TROISIÈME CLASSE
Des poisons narcotico-âcres .
Ôn ne devrait désigner sous ce nom que les poisons qui déterminent à-la-fois le narcolisme et l’inflammation des parties qu’ilstouchent; mais il n’en est pas ainsi, les auteurs ayant rangé parmi les poisons narcotico-âcres un très grand nombre de substances qui n’enflamment point les tissus, et d’autres qui ne produisent le narcotisme qu’après avoir donné lieu à la plus vive excitation ; d’où je crois pouvoir conclure que cette classe renferme des objets forts disparates, dont il est impossible d’indiquer les caractères dans une définition générale. Il me semble utile d’établir plusieurs groupes, dans chacun desquels je rangerai les poisons qui se rapprochent le plus par leur mode d’action.
De la saille ; de Vœnanthe CTOC2il2i', deV aconit; deVelléh&re^ du varaire; de la vératrine ; du colchique ; de la belladone ; du datura; du tabac; de la digitale; des diverse* espèces de ciguës et du laurier-rose, etc.
Symptômes déterminés par ces poisons : Vk^ïl^Xïon, cris aigus, délire plus ou moins gai ; mouvemens convulsifs des mua-
des de la face, des mâchoires et des membres ; pupilles dilatées, contractées ou dans l’état naturel ; pouls fort, fréquent, régulier ou petit, lent, irrégulier ; douleurs plus ou moins aiguës à i’épigâstre et dans diverses parties de l’abdomen ; nausées, vomissemens opiniâtres, déjections alvines. Quelquefois, au lieu d’une grande agitation, on observe une sorte d’ivresse, un grand abattement, de l’insensibilité, un tremblement général, et les malades n’ont aucune envie de vomir. Les symptômes que je viens d’énumérer peuvent ne pas se présenter tous chez le même individu ; mais ceux qui se sont manifestés ne cessent jamais complètement, pour reparaître quelque temps après, comme cela a lieu pour les poisons rangés dans deux autres groupes de cette classe, dont je parlerai bientôt.
Lésions de tissu produites par ces poisons. Les organes qui ont été pendant quelque temps en contact avec les substances qui font l’objet de ce paragraphe sont le siège d’une inflammation plus ou moins intense, semblable à celle que produisent les irritans (voy. p. 75). Les poumons, le sang et le cerveau présentent des altérations analogues à celles que développent les poisons narcotiques (voy. p. 622).
Action de ces poisons sur V économie animale. Ils sont tous absorbés ; ils agissent particulièrement sur le cerveau et ,sur quelques autres parties du système nerveux, et déterminent des phénomènes d’excitation et de narcotisme auxquels les animaux succombent ; ils produisent en outre une irritation locale plus ou moins intense, qui ne doit pas être regardée comme la principale cause de la mort.
De la scille.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par le bulbe de scille? (scilla maritima, plante de la famille des liliacés de Jussieu, et de l’hexàndrie monogynie de Linnæus).
Le bulbe de scille rouge (oignon) est très volumineux ; il offre souvent la grosseur d’une tête d’enfant; il est composé de plusieurs lames ou squames superposées; les plus extérieures de ces tuniques sont grandes, larges, minces, transparentes, rouges, presque sèches, et friables ; les plus intérieures sont blanches, très épaisses ; celles qui sont placées entre les deux couches in. 48
dont je parle sont très amples, épaisses, et recouvertes d’une pellicule d’un blanc rosé 5 elles renferment un suc visqueux sans odeur, très amer et très irritant. Le bulbe de scille répand une odeur subtile-, fort âcre et pénétrante, comme celle de raifort. Il est composé de scillitine, de gomme, de tannin, de citrate de chaux, de matière sucrée, de ligneux, et d’un principe âcre et irritant.
Action de la scille sur Véconomiè animale. Les faits observés chez l’homme, et les expériences que j’ai faites sur les chiens, me portent à conclure, que la scille, peu de temps aprè^ son administration, excite le plus souvent des nausées et des vomissemens ; 2° qu’elle détermine l’irritation et l’inflammation des organes sur lesquels elle a été appliquée-, et ces effets sont d’autant plus marqués, que l’animal soumis à l’influence de ce poison tarde plus à périr; 3° que les accidens qu’elle produit ne doivent point être attribués à l’inflammation dont je parle, mais à l’action qu’elle exerce sur le système nerveux après avoir été absorbée ; 4° que cette absorption est suivie de symptômes fâcheux, et même de la mort, lorsqu’on applique sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse 2 ou 4 gram. de poudre de scille mêlée avec autant d’eau ; 5° que la difficulté de respirer qu’éprouvent les animaux empoisonnés par cette substance, paraît tenir à rinfluence nerveuse plutôt qu’à une lésion organique des poumons ; 6° que l’on doit attribuer, du moins pour la plus grande partie, les effets meurtriers de la scille à la scillitine, matière blanche, d’une cassure résineuse, amère, soluble dans l’alcool et ne fournissant point d’acide mucîque quand on la traite par l’acide azotique.
De Vœnanihe crocata (safranée).
L’œnanthe est un genre de la famille des ombellifères de Jussieu, et de lapentandrie digynie àelimnadm. Caractères du genre. L’involucre est composé de plusieurs folioles linéaires, ainsi que les involucelles ; les pétales des fleurs centrales sont égaux, cordiformes; ceux des fleurs de la circonférence sont inégaux entre eux ; les fruits sont ovoïdes, allongés, marqués de côtes longitudinales, couronnés par les cinq dents du calice et par les deux stylés, qui sont fort longs et persistans.
Caractères del’œmnthecrocata (Lin., sp. 365). Sa racine, qui est vivace, est composée d’un faisceau de tubercules charnus, allongés, de la grosseur du petit doigt, remplis d’un suc laiteux blanchâtre, qui devient d’une couleur jaune safranée quand il est exposé à l’air ; sa tige est dressée, rameuse, cylindrique, fistuleuse, cannelée, haute de plus d’un mètre, également laiteuse. Les feuilles sont grandes, à pétioles dilatés à la base, trois fois ailées et formées de folioles profondément incisées, et à divisions obtuses; elles sont vertes et luisantes ; les ombelles sont composées de rayons courts et nombreux, en sorte que les ombellules sont très rapprochées les unes des autres; l’involucre est formé par plusieurs petites folioles linéaires, ainsi que les involucelles. Lès fleurs sont blanches, et serrées les unes contre les autres ; les pétales des fleurs extérieures sont inégaux et plus grands ; les deux styles sont grêles et très longs ; les fruits sont ovoïdes, allongés, relevés de côtes longitudinales, et couronnés par les cinq dents du calice et par les deux styles, qui sont persistons. Cette plante croît dans les prés et les lieux humides de la France (Rich., Bot. méd.).
Action de Vœnanihé crocata sur V économie animale. Lës accidens produits chez l’homme par la racine d’oenanthe crocata me permettent d’établir, 1“ qu’elle doit être rangée parmi les substances vénéneusès ; 2° qu’elle détermine lé plus ordinal^ rement les symptômes suivans, lorsqu’elle est introduite dans l’estomac : chaleur vive au gosier et à la région épigastrique, cardialgie, diarrhée, somnolence , vertiges , aliénation d’esprit, convulsions violentes, état spasmodique très marqué des muscles de la mâchoire ; la peau se couvre quelquefois de taches rosacées, de figure irrégulière, et qui s’élargissent successivement; 3“ qu’elle développé Une inflammation plus ou moins Vive dans les organes avec lesquels elle a été mise en contact; 4® que ses effets délétères dépendent de son absorption et de son action sur le système nerveux.
De Vaconitine^
Hesse a retiré l’aconitine des feuilles de Vaéôniium ■pellus. Elle est blanche, "grenue, non cristalline, de l’éclat du verre, inodore, d’une saveur amère, puis âcre, inaltérable à l’air, peu soluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool, soluble dans l’éther; ces dissolutions sont alcalines f le solutum aqueUx est
précipité par le chlorure de platine. Elle forme avec les acides des sels neutres qui paraissent incristallisables. L’acide azotique la dissout sans la colorer ; chauffée, elle fond facilement, ne se volatilise pas, et fournit des vapeurs ammoniacales en se décomposant. Appliquée sur l’œil , elle dilate la pupille pendant fort peu de temps. Elle est très vénéneuse.
De V aconit nd'pel.
L’aconit est un genre de la famille des renonculacées de Jussieu, et de la polyandrie trigynie de Linnæus.
Caractères du genre. Calice coloré, pétaloïde, caduque, pentasépale; sépale supérieur en forme de casque, grand, et <x)ncave en dessous; corolle le plus souvent formée de deux pétales (nectaires, Lin.) longuement onguiculés à la base, terminés supérieurement par une sorte de petit capuchon , dont l’ouverture inférieure offre une petite languette allongée : ces deux pétales sont cachés sous le sépale supérieur; les capsules sont.au nombre de trois ou dé cinq. Caractères de l’aconitum napellus, Lin., sp. 751. Sa racine est vivace, pivotante, napiforme, allongée, noirâtre, donnant naissance à une tige dressée, simple, cylindrique, glabre, haute de plus d’un mètre. Les feuilles sont alternes, pétiolées, partagées jusqu’à la base de leur limbe en cinq ou sept lobes allongés, subcunéiformes, profondément incisés, et découpés en lanières étroites et aiguës. Les fleurs sont grandes, d’un bleu violet, occupant la partie supérieure de la tige,; elles sont un peu pédoriculées, et disposées en un épi long, souvent de 33 centira. Le calice est pétaloïde, irrégulier, formé de cinq sépales inégaux ; un supérieur plus grand, en forme de casque ou de capuchon, est dressé, convexe; deux latéraux planes, inégalement arrondis, poilus sur leur face interne; deux inférieurs, un peu plus petits, ovales, entiers, également poilus à leur face interne. La corolle est formée de deux pétales irréguliers, longuement onguiculés pu canaliculés à la base, terminés supérieurement par une espèce de petit capuchon recourbé à son sommet, qui est calleux, offrant antérieurement à son ouverture une petite languette roulée en dessus : ces deux pétales sont dressés, et cachés sous le sépale supérieur. Les étamines, au nombre d’environ trente, sont d’inégale grandeur, beaucoup plus courtes que le calice ; les filets sont planes à leur partie inférieure, subulés à leur partie supérieure ; les plus extérieurs sont recourbés en dehors ; les anthères sont cordiformes. Trois pistils occupent le centre de la fleur, et sont allongés, glabres, presque cylindriques, terminés en pointe au sommet; l’ovaire, qui en forme la plus grande partie, est à une seule loge qui renferme environ une vingtaine d’ovules, disposés sur deux rangées longitu?» dinales, et attachés du côté interne. Le fruit est foriné de trois capsules
allongées, qui s’ouvrent par une suture longitudinale placée du côté interne. L’aconit napel croît dans les pâturages élevés des montagnes, dans le Jura, la Suisse, etc. U fleurit en mai et juin (Rich., Bot. méd ).
Action de V aconit na-pel sur T économie animale. Les effets produits sur l’homme et sur les chiens par l’aconit napel me portent à conclure, 1° que les feuilles, la racine et les extraits aqueux et résineux de celte plante jouissent de propriétés vénéneuses très énergiques , susceptibles de déterminer la mort dans un court espace de temps ; 2o que la racine paraît plus active que les feuilles, et l’extrait résineux plus que l’extrait aqueux; 3“ que ce dernier est incomparablement moins actif lorsqu’il a été préparé en faisant bouillir la plante, et en évaporant le décoetum à une température élevée , que dans le cas où il a été obtenu en exprimant le suc de la plante fraîche, et en le concentrant à l’aide d’une chaleur douce; 4° que les effets fâcheux de ces diverses substances se manifestent peu de temps après leur emploi, soit qu’on les ait introduites dans l’estomac ou dans le rectum, soit qu’on les ail appliquées sur le tissu lamineux sous-cuiané delà partie interne delà cuisse, soit enfin que l’on ait injecté dans les veines le liquide par lequel elles ont été traitées , pour en dissoudre le principe actif ; 5° que ce dernier mode d’introduction est celui qui est le plus promptement suivi d’accidens graves; 6° que l’empoisonnement déterminé par cette plante est le résultat de son absorption et de l’action spéciale qu’elle exerce sur le système nerveux, et notamment sur le cerveau; 7° quelle produit une espèce d’aliénation mentale; 8° qu’indépendamment de ces effets , elle occasionne une inflammation plus ou moins intense des organes sur lesquels on l’applique ; 9° qu’elle paraît agir sur l’homme comme sur les chiens; 10° quelle doit probablement une grande partie de ses propriétés toxiques à Vaconîtine.
Les aconitum cammarum, anthora et lyeoctonum , sont également très vénéneux, et paraissent exercer sur l’économie animale le même mode d’action que le précédent.
aconitum ferox (aconit féroce) a été administré à des chiens et à des lapins par M. Péreira qui s’est assuré que sa racine est un des poisons les plus violens , que les extraits alcoolique et
aqueux sont vénéneux , le premier à un plus haut degré que le second ; qu’ils sont absorbés et agissent sur le système nerveux, indépendamment de l’action locale qu’ils exercent sur les nerfs de la partie sur laquelle ils ont été appliqués ; que la cause immédiate de la mort est l’asphyxie ; qu’ils diminuent l’irritabilité du cèeur ; qu’ils déterminent la dyspnée , des convulsions et la paralysie des extrémités (JEdinhurgh journal of naiural and geograpMcal science. Juillet 1830).
De V ellébore noir.
L’ellébore est un genre de la famille des renbnculacées de Jussieu et de là polyandrie polyginie de Linnæus.
Caractères du genre. Calice formé de cinq sépales obtus et assez grands, persistans ; corolle composée dehuit à dix pétales (nectaires, Linn.) tubuleux, rétrécis ïnférieurèment, tronqués au sommet ; étamines nombreuses; fruits capsulaires, allongés, à une seule loge, renfermant plusieurs graines elliptiques attachées sur deux rangées longitudinales. Les racines de toutes les, espèces sont violemment purgatives. Caractères de rHelleborus niger, Linn'., sp. 783. Souche ou tige souterraine, horizontale, charnue, comme articulée, présentant la cicatrice des feuilles dont la base a servi à la former; elle est noirâtre à l’extérieur, blanche en dedans, donnant naissance par son extrémité supérieure aux feuilles, et par les déférens de sa surface extérieure aux fibres radicellaires, qui sont simples, très allongées, charnues, brunâtres, et deviennent noires en se desséchant. Les feuilles, toutes radicales, sont pétiolées, à sept ou huit lobes très profonds, obovales, lancéolés, acuminés, coriaces, glabres, dentés en scie dans leur partie supérieure ; les pétioles sont cylindriques, rougeâtres, longs de 6 à 48 centim., dilatés et membraneux à leur partie inférieure. Les hampes sont de la même hauteur que les pétioles, et supportent une ou deux, fleurs roses, très grandes , pédonculées et penchées : cês fleurs sont accompagnées d’une ou de deux bractées foliacées, de figure variable, vertes ou colorées en rose. Le calice est grand, pétaloïde, coloré, comme campanulé, ouvert, formé de cinq ou six sépales très grands, inégaux, obovales, arrondis, très obtus; les cornets ou pétales (nectaires de Linnæus), au nombre de dix à douze, sont beaucoup plus courts que le calice ; ils sont pédicellés, un peu arqués, inégalement tronqués à leur orifice, ^jui est comme bilabié : leur couleur est jaune verdâtre. Les étamines sont extrêmement nombreuses, et moitié plus courtes que le calice. Les pistils, au nombre de six ou huit, quelquefois même davantage, réunis et rapprochés au centre de la fleur, sont glabres ; l’ovaire est oblong, comprimé latéralement, un peu courbé,
se terminant supérieurement en un style allongé, recourbé en dehors à son sommet, marqué sur son côté interne d’un sillon glanduleux, qui s’élai^it à sa partie supérieure et forme le stigmate. Les pistils se changent eu autant de capsules à une seule loge, renfermant plusieurs graines, et s’ouvrant par une suture lopgitudinale qui règne sur le côté interne. L’ellébore noir fleurit depuis le mois de décembre jusqu’en février et mars. Il croît dans les lieux ombragés et frais des montagnes, en Dauphiné, en Provence, dans les Vosges. Les jardiniers le désignent sous le nom de rose de Noël, époque a laquelle il est toujours en fleur (Richard, 5ot. méd.).
Symptômes déterminés par la racine d’ ellébore noir. Peu de temps après avoir administré cette racine aux animaux des classes supérieures , dit M. Schabel (1), la respiration devient pénible et lente ; les battemens du cœur se ralentissent , et peu de minutes après, l’envie de vomir se manifeste; l’animal vomit des matières bilieuses et muqueuses ; il salive , et présente tous les phénomènes que l’on observe ordinairement dans les grandes douleurs de ventre; il chancelle, vacille comme s’il avait des vertiges ; et s’affaiblit de plus en plus. On remarque un tremblement dans les muscles des extrémités postérieures d’abord, puis, et seulement dans certaines circonstances, dans ceux des pattes antérieures : il arrive tantôt que la respiration et la circulation sont plus rares et plus irrégulières ; tantôt, au contraire , ces fonctions sont altérées, et alors la respiration est douloureuse. Les animaux halètent comme les chiens qui ont très chaud ; la langue est pendante ; la faiblesse des muscles augmente à un tel point, que la démarche devient impossible , et l’animal reste étendu par terre : à cette époque, les efforts pour vomir cessent ' le plus ordinairement, les convulsions se déclarent, augmentent de temps à autre, et ne tardent pas à être suivies de l’opisthotonos, de l’emprosthotonos et de la mort.
Dans certaines circonstances , la respiration et les mouvemens du cœur deviennent plus rares ; ceux-ci sont intermittens, tandis que la respiration est pénible ; la chaleur intérieure et extérieure diminue , phénomène qui est de la plus haute importance pour
(1) Disserlatio inauguralis de effectibus ’veneni radicum veratri albi et lietlcbori nigri, par Schabel, Tubingœ, 1817. La plupart de ces symptômes avaient déjà été décrits par moi dans la première édition de la Toxicologie générale, année 181S.
Jes physiologistes. Plus tard, la sensibilité diminue, l’animal languit et reste couché ; la respiration est rare et faible, et de temps à autre on aperçoit quelques signes de vie qui s’éteint par degrés. Quelquefois, surtout chez les oiseaux, ces poisons agissent comme purgatifs; ils déterminent rarement l’éternuement; la pupille est resserrée ou dilatée.
Lésions de tissu produites, par la racine d’ ellébore noir. Lorsque les animaux soumis à l’influence de cette racine tardent quelque temps à périr, on voit que les parties qui ont été en contact avec le poison sont enflammées; il en est de même de l’intestin rectum. Les poumons sont gorgés de sang , plus pesans que l’eaa , et parsemés de taches brunes ; quelquefois ils sont emphysémateux. Les gros troncs veineux et les cavités droites du cœur renferment une grande quantité de sang noir qui est fluide , si Ton a procédé à l’ouverture du cadavre peu de temps après la mort. Les vaisseaux et la vésicule biliaire, ainsi que les intestins grêles, contiennent beaucoup de bile. Le foie est souvent gorgé de sang.
Action de la racine d'ellébore noir sur V économie animale. Il résulte des expériences tentées sur les animaux, et des observations recueillies chez l’homme , 1“ que la racine de celte plante est vénéneuse pour les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les mollusques, les insectes, et probablement pour tous les autres animaux; 2“ que ces propriétés délétères résident dans la partie soluble dans l’eau ; 3" qu’elle agit avec moins d’énergie, si on l’introduit dans le canal digestif, que dans le cas où on la met en contact avec des plaies saignantes, ou avec la membrane muqueuse des voies aériennes, ou avec le tissu cellulaire souscutané ; 4“ que son action est nulle quand on la place sur l’épiderme, les organes fibreux ou les nerfs; 5“ que sa dissolution aqueuse , injectée dans les vaisseaux sanguins , dans les cavités séreuses, ou appliquée sur des organes pourvus de vaisseaux sanguins, est beaucoup plus active que lorsqu’on la met en contact avec toute autre partie ; 6° que la racine dont je parle est absorbée , portée dans le torrent de la circulation, et détermine des vomissemens violens et diverses lésions du système nerveux, auxquelles les animaux ne tardent pas à succomber ; 1° que néan-
moins elle peut ne pas occasionner la mort, lorsque ayant été introduite dans l’estomac , on laisse aux animaux la faculté de vomir; 8 qu’aucune des substances vénéneuses employées jusqu’à ce jour ne produit aussi promptement le vomissement que cette racine, lorsqu’elle est appliquée sur des plaies saignantes ; 9° que la mort, qui est le résultat de cet empoisonnement, a le plus souvent lieu en une demi-heure ou une heure; quelquefois elle n’arrive qu’au bout de plusieurs heures ; dans d’autres circonstances, quelques minutes suffisent pour la déterminer.
Du varaire.
Le varaire appartient à la famille descolchicées de Dec. et à la polygamie monœcie.
Caractères du genre. Plante monocotylédone , à fleurs polygames, à ‘feuilles ovales nerveuses: des graines oblongues entières; fleurs polygames disposées en panicùles ; calice ou corolle à six découpures égales, colorées; six étamines, trois ovaires distinctifs, trois styles courts, trois capsules oblongues, à deux valves: plusieurs graines membraneuses. Varaire blanc (ellébore blanc). Racine ayant la forme d'un cône tronqué, noirâtre et ridéé au-dehors, blanche à l’intérieur et d’une saveur âcre, longue de 6 à 9 centim., large d’environ 3 centim., à radicules nombreuses , de la longueur de 9 à 12centim., de lagrosseur d’une plume de corbeau, blanches à l’intérieur et jaunâtres à l’extérieur.
Elle agit sur l’économie animale comme l’ellébore noir, et doit ses propriétés vénéneuses au gallate acide de vératrine qu’elle contient.
Cévddille (veratrum sahadilla de Retz ; melanthium de Thunberg; orfilia sahadilla Aq Desc.).
Fleurs hermaphrodites et quelquefois mâles par avortement de l’ovaire ; fruits à 3 loges contenant chacune trois graines obtuses à l’une des extrémités, et presque imbriquées, retenues par un pédicule très court à la suture intérieure (Fbÿ. pour plus de détails la 49* livraison de la Flore de M. Descourtils). La cévadille contient, outre la sabadilline, une matière désignée sous le nom de résine gomme de sabadilline, qui paraît être formée d’un équivalent de sabadilline anhydre et d’un équivalent d’eau ; elle sature les acides, à la manière des alcalis, mais ne donne point de sels cristal lisabies. La cévadilline agit sur l’économie animale par le gallate acide de vératrine qu’elle renferme. .
De la vêratrine.
La vêratrine est une substance végétale alcaline, composée d’oxygène, d’hydrogène, de carbone et d’azote, découverte en i819, par MM. Pelletier et Caventou dans la racine d’ellébore blanc, dans les graines de cévadille et dans la racine de colchique. Elle est solide, blanche, pulvérulente, inodore, mais suscéptible de provoquer des éternuemens violens, lorsqu’elle est appliquée sur la membrane pituitaire, même à une dose très faible5 sa saveur est excessivement âcrcj sans mélange d’amertume; elle fond à 115® c., et offre alors l’apparence de la cire. L’eau bouillante n’en dissout que l/lOOO de son poids, et acqüiertüne âcreté sensible. Elle est décomposée parle feu et laisse un charbon volumineux. L’alcool la dissout à merveille : ce solutum ramène au hleu le pa'pier de tournesol rougi -par un acide; elle est moins soluble dans l’éther que dans l’alcool. L’acide azotique combine avec elle sans la faire passer au rouge, comme celaa lieu avec la morphine, la strychnine impure et la brucine. L’acide sulfurique la colore d’abord en jaune, puis en rouge de sang, et enfin en violet, caractères qqi la distinguent de la Colchicine. Elle forme, avec les acides, des sels incristallisables et avec excès d’acide : cette dernière propriété la rapproche de la picfotoxine {F. page 792).
A ction de la vêratrine sur l’économie animale . Il résulte des expériences faites sur les chiens par M. Magendie, 1° que la vératrine exerce sur l’économie animale une action analogue à celle de l’ellébore blanc, du colchique et de la cévadille, d’où elle est extraite ; 2° qu’elle occasionne promptement l’inflammation des tissus sur lesquels on l’applique ; 3° qu’étant injectée dans les veines, elle exerce encore une action irritante sur les gros intestins ; 4° que, si elle est introduite dans lecanal digestif à très petite dose, elle ne produit que des effets locaux, tandis qu’elle est absorbée et détermine le tétanos, si la quantité employée est plus considérable; elle le produit, à plus forte raison, lorsqu’on l’injecte directement dans les veines.
De la sahadîlline.
Elle fait partie de la cévadille, de la racine d’ellébore blanc et du colchique. Elle estblanche, sous forme d’étoiles solitaires qui paraissent des hexaèdres, très âcre, fusible à 200° cent., et alors elle a un aspect résineux et brunâtre, décomposable par la chaleur sans se sublimer, assez soluble dans l’eau chaude, très soluble dans l’alcool, insoluble dans l’éther, très soluble dans les acides sulfurique et chlorhydrique étendus d’eau, avec lesquels elle forme des sels cristallisables.
Du colchique (colchicum autumnalèj, de l’hexandrie trigynie \de L. et de la famille des colchicées.
Comment peut-oh reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par la racine de colchique?
Caractères. « Le colchique, tel que le commerce le présente, est un .corps ovoïde, de la grosseur d’un marron, convexe d’un côté, et présentant la cicatrice occasionnée par la petite tige (1) , creusée longitudinalement de l’autre, d’un gris jaunâtre à l’extérieur, et marqué ' de sillons uniformes, causés par la dessiccation, blanc et farineux à l’intérieur, d’une odeur nulle, d’une saveur âcre et mordicante (Guiboürt). » Lé colchique a été analysé par MM. Pelletier et Caventop, et a fourni les mêmes principes que la racine d’êllébore blanc; on y a trouvé de la colcMcine, de la sabadüline, de la résine gomme de sabadilline, du gallate adde de vé~ ratrine, de Vélaüne, de la stéarine, un acide volatil, une matière jaune, de l’amidon, du ligneux et de la gomme; il contient, en outre, une grande quantité à’inuline.
Action du colchique sur V économie animale. La racine fraîche du colchique contient un suc laiteux, âcre et caustique, dans lequel se trouve le gallate acide de vératrine; elle me paraît agir sur l’économie animale à-peu-près comme la racine d’ellébore blanc, mais avec moins d’intensité; et si plusieurs auteurs ont élevé des doutes sur les propriétés vénéneuses de cette racine, cela tient probablement à ce qu’ils l’ont employée lorsqu’elle n’é-
(1) Une des deux tiges à fleurs ; elle est enveloppéeni’une spathe.
tait pas en pleine végétation, ou bien lorsque le principe actif avait été détruit en partie par la dessiccation.
De la eolchicine.
Lacolchicine aété extraite des graines du colehîcum autumnoie. Elle cristallise en aiguilles déliées, incolores, inodores, d’une saveur très amère, puis âcre, assez solubles dans l’eau ; ce solutum précipite le chlorure de platine. Quoique n’offrant qu’une faible alcalinité, la eolchicine neutralise complètement les acides et forme des sels en partie cristallisables, dont la saveur est amère et âpre. L’acide azotique concentré la colore en violet foncé et en bleu indigo; la couleur passe bientôt au vert, puis au jaune ; l’acide sulfurique là colore en jaune brun. Elle est très vénéneuse d’après Geiger et Hesse.
De la belladone (atropa belladona).
Hatropa est un genre de la famille dessolanées de Jussieu, et de la pentandrie monogynie de Linnæus.
Caractères du genre. Le calice est à cinq divisions profondes ; la corolle campanulée, plus longue que le calice est partagée en cinq lobes peu profonds et égaux entre eux ; les étamines, au nombre de cinq, ont des filets filiformes ; le fruit est une baie cérasiforme, offrant deux loges et un grand nombre de graines. Caractères de l’atropa belladona, L., sp. 260. Sa racine est vivace, épaisse et rameuse ; sa tige est dressée, haute de 66 à 1 30 centira., cylindrique, velue, rameuse, dichotome. Ses feuilles, alternes ou géminées à la partie supérieure de la fige, sont grandes, courtement pétiolées, ovales, aiguës, velues, et presque entières. Les fleurs sont grandes, solitaires, pédonculées, pendantes, de couleur violette très foncée; elles offrent un calice campaniforme, un peu velu, à cinq divisions ovales, aiguës; une corolle monopétale régulière, en cloche allongée, rétrécie inférieurement en un tube court, et présentant cinq lobes égaux, obtus, peu profonds. Les cinq étamines sont plus coût tes que la corolle, à la base de laquelle elles sont insérées ; les fileis sont subulés, les anthères presque globuleuses. Le pistil se compose d'un ovaire ovoïde, aminci en pointe, à deux loges polyspermes, entouré et appliqué sur un disque hypogyne jaunâtre , d’un style grêle et cylindrique, à-peu-près de la longueur de la corolle, terminé par un stigmate aplati, convexe, légèrement bilobé. Le fruit est une baie arrondie, un peu aplatie , de la grosseur d’une cerise,
d’abord v«rte, puis rouge, et enfin presque noire à l’époque de sa parfaite maturité ; elle est environnée par le calice, et offre deux loges, qui contiennent plusieurs graines réniformes. La belladone est trœ commune aux environs de Paris : on la trouve le long des vieux bâtimens, dans les décombres, etc. Elle fleurit pendant les mois de juin, juillet et août (Rich., Bot. méd.). On distinguera la baie de belladone du raisin, à la forme des graines, qui sont pyramidales dans ce dernier fruit ; il y a d’ailleurs dans la baie de belladone un trophosperme (placenta) qui manque dans le raisin.
Action de la belladone sur V économie animale. Il résulte des expériences faites sur les chiens et des observations recueillies chez l'homme, 1® que les feuilles, la racine, les baies, le suc et l’extrait aqueux de belladone sont très vénéneux, et susceptibles de déterminer des accidens fâcheux peu de temps après leur emploi ; 2° qu’ils occasionnent des symptômes analogues à ceux dont j’ai parlé à la page 74û, qui dès-lors sont insufflsans pour caractériser cet empoisonnement comme on l’avait pensé ; 3° qu’ils n’agissent pas tousavec la même force; 4® que l’extrait préparé, en évaporant à une très doüce chaleur le suc de la plan te fraîche, est incomparablement plus actif que les extraits du commerce, dont l’énergie est, au reste, très variable, suivant la manière dont ils ont été obtenus ; les plus actifs sont ceux qui ont été obtenus en faisant évaporer à uné très douce chaleur le suc de la plante fraîche,- 5° que l’intensité, des effets de ces poisons varie suivant l’organe avec lequel ils ont été mis en contact : ainsi leur action est plus vive lorsqu’on les injecte dans les veines que dans le cas où ils ont été appliqués sur le tissu lamineux sous-cutané de la partie interne de la cuisse , et leur introduction dans l’estomac est suivie d’effets moins fâcheux que par ce dernier mode d’application, tout étant égal d’ailleurs; 6° qu’ils enflamment les tissus sur lesquels on les applique, mais que la phlogose qu’ils déterminent est trop légère pour qu’il soit permis de la regarder comme la principale cause de la mort ; 7° que celle-ci doit être attribuée à l’absorption du poison, à son transport dans le torrent de la circulation et à son action sur le système nerveux, et en particulier sur le cerveau ; 8° qu’ils paraissent agir sur l’homme comme sur les chiens.
Tout porte à croire que c’est surtout àVatropine que la belladone doit ses propriétés vénéneuses.
M. Flourens pense que l’extrait aqueux de belladone, à une dose déterminée, n’agit sur aucune autre partie du cerveau que sur les tubercules quadrijumeaux, et qu’il n’affecte que le sens de la vue, c’est-à-dire les fonctions de ces tubercules . Si la dose est plus forte, l’action s’étend sur les lobes cérébraux : toujours est-il que cette action laisse après elle une effusion sanguine qui. en circonscrit les limites et l’étendue.
De l’atropine.
L’atropine existe dans les racines, les feuilles et la tige de Xatropa helladona. Elle est sous forme de prismes transparens, à éclat soyeux, inodores, d’une saveur amère, solubles dans 600 parties d’eau froide, solubles dans l’alcool absolu et dans l’éther sulfurique., surtout à chaud ; la solution aqueuse hleuit le papier rouge. Chauffée en vases clos, elle fond et se volatilise ; si elle a le contact de l’air, elle brunit et s’enflamme sans laisser de cendre. Mise dans l’eau et exposée à l’air, elle s’altère avec le temps, disparaît et donne,un liquide jaune, dont on obtient par l’évaporation un résidu ineristallisahle, qu’il suffit toutefois de combiner avec un acide, et de traiter par du charbon de sang, pour que les alcalis en séparent de l’atropine susceptible de cristalliser. L’atropine forme, avec les acides, des sels définis. Le sulfate et l’acétate cristallisent plus facilement que l’azotate et le chlorhydrate ; la potasse et l’ammoniaque séparent l’atropine de ces sels. Le chlorhydrate de chlorure d’or, légèrement acide, mêlé avec ces alcalis, fournit un précipité jaune citron, d’une structure cristalline, qui paraît être un sel double. La solution aqueuse d’atropine précipite en blanc par la noix de galle, et en Isabelle par le chlorure de platine. Lors même qu’elle est très étendue, l’atropine dilate promptement la pupille, et cette dilatation persiste (Mein, Journal de pharmacie^ février, 1834).
Du datura stramonium (pomme épineuse).
Le datura est un genre de la famille des solanées de Jussieü, et de la pentandrie monogynie de Linnæus.
Caractères du genre. Le calice est grand, dilaté à sa base, plus rétréci à la partie supérieure, à cinq dents, et comme à cinq angles ; la corolle, tubuleuse à sa base, est en forme d’entonnoir.; elle offre cinq plis longitudinaux qui correspondent aux cinq dents de son limbe ; le stigmate est bifide, les cinq étamines sont attachées au tube de la corolle. Le fruit est une capsule à quatre loges, communiquant ensemble deux à deux par leur partie supérieure, et s’ouvrant en quatre valves. Caractères du datura stramonium, sp., 28S. C’est une plante annuelle, dont la tige dressée, rameuse, cylindrique, creuse intérieurement, glabre, s’élève à plus à’un mètre. Ses feuilles sont alternes, grandes, pétiolées, glabres, ovales, aiguës, anguleuses, et sinueuses sur leurs bords. Ses fleurs sont très grandes, solitaires," situées ordinairement à la bifurcation des rameaux ; le calice est vert, vésiculeux, à cinq angles et à cinq dents; la corolle est grande, blanche ou légèrement lavée de violet; son tube, plus long que le calice, va en s’évasant insensiblement pour former le limbe, qui offré cinq dents, cinq angles et cinq plis. La capsule est ovoïde, .hérissée de pointes raides ; elle est à quatre loges , qui renferment chacune un grand nombre de graines réniformes, brunes et à surface chagrinée, attachées à un trophosperme saillant ; elle s’ouvre en quatre valves. Cette plante paraît originaire d’Amérique; elle s’est naturalisée en France avec tant de profusion, qu’elle y paraît indigène. Elle , fleurit en été et en automne (Rich., Bot. méd.).
Action du datura stramonium sur l’économie animale. Les feuilles, la racine, le suc, l’extrait de cette plante, ainsi que le décoctum des capsules, agissent avec la plus grande énergie sur l’honime et sur les chiens : leur mode d’action a tant de rapports avec celui de la belladone, que je crois pouvoir me dispenser de le faire connaître pour éviter des répétitions fastidieuses ; je ferai observer seulement que \e, datura paraît exciter plus fortement le cerveau, et déterminer une action générale plus intense que la belladone, action qui est due, en grande partie du moins, à la daturine {F. p. 757).
De la daturine.
Les graines de datura stramonium contiennent, d’après Geiger et Hesse, un alcali auquel ils ont donné le nom de daturine, et qui est sous forme de prismes incolores, très brillans et groupés, inodores, d’une saveur d’abord amère, puis âcre comme celle du tabac. Distillée, la daturine se volatilise en partie ; mais il s’en décompose une portion notable qui donne de l’ammoniaque. Elle ne se volatilise pas dans l’eau chaude. Elle se dissout dans 280 parties d’eau froide et dans 72 parties d’eau bouillante ; elle
est moins altérable par ce liquide aéré que l’atropine et l’hyosciamine. L’alcool la dissout très bien, elle est moins soluble dans l’éther. La solution aqueuse A/emï le papier rouge. Les sels qu’elle forme avec les acides donnent de très beaux cristaux, qui sont en général inaltérables à l’air, et facilement solubles. Elle est très vénéneuse, et détermine, lorsqu’on la porte sur l’œil, une forte dilatation de la pupille, qui persiste pendant plusieurs jours (Journal dejtharm., février 4834).
Du tahac.
Le tabac (nicotiana tahaeurn) est une plante de la famille des solanées et de la pentandrie monogynie de L.
Caractères. Calice d’une seule pièce, en godet, découpé en cinq segmens aigus et légèrement velus ; corolle monopétale en entonnoir, d’une couleur rose purpurine ou ferrugineuse, à tube deux fois plus long que le calice, à limbe plane et ouvert en godet, et à cinq divisions égales, courtes et pointues ; cinq étamines rapprochées du stigmate avant la fécondation, formant comme une espèce de couronne, mais qui s’éloigne lorsque cet organe a été fécondé: capsule ovoïde, opaque, creusée de quatre stries, à deux loges, s’ouvrant au sommet en quatre parties, contenant un grand nombre de semences très ünes ; l’embryon des graines est courbé et placé dans l’axe du périsperme; fleurs en paniculeàjl’extrémité des rameaux; tige d’un mètre 30 c. à 4 m- 10 c. , cylindrique, forte, grosse comme le pouce, légèrement velue et pleine de moelle : feuilles grandes, ovales, lancéolées, sessiles, etmême allongées sur la tige de l’un et l’autre côté de leur interstice; leur sommet est aigu, leurs bords légèrement ondés, leur surface velue et à nervures très apparentes, leur couleur un peu jaunâtre ou d’un vert pâle. La racine est fibreuse, rarement blanche et d’un goût fort âcre.
Aetion du tahac sur l’économie animale. Les diverses expériences qui ont été faites sur les chiens, et les observations recueillies chez l’homme, prouvent, 4° que les feuilles de tabac, dont on fait une si grande consommation dans le commerce, sont très vénéneuses, soit qu’on les applique sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse, soit qu’on les introduise dans le canal digestif ; 2° qu’elles produisent une irritation locale susceptible de développer une inflammation plus ou moins vive ; 3° que les acidens fâcheux qui sont la suite de leur emploi, et parmi lesquels on distingue surtout des vomissemens
opiniâtres et un tremblement général, dépendent particulièrement de l’absorption de la nicotine et de son action sur le système nerveux ; 4° que le tabac qui a été traité à plusieurs reprises par l’eau bouillante, conserve à peine quelque action sur l’économie animale, tandis que le liquide dans lequel on l’a fait bouillir jouit des propriétés vénéneuses les plus énergiques; 5“ que l’activité de ce principe est plus grande lorsqu’on l’injecte dans^l’anus que dans le cas où il est appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané delà partie interne de la cuisse, et à plus forte raison qué lorsqu’il est introduit dans l’estomac ; 6“ que X huile ernpyreumaiique préparée en distillant les feuilles de tabac à la température de 100“ th. cenligr. jouit de la plus grande énergie lorsqu’on la met en contact avec la langue ou l’inieslin rectum ; T qu’elle agit sur le système nerveux d’une manière qu’il n’est pas encore facile de déterminer ; 8“ qu’elle n’exerce aucune action directe sur le cerveau, ni sur les troncs des nerfs ; 9® que ces divers poisons paraissent déterminer les mêmes effets chez l’homme que sur les chiens.
L’extrait de nieotiana rustiea est moins actif que le précédent ; il produit des accidens analogues.
De la nicotine.
La nicotine a été extraite, par Posselt et Reimann, de différentes espèces de nieotiana, du machrophylla rustiea et glutinosa, où elle paraît exister à l’état d’acétate. Elle est liquide, transparente, incolore ou presque incolore, d’une odeur qui rappelle celle du tabac, d’une saveur âcre et brûlante qui persiste long-temps. Elle ramène au hleu le papier de tournesol rougi, elle distille à 140", et se décompose à 246" en répandant une fumée blanche qui brunit le papier de curcuma ; si on en imprègne une mèche, celle-ci brûle avec une vive lumière et en donnant une fumée fuligineuse. Elle se mêle avec l’eau en toutes proportions. L’éther la dissout facilement. Elle forme avec les acides des sels crisiallisables ou non, d’une saveur-de tabac, brûlante et âcre, incolores, et solubles pour la plupart dans l’alcool et dans rea.u, paraissant insolubles dans l’éther.
Action de la nicotine sur l’économie animale. Lorsqu’on ni. 49
appli^e deux ou trois gouttes de nicotine sur la langue des chiens, les animaux éprouvent des vertiges; bientôt après, la respiration est précipitée et haletante; cet état continue pendant quelques secondes, et alors les animaux tombent et paraissent ivres. Loin d’offrir de la raideur et des mouvemens convulsifs, ils sont affaissés et flasques ; toutefois leurs pattes antérieures offrent un léger tremblement. Cinq ou six minutes après l’application du poison sur la langue, ils poussent des cris plaintifs et raidissent légèrement la tête en la portant un peu en arrière ; les pupilles sont excessivement dilatées et la respiration calme; les animaux ne peuvent plus se soptenir sur leurs pattes; cependant, ils se rétablissent en général au bout d’un certain temps.
Si la dose de nicotine employée est de cinq à six gouttes, outre les accidens précités, les animaux éprouvent encore de légers mouvemens convulsifs et périssent au bout de dix à douze minutes. Ouverture des cadavres. Les membranes du cerveau sont légèrement injectées et les vaisseaux qui rampent à leur surface sont gorgés de sang; cette injection se fait surtout remarquer à gauche et à la base du cerveau. Celui-ci, de consistance ordinaire , est légèrement piqueté dans les deux substances qui le composent ; les corps striés sont très injectés, ainsi que le pont de Varole. Les membranes qui enveloppent le cervelet sont encore plus injectées que les autres parties. Il existe entre la première et la deuxième vertèbres cervicales du ^ôté droit, c’est-à-dire du côté où l’animal était tombé, un épanchement de sang assez considérable. Les poumons paraissent être à l’état normal. Le cœur, dont les vaisseaux sont gorgés de sang est grandement distendu, surtout à droite, par des caillots de sang; les oreillettes et le ventricule droit en contiennent beaucoup. Le ventricule gauche n’en renferme pas. Les veines caves supérieure et inférieure et l’aorte sont également distendues par des caillots de sang demi-fluide. La langue est corrodée sur la ligne médiane et vers son tiers postérieur où l’épithélium s’enlève avec facilité. On trouve dans l’intérieur de l’estomac une matière poisseuse noirâtre, et un liquide sanguinolent qui semble être le résultat d’une exsudation sanguine. Le duodénum est enflammé par plaques; le reste du canal intestinal paraît sain.
De la digitale -pourprée.
La digitale est un genre de la famille des scroplmlariées de Jussieu et de la didynamie angiospermie de Linnæus.
Caractères du genre. Calice persistant, à cinq divisions profondes et inégales; corolle irrégulièrement évasée, à limbe ouvert, oblique, à quatre ou cinq lobes inégaux; style terminé par un stigmate bifide; capsule ovoïde, acuminée, s’ouvrant en deux valves. Caractères de la tafe pourprée. Racine bisannuelle, allongée, garnie de fibrilles nombreuses ; tige dressée, simple, cylindrique, tomenteuse, blanchâtre, haute de 66 cent, à lin mètre; feuilles alternes, pétiolées, grandes, ovales, aiguës, denticulées et sinueuses sur les bords, blanchâtres et tomenteuses en dessous, d’un vert clair en dessus; fleurs très grandes, d’un beau rouge pourpre, pédonculéès, accompagnées chacune à leur base d’une bractée foliacée, formant à la partie supérieure de la tige' un long épi dans lequel les fleurs sont toutes penchées et tournées d’un seul côté. Le calice est monosépale, tomenteux en dehors, profondément partagé, en cinq lanières un peu inégales, lancéoléés, aiguës. La corolle est monopétale, irrégulière, courtement tubuleuse à sa base, considérablement dilatée â sa partie supérieure, qui est partagée' en cinq lobes irréguliers et arrondis; elle est de couleur pourpre claire, . tachée en dedans de points noirs environnés d’un cercle blanc, et garnis de quelques poils longs et mous. Les étamines, au nombre de quatre, sont didynames, et appliquées contre la partie supérieure de la corolle ; les a'nthèfes'sont formées de deux loges arrondies, écartéæ à leur partie inférieure ; les filets sont un peu aplatis et un peu courbés â leur base, vers le point où ils s’attachent à la corolle. Le pistil se compose, 4“ d’un ovaire central, pyramidal, et terminé en pointe à son sommet ; il offre deux loges contenant un grand nombre d’ovules attachés à un gros trophosperme, saillant sur le milieu de la cloison ; %° d’un stylé assez long, cylindrique, un peu incliné vers la partie inférieure de la corolle; "3“ d’un stigmate petit et légèrement bifide. Le fruit, qui succède à ce pistil, est une capsule ovoïde, un peu pointue, environnée à sa base par le calice, et s’ouvrant lors de sa maturité en deux valves. La digitale pourprée n’est point rare aux environs de Paris; elle y croît dans les bois montueux, à Meudon, Versailles, Ville-d’Avray, etc.; elle est excessivement commune dans le Nivernais et dans d’autres provinces de la France, où elle couvre tous les champs. Elle fleurit en juin, juillet et août (Rich., Bot. méd.).
Action de la digitale sur ï économie animale. Il résulte des expériences faites sur les chiens, et des observations recueillies chez l’homme, 1° que les feuilles, les extraits aqueux et rési-
neux, ainsi que la teinture alcoolique de digitale pourprée,' jouissent de propriétés vénéneuses très énergiques à une certaine dose ; 2° que la poudre est moins active que l’extrait aqueux, et celui-ci moins que l’extrait résineux ; 3° que l’intensité des effets déterminés par ces poisons varie suivant l’organe avec lequel ils ont été mis en contact : ainsi l’action des extraits de digitale introduits dans l’estomac est moins vive que s’ils avaient été appliqués sur le tissu Jamineux sous-cuiané de la partie interne de la cuisse, et dans ce dernier cas elle est moins énergique que lorsqu’ils ont été injectés dans la veine jugulaire; 4" qu’ils déterminent d’abord le vomissement; 5° qu’ils exercent sur les organes de la circulation une action qui varie suivant la disposition des individus : en effet, tantôt les battemens de cœur sont ralentis, tantôt ils sont accélérés, intermittens , etc. ; d’autres fois il est impossible d’observer le moindre cliangemenl dans la manière dont la circulation s’opère (1) ; 6“ que les effets meurtriers de ces composés dépendent de leur absorption et de leur action sur le cerveau, dont ils déterminent une sorte de stupéfaction momentanée; T qu’indépepdamment de cette action, ils enflamment les tissus avec lesquels on les met en contact ; 8° que l’extrait résineux, introduit dans l’estomac, ou appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané, semble agir particulièrement sur le cœur ou sur le sang : du moins on trouve ce fluide coagulé lorsqu’on ouvre les cadavres immédiatement après la mort ; 9° que la digitale paraît agir sur l’homme comme sur les chiens. Tout porte à croire que la digitale doit en grande partie du moins ses propriétés vénéneuses à un principe particulier ; déjà quelques chimistes ont annoncé avoir retiré ce principe, qu’ils ont désigné sous le nom de digitaline mais de nouvelles recherches sont encore nécessaires pour mettre l’existence de cet alcali hors de doute.
(1) Le docteur Gérard pense que la digitale est un puissant sédatif du cœur etdn système nerveux, poui vu qu’elle soit placée dans un estomac sain, car si cet organe est affecté de plilegmasie aiguë ou chronique, au lieu de ralentir la circulation, la digitale détermine des phénomènes opposés {Disserlatioii inaugurale soutenue à r Ecole de ParU, année 1819),
De la grande ciguë (conium maculatum).
Le conium est un genre de la famille des ombellifères de Jussieu, et de la pentandrie digynie de Linnæus.
Caractères du genre. L’ovaire est infère, le limbe du calice entier; les cinq pétales inégaux, obcordés; le fruit est globuleux, comme didyme; chaque moitié latérale est relevée de cinq côtes longitudinales tuberculeuses. Les fleurs sont blanches , Tinvolucre se compose de quatre à huit folioles réfléchies ; les involucelles sont formés d’une seule -foliole large , trifide, dirigée du côté externe des ombellules. Caractères de la grande ciguë (cicuta major, Lam., Fl. fr., 3, p. -1041 ; conium maculatum, L , sp. 349). Racine bisannuelle, allongée, fusiforme, blanche et un peu rameuse, de la grosseur du doigt indicateur ; tige herbacée, dressée, très rameuse, glabre, cylindrique, striée, offrant des taches d’une couleur pourpre foncé, haute d’un à deux mètres, fistuleuse; feuilles alternes, sessi.ies, très grandes, , tripinnées, à folioles ovales, lancéolées, incisées, etdenticulées, les plus inférieures presques pinnatifides, d’une couleur vert foncé,, un peu luisante en dessus ; fleurs blanches, petites, ombellées; ombelles composées d’environ dix à douze rayons, à la base desquels on trouve un involucre régulier de 4 à 8 petites folioles réfléchies, lancéolées, aiguës, étroites : om* bellules accompagnées d’un involucelle formé d’une seule foliole étalée, tournée en dehors, large et profondément trifide ; ovaire infère, globuleux, strié, rugueux, biloculaire ; limbe du calice formant un petit bourrelet circulaire entier ; corolle de cinq pétales étalés, un peu inégaux, obcordiformes ; cinq étamines alternes avec les pétales, un peu plus longues qu’eux; filets subulés; anthères globuleuses à deux loges blanchâtres. Le sommet de l’ovaire est surmonté d’un disque épigyne blanchâtre, à deux lobes un peu aplatis, qui se confondent avec deux styles très courts, divergens, terminés chacun par un petit stigmate globuleux. Le fruit est presque globuleux et comme didyme, offrant, sur chaque moitié latérale, cinq côtes saillantes et tuberculeuses. La grande ciguë croît dans les lieux incultes, le long des fossés, dans les décombres. Elle fleurit au mois de juin (Rich., Bot. méd.).
De la ciguë aquatique aquatica de Lamk.).
La cicutaria est un genre de la famille des ombellifères de Jussieu, et de la pentandrie digynie de Linnæus.
Caractères du genre. L’involucre général est composé d’une à trois folioles linéaires ; quelquefois il manque entièrement: les involucelles sont
formés de plusieurs petites folioles très étroites, quelquefois aussi longues que les ombellules; les pétales sont étalés, presque égaux, subcordiformes, leur sommet étant relevé en dessus. Le fruit est globuleux, presque didyme ; il est couronné par les deux styles et les cinq petites dents du calice ; chacune de ses faces latérales offre cinq côtes peu saillantes et d’une couleur plus foncée. Caractères de la dentaire aquatique ( cicutaria aquatica, Lamk. Ciguë vireuse, cicuta virosa, Linnæus). Plante vivace, dont la racine, assez grosse, blanchâtre et charnue, est garnie de fibres allongées, et creusées intérieurement de lacunes ou cavités remplies d’un suc laiteux et jaunâtre. Sa tige est dressée, rameuse, cylindrique, creuse, glabre, striée, verte, haute de 66 c. à un mètre; ses feuilles, surtout les inférieures, sont très grandes, décomposées, tripinnées; les folioles sont lancéolées, aiguës, étroites, très profondément et irrégulièrement dentées en scie; assez souvent deux ou trois de ces folioles sont réunies et confluentes par leur base; les pétioles des feuilles inférieures sont cylindriques, creux, striés longitudinalement; les feuilles supérieures, moins composées, ont des folioles presque linéaires et dentées ; les ombelles situées à l’extrémité des ramifications de la tige, sont composées de dix à quinze rayons presque égaux ; l’involucre, quand il existe, est formé le plus souvent d’une æule foliole linéaire; les involucelles sont de plusieurs folioles linéaires, aussi longues et même plus longues que l’ombellule elle-même ; les fleurs sont petites et blanches; les pétales, étalés en rose, sont presque égaux entre eux; ils sont ovales, uij peu concaves, subcordiformes, ayant le sommet relevé en dessus ; les deux styles sont assez courts et divergeas ; les fruits sont globuleux, presque didymes, couronnés par les styles et les cinq dents du calice/ et offrent sur chacune de leurs faces convexes et latérales cinq côtes peu saillantes et' simples. La dentaire aquatique, ou ciguë vireuse, croît en France, sur le bord des fossés, des ruisseaux et des étangs (1) (Rich., Sot.mérf.).
(1) Il existe à l’égard de cette plante une erreur très grave, et qui me parait dgs plus dignes d’être signalée. Presque toutes les figures que l’on a données, dans ces derniers temps, de la cicuta virosa, représentent une autre espèce du même genre, originaire de l’Amérique septentrionale,^ et que l’on cultive dans tous les jardins de botanique, savoir : la cicuta maculata. L. Bulliard me paraît être le premier qui, dans son Herbier, de la France, ait commis celte erreur : en effet, la plante qu’il a représentée, planche 151, sous le nom de cicuta virosa, est évidemment la cicuta maculata ; il aura infailliblement dessiné sa figure d’après un échantillon cueilli dans un jardin où la plante de l’Amérique septentrionale prospère très bien. La plupart de ceux qui après lui ont voulu donner une figure de la ciguë vireuse, ont simplement copié la sienne, et ont par conséquent commis la même erreur que lui : ainsi la figure de la Flore du Dictionnaire des sciences médicales et plusieurs autres ne représentent pas la ciguë vireuse.
Voici, d’après mon collègue, le professeur Rjchard, les caractères distinctifs de ces deux espèces ;
1° La ciguë vireuse a une racine blanchâtre, cbarntic, perpendiculaire, creusée
P fl la, petite çiga'ê (fiethjisa pynapiuia),
Vœthusa est un genre de ia famille des ombellifères de Jus-sien et de la pentandrie digynie de Lînnæus.
Caractères du genre. Le caractère qui distingue ce genre de la ciguë est d’offrir un fruit dont les côtes sont lisses au lieu d’être tuber^euses. Le limbe de son calice est subquinquédenté ; les pétales inégaux, blancs et obcordés; le fruit globuleux, offrant dix stries lisses; l’involucre manque souvent, ou se compose d’une à deux folioles ; les involuceües sont formés de quatre à cinq folioles linéaires, allongées, rabattues et pMidantes d’un seul côté. Caractères de Vœthusa cynapium, Linn., sp, 367, Bacine annuelle, fusiforme, terminée en pointe très longue, blanche, donnant naissance à des ramifications latérales grêles ; tige dressée, ranaeuse, çylindrîgue, fistuleuse, lisse, glabre, glauque, souvent rougeâtre dans sa partie inférieure, haute de plus d’un mètre, à rameaux courts et peu étalés; feuilles alternes sessiles, bi ou tripinnées, à segmens très aigus, incisés et dentés, d’un vert foncé, luisantes en dessous ; fleurs blanches, disposées en onabelles planes, composées d’environ une vingtaine de rayons inégaux, ceux de la circonférence plus longs que ceux du centre ; point d’inyolucre; iqvoluçelles de quatre à cinq folioles linéaires, rabattues et pendantes d’un seul côté; ovaire infère, ovoïde, subglobuleux, strié; limbe du calice offrant cinq petites dents ; corolle de cinq pétales, presque égaux, obcordés, étalés ; cinq étamines un peu plus longues que les pétales ; disque épigyne blanohâtre, à deux lobes couronnant le sommet de rovaire ; deux styles divergens, courts, terminés par deux stigmates très petits; fruit globuleux, un peu comprimé, d’un vert foncé, offrant cinq côtes saillantes, lisses sur chacune de ces moitiés latérales. La petite ciguë est très commune dans les lieux cultivés, les jardins potagers, etc., où elle croît souvent mélangée avec le persil et le cerfeuil. Elle fleurit en juillet (Rich., Bot: méd.).
intérieurement de lacunes pleines d’un suc laiteux. La ciguë maculée a une racine longue et rampante horizontalement sous la terre, et qui donne naissance, par ses ramifications, aux tiges. 2“ La ciguë vireuse a la lige entièrement verte. La ciguë maculée est marquée de taches pourpres comme la grande ciguë {coniitm vtacular«m,Lin.). 3“ Les folioles de la ciguë vireuse sont très allongées, lancéolées, étroites, aiguës, profondément découpées en dents de scie irrégulières. Dans la ciguë maculée, les folioles sont ovales, aiguës, régulièrement dentées en scie. 4° Enfin, dans la ciguë vireuse, les folioles des involuceües sont aussi longues et souvent plus longuesque les ombellules, tandis qu’elles sont constamment plus courtes dans la ciguë maculée. Je pourrais pousser plus loin cet examen comparatif; mais je crois en avoir dit assez pour bien faire ressortir les différences spécifiques qui existeitt entre ces deux plantes.
Caractères propres à la distinguer du persil. Les pétales du persil sont arrondis, égaux, courbés en cœur. Les ombelles du persil sont toujours pédoncolées, et souvent garnies d’une collerette à une seule foliole ; les ombelles de la petite ciguë sont dépourvues de collerette générale. Les feuilles du persil ont une odeur agréable; celles de la petite ciguë répandent une odeur nauséeuse lorsqu’on les froisse entre les doigts. Les feuilles de la petite ciguë sont d’un vert noirâtre en dessus, et luisantes en dessous; enfin la racine du persil est plus grosse que celle de la petite ciguë.
Action de ces diverses espèces de ciguë sur l’économie animale. ItQ?) expériences tentées sur les animaux vivans, et les observations recueillies chez l’homme me permettent de conclure, 1° que les feuilles , la racine et le suc de ces plantes en pleine végétation, jouissent de propriétés vénéneuses très énergiques ; 2® que l’extrait aqueux obtenu en évaporant au bainmarie le suc fourni par les feuilles ou les racines en pleine végétation, est encore plus actif, tandis qu’il jouit à peine de quelques propriétés toxiques, ou même qu’il est tout-à-fait inerte lorsqy.’il a été préparé en évaporant à une température élevée le dêcoctum aqueux de la poudre sèche; 3° que ces diverses parties sont beaucoup moins actives quand les plantes dont je parle ont été cueillies quelque temps avant la floraison ; que leurs effets sont beaucoup plus marqués lorsqu’on les applique siir le tissu lamineux sous-cutané de la partie interne de la cuisse, que dans" le cas où on les introduit dans l’estomac ; 5“ que le suc des feuilles ou des racines , ainsi que l’extrait aqueiix, agissent encore avec beaucoup plus d’énergie quand on les injecte dans la veine jugulaire que lorsqu’ils ont été appliqués sur le tissu cellulaire sous-cutané ; 6“ que ces diverses préparations enflamment les tissus avec lesquels on Jes met en contact; T qu’indépendamment de celte iésion, elles sont absorbées, portées dans le torrent de la circulation, etvont agir sur le système nerveux, et particulièrement sur le cerveau, action à laquelle il faut attribuer la mort qu’elles déterminent ^ 8® qu’elles paraissent agir sur l’homme comme sur les chiens; 9® que la ciguë aquatique (virosa, de Linnæus) est plus vénéneuse que la grande ciguë; 10® que le suc fourni par les feuilles de cette dernière qui n’est pas encore en pleine végétation paraît plus actif que celui que l’on peut obtenir avec les racines, tout étant égal d’ailleurs. Les
effets délétères de la grande ciguë doivent surtout être attribués à la eonicine.
De la eonicine.
La eonicine est le principe actif du coniuni niaculaium ; on la retire particulièrement des semences. Elle est sous forme d’un liquide huileux, jaunâtre, plus léger que l’eau, d’une odeur forte et pénétrante, qui rappelle à-la-fois celle de la ciguë, du tabac et de la souris ; sa saveur est très âcre et corrosive ; son alcalinité est très développée. Mise dans le vide , en présence de corps très avides d’eau, la eonicine se volatilise en partie, et laisse pour résidu un enduit rougeâtre, poisseux, très âcre, qui paraît être la eonicine anhydre. La vapeur de la eonicine est inflammable, et donne lieu à des vapeurs blanches lorsqu’elle est en contact avec un tube imprégné d’acide chlorhydrique. Elle est à peine soluble dans l’eau, et très soluble dans l’alcool, dans l’éther et dans les acides ; ceux-ci la saturent et donnent des sels ; pendant la saturation, les liqueurs prennent une teinte d’un vert bleuâtre, qui passe plus tard au rouge brun. Elle fournit avec l’acide iodique un précipité blanc abondant, analogue à celui que l’on obtient avec la quinine, la cinchonine, la strychnine et la brucine.
Les sels de eonicine évaporés, soit dans le vide, soit à l’air libre, perdent une partie de leur base; ils sont déliquescens, solubles dans l’eau et dans l’alcool. Le solutum aqueux forme, avec le tannin pur, un précipité blanc caséiforme très volumineux, soluble dans l’alcool à 30 degrés. Le sulfate, le phosphate, l’azotate et l’oxalate de eonicine, cristallisent en prismes d’un assez grand volume. La eonicine a été découverte par Giesecke et Geiger, et étudiée depuis par MM. Bouiron-Charlard et O. Henry {Journal de ehiin. méd.^ année 1836).
Action sur l’économie animale. Il résulte des expériences intéressantes du docteur Chrisiison , 1" que la eonicine est un poison d’une activité extraordinaire, à peine inférieure à celle de l’acide cyanhydrique : deux gouttes appliquées sur une blessure ou sur l’œil d’un chien , d’un lapin on d’un chat, occasionnent souvent la mort en moins de quatre-vingt-dix secondes ; la
même quantité , injectée sous forme de chlorhydrate dans la veine fémorale d’un chien, l’a tué en trois secondes au plus; 2° que son activité est plutôt augmentée qu’atténuée par sa combinaison avec les acides, notamment avec l’acide chlorhydrique ;
qu’elle ne produit pas de coma, soit qu’on l’administre libre ou à l’état de sel ; qu’elle n’agit en aucune façon sur le cœur; 5“ qu’elle possède une action locale irritante, et que ses effets consécutifs consistent uniquement dans la production d’une paralysie qui se développe promptement dans le système musculaire, et qui a toujours une terminaison fatale par suite de la paralysie des muscles delà respiration.
Du laurier-rose (nérium oleander).
Cet arbrisseau appartient à la pentandrie ntonogynie de Linné, et à la famille des apocynées de Jussieu.
Calice persistant, très petit, à cinq divisions linéaires et aiguës: corolle monopétate, en entonnoir; son tube se dilate insensiblement; son limbe est grand, ouvert et découpé profondément en cinq divisions obtuses et obliques, garnies à leur base intérieure d’appendices pétaloïdes, colorés, dentés, découpés en deux ou plusieurs lobes sailians hors du tube et formant une couronne frangée : cinq étamines insérées au tube, dont les anthères sont droites, rapprochées, terminées par un ület coloré ou des houppes soyeuses, roulées en spirale les unes sur les autres : un style simple, à peipe visible ; son stygmate tronqué est porté sur un rebord annulaire : ovaire supérieur et oblong ; le fruit est composé de deux follicules coniques terminés en pointe, dans lesquels se trouvent des semences aigrettées, qui se recouvrent les unes les autres comme les écailles de poisson : fleurs terminales et en bouquets lâches, roses ou blanches. Arbrisseau de 2 à 3 mètres, dont la tige est droite, l’écorce pourpre, verte ou grisâtre; jles rameaux lon^, grêles et redressés : feuilles à courts pétioles, opposées, souvent ternées, lancéolées, un peu étroites (elles ont près de 1 2 centimètres de longueur sur 20 millimètres de largeur au milieu), entières, pointues, glabres, raides, d’un vert foncé, et chargées d’une forte nervure en dessous. La racine est ligneuse et jaunâtre; elle pousse plusieurstiges droites et lisses. Toute la plante a une saveur amère très âcre.
Action du laurier-rose sur V économie animale. Il résulte des observations recueillies chez l’homme, et des expériences faites sur les chiens, les chevaux, les moutons, etc. : 1“ que le
bois et les feuilles du laurier-rose, ainsi que l’extrait de l’eau distillée de ces mêmes feuilles, jouissent de propriétés vénéneuses plus ou moins énergiques ; 2° que l’extrait est plus actif que les feuilles, dont l’énergie surpasse de beaucoup celle de l’eau distillée ; 3° que l’activité de ces poisons varie suivant l’organe avec lequel ils ont été mis en contact : ainsi l’extrait détermine des accidens beaucoup plus fâcheux lorsqu’il est injecté dans la veine jugulaire, que dans le cas où il a été introduit dans l’estomac, ou appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse ; U° qü’ils occasionnent presque constamment le vomissement ; 5° qu’ils enflamment légèrement les tissas sur lesquels on les applique; 6° qu’indépendamment de cette lésion, ils sont absorbés, portés dans le torrent de la circulation; et qu’ils agissent sur le système nerveux et sur le cerveau, dont ils déterminent la stupéfaction.
Du mouron des champs, de V aristoloche^ de la rue et du tanguin.
Le mouron des champs (anagallis arvensis), administré à des chiens et à des chevaux à l’état d’extrait et de decoctum aqueux, a déterminé des tremblemens des muscles du train postérieur, des vertiges, de l’insensibilité, des selles et la mort. A l’ouverture des cadavres, on a trouvé la membrane muqueuse du canal digestif enflammée.
V aristoloche (aristolochia clematitis) est absorbée et exerce une action stupéfiante sur le système nerveux ; elle produit aussi une légère inflammation des tissus sur lesquels on l’applique.
La rue (ruia graveolens) est absorbée et exerce en outre une irritation locale capable de déterminer une inflammation plus ou moins vive, qui en général m’a paru peu intense. L’huile, essentielle de rue, injectée dans les veines, agit comme les narcotiques ; il est probable qu’elle exerce le même mode d’action lorsqu’on l’introduit dans l’estomac ; mais elle est peu énergique.
Le tanguin de Madagascar est le fruit d’un arbre que Dupelit-Thouars a nommé tanghiriia venenifera, et qu’il croit appartenir à la famille des apocynées. Caractères du fruit sec. Il est
composé d’un brou sec, giisâtre, cotonneux intérieurement, filamenteux extérieurement, recouvert d’un épiderme brun noirâtre, luisant, comme vernissé et sillonné de rides parallèles, longitudinales. Ce brou, de forme ovoïde, se termine en pointe à l’une de ses extrémités, vers laquelle tous les filamens convergent; ildonne au fruiile volume d’une pêche de moyenne grosseur. Cette première enveloppe recouvre un noyau ligneux, amygdaloïde, aplati, irrégulièrement sillonné et percé à sa surface, de même q ue le noyau de l’amandier, mais double et même triple en grosseur. Sa forme est quelquefois"plus ronde qu’ovale: toujours l’une de ses extrémités est terminée en pointe. Comme le fruit de l’amandier, il offre une suture marginale dans le sens de sa longueur, et suivant laquelle les deux valves sont séparées par une fente plus ou moins large. C’est dans ce noyau qu’est renfermée l’amande, recouverte elle-même d’une enveloppe mince, brunâtre, papyracée," qui ne paraît jouir d’aucune propriété. Cette amande, formée de deux lobes distincts, est plus grosse que celle de Vamygdalm eommunis; elle est aussi plus plate et plus arrondie ; sa substance est d’un blanc sale, violacé à l’intérieur et quelquefois noirâtre à l’extérieur: ses deux lobes sont séparés l’un de l’autre par un sillon très profond du sans doute à la dessiccation ; elle est onctueuse au toucher, d’une saveur amère d’abord, et qui détermine ensuite un sentiment d’âcreté et de constriction dans l’arrière-gorge; son poids est en général de 2 grammes 45 centigr.
L’amande du tanguin est composée, d’après M. O. Henry: 1“ d’une huile fixe, linipide, incolore, douce, congelable à 10“ ; 2“ d’une matière blanche, cristallisable, neutre, très fusiblé, piquant fortement la langue ; 3° de tanguine, substance incristallisable, brune, visqueuse, verdissant par les acides et rougissant parles alcalis; 4° de traces de gomme; 5“ de beaucoup d’albumine végétale ; 6" de traces de fer et de chaux.
Le tanguin agit à la manière des poisons narcotico-âcres ; il est absorbé et ses propriétés âcres résident dans la matière blanche cristalline, tandis que le uarcotisme est dû à la tanguine (Ollivier (d’Angers) et Ossian Henry, Archives générales de méde~ eine, tome iv. - i
Du cyanure d’iode.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par le cyanure d’iode?
Le cyanure d’iode est sous forme d’aiguilles blanches, très longues et extrêmement minces , d’une, odeur très piquante, qui irrite vivement les yeux et provoqué le larmoiement, d’un poids spécifique plus considérable que celui de l’acide sulfurique. Mis sur les charbons ardens, il donne d’abondantes vapeurs violettes ; il se dissout dans l’eau et surtout dans l’alcOol. Ces dissolutions n’agissent point sur les couleurs bleues végétales ; elles ne précipitent point l’azotate d’argent; traitées par la potasse caustique et le sulfate de protoxyde de fer, elles fournissent du bleu de Prusse , pourvu qu’on ajoute quelques gouttes d’acide chlorhydrique.
Si le cyanure d’iode avait été introduit dans l’estomac, et qu’il fût impossible d’en démontrer là présence après la mort, à l’aide des caractères que je viens d’établir, on s’attacherait à reconnaître l’iode qui entre dans sa composition : pour cela, on laverait dans une petite quantité d’eau l’estomac, le duodénum, l’œsophage et même la langue, et on traiterait le liquide résultant par la gelée d’amidon et par une goutte d’acide azotique : il se produirait sur-le-champ de l’iùdure hleu d’amidon. Les réactifs chimiques convenablement employés, dit M. Scoutetten, nous ont constamment démontré dans les cadavres la présence de l’iode et jamais celle du cyanogène, lors même que nous agissions immédiatement après l’ingestion du poison {Mémoire sur le cyanure d’iode.) Archives générales de médecine, septembre 1825). Il paraît, en effet, que les matières animales tendent à décomposer rapidement le cyanure d’iode, puisque après en avoir placé sous la peau de quelques animaux, on a reconnu que la majeure partie de l’iode était passé à l’état d’acide iodhydrique, et qu’il y avait à peine des traces extrêmement légères de cyanogène.
Les recherches faites sur le sang des animaux empoisonnés par cette substance n’en ont fourni aucun indice.
Action du cyaviure d'iode sur l'économie animale.
M. Scoutetlen établit, après avoir faitquelques expériences sur les lapins et sur les chiens ; l°que chez la plupart des animaux qu’il a tués avec le cyanure d’iode des convulsions violentes sont survenues presque à l’instant : chez quelques-uns elles étaient accompagnées de cris aigus ; chez d’autres, on n’entendait point de cris, et plusieurs sont morts avec une rapidité si grande, qu^on n’avait pas le temps de les poser à terre; 2° que 25 milligr. de cyanure complètement ingéré suffisent pour tuer les lapins : si cette quantité n’est pas introduite entièrement, l’accélération de la respiration et même des convulsions plus ou moins fortes ont lieu, mais la mort n’arrive pas ; 3° que. les chiens paraissent en supporter mieux l’action, puisqu’il en faut au moins, 25 cent^pour les tuer, et encore ne réussira-t-on que lorsque l’estomac ne sera pas trop rempli d’alimens, sans quoi ils vomissent et une grande partie du poison est rejetée ; 4° qu’il détermine chez rhomme des étourdissemens lorsqu’on est exposé à son émanation, et que lorsqu’on en place sur la langue, il y produit une sensation de causticité très vive et très tenace : nul doute qu’il ne développât les accidens les plus graves et la mort, s’il était introduit dans l’estomac à la dose de quelques décigrammes; 5° que chez les animaux qui succombent à l’action de ce poison, l’on remarque des anomalies, dans les lésions organiques : parfois l’estomac est peu enflammé, les poumons n’ofirent que des taches ecchymosées peu profondes, et le cœur est dans l’état naturel : ces particularités tiennent à des causes qu’il n’est pas facile d’assigner, ayant trouvé des lésions graves chez des animaux tués promptement, et de légères chez d’autres morts avec lenteur; 6° qu’il exerce une action spéciale sur les organes de la digestion et de la circulation, dans lesquels il détermine ordinairement des désordres profonds : quant à la congestion du cerveau, elle semble due en grande partie à l’engorgement des poumons ; T qu’il doit être rangé parmi les poisons narcotico-âcres.
De la noix vomique, de la fève de Saint - Ignace , de Vupas tieutê, de la strychnine, de la hrucine, etc.
Comment peut-on reconnaîtra que l’empoisonneinent a eu lieu par l’une ou l’autre de ces substances ?
De la noix vomique.
La noix vomique est la graine du strychnos nux vomica, arbre des Indes Orientales et de l’île de Ceylan, rangé par Linnæus dans la pentandrie monogynie, et par Jussieu dans un groupe voisin de la famille des apocyUées. Elle est formée, d’après MM. Pelletier et Caventou, de strychnine et de hrueine combinées à un acide particulier auquel on a donné le nom d’*gcLsuriqueovLÔ.e strychnique, de cire, d’une huile concrète, d’une matière colorante jaune, de gomme, d’amidon, de bassorine et de fibres végétales.
Caractères. Graine ronde, large d’environ 3 centinl., aplatie comme des boutons, épaissede SàS millim., de couleur jaune grisâtre, offrant vers le centre, de l’un et de l’autre côté, une sorte d’ombilic. Toute la surface de cette graine est recouverte d’un nombre infini de soies très courtes , très serrées (sorte de velours), de couleur cendrée, fauve, cornée ou noirâtre, fixées obliquement sur une pellicule très mince, et dirigées du centre à la circonférence où celles d’une des deux faces s’entrecroisent avec celles de l’autre; un des pointe de cette circonférence, un peu plus saillant que les autres, doit donner issue à la plantule. L’intérieur de cette graine est cor> né, ordinairement blanc et demi-transparent, quelquefois noir et opaque ; il offre une grande cavité dont les parois se touchent, et sont partout de l’épaisseur d’environ 3 millim. Cette graine est inodore, et douée d’une saveur âcre trèè amère.
Caractères de la poudre de noix vomique. Elle est d’un gris fauve, d’une saveur amère et d’une odeur particulière, ayant de l’analogie avec celle du réglisse. Mise sur des charbons ardens, elle s’enflamme si la température est assez élevée ; dans le cas contraire, elle se décompose, répand une fumée blanche épaisse, d’une odeur particulière, et laisse du charbon pour résidu. L’acide sulfurique concentré la noircit; l’acide azotique lui commimique une couleur jaune orangé foncé. Si on la faitbouillirpendant quelques minutes avec de l’eau distillée, on obtient un liquide jaunâtre,
opalin, amer, qui devient d’un jaune plus foncé par l’ammoniaque, et d’un jaune rougeâtre par l’acide azotique ; l’infusion alcoolique de noix de galle la précipite en blanc légèrement grisâtre. Lorsqu’on la traite par l’eau bouillante aiguisée d’acide sulfurique, le liquide filtré est trouble et légèrement jaunâtre ; l’infusion de noix de galle le précipite en blanc jaunâtre, l’acide azotique le rougit au bout de quelques instans, l’ammoniaque le brunit, et en précipite des flocons noirâtres.
S’il s’agissait d’établir qu’une poudre' trouvée dans le canal digestif d’un cadavre fût de la noix vomique, et que celte poudre, à raison de son mélange avec les sucs de l’estoniac et des intestins , ne présentât pas tous les caractères que je viens d’indiquer, il faudrait la ramasser attentivement et la faire bouillir pendant dix à douze minutes avec de l’eaû légèrement acidulée par de l’acide sulfurique; la liqueur, composée de sulfate de strychnine et de sulfate de brucine, de gomme, de matière colorante et d’un atome de matière grasse, serait concentrée par l’évaporation et traitée par un léger excès de chaux pulvérisée, qui, en s’emparant de l’acide sulfurique, donnerait un précipité de sulfate de chaux, de strychnine et de brucine, retenant encore un peu de graisse et de matière colorante ; ce précipité, lavé et desséché, étant bouilli avec de l’alcool à 38 degrés, serait dissous, sauf le sulfate de chaux et l’excès de chaux. On répéterait l’action de l’alcool deux fois, ou mieux jusqu’à ce que la dissolution n’eût plus de saveur amère ; on filtrerait et on distillerait, lorsque la liqueur aurait la consistance d’un sirop très clair; on la délayerait dans un peu d’alcool froid, et l’on verrait aussitôt se déposer au, fond des vases une poudre grasse d’un blanc mat, principalement composée àe strychnine ; on laverait cette poudre jusqu’à ce que toute la matière colorante fût enlevée, et on la traiterait par l’alcool bouillant;, par le refroidissement la strychnine se déposerait. A la vérité, la présence de cette base salifiable ne suffirait pas pour prononcer qu’il y eût de la noix.vomique dans le canal digestif; mais elle prouverait qu’il y avait une matière du genre des stnjchnos, et par conséquent une substance très vénéneuse. C’est par un procédé analogue à celui qui vient d’être décrit que Je suis parvenu à retirer une fois de la strychnine d’une matière pulvérulente trouvée dans l’estomac d’une femme qui avait succombé peu de temps après avoir pris de la noix vomique ( Voyez page 786).
De la fève de Saint-Ignace (noix igasur des Philippines).
La fève de Saint-Ignace est la graine de Vignatia amara, petit arbre des îles Philippines , rangé dans la peniandrie monogynie , à côté des stiTchnos, avec lesquels il a beaucoup de rapport.
Caractères des graines. Elles sont grosses comme des olives, arrondies et convexes d’un côté, anguleuses et à trois ou quatre faces de l’autre, offrant à une extrémité la cicatrice du point d’attache ; leur substance intérieure est cornée, demi-transparente, plus ou moins brune et très dure ; elles sont opaques à leur surface, et comme recouvertes d’une efflorescence grisâtre qui y adhère, et qu’on peut plus facilement gratter avec un couteau que le reste : elles ont une saveur très amère et sont inodores ( Guibourt, Histoire abrégée des drogues simples). Ces graines sont entassées au nombre de vingt environ dans une enveloppe ligneuse et épaisse, qui constitue une sorte de drupe ou de baie pyriforme ovale, uniloculaire, de la grandeur et de la forme d’une poire de bon chrétien.
La fève de Saint-Ignace est formée des mêmes principes que la noix vomique, mais dans des proportions différentes ; ainsi elle paraît contenir à-peü-près trois fois autant de strychnine que la noix vomique (Pelletier et Caven tou).
De l’upas tieuté.
L’upas tieuté est un extrait obtenu en faisant évaporer le suc d’un végétal sarmenteux du genre des strychnos (V. Noix vo^ mique), qui croît au Java. Il est employé par les naturels du pays pour empoisonner leurs flèches. Il est composé, d’après MM. Pelletier et Caventou, de strychnine combinée avec un acide et avec deux matières colorantes.
De la strychnine.
La strychnine est un alcali végétal auquel on doit attribuer la majeure partie des propriétés vénéneuses de la noix vomique, de la fève de Saint-Ignace, de l’upas et du strychnos coluhrina, comme je l’ai dit en pariant de ces graines. Il a été découvert, en 1818, par MM. Pelletier et Caventou j on le reconnaîtra aux caractères suivans : il a l’apparence d’une poudre blanche, qui pourtant est l’assemblage d’une multitude de prismes à quatre pans, presque microscopiques , et terminés par des pyramides à quatre faces^ surbaissées ; il est inodore, et doué d’une saveur amère insupportable; il verdit le sirop de violettes, et rétablit la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide, lorsqu’il a été dissous dans l’alcool. Mis sur les charbons ardens, il se boursoufle, se décompose à la manière des substances végétales qui ni. so
— lis —
coûtienneal de l’azole, répand une fumée assez épaisse, et laisse un charbon très velnœineux. Il est inaltérable à Tair et inso* lubie dans l’eau j du moins il faut six mille six cent soixantesept parties de ce liquide, à la température de dix degrés, pour en dissoudre une partie; l’eau bouillante en dissout un peuplas du double. Il se dissout beaucoup mieux dans l’alcool et danslfô huiles, surtout à l’aide de la chaleur. Il se combiné avec fes acides convenablement affaiblis, et forme des sels en général solubles dans l’eau , et dahs lesquels l’ammoniaquë et la teinture de noix de galle font naître des précipités blancs abondans, solubles dans l’alcool. line bleuit point les sels de sesqui-oxyde de fer, et ne sépare point riode de l’acide indique, comme le fait là morphine (F", page 621). Chauffé avec cet acide, il fournit un liquide rouge vineux, qui par le refroidissement laisse déposer des cristaux aiguillés et incolores d’iodate de strychnine. L’azotate est facilement reconnaissable à son aspect nacré. La propriété de rougir par l’acide azotique, que l’on avait d’abord attribuée à la strychnine , ne lui appartient pas lorsqu’elle est pure; elle eSt due à une matière jaune dont il est souvent difficile de la débarrasser entièrement: ‘aussi Irouve-t-on dans te commerce plusieurs échantillons de strychnine 'qui roügissœt par l’acide azotique. Le chlorure d’or communique à la strychnine une couleur jaune serin. MM. Pelletier et Caventou avouent n’avoir jamais pu retirer delà noix vomique, ni de la fève de Saint-Ignace, de la strychnine ne rougissant pas par cet acide, tandis qu’elle est parfaitement exemple de matière Jaune, et ne rougit pas lorsqu’un la sépare de l’upas tieuté.
Mélanges de strychnine et de matières organiques. S’il est possible de déceler la strychnine ou ses sels , au milieu de liquides organiques colorés, il est néanmoins difficile de constater quelquefois l’ensemble de leurs caractères: Voici les résultat de quelques expériences tentées pour éclairer ce sujet, et qui prouvent combien on doit être eirconspect lorsqu’il s’agit de se prononcer sur un empoisonnement par la strychnine, et combien il faut surtout alors tenir grand compte du comméihôratif et dés symptômes éprouvés par les malades (V. Morphine et Opio», pages 626 et €6ô).
Ea>périence\’^^. ün mélange de matières alimentaires végétales et animales et d’acétate de strychnine, après avoir été abandonné à lui-même pendant huit à vingt jours, a été traité par l’acide acétique concentré ; la liqueur filtrée a été évaporée jusqu’à siccité, puis le résidu de l’évaporation a été repris par l’alcool, et enfin la dissolution alcoolique a été évaporée en consistance d’extrait mou. Cet extrait donnait avec l’ammoniaque un précipité brun soluble dans l'acide acétique étendu d’eau ; cette dissolution acétique fournissait avec le chlore un précipité blanc et avec l’iodure de potassium des aiguilles brillantes ; c’étaient bien là les caractères de la strychnine ; mais le protochlorure d’étain formait un précipité gélatineux, au lieu d’un précipité blanc soluble à chaud et Cristallisable en longs prismes; enfin le précipité déterminé par l’ammoniaque ne fournissait pas avec les acides sulfurique et azotique les réactions particulières à la strychnine (Merck, /ourn. de ptomme, tome XVI, page 380).
Expériences^. Le 22 juin i842, on a mêlé 30 centigrammes de sulfate de strychnine avec 500 grammes d’eau distillée , \ 0 de levure de bière et 20 de sucre. Le mélange n’a pas tardé à entrer en fermentation. Après plüsieurs jours de contact, tout dégagement d’acide carbonique ayant cessé, on a évaporé jusqu’à siccité, puis on a repris par l’alcool bouillant, évaporé la liqueur alcoolique, et traité le résidu par de l’eau aiguisée d’acide acétique. Dans ce liquide, évaporé en consistance sirupeuse, on a pu constater les caractères de la strychnine (Larocque et Thibierge, Journ. de Chim. méd., octobre 1 842).
Expérience 3®. J’ai mêlé 20 centigrammes de sulfate de strychnine pur, ne rougissant pas par l’acide azotique, avec 60 grammes d’une forte décoction aqueuse de foie humain; la liqueur, évaporée à siccité, a été traitée successivement par l’alcool et par l’eau aiguisée d’acide acétique, comnae dans l’expérience précédente. Le dernier produit obtenu, assez épais, était presque noir et à’une amertume insupportable; l’acide azotiqué ne le rougissait pas, et le chlorure d’or, au lieu de le jaunir, lui comnduniquait uné couleur café clair.
Strychnine dans un cas d’exhumation juridique. Expérience. Le H mai 1827, on mit dans un bocal à large ouverture, exposé à l’air, et contenant des intestins, 30 centigrammes d’acétate de strychnine dissous dans un litre et demi d’eau. Le 8 août suivant, le mélange exhalait une odeur infecte : la liqueur fut filtrée et évaporée jusqu’à siccité ; le produit de l’évaporation, traité par l’alcool et décoloré par le charbon animal, évaporé de nouveau, fournit un résidu jaunâtre qui devenait d’un très beau rouge par l’acide azotique, et qui était d’une amertume insupportable, analogue à celle des sels de strychnine (i ). Il m’a donc été possible de reconnaître un
(1) J’ai déjà dit que la strychnine pure ne rougit pas par l’acide azotique, mais ü est difiScile de l’obtenir tdle, en s6rte que presque toujours les sels de strychnine du commerce deviennent rouges par leur contact avec cet acide.
sel de strychnine plusieurs mois après qu’il avait été mêlé avec des matières animales, même lorsque le mélange avait été en contact avec l’air. Ici, comme dans l’empoisonnement par les sels de morphine et de brucine, il ne suflSt pas de s’attacher à des phénomènes de coloration ; il faut, poîir établir l’existence du poison, mettre à nu la strychnine ou ses sels, de manière à ce qu’on puisse constater tous leurs caractères.
De la hrucine.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par la brucine ?
La brucine est une substance alcaline, composée d’oxygène, d’hydrogène , de carbone et d’azote , découverte en 1819 par MM. Pelletier et Caventou dans l’écorce de fausse angusture(èrMeœa antidysenterica), qui lui doit ses propriétés vénéneuses. Elle est solide, tantôt sous forme de prismes obliques, allongés, à base parallélogrammique , tantôt en massés feuilletées , d’un blanc nacré, ayant l’aspect d’acide borique ; quelquefois enfin elle ressemble à certains champignons; elle est inodore, et douée d’une saveur amère très prononcée ; elle jouit de la propriété de verdir le sirop de violettes, et de rétablir la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide, surtout lorsqu’elle a été dissoute dans l’alcool ; elle est inaltérable à l’air ; chauffée dans un petit tube de verre, elle fond à une température un peu supérieure à celle de l’eau bouillante , puis se congèle comme de la cire lorsqu’on la laisse refroidir; si on continue à la chauffer, elle se décompose, répand de la fumée, et laisse du charbon, comme la plupart des substances végétales qui contiennent de l’azote. Une partie de brucine se dissout dans huit cent cinquante parties d’eau froide, et dans cinq cents parties du même liquide bouillant ; l’alcool la dissout presque en toutes proportions. Elle ne bleuit point les sels de sesqui-oxyde de fer, et ne sépare point l’iode de l’acide indique, comme le fait la morphine (/^. page 624). Chauffée avec cet acide, elle rougit et fournit un iodate qui ne cristallise pas. Les acides affaiblis se combinent avec elle, et forment des sels, pour la plupart solubles dans l’eau. L’acide azotique concentré lui communique une couleur rouge, qui passe au jaune, si on élève la température, et qui
prend alors une belle couleur molette par le proto-chlorure d’étain : on peut, à l’aide de ce caractère, rendre sensibles les plus petites traces de brucine. Le chlorure d’or lui communique une couleur café au lait qui devient ensuite d’un brun chocolat.
Mélanges de hrucine ou de ses sels avec des matières organiques. S’il est vrai que la brucine est plus facile à déceler, au milieu des liquides organiques colorés, que la strychnine, il n’en faut pas moins apporter beaucoup de circonspection, lorsqu’il s’agira de décider s’il y a eu ou non empoisonnement par la brucine oupar l’un des sels (F. Morphine et Opium, pages 626 et 660). Voici des expériences tentées pour éclairer ce sujet :
Expérience t*'®. Un mélange d’acétate de brucine et de matières végétales et animales, a été soumis au traitement déjà indiqué (F. Strychnine, page 779, expérience 4"), et le résidu de l’évaporation de la liqueur alcoolique a été traité de nouveau par l’alcool. L’ammoniaque versée dans cette dissolution, évaporée en consistance sirupeuse, ne précipitait pas la brucine, et ce ne fut qu’en évaporant la liqueur ammoniacale, en reprenant par l’eau et par le charbon animal, que l’on put obtenir un précipité par l’ammoniaque (Merck, Journ. de pharmacie, tome xvi).
Expérience 2®. Nous avons mis 30 centigrammes de brucine avec 200 grammes de sang ; ce mélange a été exposé à l’air libre depuis le 2 juin jusqu’au 3 août. A cette époque, il exhalait une odeur infecte. Il a été évaporé à siccité ; le résidu a été repris par l’alcool bouillant, puis cette dissolution filtrée et évaporée à siccité, a été reprise par l’eau aiguisée d’acide acétique. Par ce dernier traitement , on a obtenu un liquide que l’on a filtré et évaporé en consistance sirupeuse. En cet état, il rougissait par l’acide azotique, et prenait une teinte violette par le contact successif de l’acide azotique et du protochlorure d’étain (Larocque et Thibierge, Journ, de ch»'în. méd., octobre 4842).
Expérience 3®. J’ai mêlé 20 centigrammes de sulfate de brucine avec 600 grammes d’une forte décoction de foie humain. La liqueur évaporée jusqu’à siccité a été traitée par l’alcQol bouillant ; le solutum, filtré et évaporé à son tour jusqu’en consistance de sirop, a laissé un résidu d’un brun rougeâtre très amer, qui étendu d’une petite quantité d’eau, acquérait une couleurjaune; l’acide azotique, versé en assez grande quantité, lui communiquait une couleur rouge de sang, et, en chauffant, on obtenait une belle couleur violette aussitôt que l’on ajoutait une forte proportion de protochlorure d’étain ; le chlorure d’or lui donnait à l’instant même une couleur chocolat.
Expérience 4®. J’ai donné à un chien 30 grammes de sulfate de brucine
dissous dans 60 grammes d’eau, et je l’ai pendu deux heures après. Aussitôt j’ai traité le foie, coupé en petits morceaux, par de l’alcool concentré bouillant. Après un quart d’heure d’ébullition, j’ai filtré et fait évaporer la liqueur jusqu’en consistance d’extrait mou. En délayant cet extrait dans un peu d’eau, je me suis assuré qu’il contenait de la brucine ; en effet, il se comportait avec l’acide azotique et le protochlorure d’étain comme celui dé l’expérience 3®.
Brudne dans un cas d’exhumation juridique. Chlorhydrate de hrmm. JExpèriences. 4° Le 29 mars 4 826, on introduisit dans un bocal à large ouverture, contenant des intestins, 97 centigrammes de chlorhydrate de brucine dissous dans un litre et demi d’eau ; on exposa le mélange à l’air. LelO juillet de la même année, la liqueur, qui, dès le 9 avril, exhalait une odeur très fétide, ayant été filtrée, précipitait par l’ammoniaque, et fournissait par l’évaporation un produit d’un blanc tirant un peu sur le jaune, qui rougissait fortement par l’acide azotique- Le 4 2 mai 4 827, treize mois et demi après le commencement de l’expérience, la liqueur rétablissait la couleur du papier de tournesol rougi par un acide ; elle était trouble et brunâtre: filtrée, elle était d’un jaune sale, et, par l’évaporation à une douce chaleur, elle fournissait un produit solide, jaunâtre, qui devenait d’un rouge magnifique par l’acide azotique ; la portion, ainsi rougie, passait au violei lorsqu’on la chauffait légèrement avec un peû de protochlorure d’étain. En traitant ce produit solide par l’eau froide, il se dissolvait en partie; la dissolution, filtrée, jaunâtre, de saveur amère, était décomposée par l’ammoniaque, qui en précipitait de la brucine parfaitement reconnaissable.
2° Chlorhydrate de brucine étendu d’eau. Le 48 juillet 4826, on exposa à. l’air, dans un bocal à large ouverture, contenant des intestins, 30 centigr. de chlorhydrate de brucine dissous dans un litre d’eau. Le 43 mai 4827, c’est-à-dire dix mois après le commencement de l’expérience, la liqueur, assez colorée, |îut filtrée et décolorée en la faisant chauffer avec du charbon animal purifié, à travers lequel on la passa plusieurs fois : évaporée jusqu’à siccité à une douce chaleur, elle fournit un produit à peine coloré, qui devenait d’abord d’un très beau rouge par l’acide azotique,, puis violet par le protochlorüre d’étain.
3“ Chlorhydrate de brucine solide. Le 8 novembre 4 826, on enterra à 80 centimètres de profondeur une boîte de sapin mince, contenant un intestin dans lequel on avait enfermé 60 centigrammes de chlorhydrate de brucine solide, de la viande, du blanc d’œuf et de la soupe maigre. Au boutde dix mois, on fit l’exhumation de la boîte, et l’on traita à plusieurs reprises par l’alcool bouillant les matières renfermées dans l’intestin. Les dissolutions alcooliques furent réunies et évaporées jusqu’à siccité, et le produit de l’évaporation fut mis en contact avec de l’eau aiguisée d’acide acétique, afin de dissoudre toute la brucine et de ne pas agir sensiblement sur la matière grasse; la dissolution, décolorée à l’aide du charbon animal, et évaporée jusqu’à siccité, donna un résidu jaunâtre, amer, qui devenait d’abord d’un
rouge magnifiqne par l’acide azotique, puis violet par le protochlorur© d’étâia.
Ces expériences prouvent qu’il est possible, dans un cas d’exhumation juridique, de démontrer la présence de la brucine et du chlorhydrate de brucine dans le canal digestif, même plusieurs mois après la mort. Mais ici, comme pour l’acétate de morphine, les phénomènes de coloration développés par l’acide azotique et par le protoehlorure d’étain, ne devraient être considérés que comme des indices d’empoisonnement, et il faudrait, pour affirmer, que l’on eût séparé la brucine ou le sel de brueine, afin de pouvoir en eonstater les divers caractères.
Sym'ptômes de ï empoisonnement déterminé par la noix
vomique, la fève de Saint-Ignace, Vupas fîeuté, la strychnine et la hrucine.
L’homme et les chiens soumis à l’influence de l’un ou de l’autre de ces poisons présentent les phénomènes suivans : malaise général, çontraetion générale de tous les muscles du corps, pendant laquelle la colonqe vertébrale est redressée -, à cette contraction, dont la durée est fort courte, succède un calme marqué, suivi lui-même d’un nouvel accès qui se prolonge plus que le premier, et pendant lequel la respiration est accélérée. Tout-àcoup les aecidens cessent, la respiration se ralentit, et l’individu parait étonné j peu de temps afÿès, nouvelle contraction générale ; alors on observe sur les ebieps h raideur et le rapprochement des pattes antérieures qui se toigent en arrière, le redressement de la colonne vertébrale, et te renversement de la tête sur le cou ; la respiration est très accélérée ; bientôt après, raideur et immobilité des extrémités postérieures ; la poitrine et la tête sont soulevées J les animaux tombent d’abord sur la mâchoire inférieure, et bientôt sur le côté ; à cette époque, lé tétanos est complet, et il y a immobilité du thorax et cessation de la respiration. Cet état d’aspbyxie, annoncé d’ailleurs par la couleur violette de la langue et des gencives, dure une à deux minutes, pendant lesquelles les organes des sens et du cerveau continuent à exercer leurs fonctions, à moins que l’asphyxie ne soit portée au
plus haut point; car alors l’action de ces organes commence à s’affaiblir : la fin de cet accès est annoncée par la disparition subite du tétabos et par le rétablissement graduel de la respiration. Bientôt après, une nouvelle attaque a lieu; celte fois, les contractions sont des plus violentes ; les secousses convulsives très fortes et semblablés à celles que déterminerait un courant galvanique dirigé sur la moelle épinière d’un animal récemment . tué ; il y a asphyxie et mouvemens convulsifs des muscles de la face. La mort arrive le plus souvent à la fin du troisième, du quatrième ou du cinquième accès, ordinairement sept ou huit minutes après la manifestation des premiers accidens, quelquefois plus tard. Une chose digne de remarque, et que l’on n’observe que dans l’empoisonnement qui m’occupe , et dans celui que produisent la fausse angusture et la brucine, c’est que le contact d’une partie quelconque du corps, la menace ou le bruit déterminent facilement cette raideur tétanique générale.
Lésions de tissu produites par ces poisons.
Les nombreuses ouvertures de cadavres d’animaux empoisonnées par ces différentes substances prouvent manifestement que l’on remarque dans les organes intérieurs la même altération que chez les individus qui ont été asphyxiés ; mais on n’a jamais obseiré la moindre trace de lésion dans le canal digestif. Néanmoins la l®,et la 2® des observations suivantes, recueillies chez l’homme, tendent à faire croire que la noix vomique peut déterminer l’inflammation des membranes du canal alimentaire.
Observation 4’’®. Daste (Pierre), âgé de quarante-cinq ans, d’un tempérament bilieux, d’une constitution sèche, vigoureuse, en proie aux fureurs de la jalousie, résolut de s’empoisonner. C’est danseette intention qu’il prit, le 1 3 juin, sur les neuf heures du soir, une quantité considérable de noix vomique concassée (pour 60 centimes), dont il saupoudra ses alimens. Presque immédiatement après l’ingestion de cette substance vénéneuse, il fut atteint de violentes convulsions. Appelé près de lui, un officier de sanlé le fît vomir en le gorgeant de lait et d’eau chaude, et le fit transporter ensuite à l’hôpital Saint-Louis, où il arriva sur les dix heures du soir. Ses traits étaient profondément altérés ; il éprouvait une dédolation générale : ses forces étaient pour ainsi dire brisées; des accès convulsifs se manifestaient à des intervalles rapprochés (pendant un de ces accès, Daste fit une
chute qui n’eut d’autre résultat qu’une légère contusion au front) ; leur durée était d’une à deux minutes : ils étaient marqués par le raidissement de tous les muscles ; le tronc et les membres étaient dans une extension violente, les mâchoires fortement rapprochées. Singulièrement agité, le malade poussait des cris entrecoupés, et implorait de prompts secours ; le pouls ne présentait encore aucune altération remarquable (1 0 centigrammes d’émétique provoquèrent des vomissemens abondans; boissons et lavemens laxatifs). Dans la nuit, les sens de la vue et de l’ouie acquièrent une sensibilité ejcagérée ; telle est l’irritabilité des musclés, qu’il suffit de toucher le malade pour exciter en lui des mouvemens convulsifs ; le bruit le plus léger suffit même pour produire cet effet. Pendant les convulsions, le pouls est fréquent, agité ; le malade est baigné de sueur, phénomène dont l’explication se présente d’elle-même. Le 1 4, à sept heures du malin, l’état du malade est plus calme ; les accès convulsifs sont moins fréquens, moins longs, moins violens ; cependant les causes indiquées tout-à-l’heure suffisent encore pour les faire éclater. Le pouls n’offre aucune agitation fébrile ; sentiment de lassitude et de brisement dans tout le corps ; nulle douleur dans l’abdomen (potion calmante, saturée en quelque sorte d’opium, 30 centig. dans i 20 gr. de véhicule). A neuf heures du matin, les mouvemens convulsifs ont cessé, l’orage s’est pour ainsi dire dissipé, et tout semble annoncer une heureuse terminaison : ce calme insidieux se maintient le reste du jour et pendant la nuit. Le 1 5, même état, point de convulsions ; il ne reste qu’un sentiment de faiblesse et de douleur générales (potion ut suprà). Le soir, la douleur semble se concentrer dans la région épigastrique ; peau sèche, pouls fréquent. Le 46, à six heures du matin, pouls petit, presque imperceptible, sécheresse et chaleur de la peau, rougeur des bords de la langue, douleur vive dans la région épigastrique, battemens dans cette région, accablement, prostration extrême, régularité des fonctions intellectuelles, yeux étonnés, altération des traits, physionomie décomposée : mort à dix heures du matin (aucune raideur dans les membres, suéur visqueuse sur toute l’habitude du corps). -
Ouverture du cadavre quarante-huit heures après la mort : 4 ° Cavité en- ' céphalique. Environ 30 grammes de sérosité dans les ventricules latéraux du cerveau : nulle altération appréciable dans les méninges et la pulpe cérébrale ; épanchement d’une assez grande quantité de sérosité dans la cavité de l’arachnoïde rachidienne ; la partie postérieure de cette membrane est parsemée et comme plaquée de lames cartilagineuses , irrégulières, d’une grandeur variable, très nombreuses. 2P Cavité abdominale. Foie volumineux. L’estomac contient quelques cuillerées d’un liquide muqueux, sanguinolent, brunâtre; sa surface intérieure présente, dans divers points, une teinte qui varie du rouge au noir foncé, sans qu’on puisse trop dire si cette coloration est l’effet d’ecchymoses ou d’un travail inflammatoire. Le duodénum, rempli d’un liquide jaune muqueux, est manifestement enflammé ; la rougeur et l’injection de sa membrane interne s’étendent, en
s’affaiblissant et en éprouvant une sorte de dégradation, à celle de l’intestin grêle ; la portion moyenne de celui-ci est rétrécie, ses parois sont épaissies; la membrane muqueuse est parsemée d’ulcérations aux endroits où l’intestin se trouve resserré. La vessie, petite, contractée, vide,, est légèrement phlogosée, et contient une cuillerée d’un liquide puriforme. 3“ Cavité thoracique. Quelques adhérences entre les plèvres pulmonaire et costale; poumons gorgés de' sang, principalement à leur base, qui est comme teinte en rouge. Cœur dans son état naturel. 4° Habitude extérieure. — Raideur considérable des membres (on se rappelle qu’ils étaient souples immédiatement après la mort) ; teinte violacée de presque toute la surface de la peau : cette nuance était toutefois plus prononcée aux parties les plus déclives, vers lesquelles la pesanteur avait porté le sang (Observation communiquée par M. Jules Cloquet).
Observation 2®. Une jeune femme de vingt-six ans prit, le 2-1 avril 1 825, dans le dessein de se suicider, environ 30 grammes de poudre de noix vomique finement pulvérisée,' et succomba peu de temps après dans dés convulsions tétaniques. L’ouverture du cadavre, faite par MM. Oliivier (d’Angers), Drogard et moi, sur la réquisition de M. le procureur du roi, nous fit voir, entre autres altérations, une infiltration abondante de sérosité sanguinolente dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien des lobes çér^ braux : on trouva en même temps de la sérosité également sanguinolents dans les ventricules latéraux, dans ja cavité de l’arachnoïde cérébrale, ei une très grande quantité dans la cavité de l’arachnoïde rachidienne; en outre, le renflement brachial était très sain, et la substance grise de cette portion de la moelle était notablement injectée. Les poumons étaient gorgés d’une abondante quantité de sang noir fluide, ainsi que le cœur et les gros troncs vasculaires. Enfin, dans le grand cul-de-sac de l’estomac, qui contenait un liquide d’un gris fauve, il existait une plaque évidemment matoire, de couleur rouge foncé et ponctué, dont l’intensité diminuait de la circonférence au centre.
Observation 3®. Un étudiant en pharmacie, adonné à la boisson, en sortant du bal, où il avait beaucoup dansé et bu, se coucha, et avala aussitôt 2 grammes de strychnine environ dissoute dans l’alcool. Au bout d’an quart d’heure, il était couché tranquillement dans son lit ; les mouvemens respiratoires, le pouls et la température de la peau ne présentaient aucune anomalie, de sorte que le docteur Treinhardt de (Wald) se refusa à croire à un empoisonnement, malgré les assurances données par le malade. Cependant il survint bientôt des contractions dans tous les muscles; la respiration s’accéléra, il y eut des, convulsions par accès, qui furent suivies de raideur de tout le corps. Ces mouvemens convulsife n’ayant pas tardé à céder, un vomitif put être administré, mais il resta sans résultat. Au bout de quelques minutes, un nouvel accès, plus fort que le premier, se manifesta, en s’accompagnant de fortes secousses de tout le corps et d’un ppisthotonosbien prononcé. Bientôt survinrent un troisième et un quatrième
accès, pendant lesquels le malade poussa de véritables hurlemens. ünè demi-heure plus tard, le malheureux avait cessé de vivre. La langue, les gencives et les lèvres étaient violacées ; les doigts et les orteils présentaient la même coloration ; les premiers étaient convulsivement rétractés, et les seconds étaient tout-à-fait retirés en arrière. Le cadavre était rigide, dur au toucher comme du bois et légèrement recourbé sur lui-même. Les plaintes que les voisins avaient entendues avant i’arrivée du médecin rendent très probable l’existence de vives douleurs {Journal de chimie médicale, juin 4846).
Action de la noix vomique, de la fève de Saint-Ignace, de
Vupas tieuté et de la strychnine sur, V économie animale.
Il résulte des expérienees tentées sur les animaux vivans , et de plusieurs observations recueillies chez l’homme : 1° que ces diverses substances sont très vénéneuses pour l’homme et pour un très grand nombre d’animaux; 2° qu’il en est de même des extraits aqueux et alcoolique de noix vomique et de fève de Saint-Ignace; 3° que de toutes ces matières, la strychnine, et les sels qu’elle forme avec les acides, sont ceux qui jouissent de la plus grande énergie; 4" que l’action de la brucine est environ douze fois moins énergique que celle de la strychnine; que les sels exercent une action plus vive que les bases elles-mêmes, et cela en raison de leur grande solubilité, par la présence d’une petite quantité d’acide ; 5“ que les extraits aqueux sont plus actifs que les poudres de ces graines, mais qu’ils le sont moins que leurs extraits alcooliques ; 6° que l’extrait alcoolique de fèye de Saint- Ignace est plus énergique que celui de noix vomique , tout étant égal d’ailleurs ,1 parce qu’il contient beaucoup plus de strychnine ; 7° que c’est à cette base et à la brucine que la noix vomique et la fève de Saint-Ignace doivent leurs propriétés vénéneuses ; tandis que l’activité de l’upas dépend de la strychnine ; 8° que si la matière grasse, retirée par l’éther de la noix vomique et de la fève de Saint-Ignace, agit à la manière des poisons énergiques, cela doit être attribué à la strychnine et à la brucine qu’elle renferme ; 9® que l’on doit considérer ces poisons comme des excitans produisant constamment le tétanos, l’immobilité du thorax, et par conséquent l’asphyxie à laquelle les animaux succombent, ainsi que l’ont démontré MM. Magendie
et Delille pour l’upas tieuté et la noix vomique (1) ; 10° qu’ils agissent avec la plus grande énergie lorsqu’on les introduit dans les cavités thoracique et abdominale, ou dans la veine jugulaire, tandis que leur action est moins vive quand on les applique sur le tissu cellulaire sous-cutané, ou qu’on les injecte dans les artères éloignées du cœur : elle est encore moins vive si on les introduit dans le canal digestif, ou si on les applique sur les surfaces muqueuses; 11° qu’ils n’agissent point sur les animaux auxquels on a enlevé la moelle épinière à l’aide d’une tige de baleine ; 12° que, lors même qu’il serait prouvé par des observations ultérieures qu’ils enflamment constamment les tissus avec lesquels on les met en contact, on ne devrait pas regarder cette irritation locale comme étant la cause de la mort ; 13° que celleci dépend de l’absorption du principe actif de ces matières qui paraît s’opérer par l’intermède des veines, suivant M. Magendie, de son transport dans le torrent de la circulation, et de l’excitation qu’il détermine dans la moelle épinière, M. Fiourens pense que la partie de l’encéphale sur laquelle la noix vomique dirige plus particulièrement son action, est la moelle allongée (jRecAcrches expérimentales sur les fonctions du système nerveux^ p. 233). ■
De V écorce dé fausse angusture.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par cette écorce.
De V écorce de fausse angusture (augusture fine).
Ecorce appartenant, suivant quelques naturalistes, au hrucœa antidysenterica ou ferruginea, et, suivant d’autres, à un arbre dont on ignore encore le nom.
Caractères. Écorce ordinairement roulée sur elle-même, compacte, pe-
(1) M. Ségalas n’admet pas avec M. Magendie que les strychnos administrés à haute dose produisent la mort par asphyxie; il pense qu’ils exercent une action directe sur le système nerveux, à peu près comme pourrait le faire une forte commotion électrique (voy. Journal de physiologie expérimentale, année 1822).
santé, et beaucoup plus épaisse que celle de la vraie angusture. Couleur grise, jaunâtre à l’intérieur, variable à l’extérieur, ce qui dépend des différences que présente l’épiderme : en effet, tantôt il est mince, d’un gris jaunâtre et parsemé d’excroissances blanchâtres ; tantôt il est recouvert d’une matière ayant là couleur de rouille de fer ; tantôt enfin il est fortement rugueux, et offre des taches diversement colorées : dans ce dernier cas, récorce est en général plus épaisse et plus volumineuse, mais un peu moins ferrugineuse que les autres. Odeur presque nulle, analogue à celle de l’ipécacuanha. Saveur très amère; l’amertume persiste très long-temps au palais, sans laisser d’âcreté à l’extrémité de la langue. Couleur de la poudre : elle présente quelques différences suivant l’état de l’épiderme ; mais, en général, elle est d’un blanc légèrement jaunâtre.
Lorsqu’on agite pendant quelques minutes la poudre défaussé angusture avec de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique, on obtient une liqueur jaunâtre qui , par l’addition du cyanure jaune de potassium et de fer, devient verte sur-le-champ, et laisse déposer au bout de quelques heures du bleu de Prusse.
La dissolution aqueuse de cette écorce rougit à peine la teinture du tournesol; elle trouble légèrement le sulfate de fer, auquel elle communique une couleur vert bouteille ; le cyanure jaune de potassium et de fer y fait naître un léger trouble, et le mélange devient verdâtre par l’addition de l’acide chlorhydrique; enfin la potasse , employée en petite quantité , lui communique une couleur vert bouteille , qui devient orange foncé avec une teinte verdâtre, par l’addition d’une nouvelle quantité d’alcali : la liqueur conserve sa transparence. La dissolution aqueuse d’ angusture vraie ^ au contraire, détruit la couleur du tournesol, fournit ayec le sulfate de fer un précipité gris blanchâtre très abondant, soluble dans un excès de sulfate de fer, et n’est point troublée par le cyanure double, à moins qu’on n’ajoute de l’acide chlorhydrique , car alors elle donne un précipité jaune très abondant ; enfin la potasse caustique la fait passer à l’orangé verdâtre , et y détermine un précipité , quelle que soit la quantité d’alcali employé (M. Guibourt).
L’analyse chimique de l’écorce de fausse angusture, faite en 1819 par MM. Pelletier et Caventou, prouve qu’elle contient de l’acide gallique combiné avec la hrueine, une matière grasse, beaucoup de gomme, une matière colorante jaune, semblable à
celle qui existe dans la noix vomique, beaucoup de ligneux, et quelques traces de sucre.
Action de V écorce de fausse angusture sur V économie animale. Les expériences faites sur les animaux et les observations recueillies chez l’homme prouVent, 1° que cette substance est très vénéneuse pour l’homme, les mammifères en général, les oiseaux, les poissons et les reptiles, lorsqu’on l’applique sur lès membranes muqueuses , les blessures , la plèvre , le péri^ toine, ëtc. ; 2” qu’elle est inerte ou très peu active quand on là met en contact avec les nerfs, les tendons ou l’épidernie non lésé ; 7)° qu’il en est de même des extraits aqueux et alcoolique de fausse angusture , ainsi que de la matière jaune préparée par M. Planche, et dont j’ai parlé dans mon Traité de Toxicologie^ tome 11, page 480 (4^ édition) ; 4° que c’est à la brucine que l’on doit attribuer les propriétés vénéneuses de ces divers composés, et que, si la matière jaune amère est plus active que l’écorce pulvérisée j c’est parce qu’elle contient beaucoup plus de brucine sous un volume donné ; 6“ que l’angusture agit sur l’économie animale comme la noix vomique, la fève de Saint- Ignace, etCï envoyez l’action de ces substances page 787), 7» q^u’après la mort des animaux, les muscles involontaires conservent encore leur irritabilité , lorsque les muscles volontaires n’en donnent plus aucun signe.
Du ticunas, du wgorara et du curare (1).
Ces divers poisons ne sont autre chose que des extraits obtenus avec le suc de certaines lianes, auquel on a ajouté des sucs provenant d’autres plantes qui ne sont pas toujours vénéneuses. Us peuvent être regardés comme ne différant pas entre eux. Les animaux soumis à leur influence sont plongés dans un état de langueur ; leur pouls est dur et fréquent, la respiration courte et accélérée j les muscles, surtout ceux des membres pectoraux, se paralysent, après avoir éprouvé une contraction convulsive; le
^1) Le curare doit ses propriétés vénéneuses à une sorte d’alcali végétal d’une saveur très amère (voy. \iis Annales de chimie et de physique^ t. xt, p, SIS).
corps sé refroidit, et la respiration cesse. Ces poisons agissent plutôt sur la moelle épinière que sur le cerveau; en effet, ils n’occasionnent ni stupeur ni anéantissement delà sensibilité, et ils suspendent la respiration ; leur affection diffère de celle de l’upas tieuté en ce qu’ils paralysent plus promptement les muscles volontaires, sans exciter des convulsions et des spasmes aussi violens et aussi fréquens ; elle diffère de celle de l’upas antiar {voy. page 795), en ce qu’ils ne déterminent point la paralysie du cœur ni des déjections alvines. Ils sont employés pour emprisonner des flèches.
§ in.
Du camphre, de la coque du Levant, de la picvotoxine, et de VuporS antîar.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonitement a eu lieu par l’une ou l’autre de ces substances?
Du camphre.
Caractères. Le camphre est un des produits immédiats des végétaux composés d’oxygène, d’hydrogène et de carbone ; il est solide, blanc, transparent, plus léger que l’eau, eldouéd’unê ôdeur très forte qui le caractérise ; son poids spécifique est dë 0,9887 ; sa saveur est amère, chaude et piquante j il est très volatil et très inflammable ; il brûle avec une flamme blanche, répand une vapeur abondante, et ne laisse point de résidu. L’alcool, l’éiher, les huiles fixes, tes huiles volatiles, les acides acétique et azotique le dissolvent à mervèille : il est à peine soluble dans l’eau.
Caractères de l’alcool camphré. Liquide transparent, incolore, doué à-la-fois d’une odeur alcoolique et camphrée, ne rougissant point le tournesol , et précipitant en blanc par l’eau ; le précipité, qui n’est autre chose que du Camphre, ne tarde pas à se rassembler à la surface du liquide : si on le sépare au moyen du filtre, on voit qu’il a une odeur camphrée, et qu’il s’enflamme lorsque, après avoir été desséché, on l’approche d’une bougie allumée. L’alcool camphré brûle quand on le met en contact
avec un corps en ignition, et laisse pour résidu du camphre qui cristallise par le refroidissement, ou une matière charbonneuse légère, semblable à de la suie; dans ce dernier cas, on remarque qu’il se dégage des vapeurs blanches vers la fin de la combustion : cette différence dans les produits tient à ce que la combustion a été plus vive dans un cas que dans l’autre.
Caractères de l’huile ca,nvphrée. L’huile conserve sa couleur et sa transparence, à moins qu’elle ne contienne beaucoup de camphre en dissolution. Son odeur est très sensiblement camphrée. Elle ne s’enflammé point lorsqu’on la met en contact avec un corps en ignition, après l’avoir placée dans une capsule..
De la coque du Levante
La coque du 'Levant est le fruit du menispermum cocculus , arbrisseau de l’Inde, rangé dans la famille des ménispermes et dans la diœcie décandrie de Linnæus.
Caractères.. Il offre le volume d’un gros pois ; il est presque rond, et pré* sente à la partie de sa surface qui correspond à l’insertion du placenta une dépression marquée, ce qui lui donne jusqu’à un certain point la forme d’un rein. II est composé : 4° d’une tunique extérieure mince, sèche, friable, noirâtre, rarement lisse, et le plus souvent couverte de rugosités, à laquelle' on a donné le nom de hrou et d’écorce; 2° d’une cogue blanche, ligneuse, à deux valves, recouverte par la tunique dont je parle; 3“ d’un placenta central, rétréci par le bas, élargi par le haut, et attaché à la portion de la surface qui est déprimée, de manière que la coque se trouve divisée intérieurement en deux petites loges; d’une amande blanchâtre ou roussâtre, d’une saveur amère très prononcée, partagée en deux lobes par le placenta, et remplissant l’espace compris entre celui-ci et ,1a coque; cette amande s’atrophie avec le temps, en sorte que les fruits, dont il s’agit , finissent par être entièrement vides. La coque du Levant est inodore, et contient de la picrotoxine, de la ménispermine, des acides oléique et margarique, une matière albumineuse, une partie colorante jaune, du ligneux, une certaine quantité de matière sucrée, et des sels.
De la picrotoxine.
La picrotoxine (1) est une substance renfermée dans la coque du Levant, composée d’oxygène, d’hydrogène et de carbone, et
(1) Du grecwutpoç, amer, et de -relwciv poison. .
caractérisée par les propriétés suivantes : elle est blanche, bril^ lante, demi-transparente, cristallisée en aiguilles, sans odeur et d’une saveur amère insupportable. Mise sur les charbons ardens, elle se boursoufle, et répand une fumée blanche d’une odeur de résine. Elle se dissout dans trois parties d’alcool, dans vingt-cinq parties d’eau bouillante et dans cinquante parties d’eau froide. L’acide azotique concentré la^dissout à froid sans dégagementde gaz bi-oxyde d’azote ; la dissolution est d’un jaune verdâtre. L’acide sulfurique, à la température de 14° la jaunit peu-à-peu, puis la fait passer au rouge safrané, et pour peu que l’on chauffé, la matière se charbonne. Les acides végétaux paraissent être ses meilleurs dissolvans. Elle est insoluble dans les huiles.
Symptômes de V empoisonnement déterminé par ces substances, Lorsqu’on a fait avaler à un chien 8 ou 12 grammes de camphre dissous dans 30 grammes d’huile d’olives, ou 12 à 16 grammes de coque du Levant finement pulvérisée , ou 50 à 60 centigrammes de picrotoxine , on observe au Lout de quelques minutes, si l’animal ne vomit pas (car assez souvent ces substances déterminent des vomisseméns opiniâtres)^ qu’il est inquiet , agité, que sa démarche est chancelante, et que les muscles de la face offrent quelques mouvemens convulsifs. Cinq, quinze, vingtcinq minutes après| il éprouve un accès violent, caractérisé par les symptômes suivans : chute sur le côté, tête fortement renversée en arrière, ou dans l’état naturel ; convulsions horribles , particulièrement dans les extrémités ; culbute en arrière, pendant laquelle la tête frappe d’abord le sol avec véhémence, et le corps roule en tous sens ; conjonctive injectée, yeuxsaillans et insensibles aux impressions extérieures. L’animal n’entend plus ; on peut le déplacer, le heurter, crier autour de lui sans qu’il donne le moindre signe de connaissance ; la bouche est remplie d’une écume épaisse; la langue et lès gencives sont livides; la respiration est comme suspendue. Çette attaque dure trois ou quatre minutes, et se termine quelquefois par des efforts de vomissement. L’animal reste pendant quinze , vingt ou vingt-cinq minutes sans éprouver aucun accident ; il semble avoir recouvré l’usage des sens, on le croirait guéri : cependant il ne tarde pas à se manifester un nouvel accès semblable au précédent, ni* ai
maïs beaucoup plus fort, et pendant lequel l’animal fait entendre des cris horribles ; la respiration est laborieuse et accompagnée de l’exhalation d’une grande quantité de vapeurs d’une odeur camphrée (1). Cette attaque, à laquelle l’animal succombe le plus ordinairement, dure six ou huit minutes ; elle est souvent précédée de vertiges, de tournoiemens et d’un affaiblissement plus QU moins considérable des extrémités antérieures: ces symptômes précurseurs durent quelquefois huit ou dix minutes.
Les observations d’empoisonnement recueillies chez l’homme prouvent que le camphre détermine chez lui des accidens analogues à ceux dont je viens de parler.
Lésions de tissu développées par ces poisons. Si on fait l’ouverture des cadavres immédiatement après la mort des animaux, on observe que le ventricule gauche du cœur renferme du sang rouge-brun : cet organe ne se contracte plus. Les poumons sont affaissés, peu çrépitans , d’un tissu plus serré qu’à l’ordinaire, et d’une couleur foncée par plaques. Le cerveau n’est le siège d’aucune altération remarquable. Le canal digestif offre le plus souvent des traces d’inflammation où d’ulcération , lorsque l’empoisonnement a été déterminé par le camphré , tandis qu’il est sain dans lé cas où la mort a été produite par la coque du Levant ou par la picrotoxine.
Action de ces poisons sur l’économie animale. 1° Le camphre, à la dose de i 2 à 16 grammes dissous dans l’huile d’olives, est vénéneux pour l’homme et pour les chiens, lorsqu’il est introduit dans le canal digestif ; 2° il est absorbé, et agit comme un excitant énergique du cerveau et du système nerveux, susceptible de déterminer une mort prompte au milieu des convulsions les plus horribles, s’il n’est pas rejeté promptement par le vomissement ou par les selles (2) ; 3° cette mort est le résultat immédiat de l’asphyxie, ou du moins de la gêne avec laquelle la respiration s’exerce pendant les violentes secousses convulsives; 4° l’action de la dissolution huileuse dont je parle est beaucoup plus vive si elle est injectée dans les veines, et beaucoup moins
(1) Seulement lorsque l’animal a pris du camphre.
(2) M. Flourens pense que le camphre agit sur le cervelet conuoe l’alcool.
forte si elle a été appliquée sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse ; 5° le camphre en fragmens enflamme, ulcère les tissus de l’estomac, et peut occasionner la mort au bout de deux ou trois jours ; il ne produit des phénomènes nerveux semblables à ceux que détermine l’huile camphrée^ qu’autant qu’il a été très divisé; 6® le camphre artificiel, obtenu avec l’huile de térébenthine et le gaz acide chlorhydrique, agit comme le camphre en fragmens, mais beaucoup plus lentement, lors même qu’il a été introduit dans l’estomac à la dose de 16 grammes, ^près avoir été dissous dans l’huile d’olives ; 7® la coque du Levant, finement pulvérisée, occasionne la mort des chiens les plus robustes, et par le même mécanisme que la dissolution huileuse de camphre, si on l’introduit dans l’estomac à la dose de 8 à 12 grammes et qu’elle ne soit pas vomie, ou bien si on l’applique sur le tissu lamineux sous-cutané de la partie interne delà cuisse; 8® elle borne ses effets à produire des nausées et des vomissemens , si on l’emploie peu divisée ; 9® elle n’enflamme point les tissus avec lesquels on la met en contact ; 10® elle doit toutes ses propriétés vénéneuses à la picrotoxine qu’elle renferme; aussi remarque-t-on que celle-ci est beaucoup plus active , et qu’elle produit les mêmes effets sur l’économie animale ; 11® il suffit d’injecter dans la veine jugulaire d’un chien 6 ou 7 centigrammes de picro toxine dissoute dans 16 grammes d’eau, pour déterminer la mort dans l’espace de quelques minutes ; 12° quels que soient les rapports qui existent entre l’action de ces poisons et celle qu’exercent la noix vomique, la fève de ^. Saint-Ignace, la strychnine, l’upas tieuté, la fausse angusture et labrucine, on aurait tort de les confondre dans un même groupe, ces substances agissant particulièrement sur la moelle épinière, tandis que le camphre, la coque du Levant et la picrotoxine affectent tout le système nerveux, et surtout le cerveau.
De Vupas antiar.
Uupas antiar, suc laiteux, amer et jaunâtre de Vanthiaris toxicaria, de la famille des. urticées, est employé dans l’Inda pour empoisonner les flèches. Il est foripé d’une résine élastique
parlîculière , d’une matière gommeuse peu soluble, et d’une matière amère, composée elle-même d’un principe colorant, d’un acide indéterminé , et d’une substance qui est la partie active de l’antiar, et que MM. Pelletier et Caventou croient être un alcali végétal soluble. Il résulte des expériences faites par le «professeur Andral, 1“ que l’upas antiar et la matière amère soluble agissent sur le système nerveux et sur l’estomac de la même manière, quoique cette dernière soit beaucoup plus énergique ; 2“ que leur mode d’action sur le système nerveux n’est pas absolument identique avec celui de l’upas tieuté : le premier détermine des convulsions cloniques avec alternative de relâchement ; le second produit des convulsions toniques ou le tétanos : en outre, l’antiar et son principe actif, portés dans le torrent de la circulation, vont irriter l’estomac, ce que ne fait pas l’upas tieuté. Avant les recherches de M. Andral , on savait que l’antiar était très vénéneux quand il était injecté dans les artères, dans les veines ou dans les cavités séreuses ; qu’il l’était moins lorsqu’on l’appliquait sur le tissu cellulaire sous-cutané, et beaucoup moins quand il était introduit dans l’estomac; qu’il était émétique et purgatif; qu’il déterminait des phénomènes nerveux semblables à ceux que produit la dissolution huileuse de camphre (/^. page 79â). Suivant M. Brodie, il rend le cœur insensible à l’action du sang.