!!

Voilà ce que vous déclarez, messieurs, et personne ne comprendra autrement la partie de votre rapport où ce fait est énoncé, et que j’ai transcrite textuellement ; il n’y a point là équivoque dans les termes de votre rédaction ; le sens en est clair et affirmatif; ai-je donc eu tort de dire que cette assertion n’était pas vraie?

Et c’est immédiatement après avoir ainsi proclamé qu’il y avait identité entre deux faits si différens, de manière à établir la réalité du second par celle du premier, que vous attaquez la bonne foi des experts dé Paris et de Genève, au sujet de l’observation d’Hufeland : ils ont, dités-vous, pris dans cet exemple d’empoisonnement ce qu’ils ont cru favorable à leur opinion, et gardé le silence sur tout ce que ce cas présente de plus important à

la solution de la présente question . Et pour faire apprécier le degré de

confiance que nous devons inspirer, vous vous arrêtez de préférence à rapporter les détails de l’autopsie que nous avons eu l’adresse de cacher, parce qu’elle renferme des argumens décisifs. en faveur de votre opinion.

Je ne pense pas que la probité scientifique de mes collègues, pas plus que la mienne, ait à redouter la moindre atteinte des insinuations injurieuses de MM. Couvert et Rey : la citation qui précède a donné la mesure de la leur. Voilà toute ma réponse à des personnalités qu’il est déplorable de voir jetées au milieu d’une discussion qui n’aurait jamais dû perdre son caractère grave et scientifique.

Je reviens à l’observation rapportée par Hufeland, que MM. les experts in. 47 ,

assimilent en tous points à celle dont M. Pralet est le sujet; car, disent' ils, on dirait que Vwm a été calquée sur l’autre. Je ne m’arrêterai pas seulement à l’autopsie, comme l’ont fait ees messieurs ; mais je rechercherai d’abord s’il y a eu quelque analogie entre les symptômes signalés dans les deux cas, puisque pour MM. les experts, la lésion du cerveau a été la même spr les deux cadavres. C’est par cette comparaison, que je réfuterai celle que ces messieurs ont établie entre ce qu’ils appellent apoplexie symptomatique sous l’action de l’acide prussique, et apoplexie idiopathique. Je me bornerai à dire ici que, dans les deux tableaux où ils ont exposé les caractères différentiels de ces deux espèces d’apoplexie, ces messieurs ont tracé' une symptomatologie qui est démentie complètement par l’observation clinique (1).

Dans le cas rapporté par Hufeland, quatre ou cinq minutes après que l’individu est tombé sans proférer une seule parole, le médecin le trouve

(1) Comme il importe que chacun puisse apprécier cette partie de l’argumenfalion de MM, les docteurs Couvert et Rey, je crois devoir donner ici une copie textuelle de ce fragment de leur rapport.

« Résumons-nous en retraçant à côté l’un de l’autre les deux tableaux des principaux caractères appartenant aux deux apoplexies, en admettant avec la défense que l’apoplexie de François Pralet était dans l’ordre des plus aiguës, et émineminent sanguine.

• Apoplexie symptomatique sous l’action de l’ acide prussique. « Apoplexie idiopathique.

« 1° Figure pâle, yeux ternes, nari- « 1° Figure gonflée, couleur vineuse, nés propres. ainsi que les lèvres ; yeux turgescens,

sclérotiques injectées ; narines, et souvent la bouche, remplies d’un mucus sanguinolent.

« 2° Fraîcheur du cadavre, sa conser- ' « 2° Aspect mortel et cadavéreux,

vation sans , l’odeur cadavéreuse , mol- odeur cadavéreuse , marche ordinaire lesse des tissus et grande flexibilité des vers les degrés successifs de la patréfacarliculalions, tion , contractilité des tissus et raideur

des articulations, pour le plus tard, douze ou quinze heures après la mort.

« 3® Système musculaire parfaitement « 3" Action vive et long-temps soutè^ insensible à l’action du fluide galvani- nue du fluide galvanique sur le système que. Ce phénomène important ne peut locomoteur, circonstance commune à être constaté que quelques heures après toutes les morts promptes, sauf à celle la mort, ou, au plus, un .jour ou deux produite par l’acide prussique. après.

« 4“ Odeur d’amandes amères insépa- « 4° Nulle odeur, sauf celle propre à - rable de la mort, produite par l’acide l’état cadavéreux, prussique, et dont la manifestation ou la force est. toujours relative à sa dose et âu degré de sa concentration.

sans pouls et sans respiration. Il n’a pas recouvré la connaissance jusqu^à la fin. Au bout de quelques nainutes, une seule expiration extrêmement forte semble coller les côtes contre les vertèbres dorsales ; après une minute et demie, deux expirations pareilles ont lieu avec les mêmes mouvemens convulsifs des muscles de la poitrine, mais sans aucun mouvement semblable de tout autre muscle, ou de la bouche : celle-ci est fermée , et, après la mort, il est encore noté qu’elle est fermée naturellement. Refroidissement glacial des mains et des pieds, les muscles de la face affaissés, les yeux entr’ouverts, encore brillans, mais privés d’irritabilité, le teint d’un pâle terne, le front et la face secs et froids , la poitrine et l’abdomèn encore chauds et couverts d’une sueur visqueuse.

Au bout de quatre heures, on transporte le cadavre, et pendant ce transport, on entend encore un son, une sorte de gémissement.

On sait que l’individu avait succombé quelques minutes après l’ingestion du poison, et conséquemment que le bruit entendu lors du transport du cadavre est résulté de la sortie de l’air du thorax, déterminée sans doute par les secousses qui furent alors imprimées au corps. Il n’est pas rare , en effet, d’entendre un bruit semblable sur des cadavres d’individus morts même depuis plusieurs jours, quand le corps est soulevé et déplacé avec secousses.

Quant à ces expirations convulsives notées dans l’observation, pour quiconque connaît les phénomènes de l’empoisonnement par l'acide prussique, il ne sera pas douteux qu’elles ont été autant de contractions tétaniques du tronc qui ont certainement rendu la mort plus rapide en suspendant la respiration.

M. Pralet, au contraire, après la perte momentanée de connaissance, est

« 5° Lésions évidentes sur les organes des trois cavités, telles que vacuité des gros vaisseaux et plénitude du système veineux capillaire, surtout du cutané ; inflammation de la muqueuse des voies digestives; viscères parenchymateux ramollis et infiltrés d’un sang noir tout particulier, le cœur vide et décoloré.

« 6“ Plénitude des veines et des sinus cérébraux, infiltration et épanchement dans les cavités ou sur quelque autre point, membranes injectées , ainsi que les hémisphères.

« 7° Le sang noirâtre , onctueux , fluide ou mi-fluide , et sans apparence defhrine.

« 8° Mouvemens convulsifs et tétaniques plus ou moins prononcés , selon la susceptibilité de l’individu. »

tt 5® Rien de semblable ne s’observe dans l’apoplexie idiopathique.

<e 6® Memes phénomènes, variables seulement par des nuances indépendantes de la maladie.

« 7® Le sang conserve sa couleur ordinaire, se coagule par la présence de la fibrine, et se caille très rapidement.

« 8® Ces mouvemens ne se rencontrent presque jamais ou rarement dans l’apoplexie idiopathique aiguë. »

revenu à lui sous l’înfluefice des liquides excitans qu’on lui a fait prendre, et assez complètement pour pouvoir répondre « qu’il n’éprouvait ni maux « de tête, ni douleurs au creux de l’estomac, ou à quelque autre part. » Chez lui, la face était plutôt pâle, la langue et la bouche légèrement déviées à gauche, et enduites d’un peu de bave (deux heures après l’attaque). Deux heures plus tard (à minuit), traits plus profondément altérés, perte complète de la connaissance et de la sensibilité, bouche plus déviée à gauche, et écumeuse, bras gauche dans un état de raideur tétanique, déglutition impossible; le pouls, qui était resté jusque-là grand, régulier, et non fréquent, s’est affaibli insensiblement, et le malade a expiré sans convulsions vers deux heures du matin, six heures après l’attaque.

Existe-t-il la moindre analogie, je le demande, entre les symptômes qu’on a observés dans ces deux cas? Comment, le premier succombe en quelques minutes , après avoir éprouvé ces accès dé contractions tétaniques qui tuent en suspendant les mouvemens respiratoires ; le pouls est resté insensible dès le début, et la perle de connaissance n'a pas cessé de persister jusqu’à la mort; aucune déviation de la bouche n’a existé. Le second recouvre la connaissance peu après s’être trouvé mal, et la conserve pendant plus de trois heures ; la bouche est déviée gauche ; cette déviation augmente progressivement, en même temps qu’une contracture permanente du bras gauche seulement se manifeste : alors perte complète de connaissance, insensibilité; le pouls reste grand, régulier et non fréquent pendant plusieurs heures.

Dira-t-on que les différences dans les symptômes ont dépendu de la différence des doses du poison, puisqu’on veut qu’il y en ait eu d’administré à M. Pralet? Mais on comprend que, dans ce cas, il y ait des différences dans l’intensité des effets produits, et non dans leur nature. On ne peut donc comparer les symptômes éprouvés par M. Pralet à ceux qu’a présentés le sujet de l’observation de Hufeland.

MM.' les experts prétendent que l’identité est également parfaite entre la lésion cérébrale qu’on a trouvée chez l’un et chez l’autre. Mais ce rapprochement n’est pas plus fondé que celui qu’ils ont voulu établir entre les symptômes; en effet, que trouva-t-on chez le sujet de l’observation de Hufeland? « Une injection considérable de sang livide dans les vaisseaux des tégumens du crâne , et qui exhalait fortement l’odeur d’amandes amères (ce sang recueilli pesait plus de 4 kilogramme), la dure-mère couverte d’un sang épais, noirâtre, et tous ses vaisseaux comme injectés, plus de 700 grammes d’un sang épais et livide, qui sortit entre les deux hémisphères avant que l’on eût pu enlever la faux du cerveau ; la pie-mère et les vaisseaux cérébraux gorgés de sang, une foule de points avec exsudation sanguine à la surface de toutes les coupes pratiquées sur le cerveau; les plexus choroïdes, ainsi que les vaisseaux de la base du crâne, gorgés de sang, et ces derniers couverts, en outre, d’un épanchement sanguin ; à la

base, du côté gauche seulement, collection séreuse légèrement coloréè éû rouge. »

Sur le cadavre de M. Pralet, le cerveau était fortement injecté à sa surface, d’un sang très noir, avec transsudation sur tous ses points ; un caillot dmse et noir, du volume d’un gros œuf, s’est échappé de la partie inférieure des ventricules, en exhalant fortement Todeur précitée (c’est-à-dire, « une « odeur forte et‘ particulière qu’on ne sut pas d’abord apprécier » ); audessous de la tente'du cervelet, il y avait un épanchement de la même nature et très abondant.

D’après les détails qui précèdent, il est évident que la lésion anatomique est complètement différente dans ces deux cas. Dans le premier, on voit tous les caractères de ces congestions sanguines intenses avec exsudation sanguine plus ou moins abondante, qu’on observe habituellement après la mort chez les individus qui succombent rapidement à la suite de symptômes tétaniques; je les ai vus un bon nombre de fois sur les animaux, comme chez l’homme, après l’empoisonnement par les strychnos; bnles remarque aussi à la suite des congestions rachidiennes avec hématorachie. Enfin, on ne dit pas dans quelle situation était la tête quand on ouvrit le crâne, et je ne doute pas qu’une grande partie de ce sang liquide, qui s’écoula pendant l’examen du cerveau et de ses membranes, provenait du . canal vertébral.

Chez M. Pralet, l’altération a consisté en une apoplexie proprement dite, c’est-à-dire en une^ hémorrhagie avec déchirure de la substance cérébrale; à la vérité, MM. les experts ont négligé, sinon d’examiner, au moins de dire s’il y avait quelque lésion de la substance médullaire dans l’un des ventricules latéraux ; le fait est très probable; et c’est sans doute de ce point que l’hémorrhagie a fait ensuite irruption dans les cavités ventriculaires elles-mêmes. Et ici, je rappellerai encore à ces messieurs 'ce résultat de l’observation clinique que j’avais déjà mentionné dans mon premier m'é* moire : des faits nombreux, et recueillis avec soin ont aujourd’hui démontré que dans les cas d’apoplexie avec irruption du sang dans les ventricules, il y a constamment contraction de l’un oü de l’au tre des membres paralysés, ce qui n’a pas lieu dans les cas où le foyer est circonscrit dans la pulpe cérébrale; je renverrai de nouveau ces messieurs au travail de M. E. Boudet que j’ai déjà cité, ün autre effet de la présence du sang au-dessous de la tente du cervelet, et autour de la moelle allongée et de la moelle épinière dans sa partie cervicale, c’est de déterminer une contraction, comme tétanique, avec renversement de la tête en arrière. Or, si cette situation de la ' tête de M. Pralet a été la conséquence, non pas de la manière dont elle était soulevée par les oreillers, mais bien d’une contraction tétanique, cette dernière résultait, sans aucun doute, de l’épanchemeDt de sang que MM. les experts ont trouvé sous la tente du cervelet.

Ainsi donc, congestion vasculaire intense avec exsudation sanguine à la surface des membranes du cerveau, chez le sujet de l’observation de Hufe-

land ; apoplexie proprement dite, ou hémorrhagie cérébrale avec irruption du sang dans les ventricules, et sous la tente du cervelet, chez M. Pralet; telle a été la nature réelle de la lésion cérébrale chez ces deux individus, et aucun médecin versé dans l’étude de l’anatomie pathologique ne contredira l’opinion que j’émets ici. La lésion cérébrale n’était donc pas la même dans les deux cas.

En second lieu, le siège particulier de l’hémorrhagie cérébrale chez Pralet rend parfaitement raison de la contracture du bras gauche et du renversement de la tête en arrière, s’il a existé, et démontre de la manière la plus évidente que ces symptômes n’ont point été la conséquence de l’ingestion de l’acide prussique, dont les effets sont d’ailleurs complètement différens.

La réponse de MM. Rey et Gôuvert se termine par une proposition tellement contraire aux’dogmes de la scieince, que je serais coupable de la laisser sans réfutation : « L’analyse chimique h’eût-elle rien fait décou- « vrir dans le cas qui nous occupe, disent ces messieurs, nous n’en reste- X rions pas moins convaincus qu’il y a eu empoisonnement par l’acide « prussique, parce que le corps du délit se reconnaît de deux manières, « c’est-à-dire par la présence matérielle, ou par ses effets, lorsque cess « dits effets lui sont exclusivement propres, et ne peuvent être produits « que par lui. »

Tous les maîtres de l’art enseignent qu’on ne peut affirmer qu’il y a empoisonnement qu’autant qu’on a découvert le poison : Unicum signum cérium dati veneni, est critérium chemicum inventi veneni (Plenck, Toxicologia). Quant à ce que ces messieurs appellent ses effets, depuis qu’on s’est livré à leur étude on s’est assuré qu’ils ne peuvent être considérés ^ue comme des auxiliaires propres à éclairer, et que, dans aucun cas, ils ne suffisent pour établir une conviction. On tremble quand ou songe que des questions médico-légales qui intéressent l’honneur, et quelquefois la vie des accusés, peuvent être résolues d’après des principes tels que celui que je viens de combattre.

Résumé et conclusions. Dans une affaire de cette gravité, les amis de l’humanité ne peuvent que se réjouir, de voir le sénat de Savoie procéder avec une sage lenteur, appeler autour de lui toutes les lumières avant de prononcer son jugement. Etranger à la partie scientifique de la cause, son embarras doit être extrême lorsqu’il entend des hommes, en qui il a placé sa confiance, affirmer que Pralet est mort empoisonné par l’acide cyanhydrique, tandis que, de plusieurs points de l’Europe, un cri unanime s’élève pour blâmer une pareille conclusion, et pour affirmer que Pralet a succombé à une attaque d’apoplexie. Dans cette situation, s’il m’était permis d’ouvrir un avis, je proposerais d’adresser à un corps savant de haute renommée, une série de questions sur l’affaire en litige, et ces questions je les poserais ainsi :

Première question. Est-il vrai que MM. Soujeon, Domenget et Bebert

aient choisi, comme ils le disent, les expériences que la science leur indiquait comme les plus propres à constater d’une manière irréprochable la présence de l’acide cyanhydrique dans le liquide provenant de la distillation à laquelle ils avaient procédé 2

? La réponse sera celle-ci. Ces messieurs ont sans doute choisi les trois ou quatre moyens indiqués par les auteurs pour reconnaître l’acide prussique ; mais ils n’ont poussé aucune expérience assez loin pour qu’on ne puisse leur reprocher de ne pas s’être conformés aux exigences de la science qu’ils invoquent.

Deuxième question. Les expériences rapportées par ces experts prouvent-elles qu’il y ait eu de l’acide cyanhydrique dans la liqueur, comme ils le disent, et peut-on admettre avec eux, que, prises séparément, et surtout réunies, elles permettent d’insister en toute sécurité, et sans la moindre hésitation , sur les conclusions qu’ils ont données dans leur premier rap-^ port?

La réponse sera celle-ci. Les expériences dont il s’agit ne prouvent pas qu’il y eût de l’acide cyanhydrique dans la liqueur, car elles sont toutes incomplètes; si les experts eussent compris l’étendue de leurs devoirs, ils se seraient assurés, avant tout, que le précipité bleu était du bleu de Prusse et que le précipité blanc argentique contenait du cyanogène; aussi voyons-nous avec un sentiment pénible que l’on ose conclure eatoutesécurité, et sans la moindre hésitation, ainsi qu’ils Vont îait.

troisième question. Les taisons exposées par M. Calloud, et les nombreuses expériences qu’il a faites pour en confirmer la valeur, soht-elleS suffisantes, comme il le dit, pour détruire les objections présentées par la défense contre sbn travail ?

La réponse sera celle-ci. Non-seulement ces objections conservent toute leur force, mais elles en acquièrent une nouvelle par les aveux ét les explications, au moins singulières, données par cet expert dans la réponse du 3 mars 4842.

Quatrième question. MM. Rey et Goüvért ont-ils été autorisés à déclarer, d’après les symptômes observés chez Pralet, et les lésions cadavériques constatées à l’ouverture du corps, que le malade était mort empoisonné par l’acide cyanhydrique ? - '

La réponse sera celle-ci. Quand on a vu quelques animaux empoisonnés i)ar l’acide cyanhydrique, que l’on a eii occasion d’observer un certain nombre de cas d’empôisonnèment par cet acide chez l’homme, et que, d’un autre côté, on a étudié avec soin la marche et les résultats de l’apoplexie, il n’est pas permis même de faire soupçonner que la mort de Pralet ait reconnu d’autre cause que l’apoplexie. II y a mieux ; alors même que l’on n’a pas assisté à des expériences toxicologiques sur l’acide cyanhydrique, que l’on n’a jamais vu cet empoisonnement chez l’homme, il est impossible, en s’en tenant uniquement à la lecture de ce qui a été écrit

sur la matière, de supposer un instant que Pralet ait succombé à une intoxication par l’acide prussique.

D’où il faudra conclure :

1* Que Pralet n’est pas mort empoisonné par l’acide cîanhydriqüe;

2“ Oü’iL A succombé a une attaque d’apoplexie. i

En attendant que le sénat ait pris un parti à cet égard, je déclare être prêt à affirmer, sous la foi du serment, le contenu de mes deux consultations. Je me présenterai à Paris devant telle autorité judiciaire qui pourra être désignée; j’irai à Chambéry si cela est jugé nécessaire; et si les lois du royaume de Savoie autorisent un débat contradictoire, et qu’il ait lieu, je ne ferai pas défaut, trop heureux de pouvoir démontrer, par un petit nombre d’expériences, que la science compte encore des hommes qui ne voient pas avec indifférence et sans effroi les coups funestes qu’on ose lui porter.

Paris, ce 5 novembre 1842.

Les lecteurs des Annales connaissent les deux consultations médico-légales publiées par M. Orfila sur l’accusation d’empoisonnement intentée à Chambéry contre le sieur Lhéritier, accusation basée tout à-la-fois sur les rapports des médecins qui avaient fait l’ouverture du corps de M. Pralet, et sur les analyses chimiques des experts de Chambéry et d’Annecy. Nonobstant la surabondance des preuves qui démontraient qu’il n’y avait pas eu empoisonnement, le ministère public, dans l’audience ouverte le 20 janvier dernier, avait conclu à la peine de mort. Les trois jours suivans furent employés par le défenseur à la discussion des argumens scientifiques sur lesquels le ministère public avait fondé son opinion, discussion dont les élémens lui étaient fournis par lesdeux mémoires de M. Orfila.

Hâtons-nous de dire quq ses efforts ont été couronnés d’un plein succès. Après Une délibération prolongée pendant deux jours, sur les pièces nombreuses de ce procès, le sénat de Chambéry a rendu un arrêt qui renvoie l’accusé avec inhibitions demolestie, sans frais ni dépens; M. Lhéritier a été mis immédiatement en liberté. Le renvoi avec inhibitions de molestie sans dépens est exactement ce que nous appelons en France lé renvoi'de l’accusation.

Nous ne pouvons trop revendiquer ici la part que la science a eue dans cette affaire, car c’est à elle seule que l’inculpé doit son acquittement. H n’y avait pas de crime, la mort deM. Pralet était naturelle, et causée par une- attaque d’apoplexie. La démonstration de cette vérité a été mise dans tout son jour par M. Orfila au milieu des préventions de toute nature qui entouraient l’accusation. Un pareil succès, qui répond surtout aux reproches d’insuffisance et d’incertitude que certaines personnes adressent assez souvent encore à la médecine légale, est la plus haute* récompense que puisse ambitionner celui qui puise ainsi dans la science les moyens decom-

battre des ^reurs qui peuvent compromettre tout à-la^fois l’honneur et la vie des hommes (Note du rédacteur des Annales d’hygiène et de médecin» légale, p. 474 du tome xxix, juillet 4 843).

Du cyanogène.

Comment peut-on reconnaître que l’empioisonnement a eu lieu par le cyanogène ?

Lé cyanogène est gazeux, incolore, d’une odeur vive, pénétrante, et d’une saveur très piquante; il rougit le tournesol, et son poids spécifique est de 1,8064. U brûle avec une flamme bleue mêlée de pourpre , quand on le met en contact avec un corps en combustion. Il est soluble dans quatre fois et demie son volume d’eau distillée. La dissolution se comporte avec l’azotate d’argent et le mélange de sulfate de protoxyde et de sesqui-oxyde de fer, comme l’acide cyanhydrique (/^. p. 674).

Action sur l’économie animale. Il suffit de deux à trois minutes pour tuer les chiens les plus robustes auxquels on a fait prendre 60 grammes environ d’eau saturée de cyanogène récemment préparée; au reste, les symptômes et les altérations de tissu qui sont le résultat de cette ingestion ne diffèrent pas de ceux que détermine l’acide cyanhydrique (J^. p. 687).

Du cyanure de potassium.

Comment peüt-on reconnaître l’empoisonnement par le cyanure de potassium?

Cyanure de potassium de Wiggers obtenu en saturant une dissolution alcoolique de potasse pure par de l’acide cyanhydrique gazeux. Il est solide, blanc, d’une saveur âcre alcaline, amère, et d’une odeur très prononcée d’acide cyanhydrique, très soluble dans l’eau et moins soluble dans l’alcool. Chauffé jusqu’au rouge blanc en vaisseaux clos, il n’est point décomposé, s’il n’est pas alcalin ; s’il est alcalin et qu’il ait le contact de l’air, il est au contraire décomposé. Les acides même très faibles en dégagent de l’acide cyanhydrique avec effervescence. Sa dissolution aqueuse n’est point précipitée par l’eau de chaux, parce qu’il

ire contient point de carbonate de potasse, s’il a été récemment préparé} les sulfates de protoxyde et de sesqui-dxyde de fer y déterminent un précipité de bleu de Prusse , ou d’un bleu verdâtre qui passe au bleu par l’addition de quelques gouttes d’acide chlorhydrique } le sulfate de bi-oxyde de cuivre, s’il est employé en assez grande quantité, y occasionne un précipité vert pomme qui devient blanc par l’addition de quelques gouttes d’acide chlorhydrique et la liqueur reste opaline. L’azotate d’argent en précipite du cyanure d’argent (JT. p. 67â). 1 gramme de cyanure de potassium récemment préparé, m’a fourni 1 gramme 72 centigrammes de cyanure d’argent.

Cyanure de potassium préparé en décomposant en vaisseaux clos et à une température rouge, du cyanure jaune de potassium et de fer, Comme le prescrit le Codex. Il diffère duprécédenten ce qu’il renferme du carbonate de potasse; d’où il suit que lorsqu’on le traite par les acides faibles il dégage de l’acide cyanhydrique et du gaz acide carbonique ame effervescence, et que l’eau de chaux précipite sa dissolution aqueuse en blanc. Il renferme sous un poids donné moins de cyanure de potassium qpec&lvXAelViggers. -

Cyanure de potassium employé à dissoudre les cyanures d’or, d’argent, de platine, dans la dorure galvanique et obtenu en calcinant la chair musculaire ou le sang avec delà potasse. Il est solide, blanc, d’une saveur alcaline, offrant à peine l’odeur d’acide cyanhydrique; il renferme une énorme proportion de carbonate de potasse et fort peu de cyanure de potassium ; en effet je n’ai retiré d’un gramme de cyanure dissous que 6 centigrammes de cyanure d’argent, tandis que lamême proportion de cyanure de Wiggers m’en avait fourni 1 gramme 72 centigram. Les acides affaiblis le décomposent avec effervéscence, dégagent beaucoup d’acide carbonique et fort peu d’acide cyanhydrique. Sa dissolution aqueuse est abondamment précipitée par l’eau de chaux (carbonate de chaux) ; le sulfate de protoxyde de fer la précipite en blanc verdâtre (carbonate de protoxyde), et en ajoutant de l’acide chlorhydrique, il ne reste presque pas de bleu de Prusse ; le sulfate de sesquioxyde de fer y fait naître un précipité rougeâtre, qui ne laisse pas davantage de bleu de Prusse,

quand on y verse quelques gouttes d’acide chlorhydrique. Lé sulfate de bi-oxyde de cuivre la précipite en hleu (carbonate de cuivre mêlé d’hydrate de bipxyde), et le dépôt se dissout presque complètement dans l’acide chlorhydrique, sans rendre la liqueur opaline. L’azotate d’argent y fait naître un précipité de cyanure d’argent.

Le cyanure de potassium le mieux préparé se transforme en ammoniaque et en formiate de ■potasse^ lorsqu’on chauffe sa dissolution aqueuse concentrée. S’il est solide et exposé à l’air humide, il se transforme peu-à-peu en carbonate de potasse.

Action du cyanure de potassium sur l’économie animale. Il résulte des expériences nombreuses de MM. Malagütti, Guyot, Sarzeau, et des miennes, 1° que le cyanure de potassium, préparé soit par le procédé de Wiggers, soit en calcinant le cyanure jaune de potassium et de fer, est un poison excessivement énergique, capable d’occasionner une moTt prompte à la dose de quelques centigrammes, et qu’il agit exactement comme l’acide cyanhydrique;

2“ Que le prétendu cyanure de potassium obtenu en calcinant la chair musculaire desséchée avec delà potasse, tel qu’il est débité par certains fabricans de produits chimiques et par quelques pharmaciens, conû&at à peine du cyanure; qu’il est en grande partie formé de carbonate de potasse, de chlorure de potassium, etc.; qu’il est peu vénéneux et qu’il exerce* sur l’économie animale la même action que le carbonate de potasse. On conçoit dèslors qu’un pareil cyanure, , administré par des médecins, à la dose de quelques centigrammes, ne doive produire aucun des résultats heureux qu’ils espéraient obtenir. Tout porte à croire que ce corps a été préparé avec un excès d’alcali, et l’on sait que dans ce cas le cyanure de potassium se transforme à une chaleur rouge en ammoniaque et en formiate de potasse, et que celui-ci ne tarde pas à passer à l’état de carbonate de potasse;

Que s’il est vrai qu’une dissolution aqueuse concentrée de cyanure de potassium, se décompose en ammoniaque et en formiate de potasse lorsqu’on la fait bouillir en vaisseaux clos, cette décomposition s’opère pourtant assez lentement pour que le sel ne soit pas entièrement altéré après une ébullition de trois heures et demie;

U° Qu’il en est de même du cyanure de potassium que l’on a fait bouillir pendant huit heüres dans une grande quantité d’eau et avec le contact de. Vair;

5° Que si le cyanure de potassium est décomposé par l’action simultanée de l’eau et de l’acide carbonique contenus dans l’air, lorsqu’il est en contact avec cet agent, celte décomposition n’est complète qu’au bout d’un temps assez long, puisque après quatorze jours, du cyanure de potassium qui avait été presque entièrement liquéfié par l’humidité atmosphérique, conservait encore des propriétés toxiques énergiques ;

6“ Que les chimistes et les médecins ont évidemment exagéré les inconvéniens qu’il pouvait y avoir, soit à traiter le cyanure de potassium par l’eau et à faire évaporer rapidement la dissolution, soit à déboucher souvent les flacons dans lesquels ce sel est renfermé, parce qu’il résulte des expériences que j’ai tentées que dans ces diverses circonstances le sel ne^’allère que très lentement et partiellement.

Recherches médico-légales. Si le cyanure de potassium est solide et sans mélange, on reconnaîtra que c’est un cyanure à l’aide des caractères indiqués à la p. 738, et l’on s’assurera qu’il contient du potassium par le chlorure de platine , l’acide perchlorique, etc. Potasse, p. 137).

S’il fait partie d’une potion , d’un mélange alimentaire, de la matière des vomissemens, ou de celle que l’on aura retirée du canal digestif, et que la liqueur soit trop colorée pour donner avec les agens dont j’ai parlé à la page 738, les réactions indiquées, on l’introduira dans une cornue avec quelques décigrammes d’âcide acétique pur, et on procédera à la distillation en recueillant le produit volatilisé dans un solutum refroidi d’azotate d’argent; si l’on obtient du cyanure d’argent (JT. p. 674), on pourra conclure que la liqueur suspecte contient un cyanure ou de l’acide cyanhydrique ; mais si en traitant la liqueur qui restera dans la cornue par la chaleur et par l’alcool concentré, comme je l’ai dit à la page 140 et suivantes, il reste de la potasse, tout portera à croire qu’elle contenait du cyanure de potassium plutôt que de l’acide cyanhydrique. Dans beaucoup de circonstances, on pourra même sans ajouter de l’acide acé-

tique, retirer de l’acide cyanhydrique en distillant des liqueurs qui contiendront du cyanure de potassium ; c’est qu’en effet ces liqueurs sont naturellement acides et que le cyanure est décomposé par les acides qu’elles renferment, quelque faibles qu’ils soient (1).-

Du laurier-cerise (jprumis lauro eerasus de L., et mieux cerasus lauro eerasus').

Le laurier-cerise est un arbrisseau de la famille des rosacées de Jussieu.

Le calice est campaniforme, caduque, à cinq lobes; la corolle à cinq pétales; le fruit charnu, arrondi, glabre, un peu sillonné d’un côté; les étamines en nombre -indéterminé ; les fleurs en pyramide, d’un blanc peu éclatant; l’écorce est lisse, d’un vert brun; les feuilles sont persistantes, simples, entières, oblongues, fermes, luisantes, pétiolées, tantôt panachées

fl) On lit dans la Gazette des Tribunaux du 13 décembre 1842, que le 29 mars de la même année, M. Macé, médecin, prescrivit à M. Lessechop une potion composée de 4 grammes de cyanure de potassium, de 64 grammes d’eau de fleurs d’oranger et de 15 grammes de sirop ; le malade devait prendre trois cuillerées par jour de ce médicament. Dès la première dose, il fut comme foudroyé et mourut au bout de trois quarts d’heure enyiron. MM. Malagutti, Sarzeau et Guyot de Rennes, chargés par le ministère public de rechercher la cause de la mort, ne décelèrent aucune trace de cyanure de potassium dans l’estomac, ni dans le duodénum, ni dans l’œsophage ; ils s’assurèrent qu’il manquait au vase contenant la potion livrée à M. Lessechop une quantité d’environ une cuillerée, et que le cyanure était bon. Le 7 décembre 1842, la Cour royale de Rennes condamna M. Macé à 50 francs d’amende, à trois mois de prison et aux frais, pouir avoir commis un empoisonnement par imprudence.

Un médecin appelé auprès d’un malade qui souffrait violemment d’hémorrhoïdes internes, prescrivit la potion suivante; cyanure de potassium, 8 grammes; eau de camomille, 60 grammes ; sucre blanc, 8 gr.; une demi-cuillerée à bouche toutes les quatre heures. Le malade, ayant pris une cuillerée à café qui pouvait contenir à peine 100 gouttes de liquide, mourut une heure après. Le médecin qui avait prescrit la potion, mandé auprès du moribond, et croyant avoir prescrit du cyanure jaune de potassium et de fer, prit une cuillerée à café du médicament, le tint pendant quelque temps dans sa bouche et en avala environ les trois quarts ; mais ressentant une constriction particulière dans la gorge, il rejeta le reste. Sa vue s’obscurcit ; il éprouva des vertiges, des nausées, des bourdonnemens d’oreille, et perdit presque entièrement connaissance. Après avoir pris quelques tasses de lait, il était guéri le lendemain. A l’ouverture du cadavre de la victime, on constata la présence du poison dans le gros intestin et dans les matières fécales qui y étaient contenues (Note de M. Weidner, conseiller aulique. Journal de chimie médicale, octobre 1846).

de blanc, tantôt panachées de jaune, munies de deux glandes sur l&dos ou sur leur face inférieure. Cet arbrisseau croît spontanément près de la mer Noire, aux environs de Trébisonde; on le cultive dans les jardins ; ses fleurs et ses feuilles ont le goût de l’amande amère.

Les feuilles de laurier-cerise renferment de l’acide cyanhydrique, de l’huile essentielle, du tannin, de la chlorophylle, de l’extractif, un principe . amer analogue à l’amygdaline, et pourtant susceptible de transformer l’émulsine en acide cyanhydrique et en huile essentielle d’amandes amères.

Symptômes et lésions de tissu produits par le laurier-cerise. Ils sont analogues à ceux que détermine l’acide cyanhydrique, quoique ce dernier soit plus énergique {JT. p. 687).

Action du laurier-cerise sur V économie animale. On savait depuis long-temps que l’eau distillée de' laurier-cerise était vénéneuse à une certaine dose ; mais il était important de déterminer si elle devait ses propriétés vénéneuses à l’acide cyanhydrique, à une huile volatile, ou à ces deux principes réunis. Voici les résultats d’un travail d’Ollivier (d’Angers) : 1° 120 grammes d’eau distillée de laurier-cerise fXtrée.) occasionnent la mort des chiens vigoureux dans l’espace de dix à quinze minutes, comme le ferait la même dose d’eau non filtrée. 2“ 120 grammes d’eau distillée de laurier-cerise, épuisée d’acide cyanhydrique, ou du moins traitée par la potasse et le sulfate de fer, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus fourni de bleu de Prusse , ont été introduites dans l’estomac de chiens robustes qui n’ont pas tardé à éprouver des vertiges et tous les accidens de l’empoisonnement : ils sont morts au bout d’une heure. L’eau dont il s’agit, celle qui a été privée d’acide cyanhydrique , renferme évidemment les élémens de cet acide, puisqu’il suffit de la faire chauffer un peu , en y ajoutant quelques gouttes d’une dissolution de potasse, pour qu’aussitôt le sulfate de fer y produise un précipité bleu abondant, et l’azotate d’argent un précipité blanc. 3“ L’huile de laurier-cerise obtenue par la simple distillation de la plante avec de l’eau, tue les cochons d’Inde en moins d’une heure, à la dose de quatre gouttes 5 il en est de même de celle qui a été séparée de l’eau distillée de laurier-cerise privée d’acide cyanhydrique. 4° L’action de l’eau distillée de laurier-cerise est évidemment due, d’après ce qui précède, à l’acide cyanhydrique et à l’huile qu’elle contient. 5° Des exemples nombreux et bien constatés ne

permettent pas de révoquer en doute l’action vénéneuse de cette eau distillée chez l’homme. 6“ L’extrait aqueux de laurier-cerise n’est point vénéneux ou ne l’est que très peu ; ce qui dépend sans doute de ce que l’acide cyanhydrique et l’huile ont été volatilisés lorsqu’on a fait évaporer le liquide jusqu’en consistance d’extrait.

On reconnaîtra l’eau de laurier-cerise, 1° à son odeur d’amandes amères; 2° à la propriété qu’elle a de fournir du bleu de Prusse au bout de quelques heures , lorsqu’on la mêle avec une petite quantité de potasse ou de magnésie, de sulfate de fer et d’acide sulfurique ; 3° à l’action qu’exerce sur elle l’azotate d’argent qui y fait naître un précipité blanc de cyanure d’argent facile à reconnaître {F. p. 674). Si on laisse ramasser ce précipité lorsque l’eau ne précipite plus par le sel d’argent, et qu’on filtre, il suffira de faire bouillir pendant quelques instans, avec quelques gouttes de potasse, la liqueur filtrée, pour que l’on puisse y démontrer de nouveau, soit par le sulfate de. fer, soit par l’azotate d’argent, la présence de l’acide cyanhydrique qui s’ est formé pendant l’ ébullition : seulement, en employant le sel d’argent, on obtiendra un précipité mélangé d’oxyde et de cyanure, à cause de l’excès de potasse de la liqueur; mais il sera aisé de séparer ces deux composés par l’acide azotique qui dissoudra l’oxyde et laissera le cyanure.

Huile de laurier-cerise. On la reconnaîtra à sa couleur jaune fauve si elle est récente, jaune foncé si elle est ancienne, à son odeur très prononcée d’amandes amères, à ce qu’elle est plus pesante que l’eau et très soluble dans ce liquide, à ce qu’elle ne trouble point V azotate d’argent ^ à moins qu’on ne l’ait préalablement fait bouillir avec une dissolution aqueuse très étendue de potasse, car alors il s'est développé de l’acide cyanhydrique, et il se forme un précipité blanc de cyanure d’argent (/^.p. 674).

Des amandes amères.

Les amandes amères contiennent de l’amygdaline, substance qui, solis l’influence de l’eau, transforme l’émulsine en acide cyanhydrique, en huile d’amandes amères, incolore, très vénéneuse, et en sucre cristallisable.

Ces amandes agissent sur l’économie animale d’une manière analogue à celle de. l’acide cyanhydrique.

L’huile essentielle d’ amandes amères est formée, d’après Robiquet, d’un principe cristallisable non azoté et non vénéneux et d’un principe cristallisable azoté très énergique, comme l’a prouvé M. Viilermé. TElle est incolore, transparente, d’une odeur d’amandes amères, d’une saveur brûlante et aromatique, volatile, indécomposable par la chaleur, et soluble dans les acides azotique et sulfurique. Elle est extrêmement vénéneuse et agit à-peu-près comme l’huile empyreumatique de tabac. Tout porte à croire que \e% feuilles de pêcher, les fruits à noyau^ lespepins des pommes et de divers corps contenant de l’acide cyanhydrique, exercent sur l’économie animale une action délétée plus ou moins intense.

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