‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiquesChapitre 14 sur 55 · BAPPORT DANS UNE ACCUSATION DE FRATRICIDE, PAR DUPUYTREN ET BRESCHET · texte numérisé non relu

BAPPORT DANS UNE ACCUSATION DE FRATRICIDE, PAR DUPUYTREN ET BRESCHET

Le 8 novembre 1 81 4, Auguste Dautun fut assassiné par son frère Charles. Le lendemain, des mariniers trouvèrent , dans la Seine, une tête humaine enveloppée dans un torchon, marqué A. D. ; les autres débris de la victime, deux cuisses et deux jambes, furent découverts le même jour près des fossés de la place Louis XV. Il s’agissait de constater que l’individu assassiné était Auguste Dautun ; et comme ilétaitboiteux,ï\{?Moxi surtout s’attacher à démontrer qu’il avait une jambe plus courte que l’autre. Je vais extraire de ce rapport la partie relative à la question d’identité.« Le 15 novembre, on nous a présenté, disent les experts, les parties du corps d’un homme âgé de trente-six à quarante ans, de la taille d’environ 5 pieds, ayant la tête chauve, les cheveux châtains, les poils des favoris blonds et rares, une verrue à la lèvre supérieure près de la commissure droite, plusieurs dents de moins et depuis long-temps à la mâchoire supérieure, et à l’inférieure du côté droit, la barbe faite depuis vingt-quatre heures à-peu-près, une cicatrice linéaire et longitudinale sur le côté externe du poignet droit, le second orteil du pied du même côté placé sur le gros orteil, la peau de tout le corps blanche, fine et glabre, excepté sur les jambes. — Les têtes des fémurs étaient rapetissées; elles ^ étaient raboteuses, inégales, dépouillées çà et là de cartilagé, non par l’effet d’une.section récente, mais par celui d’une maladie ancienne et guérie depuis longtemps. La tête du fémur du côté gauche était plus petite que celle du côté droit : celle-ci était aplatie d’un côté à l’autre. Le col des fémurs était raccourci des deux côtés; le droit offrait en avant une végétation osseuse encroûtée de cartilage. Les ligamens qui environnent l’articulation étaient déformés, gonflés et plus fortement adhérens aux parties molles voisines que dans l’état ordinaire. Les cavités des os des îles étaient oblitérées des deux côtés. A la place de la cavité cotyloïde du côté droit, il existait une végétation moitié osseuse, moitié fibro-cartilagineuse, au centre de laquelle s’implantait encore le ligament rond. La tête du fémur de ce côté était reçue dans une cavité accidentelle située au-dessus et en arrière de la cavité naturelle, et pourvue de cartilages et de ligamens nouveaux. La cavité cotyloïde du côté gauche était presque entièrement effacée , et la cavité nouvelle, que la tête du fémur s’était formée, était située plus haut, plus en arrière, et semblait moins bien organisée que du côté droit. »

Cet examen conduisit Dupuytren et Breschet à conclure, \ “ que l’homme qui faisait le sujet de l’observation avait du avoir dans son enfance une ma-ladie des deux articulations des cuisses avecle bassin ; 2° que ces maladies, quoique anciennes et guéries, avaient dû laisser dans la conformation des hanches et du bassin une difformité remarquable ; et dans les mouvemens de prc^ession de l’individu, des difficultés, des obstacles, probablement une claudication, certainement un balancement 'pénible et désagréable du corps sur les membres inférieurs. Une comparaison exacte des deux membres faite sous le rapport de leur longueur, et une comparaison de la plante des pieds sous le rapport de la fatigue qu’elle a dû éprouver sur chacun des pieds, portent à croire que le membre inférieur du côté droit était un peu plus court que celui du côté gauche, et que le corps, au lieu de prendreson appui sur toute la longueur de la plante du pied droit, ne portait que sur les têtes des os du métatarse; en d’autres termes, que le membre inférieur droit était plus court, et que la pointe du pied du même côté portait presque seule sur le soi dansla marche. {Annales d'hygiène et de médecine légale, juillet < 829.)

DEUXIÈME RAPPORT DANS UNE ACCUSATION DE FRATRICIDE, PAR LAURENT, MM, NOBLE ET VITRT.

Le 4®*' août 4828, Laurent, MM. Noble et Vitry furent requis par M. le juge d’instruction pour procéder à l’exhumation et à l’examen d’os trouvés enfouis dans une cave, et pour reconnaître, 4® si ces os appartenaient à l’espèce humaine , et en cas d’affirmative, si c’étaient ceux d’un homme ou d’une femme ; 2° quelle était la taille de l’individu, son âge, etc. ? Ces os avaient été trouvés dans une cave le 4 2 juillet 4 828, et, suivant toute apparence, le cadavre avait été inhumé dans le courant d’août 4 825. Il fut établi par les débats que Louis-Michel Guérin avait assassiné son îrère Nicolas-Joseph Guérin , lequel boitait légèrement, et fumait toujours avec une pipe de terre, et qu’il l’avait enterré dans un coin de la cave. Voici les détails de cette affaire, qui se rapportent à la question d’identité , et qui . étaient bien propres à la résoudre ;

« La colonne vertébrale est complète ; le corps de la cinquième vertèbre lombaire, déprimé et moins épais a droite, semble indiquer qu’à une époque que nous ne pouvons pas préciser, cet os a subi une espèce d’altération commune dans le rachitisme. Le bassin, dont le détroit supérieur est môi^ large à gauche qu’à droite, présente tous les caractères qui appartiennent au bassin de l’homme. Les deux tibias offrent dans leur tiers supérieur une courbure remarquable, mais bien plus forte au tibia gauche qu’au droit; les péronés sont aussi le siège du même vice de conformation* il en résulte que la jambe gauche est de 6 lignes plus courte que la jambe droite. La clavicale gauche est de i lignes plus courte que la droite, ainsi que l'humérus du même côté.

« Les os ont acquis iqut le développement qu'ils présentent dans Vâge

aéMtie, Leore émiBrences d’insdrlion ei^leurs courÊUMs nâterelifâseatforterneat prononcées! tontes les épiphyses sont enfièremeae soudées ; les satures sont bien apparentes, et leurs engrenur^’ ont peu de profondeur; l’oecipitai est entièrement soudé au corps du sphénoïde-, et les traces d’union des os de la face entre eux- sont encore très distinctes.

a II existe seize dents à la mâchoire àipérieuFeÆes^ deux derttsde sa^sse sont au niveau de leurs alvéoles, etdevaient encore être- recouvertes par la gencive. Les deux incisives offrent, conjointement avec lés canines qm leur sont contiguës, une perte de substance de forme deani-cireulaire, (pi nous semble avoir été produite par le frotlementlmgr-temps continue Sxm corps dur et cylindrique, que nous pensons devoir être-un tu/yau’ depipe deterre. La mâchoire inférieure présente encore-trois dents incisives assez grêles : deux sont intactes ; celle qui avoisine la canine gauche est plus mince que les autres; la couronne est presque détruite* parun point de carie, apparent seulement en arrière, mais qui a diminué son- niveau de piasdfone demi-ligne ; cm ne retrouve dans Ifos^ aucune trefôe de la quatrième. Deux canines très fortes chevauchent sur les dernière' mcisiveis, et forment une saillie assez considérable (1). Entre ces dernières dents et les petites molaires, se trouve une échancrure qui complète l’ouverture circulaire qui recevait le tuyau de pipe de terre dont nous avons parlé ; la seconde petite molaire gauche, détruite en -parfe par la carie, laisse entre elle et la grosse molaire une échancrure -assez considérable-. La xième grosse molaire gauche a été extraite. La dent- d©--sagesse droite est entièrement sortie ; la gauche est dans son alvéole.

Ces faits portèrent les experts à conclure, qoe le squeietfeapparte^ Hait à l’espèce humaine ; qu’il était du -sexe mascoli» ,'.3o- que sa taille était d’environ 5 pieds ; 4» que d’après l’état avancé (te di’ossification, il avait dépassé vingt-cinq ans , mais (pie l’on pouvait présumer qu; il n-’avait pas att eint cinquante ans, d’après les caractères tes suturés et surtout des dents ! 5° qu’à raison de la couleur des cheveux et. des poils, de. la conformation des üs du bassin, de la dépression delà cinquième Tertèbre lombaire, de la courbure des os des deux jambes,^ et. plus particulièrement de ceux de la gauche, l’individu avait été rachitique dans son enfance, et qu’il devait sinon boiter, du moins feindre de l’extrémité inférieure gauche» {Annales d'h-ygiène et demédecine légale , juillet 4829).

(1) €ette particularité dans la disposition des dents fiit signalée à l’audience par un témoin qui, choqué de celte espèce de difformité, avait conseillé à Nic(das Guérin de se faire arracher celte dent. La mâchoire lui ayant été présentée à l’audience, il reconnut parfaitement les dispositions qu’il venait de signaler.

RAypgHT SGK t’ AFFAIRE DE DA VEEVE HOUEr, DONT DE CADATBE FUT gCTTTMÉ ONZE ANS AÉRÉS LA HCHIT, BAR MM, HAMC, BOTS DE LOUBET ET OBFILA.

La vea??e Honet fnt étran^ée et enterrée dans un jardin d’one maison dfi la ruedeVaugirard. Plusieurs. cireonstances ayant conduit leminist^e public à soupçonner que les nonnnés BasÜ^n et Robert étaient les auteurs du meurtre, des fouilles furent faites en leur présence le 26 mars 4^3, c’est-à-dire onse ans après la mort. Le' docteur Boys de Loury, commis pour sesister à cette opération, parvint, après des recherches minutieuses, à faire extraire de terre presque tous; les os d’un squelette humain, qui dès le lendemain furent soumis à notre examen. Parmi les questions que nous étions chargés de résoudre, une des plus importantes était, sans contredit, celle qui avait pour objet de constater V identité j aussi le procureur' du roi demandait-il, 4° si les ossemens tromvés appartenaient à un même corps humain et le composaient en entier ; 2® qnel était le sexe de ia^ personne ; 3° quels pouvaient être son âge et sa taille ; 4° quelle était la longueur et la couleur des cheveux, la dimension du cou et des mains ; quel était l’état des dents, la conformation, générale : 6? quelle était la positmwete îa c&rde trouvée autour des os qui forme la partie inférieure du cou, et dans le cas où cette corde serait disposée de manière à- a^oir pu occasionnêr la mort, quels pouvaient être les indices propres à déterminer le genre de mort ; 6“ s’il existait des traces d’empoisonnement; 7° quelle pouvait être la quantité et la nature de la substance paraissant être de la chaux, et formant une sorte de voûte, sous laquelle étaient placés les os ; pendant combien de temps le cadavre paraissait avoir s^oürné dans la terre; 9“ quel temps est nécessaire pour qu’une corde qui a environ la grosseur d’un tuyau de plume, pourrisse dans'l’eau et dans la terre, à une profondeur de plusieurs pieds ; i Oo Si parmi les débris recueillis il y avait des parcellés de vête-, mens, et quel temps était nécessaire pour qu’elles fussent détruites lorsqu’elles étaient enterrées à plusieurs -pieds, et qu’elles avaient été soumises à l’action de la chaux !

Première question. Les ossemens trouvés appartiennent-ils à un même corps humain, at le composent-ils tout entier? Après avoir désigné les os qui ne furent pas retrouvés , nous étaWhnes que la forme du crâne, celle des os des membres, leurs dimensions, etc., ne nous permettaient pas de douter que ces os n’appartinssent à un individu de l’espèce humaine, et ne constituassent un squelette tout entier, moins un très petit nonibre de pièces que l’on n’avait pu retrouver. Ces pièces étaient la première vertèbre lombaire, le scaphoïde du carpe droit, les unguéales des premier, deuxième, troisième et quatrième doigts, ainsi que les première et deuxième ^alanges du cinquième doigt de la main droite ; le trapèze,' le grand es, l’unciforme, la troisième phalange du pouce, et les unguéales des deu-

sième, troisième et quatrième doigts de la main gauche ; au pied droit , la première phalange do gros orteil, les deuxième et troisième des quatre derniers orteils : au pied gauche, trois secondes phalanges, les quatre dernières phalanges et les deux sésamoïdes. Il est inutile de dire que pour arriver à la solution précitée, nous étendîmes les os sur une table, et nous nous assurâmes, en les mettant en rapport les uns avec les autres, par les faces qui se convenaient le mieux, qu’ effectivement nous obtenions un squelette humain dont les os appartenaient à un même individu.

Deuxième question. Quel est le sexe de la personne? Les os sont petits, grêles; ceux des membres n’ont pas été contournés par l’action musculaire; l’insertion des muscles n’a laissé que de faibles empreintes. Le crâne est petit, allongé d’avant en arrière; les clavicules son t-peti tes et peu courbées; les os des îles sont largement évasés; l’excavation du bassin est peu profonde ; laface antérieure du sacrum est très concave ; les trous sous-pubiens sont triangulaires, les cavités cotyloïdes écartées l’une, de l’autre ; enfin, le détroit supérieur du bassin présente exactement les diamètres les plus ordinaires d’un bassin de femme bien conformé. Ces caractères nous portèrent à conclure que le squelette soumis à notre examen était celui d’une femme.

Tromeme ques/ion. Quels pouvaient être son âge et sa taille?— J gfe. Les sutures sagi taie et lambdoïde sont encore apparentes ; cependant le rapprochement des os est aussi complet que possible, surtout à la suture sagitale. Les dents sont blanches, mais leurs couronnes sont usées aux deux mâchoires ; l’émail est presque 'entièrement détruit à la face interne des incisives et des canines de la mâchoire supérieure; la face antérieure des incisives et des canines de la mâchoire inférieure est usée en biseau par le frottement des dents supérieures; les petites molaires et les secondes grosses molaires le sont également. Le corps de plusieurs, vertèbres du dos présente à la partie antérieure un affaissement qui n’a pas lieu avant un âge assez avancé. Les cornes de l’os hyoïde sont soudées au corps de l’os, ce qui n’arrive pas avant l’âge mûr; enfin, dans la terre qui enveloppe le crâne on a retrouvé quelques cheveux blancs. Si, d’une part, nous découvrons dans ce squelette des caractères qui appartiennent à l’adulte , si même nous en voyons qui dénotent un âge assez avancé, nous n’en trouvons aucun qui marque la décrépitude ; en effet, point de diminution d’épaisseur des os plats par l’absence du diploé, point de déviation, d’affaissement considérable dans l’ensemble de là colonne vertébrale, point de suture entre les os, pas même de ceux du tarse. Nous pensons, en conséquence, sans pouvoir pourtant l’assurer, que ce squelette a appartenu à une femme âgée de soixante à soixante-dix ans. — Taille. Après avoir mesuré séparément tous les os des membres, et avoir consulté les tableaux dressés par l’un de nous (M. Orfila), dans son traité des Exhumations juiidiques (F.p. 405), nous avons conclu que la taille devait être, du vertes au calcanéum, de 4 pieds 7 pouces (4 mètre 5i cent.), mesure qui s’est

reproduite exactement lorsque les osdu squelette out été assemblés et unis. Si maintenant, avons-nous ajouté, on comprend l’épaiæeur des parties molles, la taille du sujet ne devait pas excéder quatre pieds huit pouces et demi. Telle était effectivement la taille de la veuve Houet.

Quatrième question. Quelle était la couleur et la longueur des cheveux, la dimension du cou et des méiins, quel était l’état des dents, la conformation générale; à quels signes, en un mot, pourrait-on reconnaître l’identité du sujet? La tête a une forme oblongue d’avant en arrière ; comparée au squelette, elle est d’une grosseur moyenne, elle pouvait dans l’étal de vie, paraître petite si la personne avait de l’embonpoint.

Dans la terre qui enveloppait le crâne, ont été trouvés des cheveux d’une longueur variable de 6 à 15 lignes, mais en trop petite quantité pour nous permettre d’en bien apprécier la nuance qui a pu être altérée par leur séjour dans la terre ; cependant nous avons cru reconnaître que ces cheveux devaient être blancs et roux du vivant de la personne.

A la mâchoire supérieure, les deuxième et troisième grosses molaires du côté droit paraissent manquer depuis long-temps, car leurs alvéoles sont refermées ; il en est de même de la troisième grosse molaire gauche : la deuxième petite molaire gauche manque; la deuxième incisive du côté gauche a été cariée et s’est fracturée.

La seconde petite molaire droite de la mâchoire inférieure est tombée ainsi que la seconde grosse molaire. La première môlaire gauche manque ; son alvéole est élargie; cette dent doit manquer depuis long-temps, car la canine et la seconde petite molaire de ce côté se sont rapprochées.

L’émail des dents de devant de la mâchoire supérieure est usé en dedans, la face antérieure des incisives et des canines de la mâchoire inférieure est aussi usée, les tubercules des molaires le sont également.

Les incisives supérieures sont larges, longues, prédominent en avant et devaient entièrement recouvrir les dents inférieures ; les premières sont blanches et sans tartre, les canines sont grandes, dépassent les incisives et sont très pointues.

L’émail des incisives inférieures est fort usé; ces dents sont longues.

Il existe du tartre à la couronne des dents, -principalement de celles d'en bas ; ce tartre paraît avoir détruit le bord alvéolaire de l’os maxillaire inférieur, surtout au-devant des canines et des petites molaires : ainsi les dents devaient être déchaussées, longues et cou v'ertes detarfre. Ces dents, au reste, étaient en bon état, devaient tenir dans leurs alvéoles et pouvaient servir à casser les croûtes de pain.

La cavité du thorax est étroite , cependant l’embonpoint aurait pu empêcher d’apprécier l’étroitesse de cette région.

Les corps des fémurs sont courbés en-dedans, ceux des tibias en-dehors, ce qui ferait présumer que la personne était cagneuse.

Les mains, d’après les os qui restent, étaient petites, les ongles en étaient bien faits et indiquaient une main inexercée aux travaux pénibles. Une hor^ I. ’>

gr«e en- &r facettes a- été trouvée dcms' la, fosse j son diamètre démontre qu’&lle ne powait être- passée qu'à nn doigt délicat.

Le pied est fort petit.

Nous avons cLerebé su'r les os, des traces de lésion ancienne ou de fractores, il n’en existe pas; d’où il- suit que la démarche a dû' être assurée et régulière, à moins qu’accidentelleffient une douleur rhumatismale ou une autre cause n’ait déterminé une claudication momentanée.

Cinquième question. Quelle était la position de la corde trouvée autour des os qui forment la partie inférieure du cou, et dans lé cas où cette corde serait disposée de manière à avoir pu occasionner la mort, quels pouvaient être les indices- propres à déterminer le genre de mort? Les troisième, quatrième, cinquième et sixième vertèbres du cou nous sont présentées entourées d’une corde qui retient encore des parties molles. Cette corde, de 2 à 3 lignes de diamètre, forme six tours superposés et affectant une direction presque horizontale. Il y a en effét une légère obliquité de haut en bas et d’avant en arrière; le nœud de la corde ne se retrouve pas, il est tombé endétritus^; il paraît avoir existé en arrière età droite, lesbrins de corde étant entiers en avant ; le diamètre des tours de la corde est d’environ 3 pouces; nous n’en prenons pas la mesure exacte, cette pièce ■devant être produite aux débats.

La position de la corde établit clairement que la personne a été étranglée sans suspension : car, dans ce dernier cas, l’obliquité serait de bas en haut et d’avant en arrière, ou horizontalement, ce qui arrive beaucoup plus rarement.

Sixième question. Existe- t-il des traces d’empoisonnement? Après les recherches les plus minutieuses, nous conclûmes' avec MM. Bârruel et Chevallier, qui nous avaient été adjoints pour l’expertise chimique, qu’il avait été impossible de déceler la moindre trace de poison.

Septième question. Quelle pouvaitétre la quantité et la nature de là substance paraissant être delà chaux, et formant une sorte de voûte sous laquelle étaient placés les os? Ces os furent trouvés au-dessous d’une voûte d’un pied et demi de hauteur; qui était elle-même recouverte d’environ 2 pieds de terre. Cette voûte analysée fournit beaucoup de chaux en partie à l’état caustique, mais surtout à l’état de carbonate, de l’acide silicique, de l’alumine etde l’oxyde de fer; c’est ce qu’on appelle vulgairement de la chaux hydraulique. Il y en avait environ une demi-mesure, ou 0,30 hectolitres.

Huitième question. Pendant combien de temps le cadavre paraissait avoir séjourné dans la terre? Les os ont acquis généralement une couleur jaunâtre brune, l’extrémité des os longs avait une couleur rouge violacée au moment où on les a retirés de la terre ; cette couleur s’est ternie par la dessiccation. Il n’y a plus de traces de périoste, il en reste à peine de cartilages articulaires.

, Le côté gauche du crâne, côté qui l'eposait au fond de la fosse, est ra-

bmQî iferns l’éleiiéue ée tcratte parâétaà. Ge ramoUi^ment cst porté .au poiat<|u’üBepression4fe€re enfonce le pariétal, et que- les fragtnens tombent en pouæière. Le ramollissement est moins avancé sur les parties des oS'loHgs qoi ont séjoamé au fond de là fosse.

La tête est entièrement privée de parties molles ; l’orbite droit et las fosses nasales- sont remplis de terre mêlée de détritus organique. On ne retrouve que quelques parties de peau, tellement brune, altérée et mélangée deterre, qn’iî est difficile- de la reconnaître au premier abord, et qu’ila fallu recourir au' lavage pour en constater les caractères.

Les mnscles de la poitrine, ceux de la colonne vertébrale, quelques-uns de la cuisse et de la fesso droites ont été transformés en masses noirâtres, brunes ou verdâtres, dans lesquelles on- ne trouve aucune forme, aucune texture ; quelques parties, cependant, se séparent en feuillets d’un brun foncé, retenus par des filamens ou des cellules. D’autres parties sont transformées en masses noirâtres, grasses au toucher, et comme savonneuses. Derrière le sternum, on trouve quelques masses brunes, spongieuses, légères, ainsi que des membranes de même couleur.

Les- côtes droites, qui étaient retenues ensemble par un reste de détritus organique, présentent, à leur face interne une surface lisse; laplèvro paraîtrait avoir résisté à la fonte générale.

Les viscères de l’abdomen ne constituent plus qu’une masse homogène d’un noir verdâtre, de consistance tenant le-milieu entre celle du cambouis et celle de la poix, contenue dans le bassin et réduite en un petit volume.

Le cerveau ne remplît pas la huitième partie de la boîte osseuse, il a une couleur d’un gris verdâtre ; sa consistance-est celle de la cire à sceller; on ne reconnaît rien de sa texture.

H est resté quelques débris d’aponévroses et dé tendons aux articulations scapulo-humérale et coxo-fémorale du côté droit ; séparés des parties qui les entourent, ils ont encore une apparence nacrée; au sternum sont attachés les cartilages costaux desséchés.

En thèse générale, beaucoup de circonstances dépendantes de la nature du terrain, de l’état nu eu enveloppé dans lequel un cadavre est inhumé, de la profondeur delà fosse, du temps qui- s’est écoulé depuis la mort jusqu’à l’inhumation, de la température au moment delà mort, accélèrent ou retardent la dissolution putride. Or^ si dans le cas- particulier on considère que le terrain était sablonneux, et par conséquent peu propre à hâter la putréfaction, que le cadawe était entouré d’une voûte de chaux qui, en empêchant l’action de l’air et de l’humidité, devait agir dans le même sens, il nous paraît vraisemblable que le séjour du cadavre dans la terre ait pu être de huit à douze ans. D’ailleurs, l’existence d’une quantité notable d’azotate de chaux dans les détritus organiques noirâtres ou brunâtres qui furent retrouvés, ainsi que dans les terres environnantes, donne une explication suffisante de la conservation de quelques tissus ).

(1) Je ne saurais assez appeler l’attention du lecteur sur la conservation dè quelqu^

Neavième question. Quel temps est nécessairé pour qu’une corde qui a enTiron la grosseur d’un tuyau de plume, pourrisse dans l’eau et dans la terre à une profondeur de plusieuis pieds? Les recherches que nous avons faites ne nous permettent pas de préciser quel est le temps nécessaire pour qu’une corde pourrisse dans l’eau ou dans la terre ; en effet, l’altération d’une corde peut dépendre de la force et de la bonne qualité du chanvre employé, de la torsion qui lui a été donnée, de son contact avec telle ou telle substance, enfin de la présence ou de l’absence de l’humidité. L’un de nous a cependant reconnu qu’une petite corde, dite fouet, qui par hasard était restée enfouie dans de la terre cultivable pendant cinq ans, avait encore assez de force lorsqu’on la retrouva; mais elle perdit bientôt celte force par suite de son exposition à l’air libre. Parent-Duchâtelet a recueilli, lors des fondations de l’église Bonne-Nouvelle, un morceau de corde de la grosseur du doigt, qui était enfoui depuis quatre à cinq cents ans. Les rapporteurs ont reconnu dans l’étahlissement Belloni (ancienne voirie de la barrière des Fourneaux) des débris de toute nature, cordes, cuirs, etc. L’altération d’une corde qui aurait été en contact avec l’eau pourrait dépendre d’un assez grand non^re de causes, pour qu il ne nous soit pas permis de nous prononcer sur la question qui nous est posee ; il est cependant utile de faire observer que la corde dc«rfci,te agit ici. de même que le reste des tissus animaux, était imprégij^^ azotate de chaux, sel très soluble qui s’oppose à la décompositiog^^fiqi^ H '

Dixième question. Si p^îp' il y avait des parcelles

de vêtement, et quel temœ^raitm^S^ss^fe^oar^dh^lles fussent détruites, lorsqu’elles étaient entl^es aÿgâ||^EreÆ^âeur5de plusieurs pieds, et qu’elles avaient été sounl^ à 1 ^’M«%(dé%’^chaux iLes débris du cadavre étaient formés de reste^i^tencfta^l’aponévrdsesi de cheveux, de poils, d’ongles, de peau 3uppoA|^l omb^êl ^up£.matiere d’un brun rougeâtre ressemblant à du sang co®^, ^=b*aÔesd un mprceau de toile qui se trouvait près des pieds, et d’url^^pÉ^S^àS^d^^uir. Il en est de la toile, comme de la corde ; il n’est pas'^iiii^ÛSSifeï^ans un cas que dans l’autre de déterminer positivement, ni même approximativement, combien il faut de temps pour détruire ces matières.

On «onnaît l’issue de cette cause célèbre. Bastien et Robert furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité, le jury ayant admis des circon-

tis$us du cada%Te de la veuve Houet ; en effet, dans la plupart des cas il sufBt de quelques années (deux, trois ou quatre au plus), pour qu’il ne reste plus de traces cles parties molles dans les cavités thoracique et abdominale ; ici au contraire , après une inhumation de onze années on découvre encore plusieurs débris de ces parties dont quelques-unes sont encore reconnaissables. Nul doute qu’il ne faille attribuer cette conservation à quelques circonstances accidentelles, telles que la nature sablonneuse du terrain, la présence d’une quantité considérable d’azotate de ( baux, et d’uue voûte calcaire composée de chaux hydraulique.

stances atténuantes {Annales d’hygiène et de médecine légale, numéro de janvier 4834).

Données propres à guider les gens de l’art daTis la solution des questions d’ identité. Les objets qui doivent fixer l’attention des médecins appelés à se prononcer sur des cas de ce genre peuvent être réduits aux suivans : 1° l’âge de l’individu, quoiqu’il ne puisse souvent être, apprécié que d’une manière approximative; 2° la stature; 3° la tête, et notamment la configuration de ses os ; les cheveux quant au nombre et à la couleur; le front qui peut être saillant ou comprimé; les sourcils écartés ou se touchant par leurs extrémités internes ; les yeux grands, petits, saillans ou enfoncés ; le nez court, épaté, déprimé, large dans sa partie inférieure qui peut être relevée en haut , ou long , aquiiin , étroit dans sa partie inférieure qui se termine en pointe ; les lèvres grosses ou ,^ites, avec ou sans traces de cicatrice; les dents peu.nombreuses, mal rangées, petites ou offrant des caractères opposes ; la bouche large ou étroite; le menton uni ou à "fossette,, rond ou pointu; la barbe rare ou touffue ; le .v^ageàaœ^^a allonge ; 4° le cou gros et court, ou étroit et (üuneàongifeurVemarqufible ; 5° le thorax estil bien conformé, ou bièn;lâ-cu1oBïie e^ufiere est-elle déjetée; les épaules sont-elles hautes , upercoittoii enfin des traces de gibbosité antérieure , postermuro ou laféMle ; le sternum est-il aplati , enfoncé , ou %it-il ^ilhe- en^ ’ 1 ^PPendice soussternal (cartilage-xyphoi4e) pïesenlé^-^une forme qui s’éloigne de celle que l’on observe le plusr'communément ; la distance qui sépare les deux bases de l’omoplate est-elle grande ou petite ; 6® le bassin est-il large ou étroit ; T les membres et les mains sont-ils gros ou petits, rudes ou souples ; les doigts sont-ils courts ou longs en les comparant à la main, et entre eux; les genoux sont-ils en dedans ; les malléoles sont-elles plus saillantes qu’à l’ordinaire; les jambes et les pieds présentent-ils la même longueur d’un côté que de l’autre, offrent-ils quelque difformité ; 8° les organes génitaux ou quelques autres parties du corps sont-ils le siège de quelque vice de conformation ; 9° existe-t-il des taches de naissance à la peau : ces taches sont indélébiles, tandis que les verrues, ou autres tumeurs analogues peuvent

être détrnites par les caustique? d fl" les cicatrices succèdent à des brûlures, à des plaies, à l’ouverture spontanée de certaines tumeurs : ces marques ne s’effacent jamais et peuvent quelquefois, par leur siège, par leur forme, par leur direction , par leur étendue, etc., fournir des indices précieux; .11° les traces de fractures et de luxations.

L’ensemble de ces caractères peut servir quelquefois à résoudre la question qui m’occupe , tandis qu’il serait impossible d’j parvenir à l’aide d’une foule de signes mentioimés par certains auteurs, tels que la beauté ou la laideur, la maigreur ou l’embonpoint de l’individu, le changement de couleur des yeux et des cheveux, etc. ; on sait en effet que l’âge , les passions, les maladies, le climat que l’on habite, et le genre de nourriture que l’on prend modifient singulièrement ces caractères. Que penser aussi des inductions tirées de la physionomie, du témoignage des hommes, de la reconnaissance des parens, des nourrices, des amis, et même des titres, que l’on peut avoir falsifiés ! ! !

Parmi les caractères qui viennent d’être indiqués, il en est cinq sur lesquels je crois devoir insister d’une manière toute particulière, à raison de leur importance, savoir la stature, l’état des os et la conformation du squelette, fiétat des demis et des cheveux, les taches de naissance et les cicatrices.

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