‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiquesChapitre 2 sur 55 · TRAITÉ · texte numérisé non relu

TRAITÉ

DE

MÉDECINÏUXÉGALE.

Les magistrats

l’art pour résoudre des questions concernant la salubrité publique et l’administration de la justice. Tout ce qui tend à conserver la santq publique, à favoriser la vigueur de la population, à assurer l’existence et la liberté des citoyens appartient à la police médicale ou à M hygiène publique : ainsi l’examen de l’air, des eaux et des lieux, des comestibles, des boissons, des habitations, des prisons, des épidémies, des épizooties, des états, des professions, etc., est du domaine de cette science. La Médecine légale s’occupe an contraire des causes portées devant les tribunaux et les cours de justice. Elle peut être définie, Ve^uemble des connaissances physiques et médicales propres à éclairer les magistrats dans la solution de plusieurs questions concernant l’administration de la justice^ et à diriger les législateurs dans la confection d’un certain nombre de lois. Anciennement on disait mal-à-propos que la médecine légale était Vart de faire des rapports en justice, comme si l’éxamen approfondi des questions pour lesquelles on est consulté n’appartenait pas aussi bien à cette science que la rédaction des actes dans lesquels sont énoncées les opinions que fait naître cet examen.

Fodéré et Mahon ont défini la médecine légale l’art d’appliquer les connaissances et les préceptes des diverses branches I. i

principales et accessoires de la médecine à la composition des lois et aux diverses questions de droit, pour les éclaircir ou les interpréter convenablement.

D’après M. Prunelle la médecine légale justiciale est l’ensemble systématique de toutes les connaissances physiques et médicales qui peuvent diriger les dififérens ordres de magistrats dans Vappîîcation et dans la composition des lois.

On a encore dit que la médecine légale n^’était autre chose que Tapplication de la médecine aux lois.

La définition que j’adopte me dispense de faire connaître en détail quelles sont les sciences dont l’étude doit avoir précédé celle qui va m’occuper; toutes les connaissances physiques et médicales pourront être mises à contribution ,%t l’on ne tardera pas à s’apercevoir qu’il ne s’agit pas simplement de notions superficielles sur chacune de ces sciences , mais bien des détails les plus minutieux et par conséquent les plus difîiciles. Est- il question de douner son avis sur une hémorrhagie qui a été prompte-^ ment naortelle, il faudra désigner au juste la branche ou le rameau de l’artère qui ont été ouverts. Çherche-t-on à çonnaître, la cause de la paralysie d’un ou de plusieurs muscles à la suite de la piqûre d’un nerf? le nom de celui-ci deyra être soigneuse-, ment indiqué. S’agit-il d’un empoisonnement? les recherches ne seront complètes qu’autant que l’on aura déterminé, par des expériences souvent déliçatê’s, que le poison existe ou n’existe pas dans les alimens ou dans les boissons dont on avait fait usage, dans les matières vomies, dans les tissus du canal digestif, dans d’autres viscères, dans l’urine, etc.

£1 suffit de réfléchir un instant sur la variété des questions qui sont du ressort de la médecine légale pour s’aperceYOÎr combien il est difficile d’établir une classification réellement utile; les faits dont se compose cette science sont tellement disparates qu’il n’est guère possible de les rapprocher pour chercher à former des sections, et encore moins des classes ; aussi les auteurs de médecine légale ont-ils suivi dans, l’exposition des matières des routes différentes, dont il suffit d’avoir une idée générale, et que je me garderai bien de faire connaître en détail. Fodéré, par exemple, divise la méidecine légale en deux parties : la première,

qu’il appelle mixte, comprend la médecine légale applicable au civil, au criminel et à la police de santé ; la seconde a pour objet la médecine légale criminelle : plusieurs chapitres , composés de sections, forment la matière de chacune de ces parties. Mahon, sans admettre de division préalable, après avoir traité des généralités, parie de l’impuissance, du congrès, de la castration, des hermaphrodites, de la défloration , du viol , de la sodomie , de la grossesse , des naissances tardives , du part illégitime , de l’avortement, de l’état douteux de l’esprit et du corps, de la démence, des maladies simulées et dissimulées , des blessures, de la mort, de l’empoisonnement, de l’infanticide, des noyés, des pendus et des rapports. M. Prunelle établit quatre sections. La -première y sous le titre A^exame-n des corps vivans, renferme : 1° l’histoire des âges et de leurs privilèges; 2° la détermination des sexes, l’hermaphroditisme; la virginité et la défloration, le viol dans l’un et dans l’autre sexe ; 4° l’impuissance conjugale; 5? la grossesse simulée ou dissimulée, l’aGcouchement, les naissances prématurées et les naissances tardives, la supposition de part, la viabilité des enfans, la superfétation, les monstres; 6“ les , maladies douteuses, les maladies feintes, les maladies dissimulées, les maladies imputées, les exoines ecclésiastiques, civiles et militaires ; 1° l’état des facultés morales ; 8“ les blessures et leur gravité respective. La seconde section a pour objet Xexa^ men des cadavres, et contient : 1° la mort par blessures ; 2“ la mort par suflbcation ; la mort par suicide ; 4° la mort par empoisonnement ; 5° ravortement, l’infanticide, La troisième section est relative à X examen des corps qui nont point e-ii vie, tels que les substances qui peuvent être administrées dans une intention criminelle, les corps vulnérans et les boissons frelatées. On trouve enfin dans la quatrième section tout ce qui concerne X exercice de la médecine , comme le salaire dû aux gens de l’art, et les fautes qu’ils peuvent commettre (Discours prononcé à la faculté de Montpellier, en 1814).

Adoptant, sous ce rapport, les idées de Mahon, qui décrit les objets sans les classer, j’attacherai fort peu d’importance à faire ressortir les avantages et les vices des distributions précédentes ; tous mes efforts seront dirigés vers la solution complète des di-

verses questions, quelle que soit la place qu’elles occupent dans cet ouvrage.

Voici la marche que je me propose de suivre. Après avoir indiqué d’une manière générale' les règles qui doivent servir de base à la rédaction des rapports ^ des certificats et des consultations médico -légales , ainsi que les parties qui composent chacun de ces actes, je traiterai successivement des âges dans les diverses périodes de la vie, de l’identité, de la défloration, du viol, du mariage, de là grossesse, de l’accouchement, des naissances tardives et précoces, de la superfétation, de l’infanticide, de l’avortement, de l’exposition, de la substitution, de la suppression et de la supposition de part, de la viabilité du foetus, de la paternité et de la maternité, des maladies simulées, dissimulées, imputées, des qualités intellectuelles et morales, de la mort, de la survie, de l’asphyxie, des blessures et de l’empoisonnement*.

Je n’imiterai point les auteurs qui, avant d’entrer en matière, ont cru devoir faire l’histoire de la médecine légale, depuis son origine jusqu’à nos jours. Ce sujet, beaucoup trop vaste pour pouvoir être simplement esquissé, trouve naturellement sa place dans l’historique des diverses sciences physiques et médicales ; en effet, ne peut-on pas établir d’une manière générale, que les progrès qu’a faits la médecine légale sont le résultat des découvertes qui ont enrichi toutes ces sciences? Si l’on parvient aujourd’hui à résoudre beaucoup mieux qu’on ne le faisait autrefois les questions médico-légales relatives à l’empoisonnement, à l’infanticide, aux blessures, aux maladies simulées, etc. , cela ne tient-il pas évidemment à ce que la chimie , la physique, l’histoire naturelle, l’anatomie et la pathologie ont été perfectionnées et étudiées sous des rapports sous lesquels elles n’avaient pas encore été envisagées ? Il ne sera pas toutefois sans intérêt d’indiquer les titres des ouvrages relatifs à l’histoire et à la bibliographie de la médecine légale, ceux des traités généraux et des mélanges, journaux, recueils d’observations, consultations, etc., qui ont rapport à cette science. C’est ce que je ferai à la fin du tome troisième.

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