DU SYSTÈME OSSEUX
Les caractères que peut fournir le système osseux pour résoudre les questions d’identité se rapportent à la déterminatidn de râge et du sexe.
Rapports des âges aree les dinerse^ périodes de V ossification. A partir de 4a naissance on remarque à deuw mois l’ossiôcâtîon du grand os du carpe, de l’os crochu etdu cuboïde. Quant au tubercule osseux de l’épiphyse inférieure du fémur, Ollivier (d’Angers) a fait des recherches relatives à son volume, au moment de la naissance et dans les premiers temps de la vie. En l’abserace d’autres documens , ce médecin' légiste a pu affirmer qu’un enfant avait du vivre plusieurs semainés , parce que ce hoyau osseux avait plus de S millimètres dans son plus grand diamètre. Voici id’ ailleurs le labieau qu’il a donné :
■Biam. Diamètre iransv. aiuéro-post.
Chez 7 enfens, nés avant terme, ayant vécu de 13 à26 jours. 6 milL 5 mill.
4 de huit mois, très grand et très fort . 48 40
4 de huit mois et demi. . . . . . 4 3 5
4 de neuf anois, trois jours (très fort) . . . .. . 43 42,
4 de dix mois, onze jours (très grêle) . . . . . 4 0 8
4 de onze mois . 43 43
4 de un an . 43 4 0
4 de un an, trois mois, vingt-et-iin jours (très'grêle). 4 3 40
Ollivier a présenté aussi un tableau, qui renferme les mæssres qu’il a prises sur des pariétaux de neuf crânes d’enfans nés dans le neuvième mois de la grossesse, et qui tous avaient vécu plusieurs jour^. Mais il est évident, comme il le fait observer lui-même, que l’on ne peut tout au plus en tirer pour l’appréciation de l’%e de l’enfant que de simples présomptions, attendu que l’ossification peut être plais em moins complète
chez des fœtus également à terme, selon leur force, la taille, la vigueur des parens, ètc.
A h mois les branches de l’hyoïde sont ossifiées.
A 5 mois les cornets inférieurs le sont aussi.
A 6 mois on voit un germe osseux de l’appendice xyphoïde, et l’union du corps du sphénoïde aux grandes ailes. On observe aussi un point osseux dans l’arc antérieur de l’atlas (sur 30 enfans, un seul avait en ce point un germe osseux avant cette époque).
De 6 mois à 1 an, la lame criblée et la lame perpendiculaire de l’ethmoïde sont ossifiées.
A 1 an. Il existe un point osseux dans la première vertèbre coccygienne, un germe osseux à la grosse tubérosité de l’humérus, au premier cunéiforme, à l’apophyse coracoïde, à l’extrémité supérieure du tibia, et à la tête du fémur- Il se forme aussi un germe osseux entre le corps de l’axis et l’apophyse odontoïde. On remarque également l’union des deux points de l’arc postérieur de chaque vertèbre, la soudure des pièces du temporal, l’union de la lame criblée aux masses latérales de l’ethmoïde et la séparabilité des deux points qùi forment l’apophyse odontoïde.
A 2 ans les épiphyses des métatarsiens et des métacarpiens sont ossifiées ; il est possible d’isoler le point osseux qui forme l’apophyse iransverse de la septième cervicale. On voit le germe osseux de l’extrémité inférieure du radius, l’ossification des cornets sphénoïdaux, de Textrémité inférieure du péroné et la soudure des deux noyaux de l’apophyse odontoïde.
A 2 ans 1/2 la petite tubérosité de l’humérus et la rotule sont ossifiées.
A S ans il y a soudure du corps de l’axis avec l’apophyse odontoïde et commencement de soudure des trois pièces dont se compose chacune des deux dernières vertèbres sacrées.
De 3 à ans, on observe l’ossification du grand trochanter, et du pyramidal , ainsi que la soudure de l’apophyse styloide du temporal.
A 4 ans. Les deuxième et troisième cunéiformes sont ossifiés.
De 4 à 5 ans on remarque l’ossification du trapèze et du semilunaire, l’union des lames de la deuxième vertèbre avec le corps, et la formation des cellules de l’eihmoïde.
A 5 ans. L’extrémité supérieure du péroné, les épiphyses des phalanges, l’épiphyse de la phalange unguéale du gros orteil sont ossifiées. Quelquefois il est encore possible de séparer les cinq pièces de la première vertèbre sacrée. *
A 6 ans. Les épiphyses de la première phalange des quatre derniers orteils sont ossifiées, tandis que l’ossification commence à l’extrémité inférieure du cubitus ; le pisiforme est ossifié j le trapèze est encore cartilagineux.
A 7 ans. La ligne cartilagineuse qui existe entre les branches ascendante de l’ischion, et descendante du pubis, persiste ; toutes les pièces du coccyx, sauf la première, restent cartilagineuses; l’épitrochlée humérale est ossifiée.
De 7 à 8 ans, on aperçoit distinctement le germe osseux de l’olécrâne.
A 8 ans. Il y a un germe ossetix à l’extrémité supérieure du radius.
De 8 à 9 ans, on remarque l’ossification du scaphoïde de la main et de la lame épiphysaire postérieure du calcanéum, ainsi que la soudure des deux points osseux qui forment l’extrémité supérieure de l’humérus.
A 12 ans. Il y a un point osseux vers le bord interne de la trochlée humérale.
De 13 à 14 ans, le petit trochanter est ossifié.
De 13 à 15 ans, les trois pièces du coxal sont soudées.
A 15 ans. On remarque un point osseux de l’angle inférieur de l’omoplate, la soudure des vertèbres sacrées entre elles (jusquelà elles étaient séparables), la soudure du germe osseux de l’apophyse coracoïde et la soudure des deux points du calcanéum.
De 15 à 16 ans, le sommet de l’acromion offre un germe osseux, l’apophyse coracoïde est soudée au corps de l’os.
De 15 à 18 ans, on remarque un germe osseux à l’extrémité sternale de la clavicule, l’union des vertèbres sacrées entre elles, la formation des disques épiphysaires du corps des vertèbres sacrées, et l’union des cornets du sphénoïde au corps de l’os.
De 15 à 20 ans, la quatrième vertèbre coccygienne est ossifiée.
A 16 ans. On voit un point épiphysaire en Y au fond de la
cavité cotyleïde j il en existe im antre à, répiesBC^e-} eniiFiLy a un germe osseux à Ist tête et à la. tubérosité àes^ côtes.
De 17 à 18 ans, il y a une épiphyse marginale à Fomoplatêî; les points épiphysaires des phalanges des doigts et des orteiksoat soudés.
A 18 ans. On remarque à cette époque les germes épiphysaires qui couronnent le sommet des apophyses épineuses et transverses, ainsi que la soudure des deux trochanters et de la tête au corps du fémur.
De 18 à 19 ans, on aperçoit la soudure deTepiphyse des métatarsiens.
De 18 à 20 ans, on remarque Ih soudure de l’épiphyse desmé tacarpiens, l’union de l’extrémité inférieure du fémur au corps de l’os et la soudure des deux extrémités de l’humérus au corps de l’os.
De 18 à 26 ans. ITnion du corps du ^hénmde à Fdecipîtal; soudure des trois pièces du tibia; soudure de l’épiphyse marginale du coxal.
A 21 ans. Soudure de l’extrémité inférieure du f^ur.
De 22 à 24 et à 25 ans. Possibdité de séparer l’épipbyse marginale du coxal.
De 20 à 25 ans. Union de la première piècer du corps du g ' num aux autres pièces du corps ; soudure des points,qui couronnent les apophyses transverses et épineuses; de& vertèbres;:soudure des points épiphysaires des côteS'.
A 25 ans. Formation des lames épiphysaires de la surface iliaque du sacrum.
De 25 à 30 ans. Union complète de; la première vertèbre sacrée avec les antres ; soudure des disques épiphysaires des vertèbres.
De 40 à 50 ans. Soudure de l’appendice xyphoïde au corps du sternum.
De 40 à 50 et à 60 ans. Soudure du sacrum avec le coccyx.
Ôn objectera sans doute que les caractères fournis par l’ostéogénie offrent l’inconvénient de ne pouvoir être coustatés qu’après la mort; mais je ferai observer que, dans la plupart des cas où le médecin est obligé de résoudre une question relative à. l’âge. Fin*
<KTidn n’est pins Tivant. Pent-être demandera- t-on aussi si je prétends que les changemens éprouvés par les os arrivent constamment aux époques indiquées dans eet article. Assurément non, il est impossible que la nature ne présente pas des variétés à cet égard, mais il suffit que, dans le plus grand nombre de cas, ces cbangeraens soient tels que je les ai décrits, pour devoir attirer l’attention des médecins.
Caractères du squelette de femme comparé à celui de Thomme. Le squelette de la femme est dans son ensemble plus petit et plus grêle que celui de l’homme, à l’exception des os du crâne. A grandeur égale , un os de femme adulte présente des aspérités plus petites, des épines moindres, des sillons plus légers, des articulations moins grosses, une forme plus arrondie, et un plus grand poli qu’un os d’hoLime, ainsi qu’on le reconnaît évidemment sur les os du crâne, de la face, du bassin et de l’épaule. Les os longs d’une femme, à largeur égale de surfaces articulaires, sont caractérisés par une gracilité plus marquée du corps de l’os, ce qui entraîne l’aspect plus grêle que présente l’ensemble du squelette chez la femme.
Chez la femme le circuit de la tête est plus étendu ; les sinus tr^taux sont plus étroits ; les os de la face sont beaucoup plus l’ouverture des narines est moins large ; le bord alvéolaire de la mâchoire supérieure et de la mâchoire inférieure est phis elliptique ; la mâchoire est moins raboteuse et comme polie ; les dents sont plus petites et beaucoup plus égales entre elles ; de telle sorte que, sous le rapport de la forme aussi bien que sous celui de la grandeur, les incisives diffèrent moins des canines et des molaires que chez l’homme. La cavité de la bouche est plus courbe et plus étroite.
Les corps des vertèbres ont plus de hauteur, sont plus profondément excavés sur les côtés, et par conséquent moins lourds; les apoplïyses transverses sont moins inclinées en arrière, aussi les gouttières comprises entre elles, et les apophyses épineuses à la partie postérieure de la colonne vertébrale sontelles plus profondes. Les ligamens intervertébraux sont plus épais et ont plus de hauteur.
Le thorax a moins de hauteur, il est plus large à partir de son
sommet jusqu'à la quaîrième côte. Inférieurement, il est plus resserré, semblable à un baril, moins conoïde dans sa partie supé^ rieure, plus bombé que celui de l’homme, plus distant du bassin à cause de l’intervalle plus grand, compris entre la dernière côte et le rebord de l’os coxal, moins proéminent, de telle sorte que, soit dans la station , soit dans le décubitus, sur le dos, il ne dépasse. point le niveau de la symphyse du pubis, ce qui a lieu chez l’homme. Les côtes sont plus grêles, plus polies, plus tranchantes à leurs bords supérieurs et inférieurs. Les cartilages costaux des vraies côtes sont, proportionnellement à la longueur de la portion osseuse chez la femme, plus considérables que chez l’homme. Les fausses côtes décroissent plus rapidement vers la dernière. Les inter\'alles compris entre les cartilages des septième, huitième et neuvième côtes présentent en haut un angle beaucoup plus aigu. Les trous de conjugaison de la colonne vertébrale sont beaucoup plus amples, et cela surtout dans les vertèbres du cou. Le sternum est plus court, et ne descend que jusqu’au niveau du plan de la quatrième côte, tandis que chez l’homme il descend jusqu’au niveau du plan de la cinquième; il est doue chez la femme plus distant du pubis. La région des lombes a plus de longueur.
Tous les diamètres du bassin ont plus d’étendue (le verl^àl excepté ) ; les crêtes et les tubérosités sciatiques sont plus écartées les unes des autres. L’espace compris entre les os pubis est plus considérable, la symphyse est par conséquent plus large et plus épaisse, elle a moins de hauteur, Le sacrum est plus large, plus recourbé, son sommet s’avance moins dans le bassin. Les os coxaux plus larges, plus aplanis, plus cambrés à leur partie postérieure, présentent un angle plus considérable entre la branche descendante du pubis et la symphyse, et par suite, une arcade pubienne moins aiguë que chez l’homme, se rapprochant de la forme d’un arc, ayant de 80° à 90° d’ouverture. Les tubérosités sciatiques sont plus volumineuses et plus planes ; l’espace compris entre la tubérosité sciatique et la cavité cotyloïde est moindre ; l’échancrure ischiatique et le trou sôus-pubien sont plus grands ; ce dernier est triangulaire ; la coulisse qui donne passage au tendon de l’obturateur interne est plus étroite. Les
pièces du coccyx sont plus grêles et moins proéminentes en avant dans le bassin. Il y a une distance plus grande entre les cavités cotyloîdes.
Les os des membres inférieurs forment un angle plus prononcé. Les fémurs sont plus recourbés en avant ; le col de cet os forme avec le corps un angle plus grand ; le condylé interne est plus volumineux, plus arrondi et un peu plus long que le condyle externe. Les pieds sont plus petits.
Les humérus sont plus recourbés. Les articulations scapulohumérales sont moins distantes l’une de l’autre. Les clavicules chez l’homme sont plus recourbées, afin que les omoplates plus distantes du thorax puissent être plus facilement portées en avant.^ Les clavicules chez l’homme sont dirigées plus en bas, et font un angle obtus avec les os de la poitrine, tandis que chez la femme elles forment un angle à-peu-près droit. Les omoplates sont plus petites, plus grêles, plus planes, et ont des angles plus arrondis. Les membres supérieurs sont plus courts. Les os du carpe sont plus petits. Les doigts sont plus fins et plus aigus.
§ ni.
TABLEAU GÉNÉRAL DES PHÉNOMÈNES ET DES CHANGEMENS QUI SE PASSENT DEPUIS LA NAISSANCE, ET A DES ÉPOQUES PLUS OU MOINS DÉTERMINÉES DE LA VIE, DANS LES APPAREILS DES DEUX DENTITIONS.
A l’époque de la naissance, les dents de lait, encore contenues dans les mâchoires, se présentent dans l’état suivant: la couronne de l’incisive médiane inférieure est presque entièrement achevée; celle de la supérieure est un peu moins avancée ; l’incisive latérale est plus courte, surtout à la mâchoire supérieure. Après ces dents vient la molaire antérieure, dont les diverses pièces de la couronne sont alors réunies, ce qui lui donne déjà un développement assez grand, quoiqu’elle n’ait pas encore toute la hauteur qu’elle devra acquérir. Quant à la canine, et à la molaire postérieure, la première ne présente que l’extrémité de sa couronne , la seconde a la plupart de ses pièces séparées les unes des autres,
oa ne tenant entre elles qne par nne pellicule très mince. Derrière ces dents, on découvre très distinctement les follicules des incisives et des canines secondaires, placés dans autant d’alvéoles communes, en arrière et au-dessus des capsules qui reoferment les dents de lait, et dont ils ne sont séparés que par une lame fibreuse fort mince. Sur le tubercule antérieur et externe delà pulpe de la première grosse molaire on trouve un petit point dentaire ; quelquefois il y en a deux ou trois autres isolés qui ne se réunissent ensemble qu’à la fin de la première année. Enfin, plus en arrière et au fond de la gouttière que forme l’intérieur des mâchoires, on aperçoit le follicule de la deuxième grosse molaire.
Les incisives médianes commencent à se former
dans les premiers mois qui suivent la naissance, d’abord à la mâchoire inférieure, ensuite à la supérieure; deux mois après, les follicules des incisives latéralés se recouvrent d’un petit tubercule ; puis, vers le sixième ou le septième mois, apparaît celui de la canine.
Jusqu’au sixième ou huitième mois après la naissance, les mâchoires sont extérieurement dépourvues de dents. A la place que ces productions devront occuper, on découvre sous les gencives une substance cartilagineuse , assez dure ( cartilage gengival), relevée en saillie tranchante , surmontée de dentelures nombreuses, et haute de quelques lignes. Celte substance très développée à la naissance diminué à mesure que l’on approche de l’époque de réruption des premières dents.
Celle-ci commence en général du sixième au huitième mois par l’apparition, d’abord des incisives médianes inférieures, puis des supérieures ; dans certains cas, ces dernières précèdent les inférieures. Un ou deux mois après on voit sortir les incisives latérales. L’éruption de ces dents se fait quelquefois tard, rarement plus tôt, bien qu’on ait de^exemples assez n^breux d’enfans venus au monde avec des dents; de même aussi elles peuvent manquer, ou ne paraître qu’à un âgeplus ou moins éloigné. Lanzoni rapporte l’observation d’un 'enfant qui n’eüt ses premières dents qu’à sept ans. J’ai trouvé deux fois chez des fœtus à terme tous les follicules de la première dentition en pleine
snppnratioa, et il a’est pas douteux que si enfans eussent survécu, ils u’eussent au moins été privés de leurs premières dents. Du douzième au quatorzième mois, les quatre molaires antérieures paraissent, d’autres fois ce sont les canines ; enfin, le plus souvent les canines et les quatre molaires postérieures complètent vers l’âge de deux ans et demi l’appareil de la première dentition. C’est également à cette époque que commencent à se former dans Vintérîeur des mâchoires les bicuspides antérieures (1), et six mois plus tard les bicuspides postérieures qui son bientôt elles-mêmes suivies des deuxièmes'grosses molaires. Ainsi donc à deux ans et demi environ, les mâchoires sont garnies chacune de dix dents appelées tern-poraires ou de lait, qui ne doivent subir jusqu’à l'âge de six à sept ans aucunes mutations ni aucuns changemens , autres que ceux qu’amène l’usure de ces organes parle travail de la mastication ; mais cette détrilion des substances dentaires, quoique réelle, et en rapport avec les progrès de l’âge est soumise à trop de variations pour qufon puisse rien en arguer de positif, et surtout de rigoureux. ,
Toutefois ces premières dents présentent dans leur configuration des caractères particuliers qu’il est important de connaître, soit pour les distinguer de celles qui devront les remplacer, soit pour ne pas les confondre avec les dents qui plus tard se développent derrière elles aux extrémités de chaque arcade dentaire.
Les incisives et les canines de lait sont pius petites, leur émail est moins épais, et a ordinairement une teintej^gèremeht bleuâ- . li’e. Les huit molaires de lait diffèrent des bie^foides qui doivent'Ç^" leur succéder, par leur volume et leur configuration ; leur couronne est beaucoup pluslarge et plus forte; èlle^est surmontée de tubercules plus nombreux ; leurs racines sont au nombre de trois à la mâchoire supérieure, une interne, isolée, dirigée vers le palais,^pt les deux autres externes répondant à la face externe des p^ès alvéolaires : à la mâchoire inférieure ces dents ont deux racines, Tune antérieure, l’autre postérieure, présentant chacune une courbure en sensppposè, et convergentes par leur extrémité
(1) On a donnéle nom de bicuspides aux premières et aux deuxièmes petites molaires-<jûi remplacent les dents de lait correspondantes.
inférieure. Les molaires antérieures sont moins grandes que les postérieures ; à la mâchoire supérieure, leur couronne est garnie de quatre tubercules, tandis qu’à la mâchoire inférieure elle en présente cinq, trois à la face externe et deux en dedans. Les molaires postérieures de lait, beaucoup plus grosses, se rapprochent tellement par la conformation de leur couronne des premières grosses molaires, qu’il serait facile de confondre ces dents si on n’avait égard à la différence de leur volume, et, si surtout, à l’époque où cette erreur pourrait être commise, les tubercules usés des molaires de lait ne formaient un contraste frappant avec l’intégrité de la couronne des molaires permanentes.
Quant aux bicuspides, les supérieures, ordinairement plus fortes que les inférieures, n’ont à leur couronne que deux tubercules très prononcés, dont l’externe, plus gros, est conoïde, et l’interne, qui correspond à la langue, est légèrement arrondi et moins élevé ; elles n’ont en général qu’une seule racine, mais la bicuspide postérieure en a très souvent deux. Les bicuspides inférieures ont une forme un peu différente de celle qu’affectent les supérieures ; elles diffèrent même assez sensiblement entre elles, l’antérieure est plus petite ; la couronne se termine en dehors par un tubercule plus ou moins saillant; le tubercule interne est moins élevé que dans les autres dents du même genre, ce qui donne à cette surface une pente prononcée vers la cavité de la bouche. La bicuspide postérieure a ses tubercules plus saiilans, particulièrement l’interne et le sillon antéro-postérieur qui les sépare est beaucoup plus marqué. Ces dents ont une seule racine.
La chute des premières dents et leur remplacement successif, commencent dans le cours de la sixième ou dans les premiers mois de la septième année ; ces phénomènes sont ordinairement devancés par l’éruption des deux premières grosses molaires de chaque côté, qui ne succèdent à aucune autre, et ne doivent point être remplacées. Elles se rangent chacune à l’extrémité de chaque arcade dentaire, qui se trouve ainsi composée de douze dents. ü
Avant que les dents de lait tombent, leurs racines sont détruites ; mais quoique l’étendue de cette destruction coïncide en
général avec la marche de l’éruption des dents secondaires, elle présente trop de variations pour pouvoir fournir aucune donnée positive. Il n’est pas très rare, en effet, de voir les secondes dents apparaître au-dehors, bien que les premières aient conservé en totalité ou en grande partie leurs racines.
Les incisives médianes sont les premières qui tombent, et sont aussi les premières remplacées ; viennent ensuite les latérales, qui se montrent dans le même ordre, c’est-à-dire, d’abord à la mâchoire inférieure, puis à la supérieure. Le travail de l’éruption de ces huit dents et de leur arrangement à la surface des mâchoires, est chez le plus grand nombre des sujets, achevé dans le cours de la neuvième année. Elles se distinguent des incisives qui les ont précédées, par leur volume plus considérable, et surtout par les dentelures dont est armée l’extrémité de leur couronne. C’est seulement à cet âge qu’on aperçoit dans les mâchoires les premiers points dentaires des troisièmes grosses molaires ou dents de sagesse.
Vers dix ans, les bicuspides antérieures paraissent et sont suivies à onze ou douze ans des canines, qui sortent presque en même temps ou peu de temps après les bicuspides postérieures et les deuxièmes grosses molaires. D’autres fois l’éruption des canines précède celle des bicuspides antérieures; enfin, de dixhuit à vingt-cinq ans , ou à une époque qu’on ne peut déterminer, quand encore elles doivent venir, a, lieu l’éruption des dernières grosses molaires.
Mais il s’en faut de beaucoup que le renouvellement des premières dents s’effectue toujours dans l’ordre et aux époques que je viens d’indiquer : ce travail organique peut être précoce et s’annoncer dès l’âge de cinq ans et demi, comme aussi il peut être retardé et ne commencer qu’à l’âge de huit ans ; dans ce cas, il ne se termine que beaucoup plus tard, à treize et même quelquefois à quinze, à seize ans, par la sortie des canines. D’un autre côté, il n’est pas très rare que des dents de lait persistent jusqu’à un âge avancé, et même toute la vie. Les canines, les molaires, et particulièrement la postérieure, offrent le plus d’exemples de cette espèce d’anomalie. Les incisives secondaires supérieures se montrent quelquefois avant les inférieures ; souvent on les voit
les unes et les autres préïïéder les premières grosses molaires ; cela arrive surtout quand l’éruption des incisives a lieu avant le terme ordinaire : d’autres fois c’est par les molaires de lait que commence le renouvellement des organes de la première dentition. J’ai vu dernièrement chez une jeune fille, qui avait à peine atteint sa sixième année, paraître presque en même temps les incisivés médianes supérieures et les canines ; ce dernier cas est extrêmement rare; on n’en connaît même pas d’exemple, quoique ces dents soient après les dernières grosses molaires , les plus sujettes à ces anomalies^ Ainsi , il est des sujets chez lesquels elles ne sortent qu’à dix- huit, vingt ou trente ans ;; il en est même chez lesquels elles ne paraissent jamais.
A l’époque de l’éruption de ces dents, la couronne a acquis extérieurement tout le volume qu’elle doit avoir. Il n’en est pas de même des racines,, qui , encore imparfaites ,, continuent à croître en longueur et en épaisseur'; à mesure qnielies s’allongent, leur canal diminue ainsi que la cavité de la couronne. Soumises aux fonctions de la mastication, les dents ne tardent pas à en ressentir les effets j les dentelures dont étaient d’abord armées les incisives disparaissent au bout de peu; de temps , la pointe efiilée des canines s’efface peu-à-peu, et les tubercules des molaires s’aplatissent. Tant que Fusure est bornée à l’émail, la dent conserve sa. blancheur ; ce n’est que par les- progrès de la délritron, que l ivoire est mis à découvert.. On aperçoit d’abord au centre de chaque tubercule de la couronne un point jaune qui s’élargit peu-à-pcu avec le temps,, jusqu’à ce quey les portions intermédiaires d’émail venant à disparaître, la dent ne présente plus qu’une surface plate, plus ou moins inégale;, d’une couleur jaune, bordée dans son; pourtour par l’émail; et offrant dans la direction du canal dentaire un point d’un jaune foncé ou noirâtre. Enfin, la même influence, continuant à agir, la couronne diminue sensiblement de hauteur, et de telle sorte, que chez certains individus, les dents arrivent an point d’avoir été comme coupées à rase au niveandes gencives.
L’usure de là couronne d^ dents présen te>-t-elle quek^ebosefie certain pour reeonaaîtrel âged’uB adulte? Il senableraii au premier abord, que l’usure ayant lieu chez tous ks individus et suivaa* les-
progressions de l’âge , on dût la faire servir avantageusement à reconnaître celui-ci^ mais l’on sait que les dents sont peu résis^ tantes, et s’usent beaucoup plus promptement chez les personnes d'une constitution faible, que tous les individus ne mâchent pas également les alimens qu’ils prennent, que la quantité de ces abmeris varie, qu’il est des personnes qui font un plus grand usage des dents incisives que des molaires, vice versâ^ qu’il en est d’autres chez lesquelles les incisives sont rapidement atteintes par l’usure parce que les molaires manquent ; que dans certains cas l’une des deux mâchoires est plus ou moins prolongée et les dents disposées obliquement,, ce qui ne leur permet pas de se rencontrer par leur sommet, et alors l’usure se marque principalement aux faces qui se touchent le plus fréquemment ; que dans quelques circonstances enfin les dents sont usées par suite de certains mouvemens comme convulsifs des mâchoires, qui ont particulièrement lieu pendant le sommeil ; dès-lors on verra qu’il n’est guère possible de tirer de l’usure de la couronne des dents des caractères propres à résoudre le problème qui m’occupe.
Quand les dents sont arrivées à cet état que le sang né pénètre plus dans leur cavité oblitérée, et que les nerfs n’y portent plus leur influence, elles changent de couleur, jaunissent et deviennent de véritables corps étrangers qui s’ébranlent, sortent des gencives, et finissent par tomber. Mais ce que j’ai dit de l’usure, s’applique encore à la chute des dents. Bien que ce phénomène, quand il se passe sous des conditions normales, annonce un âge avancé, il est tant de causes, soit qu’elles se rattachent à des altérations des dents, soit qu’elles se lient à des maladies des gencives, qui peuvent la déterminer même chez des personnes encore peu avancées en âge, qu’on ne saurait lui accorder une trop grande confiance.
Phénomènes concomitans qui se -passent, pendant et après le cours des deux dentitions y dans les- osmaxillaires.
A la naissance, la présence des dents de lait dans l’intérieur des mâchoires donne à ces dernières une épaisseur très considé-
râble. L’apophyse coronoïde, fortement abaissée, est presqae an niveau du bord alvéolaire, l’angle delà mâchoire inférieure existe à peine à cet âge. Le bord inférieur de- cet os est moins cintré qu’il ne l’était chez le fœtus ; l’apophyse coronoïde s’est relevée et portée un peu en avant ; à sa base , on découvre une cavité logeant le follicule de la première grosse molaire dont la couronne se forme. L’orifice externe du canal dentaire inférieur (trou mentonnier) se trouve placé au-dessous et en arrière de la cloison qui sépare la canine de la première molaire de laitj très près du bord inférieur de l’os. Il en est de même à la mâchoire supérieure, soit dans les rapports du trou sous-orbitaire avec les dents supérieures, soit pour la situation de la première grosse molaire, relativement à la tubérosité molaire.
A l’époque de l’éruption des dents de lait, les bords alvéolaires s’étendent, pour sé prêter à l’arrangement de ces productions ; ^les os maxillaires prennent en tout sens des dimensions plus grandes ; leurs branches se redressént ; l’angle se prononce davantage ; leur corps s’accroît en hauteur, tandis que les bords alvéolaires diminuent d’épaisseur après la sortie des dents ; mais comme pendant la durée de cette évolution, les arcs alvéolaires ne suivent pas dans leur allougement les mêmes progrès que les os maxillaires proprement dits, il en résulte qu’à l’âge de deux ans et demi, époque où elle est terminée, les rapports qui existaiént dans le principe entre ces parties ont déjà subi des changemens. C’est ce qui fait que les trous sous-orbitaires et mentonniers répondent alors à l’intervalle compris entre les deux racines de la molaire antérieure de lait.
A l’époque du renouvellement des dents temporaires^ le volume des os maxillaires s’est beaucoup accru, leur hauteur est plus considérable ; l’orifice externe du Conduit dentaire inférieur s’est éloigné du bord alvéolaire; les branches, en continuant à se redresser, décrivent avec le corps de la mâchoire un angle moins obtus.
Pendant et après l’accomplissement de cet acte dé la dentition^ le corps des os maxillaires acquiert en hauteur des dimensions fort grandes. Les trous sous-orbitaires et mentonniers s’éloignent des procès alvéolaires-, et s’écartent également des symphyses,
de sorte qu’à vingt ans ils répondent à la racine de la deuxième bicnspide ; la courbure que le bord inférieur de la mâchoire décrivait dans le jeune âge , disparaît peu-à-peu. L’ai’c alvéolaire supérieur, d’abord resserré de gauche à droite , à sept ans , s’élargit ensuite très sensiblement dans ce sens, à mesure que l’accroissement horizontal des os maxillaires fait des progrès. L’arc inférieur, au contraire, ne se dilate pas, et il a de gauche à droite la même distance avant et après le renouvellement des^ dents.
Mais les changemens les plus remarquables sont ceux qui se passent dans la partie des os maxillaires qui correspond à l’extrémité postérieure des arcs alvéolaires. Nous avons vu qu’avant le renouvellement des dents de lait , les alvéoles des premières grosses molaires limitaient en arrière ces arcs ; après qu’elles sont sorties, les deuxièmes, puis les troisièmes grosses molaires occupent successivement leur place, et ont chacune à leur tour avec les parties voisines les mêmes rapports qu’avaient les premières grosses molaires ; d’où il résulte que pendant le cours de l’éruption des dents permanentes , cette portion des mâchoires s’est progressivement allongée pour recevoir successivement les deuxièmes et troisièmes grosses molaires. C’est cet allongement horizontal des arcs en arrière qui détermine à cette époque une si grande influence sur le développement de là face. A la mâchoire inférieure, il produit un phénomène particulier; il en redresse graduellement les branches , de manière à leur faire décrire avec le reste de l’os un angle de moins en moins obtus ; tandis qu’à la mâchoire supérieure , il agrandit le sinus maxillaire : double effet qui résulte essentiellement du développement des grosses molaires, et se trouve toujours en rapport avec le volume de ces dents.
Du reste les os maxillaires conservent pendant une période assez longue de la vie cet état, si ce n’est que le bord inférieur de la mâchoire diacrânienne s’arrondit par les progrès de son ossification et de l’accroissement des racines des grosses molaires, de manière à décrire une courbe saillante depuis le menton jusqu’à l’angle, disposition inverse de celle qu’il offrait dans l’enfance, et surtout chez le fœtus ; d’où il suit que cet os qui, jus-
qu’à lage de huit ans, place sur une surface horizontale, y touchait par deux points, en avant par le menton, en arrière par ces angles, y repose chez l’adulte dans toute sa longueur, et que plus tard il n’y touche que par le milieu. Après la chute des dents chez le vieillard, les procès alvéolaires s’affaissent et disparaissent entièrement ; le corps des mâchoires diminue considérablement de hauteur; les trous sous-orbitaux et mentonniers se rapprochent du bord libre des os maxillaires ; le sinus et la tubérosité molaires reviennent sur eux -mêmes; les branches de la mâchoire diacrânienne se portent en arrière, et reprennent à un âge avancé de la vie à-peu-près la même direction qu’elles avaient dans l’enfance. Privé de sa portion alvéolaire et des dents qui le surmontaient, l’os maxillaire inférieur se rapproche du supérieur, le menton s’avance, ce qui détermine des changemens remarquables dans la physionomie.
Notons néanmoins que ces signes de la vieillesse peuvent se montrer chez des individus moins avancés en âge, et qui ont perdu de bonne heure leurs dents par des causes morbides pour plus de détails, l’article Dent, du docteur Oudet, dans le tome X du Dictio7inaire de Médecine et de Chirurgie, ou Répertoire général, etc). '
^ IV
DES CARACTÈRES QUE. l’ON PEUT TIRER DU NOMBRE ET DE LA COU¬ LEUR DES CHEVEUX POUR RÉSOUDRE. LES QUESTIONS d’iDENTITÉ.
Parmi les caractères proposés par les experts pour constater l’identité, celui que Ion tire du nombre et de la couleur des cheveux mérite de fixer particulièrement l’attention ; on conçoit en effet qu’il soit difficile de confondre un individu dont la tête chauve offre à peine quelques cheveux noirs, châtains, blonds, gris ou blancs,, avec un autre dont la chevelure bien, garnie présente lune ou lautre de ces nuances il est encore aisé de distinguer l’un de l’autre deux individus ayant beaucoup de cheveux, mais de couleur différente ; il en sera de même enfin, si au lieu depersonnes tout-à^fait chauves, il s’agit d’individus dont les che^
veax sc^ clairsemés, ou qui, sans être complètement chauve, o&est au sommet de la tête cet espace vide que l’on désigne vulgairement sous le nom de couronne. Les caractères puisés dans le nombre et la couleur des cheveux sont d’autant plus précieux pour résoudre les qpiestions d’identité, que le système pileux n’éprouvant jamais la décomposition putride que subissent la plupart de nos organes, il est toujours possible, même plusieurs années après l’inhumation, de vérifier ces caractères sur les débris des cadavres.
S’il ne s’agissait que des faits qui précèdent, je n’aurais rien à ajouter à ce qui est déjà connu et publié dans plusieurs ouvrages de médecine légale ; mais l’élude des cheveux peut être envisagée sous un autre point de vue qui n’a pas encore fixé l’attention des gens de l’art, et dont je crois devoir nf occuper. Il peut arriver en effet que le médecin soit consulté pour décider si un accusé, pour faire prendre le change et tromper la justice, n’aurait pas teint sa chevelure, de manière à rioireir des cheveux blancs, gris, blonds, châtains, etc., ou à changer des cheveux noirs en cheveux châtains, blonds ou blancs. Tel est le problème que je fus appelé à résoudre en 1832, dans la cause du nommé Benoît, âgé d’environ 20 ans, condamné à mort par la Cour d’assises du département de la Seine. Gn me demanda en effet s’il était possible que cet individu, dont la tête était garnie de nombreux cheveux noirs, eût pu, à une époque antérieure^ teindre ses cheveux en brun ou autrement, puis leur rendre la couleur primitive. Ma réponse ayant été affirmative eu tous points, je pense devoir exposer les faits sur lesquels elle s’appuyait. Avant de rapporter les expériences propres à éclairer ce sujet, je dirai que lorsqu’il s’agit de changer la couleur des cheveux , il est utile de les débarrasser d’abord de la matière grasse dont ils sont enduits, en les frottant à plusieurs reprises avec de l’eau dans laquelle on a fait dissoudre un vingtième de son poids environ d’ammoniaque liquide j; non pas que je prétende qu’il faille absolument remplir cette condition, je veux dire seulement que ces lavages préalables facilitent l’opération, et fournissent un résultat plus satisfaisant, en ce que presque toutes les parties de la chevelure offrent alors une même teinte-, tandis quTl- arrive souvent, siTes ehevuux n’ont pas
été dégraissés, que Ton remarque çà et là une ou plusieurs mèches d’une nuance différente de celle que l’on se proposait d’obtenir.
Je diviserai ce travail en trois paragraphes ; dans le premier, j’indiquerai comment on peut noircir des cheveux, et reconnaître par quel procédé ils ont été noircis ; dans le second, je m’occuperai des moyens à employer pour faire perdre aux cheveux leur couleur noire, et des procédés pouvant servir à déterminer la nature de l’agent qui a opéré le changement de couleur ; enfiu j’examinerai dans un troisième paragraphe jusqu’à quel point il est possible de donner à des cheveux blonds, rouges ou châtains, d’autres nuances sans les noircir ni les blanchir.
Des procédés employés pour noircir les cheveux, et des moyens de reconnaître par quels agens le changement de couleur a été opéré.
Expérience première. On a trituré pendant deux heures, jusqu’à ce que la masse soit devenue homogène, un mélange de charbon provenant de deux forts bouchons de bouteille et de trois gros de pommade ordinaire. Le produit, connu sous le nom de mèldinocome, noircit parfaitement les cheveux, quelle que soit leur nuance ; mais il offre l’inconvénient grave de tacher les doigts, les linges, etc. , même plusieurs jours après son application. : Je pense donc qu’il faut renoncer à son emploi, quoiqu’on se soit permis de le débiter avec mon autorisation que je n’ai jamais donnée. Pour reconnaître que des cheveux ont été noircis par ce procédé, on en mettra une mèche dans de l’eau bouillante, la pommade entrera en fusion et viendra à la surface de la liqueur, tandis que le charbon se précipitera. -
Expérience deuxième. Des cheveux rouge châtain, préalablement lavés avec de l’eau ammoniacale, ont été mouillés avec de V azotate de bis- , muth dissous, rendu neutre par l’addition du sous-azotate du même métal; quelques heures après les avoir rétirés du liquide, ils étaient blanchis par le sel qui s’était cristallisé à leur surface; on les a plongés dans de l’eau distillée pour les débarrasser de ce sel, et on les a fait sécher; leur couleur était alors un peu plus claire qu’avant l’expérience ; on les a laissés pendant un quart d’heure dans de l’acide sulfhydrique liquide; ils ontété parfaitement noircis et n’étaient point cassans.
Une mèche des mêmes cheveux qui n’avait pas été dégraissée a été traitée par les mêmes agens ; elle a été noircie, mais en l’essuyant avec du papier elle est devenue bistre, et le papier se tachait en noir; ,pul doute qu’ici ta présence de la matière grasse n’ait enâpêché le sulfure de bismuth
noir de s’appliquer sur les cheveux aussi solidement que dans l’expérience précédente.
Les mêmes essais ont été tentés sur la chevelure d’un homme de cinquante ans, dont les cheveux étaient gris , si ce n’est que l’on a substitué le chlorure de bismuth à l’azotate ; des mèches de cheveux, isolées par des papillotes, ont été noircies comme il a été dit plus haut, et les effets ont été les mêmes.
Pour reconnaître que la couleur noire des cheveux est le résultat de l’emploi d’un sel de bismuth, on les traitera par de l’acide chlorhydrique ou par du chlore très faibles, qui leur rendront leur couleur primitive ; le liquide résultant, évaporé jusqu’à siccité, laissera un résidu blanchâtre, qui, étant dissous dans l’eau distillée, jouira de tous les caractères des sels de bismuth. On pourra aussi, en calcinant ces cheveux dans un creuset, obtenir des cendres qui fourniront, par l’acide chlorhydrique, du chlorure de bismuth.
A l’aide du procédé dont il s’agit, on peut sans doute teindre les cheveux en noir ; mais on y aura rarement recours, parce qu’il est assez compliqué, et que d’ailleurs il exige l’emploi de l’acide sulfhydrique, corps excessivement fétide.
Expérience troisième. Des cheveux rouge châtain, après avoir été lavés à plusieurs reprises avec de l’eau ammoniacale, ont été mouillés avec de V acétate ou du sous-acétate de plomb dissous; on a enlevé, avec de l’eau distillée, le sel solide qui se trouvait à la surface des cheveux après leur dessiccation à l’air; on lésa trempés dans de l’acide sulfhydrique liquide qui les a no/rcïs sans les rendre cassans. Une autre mèche des mêmes cheveux, traitée de la même manière, sans lavage préalable avec l’eau ammoniacale, a fourni des résultats analogues, si ce n’est que la couleur noire pouvait être facilement détachée , du moins en partie, lorsqu’on frottait ces cheveux avec du papier. Le même moyen appliqué sur les cheveux gris de l’individu dont j’ai parlé plus. haut, les a noircis; toutefois à mesure qu’ils ont séché à l’air, ils sont devenus d’un brun rougeâtre : d’où il suit que les sels de plomb sont moins propres encore que ceux de bismuth à teindre les cheveux en noir.
On déterminerait aisément que la couleur noire des cheveux a été produite par l’action successive d’un sel de plomb et de l’acide sulfhydrique, en traitant une mèche de ces cheveux par l’acide chlorhydrique ou par le chlore faibles; ces agens rendraient aux cheveux leur couleur primitive au bout d’une heure ou deux, et le liquide provenant de cette opération, évaporé jusqu’à siccité, fournirait un produit qui, étant dissous dans l’eau distillée, se comporterait avec les réactifs comme les sels de plomb;
Expérience quatrième. On a fait une bouillie liquide avec de l’eau', deux parties de protoxyde de plomb hydraté, deux de chaux carbonatée et une de chaux vive ; on a trempé une mèche de cheveux blancs dans cette bouü-
iie, et on Ta enveloppée d’un papier gris. An bout de vingt-quatre beasej les cheveux étaient couleur de nankin clair.
En répétant cette expérience avec un mélange parfaitement broyé de trois parties de litharge, dé trois de craie, et de deux et trois quarts i chaux vive hydratée, récemment éteinte, on a obtenu des résultats beaacoup plus satisfaisans; en effet, les cheveux sont devenus d’un très beau noir au bout de trois ou quatre heures. Voici la manière de procéder. Ob délaie ce mélange dans une quantité d’eau suffisante pour avoir une bouillie claire ; on s’en frotte la tête jusqu’à ce que tous les cheveux en soient imprégnés, puis on recouvre le tout d’un papier brouillard bien mouillé : on applique sur ce papier un serre-tête en toile cirée, qui a pour but de conserver l’humidité, et on recouvre celui-ci d’un linge ou d’un foulard chauds. Lorsque trois ou quatre heures se sont écoulées, et que les cheveux sont noirs, on se frotte la tête d’abord avec du vinaigre étendu d’eau, pour dissoudre la chaux et l’oxyde de plomb, qui sans cela resteraient attachésaux cheveux, puis avec un jaune d’œuf. Ce procédé, qui n’offre aucun desinconvéniens signalés en parlant des autres méthodes, est un de ceux que l’on emploie le plus fréquemment ; loin d’être nuisible, il paraît jouir de l’avantage de rendre la chevelure plus touffue.
L’acide azotique servirait, dans ce cas, à faire connaître si réellement on a fait usage de litharge et de chaux vive et càrbonatée en effet, la litharge, la chaux et le carbonate de cette base seraient dissous; il y aurait effervescence et formation d’azotates de plomb et de chaux ; en traitant la liqueur par l’acide sulfhydrique, on obtiendrait du sulfure de plomb noir, dont on retirerait aisément le métal, et la liqueur filtrée contiendrait un sel de chaux.
Expérience cinquième. Après avoir dégraissé dés cheveux avec un jaune d’œuf, on les a plongés pendant une heure environ dans un solutumchaé {plus que tiède) de plombite de chaux - les cheveux qui auparavant étaient d’un gris blanc, et d’autres qui offraient une couleur rougeâtre, sont devenus d’un noir magnifique; ils n’étaient point cassans, et né salissaient pas ' le linge. «
- Le plombite de__chaux se’prépare en faisant bouillir pendant cinq quarts r d’heure environ quatre parties de sulfate de plomb cinq parties de chaux hydratée et trente parties d’eau ; il est évident que la chaux s’est emparée | de l’acide sulfurique, et que le protoxyde de plomb mis à nu, a été dissous j dans l’excès de chaux ; on filtre la liqueur. ■
On pourra reconnaître que des cheveux ont été noircis par cette prépa- : ration de plomb, en les traitant par les acides chlorhydrique ou azotique ' très faibles, qui leur rendront leur couleur primitive, et fourniront des li- : quides tenant duprotoxyde.de plomb en dissolution. Le chlore, concentré blanchira ces cheveux, et donnera naissance à du chlorure de ploihb.
Ce procédé, s’il n’est pas le plus expéditif pour noircir lesicheveux, est eertainement celui qui donne la plus-^lie teinte moire, et qui offre le
moins d’inconvéniens. Je pense toutefois qn’il ne sera employé avec succès sur tonte une chevelure, qu’autant que l’on aura épongé pendant longtemps les cheveux avec le plombite de chaux et que la chevelure sera maintenue humide et chaude pendant plusieurs heures ; en effet, des cheveux ^ngés seulement pendantune demi-heure avec ce liquide plus que tiède, enveloppés ensuite dans un papier brouillard mouillé avec la même liqueur, ont été enfermés dans du taffetas gommé, et n’étaient pas noircis au bout de douze heures, quoique le tout eût été recouvert d’une serviette chaude.
Expérience sixième. On a fait tremper une mèche de cheveux rouge châtain clair, dégraissés par l’eau ammoniacale, dans une dissolution d’azotate d’argent ; les cheveux sont devenus d’un beau violet ; en les exposant pendant quelques heures aux rayons du soleil, la teinte violette s’est foncée à un tel point qu’elle paraissait noire lorsqu’on serrait les cheveux les uns contre les autres, ou qu’on ne les regardait pas de très près.
En répétant cette expérience avec des cheveux semblables, non dégraissés., la teinte obtenue était à peine violette, et se fonçait un peu par l’action de la lumière.
On pourrait à l’aide du, chlore liquide, dissous dans quatre parties d’eau, reconnaître que des cheveux ont été teints par l’azotate d’argent, si déjà la couleur violette ne l’indiquait pas suffisamment ; en effet, il se formérait du chlorure d’argent blanc, facile à caractériser, par son aspect caillebotté, son insolubilité dans l’eau et dans l’acide azotique, et sa solubilité dans l’ammoniaque. .
Je ne pense pas que ce procédé doive être préféré aux autres pour noircir les cheveux, d’abord parce qu’il peut être dangereux de porter aux environs de la peau une liqueur aussi caustique que l’azotate d’argent, et en second lieu, parce que la teinte obtenue n’est jamais noire.
Expérience septième. Des cheveux châtain rouge clair, ont été trempés dans une liqueur inventée par les Persans, et dite liqueur russe ; non-seulement les cheveux n’ont pàs été noircis, mais même ils n’ont point changé de couleur lorsqu’on les a plongés dans l’acide sulfnydrique. La composition dont il s’agit, avait été préparée en chauffant dans un creuset quatre parties de sulfure dé niercure, et une partie de bioxyde de cuivre, et en faisant bouillir dans du vinaigre, étendu d’eau, \ 4 grammes de ce mélange, avec 35 centigrammes de sulfate de cuivre, 60 centigrauames de sel , ammoniac, autant d’alun, et 22 grammes de noix de galle.
Il résulte de ces expériences que de tousles agens employés par moi pour teindre les cheveux en noir, le mélange de litharge, de craie et de chaux vive , et le plombite de chaux sont ceux qui méritent la préférence.
Sn.
Des procédés employés pour feire perdre aux cheveux leur couleur noire, et des moyens de reconnaître l’agent qui a opéré ce changement de couleur.
Lps cheveux noirs peuvent devenir châtain foncé, châtain clair, blond foncé, blond clair, jaunâtres, et d’un blanc jaunâtre, lorsqu’on les traite par de Xeau chlorée dans laquelle on les laisse pendant un temps suffisant.
Expérience première. Des cheveux noirs très fins ont été lavés pendant quelques minutes avec de l’eau ammoniacale, dans laquelle on les a pressés pour leur enlever toute la matière grasse ; la liqueur alcaline est devenue op aline, puis s’est troublée, et a fini par être laiteuse avec un reflet rougeâtre. Lès cheveux ayant été retirés et lavés à grande eau, ont été laissés pendant deux heures dans un mélange d’une partie de chlore liquide concentré, et de quatre parties d’eau ; alors ils étaient châtain foncé. On les a mis dans un nouveau mélange de chlore et d’eau ; deux heures après ils paraissaient blonds, vus dans l’eau, mais une fois sortis du liquide et secs, ils étaient châtain clair. Plongés pour la troisième fois dans une nouvelle quantité d’eau chlorée où ils sont restés pendant quinze heures, ils ont acquis une couleur blonde assez foncée qui paraissait beaucoup plus claire lorsqu’on les regardait dans l’eau ; ils étaient durs et rudes, mais on leur rendait de la souplesse en les imprégnant d’huile de pieds de bœuf, qui du reste fonçait un peu leur couleur, et la faisait virer au châtain clair. Une mèche devenue d’un blond foncé par trois immersions dans l’eau chlorée, et non enduite d’huile de pieds de bœuf, a été laissée pendant deux heures dans une nouvelle quantité d’eau chlorée; elle est devenue d’un blond clair ; après quinze heures d’immersion dans une autre portion d’eau chlorée, elle paraissait blanche vue dans l’eau, mais lorsqu’elle fut desséchée, elle offrit une couleur jaune clair. Laissée de nouveau pendant quelques heures dans un liquide semblable aux précédons, elle acquit une couleur blanche légèrement jaunâtre. Désirant savoir si l’on pourrait finir par obtenir des cheveux blancs sans la moindre nuance de jaune, on a fait tremper pendant vingt jours une portion de ces cheveux déjà blanchis et légèrement jaunâtres, dans de l’eau faiblement chlorée que l’on renouvelait à-peu-près tous les deux jours ; les cheveux d’un blanc d’albâtre, lorsqu’on les regardait dans l’eau, présentaient encore une couleur blanche, légèrement jaunâtre, cpaaud ils étaient secs et hors du liquide. L’acide sulfureux étendu de beaucoup d’eau, même après plusieurs jours d’action surces cheveux, n’a pas fait disparaître la légère nuance jaune dont je parle. Quoi qu’il en soit, il était aisé de voir que les cheveux qui avaient subi une ao-
tion aussi prolongée du chlore, quelque faible que fût celui-ci, étaient altérés, car ils se cassaient facilement.
Expérience devœième. On a trempé à plusieurs reprises flans de l’eau chlorée, composée comme la précédente, un peigne en buis très serré avec lequel on a peigné une mèche de cheveux noirs très fins, préalablement dégraissés avec de l’eau ammoniacale et desséchés; leur couleur est devenue un peu moins noire, et tirait légèrement sur le châtain foncé; toutefois le changement de nuance était peu sensible. Il est certain que l’on serait parvenu à obtenir des couleurs semblables à celles qui ont été indiquées dans l’expérience première, si les cheveux eussent été peignés pendant plusieurs heures avec de l’eau chlorée un peu plus concentrée.
Expérience troisième. Des cheveux noirs très fins ont été plongés dans de l’eau chlorée à divers degrés de concentration ; tantôt le chlore n’était pas étendu d’eau, tantôt il renfermait un, deux, trois, six ou neuf volumes d’eau pour un volume de chlore liquide concentré ; toujours les résultats ont été analogues aux précédons, avec cette différence que plusieurs des nuances dont j’ai parlé se manifestaient en peu de minutes lorsque la liqueur était peu étendue, tandis qu’il fallait plusieurs heures et même plusieurs jours pour les faire naître, quand l’eau chlorée était notablement affaiblie; ainsi au bout de six ou sept minutes de séjour dans un mélange d’un volume d’eau et d’un volume de chlore liquide concentré, les cheveux noirs offraient déjà une nuance blonde ).
(1) M. Devergie pense que l’opération qui a pour but de changer la couleur des cheveux au moyen du chlore, est difficilement praticable, pour ne pas dire impraticable; il s’appuie sur quelques expériences qu’il a tentées et' qui ne lui ont donné que des résultats négatifs, quoiqu’il eût brossé à quinye reprises différentes des cheveux châtains et bruns avec de l’eau chlorée marquant SO degrés au chloromètre de M. Gay-Lussac. A cela je répondrai que je n’ai jamais prétendu que l’on dût réussir en procédant comme l’a fait Si. Devergie ; qu’est-ce en effet que de brosser des cheveux à quinze reprises différentes eu comparaison du précepte que j’ai établi, savoir que, pour obtenir des nuances de décoloration, il fallait peigner pendant plusieurs heures oveç de V eau chlorée concentrée? Ko reste, dès queSl Devergie reconnaît qu'il a obtenu une teinte moins foncée de quelques cheveux, même eu s’y prenant fort mal, et que d’un autre côté il dit avoir vérifié que mes expériences ayant trait à l’immersion des cheveux dans de l’eau chlorée sont exactes, il comjirendra facilement qu’il ne s’agit que d’une question de temps et de patience, et j’aime à croire qu’il ne dira plus qu’un individu grandement intéressé à changer sa chevelure, et qui, par conséquent, ne recule devant aucun des moyens propres à lui faire atteindre son but, renoncera après quelques tentatives seulement, à l’emploi de la brosse ou du peigne, voire même à l’application sur la tête de compresses trempées dans de l’eàu chlorée. Et qu’importe maintenant, comme je l’avais dit bien avant M. Devergie, qu’à la suite de l’emploi du chlore, les cheveux ne soient pas tous d’une couleur uniforme, que les uns soient plus foncés ou plus clairs que les autres? L’individu qui cherche à faire -prendre le change n’a qu’un seul intérêt, celui de paraître avec une chevelure autre que celle qui lui est propre, et c’est précisément ce qu’il obtient avec le chloi’e.
Expérience quatrième. Des cheveux châtain rougeâtre out été noireé par le plomhite de chaux, puis lavés à grande eau et séchés. Dans cet état, on les a plongés dans un mélange de quatre parties d’eau et d’une de chlore, qui n’a pas tardé à les blanchir, du moins en partie ; les portions de la mèche qui n’offraient point cette nuance, étaient d’un blondond’on châtain clair ou foncé. On a replacé de nouveau ces diverses mèches dans du plombite de chaux qui les a noircies encore une fois ; enfin lorsqu’on a fait agir sur elles une nouvelle quantité d’eau chlorée, on les a encore rendues en partie blanches, blondes, etc.
Expérience cinquième. On a soumis à l’action d’un mélange de parties égales d’eau et de chlore concentré, une mèche de crins très noirs d’un cheval âgé de six ans ; au bout de trente-cinq minutes ces crins paraissaient blonds vns au milieu du liquide, mais ils étaient d une couleur dorée et légèrement cassons lorsqu’ils étaient secs. Le lendemain et le surlendemain ils effraient une couleur jaune rougeâtre, quoiqu’ils n’eussent pas été traités de nouveau par le chlore. On pouvait se convaincre plusieurs semaines après, que’cette nuance persistait dans le bout qui avait trempé dans le chlore, mais le crin continuait à pousser noir. Cette expérience a été faite en isolant une forte mèche de crins et en l’introduisant dans un petit flacon plein d’eau chjorée que l’on tenait renversé Sur la peau du cheval, de manière à ce que le liquide ne pût pas s’écouler.
Le meilleur moyen de reconnaître si des cheveux noirs, châtains, etc., ont perdu leur couleur primitive par suite de l’action du chlore, consiste sans contredit à constater l’odeur de ce gaz ; j’ai vu en effet que même après avoir lavé cinquante fois dans de l’eau des cheveux traités par cet agent , ils répandaient encore une odeur de chlore qui ne permettait pas de se méprendre sur la nature du corps employé pour opérer le changement de couleur; je peux encore ajouter qu’en général les cheveux qui ont été soumis à l’action du chlore sont plus durs, moins flexibles et plus cassans, et que ces effets sont d’autant plus sensibles que le chlore employé était plus concentré.
Mais, dira-t-on, comment supposer qu’on ait jamais recours au chlore pour changer la couleur de sa chevelure, lorsqu’il est établi par les faits ci-dessus énoncés que les cheveux deviennent cassans et qu’ils conservent pendant long-temps une odeur très repoussante? Je ne prétends pas qu’un moyen pareil puisse jamais être employé par des personnes qui ne veulent teindre leurs cheveux que pour obtenir une nuance plus agréable à l’œil que ne l’était primitivement celle de leurs cheveux ; mon travail h’a
âiicttnemeiit ponr but de perfectionner sons ce rapport l’art da coiffeur. Je dis seulement qu’un individu, qui , pour se dérober aux regards de la justice, cherche à se déguiser, peut changea* à volonté la couleur de sa chevelure, paraître châtain pendant une semaine lorsqu’il avait des cheveux noirs , devenir blond la semaine d’après, offrir plus tard une chevelure blanchâtre et même rétablir quelque temps après les couleurs blonde, marron et noire qu’il aurait pu développer d’abord ÿ on conçoit sans peine que l’intérêt d’un coupable à se déguiser soit tel qu’il ne balance pas entre la possibilité d’atteindre son but, et les inconvéniens légers et tem'poraires dont j’ai parlé, savoir la fragilité des cheveux et l’odeur qu’ils répandent, et cela d’autant mieux, qu’à tout prendre, cette fragilité n’est pas telle que les cheveux tombent d’eux-mêmes lorsqu’on n’opère pas de tractions sur eux, et que l’odeur désagréable qu’ils exhalent, quand on a eu recours à du chlore concentré, peut être singulièrement affaiblie en faisantusage d’une pommade aromatisée. Ces considérations m’ont fait un devoir d’indiquer aux experts un moyen facile de reconnaître si les changemens de couleur sur lesquels ils pourront être appelés à prononcer, sont le résultat de l’action du chlore.
§ ni.
Est-il possible de donner à des cheveux blonds, rouges où châtains, d’autres nuances, sans les noircir ni les blanchir ?
Pour résoudre ce problème, j’ai tenté les expériences suivantes : 1° Des cheveux très rouges ont été laissés pendant plusieurs heures dans de l’alcool marquant 36 degrés à l’aréomètre ; à la température de 30°, l’alcool ne s’est pas coloré sensiblement, et la couleur des cheveux n’a point changé. L’éther sulfurique à 20° n’a pas eu plus d’ action que l’alcool. II est vrai de dire cependant que dans des cas fort rares , j’ai vu l’alcool dissoudre un peu de l’huile rouge qui colorait les cheveux, et que ceux-ci se rapprochaient alors dé la couleur blonde.
2" Des cheveux rouges , légèrement châtains, plongés pendant plusieurs, heures dans un mélange de deux parties d’ammoniaque liquide et dequatre parties d’eau, ont acquis une couleur un peu plus foncée tirant légèrementsur le châtain. D’autres cheveux d’un blond rougeâtre, laissés pendant quelques heures dans de l’eau ammoniacale beaucoup plus faibleque la précédente, loin de devenir plus foncés, ont pris une couleurblonde plus claire avec une teinte légèrement rougeâtre.
3" Une mèche des mêmes cheveux rouges légèrement châtains , qae Tammoniaque avait un peu foncés, a été laissée pendant deux heures dans du carbonate de potasse dissous; elle n’a éprouvé aucun changement. Alors on les a plongés dans une dissolution aqueuse de potasse caustique assez étendue ; au bout de quarante-quatre heures, ils étaient d’un rouge plus clair.
Il résulte de ces expériences et de beaucoup d’autres analogues que je crois devoir passer sous silence, qu’il est difficile , pour ne pas dire impossible, de changera l’aide de l’alcool, dé l’éther ou des alcalis, la couleur des cheveux rouges, blonds et châtains, de manière à rendre blonds ceux qui sont rouges ou châtains, et à faire passer au châtain ceux qui sont rouges ou blonds; tandis que l’on peut à l’aide d’une dissolution aqueuse de chlore très affaiblie, communiquer aux ches châtains, et aux cheveux rouges une couleur Monde , pourvu qu’on ne la fasse pas agir long-temps sur eux.
Je terminerai ce travail par une réflexion qui n’est pas sans importance pour les recherches médico-légales relatives à ce sujet; c’est qu’en général lorsqu’on emploie l’eau chlorée pour donner aux cheveux une teinte moins foncée que celle qu’ils avaient primitivement, il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’obtenir une coloration uniforme; ainsi tandis quedansune grande étendue de la tête, les cheveux seront châtains ou blonds, dans certaines partiesilyen aura de blancs et d’autres qui serontd’un blond ou d’un châtain plus ou moins foncé que les précédens ; il pourra même arriver, lorsqu’on aura agi sur des cheveux noirs, que la plupart d’entre eux soient devenus châtains, blonds ou d’un blancjaunâtre (suivant la dose et la force de l’eau chlorée qui aura été employée), tandis que d’autres auront conservé leur couleur noire. Cette variété de nuances, comme on voit, ne constitue pas un caractère indifférent, pour faire reconnaître aux experts si réellement la coloration des cheveux doit être attribuée à l’action du chlore.