‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiques (volume 2)Chapitre 9 sur 20 · Y A EU EMPOISONNEMENT, ET QUELLE EST LA SUBSTANCE · texte numérisé non relu

Y A EU EMPOISONNEMENT, ET QUELLE EST LA SUBSTANCE

VÉNÉNEUSE QUI l’a PRODUIT.

Après avoir indiqué dans les histoires particulières les caractères et le mode d’action de chacun des poisons, je dois m’élever à des considérations générales, et chercher à résoudre le problèmé suivant: Comment peut-on reconnaître qu’il y a eu empoisonnement, et quelle est la substance vénéneuse qui a occasionné les accidens?

Pour atteindre ce but, il faut examiner successivement ;

1“ Les phénomènes que l’on observe généralement avant la mort des individus soumis à l’influence des poisons ;

2° Les altérations de tissu produites par les substances vénéneuses, et que l’on constate après la mort ;

- 3° Les indices que le médecin peut tirer des symptômes auxquels le malade est en proie, et des altérations de tissu trouvées après la mort j

4® Les maladies qui simulent l’empoisonnement, soit à cause de leurs symptômes, soit à raison des lésions qu’elles déterminent dans les organes ;

5“ La marche analytique à suivre pour reconnaître la nature de la matière suspecte.

Phénomènes que Von observe généralement avant la mort des individus soumis à l’ influence des -poisons.

Lorsqu’un individu a avalé une substance vénéneuse douée de propriétés énergiques, il ne tarde pas à éprouver un certain nombre des symptômes suivans : odeur nauséabonde et infecte; saveur variable, acide, alcaline, âcre, styptique ou amère ; chaleur âcre au gosier et dans l’estomac ; sécheresse dans toutes

les partiés de la bouche , qui est quelquefois écumeuse ; sentiment de constriction dans la gorge • langue et gencives quelquefois livides, d’un jaune citrin, blanches, rouges ou noires; douleur plus ou moins algue, augmentant par la pression, el ayant son siège dans toute l’étendue du canal digestif, ou plus particulièrement dans la gorge , dans la région épigastrique , èt dàhs quelques autres parties de l’abdomen : cette douleur est souvent très mobile, et se fait sentir successivement dans toutes les parties du canal intestinal, et même dans la poitrine; fétidité de l’haleiiie, rapp»3rts fréquens, nansées; vomisseinens douloureus, muqueux, bilieux ou sahguinolens, d’une couleur blanche; jaune; verte, bleue, rouge ou brunâtre, produisant dans la bouche une sensation variable, bouillonnant quelquefois sur le carreau, ét, dans ce cas, rougissant l’eau de tournesol , ou bien n’exér^ant aucune action sur le carreau, et alors pouvant verdir le sirop de violettes; hoquet, constipation ou déjections alvines plus ou moins abondantes, avec ou sans ténesme, de couleur et de nature différentes, comme la matière des vomissemeos; difficulté de respirer, angoisses, toux plus ou moins fatigante ; pouls fréquent, petit, serré, irrégulier, souvent imperceptible, ou fort et régulier ; soif ardente ; les boissons augmentent quelquefois les douleurs et ne tardent pas à être vomies ; frissons de temps à autre, la peau et les membres inférieurs sont comme glacés; quelquefois cependant il y a chaleur intense ; éruption douloureuse à la peau ; sueurs froides et gluantes, dysurie, strangurie, ischurie; physionomie peu altérée d’abord; bientôt après, le teint devient pâle et plombé ; perte de la vue et de l’ouïe ; quelquefois les yeux sont rouges, saillans, horaues orbites ; dilatation ou contraction de la pupille ; agitation, cris aigus, impossibilité de garder la même position, délire furieux ou gai, mouvemens convulsifs des muscles de la face, des mâchoires et des extrémités; rire sardonique, trismus, contorsions horribles, tête souvent renversée sur le dos, raideur extrême des membres , accompagnée d’une contraction générale des muscles du thorax , qui détermine l’immobilité de ses parois ; quelquefois stupeur, engourdissement, pesanteur de tête, envies de dormir, légères d’abord , puis insurmontables ; vertiges, paralysie ou grande faiblesse des membres abdoini-^

Baux ; état comme a^plectique, prostration extrême des forces, altération de la Toix, priapisme opiniâtre et très douloureux.

Le plus souvent , lorsque le malade n’est point secouru , les symptômes dont jé viens dé parler augmentent d’intensité depuis le moment de leur apparition jusqu’à la mort ; il existe cependant des cas où les accidens cessent complètement, et ne reparaissent qu’au bout d’un certain temps ; il y a évidemment un intervalle lucide ; bn diîrêiit que l’ empoisonnement est înUrmifieni.

Si l’on ajoute à ce qui vient d’etre dit tout ce que j’âî rapporté en parlant des accidens qui résultent de la morsure ou de la piqûre des animaux venimeux, on aura une idée exacte des divers phénomènes q'â'e f on p^ut ohterver pendant la vie d’un individu soumis à l’influencé d’une substance vénéneuse qui aurait été introduite dans le canal digestif, ou qui aurait été appliquée sur la peau ulcérée ou le tissu lamineux sous-cutané.

Il arrive cependant quelquefois que la mort, dans le cas dont il s’agit-, n’est point précédée des symptômes que l’on observe le plus ordinairement ainsi, Ghaussier parte d’un homme robuste et de moyen âge qui àvàla de l’oxyde blanc d’arsenic en gros fragmens, et qui mourut sans avoir éprouvé d’autres symptômes qùede légère syncopes (woî/. page â27).

Avciéens cïms^écutifs à i’ empoisonnement aiqii. Certains individus empoisonnés pâr une substance vénéneuse énergique éproüvéht les âccidéns les plus graves , qui ne sont cëpéndant pas suivis d’une mort prompte : ï’état de ces malades s’améliore pendant quelques jours; mais il ne tarde pas à se déclarer des symptômes fâdièux qui se prolongent pendant on temps plus ou moins long -, et qtii pour l’ordinaire se terminent d’une manière funeste, j è vais rapporter qUèlques observations à l’àppui déce fait .

Observation Marie Ladan,àgée de cinquante-trois ans, but environ une cuillerée d’eau forte, croyant boire de l’eau ordinaire ; elle ne tarda pas à en rejeter la plus grande partie ; aussitôt hoquet, rapports abondans, nausées, vomissemens répétés. Üne demi-heure après, on lui fit une saighëé du b'rà's, et 'on M 'adminiàtra de l’e'aü de goihine et du lait. Les prehüeïs acâdens sê eûlBaèreût par degrés ; mais la constipation excessîvément cçiniâtre dont elle était tounneotée dès les premiers jours resta la même. Au bout de dix jours de traitement et de décroissement assez mar-

qué des symptômes, cette malade mangea, pour la prernière fois, un peu de vermicelle, et le vomit aussitôt. Depuis son accident, elle salivait beaucoup, avait une haleine d’une fétidité incroyable , mais elle ne rendait, dans les matières de ses vomissemens, aucune portion membraneuse; seulement elle croyait sentir, dans le fond de la gorge, la présence d’un corps étranger qui la fatiguait sans cesse, gênait la déglutition et la respiration, altérait là parole, etc. Le vingtième jour de son empoisonnement, après avoir fait beaucoup d^’efforts, elle rendit, par l’anus, un long paquet membraneux d’une seule pièce, replié et roulé sur lui-même, qui représentait la forme de l’œsophage et de l’estomac avec toutes leurs dimensions, et qui n’était autre chose que la membrane interne de ces organes, qui avait été soulevée et décollée dans tous ses points à-la-fois ; elle avait 3 ou 6 millimètres d’épaisseur et une couleur brune très ùiarquée. Les portions correspondantes au grand et petit cul-de-sac de l’estomac étaient amincies et percées de plusieurs trous. Dès ce moment, la sensibilité du canal digestif devint excessive ; les vomissemens furent plus répétés, et il était impossible de lui faire garder les alimens : le lait, qui avait servi de nourriture pendant quinze jours, était vomi sous forme de caillots. Quelques jours après, la malade allait mieux et mangeait do la soupe, des œufs et des brioches, et ne les vomissait qu’assez rarement. Son embonpoint était singulièrement diminué ; mais elle conservait beaucoup de fraîcheur, et pouvait marcher un peu ; des tiraillemens d’estomac, une constipation des plus opiniâtres et une espèce de malaise continuel s’opposaient sans cesse à son rétablissement. Ces accidens augmentèrent ; la salivation excessivement abondante qui la tourmentait depuis son accident devenait de plus en plus considérable ; tout ce qu’elle prenaitétait vomi ; les facultés intellectuelles étaient dans leur état naturel ; la membrane des lèvres et de l’intérieur de la bouche, saine en apparence, s’enlevait au moindre contact; la malade s’épuisait en vains efforts pour vomir. Enfin, deux mois après l’accident, elle eut un étourdissement et mourut.

Ouverture du cadavre. Les orifices cardiaque et pylorique étaient sensiblement rétrécis ; la surface interne de l’œsophage et de l’estomac, très lisse et polie, tachetée et nuancée en rouge plus ou moins vif, n’avait nullement l’aspect ordinaire ; ce dernier organe était singulièrement diminué de volume. Le canal intestinal ne parut pas beaucoup rétréci, et tous les organes abdominaux présentèrent à-peu-près leur état ordinaire.

Tarira, à qui j’ai emprunté cette observation , dit que, dans des cas de cette nature, les accidens développés d’abord par l’acide azotique décroissent insensiblement ; mais que les malades conservent une grande disposition au vomissement. Au bout de quelque temps, la menabrane interne du canal digestif est frappée de mort , et rejetée en entier ou par portions sous forme de

lambeaux comme pourris ou boursouflés. Lorsque la mort tarde à arriver, les malades tombent dans le marasme, parce que la digestion ne peut plus s’effectuer ; ils sont tourmentés d’une envie pressante d’aller à la garde-robe sans pouvoir évacuer, et il se passe quelquefois trois mois sans qu’ils rendent, en une du deux fois, que de très petites masses de matières fécales, moulées en forme de pilules de quelques grains; la maigreur devient excessive, là physionomie rebutante ; ils crachotent à chaque instant, vomissent sans cesse des eschares ou des portions membraneuses putréfiées, d’une odeur infecte j résultat de l’exfoliation de l’œsophage et de l’estomac, dont elles ont quelquefois la forme. Dans quelques circonstances , ces matières sont entraînées par les selles. « La peau devient sèche, écailleuse, presque morte, et inerte comme dans la vieillesse. Les facultés physiques sont éteintes; les facultés morales sont quelquefois singulièrement dégénérées : il n’en reste, s’il est permis de parler ainsi, que le simulacre. Les ravages qui, dans l’ordre naturel, devraient être le résultat progressif de beaucoup d’années sont celui de quelques mois : tout, dans ces sujets, offre l’image d’une décrépitude accidentelle et prématurée. L’individu existe encore ; mais il n’est séparé que par un intervalle pour ainsi dire imperceptible de la mort, qui anticipe tous les jours , et s’approprie en détail une portion du domaine de la vie ^l). »

Après la mort de ces individus, on trouve le canal digestif réduit à une petitesse extrême : il pourrait être contenu dans le creux de la main. Les intestins ont le calibre du petit doigt : quelquefois ils égalent à peine la grosseur du tuyau d’une grosse plume à écrire. Leurs parois sont très épaisses; leur cavité, nulle ou presque nulle, ne contient qu’un peu de mucosités. Dans quelques circonstances, l’estomac adhère au diaphragme, au foie ou à la rate. Quelquefois ces adhérences sont simples ; mais, le plus souvent , les parois de ce viscère ont été désorganisées et exfoliées ; alors l’organe qui se trouve en contact avec l’estomac et adhère avec lui dans cette partie entièrement brûlée, lui sert de paroi, ou plutôt c’est sa membrane extérieure qui est collée

(1) Tarira, Dissertation inaugurale ^ p. 169.

contre cette lacune ou espèce de trou ; elle s’épaissit un peu, mais reste pourtant assez transparente pour que l’on puisse voir la couleur du tissu du viscère qu’elle recouvre. L’ouverture du pylore est tellement rétrécie , qu’il est quelquefois impossible d’y introduire un stylet. On voit à la face interne de l’estomae, dans le grand eul-de-sae, près du pylore et de l’orifice cardiaque, dans Fœsopbage, l’arrière-bouche et le pharynx, dqs plaques lisses et vermeilles ou des cicatrices produites par la régénératioa delà membrane muqueuse.

Observation Adam Péteur, âgé de quarante-six ans, était oeeapé, depuis vingt-huit ans:, à enduire la pOTcelaiae de bteme de, ptomfe. il ressentit la première colique naétalMque eu 11.6® fijt, traité et ^aéçi àla Qharité. Cinq mois après, il en eut une autre ; et- deÇ-Ui?, tqu^ le§, ans il m fut, atteint. Eu 4802, il éprouva des douleurs qui augnaentèrent graduellement. Il avait remarqué, depuis six semaines, que ses bras étaient plus pesans et plus faibles ; c’est aussi depuis ce temps que les coliques avaient diminué considérablement. Ce phénomène arriva en vingt-quatre bernes: le malade dit que, depuis.ce temps, la ooUqm lui était tombAe djUM fe?

Il entra à la Charité le 47 ventôse an xi (4803), et U offrait l’état sgivant:

Air dft vieillèsse, lenteur remarquable dans les réponses, céphalalgie légère, frisson passager, point de vomissement. Il éprouvait fort peu dé coliques; le ventre était un peu déprimé, et il n’y avait pas de constipation ; le pouls était plutôt rare que fréquent' ; les bras étaient encore un peu m(ââles; les muscles extenseurs des mains paralysés, ainsi que ceux de^ doigts, Son sommeil était assez bon ; il se promenait quelque teinps pèndupt lefour.

Le 4 S, il eut une attaque d’épilepsie (il avait déjà eu de çes attaques dèpuis son entrée à l’hospice) ; il perdait connaissance, avait des convulsions, écumaïtun peu; la langue 'était jaunâtre, un peu sèche et point amère (Hsane sudorifique, lavement purgatif des peintres, et anodin ; tiiériaqudf.

Le ^ &, point d’attaque, même état {eau de casse av.ec 40 centigrqmmés de tartre stibiè et 6-4 grammes de sel de Glaubej>, tisane svtAavifiqae,. laidement anodi», ialep).

Le 20, douleur dans les bras et dans les jambes.

Jusqu’au 4-3 germinal, ce malade s’est soutenu dans une alternative de santé, étant en général assez bien pour son état, mais se trouvant mieux certains jours que d’autres. Le mouvement revenait lentement; tes eoUques étaient sourdes et légères. Son traitement a consisté, pendant tout ce temps,, çn tisanes sudorifiques, rendqes quelquefois laxatives, lavemens anodins, potions antispasmodiques, extrait dé genièvre, thériaque, etc. U fut aussi purgé plusieurs fois. Le 27, il avait eu un accès épileptique.

Le 4 4 germinal, stupeur, mouvemens convulsifs à la face, toux sans expectoration, pouls faible, petit et fréquent; nuit pénible, rêvasseries lé-

gères (fetit-laît avec des tamarins, infusion de chicorée et de bourrache^ bols de camphre et de rdlré).

Le i5, prostration des forces, supination, soubresauts des tendons, œil éteint, pulvérulent ; peau sale, terreuse, imprégnée d’une chaleur sèche et âcre {même prescription).

■Le t6, prostration extrême, convulsions des musclés de la face, soubresautscontinuelsdes tendons, tremblotement universel, presque pas de eonnaissance, {ecai de casse ; du mste, même prescripUon).

Le 47, mêm^ étati ipaig débilité encgjce plus grande* H WQurut à trois heures du soir.

Ouverture du cadavre. Maigreur notable, peau terreuse, yeux pulvérutens. Les méninges étaient dans bêtat naturel ; le cerveau était fort sain ; les ventriwiés contenaient à peine une petite quantité de sérosité ; lé cœur quo^ue vide de eaülots, était dansil’état ordinaire;, les poumons, libres de toute adhérence, étaient un peu inégaux en volume. le gauehe était plus petit et sain, le droit plus volumineux, qn peu ferme, et gorgé d’un sang rouge brun ; son poids spécifique était plus grand que celui de l’eau, puisqu’il se précipitait au fond. Le foie, la rate, le pancréas étaient sains; Tépiploon adhérait au péritoine, près du foie; f estomac et les intestins dans l’état naturel, n’offrant aucune tache rouge, et contenant des matières alvines liquides et très peu abQndantes ; le colon était assez; étroit, mais peu diffiçUq à dilater; les muscles d’un rouge assez foncé, lég,èreine,pt poisseux;, les os fragiles (Mérat, Dissertation inaugurale^ page 45.7),

Phénomènes qui peuvent faire soupçonner que le poison ingéré appartient à lu elasse des irritans^. Les substances vénéneuses irritantes, déterminafit presque toujours une vive inflammation de l’estomac et des intestins, occasionnent la plupart des symptômes qui earactérisent cette affection, tels que des douiews vives à l’épigastre et dans quelques autres parties de l’abdomen, des nausées, des vomissemens violens, quelquefoissangainolens, des d^ectiens alvines, etc. Indépend'amment de ces symptômes, les malades se plaignent d’avoip ressenti une saveur âcre, ebaude, brûlante; ils éprouvent une constrietion à la gorge, et une grande sécheresse dans la boitebe et dans l’oesophage. Rarement observe-t-on dea vertiges ou la paralysie des membres abdominaux, à moins que ce ne soit vers la fin de lu maladie, et lorsque la dose du pofeon émplayé a été très considérable.

Phénomènes qui peuvent fadre soupçonner que le poison ingéré appartient à la classe des narcotiques. La plupart de ces poisons déterminent d’abord des vertiges, l’affaiblissement et

même la paralysie des membres abdominaux, la dilatation ou la contraction de la pupille, la stupeur, quelquefois le coma, enfin, des mottvemens convulsifs légers ou forts. Les malades ne se plaignent point d’avoir éprouvé une saveur caustique; la bouche, le pharynx et l’œsophage ne paraissent être le siège d’aucune altération : lesvomissemens et les déjections alvines, lorsqu’ils ont lieu (ce qui est assez rare), sont loin d’être aussi opiniâtres que dans l’empoisonnement par les substances irritantes; la douleur développée par ces poisons n’a jamais lieu peu de temps après leur ingestion ; elle est ordinairement légère; quelquefois cependant elle est excessivement aiguë; mais alors, loin d’avoir exclusivement son siège dans l’abdomen, elle se fait sentir dans diSerentes parties du corps.

Phénomènes qui 'peuvent faire soupçonner que le poison ingéré appartient à la classe des narcotico-âcres. Les poisons narcotico-âcres peuvent être rangés en deux groupes par | rapport à leurs effets : les uns, comme le camphre, la coque du Levant, la picrotoxine, la strychnine, la noix vomique, la brucine et l’écorce qui la fournit, etc., donnent lieu à des accidens nerveux ordinairement fort graves, qui cessent tout-à-coup pour reparaître quelque temps après, La durée des accès et des intervalles lucides peut varier à l’infini. Pendant l’attaque, les membres se raidissent et sont agités en tous sens par des mouvemens convulsifs effrayans ; les yeux sont saillan?, hors des orbites, le thorax immobile, ce qui amène la suspension de la respiration; la langue, les gencives et la bouche sont livides comme dans l’asphyxie^ la lésion des facultés intellectuelles n’est point constante; le vomissement est fort rare; le malade éprouve une saveur amère insupportable. Les poisons rangés dans l’autre groupe agissent, comme les narcotiques, d’une manière continue, c’est-à-dire que l’on n’observe aucune intermittence dans les symptômes qu’ils déterminent : ces symptômes ressemblent en partie à ceux que produisent les poisons narcotiques, excepté qu’ils sont précédés, dans la plupart des cas, de plusieurs phéno- , mènes qui indiquent une vive excitation..

Altérations de tissu -produites par les substances vénéneuses, et que Von constate après la mort.

A l’ouverture des cadavres d’individus dont la mort doit être attribuée à l’action d’un poison, on découvre quelques-unes des altérations suivantes : la bouche, le pharynx, l’œsophage, l’estomac et le canal intestinal sont le siège d’une inflammation plus ou moins intense; tantôt la membrane muqueuse seule offre dans toute son étendue pu dans quelques-unes de ses parties une couleur rouge de feu : tantôt cette couleur est d’un rouge cerise ou d’un rouge noir : dans ce cas, presque toujours les autres tuniques qui composent le canal digestif participent à l’inflammation, et l’on découvre une quantité plus ou moins considérable d’ecchymoses circulaires ou longitudinales, formées par du sang noir extravasé entre les membranes ou dans le chorion de la tunique muqueuse ; quelquefois on remarque de véritables eschares, des ulcères qui peuvent intéresser toutes les membranes : alors il y a perforation , et les bords de la partie perforée peuvent offrir une couleur jaune, verte ou rouge; dans certaines circonstances , les tissus sont épaissis ; dans d’autres , ils sont ramollis et comme réduits en bouillie; dont la couleur diffère; en sorte que la membrane muqueuse se détache facilement de la tunique musculeuse. Quelquefois, au lieu de la rougeur générale dont j’ai parlé , le canal digestif présente des altérations d’un autre genre : la bouche, l’œsophage, la couronne des dents, la membrane interne de l’estomac , du duodénum et du jéjunum offrent une teinte blanchâtre , grisâtre , et le plus souvent jaunâtre; il est des cas où l’on remarque çâ et là sur le canal digestif les nuances dont je parle; tandis que les autres parties de ce canal sont d’une couleur rouge plus ou moins vive, ou ne s’éloignent point de l’état naturel. Dans certaines circonstances, la bouche, le pharynx, l’œsophage, l’estomac et les intestins ne présentent aucune aitéraiion. On observe quelquefois une consiriction marquée des intestins.

Les poumons peuvent offrir une couleur violette ou d’un rouge foncé : alors leur tissu est serré, dense, gorgé de sang et moins iîrépitant , ce que l’on doit attribuer tantôt à l’action qu’exerce la substance vénéneuse sur ces organes, tantôt à des efforts répétés et infructueux de vomissement. Les diverses cavités du -cœur sont plus ou moins distendues par du sang rouge ou noir, fluide ou coagulé, suivant l’époque où l’on fait l’ouverture du corps ; la membrane qui revêt la face interne des ventricules du cœur et des oreillettes , les pelotons graisseux qui se trouvent dans ces cavités , sont quelquefois enflammés , scarifiés ou ulcérés. La membrane interne de la vessie présente, dans certains cas, des traces manifestes d’inflammation.

On trouve quelquefois les vaisseaux veineux qui rampent à la surface du cerveau et des méninges gorgés de sang noir ; dans certaines circonstances, le cerveau, le foie, les muscles et plusieurs autres organes offrent une teinte verdâtre. Enfin, il est des cas où la peau se recouvre de taches noires, comme gangrér neuses.

Après avoir indiqué les altérations de tissu que produisent le plus ordinairement les poisons des diverses classes, je ferai remarquer , 1“ qu’il n’arrive jamais que l’on observe sur le même individu l’ensernble des lésions dont je viens de parler ; 2“ que tel poison qui aurait déterminé une vive inflammation d’un ou de plusieurs organes , s’il avait agi pendant quelques heures, se bornera quelquefois à exciter une légère rougeur, et même pourra ne point altérer les tissus , parce que la mort de rindividu aura suivi de près son ingestion ; 3° que dans certaines circonstances, et par des causes qui nous sont inconnues, des substances vénéneuses qui auraient dû occasionner une inflammation plus ou moins intense des tissus du canal digestif, ne l’ont point déterminée : c’est ainsi que dans le fait rapporté par Chaussier, et dont j’ai fait mention à la page 327, il fut impossible de découvrir la plus, légère apparence d’érosion ou de phiogose dans le canal digestif. Etmuller rapporte qu’une jeune, fille mourut plusieurs heures après avoir pris, de l’arsenic, et qu’il fut impossible de découvrir la moindre trace d’inflammation dans i’éstomac et dans les intestins ; la peau seule avait une teinte livide

et bleuâtre : cependant l’arsenic fut trouvé dans le canal digestif (F. page 328).

Il ne sera pas inutile, avant de quitter ce sujet, de faire remarquer que les cadavres éprouvent des changemens très remarquables à mesure qu’ils se pourrissent , et que le médecin doit toujours éviter d’attribuer à l’action d’un poison ce qui est simplement l’effet de la putréfaction. J’ai indiqué ailleurs, en parlant de la mortf les principales altérations qui sont le résultat de la décomposition putride Mort).

Lésions de tissu tendantes à établir que Vem-poisonnement a été déterminé -par une substance irritante. S’il est démontré que, dans certaines circonstances, les poisons irritans ont occasionné la mort sans laisser sur les organes avec lesquels ils avaient été mis en contact la moindre trace de leur action, il est également vrai qu’ils développent presque toujours une phlogose, ordinairement très intense des parties qu’ils touchent : cette inflammation produit dans les tissus une altération dont le degré varie, et que j’ai fait connaître en détail {V. p. 75).

Lésions de tissu produites par les substances narcotiques. Je nè pense pas, comme la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce sujet, qu’il soit possible de déterminer à l’inspection du cadavre que la mort est le résultat de l’empoisonnement par une substance narcotique ; en effet, les poisons de cette classe n’enflamment pas en général les tissus avec lesquels on les met en contact (JF. page 622); et si dans quelques circonstances on a observé la phlogose du canal digestif à la suite de l’empoisonnement par les narcotiques, cette altération dépendait probablement des liquides irritans que l’on avait administrés pour faire vomir ou pour s’opposer aux effets du poison. La liquidité du sang, la flexibilité des membres, la promptitude avec laquelle le cadavre se putréfie, l’apparition de plaques rouges, violettes, etc., à la peau, l’eutr’ouvrement des yeux, la distension de l’estomac et des intestins, etc., sont autant de caractères que l’on a indiqués comme étant propres à faire distinguer l’empoisonnement par les narcotiques ; mais quelques-uns de ces caractères sont loin d’être constans, et il en est d’autres que l’on observe également dans l’em-

poisonnemeni produit par les substances irritantes et narcoticoâcres.

En général, les poumons des individus qui ont succombé à l’empoisonnement par les narcotiques offrent des taches livides et même noires; leur tissu est plus dense et moins crépitant; mais on retrouve souvent cette altération dans l’empoisonnement par les narcotico-âcres et par les irritans.

Lésions- de tissuproduites-par les poisons narcotico-âcres. Parmi les substances vénéneuses de cette classe, il en est un certain nombre qui, en général, n’enflamment point les tissus avec lesquels on les met en contact; la mort qu’elles occasionnent est précédée d’un ou de plusieurs accès que l’on pourrait appeler tétaniques, et à l’ouverture du cadavre on découvre des altérations semblables à celles que produit l’asphyxie par défaut d’air. Il en est d’autres qui, à l’instar des poisons irritans, déterminent le plus souvent une inflammation plus ou moins vive, l’ulcération ou la gangrène des parties sur lesquelles on les a appliquées : toutefois, les symptômes qui ont précédé la mort peuvent servir, dans beaucoup de cas, à faire présumer que l’inflammation est plutôt le résultat de l’action d’un poison irritantqued’unnarcolico-âcre.

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