‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiquesChapitre 21 sur 55 · partie · texte numérisé non relu

partie

Tout ce que j’ai dit à l’article Impuissance se rapporte à des individus dont le sexe peut être facilement déterminé ; en effet , ce n’est guère que dans certains cas d’exstrophie de la vessie, d’hypospadias et de prolapsus de l’utérus , que l’homme de l’art peut éprouver quelques difficultés à assigner le sexe. Il n’eu est pas de même ici ; la difformité des parties génitales est quelquefois telle, qu’il est extrêmement difficile d’acquérir cette connaissance, d’autant plus que l’on peut trouver réunis chez le même individu presque tous les organes génitaux des deux sexes. C’est au peu d’attention apportée dans l’étude de ces êtres bizarres que l’on doit attribuer la croyance où sont encore de nos jours plusieurs personnes qu’il existe des individus offrant les deux sexes, de véritables hermaphrodites (1). L’état actuel de nos connaissances ne me permet pas d’adopter de pareilles idées, tout en admettant que la plupart des plantes et plusieurs animaux d’un ordre inférieur réunissent les organes mâles et fe-

(1) La fable nous apprend que la nymphe Salmacis, irritée de l’indifférence qu’aL fectait pour son amour Hermaphrodite, fils de Mercure (Epu.ri;) et de Véntis (Aopc5t-y,)j elle obtint des dieux que son corps fût réuni au sien pour n’en former qu’un seul. , . . '

melles chez un même individu ; le mot hermapJirodigme àsm\\ donc êire rayé du langage médical toutes les fois qu’il serait question deFespèce humaine. Conséquent dans cette manière de voir, je me garderai bien de l’employer.

Les vices de conformation dont je parle peuvent être l’objet d’une enquête, soit qu’il s’agisse de constater l’état civil d’une personne, soit que l’on veuille statuer sur son apiiiudèala procréation avant ou après qu’elle aura contracté mariage. Kon pas que la législation actuelle, à l’égard de pareils individus , se ressente en aucune manière de la barbarie de celle des anciens temps, où l’on voyait jeter à la mer, enterrer vivans, ou pendre les infortunés atteints de ces vices de conformation, sôüs prétexte qu’ils avaient fait ou qu’ils pouvaient faire un mauvais usage de leurs organès génitatix.

Je crois devoir examiner chacun dé ces vices de conformàüon avant de chercher à résoudre les questions que le magistrat pourrait adresser aux médecins.

F’ices de confo'nnation chez VJiomme. A. Lorsque , dans Vliypoéjpadias, l’ouverture de l’urètre est au périnée, le scrotum est divisé sur la ligne médiane, et forme un enfoncement plus ou moins profond; les bords de celle fente, produits par deux replis de la peau, ressemblent aux grandes lèvres de la vulve, et renferment quelquefois les testicules ; d’autres fois ces organes sont retenus derrière les anneaux inguinaux, ou forment deux éminences saillantes aux deux côtés du pubis. Le pénis, tantôt de longueur ordinaire , est plus souvent petit , et offre un gland imperloré ; quelquefois il est fendu ; dans certains cas il communique avec le rectum. Voici un exemple d’hypospadias très compliqué et fort remarquable.

En 4792, un enfant nouveau-né est porté sur les registres de l’état civil Gomme appartenant au sexe féminin ; oir lui impose les noms de il/ane- Marguèriié. Parvenu à l’âge de la puberté, deux tumeurs se présentent â l’anne^au inguinal, on cherche à les contenir au moyen d’un double braver, qui occasionne des douleurs assez vives pour qu’on ne puisse plus en con-, tinuer l’u.sage ; les deux corps ovoïdes qui formaient ces tumeurs arrivent dans le scrotum. Â lage de dix--neuf ans, Marie devait se marier; ses pa^ rens décidèrent qu'elle serait visitée par un homme de l’art, puisque le chinirgieu chargé de soigner les tuœeure puMiaitqu’elle était blessée de ma-»

EÎère à ne jamais pouvoir contracter mariage. Le docteur WOrbe décide qoe cet individu appartient au sexe masculin. En vertu d’un jugeaient rendu en î8J3, après une nouvelle visite faite par trois médecins . Jlfsrie est déclarée appartenir au sexe masculin, et il lui est çrdonné de quitter ses habits de femme ; son acte de naissance sera et demeurera rectifié. Voici comment le docteur Worbe décrit cet individu â l’âge de vingt-trois ans; « E a les cheveux et les sourcils châtain clair; une barbe blonde commence à cotonner sur la lèvre supérieure et à son mentbn ; lé timbre de sa voix est mâle; sa taille est de 4 pieds W pouces; sa peau est très blanche, et sa constitution robuste ; ses membres sont arrondis, mais bien niu^lés, la conformation du bassin ne présente aucune différence de celui d’un homme ; les genoux né sont pas inclinés Tun vers l’autre ; ses mains sont larges et fortes; les pieds ont des proportions analogues, jusgu’ic Marie n’est qu’un homme ordinaire ; cependant, si l’on considère leê seihS, on les prendrait, à leur volume, pour ceux d’une jeune fille ; mais ils sont pyriformes; leur mamelon est peu saillant; est-il érectile? J’ai cherché à le savoir, je n’ai pu me faire comprendre. Il ne m’a pas semblé que ses seins présentassent au toucher cette structure glanduleuse, caractère spécial de l’organe de la sécrétion du lait. Le pubis est couvert, d’une assez grande quantité de poils, d’une couleur moins foncée que celle des cheveux; ces poils sont rares dans les environs de cette région. Si l’en écarte les cuisses l’une de l’autre, on remarque une feute longitudinale ; les replis de la peau qui la forment sont exactement rapprochés ; on ne voit au-dehors dé cetté fente rien qui annonce les parties génitales du mâle. Qu’avec la main on explore ces partie.s, d’abord on sent deux corps suspendus chacun à un cordon sortant de l’abdomen par l’anneau sus-pubien; celui qui est à droite est plus volumineux ; il descend plus bas que celui qu’on trouve à gauche. On nè peut douter que ces corps ne soient de véritables testicules tenant aux cordons spermatiques, quand on a eu plusieurs fo’s l’occasion de palper ces organes chez différent sujets, tant dans l’état sain que dans l’état malade. En écartant ce qui forme les lèvrés dé cétlé espèce dè vüîvè, on observe supérieurement un gland imperforé. Ce gland est petit, et, pour sa forme, il peut être comparé à l’exlrémité du doigt annulaire d’une maih de moyenne grosseur. Au-dessous de ce corps charnu çonimence un demi^ canal qui vient aboutirà une ouverture située à \ pouce et demi en avant dé la marge de l’anus. Cette ouverture est taillée de derrière en devant, comme une plume à écrire, comme Un cure-dent; c'èU Vdrîficê ëxferné 3ü candi de l’urètre. De ce que je viens d’exposer, il suit que, dans le sujet qui fait la matière de cette dissertation, le scrotum est séparé en deux, logés; qtm chacune contient un testicule ; que ces témoins irrécusables de la virilité sont les tumeurs que le chirurgien de Bu a prises pour des hernies inguinales ; que la vergé est imparfaite ; qu’énfin ce sujet est affligé d’un hypospadias très compliqué » (Bulletin de la Société de la Faculté de médecine, n* 40, année 4815).

B. Il existe des cas où, sans qu’il y ait hypospadiat , le scrotum paraît fendu , et simule plus ou moins une vulve ; cette fente résulte alors d’un renfoncement assez considérable dn raphé , pour que l’on croie à l’existence d’un vagin ; mais on s’aperçoit bientôt que ce n’est qu’un cul-de-sac placé entre le rectum et la vessie.

C. On a vu le gland conformé de manière à présenter une fente qui le faisait ressembler en petit aux parties génitales externes de la femme.

D. Les individus chez lesquels il y a absence ou atrophie des testicules offrent en général les formes extérieures de la femme, quoiqu’ils appartiennent évidemment au sexe masculin. Je ne reviendrai pas sur ce sujet , que j’ai traité à là page 178 ; je me bornerai à citer l’observation suivante :

Un enfant de treize ans, presque idiot, n’avait point de verge, mais on voyait à la place un prépuce d’environ 2 lignes, sous lequel était situé l’urètre ; le scrotum, lisse, sans raphé ni rainure, contenait deux testicules de la grandeur de ceux d’un fœtus , on ne découvrait aucune trace de vagin; le pénil était surchargé de graisse. Le corps de cet enfant, haut de 4 pieds, était d’une grosseur extraordinaire ; il semblait ne former qu’une. masse de graisse: les mamelles étaient aussi vlûmineuses que celles d’une femme très grasse (Home, Transactions philosophiques, année 4779).

Vices d’ organisation chez la femme. E. Il existe des femmes dont les organes génitaux sont parfaitement conformés, si ce n’est que le clitoris présente des dimensions excessives qui lui donnent l’apparence d’un membre viril imperforé : du reste les formes du corps appartiennent d’une manière si prononcée au sexe féminin , qu’il est impossible qu’on soit induit en erreur.

F. Dans d’autres circonstances , la longueur du clitoris n’est pas la seule bizarrerie des parties sexuelles , et l’on découvre en outre quelques-unes des formes qui caractérisent le corps de l’homme. Le fait suivant , observé par Béciard , est trop remarquable pour ne pas être consigné ici' par extrait :

Marie-Madeleine Lefort, âgée de seize ans, paraît appartenir au sexe

maicuiia, si l’on n’a égard qu’à la proportion du tronc, des membres, des épaules et du bassin, à la conformation et aux dimensions de cette dernière (avité, au volume du larynx, au ton de la voix, au développement des poils, et à la forme de Turètre, qui se prolonge au-delà de la symphyse des pubis; elle fait pourtant partie du sexe féminin, comme on peut s’efa convaincre en examinant attentivement les organes génitaux. Lepénü est arrondi et couvert de poils nombreux. Au-dessous de la symphyse des pubis, on aperçoit un clitoris péniforme, long de 27 millimètres dans l’état de flaccidité, susceptible de s’allonger un peu , dans l’érection, muni d’un gland imperforé, creusé inférieurement d’un canal déprimé, à la partie inférieure duquel on voit cinq petits trous placés régulièrement sur la ligne médiane. Au-dessous, et en arrière de ce clitoris, on remarque une vulve à deux lèvres étroites, courtes, minces et garnies de poils, né contenant point de testicules, et s'étendant jusqu’à 10 lignes au-devant de l’anus. Dans l inlervalle des lèvres est une fente très superficielle, sous laquelle la pression fait sentir vaguement un vide au-devant de l’anus. A la racine du clitoris, on voit une ouverture arrondie ; une sonde, introduite par cette ouverture, ne peut être portée dans la vessie ; on la dirige facilement du côté de l’anus, parallèlement au périnée, et alors on peut soulever ou tendre le fond de la vulve, et reconnaître que la membrane qui en réunit les deux lèvres est épaisse à-peu-près deux fois comme la peau, et dense comme elle. La sonde étant portée un peu en arrière et dirigée en haut à la profondeur de 8 à 10 centimètres, on rencontre un obstacle sensible à son contact : cette sonde n’amène point d’urine ; elle ne paraît pas être dans l’urètre, mais bien plutôt dans le vagin ; on la sent à travers une cloison tout-à-fait semblable à la cloison recto-vaginale. A l’endroit où elle s’arrête, on reconnaît avec le doigt, à travers les parois du rectum, un corps qui paraît être le corps de l’utérus. Nulle part on ne découvre de testicules. Marie est réglée depuis l’âge de huit ans, le sang sort à demi coagulé par l’ouverture que nous avons dit exister à la racine du clitoris ; si l’on sonde à cette époque, on retire l’instrument rempli de sang. Persuadée qu’elle est femme, ditBéclard, cette fille éprouve du penchant pour le sexe masculin, et ne paraît pas éloignée de se soumettre à une légère opération, nécessaire pour ouvrir le vagin. Il paraît, en effet, que ce canal existe, et qu’il suffirait, pour le rendre accessible, de pratiquer une Lncision entre les lèvres de la' vulve, depuis l’ouverture placée à la base du clitoris, jusqu’à la commissure postérieure. L’urètre se prolonge sous le clitoris, disposition qui le rapproche du pénis, et qui est fort rare. Il paraît que parmi les ouvertures dont l’urètre est criblé, il y en a une ou plusieurs situées plus profondément que la vulve ; et que, par cette disposition, une partie de l’urine est versée à l’entrée du vagin, et sort ensuite' par l’ouverture de la membrane qui le ferme. Il paraît aussi que le sang menstruel vient par le vagin : peut-être, à son passage sous le clitoris, une partie de ce liquide entre-t-elle dans l’urètre, par des ouvertures postérieures et ca-

chées da canal, pour ressortir par ses ouvertures apparentes {Bulletin d» ' la Société de la Faculté de médecine de Paris, année 4815). |

G. Dans certains cas d’extroversion de la vessie , l’utérus est 1 déplacé , son col sort par l’orifice du vagin , et fait à l’extériew une saillie pins ou moins considérable qui pourrait faire naître des doutes sur le véritable sexe de la personne. Ce déplacement de l’utérus peut arriver surtout à la suite d’qn effort, chez les filles d’un âge adulte , comme l’a remarqué Chaussier. Lohenween rapporte que dans un cas d’extroversion de la vessie, une portion d’intestin grêle, longue de 2 pouces environ, sortait de la cavité pelvienne par dessus le pubis, et simulait le pénis (^Mémoires dé V Académie de Saint- Pétershourg , année 1818. De monstruosâ genitaliuin deformitate , page 342). Ce vice de conformation que l’on peut observer aussi bien chez l’homme que chez la femme , est également propre à induire en erreur sur la véritable nature du sexe.

H. Le prolapsus de l’utérus , congénial ou acquis , donne quelquefois aux organes génitaux de la femme l’apparence des parties génitales de l’homme. Qui ne connaît pas l’histoire de Marguerite Malaure, consignée dans l’Encyclopédie méthodique? Cette femme, que l’on croyait réuiiir les deux sexes, avait une dèscente de matricè dont elle fut parfaitement guérie par Saviard, qui en opéra la réduction. On lit encore dans le mémoire déjà cité de Home , qu’une femme atteinte de la même maladie offrait, à la sortie de l’orifice vaginal externe, un corps long de plusieurs pouces , qui n’était autre chose que le col dé l’utérüs très étroit, et dont la surface , par suite de l’action de l’air, avait perdu sa couleur naturelle, et avait contracté celle des légumens du pénis.

I. Vices de conformation dans lesquels les individus réunissent plusieurs des organes génitaux appartenant àüts deuie sexes. Il n’a été question jusqu’à présent que des individus chez lesquels un examen superficiel pourrait bien faire croire à l’existence de quelques-uns des organes génitaux de la femme chez l’homme , et vice versâ, mais qui , dans la réalité , ne présentent point une pareille réunion. Il n’en est pas de même ici ; on voit effectivement chez lés monstres dont je vais parier

qnelques-üBes des parties génitales appartenant aux deux sexes ; mais aucun d’eux , jusqu’à ce jour, n’a offert l’exemple d’une double organisation assez parfaite pour qu'il lui fût permis de féconder et d’ être fécondé. Les deux observations suivantes, qui sont les plus célèbres en ce genre , mettront cette vérité hors de doute.

1° Hubert- Jean-Pierre, âgé de dix-sept ans, mourut le 23 octobre 1767, D y avait à la symphyse du pubis on corps oblong d’environ 12 centimètres, composé de deux corps caverneux, se terminant par un gland imperforé que recouvrait un prépuce ; l’urètre était remplacé par une espèce de ligament qui s’étendait jusqu’au méat urinaire. Au-dessous se trouvait une grande fente formée par deux replis de la peau représentant assez bien les grandes lèvres de la vulve; la gauche de ces lèvres renfermait un vérita^ ble testicule auquel s’étendait le cordon des vaisseaux spermatiques, et d’où partait un canal déférent qui, passant par l’anneau, allait gagner une vésicule séminale : celle-ci était remplie de sperme, que l’on faisait sortir aisément par le conduit qui s’ouvrait par le veru montanum. La lèvre droite de cette espèce de vulve contenait en partie une poche renfermant une verrée d’un liquide assez limpide, et un corps ayant la figure et la couleur d’un marron un peu arrondi, qui était une matrice imparfaite, n’ayant aucune communication avec tes parties extérieures; le grand diamètre de cette matrice était d’environ 1 pouce et demi, et son petit de 1 pouce ; on voyait à sa partie supérieure, du côté droit, une véritable trompe de Fallope, qui, par son pavillon et par son morceau frangé, embrassait un ovaire bien conformé. En écartant les deux lèvres dont nous avons parlé, on remarquait deux petites crêtes spongieuses, rouges et saillantes, que l’on aurait pu prendre pour les nymphes, mais qui parurent être les débris d’un urètre ouvert dans toute sa longueur. Entre ses crêtes, et à leur partie supérieure, s’ouvrait Vurèire commé dans les femmes, et il y avait au-dessous une ouverture très étroite, rétrécie encore davantage par une membrane semi-lunaire semblable à Yhtjmen. Une petite excroissance, placée latéralement et supérieurement, et qui avait la figure d'une caroncule myrtiforme, contribuait encore à donner à cette ouverture l’ap-^ parence de l’ouverture d’un vagin ; eu incisant celle membrane on voyait que ce prétendu vagin était un canal borgne, une sorte de sac membraneux à surface lisse, ayant plus de 1 pouce de profondeur sur 1 demipouce de diamètre, et placé entre le rectum et la vessie. Maret, à qtii l’on doit une belle description de cet individu, termine ainsi ses observations : («Bne semence prolifique se préparait en vain dans un testicuie, puisque ITmperforalion de la verge et l’euidroit d’où cette liqueur pouvait s’échapper, s’opposaient sensiblement â ce qù’éîle pùt jamais être' d'aucun usage pour perpëtùer l’espêoe humainev Une trompé embrassait en vain un

ovaire bien conformé, puisque la matrice, à laquelle cette trompe abontt». î sait, était borgne et n’avait aucune communication extérieure. En un mot, | Jean-Pierre, qai était femme de la ceinture en haut, homme de la ceintare en bas, et qui, dans le point central, était femme à droite et homme à gan- | che, n'était cependant, dans le lait, ni l’un ni l’autre ; et son état, quiaug- j; mente le nombre de cette espèce de monstres, rend l’existence des hermaphrodites parfaits bien peu \m\&evüh\dh\e y> [Mémoires de l’Académie k Dijon, tome n).

2° Un individu, âgé de vingt-huit ans, d’une taille svelte, dont les traits étaient mâles et le teint brun, le larynx, la voix et les manières semblables à ceux d'une femme, et qui avait un peu de barbe, présentait, au rapport i du docteur Handy, l’ensemble le plus parfait qui ait été observé jusqu’ici, ' des organes génitaux des deux sexes. Examiné à Lisbonne enavriH807, on put se convaincre que le pubis, les testicules et le scrotum offraient la situation, le volume et la forme qu’ils présentent chez l’homme adulte; il avait un pénis érectile, dont le gland était recouvert en entier d’un prépuce également érectile, et percé d’un canal jusqu’au tiers de sa longueur. Les organes du sexe féminin étaient semblables à ceux d’une femme bien conformée, excepté que les grandes lèvres étaient plus petites et plus rapprochées de l’urètre ; le poil qui les revêtait était peu abondant ; les cuisses étaient moins grosses que chez les autres femmes, les os iliaques très petits et peu éloignés l’un de l’autre; la menstruation avait lieu tous les mois. Pendant le coït le pénis entrait en érectioni La grossesse avait eu lieu deux fois, et s’était terminée prématurément au troisième et au cinquième mois {Medical repository, n°4o). Il est évident que cet individu appartenait au sexe féminin, puisqu’il en avait toutes les parties sexuelles, qu’il était réglé, qu’il avait été fécondé, et que d’ailleurs la verge, dont l’urètre était imparfait, ne pouvait remplir aucune fonction.

Après avoir fait connaître les diverses dispositions anatomiques que peuvent affecter les organes génitaux, je dois m’occuper de la solution des questions que le magistrat peut adresser au médecin.

1° Comment lorsqu il s’ agit de constater V état civil d’une personne , parviendra-t-on à connaître le sexe auquel elle appartient ? Il est difficile d’admettre que les vices de conformation rangés sous les litres, A, B, C, D, E, F, G et H (^Voy. pages 198 et suivantes) puissent donner lieu à de grandes difficultés , lorsqu’on les examine attentivement ; il n’en est pas de même de ceux dont j’ai parlé en dernier lieu (I). Voici quelques considérations judicieuses qui me paraissent devoir servir de guide au médecin que des problèmes de celte nature mettraient

dans l’embarras ; je les ai puisées dans l’article Hermaphro^ niSRE du Dictionnaire des sciences médicales^ si bien traité par mon savant confrère Marc. 1° L’examen extérieur des parties de la génération ne saurait être entrepris avec trop de soin et d’exactitude; on devra autant que possible , et sans blesser ni sans exciter une vive douleur, sonder les ouvertures qui s’y présentent, afin de connaître leur étendue et leur direction. 2° L’inspection de toute la surface du corps n’est pas moins essentielle , afin de pouvoir déterminer la prédominance des caractères constitutionnels de l’un et de l’autre sexe. 3° A cet effet, on devra également observer long-temps, et à plusieurs reprises, les goûts , les propensions des individus dont il s’agira de constater le sexe : dans l’application des résultats qui découleront de cette observation , on devra, surtout s’attacher à ne pas confondre les habitudes résultantes de la position sociale des individus avec les propensions innées, ou qui dépendent de la constitution organique. k° Une circonstance bien importante dans les cas équivoques , c’est de s’assurer s’il s’établit , par une ouverture quelconque des parties sexuelles , une excrétion sanguine périodique , attendu qu’elle seule est déjà presque suffisante pour prouver qu’il y a prédominance du sexe féminin. 5" Rien ne conduit plus aisément à des erreurs que de prétendre dans tous les cas déterminer, jpeu de temps après la naissaviee, le sexe d’enfans dont les parties génitales ne sont pas régulières. Lorsque la conformation de l’individu laisse le moindre doute sur le véritable sexe, il est convenable d’en avertir l’autorité, et d’employer s’il le faut des années à observer le développement progressif du physique comme du moral , plutôt que de hasarder sur le sexe un jugement que des phénomènes subséquens pourraient tôt ou tard renverser. 6° On ne devra tirer parti qu’avec une certaine réserve des déclarations de l’individu , ou des personnes qui ont des liaisons directes avec lui ; on examinera surtout si ces déclarations sont de nature à être fondées sur un motif d’intérêt.

Qu’il me soit permis , en terminant ces considérations , de faire sentir encore combien il importe d’y avoir égard. La détermination du sexe a été quelquefois tellement difficile , que des médecins également habiles ont émis des opinions contr^5res, en

déclaraiit , les uns que l’individu soumis à lem' examen appartenait au sexe masculin , tandis que les autres le regardaient comme faisant partie du sexe féminin. L’exemple suivant en est une preuve certaine.

Marie Derrier, âgée de vingt- trois ans, offre une sorte de pénis imperforé, près de la racine duquel se trouve un frein qui se termine, en descendant de chaque côté et jusqu’au périnée, en deux replis de la peau flasques et ridés. On ne voit ni nymphes, ni traces de vagin, ni testicules, ni barbe, ni gorge; l’urine sort par une ouverture particulière; la voix est faible et efféminée, la slruclure petite et débile. Hufeland et Mursinna déclarent qu’elle est fille; Stark et Martens, au contraire, la rangent parmi les garçons ; Metzger, à qui j'ai emprunté ce fait, dit que Derner n’est, ni homme ni femme {Gericht. med. Abh. 1 , page 177). Je pense que cet individu doit être assimilé à ceux dont j’ai parlé à la page 200, D.

2° Les individus atteints de ces vices de conformation doivent-ils être déclarés impuissans ? En faisant consister l’impuissance dans l’impossibilité physique d’exercer le coït, il est évident que quelques-uns de ces monstres sont impuissans : tels sont ceux dont j’ai déjà fait mention à l’article ImpuissanOe, auquel je renvoie (voyez page 180. Imperfection de la verge, hypospades et épispades'), et ceux qui , réunissant plusieurs des organes génitaux des deux sexes , ne présentent pourtant pas l’ensemble parfait des parties sexuelles de l'homme ou de la femme : Jean-Pierre Hubert, si bien décrit par Maret, était dans ce cas (Poyez page 203). Tous ceux dont les organes génitaux sont conformés de manière à ce que le coït puisse s’exercer doivent être déclarés puissans : peu importe , en effet, qu’un individu doué de toutes les parties nécessaires pour qué la copulation ait lieu , offre en outre quelques-uns des organes génitaux de l’autre sexe, ou des parties qui les simulent : aussi je me garderai bien d’accuser d’impuissance la femme dont la description a été donnée au docteur Handy, et chez laquelle les oi ganes du sexe féminin étaient parfaitement bien conformés (F oyez page 20à).

Il est inutile de faire sentir que la possibilité d’exerCer le coït; que j’accorde à quelques-uns de ces individus monstrueux , n’entraîne pas nécessairement la faculté de féconder ou d’être

fécondé. Ici , comme pour les personnes les mieux conformées , plusieurs causes physiques , inaccessibles à nos sens , peuvent s’opposer à ce que le coït soit fécond. Je ne reviendrai pas non plus sur ce qui a été dit au sujet de l’impuissance qui

s’applique aussi bien à ces personnes qu’aux autres.

5IBLIOGEÂPHIE.

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Des maladies que Von a considérées à tort comme des motifs de nullité de mariage.

En parlant de X erreur sur la personne , je n’ai fait mention que de l’impuissance et des vices de conformation des organes génitaux qui donnent à un individu l’apparence d’un sexe dont il ne fait point partie. Fodéré pense « qu’il faut y joindre le cas d’un individu portant le germe de maladies hideuses propres à faire passer une vie pleine de calamités , au lieu de ce surcroît de bon-

heur que l’on croyait trouver » (JMéd. légale^ tome i, page 354). Toici les maladies qu’il indique comme pouvant entraîner la nullité du mariage : l’épilepsie , la manie , l’ozène et autres puan- | leurs , la syphilis , les indurations , le cancer et les ulcères de l’utérus , les perles utérines considérables , en rouge ou en blanc, les polypes de la matrice et du vagin (^Art. Mariage du Dictionnaire des sciences médicales). Le même professeur ajoute ailleurs : « L’intérêt des époux, comme celui des mœurs, exige qu’on demande la nullité du mariage aussitôt qu’on a reconnu X erreur., quel que soit le temps écoulé depuis sa célébration , puisqu’en parlant des six mois la loi ne dit pas depuis le mariage, mais depuis que V époux a reconnu l’erreur (Méd. . légale^ tome i, page 365). . •

Cette opinion est inadmissible; en l’adoptant on serait conduit à ce résultat véritablement fâcheux, qu’un mari pourrait demander la nullité d’un mariage contracté depuis dix , quinze ou vingt ans, parce que la femme présenterait alors des symptômes d’une de ces maladies , le cancer de la matrice , par exemple, dont elle portait le germe depuis long-temps. Je pense même que Fodéré modifiera sa manière de voir à cet égard, car nous trouvons déjà à la page 388 du même volume une assertion contraire à celle qu’il a émise un peu avant. « Il est vraisemblable , dit ce professeur, qu’une femme attaquée de ces maladies (le cancer et les ulcérations de la matrice et du vagin) ne recherche pas le mariage; que si elles survenaient après qu’il aurait eu elles ne pourraient plus être admises comme fins de nullité. »

Les maladies dont il s’agit ne constituent point ce que les jurisconsultes appellent erreur sur la pèrsonne ; la législation actuelle ne les considère point comme des motifs d’opposition au mariage ; aucune de ses dispositions ne permet de les regarder comme pouvant entraîner sa nullité , et il suffit de réfléchir un instant pour adopter cette manière de voir; en effet plusieurs de ces affections sont guérissables , d’autres sont souvent au-dessus des ressources de l’art, mais ne s’opposent point à la procréation : tel est le cancer de l’utérus ; enfin , il en est qui rentrent plutôt dans la classe des incommodités que dans celle des maladies , comme certaines puanteurs.

Cds de séparation de cotps.

La législation actuelle n’autorise plus le divorce. Les deux premiers articles de la loi rendue le 8 mai 1816 sont ainsi conçus : 1“ Le divorce est aboli ; 2“ toutes demandes et instances en divorce , pour causes déterminées , sont converties en demandes et instances en séparation de corps. » Le médecin qui voudra connaître les cas de séparation de, corps où son avis pourra être requis , devra donc consulter ceux des articles de la loi sur le divorce qui le concernent. Voici ces articles.

« 4° Le mari poiura demander le divorce pour cause d’adultère de sa femme ; 2“ la femme pourra demander le divorce pour cause d’adultère de son mari , lorsqu’il aura tenu sa concubine dans la maison commune 3" les époux pourront réciproquement demander le divorce pour excès , sévices ou injures graves de l’un d’eux envers l’autre » (Art. 229, 230 et 238 du Code civil, chap. \ Des causes du divorce).

Ainsi l’homme de l’art sera quelquefois tenu de décider, dans une accusation d'adultère , si l’enfant qui vient de naître est à terme : c’est , par exemple , lorsque le père prouve avoir été absent pendant les quatre ou cinq mois qui o nt suivi l’époque présumée de la conception; car alors l’adultère est incontestable. (Voyez Infanticide). Dans une autre circonstance il faudra constater une maladie vénérienne , non pas qu’à l’imitation de certains auteurs je regarde l’existence de cette affection chez une femme dont le mari est sain comme une preuve irrécusable d’adultère (1), mais parce qu’elle a été considérée comme un séviçe ou injure grave par quelques tribunaux , quoique d’autres aient émis une opinion contraire. Je franchirais les limites que je me suis tracées, en examinant si la maladie vénérienne doit être regardée comme mi sévice : c’est aux jurisconsultes à résoudre

(1) En effet, la syphilis peut se propager d’un hourrissou à la mère pendant l’allaitement; un verre dans lequel aura bu une personne atteinte de la syphilis pourra communiquer la maladie à un individu qui s’en servira immédiatement après, et avant que le verre ait été posé sur une table ; il en est de même d’une cuiller qui aura été portée d’une bouche à l’autre sans avoir été essuyée, et peu de temps après que la personne affectée en aura fait usage, etc.; d’ailleurs la syphilis peut êh-e héréditaire .

la question ; il me suffit de savoir que l’opinion des tribunaux pouvant varier à cét égard ^ il se présentera peut-être un cas où le médecin sera requis de donner son avis. Dès-;lors on s’attachera à démontrer que la maladie est réellement vénérienne, et , pour y parvenir, on ne négligera aucune recherche, car le problème est souvent d’une solution difficile , et l’on prévoit l’atteinte portée à l’honneur si, d’après un examen superficiel, on commettait une méprise : il faut distinguer à l’aide des moyens que tous les médecins connaissent, et qu’il serait trop long d’exposer ici, si les écoulemens et les autres affections des parties génitales , de l’œil, de l’arrière-bouche , des os, etc. , sont de nature syphilitique ; on cherchera ensuite à décider quelle a été l’origine de l’infection, si la maladie a commencé par le mari ôü par la femme , et l’on n’oubliera pas qu’elle peut être héréditaire , et que son existence ne suppose pas toujours que l’époux ait contracté une union criminelle, comme je l’ai dit à la page 209.

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