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lement certain que l’on constate presque toujours une coloration toute, spéciale du tissu du poumon, l’abondance et la nature de l’écume des voies aériennes , la vivacité de l’injection de la membrane muqueuse qui les tapisse, l’intensité de la congestion cérébrale, l’engorgement du système veineux vertébral et l’épanchement de sang coagulé dans le rachis.
Les lésions du canal digestif des cadavres ouverts par le professeur Tourdes, un mois après avoir conservé ces viscères dans l’alcool, peuvent être réduites aux suivantes : Marie-Louise Beringer. Teinte rougeâtre de l’estomac et du tiers supérieur des intestins grêles ; couleur grisâtre du reste du canal digestif, membrane muqueuse saine ; matières fécales demi- liquides dans le cæcum ; vacuité presque complète du colon ; très peu de liquide jaunâtre dans les intestins grêles ; 2° Louis-Charles Beringer. Teinte rose avec nuances opalines de l’estomac et du tiers supérieur des intestins grêles ; teinte grisâtre de leurs deux tiers inférieurs ; couleur rosée du colon ; une petite quantité de matières jaunâtres et un lombric dans les intestins grêles ; matières fécales dans le rectum ; 3° François-Joseph Beringer. Couleur rouge uniforme très vive, sans lésion de tissu de la totalité du tube intestinal; un lombric; très peu de matières brunâtres ; 4° Anasihasie Lehmann. Teinte générale d’un rose pâle, mêlée de nuances grisâtres ; membrane muqueuse intacte; plusieurs lombrics; matières jaunâtres à la fin de l’iléum, colon presque vide ; 5° Beringer père. Rougeur à la grande courbure de l’estomac ; teinte grisâtre des intestins ; matière jaunâtre assez abondante dans l’iléum ; matières fécales dans le colon ; tunique muqueuse saine.
Evidemment le gaz de l’éclairage agit d’abord sur le système nerveux , puis sur l’appareil respiratoire. Ces différens organes sont le siège d’une congestion active, portée à un haut degré d’intensité. On observe, en outre, en général, une coagulation toute particulière du sang (Tourdes, loe. cit.., p. 31 et 83).
De la vapeur du charbon de bois, du charbon de terre et du coake et du bois carbonisé.
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement est le résultat de l’inspiration de la vapeur du charbon
Les gaz qui constituent la vapeur du charbon sont l’oxygène , l’azote , V acide carbonique , ïoæyde de carbone et Yhydrogéne carboné. M. Leblanc a fait brûler pendant 35 minutes de la braise de boulanger àdjos une chambre où il avait place un chien ; cet animal était mort au bout de 25 minutes, mais en ce moment une bougie brûlait encore avec éclat dans la même pièce et ne fut éteinte qu’à la 35® minute. Le gaz contenait 0,04 d’hydrogène carboné,. 10,19 d’oxygène, 75,62 d’azote, 4,61 d’acide carbonique, et 0,54 d’oxyde de carbone. L’air recueilli dans cette même pièce une heure et demie après, renfermait encore ly2 pour 100 d’acide carbonique, et 0,002 d’oxyde de carbone (^Recherches sur la composition de Vair conf,né, par M. Leblancj 1842).
De mon côté, j’ai tenté quelques expériences desquelles il résulte 1° que si la vapeur du charbon offre des différences en ce qui concerne les proportions des divers gaz qu’elle renferme, suivant la nature des charbons, le degré plus ou moins avancé de leur combustion , le moment où l’on examine la vapeur, etc., ces gaz contiennent toujours une quantité notable d’acide carbonique, beaucoup moins de gaz oxyde de carbone et quelques traces de gaz hydrogène carboné ;
2® Que si le charbon avec lequel on opère n’était pas parfaitement allumé, il répandrait une odeur très prononcée, qui paraît dépendre de quelques vapeurs de gaz, de nature encore inconnue, et qui jusqu’ici ont échappé aux moyens analytiques ;
3° Qu’en faisant brûler du charbon de bois dans une chambre parfaitement close et en examinant l’air, on trouve autant d’acide carbonique à la partie supérieure qu’à la partie inférieure de cette chambre, malgré l’assertion contraire de M. Devergie, et d’accord avec la loi de Dalton ainsi conçue -. Un fluide élastique ne peut rester sur un autre plus pesant sans s’y mêler.
Dans mes essais 93 parties d’air d’en haut m’ont fourni à deux reprises différentes, 2,5 d’acide carbonique, et 93 parties d’air d’en bas 2,62. Dans deux autres expériences, 67 parties d’air pris à la partie supérieure de la chambre non encore comflétement refroidie, contenaient 3 p. d’acide carbonique, précisément autant qu’il y en avait dans l’air de la partie inférieure. Trente heures après la combustion du charbon, lorsque la chambre était parfaitement refroidie, la couche supérieure comme la couche inférieure, renfermaient i 1/2 d’acide carbonique pour '67 parties; ••
4“ Que la combustion du à une température rouge donne une vapeur dans laquelle se trouvent les mêmes gaz que ceux qui se produisent pendant la combustion du charbon, quoique les proportions respectives de chacun de ces gaz puissent ne pas être les mêmes ; „
4*= Que lorsque des poutres ont été suffisamment chauffées par des tuyaux de fumée de calorifères trop près d’elles, par des fourneaux qui les avoisinent, etc., elles se décomposent et se carbonisent, alors même qu’elles sont enfermées dans un plancher et à l’abri du contact de l’air. Cette décomposition, qui s’opère en général fort lentement, donne lieu, entre autres produits, à un gaz composé d’acide carbonique, d’oxyde de carbone et d’hydrogène carboné, comme lorsqu’on chauffe le bois en vaisseaux clos.
Caractères de la vapeur du charbon de bois. Gaz incolore, inodore, éM- . gnant les corps en combustion, rougissant faiblement la teinture de tournesol, ne se dissolvant qu’en très petite partie dans l’eau, précipitant en blanc par l’eau de chaux, et ne s’enflammant pas par Rapproche d’un corps enflammé. Si on l’agite avec de la potasse caustique dissoute, l’acide car-' bonique est absorbé, et le gaz restant éteint encore les corps en combustion, ne rougit plus la teinture de tournesol, ne sfe dissout plus dans l’eau, ne précipite plus l’eau de chaux, et ne s’enflamme pas plus par l’approche d’un corps allumé qu’avant d’avoir subi l’action de la potasse, ce qui dépend de la petite proportion d’oxyde de carbone et d’hydrogène carboné qu’il renferme par rapport à celles de l’oxygène et de l’azote.
Moyen de se procurer de l’air d’une chambre où l’on a fait brûler du charbon, et analyse de cet air. On commence par se procurer de l’air de la chambre ; pour cela on dispose l’appareil représenté par lafig. de manière que le flacon 00 soit en dehors de la chambre, près
delà porte, tandis que la portion rs du [tube rr’ est dans l’intérieur de cette chambre. Le flacon 00 est rempli aux quatre cinquièmes d’eau ; le cinquième supérieur est plein d’huile. Dès que l’on ouvre le robinet N, l’eau coule lentement, et l’air- de la chambre s’introduit dans le flacon parle tube rr’r”. Il s’agit maintenant d’analyser cet air (voy. fig. 2®). A est un vase contenant de l’eau qui tombe goutte à goutte dans le vase B, à l’aide de l’entonnoir d, et qui en fait sortir le gaz bulle à bulle par le tube de dégagement b. La couche d’huile a empêche l’eau d’être en contact avec le gaz U. Le gaz trayerse le tube en U, C, renfermant de la pierre ponce humectée' d’acide sulfurique, et destinée à dessécher le gaz. D est un appareil à boules de Liébig, d’une dimension double de celui dont on se sert dans l’analyse organique, contenant une dissolution très concentrée de potas^ caustique pour absorber tout l’acide carbonique contenu dans le gaz, E est un petit tube en U, renfermant dans la première branche de la potasse en dissolution sur de la pierre ponce, et dans la seconde branche de la potasse en morceaux, destinée à retenir la portion d’acide carbonique non absor-, bée en D, ainsi que l’eau qui aurait pu être entraînée par le gaz, après avoir traversé l’appareil de Liébig. F est un grand tube rempli de pierre ponce imprégnée d’acide sulfurique concentré pour dessécher encore le gaz. F’ est un tube qui joint le tube m avec le tube F ; m est un tube de verre infusible contenant de l’oxyde de cuivre, qui sera chauffé à une température rouge, et dont l’oxygèpe se portera sur l’oxyde de carbone et sur l’hydrogène carboné du gaz pour les transformer en acide carbonique et en eau. T est un tube en ü contenant dé la pierre poncé humectée d’acide sulfurique dans la première branche, etdu chlorure de calcium fondu dans la seconde; ces deux colonnes sont séparées par un peu de verre q)ilé, et les matières qu’ellesrenferment sont destinées à dessécher le gaz, .et à déterminer la proportion d’eau qui s’èst formée par l’hydrogène de l’hydrogène carboné. 0, appareil à boules de Liébig ordinaire, pour absorber l’acide carbonique produit par le carbone du gaz oxyde de carbone et de l’hydrogène carboné. X, tube en ü, contenant dans la première branche de la pierre ponce imprégnée d'e potasse caustique, et dans l’autre de la potasse en fragmens pour absorber l’acide carbonique qui aui-ait pu échapper, et l’eau qui aurait pu être entraînée par le gaz, après avoir traversé le tube de Liébigi
On connaît la quantité de gaz sur laquelle on opère par la quantité d’eau dépensée par le vase A.
L’appareil D, pesé avant et après l’expérience, donne la proportion d’acide carbonique contenu dans le gaz.
Le tube T, pesé avant et après ^expérience, fait connaître la quantité d’eau qui s’ est formée par la combustion de l’hydrogène dans le tube m» contenant l’oxyde de cuivre.
Enfin, la différence de poids entre l’appareil 0, avant et après l’expérience, indique la proportion d’acide carbonique qui s’est fm^ée dans le tube m, par suite de la combustion du carbone, du gaz oxjpe de carbone
et du gaz hydrogène carboné. Il est dès-lors aisé de calculer, à l’aide de ces élémens, combien le gaz contient d’oxyde de carbone et d’hydrogène carboné.
Symptômes de V empoisonnement par la vapeur du charbon. Les symptômes indiqués par les observateurs qui ont été à même de voir des individus exposés à l’action de la vapeur du charbon, présentent des différences telles qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’en donner une description générale ; ou peut établir toutefois que les malades éprouvent presque toujours une grande pesanteur de tête, des bourdonnemens et des tintemens d’oreille souvent intolérables, le trouble et l’affaiblissement de là vue et des autres sens, une grande propension au sommeil, la diminution des forces musculaires, le coma, la chute. La respiration, difficile et lente, est quelquefois stertoreuse et finit par s’éteindre. Les battemens du cœur, d’abord précipités, se ralentissent et deviennent plus forts; souvent aussi, d’après M. Marye, ils deviennent imperceptibles, tandis que le pouls est distinct au toucher, et si l’on ouvre la veine, on voit le sang jaillir à une certaine distance; ce liquide est rouge et tellement coagulable qu’il suffit de quelques minutes pour qu’il se p”enne en un caillot consistant ; bientôt après la circulation s’éièint. Si quelques malades poussent des plaintes et des gémissemens qui attestent des souffrances plus ou moins vives, beaucoup d’autres ne ressentent, d’après ce médecin, qu’une extase qui persiste bien certainement jusqu’à la perte complète des facultés intellectuelles. La rougeur violacée de la face et de plusieurs parties du corps ainsi que la flaccidité des membres, signalés par les auteurs, ne s’observent que rarement, puisque dans les nombreuses observations qu’il a recueillies, M. Marye a constamment vu une décoloration générale (sauf cependant quelques taches rouges fort limitées aux oreilles et à la face) ainsi qu’une pâleur remarquable d’une couleur mate plus prononcée sur les régions inférieures, sans altération des traits de la face, et une raideur tétanique apparaissant immédiatement et disparaissant quelquefois trois ou quatre heures après la mort pour reparaître plusieurs heures après. Il s’en faut de beaucoup aussi que les malades éprouvent toujours des nausées et des vomissemens, ainsi qu’il résulte de
cinq observations rapportées par M. Marye ou par Ollivier (d’Angers) . L’urine et les matières fécales sont quelquefois rendues involontairement.
Lésions de tissu déterminées par la vapeur du charhon. Voici comment M. Marye décrit l’état du cadavre d’un asphyxié pendant les trois ou quatre heures qui suivent la mort.
Habitude du corps. Presque généralement, pâleur de toute la superficie ; cependant il est des cadavres sur lesquels on aperçoit une marbrure des cuisses. Dans beaucoup de cas, contrairement à ce qui a été dit, les cadavres perdent rapidement la chaleur, en quelques minutes, surtout lorsqu’une ventilation un peu vive et prolongée a été employée pour assainir le logement. On sait, au reste, que la conservation de la chaleur s’observe assez fréquemment dans d’autres genres de mort que celui qui m’occupe pour que l’on soit obligé d’éloigner l’heure de l’inhumation. Rigidité tétanique, qui permet d’enlever l’individu d’une seule pièce, comme un morceau de bois. Ces caractères sont communs avec ceux de l’apoplexie foudroyante. '
Face. Décoloration de la face ; malgré cette décoloration, il n’est pas rare de trouver quelquefois deux ou trois petites plaques roses, sur le col ou sur les joues. Bouche fermée, lèvres légèrement pâles, paupières abaissées; le globe de l’œil souvent vitré, lés pupilles rarement dilatées. L’ensemble de la face n’exprime qu’une mort calme pour l’individu qui vient de succomber.
Evacuations. Nulle évacuation ne se remarque; on n’aperçoit aucune matière rejetée par la bouche ou par l’anus.
Les extrémités se font voir dans les mêmes positions que celles qu’elles ont prises avant la mort, c’est- à-dire que si le malade avait le bras élevé avant de mourir, vous trouvez ce membre dans cette position après la mort, et telle force que vous déployiez, vous ne pouvez le ramener complètement auprès du tronc.
Les mains et les pieds sont pâles ; jamais les doigts et les ongles de la main ne sont violacés (De V asphyxie par la vapeur cAario/î, pages 44 et 55, Paris, 1837).
M. Marye dit aussi avoir trouvé le sang rouge et coagulable dans les ouvertmœs de corps faites peu de temps après la mort.
Ollivier (d’Angers) a vu le sang vermeil quatre fois ; dans
l’un de ces cas la femme avait promptement succombé, puisqu’elle était rentrée chez elle à huit heures et qu’elle fut trouvée morte une heure après ; le charbon n’avait pas été entièrement consumé (^Annales d’hygiène , juillet 1838, p. 114); aussi Ollivier conclut-il, avec raison, que dans l’empoisonnement par le charbon, la eouleur noire du sang ne peut plus être considérée comme un phénomène cadavérique constant et caractéristique de ce genre de mort.
M. Lhéritier, cherchant à mettre d’accord les^ observateurs qui ont écrit sur la matière, a cru devcir admettre que l’état des cadavres varie suivant que l’empoisonnement a été prompt ou lent et que l’ouverture des corps a été faite peu de temps ou long-temps après la mort. La rigidité cadavérique, dit-il, est très prononcée quand la mort arrive' au milieu desmouvemens convulsifs très forts ; la peau, les membranes muqùeuses de la bouche, du nez et de la langue sont pales au lieu d’être fortement colorées, lorsque l’ouverture du corps a été faite immédiatement après la mort. Dans quelques cas seulement elles sont cyanosées. Il en est de même pour lès membraries séreuses ou muqueuses des grandes cavités, ainsi que pour les autres parties de la peau. Le sang contenu dans le cœur et dans le système vasculaire est d’un rose vif ou rouge cerise.
Si l’empoisonnement, au contraire, marche lentement, le sang est d’un rouge foncé, violacé ou lie de vin. Il en est de même aussi quand l’ouverture du cadavre n’a été faite que lorsque déjà il s’est écoulé un certain laps de temps depuis la mort ÇMédec. pratique, Fossone). De nouvelles observations peuvent seules nous fixer à cet égard.
A l’occasion de la couleur delà face, Je dirai que M. Maryea été trop exclusif en établissant « que la coloration violacée de la « face ne s’observe jamais dans l’empoisonnement par le charx< bon, et que ceux qui l’ont vue, l’ont confondue avec un pre- « mier degré de putréfaction , commun avec toutes les autres •'< causes de mort (ouvr. cité, p. 28) .» En effet, Ollivier (d’Angers), tout en accordant que la face des cadavres est, èn général, pâle et décolorée, dit avoir plusieurs fois, et notamment dans deux circonstances qu’il cite, vu des individus morts empoisonnés par
la vapeur du charbon, chez lesquels la face avait une coloration violacée très prononcée, sans gonflement ni bouflSssure et alors que les cadavres n étaient fas -pourris (^Annales d^hygiène, t. XX, p. 123).
Conclusion. Il résulte de ce qui précède, que ni les symptômes ni les lésions de tissu, pris séparément ou dans leur ensemble, ne suffisent pour déterminer si un individu a succombé à un empoisonnement par la vapeur du charbon, puisque non-: seulement ils ne sont pas toujours les mêmes, mais encore et surtout parce qu’on peut les observer dans quelques autres maladies.
DéjàM. IVXarye avait établi que V engorgement des vaisseaux veineux, le développement des poumoné, leur couleur d’un hrun noirâtre., leur parenchyme rouge laissant écouler sous le scalpel un sang liquide très noir et très épais, ne sont pas des caractères propres spécialement à cet empoisonnement , car on en constate l’existence su/r des cadavres ài individus ayant succombé à un autre genre de mort qpe cet empoisonnement (Ouvr. cité, p. 6). A cette occasion M. Devergie dit qu’il ne saurait trop s’élever contre cette assertion ; «Nous concevons « cette proposition à une époque où nos travaux sur les morts « subites n’étaient pas encore publiés, et où l’on ignorait le rôle « puissant que peut Jouer la congestion pulmonaire dans l’ex- « tinction de lavie. Ilest évident que cet état est commun à tou- « tes les morts par asphyxie, mais il est beaucoup plus pro- « noncé encore dans l’asphyxie par le charbon. »
Je répondrai à mon tour à M. Devergie qu’il ne paraît pas avoir comprissl’assertion qffiil combat, car M. Marye ne dit pas quecet état ne soit pas communà toutesles mon& par asphyxie ; U établit seulement, ce qui est vrai, qu’on l’observe aussi dans certains' genres de mort qui ne reconnaissent, point l’asphyxie pour cause, et il cite notamment trois exemples où l’on a constaté l’état dont il s’agit chez des individus qui n’avaient succombé ni à l’asphyxie ni à l’empoisonnement par la vapeur du charbon {Foy. pages 35 à 40 du Mémoire cité).
Questions médico-légales relatives à Vem-poisonnement par la vapeur du charbon.
Première question. La digestion est-elle ralentie chez les animaux qui sont sous Vinfjuenee de la vapeur du charbon ? Le docteur Marye et 011ivier(d’ Angers) avaient établi, d’après un petit nombre d’ouvertures de cadavres de personnes empoisonnées par cette vapeur, que la digestion est comme suspendue. Mes expériences sont d’accord avec celte manière de voir, j’ai à plusieurs reprises introduit, dans une chambre où je faisais brûler du charbon, des chiens à jeun depuis quarante-huit heures, qui venaient de manger depuis 100 jusqu’à 600 grammes de viande bouillie, coupée en petits morceaux, et j’ai exactement noté le temps qu’ils ont vécu. En même temps, je donnais les mêmes proportions d’aiimens à des chiens à-peu-près de même force et dans les mêmes conditions que les précédens, et je les laissais vivre autant que ceux-ci, puis je les pendais. Plus de dix fois ces expériences ne m’ont fourni aucun résultat satisfaisant, parce que la vapeur du charbon tuait ces animaux en moins d’une heure, parce que la quantité d’aiimens avalés était beaucoup trop considérable, là où la vie s’étaitsuflSsamment prolongée, ou parce que les chiens empoisonnés vomissaient. Enfin jesuis parvenu, en n’administrant que 100 grammes de viande et en n’introduisant dans la chambre qu’un petit réchaud rempli de charbons ardens , à faire vivre les chiens pendant deux heures et demie ou pendant trois heures, et alors j’ai pu me convaincre de l’exactitude de l’assertion émise par M. Marye et par Ollivief (d’Angers); constamment les vaisseaux chylifères des animaux qui avaient digéré à l’air étaient pleins de chyle et tellemient injectés qu’on les voyait au loin , tandis que ceux des animaux soumis à la vapeur du charbon étaient à peu de chose près vides; toutefois, il n’existait pas une grande différence entre l’état de la viande chez ces différens animaux : dans l’un comme dans l’autre cas elle était ramollie au même degré et conservait encore sa structure fibreuse.
J’avais souvent placé trois chandelles alluinées dans la cham-
bre où devait brûler le charbon ; l’une était en bas, l’autre à 3 , mètres du sol, touchant presque le plafond, et la troisième à 1 mètre 50 centimètres, c’est-à-dire au milieu de la hauteur^. Dans quelques expériences, les trois chandelles étaient éteintes, demiheure avant la mort des animaux ; la supérieure avait cesséde brûler au bout de cinquante-cinq minutes , la moyenne au bout d’une heure et l’inférieure au bout d’une heure trente secondes ; les chiens ne périssaient pourtant qu’une heure et demie après avoir été soumis à l’action de la vapeur du charbon. Dans d’autres expériences, la mort des animante ne survenait qu’au bout de deux heures, et les chandelles étaient encore allumées.
Deuxième question. Les cadavres des personnes empoisonnées par la vapeur du charbon se pourrissent-ils plus lentement que ceux des individus qui ont succombé à dé autres maladies? La putréfaction est évidemment ralentie dans le genre de mort qui m’occupe. J’ai tué deux chiens de même taille, en les laissant pendant quelques henres dans une chambre bien close oùjefaisaisbrùler du charbon. A l’instant même où ces animaux sont morts , j ’ai pendu deux autres chiens à-pen-près de même force et j’ai abandonné les quatre animauxà eux-mêmes, dans un des pavillons de la Faculté, afin de savoir lesquels d’entre eux seraient plus tôt pourris. Dès le troisième jour, j’ai pu m’apercevoir que la putréfaction marchait avec beaucoup plus de rapidité chez les animaux qui avaient été pendus que chez les autres. Au deuxième jour, l’abdomen des chiens qui avaient été pendus était ballonné et d’un vert foncé; l’épiderme se détachait avec la plus grande facilité; les muscles étaient d’un rouge violacé ; les gros troncs veineux contenaient à peine du sang et fluide. L’abdomen des chiens tués par la vapeur du charbon n’était ni ballonné ni vert, et l’épiderme ne se détachait pas encore. Les muscles étaient d’un rouge vif, et les gros troncs veineux renfermaient une assez grande quantité de sang noir presque entièrement coagulé.
La même expérience, répétée avec deux autres chiens qui n’ont été ouverts qu’aw bout de vingt jours, a fourni les mêmes résultats ; la putréfaction était à son comble chez le chien qui avait été pendu, tandis que l’autre était à peine altéré ; l’abdo-
men, les muscles, le sang, etc., offraient encore des différences plus tranchées que dans les animaux que l’on avait ouverts au dixième jour.
Déjà M. Devergie avait observé deux faits analogues: 1° le corps du sieur Devarr..., dit-il, qui avait succombé à l’action de la vapeur du charbon, fut reçu à la Morgue le 7 avril dernier : je l’ai conservé à l’air libre dans une salle humide, exposé à - toutes les variations atmosphériques de sécheresse, d’humidité, de chaleur et de froid, au milieu de corps beaucoup plus putréfiés, et j’ai été frappé delà lenteur avec laquelle la putréfaction est survenue ; le corps , au lieu de se colorer en vert au bout de quelques jours, puis de prendre une teinte brune, de se ramollir, de suivre, en un mot, toutes les phases de la putréfaction humide, n’a commencé à prendre une teinte verte au cou et sur les côtés de la poitrine que vers le huitième ou le dixième jour. Au trente-cinquième, cette teinte n’avait pas envahi la totalité de la surface des membres inférieurs -, il nous a même semblé que du vingtième au vingt-cinquième jour elle a perdu de Son intensité dans les points où elle s’était développée; mais certainement elle n’a jamais acquis la teinte foncée des autres cadavres. Le corps/ au lieu de se ramollir, a semblé au contraire se dessécher; il ne s’est pas développé de gaz soüs la peau ; il ne s’est pas écoulé de sanie putride mêlée de gaz par la bouche et le nez ; les yeux ont été envahis et vidés par les mouches-et les vers, et les paupières sont restées intactes : ce n’est qu’au trente-troisième jour que la peau de la partie postérieure des cuisses a commencé à devenir brune et à laisser suinter du sang altéré. La peau de l’abdomen et celle de la poitrine se sont conservées intactes, elles se sont seulement colorées en vert, mais c’était plutôt un vert très clair , très peu intense, que cette coloration d’un vert noirâtre que l’on observe dans les cas de putréfaction ordinaire; le sujet, sans être gras, n’était pourtant pas maigre. En résumé, il nous a été démontré que la putréfaction n’avait pas, à beaucoup près, marché avec la rapidité qu’elle affecte dans les autres genres de mort (Devergie, ouvrage cité).
2° Le 16 mai suivant, on a apporté à la Morgue les corps d’un homme et d’une femme qui s’étaient empoisonnés par le
charbon un mois auparavant : ils offraient le même genre d’altération putride, c’est-à-dire une tendance à la dessiccation, qui se dessinait surtout d’une manière très marquée à la face , aux mains et aux avant-bras ; on ne voyait pas cette tendance à la fonte putride que l’on remarque ordinairement ; pas d’état emphysémateux (gazeux) du tissu cellulaire; la peau était jaunâtre, verdâtre dans quelques points ; mais il n’y avait aucun ramollissement, aucune destruction des parties. Dans ces deux faits, la mort par la vapeur du charbon a évidemment retardé l’apparition des phénomènes de la putréfaction {Ibid.).
Troisième question. Les individus du seæe féminin résistent-ils f lus long-temps à l’ empoisonnement parla vapeur du charbon que les individus dù sexe masculin ? Les observations recueillies-à ce sujet ne sont pas assez nombreuses pour que l’on puisse résoudre la question d’une manière définitive ; néanmoins il résulte de là comparaison du nombre des décès occasionnés par la vapeur du charbon pendant l’année 18S5, que la mortalité n’a été que de 3/4'pour les femmes, tandis qu’elle a été de 4/6 pour les hommes; mais on ne saurait attacher à des rapports de cette nature plus d’importance qu’ils n’en méritent, tant qu’on n’aura pas apprécié une foule de circonstances dont on n’a tenu aucun compte jusqu’à présent : ainsi, par exemple; l’atmosphère au milieu de laquelle se trouvaient ces hommes et ces femmes était-elle viciée au même degré; les chambres où le charbon brûlait étaient-elles également closes dans l’un et l’autre cas ; les individus étaient-ils Lien portans ou malades, etc. ?
Quatrième question. La coloration rosée de la peau constitue-t-elle un caractère essentiel de ï empoisonnement par la vapeur du charbon S’il est vrai que dans beaucoup de cas on observe la coloration rosée de certaines parties de la peau des malades ou des cadavres dont il s’agit, il est également certain qu’on ne la remarque pas toujours. M. Marye a cité quelques exemples de cadavres dont la peau offrait une décoloration générale {De V asphyxie par la vapeur du charbon., p. 15,20. Paris, 1837). Il a également constaté cette pâleur générale chez les individus encore vivans : « Les cuisses et les
« jambes, dit-il, qui sont chez certains asphyxiés marbrées « de rose, se trouvent décolorées comme toutes les autres parce lies du corps chez la femme qui fait le sujet de la 4® ôbser- « vation » {Foy. p. 27). Je pourrais encore invoquer l’autorité d’autres écrivains^ l’appui de cette assertion. C’est donc à tort que M. Devergie, qui était chargé de répondre à cette question, après avoir dit que depuis huit ans il a toujours observé cette coloration, ajoute '< que tous les auteurs qui ont écrit sur l’asphy- « xie, sans s’expliquer d’une manière tout-à-fait catégorique sur « ce point , ont cependant raisonné dans ce sens ^
{Méd. légale, t. iii, p. 1S4).
Maintenant, lorsque cette coloration existe, éprouve-t-elle quelques modifications à mesuré que la putréfaction fait des progrès, et combien de temps persiste -t-elle? On ne saurait rien dire de positif à cet égard, faute de documens suffisans et parce que mille causes peuvent influer sur les changemens que subissent ces colorations. Nous voyons en effet le corps du sieur Devarr... {Voyez 854) présenter une teinte rosée évidente sur plusieurs, points, teinte qui devient d’un rouge vif après le douzième jour et qui persiste pendant trente-trois jours à la partie antérieure de la jambe et du pied droits, alors même que la coloration verte avait déjà envahi les membres et fait disparaître un bon nombre de plaques rouges ; tandis que chez les deux individus qui s’étaient empoisonnés ensemble depuis un mois, il ne restait que quelques traces incertaines de coloration rouge sur la peau de la fin de la jambe droite de V homme. Il y a mieux, cet effet qui n’avait été sensible sur le corps du sieur Devar... qu’après le douzième ioviY, a été remarqué depuis pendant les fortes chaleurs de l’été, quatre jours, et même dans un cas, trois jours après la mort.
Appliquant ces faits à l’affaire Amoureux pour laquelle M. Devergie avait été consulté par le ministère public, j’avoue que je n’aurais pas répondu, comme lui, « qu’il nous paraît surprenant « que l’on n’ait pas reconnu à la surface du corps des traces d’une « coloration rosée après quatre Jours et demi de mort, si récite lement la femme Amoureux est morte asphyxiée. » Il eût été plus convenable d’apprendre au magistrat que la coloration ro-
sée de la peau n’est pas un des principaux caractères de cet empoisonnement, et de lui faire sayuir que la science ne sera probablement pas de sitôt en mesure de déterminer, lorsque ces colorations existent, ce qu’elles deviennentréellement par la suite, ni d’indiquer pendant combien de temps elles persistent.
Cinquième question. Est-il indispensable que toutes les ouvertures d’une pièce soient fermées pour que l’on ressente les funestes effets de la vapeur du charbon ? Non, certes.
Au mois de janvier. 4 835, M. C..., marchand de nouveautés, se couche après avoir fermé le tuyau du poêle de sa chambre ; ce poêle avait été chauffé avec un mélange de bois et de coake; la chambre, située à l’èntresol, immédiatement au-dessus du magasin, communiquait avec ce dernier par une ouverture déplus de 60 centimètres carrés, à laquelle aboutissait l’escalier tournant par où l’on montait du magasin à la chambre à coucher; le lendemain matin, on frappe à la porte du magasin ; à l’aide d’une échelle, on pénètre dans la chambre par la croisée, qu’on trouve incomplètement fermée dans sa partie inférieure. M. C... était couché dans l’altitude d’un homme qui dort profondément; le corps était déjà froid; le poêle était rempli en partie de coake et de charbon incomplètement consumés ; on constata après la mort tous les caractères de l’empoisonnement par la vapeur du charbon (Ollivier (d’Angers). ■
La femme Gosselin fut trouvée empoisonnée par la vapeur du charbon, dans une chambre large de 3 mètres' sur 3 de long, et éclairée, sur une petite cour, par une assez grande croisée mal close, et en haut de laquelle il y avait une vitre de moins; pour fermercette ouverture, on avait placé un morceau de calicot que le vent faisait voltiger à chaque instant.
Mademoiselle P., conçut l’idée du suicide sous l’influence de chagrins assez vifs et d’un état maladif. Elle éprouva tous les effets de la vapeur du charbon, quoique la cheminée et la croisée de la chambre étroite où elle fut trouvée ne fussent pas hermétiquement fermées (Marye, page 23).
Quatorze personnes éprouvèrent les effets de l'empoisonnement par la vapeur du charbon dans une chambre à coucher ; des poutres carbonisées existaient dans l’épaisseur des murs; au furet à mesure qu’une personne venait porter secours à celles qui étaient malades , elle était prise des mêmes accidens, et cependant la porte était continuellement ouverte pour l’administration des soins (Devergie, Médec. légale).
Sixième question. L’empoisonnement est-ilplus facile lorsque les personnes se placent à la surface du plancher, ou au contraire ces personnes ré éprouvent-elles pas plus d’obstacle lorsqu elles sont situées à une certaine distance ? Dès que les gaz qui se produisent pendant la combustion du charbon se mê- III. 55.
lent promptement; dès que l’on trouve les mêmes proportions d’acide carbonique, d’oxyde de carbone, d’hydrogène carboné , d’azote et d’oxygène, en bas, au milieu et en haut, et c’est ce qui résulte des expériences que j’ai faites à diverses époques de la combustion du charbon, il est évident que l’empoisonnement n’est pas plus facile à la surface du plancher que dans un lieu plus élevé. Il y a mieux : tout porte à croire que dans cet empoisonnement, on périrait plus vite à la partie supérieure delà chambre qu’en bas, puisque nous voyons constamment les chandelles et les bougies renfermées dans une chambre où le charbon brûle s’éteindre d’autant plus promptement qu’elles sont placées plus haut(/^. p. 846 et 852). Il m’est impossible de partager à cet égard l’opinion exprimée pùrM. Devergie dans une partie de la réponse qu’il adressa au jugé d’instruction dans l’affaire Amoureux: «S’il pouvait se former, dit-il, dans la partie la plus déclive « de la pièce une couche d’acide carbonique, ce ne serait qu’après « la combustion totale du charbon, et lorsqu’il y aurait eu équili- « bre dans la température de toutes les couches atmosphériques « delapièce,etc. ))(ilfe(S?. p. 136). En effet j’ai démontré (». p. 846 ) qu’alors même que la chambre a été complètement refroidie, la proportion de l’acide carbonique est la même en bas qu’en haut.
Septième Quelle peut être la quantité de ehar-
hon qu’il faudrait brûler pour empoisonner un individu en ayant égard à V étendue de la pièce quil occupe? On se tromperait étrangement si pour résoudre cette question on se bornait à déterminer quelle est la proportion de gaz acide carbonique nécessaire pour tuer un adulte, et quelle est la quantité de charbon qu’il faudrait brûler pour obtenir cette proportion de gaz acide carbonique ; car une atmosphère viciée par la vapeur du charbon n’est pas seulement viciée par du gaz acide carbonique, mais bien aussi par du gaz oxyde de carbone, du gaz hydrogène carboné et du gaz azote; en outre elle contient moins d’oxygène : aussi admettrai-je qu’un animal qui à la rigueur pourrait vivre dans un mélange artificiel de 96 parties d’air et de 4 parties d’acide carbonique, périrait infailliblement dans une atmosphère où l’on aurait fait brûler du charbon, et qui pourtant
ne renfermerait pas au-delà de U pour 100 diacide carbonique. M. Leblanc, après s’être assuré qu’un cbien de forte taille, placé dans une chambre où il y avait de la braise de boulanger allumée, était tombé épuisé au bout de dix minutes, et qu’il était mort au bout de vingt-cinq minutes, a vu que l’air recueilli dans cette chambre était formé de 19,19 d’oxygène, de 75,62 d’azote , de 4,61 d’acide carbonique, de 0,54 de gaz oxyde de carbone nt de 0,04 d’hydrogène carboné (Mémoire cité, p. 17).
Ce serait donc en brûlant du charbon dans l’air et en expérimentant directement sur l’atmosphère viciée par suite de la combustion, que l’on devrait tenter de résoudre ce problème. On peut affirmer que toutes les fois que cette atmosphère contiendrait 3 pour 100 au plus de gaz carbonique, l’empoisonnement serait mortel.
Il s’agit maintenant de savoir s’il est possible dé calculer la proportion de charbon qu’il a fallu brûler dans une capacité déterminée pour rendre délétère l’air qu’elle renferme. M. Devergié sè prononce pour l’affirmative et s’exprime ainsi : « Soit donc que l’on « ait à déterminer la quantité de charbon qu’il a fallu brûler pour « rendre délétère une capacité de 25 mètres cubes d’air, on dira : « puisqu’il faut que le quart de l’oxygène delà pièce soit converti en « acide carbonique, que 25 mètres cubes d’air contiennent 5 mè- « très cubes d’oxygène (négligeant une fraction) dont le quart est « 1 mètre 26/100 ; qu’il faut 54 grammes 70/100 de carbone pour « donner naissance à 1 mètre cube d’acide carbonique ; que 54 « grammes 70/100 de carbone représentent 58 grammes environ « de charbon, à cause des sels et de l’eau qu’il contient ; qu’un « décalitre de charbon pèse terme moyen, 300 grammes, on ar^ « rivera à ce résultat , qu’il a suffi de brûler la einquante-ef-^ « unième partie d’un décalitre ou boisseau, en supposant que « l’espace fût parfaitement clos. » Et plus loin : « Remarquons « que dans toutes ces opérations, on ne peut arriver qu’à des ap- « proximations : aussi doit- on toujours se rapprocher de la dé- « termination numérique la plus favorable à la défense » (Médee. t. III, p. 102).
On ne saurait sans danger admettre de pareils préceptes ; et d’abord il n’^st pas exact de dire qu’il faille, pour rendre délé-
tère de l’air atmosphérique, que le quart de l’oxygène de cet air ait été transformé en acide carbonique par la combustion du charbon, car il suffît, pour un adulte, que l’air n’ait perdu qvLun septième environ de son oxygène ; d’où il suit que de l’air qui n’aurait perdu qu’un dixième ou un douzième de l’oxygène qu’il renferme, serait déjà un élément irrespirable et susceptible d’occasionner des accidens graves. Je -dirai, en second lieu, que les chambres dans lesquelles les individus ont été empoisonnés, quelque bien fermées qu’elles fussent en apparence, étaient loin d’être parfaitement closes, en sorte que l’air extérieur a dû pénétrer dans la chambre, en expulsant une partie de celui qui auparavant occupait la totalité de la pièce et en se mêlant avec la portion restante : or, la conséquence de ce mélange a dû être de rendre l’air moins vicié , et par conséquent de prolonger la vie ; s’il en est ainsi, et cela n’est pas douteux, la quantité de' charbon brûlée avant que les individus aient péri a dû être plus considérable que dans le cas où la mort serait arrivée plus promptement dans une pièce hermétiquement fermée.YÆxx, le charbon que l’on aura fait brûler renfermera tantôt sur 100 parties, 75 parties de charbon et 25 parties de cendres, tantôt 96 ou 97 parties de charbon et 4 ou 3 de cendres', et dans d’autres circonstances, il pourra contenir 80, 85, 90, etc., parties de charbon. Or, coinme cet élément est inconnu, toutes les fois qu’il ne reste pas dans la pièce une portion de charbon non brûlé avec lequel on puisse expérimenter, ce qui arrive presque toujours, il en résulte que l’on pourra croire avoir brûlé 2 kilogrammes de charbon, lorsque en réalité on n’en aura brûlé que les trois quarts ou les quatre cinquièmes ; car il n’est pas vrai, comme le dit M. Devergie, que 54 grammes 70,100 de carbone représentent toujours 58 grammes environ de charbon (à cause des sels et de l’eau qu’il contient).
A la vérité , les diffîcultés sont moins grandes lorsqu’on trouve dans la chambre une partie du même charbon qui n’a point été brûlé, car alors on peut l’incinérer et savoir combien il fournit de cendres par kilogramme ; ce fait une fois connu, on sait, d’après le poids des cendres contenues dans le fourneau, combien il a dû être brûléde charbonj mais encore ici il faut supposer qu’il n’y avait pas
dans ce fourneau, avant de l’introduire dans la chambre, une certainequantité de cendres, ce qu’il sera souvent difficile d’affirmer.
D’où je conclus qu’il est impossible de donner une solution tant soit peu satisfaisante du problème dont je m’occupe, et qu’il y a lieu de dire aux magistrats que l’on s’exposerait par trop à les induire en erreur en cherchant à le résoudre, même d’une manière approximative ; c’est assez faire sentir combien j’aurais été loin de répondre comme le fit M. Devergie au juge d’instruction qui, à l’occasion de l’affaire Amoureux, lui posa la question qui fait le sujet de ce paragraphe. Voici cette réponse : « L’on peut , sans « s’éloigner de la vérité, dire qu’il aurait fallu moitié moins de « charbon, ou deux livres seulement pour produire une quantité « de gaz capable d’amener l’asphyxie dans la chambre occupée « par les époux Amouroux! ! ! »
Quelle est la ■pro'portion de cendres que peut fournir une quantité donnée de charbon ? La solution de cette question est difficile sinon impossible ; en effet, la quantité de cendres variera suivant l’espèce de charbon, son degré d’humidité ou de sécheresse, etc. : ainsi, M. Berthier a trouvé que le plus ordinairement elle était de trois à quatre centièmes ; toutefois, elle peut être beaucoup moindre Ou beaucoup plus considérable : le charbon de bourdaine n’en a fourni que huit millièmes^ tandis que le charbon d’acajou en a donné huit centièmes, celui de tilleul vingt centièmes , et celui d’écorce .de chêne près de vingt-cinq centièmes. Dans les expériences que j’ai tentées, le charbon de mon laboratoire, non calciné, a laissé seize centièmes de cendres, tandis que du charbon pris dans un autre laboratoire n’en a donné que sept centièmes. Le charbon employédansma cuisine, et non calciné a fourni seulement quatre centièmes, et le même charbon'calciné, pinq centièmes braise de boulanger n’en a donné que deux centièmes et demi.
Appliquant ces données à Lespèce, je dirai qu’il me serait impossible d’accorder la moindre confiance à la phrase du rapport de M. Devergie , ainsi conçue : « Toutefois, quel- « ques essais tentés par nous à cet égard nous ont conduit aux « résultats suivans : un boisseau de charbon donne souvent « un peu plus d’un litre de cendres poreuses et légères; en sorte
« que l’on aurait dû trouver, tant dans le fourneau que dans la « terrine dont s’est servi Amoui'oux, prè# d’un demi-hoisseaude « cendres » {Méd. lég., X. iii®, p. 137).
Evidemment, on ne parviendra à résoudre le problème dont il s’agit que lorsqu’il restera dans la chambre où l’on a été empoisonné, une partie du charbon employé, comme cela eut lieu dans l’affaire de la fille Ferrand , dont je vais parler. Pour tous les autres cas, il n’y a que vague et incertitude.
Huitième question. Mst-il 'possible qu’une personne par cela seul qu’elle se serait évanouie, puisse rester impunément pendant sept heures et demie dans une chambre où se trouvent des fourneaux et des terrines remplis de charbonall'iimé-) alors qu'une autre personne placée dans lamême chambre, seraitmorte empoisonnée Cette question fut posée à Ollivier(d’ Angers), dans l’affaire de la fille Ferrand, que le ministère public accusait d’avoir empoisonné le nomInéi^‘o^^pàrla vapeur du charbon. D’après les dires de cette fille, elle se serait évanouie en entrant dans la chambre et ne serait revenue de son évanouissement qu’au bout de sept heures et demie. Après avoir établi, en examinant la portion restante àa charbon qui avait déterminé l’erapoisonnement, quelle était la quantité de cendres que donnait 1 kilogramme de ce charbon , Ollivier (d’Angers) calcula coni' bien les 266 grammes de cendres trouvées dans les fourneaux et les terrines dont on s^était servi, représentaient de charbon, et il conclut qu’il en avait été brûlé plus de Z kilogrammes 375 grammes, quantité plus que suffisante pour introduire dans l’air de la chambre le quart en volume au moins de gaz acide carbonique- Evidemment, dit-il, cette atmosphère était beaucoup trop délétère pour que la fille Ferrand eût pu la respirer pendant six heures sans mourir. Mais, dira-t-on, l’évanouissement que la fille Ferrand a éprouvé n’a-t-il pas pu la préserver de l’action délétère des gaz au milieu desquels elle est restée plongée? Comment croire à cet évanouissement prolongé, répondit judicieusement Ollivier ; qui ne sait que la position dans laquelle la fille Ferrand dit être restée est précisément la plus convenable pour faire cesser promptement une syncope ? Elle était étendue sur un carreau froid , la tête renversée sur le
nrême plan que les pieds, et couchée sur le dos. En admettant qu’une syncope puisse durer ainsi six heures, la respiration n’en continue pas moins de s’effectuer ; quoique faible, elle est suffisante pour que llnspiration de vapeurs délétères long-temps continuée soit suivie de la mort.
Mais l’empoisonnement incomplet occasionné par le charbon laisse l’individu qui l’a éprouvé dans un état de torpeur, d’anéantissement qui ne lui permet pas de se lever, de marcher ; une douleur de tête atroce avec faiblesse générale persiste souvent pendant plusieurs jours. La fille Ferrand a bien paru un peu étourdie, son air était hébété quand on est entré dans sa chambre; mais il est évident qu’elle avait tenté à l’instant même de se pendre, son cou portait l’empreinte caractéristique du lien auquel elle s’était suspendue, et ce fait suffirait pour expliquer l’état dans lequel on la trouva. Cette tentative de suicide ne prouvet-elle pas encore contre l’empoisonnement auquel elle aurait été exposée? Comment concilier la possibilité de sa part des préparatifs que nécessitait cette tentative de pendaison, avec l’affaissement, la prostration des forces qui suivent toujours l’inspiration, meme passagère^ des vapeurs du charbon ? Ainsi la fille Ferrand serait restée six heures dans une atmosphère qui avait tué Lion à ses côtés, et elle en eût ressenti des effets assez peu intenses pour pouvoir effectuer de nouveau le projet de se détruire ! Cette assertion est pour nous dénuée de toute probabilité (^Annales d’hygiène et de médecine légale^.
Neuvième question. Un appareil calorifère chauffé par du charbon de terre peut-il. laisser échapper des gaz qui , respirés, produiraient l’asphyxie ? Faut-il attribuer à cette cause ou à toute autre la mort du cocher de M. ainsi que les accidens éprouvés par plusieurs domestiques de la meme maison ? Voici les faits qui motivèrent cette question, adressée par un juge d’instruction à^M. Devergie. Le 3 décembre, à sept heures du matin, Régn..., cocher de M. le ducdeMont..., entre dans la chambre de Dûmes..., située au deuxième étage ; il y voit une fumée épaisse et sent une odeur de charbon qui lui porte à la tête (Rapport du commissaire de police). Dûmes..., qui pour la première fois y avait passé la nui-î, était sans con-
naissance; en vain on l’appelle... il ne donne pas signe de vie. Régn... entre alors dans la chambre d’un sieur Robert; il le trouve dans le même état que Dûmes... Il appelle du secours, des soins sont donnés à Robert, il revient à lui. En vain on administre les mêmes secours à Dûmes..., en vain un médecin met en usage les moyens propres à le rappeler à la vie. A deux heures après midi, un second médecin, trouvantle corps de Dûmes... encore chaud, ouvre l'artère temporale, mais sans résultat. Depuis quelques jours, Régn... éprouvait des maux de tête en s’éveillant, et sentait dans sa chambre l’odeur de la vapeur du charbon. Dans là même nuit, un autre cocher, nommé Gas..., s’était couché à minuit, il s’était éveillé à deux heures du matin dans un état complet de malaise, qui ne s’est dissipé qu’en prenant l’air à une fenêtre (déposition de Gas...). Le commissaire de police et les deux médecins, appelés le 5 décembre, constatent en entrant dans les chambres de Dûmes... et ^e Régn..., non-seulement l’odeur très forte de la vapeur du charbon, mais encore la sortie de cette vapeur ^2lT les bouches de chaleur placées dans lesdites chambres. Au rez-de-chaussée existait un calorifère. Il avait été allumé pour la dernière fois le samedi 29 novembre , c’est-à-dire quatre jours avant les accidens qui se sont manifestés (déposition de Bi...) ; sa construction remontait au mois de mai 1833. Depuis fort long-temps, les personnes qui habitaient le corps de bâtiment qu’il était destiné à chauffer en étaient incommodées. Leurs plaintes donnèrent lieu^à une réparation en février 1834. Elle n’eut aucun résultat, et ces personnes prirent le parti de fermer les bouches de chaleur destinées à chauffer leurs chambres. Il s’en exhalait une fumée d’une odeur particulière. C’était, dit Gas..., une exhalaison quini envpoisonnait. Gas... couchait au premier.
Le soir même de l’événement de la mort de Dûmes..., le calorifère est démoli. Le 22 décembre, un architecte-expert est commis pour constater quel était l’état des lieux, quel mode de construction avait été adopté pour le calorifère, et pour déterminer la cause des accidens survenus. 11 résulte de son rapport que le calorifère établi au rez-de-chaussée, dans une sellerie, avait son tuyau de fumée posé au droit d’une cheminée, et ses tuyaux cala-
W/ere* dans l’épaisseur du plancher bas de l’entresol, entre deux solives. Ils- sortaient tous ensuite par plusieurs embranchemens dans la hauteur de l’entresol et d’une partie du premier pour conduire la chaleur dans diverses pièces. Lors de la démolition dudit calorifère et de tous ses accessoires, on a trouvé les deux pièces de bois entre lesquelles passaient les tuyaux de la fumée et de la chaleur, consumées à un tel point qu’elles s'€7iftammaient au contact de l’air. Il paraît résulter des renseignemens qu’a recueillis l’architecte, que le placement du tuyau de la fumée trop près des solives les a tellement échauffées qu’il y a mis le feu ; que le feu s’est étendu successivement dans toute la longueur des solives, et les a mises dans un état de carbonisation qui a produit dans l’entrevous, où étaient placés les tuyaux de chaleur, un gaz qui se sera introduit dans les tuyaux de chaleur mal joints, et se sera répandu ensuite dans les chambres où ces tuyaux aboutissaient sans aucune soupape de fermeture ; que l’on aurait dû placer les tuyaux de conduite de la chaleur en contre-bas du plafond des pièces du rez-de-chaussée, en les enveloppant d’une poterie en grès ou en terre cuite , au lieu de les mettre dans l’intérieur du plancher, entre les solives.
M. Devergie, adoptant les explications si péremptoires del’expert-architecte, a conclu que lamort de Dûmes..., et les accidens éprouvés par les autres domestiques, devaient être attribués à un empoisonnement, et qu’il y avait tout lieu de croire que cet empoisonnement avait été occasionné par la carbonisation des poutres placées dans le plancher de l’entresol {voy. Vapeur du BOIS CARBONISÉ, p. 8Û6).