IV
Des champignons vénéneux.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par des champignons?
Genre amanita. — Agaric hour se.
Le genre amanita appartient à la famille des agaricoïdées, laquelle fait partie de l’ordre des champignons proprement dits (fungi, hymenomyci) de Persoon (1).
(1) Caractères de l’ordre 2® de Persoon, qui comprend les champignons proprement dits : « Ils sont charnus, coriaces, trémelleux et volumineux, simples, ou hranchus ou étalés en plaques, mais ordinairement munis d’un corps dilaté ou
Champignon sortant d’une bourse ou d’un volva; chapeau garni de feuilles ou de lamelles rayonnantes en dessous, et supporté par un pédicule plus ou moins renflé à sa base.
Description des espèces.
1“ Fausse oronge (variété de Yamanita aurantiaca de Persoon, agaricus muscarius de Linnæus, agaricus pseudo-aurantiacus de Bulliard).
Caractères. Son chapeau atteint 4 4 à 4 8 centimètres (de 5 à 7 pouces) ; il est d’abord convexe, et ensuite presque horizontal; sa couleur rouge écarlate est plus foncée au centre; il est peu rayé sur le bord, et presque toujours tacheté de tubercules ou verrues blanches qui sont les débris du volva; le pédicule, long de 8 à 4 2 centimètres, est blanc, plein, cylindrique, excepté à sa base, où il est épais ; lés feuillets (lames) sont blancs , inégaux, recouverts dans leur jeunesse d’une membrane qui se rabat sur le pédicule et forme son collier. Le volva est incomplet, c’est-à-dire qu’il ne le recouvre pas entièrement à sa naissance, et forme quelques écailles le long du pédicule. Ce champignon est très commun dans l’Europe septentrionale. -
L’oronge vraie {amanita aurantiaca), que l’on mange souvent, se distingue du précédent : 4“ parce que dans sa jeunesse elle est enveloppée dans le volva, ce qui lui donne de la ressemblance avec un œuf ; 2“ par la couleur orangée du chapeau, qui du reste n’est point tacheté de verrues blanches; 3* par les feuillets qui sont jaunâtres.
2° Amanite vénéneuse (^amanita venenosa de Persoon). Cette espèce comprend V agaricus bulhoms et V agaricus huihosus vernus à.e '^\i\\ï2Lvdi.
Caractères de l’espèce. Couleur blanche, sulfurine ou verdâtre ; pédicule bulbeux, entouré à sa base d’un volva qui couvre son chapeau avant son développement, et sur lequel il reste des lambeaux ;qui sont difformes et larges vers le bord, mais plus petits et polyèdres au milieu ; il y a en outre à la tige un anneau ou collet assez large et épais , et souvent rabattu. Les feuillets sont blancs, et conservent toujours cette couleur sans devenir rougeâtres. Le chapeau est convexe, charnu, large de trois à quatre doigts,
chapeau, qui est ouvert et pourvu d’une membraue sporulifère ou hyménium d’une forme très variée, portant des graines peu apparentes. »
. U hyménium est une membrane composée de petites vessies libres ou cohérentes entre elles, et situées à la surface inférieure du chapeau ; sa couleur est le plus souvent différente de celle du chapeau, et elle Ve forme pendant la maturité (Persoon, Traité des champignons comestibles, p. 28 et 38).
rarêment dépourvu de verrues ; l’odeur eu est vireuse, assez forte ; la saveur âcre et styptique, surtout après quelques instans , quand on en a mâché (Persoon),
Première variété. Amanîta hulhosa alla de Persoon {agaricus hulhosus vernus de Bulliard, orongè-ciguë Manche de Paulet),
Caractères. Elle est entièrement blanche, quelquefois un peu jaunâtre au sommet ; le chapeau, qui était d’abord convexe, devient concave, parce que les bords se relèvent en vieillissant ; ses feuillets sont nombreux, divisés eh feuillets et en parties de feuillets. On peut la distinguer de l’agaric comestible de Bulliard (champignon de couche), parce que ce dernier n’a point de bourse mi de pied bulbeux, que le chapeau ne porte point de verrues, qu’il peut être pelé facilement, par l’irrégularité de son collet qui est rongé à ses bords, parce que sa superficie est sèche, qu’il est toùjours, au-dessous, d’une couleur rose ou vineuse, d’abord tendre et ensuite plus foncée, et à la fin d’un Brun noirâtre, tandis que les feuillets de la variété que je décris sont toujours blancs. Elle est très commune dans les bois, et a souvent causé des accidens fâcheux, parce qu’èlle a été confondue avec le champignon comestible.
Deuxième variété. Amanita eitrina ou sulfurine de Persooh (pronge^ciguë Jaunâtre de Paulet, agarieus bulhosm de Bulliard).
Caractères. Le chapeau et l’anneau offrent une couleur citriné pâle; le pédicule, long de 9 à 1 2 cent., est bulbeux et légèrement strié à son sonimet. On la trouve abondamment en automne, mêlée avec les feuilles sèdies dans les endroits sombres des bois.
Troisième variété. Amanîta viridis (pronge^ciguë verte de Paulet, agarieus hulbosùs de Bulliard). .
Caractères. Chapeau presque toujours glabre, sans lambeaux ou débris du volva ; le renflement ( bulbe ) qui est à la base du pédicule est plus arrondi que dans les deux variétés précédentes ; il n’est pas aplati comme dans ces variétés (1). Elle a une couleur d’herbe quelquefois olivâtre ou grisâtre, et elle est plus grande que les précédentes. On la trouve én automne dans les bois touffus ; mais elle est moins commune que les deux autres.
Il existe encore un certain nombre d'espèces vénéneuses màl connues , que Paulet a indiquées sous le nom générique d’hy-
(!) Ces caractères ne sont-ils point su£5sans pour faire de ce champigoon «ne espèce particulière, comme l’a indiqué M. Persoon ?
pophyllum , et qui paraissent devoir être rapportées au gènre amanita ■: cés espèces sont distinguées sous les noms $ orangé visqueuse, Manche^ à pointes de trois-quarts, à pointes de râpe, souris, croix de Malte, peaussier e de Picardie, et de laiteux pointu rougissant.
Oronge visqueuse dartr eus e. Grivelé visqueux ^ ou hy pophyllum maculatum de Paulet.
Caractères. Champignon blanc ou d’un blanc tirant sur le gris, dont la grandeur varié, mais qui a pour l’ordinaire 9 ou i 2 cent, de hauteur, et qui offre des pellicules grisâtres, des feuillets, une tige, un bulbè pârfaitéinéht blancs, et une surface visqueuse. Chapeau tendre j large de 9 à 42 centim., et à peine charnu ; il est légèrement rayé, facile à peler, et sujet à sè fendre. Feuillets entremêlés de petites portions de feuillets vers les bords ; ils sont blancs^ et ont leur tranche taillée un peu en dents de scie ; ils s’insèrent circulairement comme à un bourrelet qui ne touche point à la tige, et sont couverts, en naissant, d’un voile qui se jabat sur la tige en manière de manteau, et forme un collet plus ou moins apparent. Le pédicule, d’abord plein finit par devenir creux en grande partie , ainsi que le bulbe. On le trouve aux en v irons dè Lagny et dans la forê t de Senard (PâulétJ.
Oronge Manche, ou citron, ou hulheux jaune et hlanc, ou hypophyllum alho-citrinum de Paulet.
Caractères. Chânipignon de taille moyenne ét de forme très régulière, tantôt d’un blanc sali de jaune, avec des parcelles de coiffe jaunâtre ou terreuse, ou d’un brun sale tantôt avec un chapiteau uni , d’un blaiic quelquéfois net, et d’autres fois âvéc une légère teinte jaune ; bùlbë fort, saillant et très arrondi ; pédicule droit et cylindrique , blanè, bu diversèinerit coloré , cbmmè je viens de le dire, en parlant du champignon' ën général ; il est d’abord plein, puis il se cfeuse en partie, ét s’évase à son insertion au chàpèau, avec lequel il sëiüMe se confondre ; chàpèau circulaire à surface plus ou moins humide ; feuillets blancs, dent la tranche forme une surface égale et unie, presque tous de longueur égale j à l’exception de quelques petites portions de feuillets qu’on trouve vers les bords, et dont la base semble tenir âüx autres feuillets complets comme par clé petites bridés ; ces feuillets s’insèrent circulairement sur une sorte de Bouirélet qui leur sert de soutien, et ne touchent point au pédicule. Cë chàôîgignon présente assez constamment un léger collet, qui était primiitivëment un voile fin qui couvrait les feuillets. On le trouvé en automne dans les Bois des environs de Paris (Paulet).
Oronge à pointes de trois-quarts , ou palette à dard, ou hypophyllum tricuspidatum de Paulet.
Caractères^ Champignon haut de 15 à <8 cent., blanc, avec des feuillets qui tirent sur le vert; chapeau régulièrement circulaire, couvert de pointes triangulaires égales, de forme pyramidale, d’un blanc sale, fortement adhérentes par leur base à la peau qui recouvre le chapeau; feuillets ordinairement couverts d’une poussière semblable à une fleur de farine, et d’un voile fin qui finit par tenir uniquement à la tige èt lui sert de collet. Pédicule blanc, cylindrique, plein, offrant à sa base un bulbe qui à la fin devient creux comme la tige. On le trouve en automne dans le parc de Sain^Maur (Paulet).
Oronge à pointes de râpe, ou petite râpe^ ou hypopyllum rapula de Paulet.
Caractères. Petit champignon dont le chapeau de couleur noisette en dessus, offre une multitude de pointes inégales, semblables à celles d’une râpe ordinaire, et d’une couleur plus foncée que celle du chapeau. Feuillets minces, très serrés, blancs couverts d’îfljord d’un voile tendre, mais très apparent, qui se déchire en plusieurs portions, et finit par s’effacer entièrement. Pédicule blanc, plein d’une substance moelleuse. On le trouve en automne dans la forêt de SainUGermain (Paulet),
Oronge souris ou oronge serpent, ou hypopJiyllum san-r guineum de Paulet.
Caractères. Champignon élancé, de forme conique, de couleur gris de souris, et comme satiné en dessus, avec des feuillets blanchâtres et une tige blanche, un peu tortueuse, qui s’élève à la hauteur de 12 à 15 cent,, portant un chapiteau qui peut avoir 4 centimètres d’étendue, et dont la substance intérieure, étant coupée, semble résulter de petits grains qui, à quelque distance, la font paraître de couleur cendrée. Ses feuillets, entremêlés de petites portions de feuillets, sont d’un blanc lavé et d’une légère teinte jaune. La tige d’un blanc sale, est pleine d’une substance très blanche, et porte à sa base les débris d’une , enveloppe mince qui couvrait le champignon. On le trouve en automne, surtout en Piémont (Paulet).
Oronge croix de malte, ou hypopyllum crux melitensis de Paulet, '
Caractères. Champignon bulbeux à bourse, de couleur de chair pâle ; chapeau découpé en cinq ou six parties égales, ce qui lui donne presque l’aspect d’une croix de Malte, offrant au centre un bouton arrondi, un peu relevé et régulièrement circonscrit. Ses lobes ont environ o mill. d’épaisseur, Feuillets presque tous égaux et de la couleur du chapeau ; ils s’insèrent circulairement et en rayonnant à une espèce de bourrelet sans toucher à la tige. Pédicule droit et colleté, haut de 9 à 12cenlim., d’abord plein, et qui finit par se vider en grande partie pour devenir fistuleux. Collet et bourse d’un beau blanc ; chair fraîche, un peu humide, de la même
couleur en dedans qu’en dehors. On le trouve, au mois d’août, au bois de Pantin, près de Paris (Paulet).
Laiteux fointu rougissant, ou laiteux rougissant, ou hy- ■pophyllum pvdihundum de Paulet.
Caractères. Chapeau dont le centre est élevé en pointe aiguë, qui finit par s’effacer pour faire place à une cavité. Il est blanc; mais sa chair, ainsi que le suc qu’il fournit lorsqu’on le coupe, acquièrent une couleur rouge carmin par leur exposition à l’air. Les feuillets sont blancs, taillés en biseau et de longueur inégale. Sa tige, qui est une continuité de la substance du chapeau, est cylindrique, et pleine d’une substance moelleuse. Ce champignon est plus rare en France qu’en Italie et dans le Piémont (Paulet).
Oronge -peaussière de Picardie, hypopJiyllum pellitum de Paulet.
Caractères. Ce champignon, que nous ne connaissons que par la figure qu’en a donnée Paulet, laquelle n’est accompagnée d’aucune description, me semble, d’après son port, appartenir à la section des oronges {amanita, Pers.). Son pédicule est cylindrique, gros, un peu renflé à sa partie inférieure, qui, d’après la figure, me paraît nue ; il est haut d’environ i 8 cent.; vers sa partie supérieure il présente un collet circulaire, rabattu, membraneux et inégalement frangé à son bord libre. Ce pédicule est d’un blanc. sale. Le chapeau est inégalement convexe, d’environ 48 centim. de diamètre; son contour est comme sinueux; il est d’un gris jaunâtre à sa face supérieure, et recouvert de petites plaques irrégulières plus foncées, qui me paraissent être les restes du volva, dans lequel toutes les parties du champignon étaient renfermées avant leur entier développement. Il croît en Picardie.
Genre agaricus.
Le genre agaricus appartient à la famille des agaricoïdes , laquelle fait partie de l’ordre des champignons proprement dits {fungihymenomyci de Persoon) (tJOÿ.lanote de la page 796).
Caractères du genre agaricus de Persoon. Champignon à pédicule dépourvu de bourse ou volva, et dont le chapeau a des feuillets rayonnans, ordinairement simples et alternativement plus courts.
Le genre agaric peut être subdivisé en plusieurs groupes ; je vais m’occuper seulement de ceux qui présentent des, espèces malfaisantes.
Groupe des agarics lactaires ou lactêsiens de Persoon {poivrés laiteux de Paulet).
La chair de ces champignons est ferme, cassante, et renferme un liquide laiteux d’une saveur poivrée qui en découle aussitôt qu’on l’entame; leur surface est sèche et un peu rude au toucher; leur tige est en général courte, leurs feuillets fins et d’une longueur inégale ; le chapeau finit par se creuser et prendre la forme de soucoupe ou d’entonnoir. Sans être aussi nuisibles qüé les précédens , ces champignons peuvent donner lieu à des indigestions et à d’autres accidens fâcheux, surtout lorsqu’ils n’ont pas été apprêtés d’une manière convenable.
Description des espèces.
1“ Agaric meurtrier ^agaricus necatoràJà Bulliard et torminosus de Schœffer, mouton zone de Paulet.
Caractères. Chapeau d’abord convexe, puis plané, puis concave dans lé centre, et dont les bords roulés en dedans, très velus et frangés, grandissent souvent plus d’un côté que de l’autre ; il, est quelquefois marqué de zones concentriques, dont le diamètre ne dépasse pas le plus ordinairement 9 centim, et d’une couleur pâle, incarnate, ou mêmé tannée, qui s’éteint vers la marge : le dessous du champignon est blanchâtre pu d’un jaune pâle. La surface du chapeau est couverte de peluchures plus foncées, qui lui donnent un aspect velu et disparaissent avec l’âge. Pédicule cylindrique, plein,, nu, épais, long de 9 â 42 céntim., au pliis. Le petit nombre de feuillets, qui sont entiers, forment un bourrelet à leur insertion au pédicule. Il est très commun dans les bois, parmi les gramens, en été et en automne.
2“ Agaricus acris de Bulliard : poivré à feuillets roussâtres de Persoon, et connu sous les noms vulgaires de lathyron, de roussette.
Caractères. Chapeau charnu, large de 9 à 42 centim. environ, d’abord convexe et irrégulier, ensuite plane, puis concave, et dont lé bord velu, roulé en dedans, onduleux, quelquefois zoné , èst un peu visqueux pendant im temps pluvieux; pédicule nu, plein, cylindrique, charnu, long d’environ. 3 cent., et presque aussi épais; feuillets nombreux, souvent bifurqués, un pèü décurrens sur le pédoncule. Ce champignon est blanc, excepté les feuillets, qui, suivant leur âge, offrent une couleur rose ou d’un roux clair. On le trouve dans les bois ou sur les pelouses.
3" Agaricus piperatus àes auteurs, agrariei^ laetifluus acris, ou agaric laiteux âcre de Bulliard : laiteux poivré blanc de Paulet. Il est regardé par les auteurs de \2i Flore française comme une variété de V agaricus acris.
Caractères. Chapeau très blanc, et bien arrondi dans l’état de jeunesse ; ce chapeau perd, en vieillissant, sa blancheur, prend la forme d’un entonnoir, et ses bords, qui sont légèrement cotonneux ou glabres, deviennent inégaux ; pédicule plein, court, épais et continu ; feuillets entiers, semi-décurrens, rares ou très multipliés, dont la couleur blanche se change en couleur de paille à mesure que le champignon vieillit; quelquefois, au lieu de feuillets entiers, on ne voit que des parties de feuillets. On le trouve fréquemment au printemps et en automne dans les bois.
h° Agaricus pyrogalus de Bulliard.
Voici la description qui en a été donnée par les auteurs de la Flore française ; ■« Pédicule cylindrique, nu,' plein, d’un jaune livide, long de 3 à 4 centimètres (4 pouce et 1 pouce et demi), épais de 8 à 4 0 millimètres ; chapeau d’abord convexe, puis presque plane, un peu déprimé au centre, de là même couleur que le pédoncule, souvent marqué de zones concentriques noirâtres : il atteint 4 6, centimètres de diamètre (environ 5 poncés). Ses feuillets sont noppireux, un peu rougeâtres, inégaux, adhérons un peu àu pédicule. On le ttouve dans lés bois.
Groupe des agarics à pédicule nu, latéral ou excentrique (Flore française).
Espèces. Agaricus stypticus , agaric styptique de Bulliard ; agaricus sèmipetiolatus de Schœffer.
Caractères. Couleur générale de cannelle plus ou moins foncée ; superficie sèche ; chair mollasse, se déchirant facilement ; chapeau hémisphérique, avec les deux extrémités un peu prolongées et arrondies, ressémblant assez bien à une oreille d’homme ; ses bords sont toujours roulés en dessous ; son grand diamètre est tout au plus de 3 centimètres (un peu plus de 4 pouce). Feuillets étroits, tout entiers, .susceptibles d’être détachés de la chair, et remarquables par la manière dont ils se terminent.sur unè ligne circulaire qu’aucun d’eux ne dépasse. Pédicule nu, plein, continu avec le chapeau, latéral, très évasé à sa partie supérieure, court(de 40 à45 millimètres). On le trouve dans les bois, en automne et pendant une partie de Thiver, sur les troncs d’arbres coupés horizontalement (Bulliard).
Groupe des agarics à pédicule plein, à chapeau charnu, à feuillets non adhérens au pédicule, qui ne noircissent point en vieillissant (J\oYe,îr2ii\(;i2LVS>è).
Espèce. Agaricus urens, agaric brûlant de Bulliard. (7aracières. Chapeau d’abord convexe, ensuite plane, assez régulier, puis légèrement concave, de 4- à 5 centimètres (4 pouce et demi à 2 pouces), d’un jaune pâle et sale , feuillets roux, inégaux, parmi lesquels ceux qui sont entiers n’atteignent pas jusqu’au pédicule, mais s’arrêtent tous régulièrement à 4 ou 2 millimètres de distance ; pédicule cylindrique, long de 40 à 4 5 centimètres (4 à 6 pouces), un peu épais et velu à sa base, nu, plein, continu avec la chair du chapeau, d’un jaune pâle et terreux, un peu strié de roux. Ce champignon croît sur les feuilles mortes.
Groupe, des agarics à pédicule pourvu d'un collet.
Espèces. Agaricus annularius, annulaire de BulliardjO^aricus polymyces de Persoon, tête de Méduse de Paulet.
Caractères. Champignon d’une couleur fauve ou rousse; chapeau convexe, un peu proéminent vers le centre (cette proéminence, appelée mamelon, est velue), tacheté de petites écailles noirâtres ou g%bres, et dont les bords sont entiers ou un peu sinueux, non étalés ; feuillets d’abord blancs, entremêlés de petites portions de feuillets, et adhérant fortement au pédicule, où ils se terminent par des nervures fines en se confondant avec sa substance : ces feuillets finissent par prendre une légère teinte rousse ; pédicule charnu, cylindrique, souvent un peu courbé à sa base, où il est un peu renflé, long de 9 à 4 0 centimètres (3 pouces et demi à 4 pouces), ayant de 4 à 5 lignes de diamètre, muni d’un collier entier redressé en forme de godet, glabre ou garni de petites écailles. Ce champignon croît en automne sur la mousse, au pied des chênes, et en groupes plus ou moins nombreux, composés quelquefois de quarante à cinquante individus. Voici comment Paulet explique la formation du collet et du chapeau de ce champignon : « Il porte, dit-il, des chapiteaux qui n’ont pas plus de 4 pouce et demi d’étendue : ces chapiteaux, d’abord empreints comme de croûtes brunes, surtout au centre, ont leurs feuillets couverts, en naissant, d’un voile blanc, épais, ferme, qui leur donne une forme globuleuse, et qui sè déchire ensuite pour se convertir en collet : ces têtes finissent par prendre la forme d’un chapeau. »
Des symptômes et des lésions de tissu déterminés par les champignons vénéneux, ainsi que de leur action sur l’économie animale.
Il me serait difficile, pour ne pas dire impossible, de donner une
description générale des symptômes produits par les champignons vénéneux, parce que ces symptômes offrent des différences notables suivant l’espèce et la quantitédu champignon ingéré, et surtout parce que souvent l’empoisonnement a eu lieu par un mélange de divers champignons vénéneux ; il suffira de jeter un coup-d’œil sur les observations qui ont été publiées pour qu’il ne reste aucun doute à cet égard ; aussi me garderai-je bien d’adopter, avec M. Devergie, que les champignons développent seulement deux espèces d’accidens, que les uns agissent principalement, par exemple, sur le cœur et sur le système nerveux, et les autres sur le canal digestif. Zeviani avait été plus exact lorsqu’il disait : <i ll solo veleno dé funghi contiene in se la malizia di n tutti, e vari motiplici effetti produee seconde ehe è in « maggior copia ingolato è in maggior copia dentro le vene « s’include (1) (Dissertation inaugurale). Je me bornerai donc à résumer les divers accidens qui ont été observés à la suite de ces intoxications.
C’est en général plusieurs heures après avoir mangé les champignons vénéneux que les effets délétères se manifestent; il faut que par suite du travail de la digestion, le principe actif ait eu le temps d’être isolé, dissous et absorbé. Ici, l’individu éprouve des douleurs d’estomac, des coliques et des sueurs froides ; ces douleurs acquièrent de plus en plus de l’intensité et deviennent presque continues et atroces ; il y a des évacuations par le haut et par le bas, et le plus souvent les selles sont précédées ou accompagnées de coliques; il survient une soif inextinguible et une chaleur générale, plus forte cependant dans la région abdominale ; le pouls est petit, dur, serré, très fréquent, et la respiration gênée. Bientôt après on observe des crampes, des raideurs, des convulsions tantôt générales, tantôt partielles, des défaillances ; cependant le malade conserve l’intégrité de ses facultés intellectuelles et sent la mort approcher au milieu des plus vives souffrances. La durée de la maladie varie depuis deux jusqu’à
(1) Le poison des champignons réunit à lui seul les qualités malfeisautes de tous les poisons, et il produit des effets variés et nombreux, suivant qu’il a été pris et introduit dans les veines en plus ou moins grande quantité.
quatre, cinq ou six jours ; les douleurs et les convulsions ont épuisé les forces.
Dans d’autres cas, après l’jqjparition des symptômes qui annoncent une affection gastro-intestinale, les malades éprouvent des vertiges, un délire sourd, de l’assoupissement, du coma, accidens qui ne sont interrompus que par des douleurs et des convulsions, et quelquefois par des vomissemens.
Chez certains malades, les symptômes nerveux dont je viens de parler n’ont pas été précédés de ceux qui appartiennent plus particulièrement à l’affection gastro-intestinale J ces malades succombent assez promptement par suite d’une forte lésion du système nerveux caractérisée à-la-fois par des phénomènes d’excitation et d’assoupissement ; aussi aux convulsions violentes, au délire assez intense, aux douleurs vives, se joint un état coiuateux et comme apoplectique.
Dans certaines circonstances, les champignons paraissent agirà la manière des poisons septiques; tout-à-coup la peau pâlit, se refroidit et se couvre d’une sueur glacée, le pouls et les mouvemens du cœur sont à peine sensibles, les inspirations sont rares et pénibles, les yeux sont éteints et la mort arrive sans souffrance. 11 est pourtant des cas où ces mêmes symptômes sont accompagnés ou suivis d’ un état comme convulsif qui s’annonce par le fnVmus^ la tension et la dureté du ventre, une respiration agitée et comme convulsive, etc.; cet état est en général fort grave et ne tarde pas à être suivi de la mort.
Lésions de tissu produites par les champignons rênêneux. Quoique les lésions cadavériques présentent des différences suivant l’espèce de champignon qui a occasionné l’empoisonnement, cependant ces différences sont moins nombreuses que pour les symptômes; aussi la Société de médecine de Bordeaux a-t-elle pu résumer avec avantage les principales lésions cadavériques constatées à la suite de cette intoxication. Voici ce qu’on lit dans le rapport qui lui a été présenté le 26 juin 1809 : «Taches violettes, très étendues et nombreuses sur les tégumens, ventre très volumineux, conjonctive comme injectée, pupilles contractées, estomac et intestins phlogosés et parsemés de taches gangréneuses, sphacèle dans quelques portions de ces viscères, contractions très
fortes de l’estomac et des intestins, au point que, dans ceux-ci, les membranes. épaissies avaient entièrement oblitéré le canal; œsophage phlogosé et gangréné dans l’un des sujets ; dans un autre, iléum invaginé de haut en bas, dans l’étendue de 9 centimètres : un seul individu avait les intestins gorgés de matières fécales. On n’a trouvé dans aucun des vestiges de champignons : ils avaient été complètement digérés ou évacués. Les poumons étaient enflammés et gorgés d’un sang noir; le même engorgement avait lieu dans presque toutes les veines des viscères abdominaux, dans le foie, dans la rate, dans le mésentère ; taches d’inflammation et taches gangréneuses sur les membranes du cerveau, dans ses ventricules, sur la plèvre, les poumons, le diaphragme, le mésentère, la vessie, la matrice, et même sur le fœtus d’une femme enceinte : le sang était très fluide chez cette femme enceinte; il était presque coagulé dans d’autres individus ; la flexibilité extrême des membres n’a pas été constante. »
On a vu depuis, chez les malades qui avaient éprouvé des symptômes très prononcés, que dans certains cas les vaisseaux cérébraux étaient engorgés, la substance cérébrale piquetée de points rouges, et que les ventricules contenaient de la sérosité limpide et sanguinolente.
Eseamen de certains caractères considérés comme 'pro'pres à faire reconnaître les mauvais champignons.
Paulet, Persoon et quelques autres savans ont cru pouvoir faire suspecter les espèces de champignons dangereuses, parlaeonsistance, l’odeur, la couleur, la saveur, etc. , qu’elles présentent ; mais les règles générales données à cet égard offrent tant d’exceptions qu’elles doivent nécessairement occasionner des méprises funestes. On a indiqué, dit le docteur Letellier, comme propres aux espèces dangereuses : 1° une consistance molle; mais la tremellamesenteriformis, et Vagaricus typJioides sont incapables de nuire ; 2® une consistance ligneuse, subéreuse ou coriace; mais les qui sont coriaces, servent d’aliment
dans beaucoup de pays; 3° une odeur très forte ou désagréable; mais le polyporus juglandis que l’on mange a presque as-
phyxié Bulliard ; U° une saveur désagréable ; mais presque tous les agarics à lamelles égales piquent fortement la langue et le gosier, et Vhypodris huglossdîdes a quelquefois une saveur acide détestable; 5° la présence d'un lait âcre; mais on a donné àdes animaux, sans résultats fâcheux, la plupart des espèces d’une section de champignons à lait âcre; 6° l'apparition dans les endroits sombres; mais les Clavaires, les mérules ne viennent souvent qu’au fond des bois; 7° l'accroissement rapide et la prompte dissolution; mais l'agarieus typhoïdes et presque tous ceux de sa section sont incapables de faire du mal; 8” la tige bulbeuse; mais elle appartient aux agaricus solitariuselcolubrinus, champignons excellens; 9” les fragmens de peau collés sur le chapeau; mais les agaricus asper et solitarius et souvent le raginatus en présentent; 10® la vacuité du pédi‘~ cule; mais elle existe constamment dans les agaricus colubrinuSfCastaneus, l'helvellaelastica; ll°7a couleur de la chair changeant quand on a coupé le champignon; mais le boletm aurantiacus passe au rose tendre ; 12® la couleur éclatante de la surface; mais l’orongevraie la présente; 13°la couleur jaune soufrée ou rouge vif; mais l'agarieus sulfureuset beaucoup d’agarics rouges ne sont pas malfaisans; 14° la présence d’un volva; mais on peut manger beaucoup d’agarics à volva; 15“ laprésence d'un collier; cependiant les meilleures espèces comestibles, comme les agaricus edulis, colubrinus, solitarius, aurantiacus, en sont pourvues (Letellier, Dissert, inaugurale, 1826. Paris).
La composition chimique des champignons varie à l’infini et ne peut servir en aucune manière à distinguer les bonnes des mauvaises espèces .Voici les noms des diverses substances que l’on en a retirées jusqu’à ce jour ; de la fungine, de l’albumine, une matière grasse, une substance azotée insoluble dans l’alcool, de l’osmazôme, du sucre, de la gélatine; de la cire, des résines, de l’acide fungique, des acides benzoïque et acétique et des sels à base de potasse et de chaux. Les champignons vénéneux renferment en outre une matière âcre, exlrêmementfugace, peu connue, et un principe délétère queM. Letellier prétend avoir obtenu mêlé à des sels à base de potasse et de soude, et qu’il dit être soluble
dans l’eau et dans tous les liquides qui en contiennent, insoluble dans l’éther, incristallisable, inodore, insipide, formant avec les acides des sels crisiallisables , que ni les acides ni les alcalis faibles, ni l’acétate de plomb, ni l’infusion de noix de galle, ne précipitent. Ce principe n’existerait, d’après les expériences de M. Letellier, qui demandent à être répétées, que dans les agarieus bulbosusf muscarius et probablement vermis. Injecté à dose assez forte dans le tissu cellulaire du dos des grenouilles, il aurait agi à-peu-près comme l’opium.
Nous devons à M. Pouchet, professeur distingué d’histoire naturelle à Rouen, des expériences curieuses sur le principe actif de ïamanita muscaria et de ïamanita venenosa. Il s’est assuré, après avoir fait bouillir cinq ou six de ces champignons dans un litre d'eau pendant un quart d’heure, que le deeoctum empoisonnait violemment les chiens et les faisait périr en quelques heures, en déterminant une gastro-entérite, tandis que les champignons, ainsi dépouillés de leur principe actif par l’eau bouillante, pouvaient être pris impunément par d’autres chiens qu’ils nourrissaient parfaitement (Journal de chimie médicale, t. v, année 1889, p. 822).
Du seigle ergoté (secale cornutum).
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement a eu lieu par le seigle ergoté?
Les graines céréales, et le seigle en particulier, éprouvent quelquefois une altération marquée, caractérisée par la présence d’une production végétale en forme d’éperon ou de corne, semblable à un ergot d’oiseeu , et à laquelle on a donné , à cause de cela, le nom ^ ergot. L’usage du seigle ergoté, comme aliment, n’est pas toujours suivi, chez l’homme, d'accidens funestes ; mais il arrive quelquefois qu’il détermine des symptômes graves, et même la mort, sans qu’il soit permis encore d’indiquer au juste les diverses circonstances d’où peuvent dépendre ces exceptions.
L’ergot, dit Tessier, est un grain ordinairement coui’be et allongé ; il déborde de beaucoup la balle qui loi tient lieu de cairi. sa
lice ; ses deux extrémités, moins épaisses qüe la partie moyenfle, sont tantôt obtuses, tantôt pointues ; rarement il qst arrondi dans toute sa longueur ; le plus souvent on y remarque trois angles mousses et des lignes longitudinales qui se portent d’un bout à l’autre. On aperçoit dans plusieurs grains d’ergot de petites cavités qu’on croirait formées par des piqûres d’insectes ; la couleur de l’ergot n’est point noire , mais violette , avec différens degrés d’intensité. On remarque sur la plupart des grains dont il S’agit quelques taches blanchâtres à l’une des extrémités;, c’est par où l’ergot était adhérent à la balle. L’écorce violette de ces grains recouvre une substance d’un blanc terne et d’une con- ^stance ferme, dont elle ne se sépare pas même après une longue Punition. Les grains ergolés se rompent facilement, et se cassent net, en faisant un petit bruit, comme une amande sèche. Dans l’état de grain, l’ergot n’a une odeur désagréable que quâni il est frais et réuni en quantité ; mais s’il est réduit en poudre, cette odeur est plus sensible et plus développée ; il imprime alors sur la langue une saveur légèrement mordicante , et tirant sur celle du blé corrompu. L’ergot ne saurait être confondu ni atec le charbon, ni avec la carie.
D’après M. Bonjean de Chambéry, le seigle ergoté vient de préférence dans les terres humides et légères, et sur le hord des champs; il se manifeste rarement de suite après la floraison; le plus souvent c’est dans la huitaine qui précède la maturité du seigle qu’il développe son germe, paraissant alors sous forme d’un suc visqueux et brillant dont la saveur lie tente pas les abeilles. Quand il approche de sa maturité, la formation de l’ergot devient très rapide, et il suffit de quelques jours pour qu’il ait atteint sa grandeur longitudinale. Il est brun violet à l’extérieur quand il a été recueilli -peu après son, développement, et à l’intérieur, il est tantôt d’un blanc sale, tantôt violacé; sa saveur rappelle celle des amandes fraîches, et il n'est point vénéneux, ainsi que l’a prouvé M. Bonjean par des expériences directes. Mais si , au lieu de le récolter presque au moment de sa naissance, on le laisse mûrir pendant quelques jours sur le seigle, il est moins grêle, moins violet, plus volumineux, plus nourri ef plus brun ; il commence à présenter cette saveur désa-
gréable de blé pourri qu’on lui a souvent reconnue, et qui ne se développe bien qu’avec le temps ; alors il est vénéneux. Ces deux états de l’ergot expliquent suffisamment les opinions contradictoires de plusieurs auteurs sur les propriétés toxiques du seigle ergoté.
Composition chimique de V ergot. Huile fixe vénéneuse soluble dans l’éther (37,60). Poudre rougeâtre soluble dans l’alcool bouillant, ou ergotine de Wiggers, non vénéneuse (00,40). Matière colorante violette inerte (00,40). Extrait soluble dans l’alcool et dans l’eau (6,25), Résine âcre et nauséabonde (2,35). Extrait hémostatique obtenu en traitant l’ergot par l’eau froide, et composé d’un principe hémostatique, d’osmazôme végétale, de matière gommeuse et d’albumine végétale (21,25) : c’est lui qui excite les contractions utérines, sans être vénéneux. Phosphate acide de potasse et de chaux (3,75). Résidu ligneux (28,10). Total = 100. Il ne renferme aucun alcali végétal auquel on puisse attribuer ses propriétés médicales et toxiques.
Quelle est la cause de la production de l’ergot? On l’ignore. Plusieurs naturalistes avaient pensé qu’elle pourrait bien dépeu' dre de la piqûre du grain de seigle par un insecte ; telle était l’opinion àe Read (Traité du seigle ergoté, in-12. Strasbourg, 1771). Réveillé croyait, àu contraire, que le suc dont j’ai parlé plus haut est un champignon (sphacœlid). Le germe du grain n’ayant pas été fécondé, dit-il, la sphaeélie qui en frappe le sommet dès les premiers temps de son existence en modifie les propriétés vitales ; de là les différences profondes qui distinguènt le grain de seigle normal du grain ergoté.
Le pain contenant du seigle ergoté offre des taches ou des points de couleur violette; sa pâte a même quelquefois une teinte de la même couleur ; il a une saveur détestable de pourri qui laisse dans la gorge une âcreté très persistante, et qui est beaucoup plus prononcée que celle du seigle ergoté en poudre.
Action du seigle ergoté sur l’économie animale. D’après M. Bonjean, la première action de l’ergot entier sur les animaux se manifeste par la perte d’appétit et par une diminution notable dans leur agilité qui va jusqu’à les rendre immobiles. Ces animaux sont comme hébétés; leur regard est fixe et leurs yeux hagards.
Immédiatement après l’ingestion du poison, pourvu que la dose dépasse 16 grammes, les chiens poussent des hurlemens affreux qui ne s’apaisent que par les vomissemens ou lorsque le toxique a déjà produit ses premiers effets , car dès qu’ils commencent à devenir immobiles, ils ne crient plus. Le cerveau est sans doute le premier organe qui subit l’infîuehce de l’ergot. Dans aucun cas on ne voit de l’écume à la gueule, ni gonflement ni déchirement de la langue.
Chez les coqs et les poulets , la crête et le jabot noircissent d’abord, puis se recouvrent de petits points noirs plus ou moins saillans. Bientôt un état d’ivresse s’empare d’eux ; ils chancellent et tombent tout d’une pièce par la plus légère poussée ; affaissés sous leur propre poids, sans force et plongés dans un état comateux, ils finissent par succomber après une agonie qui est ordinairement assez longue : un coq , après avoir pris 90 grammes de seigle ergoté en treize jours , était resté trente-trois heures dans un état de mort apparente avant de succomber. Les mouvemens convulsifs sont peu apparens chez les volatiles, et se bornent à quelques tiraillemens des pattes, lorsque ces animaux ne peuvent plus se tenir debout.
Les altérations cadavériques ressembleut à celles que déterminent les poisons narcotiques : ainsi on trouve toujours un engorgement sanguin du côté de la tête, du canal rachidien et du système veineux. Le seigle ergoté porte donc son action sur le système nerveux, qu’il paralyse en quelque sorte.
Le seigle ergoté à cassure blanche est tout aussi vénéneux que celui qui est plus ou moins violet à l’intérieur, quoiqu’on ait dit le contraire.
Il semble aussi résulter d’une des expériences de M. Bonjean que la cuisson, et plus encore la fermentation panairé, atténuent singulièrement l’énergie de l’ergot, au point de pouvoir annihiler presque entièrement ses propriétés vénéneuses , si la fermentation a été bien marquée et la cuisson du pain suffisamment prolongée. Avant d’adopter ce résultat, il importe de multiplier les expériences ; en effet , l’inffuence attribuée à la fermentation panaire n’est-elle pas démentie par les accidens
nombreux et incontestables que l’on a dû attribuer depuis plusieurs siècles à l’usage du pain contenant de l’ergot?
Comme je l’ai déjà dit , le seigle ergoté est inerte ou presque inerte avant sa maturité , ce qui explique les mécomptes que l’on a si souvent remarqués dans son emploi comme médicament, et pourquoi les uns l’ont considéré comme très dangereux, tandis que d’autres le disaient inefficace.
L’ergot renferme deux principes actifs, l’un est vénéneux (huile fixe), l’autre un remède bienfaisant (extrait hémostatique) ; en traitant l’ergot par l’eau froide et par déplacement, on dissout ce dernier, tandis que la portion non dissoute retient l’huile, qu’il est facile d’extraire au moyen de l’éther froid.
Les effets délétères de l’huile fixe varient suivant le procédé d’extraction qui a été suivi et quelques autres circonstances. Toutes les fois que le seigle ergoté a subi l’action de l’eau ou de l’alcool à une température de 80 à 100°, l’huile qu’on en retire est moins active; quelquefois même elle ne produit aucun effet. Elle se trouve encore dépourvue de toute action nuisible, lorsqu’elle a été obtenue avec des ergots non parvenus à la maturité. Tout porte à croire que l’activité de cette huile est due à un principe non encore isolé qu’elle tient en dissolution ou avec lequel elle est combinée (Mémoire inédit sur le seigle ergoté , par M. Bonjean, N oy. Journal de pharmacie^ il lî).
J’ajouterai à ces détails qu’il faut des doses assez considérables de seigle ergoté (plusieurs grammes) pour qu’il incommode sensiblement des animaux de forte taille tels que les chiens , et qu’ayant été à même d’injecter dans la veine jugulaire de quelqües-uns de ces animaux de Vhuile fixe d’ergot (px\ m’avait été envoyée par M. Bonjean , je n’ai pas trouvé qu’elle fût douée de beaucoup d’activité. Est-ce à dire pour cela qu’il ne faut pas ajouter foi à tant d’auteurs estimables qui ont tracé des effets du seigle ergoté un tableau si sombre? Non, certes; les faits bien observés doivent être enregistrés, alors même qu’ils paraissent difficiles à concilier entre eux, en attendant que des recherches ultérieures nous permettent de les expliquer.
On a remarqué que plusieurs individus qui avaient mangé une petite quantité de seigle ergoté éprouvaient des symptômes ner-
veux, tandis que ceux qui en avaient fait usage pendant longtemps, ou qui en avaient mangé beaucoup à-la-fois , étaient en proie à une affection gangréneuse. On a donné à ces deux maladies les noms d! ergotisme convulsif oX ^ergotisme gangréneux.
Ergotisme convulsif. L’usage du seigle ergoté, même à petite dose, a donné lieu à des épidémies qui ont dévasté quelques cantons de la Silésie, de la Prusse, de la Bohême, de la Hesse, de la Lusace, de la Saxe et de la Suède. Plusieurs auteurs recommandables ayant donné la description des symptômes le plus généralement observés dans ces épidémies. Je vais extraire ce qu’il importe d’en connaître. J.- A. Srine, qui a parlé des effets que produit ce poison, enl736, dans le pays de Wartemberg en Bohême, dit : « La maladie commence par une sensation incommode aux pieds , une sorte de titillation ou de fourmillement; bientôt il se déclare une vive cardialgie ; les mains et la tête ne tardent pas à être affectées. Les doigts sont en outre saisis d’une contraction tellement forte, que l’homme le plus robuste peut à peine la maîtriser, et que les articulations paraissent comme luxées. Les malades poussent des cris aigus, et sont dévorés par un feu qui leur brûle les pieds et les mains. Après les douleurs, la tête est lourde, le malade éprouve des vertiges, et les yeux se couvrent d’un nuage épais, au point que quelques individus deviennent aveugles ou voient les objets doubles ; les facultés intellectuelles sont perverties ; la manie, la mélancolie ou le coma se déclarent, les vertiges augmentent, et les malades paraissent ivres. Le mal est accompagné d’opisthotonos ; la bouche contient une écume presque sanguinolente , ou jaune, ou verdâtre; la langue est souvent déchirée par la violence des convulsions; elle se tuméfie quelquefois au point d’intercepter la voix et de donner lieu à une sécrétion abondante de salive. Presque tous ceux qui ont éprouvé des accidens épileptiques succombent ; ceux qui, après le fourmillement des membres, deviennent froids et raides, ont beaucoup moins de distension dans les mains et dans les pieds. Ce symptômes sont suivis de faim canine , et il est rare que les malades aient de l’aversion pour les alimens. Sur cinq cents individus atteints de cette maladie, un seul eut des bubons
au cou, lesquels rendirent un pus jaune, et il fut en proie à des douleurs atroces et brûlantes. Un autre eut les pieds couverts de taches semblables aux piqûres de puces, qui ne se dissipèrent qu’au bout de huit semaines. La face de plusieurs d’entre eux fut couverte de cette éruption. Le pouls était comme dans l’état de santé. La raideur des membres succéda aux spasmes. Cette maladie durait deux, quatre, huit, quelquefois même douze semaines, avec des intervalles de repos. Sur cinq cents personnes, trois cents enfans périrent » (^Saiy. medieor. Sîles. spe^ dm. ni). '
Ergotisme gangréneux. Lorsque le seigle ergoté a été pris en grande quantité, ou qu’on en a fait usage pendant longtemps, la maladie débute par une douleur très vive avec chaleur iutolérable aux orteils. La douleur monte, s’empare du pied, et gagne la jambe. Le pied devient bientôt froid, pâle, puis livide. Le froid s’empare de la jambe , qui est très douloureuse, et le pied est devenu insensible. Les douleurs sont plus vives la nuit que le jour ; il y a de la soif, mais l’appétit se soutient, et le ma-^ lade exerce régulièrement ses fonctions. Il ne peut se mouvoir ni se soutenir sur ses pieds. Bientôt il paraît des taches violettes, des ampoules ; la gangrène se montre avec toute son horreur, et monte jusqu’au genou. La jambe, se détache de son articulation, et laisse voir une plaie vermeille qui se ferme avec facilité, à moins que le malade, mal nourri, habitant un lieu froid et humide, couché dans un lit infecté de matières gangréneuses, ne pompe de nouveau des miasmes {Lettre de M. François an rédacteur de la Gazette de Santé, année 1816).
Indépendamment des poisons narcotico-âcres dont j’ai parlé jusqu’ici, il en est un certain nombre dont je me bornerai à faire connaître les. noms , parce qu’ils ont été moins étudiés que les précédons , et que d’ailleurs tout porte à croire que leur mode d’action est analogue à celui des autres substances de cette classe. Ces végétaux sont :
Le lolium temulentum (ivraie) ; le mercuriaiis perennis (mercuriale des campagnes) ; le ekœrophgllum sylvestre (cerfeuil sauvage) ; le sium latifolium; le coriaria myrtifolia.
Des effets des plantes odorantes sur V économie animale.
Parmi les plantes dont j’ai parlé jusqu’ici , il en est un très grand nombre dont les fleurs répandent une odeur qui paraît dépendre de la volatilisation d’une huile essentielle qui a occasionné souvent des accidens funestes. Je ne crois pas devoir regarder cette odeur comme un poison absolu, c’est-à-dire comme capable d’empoisonner tous les individus placés dans toutes les circonstances possibles, mais seulement comme un poison relatif, dont les effets dépendent de la plus ou moins grande susceptibilité nerveuse, et de l’idiosyncrasie. Combien de personnes ne voit-on pas qui couchent impunément dans des chambres étroites et fermées, où il y a plusieurs pots remplis de fleurs odorantes, tandis que d’autres ne pourraient pas y rester quelques minutes sans éprouver des symptômes plus ou moins fâcheux, tels que des engourdissemens , des palpitations , des syncopes , des convulsions, de la céphalalgie, de l’aphonie, plusieurs autres névroses, enfin, l’asphyxie.
Quelle foi doit-on ajouter à ces historiens qui prétendent que l’on empoisonnait jadis des gants, des boîtes, etc., et qu’il s’en exhalait une matière subtile assez énergique pour déterminer les accidens les plus graves chez les personnes qui la respiraient'' J’ai été consulté par le ministère public pour savoir s’il était possible que des étourdissemens, des nausées, etc., éprouvés par madame X. et par quelques autres personnes , au moment de l’ouverture d’un paquet rempli de son, eussent été occasionnés par quelque substance vénéneuse volatile que l’on y aurait préalablement mêlée. Le mari de celte dame était soupçonné d’avoir voulu l’empoisonner par ce moyen. L’examen le plus scrupuleux n’a fait découvrir aucune matière délétère dans le son ; mais comme celui-ci avait été exposé à l’air pendant cinq jours depuis l’ouverture du paquet, on pouvait supposer que la substance vénéneuse s’était volatilisée. J’ai voulu savoir jusqu’à quel point cette supposition était fondée , et j’ai tenté les expériences suivantes :
Du son mêlé avec une assez forte proportion à: ammoniaque liquide pour être excessivement odorant, a été exposé à l’air ; au bout de trois jours, il n’y avait plus d’odeur ; l’ammoniaque était entièrement volatilisée ; 2° une autre portion de son a été mêlée avec une assez grande quantité d’acide cyanhydrique médicinal, pour qu’il fût sensiblement humecté : cinq jours après l’exposition de ce mélange à l’air, l’odeur d’acide cyanhydrique, quoique excessivement affaiblie, était encore sensible. Distillé avec de l’eau, il a fourni un liquide contenant un peu de cet acide. Dans aucun cas, ces mélanges n’ont occasionné le plus léger accident; je les ai flairés pendant long-temps au moment où ils venaient d’être faits; plusieurs personnes ont tenté la même expérience, et aucun de nous n’a été incommodé ; en sorte que je ne balance pas à conclure qu’il n’existe point de substance volatile (à moins que ce ne soit l’acide cyanhydrique concentré, qu’on ne trouve jamais dans le commerce) qui soit capable dq produire des éiourdissemens, des nausées, et à plus forte raison des symptômes plus fâcheux, lorsqu’on ouvre une boîte dans laquelle elle aurait été renfermée avec du son ou avec toute autre matière solide, puisque l’on peut, sans inconvénient, respirer pendant quelque temps au-dessus des paquets d’où il s’exhale de l’acide cyanhydrique médicinal, de l’acide sulfhydrique, de Yammoniaque, etc. Sans doute, il y aura des exceptions, et certains individus, doués d’une grande susceptibilité, pourront être incommodés pour avoir flairé â plusieurs reprises les matières dont je parle; mais il n’est guère probable que des accidens tant soit peu sérieux soient le résultat de la simple ouverture d’un paquet, lorsqu’on ne flaire pas obstinément la poudre qu’il contient. Les anciens connaissaient-ils des poisons volatils plus actifs que ceux que nous possédons? Je ne le pense pas ; et je n’hésite pas à regarder comme fabuleux les récits de ces empoisonnemens où l’on tombait à la renverse pour avoir flairé des boîtes ou des gants parfumés.