QUATRIÈME CLASSE
Des poisons septiques ou putréfians.
On a désigné sous le nom de poisons septiques ceux qui déterminent des syncopes, une faiblesse générale, et l’altération des liquides, sans troubler le plus souvent les facultés intellectuelles : tels sont particulièrement l’acide snlfhydrique, les liquides vénimeux fournis par certains animaux, et les matières animales putréfiées.
Du gaz acide sulfîiydrique (hydrogène sulfuré).
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnenient a été produit par le gaz acide sulfhydrique ?
Le gaz acide sulfhydrique est incolore, transparent, et doué d’une odeur fétide semblable à celle des œufs pourris. Il brûle avec une flamme bleuâtre lorsqu’on l’approche d’une bougie allumée; les parois de la cloche se recouvrent d’une couche de soufre d’un blanc jaunâtre- à mesure que la combustion du gaz a lieu. Il est décomposé par le chlore qui se transforme en acide chlorhydrique et en précipite du soufre. Il se dissout dans l’eau, et la dissolution précipite en noir\e& sels de plomb, de cuivre, de bismuth et d’argent, et en orangé rougeâtre les sels d’antimoine.
Si l’acide sulfhydrique était combiné avec l’ammoniaque, et mêlé à l’air atmosphérique, comme cela a souvent lieu dans les fosses d’aisances, on le reconnaîtrait aux caractères qui seront indiqués à la page 868. , ■
Action du gaz acide sulfhydrique sur l’économie animale. 1° Il suffit de laisser pendant quelques secondes un animal quelconque dans une atmosphère de gaz sulfhydrique pur pour déterminer sa mort ; il tarde un peu plus à périr, si on lui fait respirer un mélange de ce gaz et d’une très grande quantité d’air atmosphérique . L’action de ce poison est moins énergique lorsqu’on l’introduit dans la plèvre ou dans la veine jugulaire ; elle l’est encore moins quand il est injecté dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans l’estomac ou dans les intestins ; enfin, elle est encore moins rapide lorsqu’on l’applique sur la surface de la peau : néanmoins elle estasS'Sz intense dans ce dernier cas pour faire pérfr en quelques minutes les lapins, les canards, les jeunes cabiais, dont tout le corps, excepté la tête, plonge dans des vessies remplies de ce gaz ; 2“ les effets délétères qu’il produit lorsqu’il est appliqué sur la peau sont d’autant plus marqués, que les animaux sont plus petits ; aussi l’homme peut-il se soumettre sans inconvénient à l’usage des bains hydrosulfurés, pourvu qu’il n’y reste pas trop long-temps, et que le gaz qu’ils laissent dégager n’entre pas dans les poumons ; 3“ on peut injecter une petite dose de gaz
acide sulfliydrique dans la veine Jugulaire des animaux sans que l’on détermine des accidens fâcheux : si la dose injectée est plus forte, l’animal périt, et lamortne sauraitêtre attribuée àladistension du cœur pulmonaire par le gaz, puisque celui-ci est très soluble dans le sang; l’eau saturée de gaz acide-sulfhydrique tue rapidement les lapins, les grenouilles et les chiens, lorsqu’elle est injectée dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les intestins ou dans l’estomac ; 5° il est entièrement absorbé sans éprouver la moindre décomposition ; ainsi porté dans le torrent de la circulation, il détermine une faiblesse générale, une altération profonde dans la texture des Organes et principalement dans le système nerveux et probablement dans la com^ position du sang; 6° si les animaux soumis à l’influence de ce gaz ou de l’eau hydrosulfurée ne périssent pas instantanément, ils éprouvent une vive agitation, et poussent des cris aigus ; leurs membres se raidissent et offrent des mouvemens convulsifs; l’urine est rendue involontairement ; 7° à l’ouverture des cadavres, on trouve les vaisseaux sanguins, et particulièrement ceux qui avoisinent la partie sur laquelle le gaz a été appliqué, remplis de sang épais, brunâtre ou verdâtre; l’organe qui a été en contact avec le gaz est mou, se déchire avec la plus grande facilité, offre une couleur brunâtre, et passe très promptement à 4 putréfaction : assez souvent ce changement de couleur et de consistance s’étend aux différens viscères et aux muscles qui ne jouissent plus de l’irritabilité. Lorsque la mort est le résultat de l’inspiration de ce gaz, les bronches et les fosses nasalçs sont en outre enduites d’une mucosité visqueuse et brunâtre*
Du gaz qui se dégage des fosses d aisances.
Ce gaz, connu vulgairement sous le nom de flomh^ est le plus souvent formé de beaucoup d’a«V atmosphérique et d’une certaine quantité de sulfhydrate d’ ammoniaque (composé de gaz acide sulfhydrique et de gaz ammoniac) qui est fourni par l’eau de la fosse ; en effet, il résulte des expériences de M. Thénard que l’eau dont il s’agit contient quelquefois jusqu’à un tiers de son volume de ce sulfhydrate. Quelquefois aussi, mais plus rare-
ment, le gaz des fosses d’aisances, loin d’être composé comme le précédent, est formé d’environ quatre-vingt-quatorze parties de gaz azote, dé deux parties de gaz oxygène, et de quatre d’acide carbonique ou de sesqui-carbonate d’ammoniaque. On peut aisément se procurer l’une ou l’autre de ces variétés de gaz en suivant les procédés décrits aux pages 83 3 et 846. Quelle que soit sa composition , il contient en outre une certaine quantité de matière organique putréfiée qui lui communique une odeur désagréable.
Caractères du gaz composé d’air atmosphérique et de suifhydrate d’ammoniaque. Il a une odeur très marquée d’œufs pourris et d’alcali volatil; il irrite fortement les yeux; il n’éteint point les corps en combustion ; il précipite à l’état de sulfure noir les dissolutions d’azotate d’argent et d’acétate de plomb ; enfin, il produit, par son mélange avec le gaz acide chlorhydrique, un nuage blanc très épais, formé d’acide chlorhydrique et d’ammoniaque.
Caractères du gaz composé de quatre-vingt-quatorze parties d’azote , de deux parties d’oxygène et de quatre parties d’acide carlonique. Il est incolore et transparent ; il éteint les corps en combustion; il rougit faiblement l’eau, de tournesol , et il précipité l’éau de chaux en blanc. Lorsqu’on en sépare l’acide carbonique au moyen de la potasse caustique, comme je l’ai indiqué à la page 833 , on voit que le résidu , qui est presque entièrement formé d’azote, éteint encore les corps en combustion; mais il ne rougit plus l’eau de tournesol, ét il ne précipite plus l’eau de chaux. Si le gaz dont il s’agit contient du sesqui- carbonate d’ammoniaque au lieu d’acide carbonique, il offre une odeur d’alcali volatil, verdit le sirop de violettes , et donne naissance à des vapeurs blanches plus ou moins épaisses, lorsqu’on le mêle avec du gaz acide chlorhydrique ; du reste, il agit sur les corps en combustion, sur l’eau de chaux et sur la potasse caustiqué, comme s’il était simplement formé d’azote, d’oxygène et d’acide carbonique.
Symptômes et lésions de tissu déterminés par le gaz qui se dégage des fosses d’aisances. Ces symptômes varient suivant qu’ils sont le résultat de l’inspiration de l’une ou de l’autre des variétés de gaz'dont je viens de parler.
J[. Si le gaz inspiré est composé d’air atmosphérique et de
sulfhydrate d’ammoniaque, et que la maladie soit légère, l’individu éprouve du malaise, des envies de vomir, des mouvemens convulsifs de toutes les parties du corps, et principalement des muscles de la poitrine et des mâchoires ; la peau est froide, la respiration libre, mais irrégulière ; le pouls est très embarrassé.
Si l’affection est plus grave, le malade est privé de connaissance, de sentiment et de mouvement; le corps est froid, les lèvres et la face violettes; une écume sanglante s’échappe de la bouche; les yeux sont fermés, sans éclat, les pupilles dilatées et immobiles, le pouls petit et fréquent, les battemens du cœur désordonnés et tumultueux; la respiration est courte, difficile et comme convulsive ; les membres sont dans le relâchement. A cet état succède quelquefois une agitation plus ou moins vive.
Lorsque la maladie est encore plus grave, les muscles offrent des contractions violentes de peu de durée, mais qui sont remplacées par des mouvemens convulsifs avec courbure du tronc en arrière ; l’individu paraît éprouver des douleurs aiguës, et pousse des cris semblables aux mugissemens d’un taureau.
A 'l’ouverture des cadavres des individus qui ont succombé à l’action de ce gaz, on découvre des altérations analogues à celles dont j’ai fait mention en parlant de l’acide sulfhydrique {V. p. 867 et à celles qui font le sujet des observations 2® et 3* de ma Toxicologie , p. 621 du tome ii® de la â® édition).
B. Si le gaz inspiré est composé d’azote, d’un peu d’oxygène et d’acide carbonique ou de sesqui-carbonate d’ammoniaque, l’individu éprouve de la gêne dans,!a respiration , qui devient grande, élevée et plus rapide que de coutume, et un affaiblissement progressif, sans aucune lésion des fonctions nerveuses. Ici la mort n’a lieu que par défaut d’air respirable ; aussi le plus souvent les malades reviennent-ils à leur premier état, sans se ressentir aucunement de ce qu’ils ont éprouvé dès l’instant où ils sont exposés à l’air libre. A l’ouverture des cadavres, on trouve que le système artériel est rempli de sang noir.
Du méphitisme des égouts.
Analyse de Vair des égouts. Lorsque la masse des matières
n’est pas remuée, l’air contient de un à quatre centièmes de moins d’ oxygène. Treize fois sur vingt-et-une , la diminution était de trois centièmes, et six fois de quatre centièmes. — Vazote s’est trouvé six fois dans les mêmes proportions que dans l’air, et treize fois, il y en avait un centième de moins. Constamment l’àir contenait une proportion notable d’acide carhonique; quatre fois la quantité de ce gaz s’élevait à un centième plus une fraction, et deux fois à trois centièmes. Dans la plupart de ces analyses, on a trouvé de vingt-cinq à quatre-vingt millièmes de gaz acide sulfhydrique cependant deux fois il y en avait deux centièmes. Evidemment , la composition de cette atmosphère.n’est pas de nature à produire les accidens graves que l’on a remarqués chez les ouvriers qui n’y séjournent que peu de temps ; on doit donc attribuer ces accidens à une altération de l’air plus profonde occasionnée par le remuement des matières; en effet, l’air de l’égout d’Amelot, analysé par M. Gaultier de Claubry, après avoir agité et rewiMeTortement la vase, s’est trouvé formé d’oxygène lâ,79, d’azote 81,21, d’acide carbonique 2,01, et d’acide sulfhydrique 2,99 {Annales d’hygiène M de méd. légale, t. ii, p. 82).
Symptômes. JJ ÿiCc\di&[ii le plus commun que l’on ait observé a éiéV ophthalmie , désignée sous le nom de mite, et déterminée par l’action directe de là boue des égouts ou par l’imipression des gaz échappés de cette boue lorsqu’on la remuait ; quelquefois cette maladie a été légère ; mais, dans certaines circonstances aussi, loin d’être bornée à la conjonctive, elle a gagné la cornée, et a été suivie d’accidens cérébraux. En généràl , les adoucissans et les émolliens ne faisaient que prolonger le mal , tandis que les collyres toniques et astringens étaient suivis des plus heureux résultats.
Huit ouvriers ont été pris de fatigue, de courbature, de céphalalgie, de malaise, d’envies de vomir, en un mot, d’embarras gastrique, qui cédait aux boissons délayantes et acidulées, ou au tartre stibié.
Six ont été atteints de coliques extrêmement violentes, qui cependant se dissipèrent en peu de jours, sous l’influence de traitemens variés. Chez l’un d’eux , la paroi de l’abdomen était ré-
tractée et presque appliquée sur la colonne vertébrale j comme dans la colique des peintres.
Une jaunisse très intense a été remarquée chez un ouvrier. Un autre eut un érysipèle à la jambe droite ; un autre une angine tonsillaire, et un autre un lumbago.
Lorsque le feu s’éteint ou lorsque le ventilateur n’est pas mu avec la rapidité convenable , le courant d’air s’arrête dans l’égout, et les gaz délétères ne sont pas expulsés ; aussi les ouvriers ressentent-ils bientôt après une faiblesse, un anéantissement et un malaise général ; ils sont à chaque instant menacés dé syncopes, ils ont des vertiges et d’autres accidehs ; si , malgré cet avertissement, Ils persistent à rester dans l’égout, ils perdent complètement connaissance et tombent à terre. L’impression du grand air et quelques excitans ramènent les mouvemens d’inspiration, mais à mesure que cette fonction se rétablit, on voit quelquefois survenir un, claquement de dents et un tremblement général, suivi de mouvemens convulsifs dans tous les membres ; les facultés intellectuelles ne reprennent pas leur intégrité ; au contraire, le désordre le plus complet de ces fonctions se manifeste par un délire dont l’intensité va toujours en augmentant et devient véritablement furieux. L’un des ouvriers dont parle Parent éprouvait ces divers accidens ; il ne reconnaissait ni ses proches ni ses amis ; sa figure était rouge, ses yeux animés 5 mais au milieu de ce désordre, il n’existait pas de fièvre; le pouls n’avait qu’un peu de fréquence (Rapport de Parent-Duchâtelet, à l’occasion du curage des égouts Amelot, de la Roquette, etc., Ann. d’hygiène, t. l'i).
Des matières putréfiées.
On a déjà observé plusieurs fois que l’usage prolongé d’alimens corrompus déterminait chez l’homme des accidens plus od moins graves, tels que des vomissemens, la syncope, la gangrène séché des extrémités, le scorbut, etc. II est également prouvé, par des expériences que j’ai tentées sur les chiens, que l’applicationsurle tissu cellulaire sous-cutané de sang, de bile, et de matière cérébrale pourris, est suivie de vomissemens, de fièvre, de cris plaintifs
et d’un abattement extrême. La mort arrive ordinairement dans les vingt-quatre heures, et à l’ouverture des cadavres on découvre une inflammation très vive des parties sur lesquelles les matières pourries sont appliquées, et de celles qui les entourent.
Le docteur Kerner, médecin distingué de Weinsberg, a publié en allemand un travail qui me semble se rattacher à ce sujet, et dont je vais donner un extrait détaillé , parce qu’il est entièrement neuf, et qu’il peut intéresser la médecine légale (1).
Plusieurs personnes ont éprouvé des accidens' graves qui ont été quelquefois suivis de la mort, pour avoir mangé des boudins que l’on avait exposés à l’action de la fumée aussitôt après leur confection , et que l’on y avait laissés quelquefois pendant des mois entiers. Les accidens, dont il s’agit, ont paru tellement fréquens que M. Kerner n’hésite pas à comparer les ravages de ce poison à ceux qu’exerce le venin des serpens dans les régions voisines des tropiques. Les boudins blancs ont paruplus actifs que les noirs, et leurs effets délétères ont semblé proportionnés à la quantité employée.
Les phénomènes de l’empoisonnement se développent communément vingt-quatre heures après l’ingestion de cet aliment , rarement plus tôt, quelquefois plus tard. Une douleur vive et brûlante se fait alors sentir dans la région épigastrique, et il survient en même temps des vomissemens de matières sanguinolentes; bientôt les yeux deviennent fixes, les paupières immobiles; les pupilles se dilatent et restent insensibles à l’action de la lumière; le malade voit double ; la voix est altérée ; souvent il y a aphonie plus ou moins complète ; la respiration est gênée ; on ne sent plus les hattemens du cœur ; syncopes fréquentes; pouls plus faible que dans l’état naturel ; veines du cou dilatées et saillantes ; la déglutition est d’une difdculté extrême ; les boissons tombent dans l’estomac comihe dans un vase inerte ; les alimens solides s’arrêtent dans l’œsophage ; toutes les sécrétions paraissent suspendues ; constipation opiniâtre^, ou bien les matières excrétées sont sèches, dures et comme terreuses; la bile ne les colore point; les facultés intellectuelles se conservent intactes , seulement, dans beaucoup de cas, le caractère devient irascible ; il y a rarement insomnie; appétit souvent conservé ; soif très grande ; les tégumens perdent de leur sensibilité ; le malade perçoit à peine les impressions du chaud et du froid ; paume des mains dure et coriace ; il en est de même de la plante des pieds, qui semble tapissée par une lame cornée, absolument insensible ; la peau en général est froide et sèche; rien ne peut rappeler la transpiration
(1) Nouvelles observations sur les empoisonnemens mortels qui arrivent si souvent dans le Wurtemberg, par V usage des boudins fumés, par le docteur Kerner, Tubingue, 1820. Brochure in-12.
dont elle était le siège ; urines très abondantes ; leur excrétion est difBcile ; mouvemens lents, à cause des syncopes dont le malade est menacé au moindre effort; cependant nulle fatigue dans les muscles du dos ni des lombes. La mort, quand elle a lieu, arrive du troisième au huitième jour ; la respiration s’embarrasse, la voix se perd entièrement, le pouls tombe et la vie s’éteint, quelquefois après de légers mouvemens convulsifs, le malade ayant conservé jusqu’au dernier instant sa pleine connaissance. Dans le cas de guérison, la convalescence est extrêmement longue ; il se fait souvent une sorte d’exfoliation à la surface des membranes muqueuses. Le malade reste long-temps exposé à des syncopes ; les battemens du cœur ne reparaissent que fort tard. Ces symptômes présentent quelques variétés dans les différens cas ; isn peut ne pas les observer tous chez le même individu, et quelquefois on en remarque un certain nombre dont nous n’avons pas parlé : tels sont la diarrhée, l’hydrophobie, un délire furieux, des vertiges, l’atrophie des testicules, etc.
A l’ouverture des cadatyres, oa trouve: 1“ les muscles très contractés, les membres raides et inflexibles, le ventre dur et tendu ; 2“ souvent des traces d’inflammation dans le pharynx et dans l’œsophage, quelquefois seulement à la surface externe de ce dernier et à sa partie inférieure ; 3° une ou plusieurs plaques inflammatoires, gangréneuses, dans quelques cas, de la largeur de la main, occupant la surface interne de l’estomac aux environs du cardia ; quelquefois la membrane interne de ce' viscère se détache aisément ; 4» les intestins enflammés en divers endroits, ou même en partie gangrénés ; 5“ Ipfoie sain dans la plupart des cas ; quelquefois seulement il est pénétré de sang noir; la vésicule considérablement distendue, dans certains cas enflammée, et alors remplie d’un fluide sanguinolent; la rate saine, de même que les reins et le pancréas, qui pourtant offraient une inflammation manifeste dans deux cas de ce genre ; 7° la vessie pleine ou vide, saine ou enflammée ; 8“ la trachée-artère souvent enflammée et remplie d’un mucus sanguinolent; les poumons parsemés de taches noirâtres ou bien hépatisés ; 9“ le cœur flasque et affaissé sur lui-même , quelquefois enflammé dans ses cavités ; l’aorte, dans un cas, était très rouge et comme maroquinée à l’intérieur. L’auteur dit aussi avoir observé que lés cadavres de ces individus ne répandent aucune espèce d’odeur, même dans leurs cavités intérieures.
M. Kerner pensé que le poison contenu dans les boudins agit particulièrement en paralysant tout le système nerveux des ganglions et les nerfs cérébraux qui ne sont point exclusivement destinés aux organes des sens. Suivant lui, le cerveau, la moelle et les nerfs qui lui appartiennent en propre me se ressentent nullement de ce genre de lésion. Il regarde les inflammations locales comme une suite de la lésion du système nerveux ; et U fait rein. 56
marquer que dans un cas de ce genre l’inflammation s’était propagée le long de l’œsophage, non à sa surface interne, qui était parfaitement saine, mais à sa surface externe, en suivant le ïrajet des nerfs vagues.
Mais quel peut être le principe vénéneux contenu dans ces boudins? M. Kerner assure qu’il a été impossible jusqu’à présent d’y démontrer la présence d’aucune substance vénéneuse minérale ou végétale : il rejette l’opinion de ceux qui ont pensé que ce principe pouvait être l’acide cyanhydrique, et il croit devoir attribuer rempoisonnement à un commencement de décomposition putride, éprouvée par les boudins pendant le temps qu’on les laisse exposés à l’action de la fumée. Voici les raisons qui lui font adopter cette manière de voir : 1° les accidens sont plus fréquens au mois d’avril, et après que les boudins ont gelé et dégelé plusieurs fois de suite ; or, rien n’est plus propre à hâter la putréfaction des matières animales ; 2” les boudins qui ont produit des accidens avaient une saveur et une odeur putrides; on y remarquait des masses graisseuses, molles et plus ou moins semblables au gras des cadavres ; 3*^ il y a beaucoup d’analogie entre lés phénomènes observés et ceux qui dépendent des exhalaisons putrides.
Weiss admettait que ce principe agissait chimiquement sur le sang et était analogue à celui du typhus contagieux. Berres considérait à tort l’acide pÿroligneux comme étant la cause de ces accidens. Buchner, après avoir opéré sur des boudins de foie fumés, s’assura que le solutum aqueux n'incommodait pas les animaux; mais une dissolution alcoolique faite à chaud, évaporée lentement, donna une masse brune d’une saveur piquante analogue à la graisse altérée, en partie soluble dans l’eau; la portion dissoute par l’eau n’était point vénéneuse, tandis que lé résidu insoluble dans ce liquide, mis sur la langue, déterminait un sentiment de sécheresse dans l’arrière-gorge et dans l’œsophage qui dura plusieurs heures. Un chien, auquel on en fit avaler, succomba au bout de treize jours. Ce résidu avait l’aspect d’une graisse molle et gluante, de couleur jaune devenant brune au contact de l’air, d’une odeur particulière et nauséabonde, d’une saveur rebutante, qui décelait un corps gras. Buchner considère
ce principe actif comme un acide qu’il nomme acide gras des boudins et qui serait insoluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool et dans l’éther, se combinant avec la potasse avec laquelle il formerait un savon brun très soluble dans l’eau^
Schumann, de son côté, arrivait à-peu-près aux mêmes résultats, et concluait de son travail : 1° que les boudins de foie sont plus sujets à se gâter que les boudins ordinaires ; 2° que la formation du principe délétère est due à une décomposition putride favorisée par l’action de la fumée et surtout par l’huile empyreumatique que cette dernière contient : ce principe vénéneux développe particulièrement son énergie lorsqu’il a été mêlé aux sues gastriques ; 8° que ce principe a de l’analogie avec l’adipocire, la butyrine, la phocénine ; 4° qu’il est probable que dans l’estomac, le principe vénéneux se dégage sous forme gazeuse, ce que tend à prouver la mauvaise odeur qui s’exhale de la bouche des malades pendant la durée de l’empoisonnement {Archives géé. de méd., t. XXII, Ollivier (d’Angers)).
Sertuerner, après avoir examiné des fromages altérés qui avaient déterminé des accidens assez graves , dit en avoir retiré du caséate acide d’ ammoniaque j une matière grasse ou résine caséeuse acide et une substance acide moins grasse que les précédentes. Ces trois matières sont vénéneuses, mais la seconde agit plus que les deux autres sur les animaux.
Evidemment de nouvelles recherches sont encore nécessaires, pour arriver à la connaissance des causes qui produisent les effets délétères susmentionnés.
Pour compléter ce tableau, il me reste à faire connaître les travaux de MM. Gaspard et Magendie sur ce sujet. M. Gaspard a constaté : 1° que du pus plus ou moins fétide introduit dans les veines à petite dose peut y circuler sans causer la mort, pourvu qu’après avoir déterminé un trouble considérable des fonctions, il soit expulsé de l’économie animale au moyen de quelque excrétion critique, surtout de l’urine ou des matières fécales; 2“ qu’introduit plusieurs fois de suite en petite quantité chez le même animal, il finit par occasionner la mort; 8° qu’à plus forte raison il la détermine encore plus vite quand il est injecté dans les veinés à une dosé trop forte , et alors il produit diverses
phlegmasies graves, telles que la pneumonie, la cürdite, la dysenterie ; 4° qu’il est susceptible d’être absorbé lorsqu’on l’applique sur les membranes séreuses et sur le tissu cellulaire, dont il occasionne néanmoins l’inflammatiou; 5“ que la plupart des symptômes que Ton observe dans les fièvres lentes ou chez les phthisiques, semblent pouvoir être rapportés à la présence du pus dans l’économie animale, puisque dans ces cas il y a toujours suppuration abondante et profonde avec trouble général des sécrétions (Gaspard, 1809).
Le même auteur injecta dans la veine jugulaire d’une petite chienne 16 grammes d’un liquide fétide provenant de la putréfaction simultanée de viânde de bœuf avec du sang de chien. Au moment même l’animal exécuta plusieurs mouvemens de déglutition, et bientôt après il éprouva dé la dyspnée , du malaise et de l’abattement ; il se coucha sur le côté, refusant tout aliment, et ne tarda pas à rendre des excrémens, puis de l’urine. Mais au bout d’une heure, prostration des forces, déjections alvines gélatineuses et sanguinolentes, souvent renouvelées, apparence de dysenterie, rougeur de la conjonctive, ensuite poitrine douloureuse, ventre rénitentet sensible au toucher, extinction progressive des forces, vomissement bilieux, gélatineux et sanguin. Mort trois heures après l’injection (1). Ouverture du cadavre. Le corps était encore chaud. Les poumons étaient gorgés de sang, peu crépitans, d’une couleur violette ou noirâtre, avec beaucoup de taches ecchymosées ou pétéchiales qui existaient aussi dans le tissu du ventricule gauche du cœur, dans celui de la rate, des glandes mésentériques, de la vésicule biliaire, et même dans le tissu cellulaire sous-cutané. Le péritoine contenait quelques cuillerées de sérosité rougeâtre ; mais la membrane muqueuse du canal digestif était principalement affectée ; celle de restoihac était légèrement enflamniée ; celle des intestins et surtout du duodénum et du rectum l’était considérablement, avec couleur livide, ponctuation noire, enduit gélatineux et sanguinolent, semblable à de la lie de vin ou à de la lavuré de chair. Au reste cette inflammation était accompagnée d’un faible épaississement des
(1) Dans une autre expérience de ce genre, l’animal eut des selles liquides très fétides, noires comme de la suie, analogues aux déjections du melœna.
tissus, et avait un aspect hémorrhagique ou scorbutique '
L’injection dans la veine jugulaire de 75 grammes du liquide non acide, provenant de feuilles de chou fermentées, a développé des accidens semblables à ceux de l’expérience précédente, mais à un moindre degré 3 il en a été de même lorsqu’on a injecté 30 grammes du liquide résultant de la fermentation pendant trois jours de cardes et de feuilles de poirée ou bette blanche (Jhid.').
160 grammes d’un liquide très infect^ provenant de sang et de viande de bœuf pourris dans l’eau, furent injectés en dix reprises dans le péritoine d’un chien : à chaque injection l’animal poussa des plaintes, s’agita beaucoup, et rendit presque à chaque fois une quantité abondante d’urine claire et inodore. Après l’expérience, refus complet des alimeus, vomissemens, excrétions alvines avec de pénibles efforts de ténesme, abattement, décubitus abdominal, ventre sensible à la pression . Au bout d’une heure, les vomissemens et les déjections recommencèrent, et furent réitérés dès-lors fréquemment ; les selles devinrent muqueuses, gélatineuses et dysentériques, la plaie du ventre prit une lividité scorbutique; l’animal ne marchait qu’en chancelant, et poussait des cris atroces aussitôt qu’on le touchait ; il éprouva une dyspnée plaintive, un ténesme continu, et il mourut neuf heures après l’injection. Il y avait dans l’abdomen une bouteille environ de sérosité sanguinolente. Le péritoine était enflammé, surtout le long des vaisseaux mésentériques , où l’on voyait des taches noires ; depuis le cardia jusqu’à l’anus, la membrane muqueuse était fortement enflammée; celle de l’estomac n’était phlogosée qu’à ses rides ; la vessie vide, resserrée, enflammée à l’extérieur, était très blanche au dedans, la plèvre gauche contenait de la sérosité sanguinolente ; la rate et les poumons étaient parsemés d’ecchymoses ; enfin la plaie, qui avant l’injection était couverte de bourgeons d’un beau rouge, avait un aspect noirâtre, comme scorbutique ou gangréneux (Ibid.').
L’injection de matières putrides dans le tissu cellulaire souscutané a fourni des résultats semblables à ceux qiie j’avais déjà obtenus (F. p. 630 du tome 11 de ma Toxicologie, éàitioiï).
Ces travaux ont conduit M. Gaspard à rechercher quelle peut être la substance active de ces divers putrilages. Il établit par
des expériences directes : i° que rinjeciion dans les veines de 16 grammes de sperme humain étendu de moitié d’eau, de 32 grammes de salive humaine, de 45 grammes d’urine humaine récente et médiocrement colorée, de 16 grammes de bile de veau, et de 45 grammes de sérosité abdominale, ne développe que des accidens légers, et qu’il est par conséquent impossible d’admettre que les, effets obtenus soient le résultat de l’introduction d’un lii quide animal dans les veines 5 2“ qu’il ne faut pas non plus attribuer la mort à l’acide carbonique ni à l’acide sulfbydrique qui entrent dans la composition des liquides pourris 5 3? que tout en reconnaissant que l’ammoniaque a quelque part dans la production de ces effets, puisque étant injectée dans lès veines elle dév^eloppe une phlegmasie intestinale, et que d’une autre part le putrilage végétal est bien moins funeste que celui qui est azoté, il ne faut pas cependant conclure qu’il faille la considérer comme étant exclusivement la cause de ces effets, attendu qu’elle n’a jamais déte»^>-:îiné l’inflammation hémorrhagique des intestins, qui a toujourc^ité constante lors de l’injection des matières pourries.
M. Magendie fait observer que les diverses sortes de chairs n’ont pas la même activité dans leur putréfaction, que les muscles des mammifères herbivores paraissent moins actifs que ceux des carnivores, que l’eau putréfiée d’huître n’a pas eu d’effets très violens, mais qu’il a suffi d’injecter dans les veines quelques gouttes d’eau putride de poisson pour produire en moins d’une heure des symptômes qui ont la plus grande analogie avec le typhus et la fièvre Jaune; que dans Ce cas la mort arrive, ordinairement dans les vingt-quatre heures, et qu’à l’ouverture du corps on trouve toutes les traces d’une altération chimique du sang, qui du reste Conserve presque partout sa fluidité et traverse les divers tissus, surtout la membrane muqueuse dè l’estomac et des intestins. — • La même eau putride n’exerce aucune action délétère quand elle est introduite dans l’estomac ou dans le rectum; il paraîtrait qiie dans ce cas il n’y aurait d’absorbé que la portion aqueuse, tandis que les particules animales putréfiées seraient arrêtées par le mucus qui revêt la membrane interne du canal digestif. — L’injection du même liquide dans le poumon a des suites moins graves que l’injection dans les veinés; -- Ayant dis-
posé un tonneau de telle façon que son fond pût contenir des matières putréfiées, tandis que des animaux étaient placés sur un grillage en double fond, exposés aux miasmes qui s’échappaient continuellement, on a pu se convaincre que des pigeons, des lapins et des cochons d’Inde qu’on y a laissés pendant environ un mois n’ont éprouvé aucun accident. Au contraire, les chiens soumis à la même épreuve commencent à maigrir dès le quatrième jour, et bien qu’ils conservent leur gaîté et leur appétit", ils meurent pour ainsi dire exténués au bout de dix, quinze ou vingt jours, sans offrir aucun des symptômes observés chez les animaux dans les veines desquels on â injecté des matières putrides, notamment le vomissement noir ; ces animaux périssent évidemment par l’influence des miasmes qu’ils ont respirés et avalés avec les alimens. A l’ouverture des cadavres on voit que la membrane muqueuse intestinale est enflammée, mais beaucoup moins que dans le cas de l’injection putride dans les veines ; l’estomac contient des alimens : il y a du chyle dans les vaisseaux lactés et dans le canal thoracique (Jour, de physiologie expérim., année 1823).
Ces divers travaux sont on ne peut plus propres à nous éclairer sur la cause de plusieurs maladies typhoïdes, putrides, etc., car il est évident que nous ayons produit sur les animaux, en très peu de temps, plusieurs affections semblables à celles que les exhalaisons putrides déterminent chez l’homme. Des recherches nouvelles, il est vrai, sont indispensables pour éclairer ce sujet important, et ce serait rendre un important service à Ja science que de résoudre , comme je l’ai dit dans la première édition de ma Toxicologie , les problèmes suivans : ,1® Quelle est V altération chimique qu éprouvent les fluides animaux après la mort des individus; 2° quelle est leur action sur V économie animale et quel est le genre de maladies locales et géné^ raies auxquelles ils donnent lieu lorsqu’ils ont été putréfiés; 3“ quelles sont les décompositions que les fluides animaux subissent dans certaines maladies du vivant de l’individu (décompositions qui me paraissent incontestables, malgré l’opinion des médecins solidistes), et quelles sont les affections qxiils développent par leur contœt avec les tissus animaux.
Des accidens développés par des matières alimentaires n’ayant subi aucune altération apparente.
On est réellement embarrassé quand on aborde ce sujet ; il est bien constaté, en effet, que certaines substances alimentaires, non moisies, 7ion putréfiées., non fumées, ont donné lieu à des accidens gravés, alors que l’analyse chimique ne pouvait y déceler aucune trace de matière toxique ; est-on autorisé à considérer ses substances comme vénéneuses, et ne serait-il pas plus rationnel de classer parmi les indigestions les maladies qu’elles ont déterminées? D’un autre côté, comment admettre qu’il y a simplement indigestion, lorsqu’on voit la totalité des membres d’une famille et même des centaines d’individus atteints par ces alimens aussi bien en été qu’en hiver, et comment ne pas supposer dans ces alimens un principe quelconque, qu’il nous a été impossible dé reconnaître et à plus forte raison d’isoler jusqu’à présent? Quoi qu’il en soit, enregistrons les faits qui motivent ces réflexions.
Observation 1% Cadet de Gassicourt a été quelquefois appelé pour analyser des mets qui avaient occasionné des empoisonnemens, et qui avaient été achetés chez les charcutiers de Paris , et il lui a été impossible de découvrir la moindre trace de poison minéral, soit dans les alimens, soit à la surface des vases métalliques dans lesquels ils avaient été cuits {Journal de pharmacie). J’ai été consulté deux fojs par l’autorité pour des cas de ce genre, et j’ai obtenu les mêmes résultats; les alimens sur lesquels j’opérais n’étaient ni moisis ni putréfiés, et n’avaient pas été fumés.
Observation 2®. Un manœuvre, employé aux salines, reçoit de son maître un potage de gruau et un morceau de bœuf bouillie dont il enferme le reste dans un lieu frais, après en avoir mangé, ainsi que sa femme et ses deux enfâns. Le lendemain, il le fait réchauffer dans le bouillon; il le mange encore, et dépose le peu qui reste (t20 ou 4 50 gr.) dans uneassiette de porcelaine, sur un poêle assez fortement chauffé. Le troisième jour, ce morceau de bœuf, racorni par la chaleur, est sauté au beurre avec du veau frais; il n’a ni saveur ni odeur désagréables; toute la famille fit honneur au ragoût. Bientôt les deux enfans et la mère sont pris de vomissemens, de douleurs épigastriques, de coliques atroces, de diarrhée séreuse. Les traits sont décomposés, la peau froide, le pouls faible et concentré, la partie inférieiu-e de l’épine du dos est sensible à la pression. Ces accidens se dissipé-
rent promptement par l’emploi du carbonate d’ammoniaque et des applications narcotiques. Hunkel soumit une partie de la viande suspecte à l’analyse chimique, sans y découvrir le moindre indice de substance vénéneuse ; et il se demande s’il n’y a pas eu ici de l’analogie entre l’altération qu’aurait éprouvée cette viande à la suite des préparations successives qu’on lui avait fait subir, et celle qui se développe dans les boudins fumés. Cette opinion me paraît très probable (Ollivier (d’Angers), Ânn. d’hyg., tome xx).
Observations^. Plusieurs personnes furent empoisonnées par un plat de pommes de terre ; l’une d’elles succomba à une gastro-entérite aiguë. Les pommes de terre restant furent analysées, ainsi que les matières contenues dans le tube digestif , et on ne trouva pas de traces de poison {Ibid.).
Observation 4®. Il y a quelques années, plusieurs centaines d’individus qui avaient pris des glacer au café de la Rotonde pendant les mois d’été, éprouvèrent les symptômes d’un choléra sporadique, tantôt léger, tantôt assez intense. Aujourd’hui, quinze ou vingt individus étaient atteints, tandis que plusieurs autres ne ressentaient aucun accident; pendant quelques jours ensuite, les glaces étaient prises impunénient, puis les jours suivans elles développaient encore des symptômes fâcheux. Rien de semblable n’avait lieu à la même époque dans les autres cafés du Palais-Royal; on pouvait donc supposer, jusqu’à un certain point, que les glaces du café de la Rotonde étaient parfois empoisonnées. Nous fûmes invités par le ministère public, Barruel et moi, à nous rendre sur les lieux, afin d’examiner les matières premières avec lesquelles on confectionnait les glaces, ainsi que les vases et les ustensiles dont on se servait; après nous être assurés que ces objets ne contenaient aucune substance vénéneuse appréciable par les réactifs, nous suivîmes attentivement la préparation des diverses espèces de glaces, et nous ne vîmes dans les opérations rien qui pût nous faire supposer que les accidens se renou-vellerâient. Il n’en fut pourtant pas ainsi, car un grand nombre des habitués qui vinrent le soir manger de ces glaces, furent en proie à des douleurs abdominales , à des vomissemens , à des selles, à des crampes, etc. Je fus ensuite désigné avec M. Marjolin pour rendre compte à la justice des causes qui pouvaient donner lieu aux accidens qui avaient été observés, et nous fûmes obligés de convenir que la solution du problème était au-dessus de nos forces.
Des animaux venimeux.
Les animaux venimeux peuvent être rangés en deux sections : 1“ ceux qui renferment un réservoir à venin, et dont la morsure donne lieu à des accidens fâcheux, suivis quelquefois de la mort: tels sont les serpens et plusieurs insectes ; 2° ceux dont les liquides ont été tellement pervertis par des maladies antécédentes.
que leur contact détermine des affections graves, comme la pustule maligne, la rage, etc. Je ne m’occuperai ici que des animaux offrant un réservoir à venin, la pustule maligne et la rage ayant été parfaitement décrites dans plusieurs des ouvrages élémentaires qui traitent de la médecine.
Des serpens venimeux.
Comment peut-on distinguer les serpens venimeux de ceux qui ne le sont pas?
Voici ce qu’on lit dans un rapport de Cuvier à l’Académie des sciences (séance du 16 mai 18S1, à l’occasion d’un nïémoirede -M. Duvernoysur ce sujet). Depuis long-temps, les naturalistes ont cherché en vain quelque caractère apparent extérieur qui pût établir cette distinction ; ils n’en ont trouvé aucun de constant. Les plaques ou les écailles du dessus de la tête, qui avaient paru suffisantes lorsque l’on n’avait observé qu’un petit nombre d’espèces, se sont promptement trouvées en défaut. On a cru ensuite que le maxillaire plus mobile, armé d’un grand crochet percé d’^n canal, était un caractère plus certain et assez facile à observer ; et, en effet, tous les serpens qui le possèdent sont réellement venimeux; mais depuis quelques années, on a découvert une famille entière de ces animaux dont le maxillaire a desjdents aussi nombreuses., et o&\.a,ussi fixe que dans lès couleuvres, et dans lesquels cependant cet os porte antérieurement un crochet peu apparent, mais percé et versant du venin. C’était toutefois un caractère susceptible d’être reconnu, quoique plus difficilement ; mais on. commence à croire qu’il nesuffltpas encore. MM. Leschenault, de Lalande et Boyer assurent avoir constaté des propriétés délétères dans des serpens qui n’ont point de crochets percés en avant de leurs mâchoires ; en sorte qu’il a fallu chercher dans quelque autre endroit de leur bouche l’arme dangereuse dont on doit les supposer pourvus. Or, queL ques couleuvres, dans le nombre desquelles sont précisément celles dont il vient d’être question, se trouvent avoir, non pas en avant, mais en arrière de leur maxillaire, des dents plus lon- , gués, plus fortes que les autres, et quelquefois creusées d’un
sillon que l'on pour rait croire propre, comme le tube du crochet des vipères, à conduire dans les plaies une liqueur nuisible.
Il était fort important de vérifier ce qu’il pouvait y avoir de réel dans la supposition que c’était là une autre sorte é.Q'crochet à venin- M, Schlegel fit connaître, en 1828, les glandes particulières auxquelles les dents sillonnées dè l’arrière-bouche servent de canal efférent, et qui, dans les serpens qui les possèdent, coexistent avec les glandes salivaires ordinaires, comme coexistent les glandes à venin dans les serpens anciennement reconnus pour veninjeux. M. Duvernoy, qui avait vu tout ce que M. Schlegel a fait connaî tre . sur les différences de ces deux sortes de glandes et sur leur coexistence, ajoute plusieurs particularités nouvelles. Le muscle de la glande à venin lui paraît un tèmporal extérieur, et il en décrit deux dispositions. Le plus ordinairement, il s’attache à l’enveloppe de la glande, et descend à la mâchoire inférieure, sans tenir au haut de la fosse temporale ; mais dans les naïa et les hongares, il est composé de deux portions.
La glande^particulière à ces arrière-dents, lorsqu’elle existe, est collée à la glande sus-maxillaire par un tissu cellulaire très dense, et peut être facilenaent confondue avec elle. M. Duvernoy l’a reconnue dans lecoluher œsculafii de Lin., dans le coluher cerherus de Daudin, dans une autre espèce de ce même genre, l'homalo-psis -pantherinus de Boyer, et dans un dipsas, le burgarus interrnptw d’Oppël. Or, M. Boyer a constaté par des expériences faites avec les serpens vivans que les dipsas et les hosont venimeux.
Les genres dendrophis, dryinius, xenodon^ ont aussi les dents postérieures plus grandes, et même dans le dryinius nasutus, la grande dent a un sillon. Néanmoins, M. Duvernoy ne leur a point trouvé de glande spéciale ; ils n’ont que la susmaxillaire ordinaire : en conséquence, il ne lés croit pas venimeux.
Au reste, il est aisé de comprendre qu’en adoptant même dans toute son étendue l’idée que cette glande postérieure est venimeuse, les serpens qui la possèdent seront toujours bien moins dangereux que ceux dont les crochets venimeux sont situés à la partie antérieure de la bouche. Les espèces qui n’ont de crochets
que dans l’afrière-bouche ne pourraient faire de mal à l’homme, que si elles en saisissaient le doigt ou telle autre partie qu’ils feraient arriver Jusque dans le fond de leur bouche, tandis que les serpens venimeux ordinaires ont leur arme terrible à portée d’empjoisonner tout ce qu’ils parviennent seulement à atteindre du bout des mâchoires.
Il résulte de ce qui précède que les serpens, pour être venimeux, doivent offrir, soit en avant ^ soit en arrière de leur maxillaire des crochets à venin et une glande spéciale, indépendante des glandes salivaires ordinaires, occupant en grande partie la place de la glande salivaire sus-maxillaire des serpens innocens.
De la vipère commune (vipera berus, coluber berus de Linnæus).
Comment peut-on reconnaître que l’empoisonnement est le résultat de la morsure de la vipère commune ?
Caractères du genre vipère. Reptile de Tordre des ophidiens, offrant des plaques transversales sous le ventre, deux rangs de demi-plaques sous la queue, et dont la tête est triangulaire; aplatie, large postérieurement, terminée^en forme de museau à bords saillans. Crochets à venin à l’extrémité antérieure de la mâchoire supérieure.
Vipère commune. Sa longueur totale est ordinairement de 66 centim., rarement de 75 à 90 centim.; celle de la queue est de 9 à42 centim. Sa grosseur, dans le milieu du corps, est d’environ 3 centim.; elle est beaucoup moindre du côté de la queue ; celle-ci est communément plus longue et plus grosse dans le mâle qué dans la femelle. Sa couleur est d’un cendré olivâtre, verdâtre ou grisâtre , plus intense sur le dos que sur les flancs. Depuis la nuque jusqu’à l’extrémité de la queue, le long du dos, on remarque une bande noirâtre composée de taches de la même couleur, de forme irrégulière, qui, en se réunissant en plusieurs endroits les unes auxautres, représentent assez bien une chaîne dentelée en zigzag. On voit sur chaque côté du corps une rangée de petites taches noirâtres, symétriquement espacées, dont chacune correspond à Tangle rentrant de la .bande en zigzag. Un nombre infini d’écailles carénées couvrent la tête effe dos ; la couleur de ces écailles varie suivant qu’elles répondent aux taches noirâtres dont j’ai parlé, ou aux autres parties du dos. Le ventre et le dessous de la queue sont garnis de plaques transversales d’une couleur d’acier poli : les plaques abdominales sont simples, et au nombre de cent cinquante-
cinq ; les plaques caudales, plus petites, d’un noir bleuâtre, avec le bord plus pâle, sont disposées sur deux rangs, et au nombre de trente-neuf paires. La tête est en cœur, plus large postérieurement, plus plaie et moins longue que celle des couleuvres ; quoique sa largeur soit un peu plus considérable que celle du corps , elle est encore susceptible de s’élargir dans la colère ; parmi les écailles qui la recouvrent, celles qui sont au-dessus des yeux sont un peu plus larges; le bout du museau, comme tronqué, forme un rebord saillant, retroussé comme le boutoir des cochons^ sur lequel on voit une grande écaille trapézoïdale tachetée de blanc et de uoir. Le sommet de la tête présente deux lignes noires, divergentes d’avant en arrière, très écartées, de manière à représenter la lettre V ; ces lignes sont séparées par une tache noirâtre en forme de fer de lance. Les yeux sont très vifs, étincelans, l’iris rouge et la prunelle noire ; on voit derrière chaque œil une bande noire large qui se prolonge jusqu’à la quinzième plaque abdominale. Le bord de la mâchoire supérieure est blanc, tacheté de noir. Celui de l’os maxillaire inférieur est noir. La langue est fourchue, grise, sus ceptible de s’allonger, molle et incapable de blesser ; l’animal la darde souvent lorsqu’il est en repos. La queue, plus courte que celle des couleuvres, est un peu obtuse. La vipère commune ne se trouve qu’en Europe (1).
Les principales variétés de la vipère commune sont : 1“ celle dont la bande en zigzag est formée de taches arrondies sur le dos et de taches transversales sur la queue ; â** la vipère commune roussâtre, ayant le cou très mince et la tête bigarrée ; 3“ la vipère commune, avec une tache blanche entourée d’un trait arqué brun sur l’occiput ; 4“ celle qui offre sur le sommet de la tête une tache divisée en plusieurs parties ; 5° la vipère aspic, dont la bande anguleuse et noire du dos est souvent in-
(1) Appareil venimeux. Le venin de la vipère est sécrété par deux glandes situées une de chaque côté de la tête, derrière le globe de l’œil, sous le muscle crotaphyle (temporo-maxillaire) : ces glandes présentent un canal excréteur. Là mâchoire supérieure offre une ou plus communément deux den^très différentes des autres, connues sous le nom de crochets à venin, environnées jusqu’aux deux tiers d’une poche membraneuse, mobile d’avant eu arrière, sur^ convexité desquelles on aperçoit une petite cannelure qui conduit à un canal dont' l’iniérieur de la dent est creusé. D’autres dents, beaucoup plus petites que lès précédentes, et destinées à les remplacer lorsqu’elles sont cassées, se trouvent également attachées à l’os maxillaire supérieur. Lorsque l’animal veut mordre, il ouvre sa bouche; le muscle élévateur de la mâchoire supérieure, en se contractant, presse la glande et facilite la sécrétion du venin : celui-ci sort du canal excréteur, arrive à la base de la dent, traverse la gaine qui l’enveloppe, et entre dans sa cavité par le trou qui se trouve à cette base ; alors il coule le long de la rainure des dents, et sort par le trou qui est près de leur pointe, pour pénétrer dans la blessure.
terrompue par la couleur brune ou rousse du fond, avec les taches des flancs plus marquées.
Le venin de la vipère est un liquide jaunâtre, ni acide ni alcalin, car il ne rougit point la teinture de tournesol, et il ne verdit point le sirop de violettes. Il n’est ni âcre ni brûlant; il ne produit sur la langue qu’une sensation analogue à nelle de la graissé fraîche des animaux ; il a uné légère odeur semblable à celle de la graisse de vipère, mais beaucoup moins nauséabonde: il ne fait pas effervescence avec les acides; mis dans l’eau, il en occupe le fond ; si on le mêle à ce liquide, il le trouble et le blanchit légèrement. Il ne brûle pas lorsqu’on l’expose à la flamme d’une chandelle ou sur des charbons ardens. Lorsqu’il est fr ois, il .est un peu visqueux; et quand il est desséché, il s’attache comme de la poix. Il paraît être de nature gommeuse.
Action de la vipère sur l’économie animale. On doit à Fontana, qui a fait près de six mille expériences sur la morsure et le venin de la vipère, des résultats que je dois indiquer, tout en reconnaissant que ceux.qui ont été inscrits sous les n°® 1 et 17 ne sont pas exacts.
1® Le venin de' la vipère n’est pas ÜÉ poison pour tous les animaux : les ne périssent pas, lors même qu’on Fintrociuit
dans leurs blessures; la même chose â lieu pour les limaces, Vescargot, V aspic, la couleuvre et les orvets ; les anguilles, la vipère elle-même, les petits lézards, et tous les animaux à sang chaud en meurent ; la mort n’arrive que très difiScilement chez la tortue, quelle que soit la partie qui ait été mordue.
2® Le venin de la vipère n’est constamnient mortel que pour de très petits animaux; il est. d’autant plus dangereux pour les gros, quela vipère a une plus grande quantité de renin en réserve, qu’elle mord plus soUvent et en plus d’endroits dîfférens, et probablement que le temps est plus chaud. Un demi-milligram. de venin introduit dans un muscle suffit pour tuer un moineau. Il en faut six fois davantage pour faire périr un pigeon; et en ayant égard à la grandeur et au poids, Fontana calcule qu’il en faudrait environ 15 centigrammes pour tuer un homme, et 60 pour faire mourir un bœuf. Or, comme une vipère n’offre dans ses vésicules qu’environ 10 centigrammes de venin, qu’elle n’é-
puise même qu’après plusieurs morsures, il en résulte que l’homme peut recevoir la morsure de cinq ou six vipères sans en mourir (1).
3° Le venin de deux vipères, injecté dans la veine jugulaire de plusieurs gros lapins, détermine la morten moins de deux minutes, au milieu de cris et de fortes convulsions. Le sang des ventricules du cœur est coagulé. Fonlana ajoute encore que les intestins, le ventricule, le mésentère et les muscles du bas-ventre sont enflammés.
4° Le venin de la vipère, appliqué par morsure, produit les symptômes suivons : sentiment de douleur aiguë dans la partie blessée, qui se répand dans tout le membre et même jusqu’aux organes internes, avec tuméfaction etrougeur, qui passe ensuite au livide et gagne peu-à-peu les parties voisines ; syncopes considérables ; pouls fréquent, petit, concentré, irrégulier ; difificulté de respirer, sueurs froides et abondantes, trouble de la vision et des facultés intellectuelles, soulèvement d’estomac, vomissemens bilieux et convulsifs, suivis presque toujours d’une jaunisse universelle ; quelquefois douleurs dans la région ombilicale. Le sang qui s’écoule d’abord par la plaie est souvent noirâtre j quelque temps après il en sort de la sanie, et la gangrène se déclare lorsque la maladie doit se terminer par la mort. Les climats, les . saisons, le tempérament, etc., influent singulièrement sur la nature et la marche plus ou moins rapide des symptômes occasionués par ta morsure de ces animaux. Les accidens sont beaucoup plus à redouter dans l’Amérique méridionale, et pendant l’été, qu’en Europe, comme Bosc l’a observé. Chez les personnes faibles, timides, dont l’estomac est plein, les symptômes se manifestent avec beaucoup plus de rapidité et sont plus graves que chez les individus robustes et difficiles à effrayer.
(i) Bosc rapporte un fait curieux dont il a été témoin pendant son séjour en Amérique. « Deux chevaux furent mordus dans une enceinte, le même jour, par une vipère noire, l’un à la Jambe de derrière et l’autre à la langue : ce dernier mourut en moins d’une heure, et l’autre en fut quitte pour une enflure de quelques jours et une faiblesse de quelques semaines. La perte du premier fiit causée par une vive inflammation, qui avait fermé la glotte et causé l’asphyxie. La morsure de la vipère ne sérait-élle pas beaucoup plus dangereuse, et même njortelle, lorsque les parties mordues sont peu éloignées du cœur? » {Dictionnaire d’histoire naturelle^ art. Vipère).
5“ Le venin de la vipère, appliqué sur la peau légèrement écorchée des chapons d’Inde et des lapins, n’est pas mortel.
6“ Il ne produit qu’une légère maladie de la peau chez les cochons d’Inde, et une maladie un peu plus grave chez les lapins.
7° Cette maladie est circonscrite dans la partie de la peau qui a été touchée par le venin.
8“ Lorsque la vipère mord, dans toute son étendue, la peau de ces animaux, ils périssent en peu de tenaps.
9" Le venin paraît ne pas être mortel s’il ne pénètre pas dans le tissu cellulaire.
10“ Il est tout-à-fait innocent s’il est simplement appliqué sur les fibres musculaires.
11“ Les animaux mordus ou blessés par une dent venimeuse de vipère, à la poitrine, au ventre, aux intestins et au foie, périssent en un espace de temps plus ou moins court.
12“ On observe le contraire si le venin est appliqué sur les oreilles, le péricrâne, le périoste, la dure-mère, le cerveau, la moelle des os, la cornée transparente, la langue, les lèvres, le palais et l’estomac ; il arrive même assez souvent que plusieurs animaux soumis à ces expériences n’offrent aucun phénomène sensible.
13“ Le venin de la vipère, appliqué sur les nerfs, ne produit aucun effet, et il n’accélère point la mort de l’animal ; il est aussi innocent pour les nerfs que l’eau pure ou la simple gomme arabique.
14“ Il ne détermine aucun changement apparent sur les parties qui viennent d’être détachées d’un animal, et qui, par conséquent, palpitent encore.
15“ L’action de ce venin n’est pas instantanée; il faut un certain temps avant que les effets deviennent sensibles, soit dans la partie mordue, soit dans les autres organes: ce temps varie dans lés divers animaux selon leur constitution, leur grosseur, etc. D’après Fontana, on peut l’évaluer, pour un certain nombre d’animaux, à quinze ou vingt secondes.
16“ Les accidens qu’il développe dépendent de son absorption, de son transport dans le torrent de la circulation, et de l’action qu’il exerce sur le sang, qu’il coagule en partie, et sur l’irritabilité
nerveuse, qu’il détruit en portant dans les fluides un principe de putréfaction.
17® Il conserve encore son énergie 'dans une tête de vipère qui a été coupée depuis long-temps, ou simplement lorsqu’on l’a laissé dans la cavité de la dent qui a été séparée de l’alvéole. Des animaux sont morts pour avoir été piqués par là dent seule. Desséché depuis plusieurs mois dans un endroit découvert, il perd sa propriété, et ne produit aucune impression sur la langue.
18° Les animaux meurent plus promptement s’ils sont mordus un égal nombréde fois dans deux parties, que s’ils ne le sont que dans une seule.
19° La partie qui a reçu seule autant de morsures que les autres ensemble, est sujette à une maladie externe, beaucoup plus considérable.
Je puis ajouter à ces observations les résultats des travaux de Paulet et du professeur Mangili. Le premier de ces auteurs établit, dans un mémoire publié en 1805, et qui a pour titre : Oh- ' servations sur la vipère de Fontainehleau, que la morsure de ce reptile^ qui est également le viperà herus, peut devenir mortelle pour l’homme, malgré l’assertion de Fontana (V. 2° p. 886).
D’un autre côté, Mangili a prouvé, contre l’assertion de Fontana, que le venin de la vipère n’occasionne pas la mort quand il est introduit dans l’estomac, et qu’il agit encore avec la plus grande intensité au bout de vingt-six mois, s’il a été conservé avec soin {F. plus haut 17“).
J’ajouterai, pour compléter ce tableau, les résultats suivans.
Lorsque la vipère est prise depuis peu, sa morsure est plus délétère que dans le cas où on l’a gardée long-tèmps ; cependant elle ne perd pas entièrement ses qualités vénéneuses, lors même qu’on l’a tenue enfermée sans lui donner de la nourriture. Si la vipère mord plusieurs fois dans la même journée, la première morsure est la plus délétère, tout étant égal d’ailleurs. Le danger que courent les animaux qui ont été mordus est en raison de l’intensité des symptômes et de la promptitude avec laquelle ils se manifestent. Les climats, les saisons, le tempérament influent singulièrement sur la nature et la marche plus ou moins rapide des symptômes occasionnés par la morsure de ces animaux. Il ne in. S7
conserve pas toute son énergie, d’après M. Desault, et malgré l’assertion de Fontana, dans une tête de vipère quiaéiécoupéedepuislong-temps, ou simplement lorsqu’on l’a laissé dans la cavité de la dent qui a été séparée de l’alvéole (», 17°, p. 8&9) : au contraire, il finit alors, au bout de dix ou douze jours, par ne plus produire d’effets marqués, ün est beaucoup moins sûr de développer les symptômes en appliquant le venin sur une partie inekée qu’en la (aisaut mordre par la vipère ; mais dans le cas où ils se manéfestentj ils sont identiques et aussi funestes pour les petits animaux. ,
Il existe plusieurs autres espèces de vipères dont la morsure produit des. effets analogues à ceux que je viens, d’indiquer , et que par cela meme je puis me dispenser de foire connaître en délai: telles sont la vipère naja\(eoluher naja de Lin., ebintanagoo d;es Indiens, cobra de capelio);; la vipère élégante de Baudin (eohbher russielia>nu», katuka pada des Indiensj •, h
radroo. pam. des indiens ^eoîuber g^mnineu$ de &a<w) ; le geéi pavag.oaàoa des Indiens (boa de Russel) j le. büngarum paœak deslndiens, et sakeene du Bengale (boa de Russel) ma Toæicojagie générale, tome ii, quatrième édition, p. fiê4 et suiv.).
Des ser^en^ à sonnettes.
Comment peut-on reconnaître que Fempoisonnement est te résultat de la morsure des serpens à sonnettes f
Les serpens à sonnettes font tous partie du genre crotalws, dont voici les earactères il appartient à l’ordre des ophidiens et à la famille des hétérodermes; il offre des, plaques transversales simples sous le corps et sous ia queue; l’extrémité de celle-ci est gprnm dephi^eurs giuehM éGoéMeam, mboîtés igchfiment Us, ms dans, Us antres, et se mouvant en, résoppaut légèrement quand l’animai rampe ; il est muni de crochets à venin. « Les os maxillaires supérieurs sont fort petits, portés sur un long pédicule analogue à l’apophyse ptérygoïde externe du sphénoïde, et très mobiles ;ii s’y ix.éuae dent- aiguë, percée d’un petit canal qui donso issue à une liqueur empoisopnée^ sécrétée par une glande considérable située, sous. l’œiL C’est cette liqueur qui, versée dans la plaie par laden t,pojte. Ip ravage dans le corps des animaux. Cette dent se cachedans unrepli de la. gencive.,, quand le sefpént ne veut pas s’en servir, et il y a derrière elle plusieurs germes destinés à la remplacer, si elle vient à se casser. Ce veni'n est d’une couleur verte ». (<BicUonnaire des sciences mtweVUs).
Lesprincipales espèces de ce genre sont :\&crotalu$ boiquira, crotale à queue noire ; le crotalus durissus, le crotale à losange; cvotalus dryinasyle crotale sans taches, le crotale canaard, etc,
Enerard Home^ qui a rassemblé plusieurs faits relatifs aux morsures des divers serpens venimeux, pense : 1" que lorsque le venin est très actif, l’irritation locale est tellement subite et violente, et ses effets sur l’économie animale tellement intenses, que les animaux meurent en très peu de temps : alors on ne trouve* d’altération que dans les parties mordues ; le tissu cellulaire est entièrement détruit et les muscles très enflammés ; 2® que lorsque le venin est moins intense, son action n’est pas toujours funeste : cependant il y a un léger délire, et beaucoup de douleur dans la partie mordue. Environ une demi-heure après, il se déclare une enflure qui dépend de l’effusion de la sérosité dans le tissu cellulaire, laquelle augmente avec plus ou moins de rapidité pendant douze heures , et s’étend dans le voisinage des parties affectées ; le sang cesse de couler dans les plus petits vaisseanx des parties tuméfiées ; la peau qui les recouvre se refroidit; l’action du cœur est tellenaent faible , que le pouls est à peine sensible ; l’estomac, tellement irritable, qu’il ne peut presque rien garder. Environ soixante heures après, ces symptômes ont acquis plus d’intensité ; l’inflamïnatioB et la suppuration se manifestent dans les parties lésées, et quand l’abcès est très considérable, le malade expire. Lorsque la morsure a été faite au doigt; cette partie se gangrène quelquefois de suite. Si la mort a lieu dans une de ces circonstances, les vaisseaux absorbans et leurs glandes n’éprouvent point de changemens analogues à ceux que les virus déterminent, et il n’y a d’altération que dans les parties qui ont quelque rapport avec l’abcès. En général, les symptômes qui se développent dans ‘ ces cas marchent plus rapidement que ceux qui dépendent d’un virus. Cette considération, jointe à la gravité des accidens qui ont lieu d’abord chez les personnes qui se rétablissent après avoir été mordues, a fait croire que leur guérison devait être attribuée aux médicamens employés : n’est ainsi, par exemple, que Veau de Luee est regardée dans les Indes orientales comme un spécifique contre la morsure du cobra de
cwpello; 3" que cette opinion ne paraît avoir aucun fondement, car la mort arrive toutes les fois que le poison est très actif, et qu’il détermine une lésion locale très étendue, tandis que le rétablissement a lieu dans toutes les blessures légères. Les effets du venin sur la constitution sont tellement instantanés , et l’irritabilité de l’estomac tellement grande , que l’on ne peut administrer de médicamens que lorsqu’ils se sont pleinement développés, et alors il y a peu de chances de succès (1).
Des insectes venimeux. — Du scorpion d* Europe.
Caractères du genre scorpion. Genre d’arachnides, ordre des pulmonaires, famille des pédipalpes de Latreille. Abdomen intimement uni au tronc par toute sa largeur, offrant à sa base inférieure deux lames, mobiles en forme de peigne ; dessus du tronc recouvert de trois plaques, dont la première très grande, en forme de corselet, porte six à huit yeux ; deux de ces yeux sont situés au milieu du dos, rapprochés, et plus grands ; les autres sont j^acés près des bordslatéraux et antérieurs; trois ou deux de chaque côté; mandibules en pince. Corps allongé et terminé brusquement par une queue longue, composée de six nœuds, dont le dernier, plus ou moins ovoïde, finit en une pointe arquée et très aiguë ; sorte de dard sous l’extrémité duquel sont deux petits trous servant d’issue à une liqueur vénéneuse contenue dans un réservoir intérieur. Les pieds palpes sont très grands, en forme de serres, avec une pince au bout, imitant par sa figuré une main didactyle ou à deux doigts, dont un mobile. Tous les tarses sont semblables, de trois articles, avec deux crochets au bout du dernier.
Scorpion d’Europe (scx)rp\o europæüs). Il a environ 3 centim. de longueur; son corps est d’un brun très foncé, noirâtre; ses bras sont anguleux, avec la main presque en cœur, et l’article qui la précède est unidenté; la queue est plus courte que le corps, menue ; le cinquième noeud est allongé; le dernier est simple, d’un brun jaunâtre, ainsique les pattes; les peignes ont chacun neuf dents. On le trouve en Languedoc, en Provence, et en général dans l’Europe méridionale, sous les pierres et dans l’intérieur des habitations.
La piqûre dn scorpion détermine che:ï l’homme une marque rouge qui s’agrandit un peu , noircit légèrement vers le milieu,
(1) Philosopliicat Transactions for the year 1810, by Everard Home, part.), page 75.
et est ordinairement suivie de douleur, d’inflammation, d’enflure, et quelquefois de pustules ; dans certaines circonstances, les malades éprouvent de la fièvre, des frissons, de l’engourdissement, des vomissemens, le hoquet, un tremblement général, etc. Les symptômes qui sont le résultat de la piqûre du scorpion varient suivant la grosseur de l’animal, et le climat auquel il appartient ; en général , ils sont plus graves dans les pays méridionaux que dans les autres.
De la tarentule (lycosa tarentula, Latreille).
Caractères de la tarentule. Insecte de l’ordre des pulmonaires, famille des aranéides , tribu des citrigrades du genre lycosa (Latr.). Longueur du corps, environ 3 centimètres; palpes safranées , avec l’extrémité noire; mandibules noires, avec la base supérieure safranée ; bord antérieur du tronc et contour des yeux de la seconde ligne de cette couleur ; yeux rougeâtres ; dessus du tronc noirâtre, avec une bande longitudinale dans le milieu de sa longueur; une autre tout autour des bords et des lignes en rayon, partant de la bande du milieu, d’un gris cendré; une ligne noirâtre longitudinale de chaque côté, sur la bande de la circonférence ; dessus de l’abdomen noirâtre, ponctué de gris cendré; une suite de taches presque noires, plus foncées au bord postérieur dans le milieu de sa longueur ; les deux supérieures, la première surtout, allongées en fér de flèche, bordées tout autour de gris roussâtre ; les suivantes transverses, en forme de cœur élargi, bordées postérieurement de gris cendré, ou séparées par des lignes chevronnées de cette couleur; ventre safrané , avec une bande très noire, transverse au milieu ; poitrine et origine des pattes très noires ; pattes d’un gris cendré en dessus, grises en dessous, avec deux taches aux cuisses et aux jambes, et les tarses noirs; dessous des cuisses et des jambes antérieures ayant une teinte roussâtre. On la .trouve dans l’Italie méridionale, particulièrement en Calabre et aux environs de Naples.
Piqûre de la tarentule {roy. Araignée des caves, p. 894).
Cet insecte a été l’objet d’une multitude de récits fabuleux, enfantés par l’ignorance et la superstition ; cependant des auteurs estimables, parmi lesquels je citerai Baglivi, ont écrit longuement sur les effets qu’il produit. On trouve, dans quelquesuns d’eux, que la morsure de la tarentule peut développer une fièvre, lente dont on ne guérit qu’en dansant au-delà de ses forces, au son d’un tambour ou d’un autre instrument sonore : aussi a-t-on vu des malheureux, tout chamarrés de fleurs et de rubans
comme des victimes, parcourir les places dans la plus ferle chaleur du Jour, danser nu-têlej la tête touruée du côté du soleil, jusqu^à ce que la perte totale de leurs , forces les plongeât dans un assoupissement profond î alors leurs parens les portaieat sur un grabat , et la musique continuait encore long-temps après qu’ils avaient cessé de rentendre. D’autres auteurs prétendent avoir vu tous les symptômes de la fièvre ataxique se manifester après la morsure de cet insecte.
Serrao, premier médecin du roi de Naples, a détrompé le' public, trop long-temps abusé par les prestiges du merveilleux. Un homme se laissa mordre par la tarentule , en présence du comte polonais de Borch : il h’en résulta qu’üïï pèü dê tuüiëfâclion dans la main et dans les doigts , et une démangeàison asséz forte ^Amoreux^. Pulli assure que le tarentisme est fréquemment une maladie simulée : tel est le fait de cette femme fanatisée par un ecclésiastique superstitieux , et qu’on né parvînt à guérir qü’à forcé de menaces et de mauvais trailèméiis (Mibert, Elémens de thêrapeutiqùe, t. ii, p. 506, .3® édii.).
Éf iphone Ferdinand avouait en 1621 que, depuis vingt ans qu’il exerçait la médecine à Naples , il n’avait vu mourir ^sonne de la piqûre de la tarentule ; maïs il soutenait que le tarentisme h’étâit pas linè maladie feinté.
L’opinion des médecins éclairés est que la piquré dë fà tafêûtuie ne produit aucun phénomène extraordinaire, et que ses èîfets-sont plutôt locaux que généraux; cependant il serait à souhaiter qu’on fît un travail suivi à cet égard .
De l’araignée des caves (segestrià ceUârîa).
Vàmcfères tu yen¥e sëgésiiiit. t3enrè d^’^arachnides de l’ordre des pulmonaires, deïa ïatoille des aranéïdes, tribu dOs tubitèlês. Mâdieires élar^es au côté extériœr pes de leur base, droites ; six yeux dont quatre plus antérieurs, forment une ligne transyerse , et les deux autres situés, un de chaque côté, derrière les latéraux précédens ; la première paire de pattes et la seconde ensuite, les plus larges dè toùl'és; la troisième la plus courte.
-Araignée des éàufe. Corps long d’environ 2 centimètres, velu, d’un noir tirant sur le gris de souris, avec les mandibules' vertes ou d’un Mea d’aoifir,
et une sufte de taebes triangulaires, noires’ le long du milieu du dés et €e l’abdomen. <3n la trouve en France et en ItaBe (LatreiUe);
Ilsè développé autour de là partie' qüi à été piqüéé par cette araignée et par la tarentule une enflure de couleur livide, quel-^ quefois avec pMyclèhes; dans certaines circonstances, on observe aussi des symptômes analogues à Ceux dont j’ai parlé à l’article Scorpion : néanmoins je pense qu’on a beaucoup'exagéré les dangers de la piqûre faite par ces animaux : on devrait vouer à l’oubli cette multitude de récits fabuleux relatifs à la tarentule, et qui étaient évidemment enfantés par l’ignorance et par là superstition. ' ■
De l’etheille domestique {apis melliflca). Insecte de l’ordre des ày ménoptères , famUle des apiaires ^
‘Ôâi'àëtère^ d’à génte. LàngUètté fiïiforiflé, côïuposânt, avec les mâcbôîres, une sorte de trompe coudle ’ét fléchie en désSous; pfeiüier ârtîclë des t'arsés postérieurs 'grand, très èOtoprimé en pâlettè càrrëé ; pOifat d’épïnè à Festrëmitè des deux 'dernières jambes.
Aheîlle dofn'esliqaé. Ecusson noirâtre comme le corselèt ; àbdom'eü de là même couleur, avec une bande transversale et grisâtre formée pâr Un duvet à là base du troisième âUneaü et des süîvâns. La iGngneür du 'corps de rabéiUe dômestiquë ouvrière ést de à ; celle dü mâle et ‘de là îemëlie est dé 0“,0i5. On là trouvé dàns toute l’Europe, en Barbarie, etc. (Làtreiïle). -
La piqûre de l’abeille eceasionne souvent une vive douleur et une tuméfaction érysipélateuse fort dure dans son milieu,' qui blanchit et persiste tant qlïè l’aigûillon reste dans la plaie ; daûs certaines circonstânCé& 6n a vu Cëtlé piqûre déterminer là gan- . grène et la mort.
Du bourdon.
Caractères du genre. Insecte de l’ordre des hyménoptères, section des porte-aiguillons, famille des mellifères. Les femelles et les mulets offrent à la face extérieure de la jambe des pieds postérieurs- Un enfohcèmënl lissé pour rècéVoir lè pôlleh des fleurs, et une brossé soÿèûsé Sur lô Côté îtttêrne du premier article de leurs tàrsés ; deux ép nés àu bout de ^ jambes ; labre transversal ; fausse trompe sensiblement plus courte que lè corps»
Bourdon des pierres (bombus lapidarius de Latr., Apis lapidaria de L.). Il est tout noir, à l’exception de l’anus, qui est d’un jaune rougeâtre. Il a été désigné ainsi parce qu’il fait son nid dans la .terre, entre les pierres, au bas des murs, etc. ' x
Les effets de la piqûre du bourdon ressemblent beaucoup à ceux que je viens de décrire en parlant de l’abeille.
De la guêpe.
Insecte de l’ordre des hyménoptères, section des porte-aiguillons, famille des diploptères, tribu des guêpiaires. Latr.
Caractères de la guêpe-frelon (vespa crabro). Longueur de 3 centimètres au moins ; antennes obscures, avec la base ferrugineuse, fête ferrugineuse, pubescente ; lèvre supérieure jaune ; mandibules jaunes à la base, noires à l’extrémité ; corselet noir, pubescent, avec sa partie antérieure, et souvent l’écusson d’un brun ferrugineux; le premier anneau de l’abdomen noir, avec la base ferrugineuse et les bords jaunâtres ; les autres anneaux noirs à la base, jaunes à l’extrémité, avec un petit point noir latéral sur chaque; les pattes d’un brun ferrugineux ; les ailes ont une légère teinte roussâtre. On la trouve dans toute, l’Europe (Latr.).
Caractères de la guêpe commune (vespa vulgaris). Longueur, 2 centim.’; antennes et tête noires; contour des yeux et lèvre supérieure d’un jaune obscur; mandibules jaunes, noires à l’extrémité; corselet noiEv-légerement pubescent, avec tache au-devant des ailes, un point calleux Meur origine, une tache au dessous et quatre sur l’écusson , jauhê^, l’abdomen jaune, aVecla basedesanneauxnoire, et un point noir distinct de chaque côté; le premier anneau a une tache noire en losange au milieu ; les autres ont une tache presque triangulaire, contiguë au noir de la base; les pattes sont d’un jaune fauve, avec la base des cuisses noirq. On la trouve dans toute l’Europe (Latr.). #
' La piqûre de la guêpe commune et du frelon est suivie d’accidens semblables à ceux que détermine la piqûre des abeilles; elle est plus ou moins dangereuse, suivant la nature de la partie piquée, le climat, la saison, la quantité de venin, etc.; les accidens sont plus graves dans le cas où l’aiguillon reste dans la plaie, ou lorsque les insectes ont sucé des plantes vénéneuses, des matières animales en putréfac^ on, ou des cadavres d’animaux morts de maladies pestilentielles.