‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiquesChapitre 49 sur 55 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Butréfaction de cadavres d’enfans à terme ou âgés de quelques jours , nus ou eaveioppés d’une serpillière ou d’un drap, et enterrés au cimetière de Bicêtre, dans des bières de sapin neuf de 3 centim. d’épaisseur , ou dans des boîtes plus minces.

îjÉcaopsiE 21®.

Un enfant du sexe féminin, mort-né, le 3 juin 1823 , parce que le placenta s’était détaché trop tôt, fut enterré le même jour. Voici quel était son état avant l’inhumation. La partie postérieure des oreilles, les commissures des paupières, le dos, le périnée, la région inguinale, mais surtout la partie interne des grandes lèvres, étaient couverts d’un enduit sébacé -, le cordon était coupé et légèrement lié à 4 5 centim. de distance de l’ombilic. Les articulations des membres étaient mobiles , la peau turgescente , le ventre flasque , et le bout du cordon comme gélatineux. Les paupières et les lèvres étaient fermées ; les oreilles s’écartaient un peu de la tête : le dos était le siège de plusieurs lividités cadavériques d’un rouge bleuâtre , tandis que partout ailleurs le corps était d’une teinte uniforme , blanc rougeâtre. Le cadavre était encore chaud sous les aisselles 'et aux aines j il exhalait à peine une faible odeur animale. La température était de 46° R.

On l’enterra nu , couché sur le dos , dans une fosse de 4 mètre de profondeur, récemment creusée dans un jardin , et on le recouvrit de 30 centimètres de terre.

Le O juin, la fosse fut ouverte ; la température du fond de cette fosse était de 9° R. Le cadavre est raide, toutes les articulations immobiles ; la peau ne peut être soulevée et garde les impressions des doigts que l’on y enfonce. Les os du crâne ne se déplacent pas. La tête est un peu comprimée des deux côtés ; le nez et les lèvres offrent aussi des traces de pression. Le bras gauche a perdu sa forme cylindrique , et l’abdomen est un peu

enfoncé. La couleur du cadavre est plus pâle qu’avant l’enterrement. Les' paupières, le nez et quelques autres parties sont d’un blanc jaunâtre ; les fesses et l’épaule droite sont couvertes de taches d’un blanc foncé sale. Les environs de l’ombilic sont couleur de minium ; les yeux sont ternes, les lèvres légèrement brunâtres , les mamelons d’un bleu brun , les ongles des doigts et des orteils d’un bleu rouge pâle. Le cadavre est remis dans la fosse et couvert de terre.

6 août. La température de l’atmosphère a varié depuis le 5 juin, jusqu’à ce jour, de 4 5° à 25° R.; aujourd’hui elle est à 20° à l’air, et à 4 4° sous terre. Les 30 premiers centimètres de terre enlevés sont assez secs; les seconds sont plus frais, et les troisièmes en quelque sorte humides. La portion de terre qui entoure immédiatement le cadavre, ressemble à une fourmillière, tant elle est travaillée et en mouvement. Des milliers d'aleocharia parcourent les environs. Le cadavre est encore entier, mais considérablement changé ; il semble plus élargi ; de la terre a pénétré dans les intervalles du corps; toutes les parties paraissent avoir été comprimées de haut en bas, suivant leur position respective. Les formes des parties molles sont détruites , les traits du visage effacés ; les cavités sont ouvertes , et il en sort des lambeaux de viscères : toute élasticité a disparu. Les cheveux se détachent facilement ; les os de la tête tiennent à peine ensemble. Les cartilages des oreilles et du nez tombent lorsqu’on les touche;- l’épiderme manque presque partout ; on ne le trouve que là où deux surfaces cutanées ont été en contact immédiat; le derme, déchiré partout, bosselé, comme s’il était couvert de verrues , est onctueux; la graisse semble, formée de deux substances ; elle est moins molle et grumeleuse sur certains points , plus molle et visqueuse sur d’autres. Des bulles de gaz se remarquent çà et là sur le tissu musculaire, surtout dans les interstices des muscles et au voisinage des os. La chair est visqueuse et se déchire sous les doigts. Les tendons, lesligamens et les aponévroses sont mieux conservés. Les os et les cartilages sont encore en rapport ; quelques phalanges des doigts se sont détachées. L’épiderme est d’un blanc de lait sale; le derme sous-jacent est marbré de rouge gris et d’un blanc grisâtre ; là où la cuticule est détruite il est d’un brun rougeâtre. On observe çà et là, à la surface du corps, des champignons verts, des spovotricha ; la graisse a un aspect blanc rougeâtre, plus décidé à sa face interne qu’à l’externe. La chair musculaire est rougeâtre tirant sur le jaune brun , aux endroits où la couche en est fort épaisse, elle a une couleur rouge clair, tirant sur le rose. Les os larges de la tête sont dégarnis de derme ; ils offrent un ton jaune brun , voisin du rougeâtre , interrompu par des taches sales, plus foncées en couleur. Les lambeaux des viscères qui sortent des cavités sont d’un rouge brun ; l’odeur est empyreumatique , plus fétide au voisinage des couches musculaires épaisses. La fosse fut comblée de nouveau.

30 septembre. La température de l’atmosphère est de 47*’ ; à 65 centim. sous terre, le thermomètre marque 4 0°. Arrivé à la place du cadavre, on

ne trotive plas de trace dés parties molles, si ce n’est un grand grumeau de terre humide parcouru par des galeries du diamètre d’uné plume de corbeau. Ên poussant plus avant, on découvre enfin un paquet de cheveux, attaché à un lambeau de peau blanche, mince, friable et inodore. Toute la masse externe fut alors enlevée ; misé sur une planche, elle se divisa en plusieurs grumeaux, dont chacun contenait quelques restes de l’enfant. Aux points de jonction des grumeaux de terre, envoyait la substance du cadavre qui leur avait servi de noyau; mais il fut impossible de déterminer quelles parties étaient contenues dans Chaque grumeau. La portion de la colonne vertébrale fut seule reconnue, parle moyen des arcs des vertèbres, qui, quoique séparés, étaient retenus ensemble par de la terre et de la graisse. Les membres furent reconnus aux os longs ; les mains et les pieds aux os des phalanges. La charpente osseuse de la tête était entièrement en morceaux ; un peu de substance cérébrale, parcourue par des stries blanches et brunâtres, et d’un rouge pâle, de consistance onctueuse, adhérait aux os crâniens. A la place du derme et du tissu adipeux, il y avait un peu de gras de cadavre ; ce gras était friable, blanc, et çà etlàrougeâtre et jaunâtre; on y voyait aussi des taches d’un bleu foncé. Ces espèces d’écorces, formées de gras de cadavre, et situées à la place qui était auparavant occupée par les membres, entouraient un tissu fibrêux, comme de la mousse, qui semblait être formée par des restes de vaisseaux, d’aponévroses et de tendons. Le ton fondamental de ce tissu était le brun, qui tirait tantôt sur lé jauné terreux, tantôt sur le noir. On y voyait des groupes de champignons blancs et verts. Les ôs étaient d’un jaune sale, les épiphyses colorées en brun, en partie noirâtres. Il n’y avait plus de traces des viscères thoraciques et abdominaux : Fodeur était celle de la terre de jardin fraîchement remuée (Giintz. Der Leichnam des Menschen, etc.; ou le cadavre de l’homme dans ses transformations physiques, etc., Leipzig, 1827).

NÉCROPSIE 22®.

N***, enfant mâle, âgé de vingt-cinq jours, mort le ft septembre 4828 au soir, enterré le lendemain dans la journée, fut exhumé le 29 novembre, deux mois dix-^sept jours après l’inhumation. La température moyenne de l’atmosphère avait été de 4 6,6-1-0° en septembre, de 4 0,8-f 0° en octobre, et de 7,4-f-0° en novembre.

La bière est en peuplier de 9 millimètres d’épaisseur, parfaitement jointe et à peine altérée; elle est humide et brunâtre à l’intérieur, surtout à la partie interne de la paroi inférieure, où l’on voit une grande quantité de larves. Le drap, quoique d’une étoffe assez serrée, se déchire avec beaucoup de facilité, principalement aux portions qui correspondent à la tête et aux pieds ; il est très humide, et d’un brun verdâtre taché de noir dans plusieurs endroits ; on ne voit pas, comme dans la nécropsie 47«, que le3 parties qui sont au-delà de la tête et des pieds soient blanches.

Aspect du cadavre. Il est complètement enveloppé dans le drap, éf èô grande partie rédnit au squelette; il ne paraît offrir de parties molles qu’au thorax et à l’abdomen. La tête, très affaissée et désarticulée, est éloignée du tronc; dans l’intervalle, on trouve les débris des vertèbres cervicales. Le thorax et l’abdomen tiennent encore ensemble. Le bras gauche est accolé au thorax; l’avant-bras du même côté, qui tient encore âu bras et à la main, est placé sur l’abdomen, et croise l’avant-bras droit qui est également appuyé sur les parois abdominales, et qui tient aussi à la main correspondante. Les os des membres inférieurs sont entièrement désarticulés, dépouillés de parties molles, et éloignés des positions qu’ils devraient occuper, à l’exception des deux fémurs, qui conservent à-peu-près leurs rapports avec le bassin, auquel ils ne tiennent cependant plus.

Tête. La tête n’offre plus qu’un ensemble d’os désarticulés, et séparés les uns des autres, sans aucune partie molle tégumentaire : on vmit des cheveux longs accolés sur le coronal, les pariétaux et l’occipital ; l’intérieur des pariétaux contient environ une cuillerée d’une bouillie rosée, mêlée de stries blanchâtres, semblables à celles que l’on trouve souvent dans les ramollissemens des corps striés du cerveau. Des cheveux en assez grande quantité sont accolés sur la portion du drap sur laquelle reposent les os du crâné.

Col. On ne voit au cou que diverses portions osseuses qui composent les vertèbrescervicales et plusieurs des os delà face; mais ces os ne nagent pas, comme chez le sujet de la nécrôpsie précédente, au milieu d’une bouilliè.

Thorax. Les clavicules, complètement dépouillées des parties molles, tiennent encore au sternum par leurs extrémités internes. Les parois osseuses du thorax sont entières, et maintenues dans leurs rapports par des parties molles très amincies, de couleur brün verdâtre, et même noire pàr places, dans lesquelles on peut réconnaître aisément des fibres musculaires. Les cartilages tiennent encore aux côtes et âu sternum, mais ils ont perdu leur élasticité. Les poumons, gris dans quelques points et d’un bleu ardoise foncé dans d’autres, sont entiers, ramollis, emphysémateux, plus légers que l’éau, et de forme presque ordinaire ; il est impossible de reconnaître leur structure. Le cœur, très mou, de couleur ardoise très foncée, très aplati, offre d’une manière distincte toutes les cavités, les piliers et les autres parties qui le composent; il est vide ; sa surface interne est encore plus foncée que l’externe. Le diaphragme est entier, et laisse facilement apercevoir le centre tendineux. On reconnaît aussi à merveille le médiastin.

Abdomen. L’enveloppe abdominale de couleur jaune, grise, verdâtre et noirâtre par places, est très amincie, facile à déchirer et couverte çà et là de lambeaux d’épiderme d’un gris noirâtre; elle paraît formée par la peau, par des fibres musculaires et par lé péritoine. En incisant l’abdomen, on voit les viscères abdominaux, et on est frappé de la teinte noire que présentent ceux d’entre eux qui avoisinent le foie, tels que l’estomac, la portion droite du diaphragme, etc. ; cette nuaiice est évidemment due à la transsadatieu

d’une matière noire qui colore le foie. L’estomac serait dans l’état naturel s’il n’était pas aminci, et teint comme je viens de le dire. Les intestins sont aussi plus minces, mais conservent leurs formes. Le foie, tirant sur le vert-bouteille, occupe la place ordinaire ; il est ramolli, et laisse apercevoir les deux lobes, les sillons de sa face inférieure, et la vésicule biliaire qui est presque noire en dehors ; l’intérieur de cette poche contient une matière semblable à de . la suie mouillée, qui, étant enlevée, met à nu la membrane interne, d’un jaune verdâtre. La rate conserve à-peu-près sa forme; elle est ramollie, et d’une couleur analogue à celle du foie, quoique moins foncée à l’extérieur; elle est presque noire à l’intérieur. Les reins sont très petits, très minces, noirâtres dans la portion qui correspond au foie et à la rate, et surmontés des capsules surrénales qui sont bien jiistinctes; lorsqu’on les incise on ne découvre plus les diverses substances qui les composent; toutefois, on reconnaît bien les calices. Il est impossible de distinguer les parties génitales ni la vessie.

Membres. L’omoplate tient au tronc par des portions membraneuses, restes de la peau et des muscles; des parties semblables joignent les membres supérieurs à l’omoplate. On voit encore quelques parties molles autour du bras et de J’avant-bras gauches, et de l’avant-bras droit. On peut reconnaître les cartilages du carpe à gauche et à droite ; les autres parties de la main gauche ne tiennent plus entre elles ; le carpe, le métacarpe et presque toutes les phalanges de la main, quoique désarticulées, sont encore maintenues par un reste des tégumensde la paume de la main.

Les os du bassin et des membres inférieurs sont séparés les uns des autres.

La face ‘postérieure du tronc est d’une couleur très foncée à droite, surtout inférieurement, où elle présente absolument la même couleur que le foie; du côté opposé, la teinte est d’un gris légèrement livide. La partie moyenne et les parties latérales supérieures du tronc offrent encore de l’épiderme facile à enlever, et de la peau amincie qui conserve cependant assez de force ; en incisant ces tégumens, on découvre quelques fibres musculaires et tendineuses très ramollies.

La moelle épinière est entièrement détruite ; mais on découvre encore les membranes qui l’enveloppent dans l’état naturel. Le faisceau de nerfs, connu sous le nom de queue de cheval, est très distinct quoique ramolli.

NÉCROPSIE 23®.

X***, enfant mâle, âgé d’un mois dix-neuf jours, mort le 9 septembre 4828 au soir, enterré le 4 0 du même mois dans la journée, a été exhumé le 29 novembre, deux mois vingt jours après l’inhumation (Voyez la nécropsiE précédente pour la température atmosphérique;.

La bière, en sapin, de 3 centim. d’épaisseur, est entière, parfaitement jointe et presque comme neuve : l’intérieur de ses parois latérales et du

couYcrde est humide et branâtre ; cette coloration est beaucoup plus marquée à la face interne de la paroi inférieure.

Le drap, de consistance ordinaire, ne peut pas être déchiré ; il recouvre tout le corps; les portions qui sont au-delà de la tête et des extrémités, offrentla couleur du linge mouillé ; les autres qui louchent le corps sont d’an gris verdâtre; on voit à l’intérieur une assez grande quantité de chrysalides rougeâtres, de larves d’un blanc jaunâtre, sans mouvement, et de mouches, dont quelques-unes sont vivantes. La surface externe de ce drap présente quatre plaques d’une matière grasse, d’une rose jaunâtre, qui a transsudé à travers son tissu ; ces plaques occupent les parties correspondantes du thorax et de l’abdomen. En arrière, le drap est très humide, de couleur livide, brunâtre et même noirâtre.

Le cadavre, découvert, ne présente plus que les débris d’un squelette presque entièrement désarticulé, et quelques parties molles, qui sont, la paroi antérieure de l’abdomen, et la matière cérébrale ; celle-ci est fluide, et s’est écoulée par suite de la désunion des os du crâne ; on la trouve répandue sur les vertèbres cervicales, sur. les premières vertèbres dorsales, et sur les côtés de la partie supérieure de la cavité thoracique. Les os qui composent le squelette, quoique n’ofirant pas les rapports qu’on leur connaît, occupent cependant à-peu-près la place qu’ils occuperaient si ces rapports n’avaient pas été détruits r j’excepte toutefois les os de la face, qui sont en partie tombés dans la bouillie cérébrale qui est au-devant des vertèbres cervicales.

La tête est inclinée à gauche. Les os sont dénudés , à l’exception d’un petit nombre de points qui sont recouverts d’une membrane épidermoïde très mince, de couleur bistre clair, à la surface de laquelle sont accolés une assez grande quantité de petits cheveux. Les deux portions ducoronal sont entièrement séparées. Les pariétaux tiennent encore entre eux, ainsi qu’àla portion gauche du coronal et de l’occipital, Lesphénoïde, les temporaux et tous les os de la face sont séparés . Il n’y a aucun vestige d’yeux ni de langue. La partie latérale gauche du crâne, la plus déclive, contient dans son intérieur environ 30 gramm. de bouillie cérébrale, d’un rose jaunâtre par places, brunâtre dans d’autres , dans laquelle il est impossible de distinguer aucun des organes qui composent le cerveau, pas plus que les matières blanche et grise ; on y découvre cependant encore des lambeaux de la dure-mère.

Col. On ne peut reconnaître aucune des parties qui composent le col, cette région n’étant occupée que par une matière molle et fluide, reste du cerveau, dans laquelle nagent les os de la face, les clavicules, les omoplates, et probablement les cartilages du larynx, qu’il est impossible de retrouver.

Thorax. A gauche, les côtes sont entièrement dénudées , privées deleurs cartilages sternaux, etne tiennent aux vertèbres que par quelques parties molles; elles conservent à-peu-près leurs rapports naturels, quoiqu’il n’y

ait plus de traces des muscles intercostaux ; à droite, les quatre dernières côtes sternales sont encore munies de leurs cartilages, qui sont aplatis, minces, très mous et nullement élastiques ; ces côtes, ainsi que les asterpales du même côté, sont réunies entre elles par une membrane d’un vert brunâtre, qui ne peut être que le reste des muscles intercostaux, de la plèvre, et de, la peau. Le sternum manque, et les pièces qui le composent se retrouvent dans la bouillie cérébrale dont j’ai déjà parlé; l’absence de cet os et d’une grande partie des cartilages sternaux fait paraître l’ouverture du thorax très grande. On aperçoit, à la place qu’occupe ordinairement le cœur, une masse molle, brunâtre, qui semble être le débris de cet organe, quoiqu’il soit impossible d’y distinguer les diverses parties qui le composent; à droite de cette masse, on voit le poumon de ce côté, sous forme d’une masse d’un brun verdâtre, très fétide et ramollie, non cr^itante, et emphysémateuse à la surface. On trouve une portion du diaphragme à droite.

Abdomen. Cette cavité est entièrement fermée en avant par une membrane de couleur bistre en haut et au milieu, et d’un jaune sale aux parties inférieures et latérales. Cette membrane, peu épaisse, ne paraît formée que par les portions aponévrotiques très amincies ; du moins on n’y découvre plus de traces de fibres musculaires : en l’incisant, on voit les vis^ cères abdominaux qui sont bien conservés. L’estomac, vide, de couleur brun noir, surtout à l’extérieur, doit évidemment cette teinte à une matière noire qui colore le foie, et qui transsude. Les intestins, très amincis, offrent la couleur qui leur est propre. Le mésentère est parfaitement eonservé. Le foie, peu consistant et beaucoup moins volumineux qu’il ne devait i’étre à cet âge, est d’un vert nqirâtre, et présente quelques larves à sa surface ; on y voit encore la veine ombilicale, le sillon qui la loge et le sinus de la veine-porte ; en l’incisant, on distingue bien les vaisseaux sanguins, mais on ne peutpius reconnaître la structure qui appartient à cet organe. La vésicule biliaire est parfaitement reconnaissable à sa^forme et à sa sitaation ; elle est d’un vert plus foncé que dans l’état naturel. La rate est réduite à une bouillie noirâtre comme du cambouis. La vessie est entière, vide, très lisse et de couleur naturelle. La verge et le scrotum , reconnaissables surtout par la place qu’ils occupent, sont aplatis et comme membraneux. Les nerfs lombaires sont très apparens. Dans les fosses iliaques. on voit des fibres des muscles psoas, mais beaucoup plus pâles que dans l’état naturel.

Membres.l.di cuisse gauche et la partie supérieure de lacuissedrOite'sont recouvertes de parties molles d’un jaune brunâtre, assez difficiles à déchirer, dans lesquelles on trouve des restes membraneux qui semblent aponévrotiques, à l’exception de quelques fibres musculaires, d’un rose pâle. Les deux fémurs tiennentassez fortement au bassin par les parties molles; les cartilages de leurs extrémités supérieures sont réduits à une sorte de , gelée roussâtre.

Les membres thoraciques offrent à peine des traces de parties molles, et les os qui les composent sont désarticulés.

La partie postérieure du tronc est pourvue d’une assez grande quantité de parties molles , qui sont des débris de l’épiderme et de la peau : on voit même près des masses apophysaires des vertèbres, des fibres musai-!laires et tendineuses. En général , ces diverses parties, excepté la peau, sont peu consistantes : leur couleur livide foncé , est tachée de noir, surtout à la portion correspondante au foie. La paroi abdominale postérieure est conservée à droite ; mais elle est entièrement détruite à gauche.

Les os n’offrent rien de remarquable ; leurs extrémités sont dépourvues d’épiphyses.

ÎÎÉCROPSIE 24e.

X., enfant mâle, âgé d’un mois dix jours, mort le 43 septembre 4828 à midi, enterré le lendemain, dans une bière de sapin, épaisse de 3 centim. environ, futexhumé le 45 juin 4829, neufmois deux jours après l’inhumation.

La bière est entière ; elle offre à l’extérieur presque le même aspect qu’elleavait avant d’être mise dans la- terre ; elle est seulement un peu plus humide ; en l’ouvrant, on trouve le corps enveloppé dans le drap, qui est entier. La face interne de son couvercle, et ses faces latérales internes sont couvertes d’une couche un peu épaisse d’une moisissure blanche dans la partie supérieure, et .présentent inférieurement une couleur brunâtre, semblable à celle du fond de la boîte. Le linceul, d’un gris verdâtre supérieurement , offre inférieurement l’aspèct d’un linge mouillé : vers sa partie inférieure, on trouve de petites chrysalides blanchâtres, et une quantité considérable de mouches extrêmement petites, noires, se remuant à . la surface du drap. En ouvrant celui-ci, on ne trouve plus que des restes assez informes du corps, qui est presque entièrement réduit à ses parti esosseuses, dans lesquelles on reconnaît, supérieurement, le squelette de la tê te et des membres supérieurs, à la partie moyenne^ la colonne vertébrale, et infOTeurmnent, les membres abdominaux.

Au milieu des os de la partie supérieure qui tiennent encore un peu entre eux de manière à laisser reconnaître le crâne, on remarque la masse cérébrale sous forme d’une substance blanchâtre mêlée de rose, glutineuse, peu fétide, et de la consistance d’une bouillie un peu mole ; les os de la face sont épars à la surface de cette bouillie. On trouve un peu plus bas des portions des vertèbres du cou, les omoplates, et l’osmaxillaire inférieur partagé en deux fragmens.

Les parties osseuses qui forment le thorax et l’abdomen sont toutes séparées les unes des autres, et plongent dans un matière grasse, de la consistance d’une bouillie, '^blanche à sa surface, noirâtre ou noire dans d’aufres parties : cette matière grasse me paraît remplacer le foie et les

poumons. On ne trouve plus aucune trace de peau dans les régions thoracique et abdominale.

Les os des membres sont entièrement dénudés ; ceux des membres inférieurs sont presque secs, et ceux des membres supérieurs sont enduits de cette bouillie graisseuse qui représentait les restes du cerveau.- Les os du crâne sont enduits d’une couche peu épaisse d’une espèce de corps gras, auquel sont accolés des cheveux.

Le fond delà bière est très humide, et d’une couleur brune ; on voit à la surface une grande quantité de ces larves blanches dont j’ai déjà parlé dans la description d’autres cadavres. La partie postérieure du drap présente une couleur verdâtre foncée; il est enduit de la matière grasse quia été décrite plus haut, et dont la couleur varie suivant que la portion que l’on examine correspond au crâne, à l’abdomen ou au thorax.

Putréfaction des cadavres d’adultes nus, renfermés dans des bières de sapin de] 4 à 6 miüim. d’épaisseur, et enterrés dans un coin du jardin de ja Faculté de médecine de Paris, ou ailleurs.

NÉCBOPSIE 25e.

Je 'fus. appelé le 3ü juillet 4823, par M. D.,juge d’instruction, pour savoir si l’on pouvait espérer de reconnaître qu’un homme mort le 30 juin de la même année, et dont le cadavre avait été inhumé le lendemain, eût péri empoisonné ; je répondis que cela n’était pas impossible. L’exhumation fut faite le 4®” août, à sept heures du matin. Le cadavre, recouvert d’une chemise et enveloppé d’un linceul, était enfermé dans une bière en chêne, que l’on avait enterrée dans une fosse particulière d’un mètre 60 centim. de profondeur. Apeine le cercueil fut-il ouvert qu’il s’exhala une odeur tellement fétide, que je crus convenable de faire retirer le corps et de le laisser exposé à l’ombre pendant quelques minutes (la température de l’atmosphère était déjà à 47°th. R.) L’identité n’ayant pu être constatée qu’à dix heures du matin, par des motifs qu’il est inutile d’indiquer, il fut facile d’observer que le cadavre avait augmenté sensiblement de volume pendant les trois heures qu’il était resté à l’air. A dix heures, on le transporta dans une salle de dissection ; là il fut découvert avec rapidité et dépouillé du linceul et de ta chemise, avec lesquels une grande partie de l’épiderme se détacha ; l’odpur était tellement infecte qu’il y aurait eu peut-être quelque inconvénient à séjourner pendant plusieurs heures dans cette atmosphère, si on n’était point parvenu à détruire cette mauvaise odeur ; je répandis indistinctement sur toute la surface du corps environ trois litres d’eau, tenant en dissolution un huitième de son poids de chlorure de chaux ; l’effet

de cette liqueur fut merveilleux , il s’était à peine écoulé une minute, que Vodeur fétide avait entièrement disparu.

Le linceul et la chemise étaient mouillés et tachetés de vert, de brun et de jaune ; on voyait çà et là des portions qui paraissaient moisies. On me dit que l’individu était âgé de quarante-quatre ans, qu’il était fort gras, et mi’il avait succombé à une maladie qui n’avait duré que trente-huit à quarante heures; sa stature était d’environ \ mètre 60 cent. La tuméfaction du cadavre était extrême ; la peau était d’un brun noirâtre au crâne, d’un blanc rosé à la partie supérieure de la face, noirâtre autour des lèvres, moins foncée aux joues et au menton ; les paupières étaient affaissées et commençaient à tomber en putrilage ; le nez, la bouche et le menton, étaient aplatis par la pression du linceul, ce qui altérait singulièrement les traits de là face. La peau était d’un brun noirâtre au cou, grisâtre à la poitrine, où l’on remarquait quelques taches noires, surtout sous le mamelon ; elle était d’un blanc sale à l’abdomen et sur les côtés du tronc, et d’un brun noirâtre aux régions sus-pubienne et inguinale, ainsi que sur le scrotum ; celui-ci était d’ailleurs du volume de la tête d’un adulte, et ne paraissait devoir son développement excessif qu’à la présence des gaz. La peau qui revêt les membres thoraciques et abdominaux était d’un vert foncé, marbrée de plaques noires comme torréfiées; l’extrémité des orteils offrait une couleur d’un vert clair. Du reste, la peau du tronc et des membres n’était pas sensiblement ramollie ; il était impossible de la déchirer en opérant d’assez fortes tractions avec les pinces. L’épiderme était détaché ou s’enlevait avec la plus grande facilité, et en arrachant celui qui recouvre les pieds, on séparait en même temps les ongles.

En incisant la peau, ou voyait que les muscles étaient légèrement ramollis, mais que les faisceaux et les fibres étaient distincts et de couleur rosée ; le tissu cellulaire qui les environnait était en partie saponifié ; toutefois cet état de la graisse était beaucoup plus sensible à la face et au tronc.

L’ouverture du cadavre, faite suivant les règles de l’art, permit de voir, 1“ que l’intérieur de la bouche et le pharynx offraient une couleur noirâtre qui était l’effet de la putréfaction ; que l’œsophage était presque dans l’état naturel ; que l’estomac était énormément distendu par des gaz, et qu’il ne contenait aucun aliment ; que sa consistance ne paraissait point diminuée; que la membrane muqueuse était tapissée d’une couche assez épaisse de mucosités jaunâtres ; en enlevant ces mucosités, on apercevait près de l’extrémité splénique une tache d’un jaune serin, qui correspondait à une tache semblable de la face externe ; il y avait au voisinage des orifices œsophagien et pylorique, et de la portion splénique, des traces manifestes d’inflammation ; on voyait aussi près du pylore quelques ecchymoses que l’on faisait disparaître en grattant légèrement; ces altérations étaient aussi évidentes quelles auraient pu l’être si le cadavre eût été ouvert le lendemain de la mort de rindividu.' ha surface externe de l’estomac était dans

Tétât naturel, si toutefois on en excepte la tache jaune dont j’ai parlé. La membrane muçpieuse du duodénum était également tapissée de mucosités jaunâtres; on en voyait aussi dans les autres portions de l’intestin grêle, mais elles diminuaient au fur et à mesure que Ton avançait vers la fin de Tiléum, où Ton apercevait quelques grains blanchâtres dure, que l’analyse démontra être de V acide arsénieux ; du- reste, les intestins grêles offraient çà et là des parties emphysémateuses, mais sans aucune trace d’inflammation. Le cæcum, le colon et Tiléum paraissaient dans l’état naturel. L’épiploon et le mésentère étaient chargés de graisse en partie saponifiée.

2° Que le foie et la rate, les uretères, la vessie et le pancréas n’offraient rien de remarquable ; que les reins étaient ramollis et réduits en une sorte de putrilage ; qu’il y avait dans la cavité de l’abdomen environ 120 gram. d’un liquide jaune, filant et excessivement gras.

3° Que le larynx, la trachée-artère et les bronches étaient dans Tétat naturel ; que les poumons étaient d’un brun violacé, crépitans et infiltrés de gaz ; que le péricarde était chargé de graisse en avant et sur les côtés; que la face interne, ainsi que la surface externe du cœur, offraient un grand nombre de granulations blanchâtres semblables à dusablon; que cet organe était un peu volumineux et chargé de graisse ; que Toreillette et le ventricule droits ne contenaient aucune trace de sang liquide ou coagulé; que la membrane interne de cette oreillette était garnie de petites pétrifications semblables à celles dont j’ai déjà parlé ; qu’il y avait de pareilles pétrifications dans les cavités gauches du cœur, mais qu’elles se détachaient par le frottement; qu’il n’y avait pas non plus de sang daig ces cavités ; que les valvules n’étaient pas ossifiées, que seulement les festons qui se trouvent au commencement de Taorte offraient de légères traces d’ossification (T).

4“ Qu’il ny avait pas un atome de sang liquide ni coagulé dans aucun des vaisseaux que Ton peut apercevoir sans injection préalable; que la membrane interné de Taorte, de l’artère pulmonaire, les veines du même nom, etc., offraient des taches rosées.

5“ Que la graisse qui sépare les os du crâne du péricrâne, était en partie saponifiée ; que ces os étaient fragiles et se brisaient en grands fragmens ; que la masse cérébrale était très affaissée, en sorte qu’il y avait un grand vide dans la cavité du crâne ^ que la dure-mère était détachée, et<pi’ii n’y avait pas d’épanchement entre elle et les os ; que la couleur de cette membrane était verdâtre, et qu’elle ressemblait assez à une vessie à moitié

(1) Je puis assurer que Taspect extérieur du canal digestif, du foie, de la rate, du pancréas, de la vessie, des poumons et du cneurde cet individu, était tel, qu’on aurait pu croire que la mort n’avait eu lieu que là veille ; Todeur de puùéfaction était à peine sensible dmis ces oi^anes, quoique aucun 4’eux n’eût &é touché par le chlorure de chaux.

j^eine ; que la faux se détachait en lambeaiix avec les vaisseaux qui s’y rendent j que la face interne de la dure-mère était rosée ; que sa consi^ tance n’était pas sensiblement diminuée ; qu’il était impossible de reconnaître la pie-mère et l’arachnoïde ; que le cerveau était converti en une espèce de bouillie grisâtre et fluide, à sa surface, tandis qu’il était d’un blanc cendré aux parties médullaires ; que le plexus choroïdien se dessinait sous, forme de stries rosées ; que le cervelet et le commencement de la moelle allongée offraient le même aspect que le cerveau.

NÉCROPSIE 26®.

Le sieur ***, âgé de trente -huit ans, périt le 47 juin 4824; l’inhuma.'^ tioneut lieu le lendemain. Quelque temps après, l’autorité soupçonne que la mort peut avoir été occasionnée par une substance vénéneuse, et ordonne l’exhumation et l’examen du cadavre. MM. Lemoine, docteur en médecine, et Ferrary, pharmacien, désignés pour exécuter l’opération, se rendent au cimetière le 2 août, à cinq heures du matin, quarante-cinq joitfs après l’inhumation, et dressent le rapport suivant :

Le cadavre de *** n’a été exhumé, et son identité reconnue, que vers les huit heures et demie (La température était alors de 4 6° th. R.) ; il était ea-fermé dans une bière de sapin, enveloppré d’un drap de lit; il n’avait point de chemise, et sa tête était recouverte d.’un bonnet de coton. Transporté sur une pierre tombale vers le milieu du cimetière, M. Lemoine procéda de suite à son examen. Il répandait une odeur fétide qui fut promptement neutralisée au moyen d’une assez grande quantité d’eau tenant en dissolution du chlorure.-de chaux : cette dissolution avait déjà été employée pendant l’exhumation ; son effet surpassa l’attente, et fit l’admiration des spectateurs.

Le drap de lit était recouvert d’une grande quantité de larves, particu- ÜCTement à la partie supérieure de la poitrine, à la partie inférieure du tronc, et le long de la jambe droite ; il était brunâtre daps ces différentes parties, et marbré de plaques de même couleur sur le reste de son étendu©; il cédait à la moindre traction.

La face était tuméfiée et recouverte d’une sanie noirâtre ; cependant cette tuméfaction n’empêcha pas que l’individu ne fût reconnu par plusieurs personnes. La peau était dure, racornie et tannée sur les parties latérales delà face, qui étaient recouvertes d’un bandeau, ainsi que sur la partie antérieure du tronc et des membres : l’épiderme adhérait intimement aux parties sous-jacentes, excepté aux mains et aux pieds, où il était facile de l’enlever par lambeaux considérables ; les ongles suivaient cette membrane.

Un quart d’heure après l’exhumation, l’abdomen avait acquis un volume considérable, et la verge, longue de €8 millim., s’était relevée au point de formCT, avec le corps, un angle d’environ quarante-cinq degrés. Quel-

ques minutes après, elle faisait un angle droit, conserva cette direction pendant vingt minutes, et ne put être affaissée que par la pression d’un corps assez pesant. Les cheveux étaient noirs et s’enlevaient à la moindre traction ; la barbe avait la même couleur. La graisse située sous le cuir chevelu était d’un gris sale et saponifiée.

La dure-mère est d’un gris brun dans toute son étendue; elle remplit la cavité du crâne, et n’est point adhérente ; sa consistance est assez ferme. La pie-mère est rouge ; le cerveau est d’un gris foncé, dans un état de putrilage tel, qu’il ne peut fournir aucun renseignement.

A l’ouverture du thorax, il s’est dégagé des gaz d’une odeur très fétide. Les poumons étaient affaissés, le cœur peu volumineux : le médiastinprésentaitçà et là quelques feuillets graisseux, et la graisse était saponifiée. Les poumons, d’une couleur brune à leur partie antérieure, étaient noirâtres postérieurement et inférieurement ; ils étaient crépitons. Le cœur était mou, et paraissait entièrement vide ; les ventricules offraient une couleur brune; l’orèillette droite était' rouge ; le sommet et le sillon qui loge l’artère coronaire étaient couverts de graisse également saponifiée ; la surface interne du ventricule droit, d’un rose pâle, offrait une grande quantité de petits grains blanchâtres nullement adhérons. L’intérieur de l’oreillette droite était rougeâtre. Les colonnes charnues du ventricule gauche sont peu saillantes : l’oreillette du même côté paraît dans l’état naturel. Les valvules des ouvertures auriculaires, celles qui se trouvent à l’entrée des artères pulmonaires et de l'aorte ne sont point ossifiées. La membrane interne de ces vaisseaux est sèche, ainsi que celle des veines-caves. Le système vasculaire était presque entièrement vide de sang.

La cavité buccale était remplie d’urfe sanie rougeâtre : la langue, légèrement tuméfiée, surtout à la base, était rouge, ainsi que la membrane muqueuse de la bouche. On voyait à la partie antérieure de l’amygdale gauche une phlyctène oblongue du volume de deux noisettes environ ; il y en avait une autre moins considérable derrière le pilier postérieur correspondant; d’autres vésicules semblables, plus petites, se font remarquer au côté droit de l’isthme du gosier, à l’entrée du pharynx, et au bord gauche de la glotte : ces tumeurs contenaient une matière liquide. L’œsophage ne présente rien de particulier, si ce n’est dans les environs du cardia, où l’on voit des signes manifestes de phlogose.

La surface externe de l’estomac est rouge sur les bords et à son extrémité splénique, et d’un blanc gris dans le reste de son étendue ; elle présente aussi quelques phlyctènes vers son bord inférieur. Ce viscère ne contient que des gaz ; sa face interne est enduite de mucosités rougeâtres, de la consistance d’une bouillie claire, dans laquelle on voit nager une assez grande quantité de grains blanchâtres, un peu plus gros que des grains de millet : la membrane muqueuse est rouge dans toute son étendue, mais surtout vers la portion splénique ; là, elle est brune dans une étendue du creux de la main d’un adulte, et épaissie ; la portion de la membrane

jerease correspondante aux deux parties épaisses, offre une phlycîène. Dans les environs du pylore, la membrane muqueuse est d’un noir foncô, et c’est particulièrement sur cette partie que l’on observe les grains dont fai parlé.O). Ces grains sont plus larges que les autres; iis sont aplatis, adhérens, et affectent la forme d’un cône irrégulier.

Les intestins sont distendus par des gaz ; iis sont d’un brun cendré, excepté le duodénum et le commencement du jéjunum, dont la membrane muqueuse est rouge, enflammée ; on aperçoit aussi sur cette tunique des grains semblables aux précédens. On découvre plusieurs phlyctènes delà grosseur d’une noisette dans le reste du jéjunum. La surface interne de l’iléuni, du cæcum, du colon ascendant et du colon transverse, est de couleur naturelle ; on voit à sa surface des mucosités noirâtres desséchées. Le colon descendant présente un assez grand nombre de phlyctènes : le rectum est rouge dans la partie inférieure ; la quantité de mucus contenue dans le canal digestif est évaluée à environ 12 décagrammes.

L’épiploon est très chargé de graisse, le foie peu volumineux et^noirâtre ; la rate est très petite, d’un brun foncé; lès reins sont peu volumineux ; la veine rénale contient un peu de san g ; la vessie est retirée et contractée; elle est vide et saine ; les vésicules séminales sont très petites, rouges, et ne renferment point de sperme.

Les grains blancs trouvés dans l’estomac et dans les premiers intestins, vus à la loupe, sont blancs, brillans, et font entendre un léger bruit lorsqu’on les casse ; ils passent du blanc au jaune verdâtre à mesure qu’on les examine ; iis ont quelque ressemblance avec l’acide arsénieux, mais ils sont formés par une matière animale unie à une petite quantitéde graisse.

NÉCBOPSIE 27®.

Le 11 septembre 1829, je fus chargé, par le ministère public, conjointement avec M. Denis, de procéder à l’exhumation et à l’autopsie du cadavre de la femme Hivet, à Auteuil, près Paris, morte le 1 0 août et enterrée le lendemain 1 1 , précisément trois mois auparavant. La rumeur publique accusait le mari d’être l’auteur de la mort, et d’après quelques versions de témoins, on supposait qu’elle avait été tuée par des coups violens portés sur le crâne, et qui en avaient brisé les os. Du reste, cette femme, âgée de cinquante-cinq ans environ, était hémiplégique du côté gauche depuis neuf ans, et malgré son infirmité, elle avait conservé jusqu’à sa mort un embonpoint considérable. On rapportait qu’au moment où elle avait succombé, il s’était écoulé du sang par le nez et par la bouche. Le

(1) L’estomac, examiné le lendemain, a présenté des différences frappantes ; les portions les plus enflammées n’offraient qu’une légère phlogose ; les pai’ties noires du pylore étaient d’un rouge brun.

prévenu disait qu’il n’avait connu la mort de sa femme qu’en entrant le lendemain matin dans sa chambre, et qu’il était d’autant plus loin de la soupçonner morte, qu’elle s’était couchée le soir après son souper, dans un étal de parfaite santé. Il ajoutait qu’il avait pensé que sa femme n’avâit pu mourir si rapidement que par un coup de sang.

Tels étaient les renseignemens qui nous avaient été transmis, quand nous nous rendîmes à la mairie d’Auteuil, accompagnés de M. Dieudonné, juge d’instruction, et de M. de Charencey, substitut du procureur du roi. Le cimetière, peu distant du village, est, comme ce dernier, situé dans le bassin de la Seine : le terrain est très sec et caillouteux. Le thermomètre marquait de 9° à 4 0“ au-dessus de zéro, le temps était brumeux, et pendant que nous étions occupés de l’examen du cadavre, il tomba une pluie très forte qui ne dura que quelques minutes.

Le cercueil était intact dans toute son étendue; les planches du couvercle étaient affaissées à leur partie moyenne par le poids de la terre qui le recouvrait. La bière put être ainsi extraite de la fosse dans une intégrité parfaite. Le couvercle enlevé, nous trouvâmes le corps exactement enveloppé parle linceul. Celui-ci était recouvert, dans divers points, de larges taches brunes et verdâtres, produites par des moisissures qui s’étaient surtout formées là où le linge se trouvait en contact avec les planches du cercueil : elles étaient beaucoup plus multipliées, et très humides, à la partie postérieure du cadavre. Le fond de la fosse était humide, et la partie qui correspondait au-dessous du milieu de la bière était rempli par un liquide brunâtre, recouvert de moisissures, et qui avait évidemment transsudé à travers les planches du fond du cercueil. Le linge était encore intact ; on ne le déchirait que difficilement, et les lettres initiales dont il était marqué, nullement altérées, achevèrent de démontrer que le cadavre exhumé était bien celui de la femme Hivet. En coupant longitudinalement le linceul pour découvrir le corps, les ciseaux furent arrêtés au niveau de l’ombilic, par une plaque assez large de cire à cacheter, rouge, qui collait ensemble la chemise et le drap. Les questions que nous adressâmes à ce sujet à la personne qui avait enseveli la défunte, nous apprirent que dans le village d’Auteuil, et dans les environs, on avait l’habitude de cacheter ainsi le nombril du mort lorsqu’on l’enveloppe dans le linceul, parce que, suivant l’opinion générale, toutes les matières contenues dans le ventre s’écoulent ordinairement par le nombril peu de temps après la mort, et que, par ce moyen, on empêche cet écoulement d’avoir lieu avant l’inhumation. On conçoit difficilement comment un préjugé aussi ridicule existe encore aujourd’hui parmi les habituas d’un village si voisin de Paris.

Le cadavre, entièrement découvert, n’a laissé dégager aucune odeur de putréfaction bien prononcée; il est singulièrement conservé, et dans un état de dessiccation tel, qu’en le prenant, soit par les pieds, soit par lés épâuleson pouvait le retourner d’une seule pièce sans que lës membres éprouvassent la plus 1 égère flexi on .

Aspect extérieur. Les traits du visage sont défigurés par la boufiBssurede la faée, qui est d’un brun de bistre : bouche ouverte, lèvres desséchées et racornies, langue noirâtre, dure, sèche, racornie, réduite à 5 ou 6 millimètres d’épaisseur, libre et un peu saillante en avant des arcades dentaires; paupières fermées, noires et racornies, de même que le nez qui est réduit à l’épaisseur de ses cartilages. Le couleur brune de la peau est plus foncée au front, au nez, autour des yeux, à la partie supérieure de la tête, de même qu’à la base de la mâchoire qui se confond inférieurement avec le cou, dont la tuméfaction est également très grande ; la peau sèche et brune comme celle de la face ; la bouffissure des parties molles de la face et des parties supérieures de la poitrine ont effacé presque complètement la région cervicale, qui n’est indiquée que par un sillon profond, résultant de la flexion naturelle de la tête sur la poitrine. La peau du cou et de la partie supérieure de la poitrine est également sèche, comme tannée. La partie postérieure de la tête, qui reposait sur le fond du cercueil, est blanchâtre, légèrement humide, et tranche, par. sa décoloration, avec la couleur rouge brun des parties environnantes, laquelle avait beaucoup d’analogie avec celle qu’on observe à la suite des lividités cadavériques. Les cheveux grisâtres et courts, s’enlèvent aisément par un simple grattage de la surface du cuir chevelu. La peau de la face, du cou et de la partie supérieure de la poitrine, est recouverte d’une couche graisseuse, butyreuse, d’un millimètre d’épaisseur, d’un gris jaunâtre, qu’on enlève facilement en grattant la peau avec le dos d’un scalpel. Cette couche graisseuse, déposée à la surface du derme, permet de reconnaître, quand elle est enlevée, que la couleur foncée de cette partie des tégumens est due exclusivement à la teinte bistre du derme, dont les caractères anatomiques sont parfaitement conservés, et qui aune couleur de suie tout-à-fait semblable à celle qu’on observe dans les momies.

Cette couleur bistre du derme disparaît insensiblement au-dessous du tiers supérieur de la poitrine ; les deu^ tiers inférieurs de cette région, et tout l’abdomen, jusqu’à la partie supérieure des cuisses, sont d’un blanc rosé. Dans toute cette étendue, la peau présente sa couleur et sa souplesse naturelles; l’épiderme est intact et adhérent au derme. A la partie postérieure et externe des membres supérieurs, les tégumens sont d’un vert noirâtre, tandis qu’à la partie interne et antérieure ils ont conservé leur couleur naturelle, particulièrement là où ces membres sont en contact avec les parois de la poitrine et du ventre. Les avant-bras étaient croisés au-devant du pubis.

Aux membres inférieurs, la peau présente des traces de putréfaction plus avancée ; elle est recouverte de moisissures d’un gris verdâtre, très nombreuses, et correspondant surtout aux parties en contact avec le linceul. Les genoux ont une teinte jaunâtre, et les tégumens y sont plus secs; aux cuisses et aux jambes, on remarque dans différens points plusieurs taches yerdâtres. '

Toute la partie postérieure du cadavre est humide, et d’une teinte ron geâtre plus prononcée sur les parties latérales du tronc, ainsi qu’on l’observe communément quelque temps après la mort sur les cadavres qui présentent des lividités multipliées au dos, aux lombes et à la face postérieure des cuisses et des jambes.

Les ongles des pieds et des mains sont singulièrement ramollis, d’un blanc grisâtre, et se rapprochent de l’état de l’épiderme.

La conservation des tégumens, également la même sur toutes ies parties du cadavre, nous permit de constater, avec la plus grande exactitude, qu’il n’existait sur aucun point de traces de lésion extérieure.

En incisant la peau dans les diverses régions du corps, on reconnaît que cette membrane est notablement desséchée, coriace, et présente à la coupe une surface lisse et polie, semblable à celle de la couenne de lard bouiiü. Le tissu adipeux sous-cutané a la consistance du suif ; sa couleur est d’un gris blanchâtre, et offre à la coupe une surface granuleuse qui semble résulter de l’agglomération de granulations miliaires. 11 est onctueux au toucher, et donne la sensation d’un savon gras. Dans toutes les régions où le tissu cellulaire et le tissu adipeux sous-cutanés sont naturellement abondans, la couche qu’ils forment, incisée suivant son épaisseur, offre un aspect poreux, feuilleté, résultant de la présence d’une multitude de petites locules vides, produites par l’écartement des lames du tissu cellulaire, écartement dû, soit à l’état de dessiccation de ce tissu, soit au dégagement de quelques gaz développés pendant les premiers temps de l’inhumation du cadavre.

Tous les muscles de la face, des parois thoraciques et abdominales, des membres supérieurs et inférieurs, ont conservé la structure anatomique qui leur est propre. Coupés profondément, soit parallèlement, soit perpendiculairement à la direction de leurs fibres, leur tissu présente une teinte uniforme d’un gris rosé, exactement semblable à celle de la chair bouillie; ils sont gras au toucher.; du reste, on peut isoler les fibres et les faisceaux qui les constituent, jusqu’aux tendons ou aux aponévroses d’insertion qui ont conservé tous leurs caractères physiques. Les muscles déjà cuisse droite sont notablement plus rouges que ceux de la gauche; la même différence n’existe pas dans les muscles des jambes, non plus que dans ceux des membres supérieurs (On se rappelle que celte femme était hémiplégique du côté gauche); mais la différence de couleur paraît indépendante de cette circonstance.

Tête. Le crâne fut dénudé avec la plus grande facilité, les parties molles qui le recouvrent n’y adhérant que faiblement; toute la surface futruginée avec soin, et nous reconnûmes qu’il n’existait aucune fracture ou fêlure des os qui le constituent. Ces os étaient d’un blanc grisâtre ; ils se laissèrent briser assez aisément. Le cerveau, diminué de volume, ne remplissait que les quatre cinquièmes de la cavité crânienne : la dure-mère qui l’enveloppait était blanche, sans aucune altération. La pie-mère n’existe plus;

on trouve à sa place une matière jaunâtre, grasse, grumeleuse, qui enduit tonte la surface des lobes cérébraux.

Ces derniers ont encore leur forme très distincte : la saillie et les sinuosités des circonvolutions sont conservées, à l’exception du tiers antérieur du lobe droit, qui est entièrement transformé en une matière grasse, jaunâtre, pour ainsi dire friable, composée de grumeaux d’un blanc jaunâtre, de forme irrégulière, de consistance de suif, mêlés à une substance demiliquide, huileuse, plus jaune et sans odeur. Cette matière est semblable à celle qui recouvrait l’un et l’autre lobes. Les deux tiers postérieurs du lobe droit sont très ramollis, presque convertis en bouillie, en sorte qu’on n’y distingue qu’imparfaitement les substances blanche et grise. Le lobe gauche, au contraire, est bien plus consistant, plus gros; on peut l’inciser par tranches, qui laissent apercevoir les nuances grise et blanche des deux substances qui le forment. La teinte de la subslance grise diffère à peine de celle qu’on observe dans l’état naturel, peu après la mort.

Le cervelet a la même consistance que le lobe gauche ; les substances blanche et grise y sont très distinctes, sa structure feuilletée est très reconnaissable; la pie-mère qui le recouvre ordinairement est disparue, et sa face inférieure, ainsi que la moelle allongée, sont baignées par iin liquide huileux, très jaune, qui stagne dans toutes les anfractuosités de la base du crâne, et qui reflue en assez grande abondance du canal vertébral : ce liquide huileux contient une multitude de granulations graisseuses, consistantes, semblables à celles déjà décrites. Il n’y a aucune fracture des os de la base du crâne. La masse encéphalique, eu totalité, laisse dégager une odeur très peü fétide, mais un peu plus prononcée que le reste du cadavre.

Le cou, énormément gonflé par le boursouflement des parties molles qui le composent, se continuait, comme je l’ai déjà dit, d'une part avec la tête, de l’autre avec le haut de !a poitrine, sans former en avant et sur les côtés la dépression .qu’on observe ordinairement. Il n’existait qu’un sillon assez profond au-dessous de la base de la mâchoire, produit à-la-fois par la flexion latérale de la tête, et par l’adhérence plus grande de la peau à la base de la mâchoire, adhérence qui s’était opposée au soulèvement de cette partie des légumens.

Poitrine. Les poumons étaient entièrement affaissés sur eux-mêmes, aplatis transversalement, appliqués sur les côtés du rachis et du péricarde, de la même manière qu’ils le sont chez un fœtus qui n’a pas respiré. Ils sont tellement revenus sur eux-mêmes, qu’ils sont pour ainsi dire réduits à leur enveloppe séreuse. Leur tissu est mou, presque sec, et d’un vert noirâtre. La trachée-artère fut ouverte dans toute sa longueur, ainsi que les bronches ; la cavité de ces canaux aérifères était libre dans toufe son étendue. La membrane qui les tapisse était sèche et d’un gris verdâtre. On remarquait seulement à la face postérieure de la trachée jusqu’aux premiers rameaux bronchiques, , une tache longitudinale brunâtre, évidem-

ment formée pm-du sang desséché, qui s’était écoulé de l’arrière-gorge dans la trachée-artère et les bronches.

La cavité de l’une et l’autre plèvres contenait dans sa partie postérienre un liquide rougeâtre, huileux , assez abondant (250 grammes environ). Ce liquide était mélangé avec une matière grasse, d’un gris jaunâtre, séparée en grumeaux plus pu moins gros, dont une partie s’était déposée sur la plèvre costale dans sa moitié postérieure. Cette matière, onctueuse et de consistance de savon, ressemblait complétemeiit à celle qui existait dans la cavité du crânp.

Le péricarde est sec ; sa cavité, sans sérosité, est tapissée dans une partie de sa surface par une légère couche graisseuse, fdrrnée par l’agglomération d’un grand nornbre de petites granulations de la même nature ; le coeur est flasque, vide de sang et légèreinent décoloré j le tissu adipeux qui accompagne les vaisseaux coronaires est également transformé en une ma tière grumeleuse, plus solide, onctueuse, et d’un gris jaunâtre. Les parois de l’aorte, des carotides, des iliaques, etc., sont sèches, élastiques comme dans l’état naturel, et d’une couleur très légèrement rosée.

Abdomen. A l’ouverture de cette cavité, il ne s’est dégagé aucune mauvaise odeur. Tous les organes sont un peu affaissés, et recouverts par l’épiploon, qui est chargé de graisse, dont la couleur est d’un blanc jaunâtre. Toute la surface du péritoine pariétal est tapissée de petits grains graisseux, jaunâtres, inodores, disséminés isolément, ou groupés les uns près des autres ; leur consistance est assez grande ; ils ont, au toucher, l’onctueux du savon. Ces grains graisseux étaient mélangés à d’autres grains moins nombreux, plus blancs, très solides, d’apparence cristalline, et paraissant formés de phosphate de chaux.

Le tissu adipeux des épiploons, celui qui enveloppe les reins, en un mot, partout où l’on en observe dans l’abdomen, est très consistant, d’un blanc jaunâtre, grumeleux, formé de granulations très distinctes. Au centre de la plupart des lobules graisseux les plus gros, existe un liquide rougeâtre, huileux ; chaque lobule forme ainsi une espèce de géode, dont les. parois compactes et consistantes extérieurement , présentaient intérieurement des saillies stalactiformes produites par l’agglomération des granulations graisseuses.

L’estomac et les intestins ont extérieurement la couleur qu’ils offrent habituellement dans l’état sain ; ce degré de conservation est remarquable. Leurs parois sont m,olles et résistantes comme dans l’état naturel, La surface interne de l’estomac est sèche, d’un rose pâle ; on n’y aperçoit aucune ramification vasculaire, et aucune trace d’altération. Même aspect pour les intestins grêles, qui sont un peu rétrécis, et dont la couleur est seulement un peu grisâtre ; ces derniers, de même que l’estomac, ne renferment aucune espèce de matière étrangère. Les gros intestins ont à l’intérieur la coiffeur grisâtre des intestins grêles, et contiennent quelques débris de înatières fécales. Tout le paquet intestinal que j’avais enlevé fut soumis à

l’analyse chimique, et il fut démontré qu’il n’y existait aucune trace de substances vénéneuses. Quelcjues grains blanchâtres, graisseux, semblables à ceux dont il a été plusieurs fois question, existaient seulement sur qœlques points de la surface de l’estomac ; l’analyse fit voir qu’ils étaient essentiellement formés de matière animale.

Le foie était d’im vert noirâtre, flétri, dans un commencement de dessiccation ; il offrait à l’intérieur la même couleur qu’à l’extérieur. On voyait à sa surface plusieurs groupes assez laides de grains très blancs, durs, d’apparence cristalline, rudes au toucher, et qui tranchaient d’une manière remarquable sur le fond verdâtre de l’organe ; ces grains formaient, par leur agglomération, des plaques arrondies, à zones concentriques et ondulées, qui avaient beaucoup d’analogie avec ces lichens bkncs qu’on voit sur l’écorce de certains arbres; ils paraissaient être des cristaux de phosphate de chaux. On en retrouvait encore de nombreux à l’intérieur du foie, sur la paroi interne des veines hépatiques : il en existait dans toutes leurs ramifications.

La rate a conservé une densité assez grande ; sa. couleur et son volume sont les mêmes que quelques jours seulement après la mort. A l’intérieur, elle est d’un rouge lie de vin.

Les reins sont exactement dans le même état que sur un sujet mort depuis vingt-quatre heures. Sans doute leur conservation est due à la couche graisseuse très épaisse qui les enveloppait entièrement. La vessie était vide, et sa membrane interne à peine humide : du reste, cet organe était parfaitement conservé.

L’utérus était très aplati, sa cavité libre et de couleur grisâtre. Ses parois éprouvaient un commencement de transformation graisseuse.

L’état de conservation dans lequel j’ai trouvé le cadavre de la femme Hivet rendit toutes les recherches extrêmement faciles, et les détails qui précèdent ont prouvé qu’il n’existait sur aucun point du corps et dans aucun des organes du ventre et de la poitrine la moindre trace d’altération. Il n’en était pas de même du cerveau ; en effet, on a dû remarquer que le lobe droit était bien plus mou et plus désorganisé que le lobe gauche ; que son tiers antérieur était converti en une matière grasse, liquide et concrète, entièrement semblable à celle qui existait sur toute la surface du cerveau, à la base du crâne et dans le canal rachidien. J’ajoute qu’une matière de même nature se trouvait dans l’une et l’autre plèvres, en arrière des poumons, là où s’était épanché peu-à-peu le sang que contenaient ces organes au moment de la mort. L’abondance de celte matière dans celte région, mais surtout dans le crâne et le rachis, où elle remplaçait en quelque S9.

sorte la membrane vasculaire (pie-mère) qui enveloppait le cerveau et la moelle , démontrait qu’elle s’éiait formée pariiculièremeni dans les parlies où le sang était plus abondant dans les premiers temps qui suivirent la mort.

Maintenant , si nous avons égard à l’état antérieur de la fémnje Hivet, qui était hémiplégique du côté gauche depuis neuf ans, à son extrême embonpoint, à la rapidité de sa mort, aux traces de mucosités sanguinolentes écoulées dans la trachéeartère et les bronches, n’est-il pas très probable qu’une nouvelle hémorhagie cérébrale s’est manifestée subitement , et a causé la mort d’autant plus promptement qu’elle a eu lieu dans le côté du cerveau déjà altéré ; le ramollissement plus considérable observé dans le lobe droit ne vient-il pas à l’appui de cette opinion ; en outre, la transformation huileuse et graisseuse de son tiers antérieur n’est-elle pas le résultat de l’hémorrhagie qui désorganisa tout-à-coup cette portion du cerveau, et qui causa la mort? Cette dernière question me paraît résolue affirmativement par les faits que je viens de signaler, savoir , que cette matière grasse, huileuse et concrète, n’existait que dans les points où du sang avait été accumulé plus abondamment au moment de la mort.

Quant à la formation des grains de phosphate de chaux disséminés à la surface du péritoine et dans la cavité des veines du foie, je ne hasarde aucune conjecture à cet égard; je ferai seulement remarquer que la présence de ce sel calcaire dans la profondeur des tissus d’un cadavre parfaitement intact , est un phénomèné digne d’attention, et qui mérite d’être signalé parmi les changemens que le corps subit dans le sein de la terre (Ollivier d’Angers).

NÉCROPSIE âSe.

Le 30 janvier 4 826, je partis de Vannes à quatre heures et demie du ma. Un, accompagné de M. leprbcureurduroi, de M. le juge d’instruction, d’un commis greffier et deM. Quéral, élève en médecine. Nous arrivâmes au bourg de Caden à onze heures et demie. Le thermomètre de Réaumur marquait B^-j-O®. Le vent soufflait du sud-est ; la pluie commença aussitôt, et augmenta pendant toute la durée de l’opération.

Pendant que je disposais ce qui était nécessaire pour l’exhumation, le maire déclara et prouva, par les registres de la commune, que François Le Borgne âgé de cinquante-huit ans, était mort le 8 octobre 1 825, et qu’on l’avait inhumé le lendemain, 9 octobre, cent treize Jours avant l’exhumation. M. le vicaire désignale lieu où il avait donné à François Le Borgne la sépulture ecclésiastique. Le garde-champêtre et le fossoyeur de la commune deCaden furent chargés d’exhumer le cadavre.

Après avoir enlevé environ 1 mètre de terre végétale, on découvrit le cercueil et on l’arrosa d’une solution de 250 gr. de chlorure de chaux dans .3 kil. d’eau. Ce cercueil fut enlevé et placé sur le bord de la fosse sans qu’il se manifestât aucune odeur fétide; mais lorsqu’on l’ouvrit, il se dégagea des miasmes très fétides, qu’une forte ablution de solution de chlorure dechaux neutralisa sur- le-champ. Le cercueil était très bien conservé, sans rupture, et ne contenait aucun corps étranger qui aurait pu occasionner quelque fracture ou quelque lésion des parties molles. Le cadavre était enveloppé d’un linceul parfaitement cousu, putréfié dans quelques-unes de ses parties, notamment vers la tête, vers la partie antérieure de la poitrine, et vers la plante des pieds. Ce cadavre fut transporté sur une table en pierre située dans le cimetière. Dans ce moment, une odeur très fétide exigëa de nouvelles ablutions de la solution de chlorure, et fut détruite sur-le-champ. Le linceul enlevé, de nouvelles ablutions furent faites. Malgré l’altération des traits de la face, il eût été facile de constater l’identité. Plusieurs assistans reconnurent que le cadavre était celui de François Le Borgne. '

Extérieur. Le corps a éprouvé une diminution de volume ; les muscles sont aplatis et rétractés ; la peau est durcie, noire et comme tannée ; les poils se détachent par le simple frottement ; il n’existe aucune trace de solution de continuité ; l’exposition à l’air n’a pas produit la tuméfaction observée dans quelques cas analogues.

Poitrine. La peau est très adhérente aux muscles; ces derniers se détachent des os avec facilité : lorsque j’ai scié les côtes et le sternum, il s’est dégagé de ces os, et surtout du sternum, une odeur très fétide : du reste, il n’y a aucune fracture aux os de la poitrine. Les poumons, presque affaissés, sont appliqués sur la partie postérieure de la poitrine, et convertis en une masse putrilagineuse, verdâtre, renfermée dans les plèvres durcies ; l’incision de cette masse laisse échapper un liquide écumeux, et mêlé de quelques bulles gazeuses. Le cœur est vide, mollasse, jaune pâle, mais on distingue encore ses cavités ; il est sain, et s’il avait été malade, on aurait pu le reconnaître.

Abdomen. Les muscles sont très amincis, rétractés et fortement adhérens à la peau. L’estomac et les intestins ont éprouvé un commencement de putréfaction ; on peut cependant les déplisser. L’estomac et les gros intestins sont livides ; les intestins grêles sont d’un jaune un peu rosé. Le foie, putréfié et aplati, présente ses membranes d’enveloppe assez fermes;

son tissu propre est converti en une bouillie noirâtre un peu consistante.

La rate est dans un état de putréfaction beaucoup plus avancé ; ses membranes aplaties. renferment une pulpe noirâtre et diffluente. La vessie est vide, et assez bien conservée ; les reins sont putréfiés.

Tête. Les tégumens se détachent avec facilité ; les os sont sans fracture; la dure-mère conserve la forme qu’elle a dans l’état sain ; le cerveau, diminué de moitié, réduit en une masse verdâtre et diffiuente, est contenu dans les fosses cérébrales postérieures, et la moitié postérieure des cérébrales moyennes.

ifemôres.Les muscles sont pâles, aplatis, adhérens les uns aux autres et desséches : les os sont sans fracture et sans luxation.

Des faits ci-dessüs observés, j’ai conclu que la mort devait être attribuée à une maladie des parties molles, que l’état avancé de la putréfaction a empêché de reconnaître. Pendant tout le temps qu’a duré l’opération, il s’est dégagé des gaz très fétides, sous forme d’une fumée sensible même à l’œil nu. Les aspersions et ablutions faites avec la solution de dorure de chaux les ont détruits à l’instant même. La quantité de chlorure employée a été de 3 kilogr. 750 gr. La promptitude avec laquelle l’odeur se renouvelait, et la crainte de me blesser, ou d’aggraver une bîessuré que je m’étais faite au doigt la veille de l’opération, m’ont empêché de porter mes recherches plus loin qu’il n’était nécessaire pour la solution des questions qui m’étaient faites par M. le procureur du roi et le juge d’instruction. J’ai été surtout fâché de ne pas examiner plus particulièrement l’état des organes digestifs.

On peut cependant déduire de cette nécropsie les conclusions suivantes : L’exhumation peut être pratiquée sans danger au bout de cent treize jours de séjour dans la terre, en se servant du dorure de chaux comme moyen désinfectant : je pense même qu’un mois plus tôt, avant la dessiccation des muscles, cette opération eut été plus dangereuse. A mesure que la putréfaction fait des progrès, les organes putréfiés tendent à s’appliquer vers les parties du corps les plus déclives, et abandonnent les parties les plus élevées. Les organes parenchymateux se putréfient beaucoup plus promptement que lès organes membraneux. On peut donc, à une époque avancée, après l’inhumation, reconnaître des maladies du cœur, de la vessie, des organes digestifs, et dans le

cas d’empoisonnement par les substances métalliques surtout, où il est souvent utile de procéder à l’exhumation, quel que soit le temps écoulé depuis la mort.

Dans le cas d’infanticide, cette mesure ne serait pas inutile, puisqué l’où pourrait voir si les poumons renferment, comme dans le cas présent , Un fluide écumeux mêlé de bulles d’air, et on serait porté à croire que ces bulles d’air appartiennent à l’air inspiré, puisque dans tous les autres organes putréfiés, dont plusieurs, tels que la rate, l’étaient beaucoup plus que les poumons^ je n’ai pas trouvé dé bulles gazeuses 5 on pourrait, d’ailleurs, feiré passer ces gaz sous une cloché placée sur l’apparëit pneùmatico-chimique, et en faire l’analyse (Oberv. de M. le docteur Mauricet).

NÉCROPSIE 29e

X***, âgé de vingt-quatre ans, mort de la petite-vérole confluente, le 26 juillet H 829, au douzième jour de la maladie, fut inhumé le 27 juillet, à sept heures du matin, dans un des coins du jardin de l’hospice de la Faculté de médecine de Paris. La fosse était creusée à 1 mètre environ, la bière en sapin mince, et le corps enveloppé d’une serpillière.

La maladie était déjà assez avancée ; il y avait des pustules très abondantes à la face, où elles étaient excoriées et croùteuses , et aux membres, tant supérieurs qu’inférieurs ; il y en avait beaucoup moins au thorax, au ventre, au dos et aux fesses ; l’abdomen était légèrement verdâtre à sa partie inférieure ; la verge était aussi le siège de quelques pustules ; du reste, le cadavre n’était ni tuméfié ni d’une coloration insolite.

L’exhumation eut lieu le 31 janvier 1830, à midi, six mois quatre jours après l’enterrement. Il fut impossible de retirer la bière, parce que la terre était gelée tout autour ; on se borna donc à l’ouvrir sur place pour en extraire le corps , qui était encore enveloppé par la serpillière. Celle-ci n’é- - tait déchirée que vers la partie supérieure de la cuisse droite ; ce qui permit d’enlever le cadavre entier; elle offrait supérieurement une couleür brune assez semblable à celle du fumier; inférieureihent elle est d’un brun clair ; partout elle est assez résistante et couverte de vers d’un blanc jaunâtre, qui abondent surtout à sa partie postérieure.

. Le cadavre, d’une teinte généralement olivâtre foncé , est presque entièrement réduit au squelette ; ce que l’on n’aurait guère pu soupçonner , d’après l’état assez bien conservé de la serpillière. La tête est entièrement ^parée du tronc et dépouillée de parties molles, excepté à la partie antérieure et supérieure, où l’on trouve une sorte de membrane très amincie, de couleur olivâtre, couverte de cheveux qui y sont simplement accolés. Il

n’y a plus ni cerveau, ni cervelet, ni vestiges des méninges; il n’ y a pas noo plus de vers dans la cavité du crâne. La vacuité de cette boîte est on fait qui me paraît d’autant plus extraordinaire, que, jusqu’à prfeent, je ne l’avais pas encore remarquée; j’ai même trouvé une quantité notable d’encéphale chez le sujet de la nécropsie 31®, qui n’a été exhumé qu’au bout de trois ans et quatre mois. Il est certain qu’ici les parties molles de l’intérieur du crâne ont été dévorées par les vers qui ont dit sortir de cette cavité, aussitôt qu’elle a cessé de pouvoir leur fournir un aliment. La mâchoire inférieure est détachée et armée de toutes ses dents; il en manque au contraire quelques-unes à l’os maxillaire supérieur; il est probable qu’elles auront été arrachées après la mort parles garçons d’amphithéâtre. Les cinq premières vertèbres du cou sont également séparées des autres, et tiennent à peine entre elles; on ne trouve des parties qui composent le cou, le larynx et la trachée-artère, qu’une portion du cartilage cricoïde qui est olivâtre ; les autres parties sont perdues au milieu des débris des organes thoraciques et des vers très nombreux qui sont logés dans les cavités des plèvres.

Les différentes pièces qui composent le sternum et les cartilages costaux sont séparées ; on en voit les débris épars dans le thorax et dans l’abdomen , ce qui produit nécessairement une grande ouverture à la partie antérieure du thorax ; les espaces intercostaux, surtout supérieurement et en avant, sont vides ; inférieurement et à la partie postérieure des côtes supérieures, on aperçoit des parties molles de couleur bistre, qui paraissent formées par les muscles intercostaux et le tissu cellulaire ; on ne découvre aucune trace de peau ; et quoique le tissu ait une apparence fibreuse, on ne peut cependant pas distinguer la texture musculaire; rien , dans ces parties , n’annonce la conversion des tissus en gras de cadavre. La cavité thoracique, en apparence vide, contient, outre des vers excessivement nombreux, des débris du poumon gauche, sous forme d’une masse d’un vertfoncé, aplatie, comme membraneuse, humide, dont la structure n’est plus celle du poumon, et dans laquelle il y a aussi beaucoup de vers ; dans la cavité droite du thorax, il reste à la place du poumon une sorte de terreau brunâtre. On aperçoit encore plusieurs portions de la plèvre costale, quièst très mince, d’un vert olive, et assez fortement adhérente aux côtes. Il n’y a plus de vestige de cœur ni de vaisseaux.

Le diaphragme est presque entier et aminci ; il conserve toutès ses attaches postérieures, ainsi que ses rapports avec le foie, auquel il adhère encore assez intimement ; il est de couleur olive foncée, même dans son centre aponévrotique, que l’on distingue cependant à son brillant, s

Abdomen. Au premier aspect, il semble réduit à ses parois osseuses ; parce que les débris des parties molles qui forment sa face antérieure sont affaissés, et plongent dans la cavité du bassin et sur les fosses iliaques. En soulevant ces parties, on voit qu’elles tiennent aux dernières côtes, aux pubis et à la partie postérieure des crêtes iliaques, ainsi qu’au ligament

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de Fallope du côté gauche, qui existe encore; elles sont de couleur olivâtre et perforées dans plusieurs endroits ; leur plus grande épaisseur est dans letrajetde la ligne blanche. En les disséquant, on les trouve formées de quelques restes de peau dépouillée d’épiderme, molle, amincie, offrant de petites perforations arrondies, dont la circonférence présente une teinte plus foncée, et qui intéressent tout le derme : ces perforations paraissent être les anciens boutons varioliques. Pour peu que l’on étende la peau dont je parle, on y remarque en outre un assez grand nombre de petites élevures et de points où s’inséraient les poils; ces élevures pourraient très bien n’étre aussi que des boutons déprimés de la petite-vérole. Les autres parties qui composent les débris des parois abdominales sont le tissu cellulaire sous-cutané, des muscles encore reconnaissables à leur structure, et non à leur couleur, qui est d’un bistre olivâtre.

Le bassin est presque entièrement réduit au squelette, excepté en arrière, où l’on voit des débris filamenteux et membraneux des parties molles, et en avant à la région pubienne, où l’on trouve aussi au milieu d’une masse molle les restes des organes génitaux dont il sera parlé plus bas.

Partie postérieure du tronc. Il existe de la peau dans une assez grande étendue ; elle est vert olivâtre, humide, et recouvre des parties molles dans lesquelles il est aisé de reconnaître des muscles verdâtres, des aponévroses et des tendons, qui offrent la même couleur, mais qui présentent encore leur aspect nacré. Aucune de ces parties n’est infiltrée; on remarque entre elles plusieurs lames dans lesquelles sont logés des versnorabreiix. Les fibro-cartilages qui unissent les vertèbres dorsales et lombaires sont d’un vert olive : toutes ces vertèbres tiennent entre elles. Le canal vertébral est rempli de vers, excepté supérieurement, depuis l’occipital jusqu’à la seconde vertèbre dorsale, où les vertèbres sont dénudées et réduites au squelette. H n’y a plus de vestiges de moelle épinière ni de membranes.

Le foie est sous forme d’une masse aplatie, comme membraneuse, dont l’épaisseur varie dans ses différentes parties de 2 à 20 millim.; le lobe gauche est le plus aminci; il est mou, de couleur olivâtre à l’extérieur, jaune verdâtre à l’intérieur, d’une structure vasculaire et aréolaire très prononcée, bien différente de celle du foie dans l’état ordinaire, mais dans laquelle on reconnaît bien distinctement les vaisseaux veineux, qui sont bleus. La vésicule biliaire est entière, de couleur olivâtre à l’extérieur, rouge brun à l’intérieur, où il existe un peu de bile épaisse, de cette dernière couleur.

V estomac et tous les intestins sont contenus dans l’abdomen ; ils sont tellement affaissés et appliqués sur la colonne vertébrale, qu’au premier abord on ne se douterait pas de leur existence; on les retire en entier; mais il y a une si grande quantité de vers, et le mésentère et les épiploons sont tellement rongés et défigurés, qu’on a beaucoup de peine à reconnaître l’estomac et les divers intestins. Enfin, par une dissection soignée, on parvientà

caractériser Chacune de ces parties, et on voit que l’estomac, d’une couleur gris olivâtre, ne renferme dans son intérieur qu’une grande quantité de vers, qu’il est composé de trois membranes, que la tunique muqueuse, lom d’êtrè roug'ë, est d’un gris blanchâtre avec plusieurs taches bleues à la partie corrëspondanté à la rate. Les intestins sont en apparence dans l’état naturel ; ils sont cependant colorés extérieurement en olive très foncé ; leur ihembrane muqueuse èst teiiite en jaune verdâtre par la bile : on n’aper- Çôit aucune trace de rougeur. Les gros intestins contiennent des matièrés fécâlés. üné substance vénéneuse qui aurait été introduite dans le canal digestif avant la inort, aurait pu èncore être reconnue.

La rate, de grandeur naturellé, est aplatie, d’un bleu tirant sur le vert, dè structure plus compacte que dans l’état ordinaire; ellè ne contient point de sang; sa membrane externe se détache avec facilité.

On ne trouvé ni les reins ni pancréas. La vessie ne contient que des vèrs qui l’ûnt pèrfdréè dans plusieurs points'; elle offre là couleur olivâtre du canal digestif, saris là moindre trace dé rôügëur.

Oi'gdhés génitaux, il né resté dé cés organes qu’une inasse danslaquéiîe On ieconnait les enveloppes des corps cavërnëüx et la cloison fibreuse qui les sépare, ïé Canal de l’urètre et quelques poils ; les autres parties sont sous fornie dè feuillets membraneux, de filamens mous, humides, mêlés de vers. Ouèi qii’il èh soit, il ëût été facile de constater le sexe du sujet aux débris dès corps caverneux.

Membres. LeS partiës qui composent les membres thoraciques sont désunies, excepté rhüfflérüs, qui est encore articulé avec l’omoplate, mais peu solidement ; cëtte union a liëü au ihoyen de pârtîes molles, semblablès à celles de la cuisse, si cô n-’est qü’èlles sont plus sèches.

Membres abdomînàüx. Les fémurs sont envèloppés à la partie antérieure eiterhe, et Uh peu à la partie interne, par des restes de parties molles, singulièrement affaissées, collées sur l’os, de 2 millim. environ d’épâisseur, et qui sont formées par une assez grande quantité dé pèâü dépouillée dé son épiderhie, d’uné couleur olive claire, âssez résistante, cominè tannée, et moins hüüiide que celle de l’abdomen; le tissu cellulaire graisseux §oüs-jàcënt est jaune, très recoünâissablè et nullement transforiné en gras; les muscles sont réduits à dès feuillets membraneux,’ àCcOlés les uns aux autres; et lorsqu’on lés sépare, on découvre des fflameiis cellüleux presque sécS, (jüi sont des débris d’ün tissu cellulaire olivâtrè. On voit, aU milieu de ïâ pOttiori dé cette inasSe qui occüpe la région inguinale, dé gros filamens, véritables restes des vaisseaux encore canaliculés, et des nerfs ; les nèi-fs scîâfiqüë ët Crural sont parfaitement conservés, ndais d’un brun olivâtre. A la partie postëriëurè dés cuisses existé une masse feuilletée fllaméntëüsé, semblable â céllé dont je viens de parler. Les aponévroses intéfmüscùlaires, qüoiqüè verdâtres, présentent encore le reflet nacré et la structuré qui leur sont propres, et pëuvëht être facilement distin^ëes.

Lès articulations du fémur avec le tibia, ët du péroné avec ce dernier os.

«ont assez fortement maintenues par des restes de partie molles, composées de filamens, d’un peu de peau semblable à celle des cuisses, et défibrés ligamenteuses olivâtres, qui ont perdu beaucoup de leur solidité. Les cartilages de cette articulation, de couleur olive claire, sont souples et se coupent avec facilité. Le paquet graisseux qui se trouve sous le ligament inférieur de la rotule, semble avoir subi un commencement de transformation en gras. Les tibias Sont complètement dénudés, et les péronés presque complètement; il ne reste plus à la place des parties molles dés jambes qu’un réseau, de couleur brune, formé de filamens et de feuillets desséchés et cnblés de trous; les pieds sont entiers, à l’exception des dernières phalange qui sont presque toutes tombées ; ils sont recouverts, si ce n'est à leur partie interne et supérieure, de parties molles d’un brun verdâtre très foncé; tJK parties sont formées de peau, de feuillets celluleux sous-jacens et de tendons; la peau est amincie, desséchée, comme tannée, translucide, d’ün rouge brun lorsqu’elle est vue par réflexion, et jaune verdâtre quand elle est vue par réfraction ; elle est encore très résistante : les feuillets Celluleux sont évidemment les débris dès muscles et du tissu cellulaire.

Les os sont olivâtres, très résistans, et ne présentent rien dè remarquable ; ils renferment encore de la moelle.

Le cadavre exhale une odeur très désagréable, surtout vers les parties molles de l’abdomen et du thorax.

Cette nécropsie est remarquable , 1° par la rapidité avec laquelle la putréfaction a marché, quoique l’inhumation eût en lieu dans un terrain qui n’est pas très propre à l’accélérer : c’est donc à la petite-vérole que l’on doit^ attribuer la rapidité de la décomposition ; 2° par l’absence de toutes les parties qui composent l’encéphale. Il est inutile d’indiquer l’impossibilité absolue où se seraient trouvés les gens de l’art de cohstater que la mort avait été le résultat d’une phlegmasie cutanée.

NÉCROPSIE 30®.

X***. femme âgée de soixante-huit ans, succomba, le juillet 4823, à une pneumonie qui avait duré soixante-cinq jours. Elle fut inhumée lè lendemain dans un des coins du jardin de l’hospice de la Faculté de médecine de Paris, après avoir été «iveloppée d’une serpillière et placée dans une bière de sapin mince. La fosse était creusée à 4 mètre 4 6 centim. Avant l’inhümation, on constata que le ventre était verdâtre, qu’il y avait quelques excoriations sur les mamelles qui étaient assez volumineuses, que la partie inférieure des jambes était légèrement verdâtre, et qu’à leurs parties internes il existait quelques vésicules, dont les unes étaient affaissées

et les autres l’emplies de sérosité; on voyait sur la face dorsale du pied droit une eschare large comme une pièce de trente sous, et sur la face correspondante du pied gauche une autre qui était un peu moins large. Les parties génitales étaient flasques et très rouges ; il y avait aussi de la rougeur au pourtour de l’anus et à la partie supérieure des cuisses ; du reste, le cadavre était assez gras.

Exhumation le 28 février \ 824, à dix heures du matin, c’est-à-dire sept mois quatre jours après l’inhumation. La bière, de 4 à 6 millimètres d’épaisseur, ne peut être retirée que par fragmens, non pas parce qu’elle est pourrie, car en examinant chacune des pièces qui la composent, on voit qu’elles sont assez résistantes, et que le bois est presque neuf ; la difiBculté qu’on éprouve à l’extraire tient à ce qu’elle a été cassée par les hommes chargés de l’exhumation et à ce qu’elle adhère assez à la terre qui l’entoure. Du reste, la surface de quelques-uns des fragmens de cette boîte offrent une couleur naturelle, brunâtre ou noirâtre ; il en est qui sont couverts de moisissures blanches, surtout à l’intérieur.

Un thermomètre centigrade, laissé pendant quelques minutes dans la terre à la profondeur où était la bière, marque aje-j-O" ; tandis que la température atmosphérique est de 8,7-j-0“.

ha serpillière est presque entièrement réduite en filaraens et en lambeaux, semblables à du fumier un peu humide, de couleur grise, brune et même noirâtre dans certains endroits, dont les uns, mêlés et couverts de terre, adhèrent entièrement à la surface du cadavre avec lequel ils semblent faire corps, et dont les autres sont libres et placés çà et là à côté des différentes parties du sujet.

Le cadavre est entier et couvert de terre dans beaucoup d’endroits: il y a à peine quelques vers à sa face postérieure ; il n’exhale point d’odeur désagréable, et sent évidemment le fromage de Chester; sa position n’offre de remarquable que la demi-flexion des membres inférieurs et l’application immédiate du genou gauche sur la partie interne et inférieure de la cuisse droite: quant aux mains, elles sont appliquées, la gauche sur l’épine iliaque antérieure et supérieure, et la droite sur le pubis correspondant. Sa couleur est généralement fauve ; dans quelques points cependant elle est brunâtre, et dans une très grande étendue, surtout au côté gauche, la surface du corps est couverte de moisissures blanches cotonneuses, offrant des flocons par places, et qui, étant grattées et enlevées avec le scalpel, laissent voir la couleur fauve de la sur face du corps dont j’ai déjà parlé.

La peau existe partout, excepté vers la partie moyenne droite de l’arcade dentaire supérieure, à la partie antérieure du cou, à ses parties latérales gauche et postérieure, où cependant il en reste quelques traces sur le côté droit de la poitrine, au niveau des trois premières fausses côtes en avant, et dans une étendue de 5 centim. carrés environ : elle est encore détruite, dans quelques parties du dos, à la partie supérieure de la cuisse

droite et autour de Tanus. Elle est plissée, comme demi-dessëcfaée, quoiqu’elle offre encore l’apparence charnue ; lorsqu’on frappe avec le scalpel sur les parties où elle ne recouvre pas immédiatement les os, on entend un bruit semblable à celui que donne un carton vide sur lequel on frappe; et en effet, au premier abord, le cadavre a un aspect cartonné, si on peut s’exprimer ainsi. En détachant quelques fragmens de peau dans différentes régions, on voit qu’elle est recouverte dans beaucoup d’endroits d'un enduit fauve auquel elle doit sa couleur, enduit qui est assez épais, et qui ressemble, pour sa consistance, à de la croûte de fromage de Chesler, dont il a exactement l’odeur. Débarrassée de cette couche, la peau est amincie, comme tannée, surtout au crâne, de couleur orange dans certaines parties, et marbrée de fauve, de gris et de brun dans d’autres ; sa consistance est à-peu-près celle d’un vieux gant mouillé, et elle est en partie saponifiée, car l’analyse y démontre la présence des acides margarique et oléique unis à de l’ammoniaque et à de la chaux. Il n’y a point à’épiderme, et il paraît probable que l’enduit dont je viens de parler est le résultat de la fonte de cet épiderme : toutefois, on découvre à la partie interne des jambes quelques lambeaux de cuticule soulevés, sensiblement éloignés des membres, et qui paraissent être les débris des vésicules séreuses observées et notées au moment de l'inhumation ; cette portion d’épiderme, en effet, s’étant trouvée soulevée par la sérosité, a pu résister au mouvement général de décomposition, étant en quelque sorte isolée. Quoi qu’il en soit, les débris dont il s’agit sont translucides, fauves, peu résistans, et ressemblent assez à une feuille à moitié desséchée qui aurait été en partie rongée et piquetée. Les ongles existent encore, mais ils adhèrent très peu ; le plus léger effort suffit pour les détacher ; ils sont recouverts de l’enduit caséeux déjà indiqué et de terre ; leur couleur est fauve, et leur consistance semblable à du parchemin vieux et desséché ; ils sont translucides.

Le tissu cellulaire, dans les parties où il est ordinairement peu graisseux, est comme desséché, mat, blanc ou d’un blanc grisâtre, filamenteux et facile à déchirer; là où il est graisseux, il est d’un blanc légèrement jaunâtre, peu résistant, humide, assez semblable à du lard bouilli et refroidi; il diffère par conséquent du tissu cellulaire graisseux dans l’état naturel, qui est d’un jaune plus foncé, et dont les globules graisseux sont parfaite s ment distincts. Dans les parties du corps où le tissu cellulaire graisseux est très abondant, comme aux fesses, les couches les plus profondes sont d’un jaune orangé, et offrent encore l’aspect globuleux, quoique moins apparent qu’à l’état normal : l’odeur de ce tissu cellulaire est à-peu-près celle du fromage de Chester. Il est en partie transformé en savon, car il fournit à l’analyse des acides margarique et oléique unis à l’ammoniaque et à la chaux.

Les muscles des cuisses semblent convertis en partie en gras, excepté en arrière où l’on aperçoit quelques fibres d’un rose plus ou moins pâle qui tendent aussi à se saponifier : soumis à l’analyse, ils donnent en effet du

savon ammoniacal et calcaire, comme la peau et le tissu cellulaire graisseux. Ceux de la partie postérieure des jambes sont dans le même état que ceux de la partie postérieure de la cuisse. Du reste, la texture des muscles qui ont subi un commencement de transformation en gras, est telle que l’on reconnaît encore la disposition des fibres musculaires : leur consistance n’est pas grande, puisqu’on les déchire très facilement ; leur odeur est celle du fromage de Chester . Au milieu de ces masses saponifiées, on reconnaît à leur structure et à leur brillant nacré les parties tendineuses et aponévrotiques. Aux bras et aux avant-bras, les muscles, moins changés que les précédens, conservent davantage leur couleur, leur consistance et leur aspect musculaire, quoiqu’ils soient déjà en partie saponifiés, et (ju’ils tendent évidemment à se saponifier de plus en plus..

Les tendons existent partout,, et sont très reconnaissables, quoique de couleur jaimâtre, et moins brillans que dans l’état naturel j ils sont souples et très résistans ; rnis dans l’eau, ils reprennent promptement tous les caractères qui leur sont propres. On ne trouve aux membres ni nerfs, ni vaissemoo; ils sont probablement transformés en gras, et confondus avec lOS fibres musculaires. Les cartilages articulaires sont en partie détruits; les portions qui restent sont amincies et d’un blanc jaunâtre. Les ligamm ne paraissent pas différer de l’état normal, si ce n’est qu’ils sont grisâtres. Les os sont blancs, très fragiles, spongieux, et se laissent facilement couper avec le scalpel, surtout vers leurs extrémités ; cet état tient évidemment à une altération pathologique des os, et ne dépend en aucune manière du séjour prolongé dans la terre.

Tête. La tête tient encore assez fortement au tronc; la face est méconnaissable, et couverte de moisissures blanches, excepté aux lèvres et à la joue gauche : un morceau de serpillière est appliqué sur celle-ci et y adhère assez ; lorsqu’on l’enlève, on voit la peau d’un jaune fauve. Les fosses orbitaires paraissent pleines au premier abord. Les paupières sont réduites à une membrane mince, desséchée: on ne trouve plus à la place des yeux que les restes des membranes, sous forme d’une coque, incomplète, ayant encore jusqu’à un certain point la forme du globe oculaire ; ces restés de membranes parmi lesquels on reconnaît bien les débris de la- sclérotique, sont de couleur brunâtre et assez résistans. Le nerf optique, dont les rapports avec la sclérotique sont très manifestes, est brunâtre, luisant, très consistant et peu volumineux. Ges diverses parties, nqises dans l’eau, ne tardent pas à reprendre leur blancheur et leur aspect ordinaires. On ne. trouve plus de vestiges des muscles du globe de l’œil, ni du paquet graisseux qui existe ordinairement dans l’orbite. Le nés est aplati, singulièrement déformé, détruit à-peu-près dans son tiers inférieur droit; la peau qui le recouvue est d’un brun très foncé, desséchée et amincie ; il n’offre plus aucune trace de cartilage. Les deux joues sont comme cartonnées: la droite n’est détruite que vers la commissure correspondante ; lorsqu’on enlève la moisissure qui la recouvTe en grande

partie, on voit 'qu’elle est d’un brun clair mêlé çà et là de taches plus foncées , qife la peau est amincie , que le tissu cellulaire pisseux et brunâtre tend à se ti-ansforrner en gras, et qu’à la place des muscles on trouve une masse réticulaire d’un brun noirâtre, formée de filamens et de portions membraneuses. La joue gauche, d’une teinte généralement fauve, est àpeu-près dans le même état que la droite, si ce n’est qu’elle est moins altérée. La bouche est ouverte ; il n’y a plus que quelques depts molaires à la mâchoire supérieure ; l’os marillaire inférieur, au contraire, en est as^z biep g9rni ; ces dents sont vacillantes et peuvent être facilement arrachées avec des pinces ; elles sont brunâtres, ce qui tient à la présence d’un enduit que l’on peut enlever par l’eau ; alors elles sont jaunâtres. Les lèvres sont réduites à une membrane très mince, brune : la supérieure est presque entièrement détruite dans sa portion droite ; l’inférieure est un peu rongée vers ses bords : du reste, elle est entière ; la commissure gauche est la seule qui existe. L’os maxillaire inférieur est maintenu dans sa position, et tient encore fortement. La peau du crâne, sur laquelle sont accolés des cheveux gris qui adhèrent à peine, est très sèche dans les deux tiers antérieurs, et plus humide dans le tiers postérieur quand on l’enlève, on détache en même temps les parties aponévrotiques et musculaires de l’occipitO'frontal, qui forment un tout avec elle ; alors on voit les os du crâne à nu, excepté là où la peau est humide et où ces os sont recouverts d’une certaine quantité de vers.

Le cerveau occupe au moins la moitié de la cavité du crâne; il est mou, mais non diffluent, d’une couleur violette à l’extérieur, dans certains points, et grise dans d’autres : on peut reconnaître très bien les deux substances, dont la couleur diffère à peine de l’état normal. Le cervelet est beaucoup plus altéré ; il en reste à peine quelques portions qui sont ramollies et presque réduites en pulpe grise, mélangée de violet. La moelle épinière est détruite ; ses enveloppes existent, et leur cavité est remplie de vers blancs. L’odeur qu’exhalent ces organes est des plus infectes. La dure-mère, la seule des membranes de l’encéphale que l’on puisse reconnaître, est assez résistante, entière, et offre tous les caractères, des membranes séreuses.

 la place des parties molles qui composent le cou, on trouve une masse formée par des filamens et des portions membraneuses brunâtres et même noirâtres, humides et mêlées de vers postérieurement, presque sèches antérieurement, et dans laquelle il est impossible de reconnaître antre, chose que l’os hyoïde, le larynx, le commencement de la trachée-artère, les vertèbres et quelques restes de peau.

Thorax. Le thorax est entier, et offre sa configuration naturelle. Les reins sont parfaitement reconnaissables et assez volumineux ; les mamelons sont visibles, mais on ne peut pas retrouver les excoriations qui furent notées lors de l’inhumation; on décou%Te bien çà et là quelques portions de peau détruites, qui pourraient bien correspondre à ces exco-

nations; niais Oii ne saurait afiSrmer qu’il en soit ainsi. îi n’y a plus de vestige de glande mammaire; il n’existe sous la peau des mamelles que du tissu cellulaire graisseux, qui tend à se saponifier, et qui offre, jusqu'à un certain point, l’aspect de celui du bras. A la place des muscles qui recouvrent les parties lalérales du thorax, on ne trouve plus que des feuillets membraneux, en général brunâtres, mais fauves dans quelques points; presque complètement desséchés et percés çà et là de trous. Les cavités thoraciques sont presque vides ; on y remarque quelques vers, mais point de liquide. La plèvre, que l’on reconnaît encore, est très mince, très facile à déchirer, et couverte d’un enduit noirâtre ; il en est de même du médiastin, qui est aussi très reconnaissable. Les poumons présentent des adhérences nombreuses, et sont refoulés à la partie postérieure ; ils sont réduits à une sorte de membrane d’un millimètre d’épaisseur, et d’une longueur àpeu-près égale à celle du poumon dans l’état naturel, lisse, luisante, noire, assez molle, dans laquelle on ne distingue plus la structure des poumons, mais qui offre une substance homogène, que l’on peut cependant diviser en plusieurs feuillets. Les pièces du larynx sont assez réunies entre elles pour qu’on puisse reconnaître cet organe ; ces pièces sont.d’une couleur brunâtre ; les cartilages sont presque ossifiés et se coupent avec facilité ; la membrane interne qu’ils recouvrent est presque noire. La trachée-artère est entière, ramollie, d’une couleur brune à l’extérieur, noire à l’intérieur; les cerceaux qui la composent ont perdu leur élasticité et sont également noirs. Le péricarde, dont il ne manque aucune portion, est brunâtre à ses deux faces, et contient le cæur, sans qu’il y ait aucun liquide entre ces deux or^ ganes. A l’exception de l’oreillette droite, qui a été probablement rongée par des vers, on trouve dans le cœur toutes les parties qui le composent; il est mou, vide, et d’un gris livide à l’extérieur, tandis qu’à l'intérieur il est noirâtre, excepté là où les colonnés charnues ont été détruites, et où il est d’un gris livide. Les deux ventricules et l’oreillette gauche sont trèsdistincts, quoique .notablement amincis et perforés eà et là par des vers;, les colonnes charnues, qui sont encore assez nombreuses, s’attachent vistblement aux valvules tricuspide et mitrale, et sont extrêmement minces;; les valvules sygmo'ides et l’origine de Yaotie sont très visibles ; ce gros tronc artériel est d’un gris noirâtre à sa naissance, et offre distinctement les trois membranes qui le composent ; plus bas, dans tout l’abdomen, il est aussi très visible, mais sa membrane interne, au lieu d’être noirâtre, est d’un blanc jaunâtre.

Le diaphragme, fortement refoulé en haut, est très aminci et gris verdâtre. On y reconnaît très bien le centre phrénique et des restes da fibres musculaires, minces et verdâtres ; il existe sur ses deux faces de granulations dures, semblables à celles dont j’ai déjà parlé plusieurs fois.

Abdomen. L’abdomen présente une forme très différente de cellequïla' dans l’état naturel ; il est enfoncé; ses parois antérieures paraissent comme

ypptiqüéeâ Côtitte la coîoiino vëftébrale, et offrent des boêseluf'es et dés enfon= cemens. Lorsqu’on enlève la terre et la moisissure qui recouvrent la pres-^ que totalité de la surface abdominale, on voit que la peau est sèche et de couleur fauve : on ne trouve à la place des muscles et des autres parties qui formaient ces parois, que les aponévroses et quelques fibres musculaires à peine reconnaissables; ces parois sont extrêmement amincies et desséchées. On remarque, à l’ouverture de l’abdomen, que la cavité abdominale est extrêmement sèche, et que les viscères, qui, au premier abord, paraissent aussi très desséchés, sont fortement refoulés en arrière; ce refoulement fait, pour peu que l’on tende en avant les lambeaux des parois incisées, qu’il existe un-vide très considérable entre ces mêmes parois et les viscères abdominaux.

Vépiploon gastro-colique est entier , plus mou que dans l’état naturel, et transformé en gras de cadavre. V estomac, entier aussi, est grisâtre à l’intérieur comme à l’extérieur, et vide ; sa membrane muqueuse est lisse et ne présente aucune trace de rougeur; çà et là on y voit quelques points emphysémateux ; les autres tuniques sont distinctes et peuvent être séparées, mais elles sont très amincies. Il serait impossible de confondre cet estomac avec un autre qui serait enflammé. Le canal intestinal et le mésentère forment, avec l’estomac et l’épiploon gastro-colique, une sorte de masse dans laquelle plusieurs parties sont réunies, accolées et entortillées au point qu’on ne peut pas les reconnaître au premier abord. Cette masse est de couleur marbrée de rose, de vert, de gris, de brun et de noir ; lorsqu’à l’aide des doigts on est parvenu à en séparer les circonvolutions intestinales et le mésentère, on peut s’assurer que celui-ci est en grande partie transformé en gras d’un blanc mat, que le rectum contient des matières fécales molles et noires, qui lui communiquent cette couleur, et que les intestins sont humides ou secs; les portions humides sont d’un blanc grisâtre à l’extérieur comme à l’intérieur, sans la moindre trace de rougeur ; quelques-unes aussi sont vertes ; les parties qui sont desséchées sont brunâtres à leurs deux faces.

Le foie est attaché au moyen de son ligament suspenseur, qui est très reconnaissable, et dans l’épaisseur duquel on voit le ligament formé par la veine ombilicale oblitérée. Il est aplati et déformé; sa partie la plus épaisse n’offre guère que 16 millim.; il est en général d’un gris livide, excepté à son lobe droit qui est brun ; il est flasque, et présente à sa face supérieure des granulations de phosphate de chaux, semblables à celles qui ont été déjà décrites plusieurs fois ; sa structure est méconnaissable ; on ne peut guère y apercevoir que les orifices des vaisseaux qui le parcourent ; à l’intérieur de ces vaisseaux, on remarque des granulations molles blanches, évidemment formées par du gras de cadavre. La vésiculebiliaire est remplie par un calcul de 5 centim. de longueur et de 3 centim. dans son centre, où il est le plus large ; sa surface inierne est enduite d’une matière jaune, graisseuse, qui resseml)Ie à de la bile épaissie ; la membrane qui est I. . 40

sous cet enduit est veloutée, verte et presque comme dans l’état naturel La veine cave, qui est vide, est très visible dans la partie inférieure df l’abdomen, et se fait remarquer à l’intérieur comme à l’extérieur par une couleur blanche, quoiqu’elle ne soit pas saponifiée. Les reins sont aplatis . bleuâtres à l’extérieur et olivâtres à l’intérieur, ramollis et humides; on y distingue des mamelons et des calices ; la graisse qui se trouve dans le bassinet est en partie saponifiée. La vessie est détruite dans sa partie inférieure ; on peut encore reconnaître sa cavité, qui est vide ; sa membrane muqueuse est brunâtre et couverte de larves très petites et blanches ; ses parois sont amincies et comme desséchées ; on peut les diviser en plusieurs feuillets celluleux.

La rate est entière, d’un bleu foncé et ramollie.

Vutérus est tellement aplati et déformé , qu’on ne le reconnaît d’abord qu’à sa situation ; cependant, en l’incisant et en introduisant le scalpel, on peut très facilement séparer la paroi antérieure de la postérieure, et apercevoir son eol et sa cavité : du reste, ces parois ressemblent à du caoutchouc, si ce n’est qu’elles sont beaucoup plus molles. On ne trouve plus ni trompes ni ovaires ; mais on voit encore les ligamens larges sous forme d’un feuillet membraneux grisâtre.

Les parties génitales externes ne constituent plus qu’une masse informe, feuilletée, qui ne permet pas de reconnaître le sexe.

Dos et colonne vertébrale. Comme je l’ai déjà dit, la peau du dos est rongée et perforée dans quelques endroits : elle est amincie et humide vers la partie supérieure du.trûnc, de couleur brunâtre ; quoique plus sèche inférieurement, elle l’est cependant moins que dans les parties antérieures du tronc. Les masses musculaires qui avoisinent la polônne verté- . braie sont humides supérieurement, conservent leur aspect fibreux et ne sont point transformées en gras; leur couleur est brun foncé; lorsqu’on les incise , on y trouve une quantité considérable de vers blancs; inférieurement les muscles sont plus secs et sous forme de membranes minces, d’un brun foncé. Les portions aponévrotiques et tendineuses de cette région sont parfaitement reconnaissables, et offrent leur aspect varié et luisant,^ quoique moins éclatant. La colonne vertébrale forme un tout continu, et les ligamens vertébraux existent sur tous les points.

Réfieæions. Cette nécropsie est remarquable sous plusieurs rapports : 1° Il a été impossible, lors de l’exhumation, de constater que les seins étaient excoriés, que les parties génitales externes étaient rouges, et qu’il y avait des phlyctènes aux jambes et des eschares aux pieds , toutes lésions que l’on avait reconnues au moment de l’inhumation ; cependant, relativement aux eschares, je dirai qu’à la place où elles avaient été notées, sur le dos des pieds, j’ai trouvé deux cavités d’environ 3 milli-

mètres de large et 16 millimètres de profondeur, ce qui est d’autant plus remarquable, que les pieds étaient entiers, à l’exception des cavités que je signale. 2° Ce cadavre, qui a été enterré dans le même terrain que l’individu mort de la petitevérole, qui fait le sujet de la 29® nécropsie {voy. page 615), était étonnamment conservé, tandis que l’autre était à la dernière période de la putréfaction ; et cependant les corps étaient à côté l’un de l’autre, et avaient été inhumés et exhumés à-peu-près à la même époque : cette différence, qui peut tenir en partie à l’âge des sujets, peut aussi dépendre de ce que l’un d’eux avait succombé à une maladie de la peau, qui a dû hâter singulièrement la destruction. 3° L’altération éprouvée par ce cadavre est très remarquable, et telle que je ne l’ai encore jamais observée à ce degré, dans aucune de mes exhumations ; je veux parler delà saponification de la peau, des muscles et du tissu cellulaire, qui était fort avancée dans plusieurs parties, tandis que dans d’autres il y avait eu dessèchement et même destruction.

NÉCROPSIE 31®.

Le 23 septembre 4 828, je fus chargé par le ministère public deprocéder à l’exhumation du cadavre de madame Noresse, morte le 6 mai 1823. Le cadavre avait été enveloppé, dit-on, d’un drap, et placé dans une bière d’environ 18 à 20 millim. d’épaisseur, enterrée à 1 mètre 30 cent, de profondeur dans le cimetière de l’est de Tours.

La bière se brisa, et on ne l’obtint que par morceaux ; alors on vit que cesfragmens étaient pourris., tachés eà et là en brun, en violet , en noir. On ne découvrit aucun vestige de drap. Le cadavre, réduit au squelette, ne put pas être enlevé en totalité ; au plus léger effort, les os se séparaient, et on ne les obtenait que dans cet état d’isolement. Il tomba tant de terre, qui se mêla avec les os, qu’il fut impossible de découvrir d’autres parties molles, qu’une espèce d’enduit brunâtre qui tapissait les extrémités des côtes et les vertèbres ; toutefois , le crâne , qui se laissa briser facilement, contenait environ un septième de la masse cérébrale d’un gris légèrement verdâtre , très molle, comme graisseuse et nullement fétide. Il y avait des cheveux sur la tête. On reconnut facilement aux os du bassin que le cadavre était celui d’une femme.

NÉCROPSIE 32®.

Le 23 mars 1829, un fossoyeur découvrit, dans un cimetière de Valen-

tîleniièâ, dsus Badavréb JjarfaUeftient eôtiéêi*véë. I^ôîct cd cjai în'a écrit à ce sujet t

Le 2 avril, à cinq heures du matin, le procureur du roi, accompagné dü juge d’instruction, d’un médecin, d’un chirurgien et de deux pharmaciens, s’est rendu au cimetière pour procéder à l’exhumation des deux cadavres. Les cercueils étaient placés l’un au-dessus de l’autre, parallèlement ; la partie droite inférieure du premier était posée sur la partie supérieure gauche du second. L’autopsie du premier cadavre a été faite avec les précautions usitées en pareil cas, et il a été constaté que l’individu n’était pas mort de mort violente, mais qu’il avait succombé à une péripneumonie avec complication de gastro -entérite. Il avait été saigné aux deux bras, les bandes y étaient encore. La saignée du bras gauche était belle et d’un rouge vif, ainsi qu’un peu de sang qui s’en était épanché.

Le second cadavre était aussi bien conservé que le premier. Le procureur du roi, le juge d’instruction et la commission ont reconnu unanimement qu’il n’y avait point eu inhumation illicite. Le premier cercueil était de hêtre et de bois-blanc, et le second de chêne ; dans l’un et dans l’autre les clous qui servaient à unir les planches n’étaient seulement pas oxydés- A l’endroit où se trouvaient les cercueils, le terrain est un composé de terre végétale mêlée de silex et de carbonate de chaux, plutôt siliceux que calcaire ; il est humide, frais, compacte, et peu éloigné d’une rivière audessus de laquelle il s’élève de 4 à 5 mètres. On a la certitude que l’inhumation des deux cadavres remonte au moins à l’année 4 814.

RÉSUMÉ

des CHANGEMEKS physiques. Qü’ÉPROüVEiVï LES TlSSüS DES CADAVRES ENTERRÉS DANS DES FOSSES PARTICULIÈRES.

Épiderme. L’épïderme a une tendance marquée à se détruire. Dans les premiers temps, il s’amincit, se ramollit, et tend à faire corps avec le linceul ou avec la terre, si le cadavre a été enterré tout nu. Dans les parties où il n’a pas été enlevé avec la terre qui le recouvrait, il est plissé, soulevé et facile à détacher en lambeaux minces, translucides, d’un blanc grisâtre, même à l’abdomen, où le derme est coloré eu vert ; à la paume des mains et à la plante des pieds, où il est plus épais, il est plus sec, plus mat, d’un blanc tirant légèrement sur le jaune, rugueux, fortement plissé, et semblable à celui de la même partie sur lequel on aurait appliqué pendant long-temps un cataplasme émollient j quelquefois sa face interne est partiellement colorée en rouge Ou en vert par un liquide séreux que l’on peut enlever par l’eau, et alors la couleur blanche du tissu reparaît. Il n’est guère possible d’établir l’ordre suivant lequel les parties se dépouillent de leur épiderme, parce qu’il n’y a rien de constant à cet égard.

A une époque un peu plus avancée, les portions d’épiderme non encore séparées commencent à éprouver une altération remarquable; souvent elles deviennent graisseuses, et adhèrent de plus eu plus à la terre ou au linceul qui les recouvrent ; elles forment alors des couches d’un jaune rougeâtre ou brunes, composées de plusieurs petites élévations arrondies, comme len ticulaires et confluentes ; quelquefois , au lieu de ces couches, on trouve une mucosité gluante et grasse qui semble fournir un moyen d’agglutination entre certains organes : c’est par son intermède, par exemple, que la partie interne des membres thoraciques est souvent collée au thorax. li arrive aussi qu’au lieu d’un enduit gras et poisseux, on en trouve un autre qui est sec et presque comme de ia croûte de fromage desséché. Les enduits

dont je parle, sous quelque forme qu’ils se présentent, sont quelquefois recouverts de moisissures blanches, floconneuses, semblables dans certains cas à de la gelée blanche. Plus tard l’épiderme a disparu ; cependant, si pendant la vie il a été soulevé par de la sérosité, il peut se faire qu’il résiste à la putréfaction, et qu’on le trouve encore, au bout de plusieurs mois, avec la plupart des caractères qui lui sont propres.

Les ongles se ramollissent, acquièrent une couleur grisâtre, et perdent de leur élasticité; ils deviennent aussi de mbins en moins translucides ; on peut les arracher facilement, même lorsque le cadavre n’est enterré que depuis vingt ou trente jours. La peau qu’ils recouvrent dès cette époque est lisse, humide et d’un rouge vif, comme de la gelée de groseilles; plus tard, ces ongles tombent après s’être desséchés.

Chèveùæ et poils. Ces parties résistent beaucoup à la putréfaction; je les ai constamment trouvées, avec toutes leurs apparences, même après plusieurs années d’inhumation.

Peûù. Après avoir étudié séparément l’épiderme, je vais examiner les changemens qu’éprouve la peau, que je ne supposerai pas encore être dépouillée de sa cuticule. Dans les premiers temps, elle est de couleur jaunâtre, tirant ün peu sur le rosé; cependant On voit çà et là des teintes verdâtres, rougeâtres et violacées; du reste, elle est à peine ramollie, nullement corrodée, et presque dans l’état naturel. On peut établir en principe qu’elle est plus humide à la partie postérieure dm tronc que partout ailleurs.

Plus tard elle est quelquefois recouverte, dans certains endroits, de petites granulations comme sablonneuses, formées par du phosphate de chaux ; alors, par l’efiet de la putréfaction, ellè est presque décollée au dos, où elle paraît former une poche, comme le fait la peau du crapaud au corps dé cet animal • son épaisseur n’a pas encore sensiblement diminué, si ce n’est aux paupières où elle se déchire facilement ; sa structure est parfaitement reconnaissable, et nulle part on ne la voit transformée en gras.

Plus tard encore elle commence à se dessécher, devient plus mince et prend une couleur qui varie du jaune fauve au jaune

presque orangé, et au brun quelquefois assez foncé ; elle est recouverte par l’enduit dont j’ai parlé à l’occasion de l’épiderme, et dans certains points par de la moisissure; cette dernièré n’existe guère dans les parties les plus humides, comme au dos, tandis qu’il y en a beaucoup dans celles qui sont ordinairement sèches. La dessiccation fait chaque jour de nouveaux progrès ; l’enveloppe tégumentaire semble se tanner ; aussi , lorsqu’on frappe avec le manche d^un scalpel sur une partie quelconque du cadavre, on entend un bruit à-peu-près semblable à celui qu’on- produit par la percussion sur une boîte de carton. Si alors on incise ce tissu, on voit que la coupe offre l’aspect d’une couenne grisâtre, et déjà on distingue une tendance évidente à la saponification, tendance qui est surtout marquée là où le tissu cellulaire sous-cutané est chargé de graisse : c’est aussi dans ces parties qu’en général la peau se conserve le mieux, et si elle se détruit aisément au pourtour de l’anus, cela tient à la facilité avec laquelle les vers peuvent l’attaquer. Son adhérence aux parties sous-jacentes varie ; quand elle est appliquée sur des os, elle y tient par du tissu cellulaire sec, facile à déchirer et à séparer; elle est au contraire très adhérente lorsqu’elle répond à des portions fournies de tissu cellulaire graisseux, ou lorsqu’elle recouvre des parties musculaires, sans l’in^ termédiaire de ce tissu graisseux abondant.

A une époque encore plus éloignée, la dessiccation et l’amincissement de la peau augmentent là où elle n’a pas été saponifiée, et, comme précédemment; cè sont les parties antérieures qui sont plus sèches ; quelquefois même elle est déjà excessivement desséchée en avant, que la partie postérieure est encore très hu- * mide, très amincie, et en partie détruite par les vers. Elle brunit de plus en plus où devient d’un jaune sale ; mais en général elle conserve encore assez de consistance, quoiqu’elle soit détruite et comme corrodée en plusieurs points. Enfin l’amincissement est porté au point que le tissu disparaît peu-à-peu. Il est inutile d’indiquer que la destruction de l’organe cutané est beaucoup plus rapide dans les portions qui n’ont été ni desséchées n| transformées en gras.

On remarquera, sans doute, que je n’ai pas compris parmi les

changemens que la peau éprouve pendant l'inhumation, les lividités cadavériques , le?, vergetures ecchymoses ; é&,\.

qu’en effet les lividités cadavériques de la peau paraissent ordinairement lorsque le cadavre commence à se refroidir, et par conséquent bien avant l’inhumation ; d’ailleurs, elles seront décrites plus loin. Quant aux vergetures, comme elles ne sont autre chose que des lividités cadavériques de la peau, traversées par des lignes, des sillons ou des plaques blanchâtres, résultat évident de la pression exercée sur les parties livides par les , vêtemens , les ligatures , etc. , je ne dois pas m’en occuper davantage par le même motif. Je n’ai pas fait mention des ecchymoses sous-cutanées , ^2X0,0, que je n’ai jamais eu occasion d’eu observer chez les sujets que j’ai fait pourrir, non pas que je pense qu’il ne s’en développe dans aucun cas pendant la putréfaction des cadavres qui ont été enterrés ; au contraire, tout concourt a établir qu’il doit s’en former chez les individus jeunes, gras, abreuvés de sucs, qui ont succombé à une maladie aiguë, et qui ont été inhumés pendant l’été. Ces ecchymoses seront décrites en parlant des altérations des tissus et des fluides qui sont le résultat de la mort (V. plus loin).

Tissu cellulaire sous-cutané. Ce tissu change à peine dans les premiers temps ; toutefois il est aisé de remarquer, même de bonne heure, qu’il se comporte différemment à la partie antérieure du corps , qu’eu arrière et suivant l’épaisseur des couches musculaires qui l’avoisinent. Ainsi, loin de s’infiltrer, il se dessèche et conserve assez de résistance quand il est placé à la partie antérieure du tronc, surtout là où la couche musculaire est mince, comme à l’abdomen et au milieu du thorax. Il est au contraire infiltré, mou, peu résistant dans toute la partie postérieure du tronc : cette infiltration peut être simplement sanguinolente , ou bien à-la-fois sanguinolente et huileuse ; dans ce dernier cas, des gouttelettes jaunes, comme graisseuses, sont mêlées au liquide rouge. A la partie postérieure de la tête et du cou, et même dans presque toute l’étendue du dos et des lombes, l’infiltration dont il est le siège est plus ou moins violacée, et présente un aspect gélatineux assez semblable à celui du tissu cellulaire épicrânien de certains enfans nouveau-nés : là ce tissu

est gonflé et se déchii-e avec facilité. Dans la région fessièi e et à la partie postérieure des membres, cet état gélatineux est à peine marqué, et le liquide qui imbibe le tissu cellulaire s’écoule avec beaucoup plus de facilité. Dans les régions latérales du thorax et de l’abdomen, ce tissu offre en quelque sorte un état d’infiltration intermédiaire entre celui de la partie antérieure et de la partie postérieure du tronc. En avant et sur les côtés des cuisses et des bras, où la couche musculaire est assez épaisse, il est assez humide, sans être infiltré, et se déchire facilement, ce qui tient évidemment à l’altération putride qu’il éprouve déjà, et qui est plus marquée là que dans les endroits où les muscles sont moins épais. Il est inutile d’ajouter que l’infiltration du tissu dont il s’agit sera surtout considérable quand le cadavre baignera pour ainsi dire dans un liquide, comme dans les cas d’anasarque (Voyez JVÉCROPSiE 7®, page 535).

Plus tard, surtout chez les sujets gras, le tissu cellulaire adipeux tend à se transformer en savon ; il devient d’un gris blanchâtre ou jaunâtre, de consistance de suif, et onctueux au toucher ; partout où il est très abondant, il offre, lorsqu’on l’incise, un aspect poreux, feuilleté, résultant de la présence d’une multitude de petites locules vides produites elles-mêmes soit par la dessiccation, soit par le dégagement des gaz. Plus tard encore, je l’ai vu comme desséché, mat, blanc, ou d’un blanc grisâtre, filamenteux, et facile à déchirer là où il est ordinairement peu graisseux, tandis qu’il était jaunâtre, peu résistant, humide et assez semblable à du lard bouilli et refroidi, dans les endroits où il est graisseux ; enfin il était d’un jaune orangé, d’un aspect globuleux et évidemment saponifié partout où il était encore plus graisseux. La transformation en savon du tissu cellulaire graisseux est loin d’être un phénomène constant; j’ai en effet trouvé ce tissu dans l’état naturel chez un individu qui était enterré depuis six mois, et qui était maigre, tandis que chez une femme grasse^ inhumée à-peu-près depuis le même temps et dans le même terrain, ce tissu était déjà saponifié dans plusieurs parties.

A une époque plus avancée, le tissu cellulaire non saponifié se détruit, après s’être desséché et avoir bruni.

Tissu musculaire. Les muscles commencent par se ramollir; en général, ils deviennent d’abord d’un rouge moins foncé partout où ils ne sont pas très infiltrés ; quelques-uns cependant offrent une couleur violacée ; ceux de l’abdomen sont souvent verts. Quelque temps après", leur tissu, est encore parfaitement reconnaissable ; il n’èst pas transformé en gras^ si ce n’est dans les orbites, où la saponification paraît avoir eu lieu bien plus tôt que dans les autres parties. Leur couleur est alors verdâtre ou lie de vin. La première de ces colorations est beaucoup plus commune que la seconde, qui ne se remarque guère que dans les endroits où l’on trouve une infiltration sanguinolente.

Le tissu dont il s’agit est partout humide (les orbites exceptés); et, dans plusieurs parties, il est imbibé par un liquide séro-san- ' guinolent de la même qouleur que celui qui imprègne le tissu cellulaire , et qui est tellement abondant dans certains régioiis, surtout au dos; qu’il en découle une grande quantité non-seulement par la pression, mais encore par la simple incision; il est même des muscles qui ressemblent à une gelée, au milieu de laquelle se trouveraient des fibres charnues, réunies pourtant de manière à ce qu’on pût très bien reconnaître la forme des organes que l’imbibition a envahis ; malgré cette imbibition qui devrait augmenter leur volume, les muscles sont affaissés, ët leurs fibres pour ainsi dire dissoutes dans le liquide. A là pârtiè antérieure des membres, le tissu musculaire forme une couché très peu épaisse sur les os qu’il recouvré. La résistance qu’il présente est en général considérablement diminuée, et la facilité avec laquelle on le déchire est en raison directe de son imbibition : or, comme cet état est plus marqué à la partie postérieure du tronc, et là où les couches musculaires sont plus épaisses ’qiie partout ailleurs, c’est aussi là que les fibres se déchirent avec le moins d’effort. ,

Le tissu musculaire, après s’être ramolli et coloré, plus ou moins en verdâtre ou en lie de vin, ou bien au contraire après être devenu plus pâle, se saponifie ou se détruit. La saponification a surtout lieu chez les personnes grasses / les fibres musculaires pâlissent déplus en plus; quelques-unes d’entre elles sont déjà changées en savon blanchâtre, que d’autres cOii-

servent encore leur couleur rosée : je n’ai jamais vu un muscle tout entier transformé en gras. L’autre genre d’altération, celui qui amène la destruction du muscle, est beaucoup plus commun ; voici comment il a lieu :

Après s’être ramolli, le tissu musculaire se dessèche petit à petit, et perd de son volume à un point tel que les masses qu’il forme s’aplatissent; à mesure que la dessiccation augmente, il prend une teinte plus foncée ; enfin il peut être tout-à-fait brun j mais, malgré cet aplatissement et cette coloration, on peut encore reconnaître les tendons, les aponévroses et la structure fibreuse de cette sorte de membrane. La dessiccation pourtant n’atteint pas tous les muscles qui se détruisent, et ceux qui se conservent humides offrent toujours une couleur foncée, verte ou lie de vin.

Plus tard, les fibres musculaires desséchées se détruisent, et il ne reste plus à leur place que des feuillets membraneux grisâtres ou d’un jaune brunâtre, dans lesquels il est impossible de reconnaître des fibres ; quelquefois ces feuillets sont humides; bruns et assez semblables à des feuilles de tabac que l’on aurait mouillées après les avoir desséchées ; enfin, dans quelques parties du corps, on ne trouve à la place des muscles que des masses aréolaires brunes et même noirâtres, semblables par leur aspect à certains polypiers.

A la région postérieure des membres; la dessiccation dont je parle n’est jamais aussi complète ; je ne l’ai pas non plus remarquée dans la région du dos ni des lombes, où les muscles sont constamment baignés dans des liquides : dans ces endroits ils se détruisent pour ainsi dire par macération.

Tissus aponévrotique et tendineux. 'Les aponévroses qui enveloppent les muscles conservent long-temps leur brillant et leur consistance,; mais elles ont en général une couleur légèrement bleuâtre là où elles sont peu épaisses ; il en est de même du tissu tendineux dont la couleur toutefois est plus blanche et plus éclatante, ce qui tient évidemment à sa plus grande épaisseur : en effet; dans les parties où les tendons existent sous fqrme aponévrotique, ils ont uneleinte analogue à celle des aponévroses.

Plus tard, et à une époque déjà assez avancée, les aponévroses,

et les tendons deviennent d’abord opalins et jaunâtres, pais de couleur brune, claij*e et même foncée ; ils se dessèchent plus ou moins com})Iétemenî, et perdent l’aspect nacré qui leur est propre ; mais il suffît de les mettre en contact pendant quelque temps avec l’eau, pour qu’ils reprennent leurs caractères primitifs; ce sont eux qui constituent, avec le tissu cellulaire, la totalité ou la presque totalité de ces masses feuilletées qui sont les seuls restes des parties molles que l’on remarque dans ces différentes parties du corps, et qui, à leur tour, finissent par se détruire entièrement, en sorte que le cadavre se trouve réduit au squelette.

Le tissu tendineux est un de ceux qui 'résistent le plus à la putréfaction.

Tissu ligamenteux. Pendant les premiers mois, les articulations conservent tous leurs rapports, et sont maintenues par lesligamens qui ont à peine changé d’aspect, et qui présentent encore beaucoup de résistance. Plus tard, le tissu ligamenteux se ramollit, jaunit, et, au bout d’un temps assez long, finit par se détruire complètement; il résiste beaucoup moins à la décomposition que les tendons. Les ligamens croisés sont ceux que l’on peut reconnaître le plus long-temps : quant aux autres, ils sont tellement confondus, au bout de quelques mois, avec les autres parties molles qui environnent ces articulations, qu’il est impossible de les distinguer.

Tissu cartilagineux. Les cartilages articulaires offrent pendant longtemps l’aspect et la texture qui leur sont propres, excepté qu’ils sont légèrement rosés. Plus lard, ils deviennent jaunâtres et commencent à s’amincir; leur consistance diminue de plus en plus ; enfin ils se détruisent, et il ne reste plus à leur place, sur les surfaces articulaires, qu’un enduit très mince, humide, légèrement graisseux et de couleur bistre. Les cartilages costaux brunissent aussi et perdent leur souplesse ; mais avant de disparaître ils deviennent tout-à-fait noirs, fragiles, et sont comme vermoulus.

Tissu osseux. Les os subissent à peine de l’altération, même au bout de plusieurs centaines d'années. On a trouvé à Saint- Denis ceux du roi Dagobert, mort il y a près de douze cents ans ;

iiiüvéï^ltë, iis étaient clans im coft’re de boîs^ placé lüî^ménic dans un tombeau de pierre. Haller dit, dans les premières pages de ses Elémens de Physiologie^ que la gélatine des os s’est conservée pendant deux mille ans dans des momies, tandis qu’à l'air ou dans des terrains humides quelques siècles suffisent à sâ destruction : alors les os se convertissent en poussière et disparaissent. Les dents résistent long-temps ; l’émail est presque indestructible.

Tissu séreux. Les plèvres, le péritoine, etc., deviennent d’abord grisâtres et se ramollissent ; plus tard ces membranes s’amincissent, se déchirent facilement, et tendent à se dessécher ; plus lard encore, leur couleur se fonce et passe au bleuâtre, au brun olive, ou au noir bleuâtre ; quelquefois leur surface est enduite d’une couche noire, comme graisseuse ; enfin elles disparaissent. J’ai pu reconnaître la plèvre chez un sujet enterré dans une bière épaisse, et ouvert quatorze mois après la mort.

Encéphale. Le cerveau, qui se pourrit si vite quand il est hors du crâne, résiste sensiblement au mouvement de décomposition putride tant qu’il est enfermé dans celte boîte osseuse. Quelquefois, avant l’inhumation, les vaisseaux sont gorgés de sang par l’effet de la mort., ce qui tient à la distension de l’estomac par des gaz, et au refoulement en haut du diaphragme et du sang contenu dans le côté droit du cœur. Pendant plusieurs semaines, à moins que la température n’aît été fort élevée, le cerveau conserve assez toutes ses propriétés normales pour qu’on puisse y reconnaître les diverses parties qui entrent dans sa composition, et constater les traces d’épanchemens et de ramollissemens pathologiques; cependant il tend de bonne heure à devenir d’un gris olivâtre clair. Quelque temps après il se ramollit, et le ramollissement commence par la substance grise, il diminue de volume, et ne remplit plus déjà exactement la cavité du crâne : à celte époque, on aperçoit encore, sinon la totalité, au moins une grande partie des circonvolutions, ainsi que les deux substances, dont la blanche est devenue grisâtre, et l’autre d’un vert olivâtre. Dans un cas de mort, à la suite d'une apoplexie foudroyante, il fut trouvé, même d’assez bonne heure, réduit en une bouillie très molle couleur délié de vin. Plus tard il est encore

plus mou, et pour ainsi dire réduit en bouillie : alors les dera substances, qu’il n’est plus permis de bien distinguer, sont verdâtres, ou couleur de lie de vin, et répandent une odeur excessivement fétide ; il est inutile de dire que l’on ne reconnaît pins aucune des parties qui se trouvent dans les divers ventricules ; on'ypit çà et là dans la masse de l’encéphale des filamens entourés de granulations graisseuses , qui semblent être des vaisseaux. A une époque plus éloignée encore, l’organe dont je parle n’est plus aussi fétide, et sa consistance est augmentée ; il forme alors upe masse d’un gris verdâtre, semblable à de la terre glaise détrempée ou azurée : quelquefois cette masse est jaunâtre à sa surface j dans d’autres circonstances, elle est percée de trous faits par des vers. Dans tous les cas, le cerveau diminue peu-àpeu de volume, et il arrive un moment où il n’occupe plus que le dixième et même le douzième de la cavité du crâne, et alors il est souvent saponifié. Dans les nombreuses ouvertures que nous avons faites, M. Lesueur et moi, nous avons constamment trouvé une plus ou moins grande partie de cet organe, tandis que déjà il ne restait aucun vestige d’autres viscères ; une fois seulement (voyez page 616) le crâne était vide, parce que des vers nombreux avaient dévoré tout l’encéphale.

Le cervelet et la moelle épinière présentent les mêmes changemens de consistance et de couleur que le cerveau 5 fis sont cependant en général plus ramollis.

La pie-mère et l’arachnoïde se comportent à-peu-près comme les autres parties du tissu séreux (voyez page 637). La duremère résiste beaucoup à là putréfaction, et présente à peine des changemens dans les premiers temps ; plus tard, elle devien. presque toujours verdâtre, se ramollit et se déchire souvent eu lambeaux qui ofirent une couleur ardoise claire.

Les veines du rachis peuvent également être le siège d’mi engorgement sanguin, surtout chez les vieillards et à la suite de certaines maladies ; ce phénomène, que l’on aurait tort d’attribuer à une violence antérieure, à une commotion de la moelle épinière, peut n’être qu’un effet de la mort, d’autant plus facile à concevoir, que le plus souvent le cadavre reste couché horizontalement sur le dos.

Onfpeut se faire une idée exacte de l’influence de la position du corps sur les congestions des parties les plus déclives du cerveau au moment du refroidissement, en plaçant un cadavre encore chaud sur une table inclinée, de manière que la tête soit pendante ou plus basse que le thorax : en effet, au bout de quelques heures, les vaisseaux de la tête seront; gorgés de sang : on pourra même y remarquer des coucrétions polypeuses blanchâtres et tenaces (1).

Les nerfs sont parfaitement conservés, même plusieurs mois après l’inhumation, et ne diffèrent de leur état normal que par leur solidité qui est moindre, et par leur couleur qui est un peu rosée.

Glohes oculaires. Peu de jours après l’inhumation, la cornée transparente est déjà affaissée, et notablement obscurcie, et les

(1) On ne doit pas considérer la présence d’un liquide séreux dans les ventricules cérébraux, le canal rachidien ou les aréoles de la pie-mère cérébrale, comme un effet cadavérique; et on ne pourrait l’attribuer à une cause pathologique qu’ autant que ce liquide s’écarterait beaucoup, par sa quantité et ses qualités , des conditions qu’il présente dans l’état normal , et que je vais exposer. On sait, par les recherches de M. Magendie sur les animaux vivans et sur les cadavres d’individus chez lesquels il n’avait existé aucun dérangement des fonctions du système nerveux, 1° que 1* espace compris entre la moelle et la dure-mère est habituellement rempli par un liquide incolore, qui soumet la moelle à un certain degré de compression nécessaire à l’exercice de ses fonctions, en même, temps qu’il protège cet organe important contre les commotions violentes, etc.; 2° que l’écoulement de ce liquide, provoqué chez un animal vivant, donne naissance à des symptômes gi'aves que fait bientôt cesser la régénération facile de cette humeur ; 3° qu’un liquide semblable infiltre lès aréoles de la pie-mère, et distend modérément les ventricules cérébraux ; 4° que la position de ce liquide est surtout remarquable, puisque dans le rachis, comme à la surface du cervelet et du cerveau, il est placé , ainsi que l’avait déjà vu Cotugno, entre le feuillet viscéral ,de l’arachnoïde et le viscère lui-même revêtu par la pie-mère ; 5“ qu’une simple vapeur lubrifie en dedans les deux feuillets contigus de l’arachnoïde , et que quand On y trouve de la sérosité, elle est en petite quantité et rougeâtre, et due uniquement à la transsudalion cadavérique, rarement à une irritation des méninges ; 6° que le liquide cérébro-spinal peut avec facilité passer du rachis dans les ventricules, ou de ceux-ci dans le rachis, par une ouverture placée entre la face postérieure du bulbe rachidien et le cervelet { elle paraît cependant bouchée par une membrane chez les moutons) . On conçoit qu’il peut gussi facilement passer du rachis dans les aréoles de la pie-mère cérébrale, puisque dans l’un comme dans l’autre cas, il est sous l’arachnoïde. Ces remarques font aussi prévoir que la position dans laquelle on place le cadavre pendant qu’on en fait l’examen, peut favoriser l’accumulation de cette humeur, soit vers le crâne, soit vers le canal rachidien.

humeurs vitrée et aqueuse tendent à se colorer en bistre clair ou en rougeâtre. Quelques semaines après, rafifaissetnent a fait de tels progrès, que les yeux semblent quelquefois vides au premier abord; l’obscurcissement de la cornée et la coloration des humeurs ont augmenté ; celles-ci sont remplacées par un fluide peu consistant, de couleur bistre qui paraît être due à la choroïde; le cristallin, ainsi que les diverses membranes, conservent leurs caractères. En général, j’ai trouvé les yeux entiers jusqu’au deuxième mois. Plus tard ils se vident, et on ne voit que leurs membranes et le cristallin ; quelque temps après, il n’existe que des débris brunâtres de la sclérotique: enfin, plus tard, les cavités orbitaires ne renferment qu’une masse de gras de cadavre formée aux dépens des yeux, dont on ne découvre plus de traces, des muscles et du paquet graisseux de cette région. Il est peu d’organes qui disparaissent aussi promptement que les globes oculaires : dans les exhumations faites à Bicêlre, nous n’en avons jamais trouvé de vestiges, M. Lesueur et moi, quatre mois après la mort.

Organes de la res-piration et de la circulation. Avant d’indiquer les divers états que m’ont présentés les poumons, voyons en peu de mots ce qu’ils offrent de remarquable vingtquatre ou trente-six heures après la mort. Si l’agonie n’a pas été longue, la portion des poumons qui était la plus déclive au moment du refroidissement du cadavre, sera engorgée; si, comme il arrive le plus ordinairement ^ l’individu est couché sur le dos, et que le cadavre n’ait jjas été retourné, la congestion sanguine se trouvera dans la portion dorsale des poumons; elle occupera au contraire leur partie antérieure ou leur partie inférieure, si, au moment de la mort, l’individu était couché sur le ventre dans une situation verticale, comme dans la suspension, et que l’on n’ait point changé l’attitude du cadavre pendant le refroidissement. Si on retourne le corps immédiatement après la mort, les poumons présenteront à peine quelque trace d’engorgement dans la partie qui était la plus déclive quand l’individu a cessé de vivre ; tout le sang s’accumulera dans les portions les plus déclives au moment du refroidissement. Dans ces dififérens cas, l’engorgement pourra être porté au point de diminuer la

force de cohésion dû parenchyme, eide chasser eniièrement l’air qui occupe les parties les plus déclives. Il est inutile de dire que les bronches se colorent également en rouge dans les portions des poumons où le sang s’est accumulé. Si l’agonie a été longue^ ou que le malade ait succombé à une affection du. thorax, avec gêne considérable de la respiration, la congestion sanguine occupera la partie des poumons la plus déclive au moment de la mort: On a beau retourner sur le ventre le corps d’un pareil individu qui vient d’expirer étant couché sur le dos, l’engorgement sanguin se trouve dans la portion dorsale de la partie thoracique des poumons ; celle qui est la plus déclive au moment du refroidissement, offre à peine quelques traces de congestion. Il suit de ce qui précède, que l’on se tromperait en voulant juger, d’après la lividité de telle ou telle autre partie des poumons, la situation de l’individu au moment de la mort Ou du refroidissement du cadavre, puisqu’il est évident que l’on doit tenir compte aussi de la durée de l’agonie.

Les congestions dont je viens de parier donnent quelquefois aux poumons, et surtout à leur partie postérieure, une coüleur plus ou moins noire, qui, dans certaines circonstances, a pu être regardée par des médecins peu attentifs comme étant le résultat de \2l gangrène ou du sphaeèle; mais il suffit de détacher une partié du poumon et de l’agiter dans l’eau pour lui enlever le sang et la couleur noire, et lui faire reprendre son état naturel. D’ailleurs, comme l’a fait observer Chaussier, quand un organe aussi essentiel à la vie est attaqué d’une maladie qui tend à se terminer par le sphaeèle, la mort survient avant que la gangrène ait eu le temps de se manifester.

Examinons maintenant les divers états des poumons après une inhumation plus ou moins prolongée. Ils conservent leur aspect naturel pendant long-temps, mais ils ne tardent pas à devenir emphysémateux ; ils ne sont pas plus gorgés de sang à leur partie postérieure , que lorsque la mort est récente ; on peut même, au bout de quelques mois, reconnaître leur structure, et constater s’ils ont le siège d’une lésion pathologique. Plus tard, ils sont pl ns ou moins affaissés , et ils n’occupent plus les cavités des plèvres ; leur couleur devient d’un vert-bouteille plus ou I. «

moins foncé tirant sur Tardoise, ou bleuâtre ; à cette époque, il est rare qu’en les incisant pn puisse reconnaître la structure qui leur est propre ; ils sont plus mous , plus faciles à déchirer, ei renferment un liquide, couleur de bistre. Plus tard encore , ils offrent l’apparence de deux membranes, très aplajties, d’un petit volume, collées contre, les parties latérales de lâ gouttière vertébrale, et quelquefois couvertes de moisissures blanches ; et ils diffèrent déjà tellement de. l’état normal , qu’on ne peut les reconnaître qu’à leur situation. Enfin, ils perdent peurà-peu leiuhumidité, s’aplatissent de plus en plus, noircissent et finissent par ne former qu’une masse nainçe, composée de pi usieuis feuillets noirs, et; secs, qui est appliquée sur les parties, postérieures des cavités thoraciques , et près de la colonne vertébrale. Cette nias^q elie-même ne tarde pas à se détruire .

ta membrane muqueuse de la trachéer^rffiTp ex du larynx , cpmmence par devenir, d’un vert olive clair ou d’un;^ert noirâtre ; quelquefois cependant, surtout vers la partie supérieure de ce canal, elle est colorée en gris légèrenaent violacé et parsepiép çà etdà de taches noirâtres. Plustard; au lieu de la teiuteiVierdâtre dont je parle, on trouve une coloratiun rûiigeâtre.ou lipi Jeyin, surtout aux parties qui cprresponden t aux çercf aux cartilagineux ; enfin, la couleur devient noire ou d’un brun foncé,. D.ans GertaiBS X épithélium cette membrane muquetise se détache

par petits lambeaux, dont la couleur varie. On remarque aus§i quelquefois des granulations grisâtres, coîuine graisseuses, df la grosseur de deux têtes d’épingle à-peu-près, de fornie irrégulière,. paraissant formées d’autres granulations beaucoup plus petites; ces corpuscules, quelquefois; assez durs., ainsi que les petits lambeaux d’épithélium déjà mentionnés , pourraient être pris, au premier abord, pour des corps étrangers introduits dans le canal aérien. Indépendamment de ces changemens , le larjux et la trachée-artère se ramollissent de plu? en plus, les cerceaux cartilagineux perdent leur élasticité, et .au bout d’un certain temps, on ne découvre que les cartilages cricoïde et thyroïde, séparés l’un de l’autre, comme vermoulus, demi-transparens , de couleur jaunâtre, spongieux, cassans, et quelques anneaux de la tçaphée-artère flexibles comme des cartilages, et d’un brun jau-

Dâtre. Enfin, et à une époque plus éloignée encore , il ne reste plus de vestige de ces organes.

Diaphragme. Ce muscle conserve pendant assez long-temps son aspect normal; au bout de six et sept mois d’inhumation, j’ai souvent pu reconnaître son centre aponévrotique et des fibres musculaires; plus tard, il s’amincit, se dessèche, devient olivâtre ou brunit , se perfore quelquefois , et finit par se réduire à une membrane brune, très mince , n’offrant plus ni la forme, ni la texture de ce muscle. Dans certains cas , on trouve sur les deux faces des granulations dures et blanches de phosphate de chaux.

Cœur et vaisseaux sanguins. Avant de faire connaître les cfeangemens éprouvés par ces organes pendant l’inhumation, rappelons l’état dans lequel ils se présèntent vingt-quatre ou trente-six heures après la mort. Souvent le cœur est à l’état normal ; quelquefois il est pâle ; dans d’autres cas , il offre une teinte rouge marquée, ou seulement des stries rouges , soit dans l’épaisseur de sa substance , soit à sa surface interne ; enfin sa consistance peut être diminuée. Les artères et les veines peuvent également être le siège d’une coloration rouge, uniforme ou striée à leur intérieur, quoique le plus ordinairement elles soient à l’état naturel; cette teinte rouge se trouve indifféremment à la suite de toutes les maladies , et doit être considérée comme un phénomène cadavérique , résultat manifeste de la transsudation du sang qui se fait après la mort. Au reste, il est aisé de se convaincre par des expériences directes qu’il doit en être ai:isi. Que l’on introduise dans un uretère, dont la couleur est parfaiiemènt blanche, une certaine quantité de sang fluide , on ne tarde pas à observer, après avoir lié ses deux extrémités, que le tissu de ce conduit acquiert une couleur rouge. Qu’à l’exemple de Chaussier, on injecte par la veine mésentérique une certaine quantité d’eau colorée avec de l’encre, et quelques heures après on trouvera la portion de l’estomac qui est recouverte par le foie, teinte en noir ; cette liqueur transsudera à travers les parois de l’estomac, et formera à l’épiploon et au colon des taches plus ou moins étendues.

Si l’on examine le cœur après quelque temps d’inhumation, on voit qu’il est déjà sensiblement ramolli, flasque, d’un violet plus

ou moins foncé et plus rarement verdâtre, vide, ou contenant du sang en partie fluide , en partie coagulé ; sa couleur se fonce de plus en plus, surtout à l’intérieur, où elle finit par devenir noire; quelquefois les valvules présentent des taches brunâtres qui sont aussi l’effet d’une imbibition ; d’autres fois on remarque à la face interne des oreillettes, ou à l’extérieur de l’organe, des granulations blanches , dures , semblables à du sablon. Plus tard, le cœur s’aplatit et se réduit à une sorte de languette d’un brun noirâtre, souple , amincie , et même déchirée dans quelques points, semblable à une double poche de gomme élastique, dont on peut encore écarter les parois de manière à reconnaître les deux ventricules ; mais déjà on ne distingue plus la texture de l’organe ; on aperçoit seulement quelques brides noirâtres qui doivent être les restes des colonnes charnues. Enfin, comme tous les autres organes , il disparaît et laisse à sa place une couche noire, comme bitumineuse, qui s’enlève facilement par le lavage. Plus les parties molles des parois thoraciques sont détruites de bonne heure , plus la disparition dont je parle arrive promptement.

Péricarde. Le péricarde se colore d’abord en rougeâtre, puis en rouge foncé, enfin en brun noirâtre ; il se ramollit de plus eu plus, et finit par disparaître. Je l’ai souvent vu contenir une plus ou moins grande quantité de liquide sanguinolent.

Vaisseaux sanguins. On trouve en général, deux et trois mois après l’inhumation , une certaine quantité de sang noir fluide ou coagulé, soit dans les veines, soit dans les artères. Il est des cas cependant où je n’en ai pas aperçu au bout d’un mois d’inhumation; et quelquefois, au lieu de sang, j’ai vu, même huit ou neuf mois après la mort, un liquide sanguinolent de couleur rosée. Les parois de ces vaisseaux se colorent d’abord en rose, puis en rouge, en violet foncé et en brun. C’est surtout à l’intérieur que ces teintes sont bien prononcées ; dans certains cas, la membrane interne devient vert-bouteille ; tantôt cette coloration est uniforme, tantôt ce sont des plaques ou des stries. Quoi qu’il en soit, pendant plusieurs mois, il est facile de séparer les unes des autres les diverses tuniques de ces vaisseaux. Dans une des ouvertures faites par M. Lesueur et moi, l’aorte était encore

entière et parfaitement reconnaissable au bout de quatorze mois d’inhumation.

Organes de la digestion. — Canal digestif. On ne peut bien juger les changemens qui s’opèrent dans le canal digestif pendant le séjour des cadavres dans la terre, qu’en examinant comparativement l’état de ce canal peu de temps après la mort , avant l’inhumation, par exemple, et plusieurs semaines, et même plusieurs mois après. Comment reconnaître, en effet, qu’il y a eu des changemens de couleur, de consistance , etc., si on ne sait pas quelles sont le plus habituellement les couleurs et la consistance des tissus de ce canal quelques heures après la mort ? C’est ce qui m’engage à tracer en peu de mots les principaux états du canal digestif chez des individus qui n’ont pas succombé à une phlegmasie de cet appareil ; et comme mes observations ont eu surtout pour objet les cadavres des vieillards, c’est particulièrement de ceux-ci dont je vais m’occuper.

Quelle. que soit la maladie qui occasionne la mort des vieillards (hémorrhagie cérébrale, ramollissement du cerveau, pneumonie, pleurésie, maladie du cœur, etc.), jamais, ou presque jamais, la membrane muqueuse de l’appareil digestif n’est dans un état parfait d’intégrité ; il est rare qu’on ne trouve dans l’estomac elles intestins des altérations diverses que l’on ne peut considérer comme morbides que dans un très petit nombre de cas , et qui cependant ne sont pas l’état physiologique parfait. Bien plus, ces sortes d’altérations sont souvent beaucoup plus prononcées que ne le sont les traces que laissent après elles des maladies très intenses du conduit alimentaire, maladies qui ont pu seules déterminer la mort des malades.

De toutes ces affections étrangères au tube digestif, celles qui occasionnent les changemens les plus remarquables sur la membrane qui le tapisse, sont, sans contredit, les maladies du cœur et des gros vaisseaux ; et comme il est peu de septuagénaires qui meurent sans quelque altération de ces organes, il en est peu aussi qui ne présentent quelques modifications dans la membrane muqueuse gastro-intestinale. Cette altération, qui ne sort pas des bornes physiologiques, tant qu’elle ne consiste que dans une injection mécanique plus ou moins considérable , peut être

portée jusqu’à l’état morbide; ainsi le sang accumulé dans ces tissus perméables, agissant comme un corps étranger, finit souvent par déterminer une sorte d’inflammation (si l’on peut s’exprimer ainsi) : alors la rougeur est cerise^ violette, lie de vin^ et pénètre profondément la membrane muqueuse gastrique dans toute son étendue, ou seulement d’une manière plus marquée dans quelques-üns de ses points ; d’autres fois, le sang ainsi âcfcumulé s’exhale dans les cavités gastro-intesünales , et donne lieu à des hémorrhagies consécutives.

Mais avant d’atteindre à ces points qui peuvent être considérés comme des états morbides, la membrane muqueuse gastro-intestinale passe par divers étals, qui ne gênent que peu ou point l’aciioh des intestins, et qui peuvent être regardés à-^eu-prêg comme physiologiques. Alohs VœsopJiage est généralement plus injecté que dans l’élat normal ; on trouve çà et là, mais principalement vers le cardia, et vers le tiers inférieur, des plaqués ou taches plus ou moins larges, violettes, ressemblant parfaitement à une ecchymose ; ces taches sont sous \m épithelmm plus épais et plus dense que celui qui revêt la membrane muqueuse gastrique, si même il en existe dans ce dernier cas. Le diamètre du conduit oesophagien est quelquefois rétréci Cl’une manière partielle. Dans les points qui correspiondent aux endroits rétrécis, il existe dès plis longitudinaux, et dans eés endroits les parois de ce conduit paraissent plus épaisses et plus denses. D est impossible d’ailleurs de reconnaître là les traces d’un travail inflammatoire.

U estomac présente dès variétés infinies dè couleur, dè consistance, de volume; de diamètre, ètCi La membrane muqueuse qui le tapissé, ihollè, spongieuse, recevant une multitude innombrable de vaisseaux capillaires, essentiellement perméable au sang, étant d’ailleurs continuellement en action, devient facilement, ainsi qu’on le conçoit bien, le récèptacle d’une quantité plus ou moins grande de sang, lorsqu’il existe quelque obstacle à la circulation ; aussi est-il extrêmement rare de trouver cette membrane d’un blanc légèrement et uniformément rosé, qui est sa couleur physiologique parfaite. Mais dans l’exploration de cétte membrane il nè faut pas oublier qu’elle se pénètre àvèc la

plas ^nde facilité des substances colorantes que renferme le ventricule ; les lotions les plus exactes et les plus répétées n’enlèvent jamais eompZeVemewÿ la coloration produite par celte imbibition : ainsi le vin, les décoctions de quinquina, colorent en rou^e Cette membrane, et pourraient faire croire à des observ ateurs peu attentifs ou peu exercés que la couleur qu’ils communiquent est le résultat d’uné injection sanguine : d’autres préparations médicamenteuses ou alimentaires peuvent avoir un résultat analogue , je me borne à citer ces deux exemples. La présence d’un liquide colorant rouge doit d’abord faire naître des doutes sur la nature de la coloration de la membrane gastrique ; ajoutons encore que cette coloration est uniforme^ et qu’on n’y distingue point ces arborisations, ces injections vasculaires, qui sont le caractère de la pénétration véritable du sang dans les vaisseaux capillaires ; d’ailleurs les lotions et la macération déteignent en partie, sinon complètement, cette membrane ainsi colorée. La part de Cette coloration mécanique ou chimique ainsi faite, il reste à examiner celle qui est le résultat de la stase du sang dans les vaisseaux.

La couleur de là membrane muqueuse varie alors depuis une feinté légèrement rosée, depuis l’injection la plus légère jusqu’au noir foncé, et cela sans que les fonctions digestives aient été dérangées d’une manière notable. La grande courbure de l’estomac, le grand ciil-de-sàc, et surtout rextrémité pylorique, sont le siège de cette pénétration sanguine, soit parce que le système càpillàîrè s’ÿ trouvé plus développé, soit enfin parce que lés fluides, y séjournant, favorisent l’injéction de ses vaisseaux. On observe des plaques plus ou moins étendues (car jamais, ou bien rarenient, là coloràtion est uniforme), de couleur rosée, rouge vif, lie de vin, brünes, ‘hleûâtreè, ardoisées^ et même noires; ces plaques ont l’étendue de la paume de la main, quelquefois plus, d’ànlres fois moins. Il n’est pas rare de constater la plupart de ces nuances dans un même Ventricule, et les lignes qui les séparent sont souvent bien déterminées ; de sorte qu’à côté d’une plaque rosée, ofi en voit une brune, ou rouge, etc. La membrane muqueuse èst souvent tachetée de macules qui présentent un âspéct scorbuiiqué ; la surfàce de cette meinbrane

peut être lisse, polie, ou rugueuse, pointillée, mamelonnée et quelquefois parsemée de véritables fongosités très petites ; souvent aussi de grosses veines bleuâtres rampent sous elle et sous la tunique muqueuse de l’intestin grêle, qui est d’une couleur blanchâtre et peu cendrée : dans tous ces cas, l’individu vivant n’éprouvait rien vers ces viscères.

La consistance de la membrane muqueuse est loin d’être la même dans toute son étendue ; dans quelques points elle est si peu adhérente, qu’elle s’enlève par le frottement avec le dos du scalpel, qu’elle se confond avec de la mucosité dont on a beaucoup de peine à là distinguer, tandis que, dans d’autres points, le tranchant de l’instrument la détache très difficilement.

Les parois de l’estomac sont quelquefois translucides ; on voit seulement serpenter dans leur épaisseuf des vaisseaux d’un assez gros calibre. L’estomac est alors d’un volume considérable : il peut être double de l’état naturel.

Dans certains* cas, ce viscère est ramassé, rétréci; ses parois sont épaisses, plus consistantes que dans l’état ordinaire ; à l’intérieur, la membrane muqueuse est alors ridée, et offre une multitude de plis en général longitudinaux. On observe aussi des dilatations et des rétrécissemens partiaux : l’estomac présente alors l’aspect d’une gourde, et c’est vers le point rétréci que la membrane interne présente les plis dont j’ai parlé. Dans quelques circonstances, on trouve la plus grande partie de la membrane muqueuse complètement enlevée vers le grand cul-desac de l’estomac , sans qu’il y ait eu maladie du tube digestif; mais alors l’appareil circulatoire est développé outre mesure.

Telles sont les modifications les plus ordinaires que l’on remarque dans l’estomac des vieillards qui meurent de maladies du cœur. Ces modifications peuvent être considérées jusqu’à ün certain point comme physiologiques, puisqu’elles permettent le libre exercice des fonctions du ventricule. Mais, dira-t-6n, la maladie de l’estomac a été latente dans ces différens cas ; je répondrai que ces cas étant excessivement nombreux, et la manière dont ils se produisent étant susceptible d’une explication plausible d’après les lois physiologiques , j’aime mieux les considérer

«>mme des modifications coïncidant avec l’état de santé, que comme des cas pathologiques exceptionnels.

Les inlesiins, surtout ^eux qui plongent dans le petit bassin, présentent des modifications analogues à celles de l’estomac..

Le duodénum est souvent rouge, injecté, brun, etc., mais ordinairement beaucoup moins que l’estomac. Le séjour de la bile quïl renferme lui fait contracter une nuancejaune, Verdâtre, qui le distingue très bien de l’estomac, lorsque ce fluide n’a pas remonté par le pylore dans la cavité gastrique.

De toutes les divisions intestinales, celle qui est le plus souvent exempte d’altération, c’est le jéjunum ; coloré en jaune ou en vert par la bile que ses nombreuses villosités retiennent , il est rarement le siège d’injections notables , d’hypertrophies ou d’atrophies de ses parois, de dilatation ou de rétrécissement, quoiqu’il n’en soit pas entièrement exempt.

Mais l’iléon est au moins aussi souvent que V estomac, le siège de ces injections violacées, brunes, noirâtres, bleuâtres, que j’avais signalées dans le ventricule. La position très déclive de cet intestin , qui séjourne presque entièrement dans le petit bassin, le cadavre étant couché sur le dos, paraît être la cause de ce phénomène, qui se passe probablement dans les dernières heures de la vie, ou dans les premières qui suivent la mort.

Le membrane muqueuse de cet intestin est, en effet, bien souvent d’un rouge très foncé, et véritablement lie de vin ; cette coloration occupe la totalité de la tunique ; elle est seulement plus prononcée par intervalles. L’aire de l’intestin est souvent rétrécie ; les parois paraissent alors hypertrophiées ; dans d’autres cas, plus rares, le diamètre est plus grand, et les parois plus minces : cet amincissement est quelquefois tel que l’intestin est pellucide, transparent, et paraît réduit à sa membrane séreuse. Enfin, on observe anssi des rétrécissemens et des dilatations alternatifs.

Le rectum, le colon ascendant, transverse et descendant, sont loin de rester étrangers aux modifications dont je parle ; toutefois elles y sont moins prononcées et moins fréquentes que dans les autres parties du tube digestif. Les épaississemens, les rétrécissemens, les dilatations, sont les modifications les plus ordinaires ; les injections le sont beaucoup moins : en effet, la colo-

ration du gros iniestîn, à moins que cet organe n’ait été le siège d’un travail morbide, est la plupart du temps d’un blanc légèrement rosé, c’est-à-dire physiologique ; bien entendu qu’on a dû le nettoyer exactement des fèces qu’il contient, et dont la conleur pourrait avoir altéré la sienne.

Si après avoir examiné le canal digestif des vieillards qui ont succombé avec une maladie de cœur, et ce cas est excessivement commun, j’étudie ce même canal chez d’autres vieillards qui ne présentaient aucune trace de cette lésion ^ nous verrons qu’à la suite de brûlures qui déterminèrent la mort d’un homme de soixante-quinze ans au bout de huit jours, la membrane mu^ queuse gastrique était grisâtre, et celle des intestins d’un gris dé cendre ,* que, ehëz une femme de quatre-vingts ans, morte dè vieillesse, la tüniqüë interne de l’estomac était aussi d’une couleur cendrée, celle du duodénum blâhchâtre avec une nuance jaune peu intense, cellê du jéjunum, de l’iléon, du colon èt du rectum, blanchâtre, et celle du Coèclim grisâtre. Billard, â qui j’ai emprunté eès deux faits, place au n ombré des colôratiéùs (ju’il faut Considérer comme dès phénomènes eadâvériqüfesj chez dès individus dont la mëmbraüè muqUeUse gastro-^intèstinalè èst dans l’état sain, des plaques jaunès plus ou moins étenduéâou dè simples bandes de cette eoüleür répandues sur là surfâcë muqueuse du duodénum et du jéjunum.

Lès variétés de coloration de la mémbrané muqUCuse gastrointestinale, pour être moins nombreuses chez les adultes qfte chez les vieillards, n’en existent pas moins : si l’individu ést mort subitement pendant la digestion, d’une affection qui n’intêresSe pâS le Canal di^ëstif, la tunique interne de l’ëStomac est ordinài^ rèment dè Couleur rose, tandis que celle des intestins èst grisé, Cendrée ou blanche, aVeC ou saUs plaques jaunes ; la coloration dè ia partie interne du tübe digèstif peut au contraire être plus Variée et plüs foncée si la mort U’a pas èu lieu pendant la digestion, et qu’elle n’ait pas été pèompte, quoique la maladie à laquelle on a succombé n’ait pas été de nature à altérer directement lès tissus de l’estomâc et des intestins.

Jê ierminèrai cëtte esquisse rapide des divers étals sous lêsqüèls peut se présenter lè canal digestif avant l’époque de l’inhU-

mation, par quelques considérations sur les lividités cadavériques de ce canal. On sait qu’il n’est pas rare de trouver sous la membrane séreuse, dans le tissu même de la partie, des taches rouges, livides ou noirâtres, étendues, irrégulières, semblables à celles que l’on voit à la peau des cadavres : ces taches occupent la partie du canal digestif qui était la plus déclive au moment du refroidissement ; elles ne dépendent que de la stase, de la congestion du sang dans les capillaires, et ne sauraient être regardées conime des traces d’inflammation. Les deux nécropsieè suivantes mettront cette vérité hors de doute.

4° A l’ouverture de l’abdomen d’un individu qui succomba brusquement à une attaque d’apopléxie, et qui se trouvait peu de temps auparavant dans un état de santé parfaite, on observa que toutes les anses intestinales Superposées, et la portion de l’estomac que l’oiiput découvrir, étaient d’uné pâleur remarquable : on n’aperçut de rougeur que dans la partie la plus déclive de chacune de ces anses, et nulle part l’injection veineuse n’était aussi considérable que sur les portions de l’iléum plongées dans le petit bassin. La membrane muqueuse de l’estomac, celle dé la vessie, étaiéiil rouges à leur partie la plus déclive. Le cadavre était resté m sûpiûàiîoh : l’ouverture avait été faite vingt-quatre heures après la inort. 2® On plâ^ sur le ventre, immédiatement après la mort, le cadavre d’un jeune soldât qui venait de succomber à une pneumonie grave et de peu de durée ; on veilla à ce que le corps restât dans cette position jusqu’au moment de l’ouverture, qui fut faite le lendemain. Les lividités cadavériques de la pèau se montrèrént à lâ face, à la poitrine, au ventre et à la partie antérieure des membres ; les portions ded’estomac et de l’intestin grêle qui étaient eh rapport avec l’épigastre, l’ombilic et l’bypogastre, offraient les teintes de rose, de rouge, de violet, que l’on remarque ordinairement dans les anses intestinales qui occupent le petit bassin et les côtés de la colonne vertébrale, et qui, dans cette occasion, étaient toutes d’une extrême pâleur, ainsi que la partie postériêûrè de l’estomac et de la vessie (Trousseau, Dissertation inaugurale. Paris, 4825).

Arrivons maintenant à la description des divers états qué j’ai observés dans le canal digestif des individus exhumés plus oli rnoins de temps après l’inhumation. Tout ce qui précède montre combien il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’affirmer que lès colorations et même les ramollissemens dont jé vais parler, soient le résultat du séjour des cadavres dans la terre, puisqüe nous savons qu’avant d’entèrrer les corps, la membranè muqueuse pouvait déjà présenter ces colorations et ces ramollis-

seraens ; aussi me bonierai-je à dire ce que j’ai vu, sans prétendre établir, du moins pour ce qui concerne l’estomac et les intestins, que ce soit un effet nécessaire d’une inhumation prolongée.

La membrane muqueuse de la bouche, le voile dupalaü, le pharynæ et la langue^ sont verdâtres dans les premiers temps, et sensiblement ramollis ; cette couleur se fonce de plus en plus, et finit par devenir noirâtre ; toutes ces parties se dessèchent au point qu’au bout de quelques mois on ne trouve à la place de la langue qu’un appendice membraneux, très sec et fort mince. . Dans les premiers temps , la membrane interne de l'œsophage était colorée en vert plus ou moins foncé, surtout à sa partie supérieure, car inférieurement elle offrait souvent une couleur rougeâtre, même d’assez bonne heure; quelquefois aussi la teinte verdâtre de la portion inférieure était piquetée de rouge et de violet. Dans certains cas, chez les vieillards, j’ai trouvé à l’intérieur de ce conduit musculo-membraneux plusieurs petites tumeurs variqueuses remplies de sang noir liquide, et qui ne constituaient pas évidemment une altération cadavérique, mais bien une lésion pathologique. Plus tard , l’œsophage brunissait de plus en plus et se détruisait comme je vais le dire en parlant de l’estomac. -

Esto7îiac. Ce viscère ne contenait ordinairement qu’une très petite quantité de liquide. Dans les premiers temps, sa membrane muqueuse était jaunâtre, d’une couleur aurore, grisâtre, d’un gris bleuâtre ou d’un vert-bouteille ; quelquefois ces teintes étaient piquetées de rouge et de violet ; près du pylore, le plus ordinairement, elle offrait une plaque bleuâtre plus ou moins large, plus fortement colorée que le reste. Plus tard, elle était soulevée dans certains points par dès gaz qui formaient des bulles du volume de têtes d’épingle ou plus grosses; souvent alors elle avait acquis une couleur rosée d’abord, puis rougeâtre violacé , et elle était tapissée d’une couche peu épaisse d’un liquide couleur de bistre, ou semblable à de la boue délayée. A une époque encore plus éloignée, elle était d’un gris blanchâtre, avec plusieurs taches bleues, sans la moindre apparence de rougeur: alors l’estomac, qui déjà avait éprouvé un ramollissement considérable, s’altérait de plus en plus, et bientôt après on ne le retrou-

Tait qu’en partie sous forme d’une portion de cylindre offrant une mité; enfin ce n’était plus qu’une masse feuilletée, desséchée, süsceptible d’être réduite en filamens coralliformes, et, en dernier lieu, une matière noire humide, avec le luisant du cambouis, recouverte çà et là de moisissures d’un blanc verdâtre sous forme de petits globules, et de plaques ressemblant beaucoup à ces lichens d’apparence terreuse qu’on trouve sur les troncs des vieux arbres. Plusieurs mois après l’inhumation, on pouvait encore séparer les trois tuniques de l’estomac ; la musculeuse et la séreuse ne présentaient pas toujours les mêmes phénomènes de coloration que la muqueuse ; en général, leur teinte était d’abord grisâtre ou jaunâtre, puis rosée ; enfin elle redevenait grisâtre ; quelquefois cependant les parties de la membrane séreuse correspondantes au foie et à la rate, étaient rougeâtres, surtout dans les premiers temps.

Intestins. Les intestins étaient d’abord d’un gris quelquefois légèrement rougeâtre à l’extérieur et grisâtre à l’intérieur ; dans certains cas cependant, la tunique muqueuse était rosée ou violacée par parties, et là où elle était couverte d’excrémens, jaunâtre. Plus tard, l’épaisseur des intestins diminuait; ils commençaient à se dessécher et à être collés entre eux, puis brunissaient, devenaient plus secs, et leurs parois s’accolaient de plus en plus, au point qu’on avait beaucoup de peine à les séparer ; ils constituaient alors une masse qui était assez fortement appliquée contre la colonne vertébrale ; ils conservaient pendant longtemps les matières fécales ; enfin ils éprouvaient les mêmes altérations que l’estomac, et se détruisaient comme lui.

J’examinerai ailleurs si les changemens que la putréfaction fait subir au canal digestif sont de nature à pouvoir être confondus avèc ceux que développe une inflammation ; je me borne actuellement à faire observer que long-temps après la mort, lors même qu’il n’existe déjà plus de traces des viscères thoraciques, on découvre le plus souvent encore dans l’abdomen quelques vestiges de portions cylindriques du canal digestif, dans les cavités desquelles il serait possible de trouver des restes d’une substance vénéneuse.

Ëpiploons. Les épiploons et le mésentère deviennent d’abord

grisâtres ou rosés, et se ramollissent ; bientôt après ils se dessèchent, perdent de leur souplesse,, et tendent à se transformer en gras de cadavre : du reste , ces organes se conservent longtemps sans subir d’altération marquée.

Le foie commence par se ramollir et parbrunir ; sa membrane péritonéale se détache assez facilement, et ne tarde pas à se détruire, du moins en partie ; il suffit de quelques semaines pour que la structure normale de çet organe n© soit plus reconnaissable : en effet, on ne distingue plus alors les deux substances qui le composent ; mais bn aperçoit encore très bien les gros vaisseaux qui sont souvent enduits intérieurement d’une sanie lie de. vm foncée. Plus tard, il existe à la surface du foie des granulations comme sablonneuses de phosphate de chaux, et, chez certains individus, l’intérieur des vaisseaux contient d’autres granulations molles, blanches, évidemment formées par du gras de cadavre. Plus tard encore, l’organe dont il s’agit est réduit à une masse aplatie, épaisse de 15 millimètres, d’un brun noirâtre, légèrement desséchée, qui, étant coupée, se subdivise en feuilléts, dans l’intervalle desquels il y a une matière solide, brune , comrob bitumineuse ; cette masse, qui s’aplatit de plus en plus, finit par devenir noire, coralliforme, et par se séparer au plus léger effort ; quelquefois cependant, au lieu de se dessécher ainsi, le foie se transforme en une matière molle, noirâtre, qui ressemble à du cambouis, sorte de bouillie au milieu de laquelle on aperçoit une matière jaune, comme graisseuse.

La vésicule hiliaire, vide ou contenant de la bile, épaisse, d’un vert olive, se retrouve presque avec tous ses caractères, lorsque le foie a subi des çhangemens notables.

Rate. Elle se ramollit de très bonne heure, et peut être facilement déchirée ; elle brunit de plus en plus, et sa structure normale ne tarde pas à être méconnaissable ; bientôt après elle est réduite en une bouillie noirâtre, semblable à du cambouis ou à de la boue d’égouts, qui imprègne les parties voisines et leur communique cette couleur. Enfin, dans certains cas, elle finit par être tellement difiluente, qu’on ne peut la reconnaître que par sa situation ; elle ressemble alors à du sang décomposé.

'Le pancrèas commence par se ramollir, puis devient plus gris;

le ramollissement est porté à un point tel, qun l’organe est transformé, en une bouillie d’abord grisâtre, et qui brunit de plus en plus.

Organes v/rinaires. Les reins ne se ramollissent pas aussi vite que la rate ; cependant ils perdent aussi de bonne heure leur consistance ; on peut facilement en détacher la membrane extérieure ; les bas^nets et les calices sont encore faciles à reconnaître, lorsque déjà les substances corticale et tubuleuse sont entièrement confondues. Enfin, ces organes se transforment en ane bouillie brunâtre comme du cambouis, et disparaissent.

La vessie n’offre rien de remarquable pendant les premières semaines ; quelquefois cependant elle est le siège d’un emphysème sousrUiuqueuîR. Plus tard, elle se rétracte, et éprouve à-peu près les memes changemens que les intestins : toutefois, on trouve souvent des traces de ces. derniers quand déjà elle n’existe plus, çe qui s explique par le voisinage de l’anus.

Organes gemtanx. Dans les premiers temps, ces organes, quoique ramollis, conservent leurs formes ; les corps caverneux s’affaissent fie bonne heure. Plus tard, la verge est aplatie, ressemble à une peau danguille, et n’offre nullement l’aspect de cet organe. Le scrotum, qui d’abord a pu être excessivement distendu par des gaz, se dessèche de plus en plus; les testicules dinimuent do. volume, acquièrent une couleur vineuse et se transforment en gras. Plus tard encore, la verge ressemble à un tube d’un ti^U coïfôistant, dont les parois sont appliquées; l’une sur l’autre, et, qui, étant écartées, le réduisent à un cylindre creux. Déjà on ne trouve plus, à la place du scrotum et des testicules, qq’ une matière molle, brunâtre, humide, offrant çà et là quelques lambeaux, comnie membraneux, et recouverte d’un enduit visqueux, noirâtre, et de beaucoup de vers. A une époque plus, éloignée, la destruction des organes génitaux est portée à son comble, et l’on ne peut plus reconnaître le sexe à rinspectioq de ces organes, quoique le pubis soit couvert de poils qui sont accolés à la masse feuilletée et carbonnée, à laquelle sont réduites les parties molles.

Chez la femme, les organes génitaux externes, après s’être ramollis, finissent par ne plus constituer qu’une masse informe

feuilletée, qui ne permet plus de disiîu^er le sexe. L’utérus se ramollit aussi, puis s’aplatit, et se déforme tellement qu’au bout de quelques mois on ne le reconnaît qu’à sa situation. Les trompes et les ovaires disparaissent d’assez bonne heure. Les ligamens larges résistent davantage à la putréfaction, et deviennent grisâtres.

Développement de certains gaz. Je ne donnerais pas une idée complète des changemens que peuvent éprouver nos organes pendant l’inhumation, si je ne parlais pas du développement de certains gaz qui a quelquefois lieu dans la plupart de nos tissus. L’estomac, les intestins, la plèvre, le péricarde, les cavités droites du cœur, les veines caves et d’autres parties du système veineux, l’utérus, la cavité du péritoine et les aréoles du tissu cellulaire, peuvent en effet être distendus par des gaz, qui sont le résultat de la décomposition des fluides ; c’est ce que l’on observe particulièrement après des morts promptes et violentes, précédées de douleurs vives, de grands efforts, etc.; et il suffit alors quelquefois de deux ou trois heures pour rendre le corps emphysémateux, au point de le faire nager sur l’eau. On ne doit ’pas hésiter à rapporter au développement de ces bulles gazeuses dans les veines, un phénomène en apparence fort extraordinaire, et dont les anciens avaient prétendu tirer une induction ; je veux parler de la c’est-à-

dire du suintement et même du jaillissement de sang par les plaies : faut-il s’étonner que le sang contenu dans les veines s’échappe par les ouvertures des vaisseaux d’une plaie, lorsqu’il est poussé par les gaz développés dans le système veineux?

Après avoir exposé succinctement les phénomènes que présefr lent les divers organes en se pourrissant, i! ne sera pas inutile de jeter un coup-d’œil sur les principaux changemens éprouvés successivement par la tête, le thorax, l’abdomen, le bassin, les membres, et même le drap et la bière.

Tète. La tête tient encore à la colonne vertébrale, et conserve tous ses rapports, que déjà les paupières sont amincies et assez enfoncées pour qu’au premier abord les cavités orbitaires ne paraissent qu’à moitié pleines ; les globes oculaires sont affaissés de très bonne heure; il en est de même du nez, dont les parties

latérales cependant sont les seules qui soient quelquefois déprimées. Bientôt après, les cheveux se détachent, les paupières, les parties molles du nez, et même les lèvres déjà très amincies, se détruisent ; une portion de la peau du crâne se détruit aussi, et les os, mis à nu, sont enduits d’une légère couche d’une matière comme graisseuse, couleur de bistre. Il existe à la partie postérieure de la tête une infiltration sous-cutanée, séro-sanguinolente, que l’on trouve également entre le périoste et les os, et qui est le résultat de la situation du cadavre sur le dos ; là, par conséquent, les parties molles se détachent très facilement, quoique les tégumens aient encore assez de consistance. Au milieu de tous ces désordres, les oreilles et les joues sont assez bien conservées. Ori voit aussi çà et là, sur quelques parties du crâne et de la face, des moisissures vertes ou blanchâtres, humides et cotonneuses. Plus tard, entre le troisième et le quatrième mois (du moins dans les ouvertures faites à Bicêtre), on n’aperçoit plus aucune partie molle de la face ; il n’y a que quelques débris membraneux, notamment aux régions molaires ; mais l’os maxillaire inférieur tient encore au temporal, et la tête à la colonne vertébrale ; à la vérité, une légère traction suffit pour amener la désarticulation. A une époque plus éloignée, les deux mâchoires, largement séparées, laissent voir l’apophyse basilaire de l’occipital ; cependant elles sont encçre unies par quelques débris de parties molles, ; la tête tient à peine au tronc. Enfin, plus tard, ces os sont complètement désarticulés et dénudés : alors les os du crâne sont recouverts d’un magma qui est un mélange de terre et de cheveux, et qui, étant enlevé, laisse voir leur couleur bistre clair, tachée çà et là de larges plaques d’un brun foncé.

Thorax. Il est rare que, pendant les trois premiers mois, le thorax ait éprouvé quelque changement dans sa forme ou dans les rapports des diverses pièces qui le composent ; les cavités des plèvres peuvent contenir une plus ou moins grande quantité de liquide ; mais cet épanchement est rarement le résultat de la putréfaction. Enfin, l’affaissement des viscères thoraciques, et notamment des poumons, n’est pas encore assez marqué, pour qu’en ouvrant la poitrine on soit frappé par le vide qu’offriraient ses cavités. Quelque temps après, la dépression est évidente, le ster- I. 4Î

num semble toucher à la colonne vertébrale ; on l’enlève facilement avec la main ; quelques-unes des côtes commencent à se séparer de leurs cartilages ; les espaces intercostaux, dans certains points, ne sont plus occupés que par une tunique grisâtre qui sert de moyen d’union -, l’intérieur du thorax, lorsqu’on l’incise, paraît vide et comme tapissé d’une membrane ressemblant par sa couleur et sa consistance à du papier gris mouillé, sans qu’on puisse dire au juste de quels organes cette membrane est je débris. Plus tard, les côtes sont presque entièrement décharnées, et tiennent à peine au sternum, qui e^t enfoncé, brun, et souvent recouvert de moisissure ; les cartilages sternaux sont presque tous séparés du sternum et des côtes ; ceux qui restent sont noirs, percés de trous, encore souples et faciles à enlever; on n’éprouve pas beaucoup de difficultés à les casser, et alors on entend un léger bruit; les cavités thoraciques sont parsemées de moisissures blanches ou autrement colorées, et déjà quelquesuns des intervalles intercostaux sont à jour par suite'de la destruction des parties qui les reanplissaient. A une époque plus éloignée, le sternum et les cartilages costaux sont séparés ; on en voit les débris épars dans le thorax et dans l’abdomen; ce qui produit nécessairement une grande ouverture à la partie antérieure du thorax. Plus tard encore, la cage thoracique est détruite; le sternum, séparé en deux pièces, occupe la cavité du thorax ; les côtes sont presque toutes détachées et couchées les unes sur lés autres, sur les parties latérales du cadavre ; elles sont enduites d’une matière noire semblable à un extrait végétal mouillé, et qui est évidemment un reste des parties molles détruites; elles ne sont pas plus fragiles qu’à l’état naturel, mais leur intérieur est très sec et très poreux ; il n’en est qu’un très petit nombre qui conservent encore une partie de leurs cartilages ; ceux-ci sont très souples, d’un gris olivâtre, mais couverts d’un enduit brunâtre, comme vérmoulus par places, et offrant une coupe excessivement poreuse ; leur substance intérieure est évidemment détruite.-

Abdomen. Pendant long-temps l’abdomen n’éprouve aucun changement notable, si ce n’est qu’il devient vert , jaune marbré de vert ou ochracé. Du troisième au quatrième mois, du moins

dans mes expériences, il s’affaisse, et ses parois tendent à se rapprocher du rachis ; quelque temps après, ces parois sont réduites à une couche -membraneuse, quelquefois humide, mais le plus souvent mince, desséchée, brune, couverte de terre et de moisissure, très facile à déchirer, collée surtout inférieurement à la colonne vertébrale et même au bassin ; lorsqu’on l’enlève, on remarque un vide considérable sur les deux côtés de cette colonne et dans le bassin. Quand cette couche est humide, les feuillets qui la composent sont comme savonneux, d’un blanc jaunâtre, et ordinairement séparés les uns des autres par une quantité innombrable de vers. Quelques semaines après, les parois abdominales sont tellement collées au rachis, qu’on ne les détache facilement que sur les côtés, où elles existent sous forme d’une couche feuilletée, d’un rouge noirâtre à l’intérieur et quelquefois encroûtée de gras de cadavre à l’extérieur. Il résulte de l’accollement sur la colonne vertébrale, de la portion sous-ombilicale des parois dont je parle , un creux très prononcé , à partir de l’appendice xyphoïde, jusqu’un peu au-dessous de l’ombilic. Quelquefois, au lieu de présenter une surface lisse et unie, la couche membranefise qui est collée au rachis, offre des bosselures et des enfoncemens. A une époque plus éloignée, les parois abdominales sont réduites à quelques débris tégumentaires d’une couleur bistre, olivâtre ou noirâtre, souvent perforés dans plusieurs endroits, et qui tiennent encore aux dernières côtes, au pubis, et à la partie postérieure des crêtes iliaques ; ces débris paraissent formés par le péritoine, et peut-être par des portions des muscles droits et obliques, fortement desséchés et en quelque sorte méconnaissables. Enfin tout est détruit et on ne trouve sur les côtés du rachis, et adhérente à des os qui en sont teints, qu’une matière noire, humide, avec le luisant du cambouis, formant en quelques endroits des masses épaisses de 15 millimètres, qui sont évidemment des débris des parties molles.

La conservation des viscères abdominaux, dépendant surtout de l’état d’intégrité des parois abdominales, il ne sera pas sans intérêt de jeter un coup-d’œil rapides sur les époques auxquelles ces parois se détruisent. Je trouve ici ce qué je vois partout ailleurs, des différences immenses qui tiennent à des causes sou- 42,

vent difficiles à déterminer. Ainsi il ne restait plus de traces de parois abdominales chez des sujets qui avaient été exhumés, le premier neuf mois dix-huit jours, et l’autre treize mois seize Jonrs après l’inhumation, tandis qu’il existait une portion de paroi abdominale chez un individu dont le corps était inhumé depuis dix-sept mois six jours ; et ce qui est bien plus extraordinaire, chez un autre sujet enterré vingt-trois mois cinq jours avant, la paroi antérieure de l’abdomen était presque entière et sous forme d’une membrane comme tannée, au milieu de laquelle on voyait l’enfoncement ombilical, et à laquelle adhéraient des feuillets de couleur bistre ou noirâtre, semblables à des feuilles de tabac préparées et humectées; ces feuillets étaient réunis entre eux par des filamens mous, semblables à de l’amadou et se déchirant avec facilité. Pourtant tous ces sujets avaient été déposés dans des bières du même bois, de même épaisseur, enveloppés d’une serpillière, et à côté les uns des autres dans le cimetière de Bicêtre. Je puis encore ajouter, pour mieux faire ressortir ces différences, qu’un individu qui avait été inhumé deux ans neuf jours auparavant , n’offrait aucune trace de paroi abdominale, quoiqu’il eût été enterré dans une bière excessivement éfame et enveloppé à^un drap de toile.

La cavité abdominale contient rarement un liquide dans son intérieur, à moins qu’il n’en existât avant la mort ; au contraire, les viscères abdominaux tendent de plus en plus à se dessécher, et leur aspect est loin d’être humide quelques mois après l’inhumation. Du reste, la conservation des organes contenus dans l’abdomen a quelque chose de surprenant pour les personnes peu habituées à ces sortes de recherches : on peut dire que tant que les parois abdominales sont intactes, les viscères sous-jacens conservent leur intégrité, leurs formes, et même leurs rapports; seulement quand l’affaissement de ces parois a été porté jusqu’au point de les coller au rachis, et lorsque déjà les organes euxmêmes ont considérablement diminué de volume, n’aperçoit-on pas d’abord facilement, en ouvrant l’abdomen, toutes les parties qui-y sont contenues. Plus tard, la difficulté devient plus grande; et si l’on reconnaît bien le foie, la rate et les reins, plutôt à leur situation qu’à leur forme, on ne trouve à la place du canal di-

gesiif qu’un amas de tuniques membraneuses aEfaissées, débris évidens de l’estomac et des intestins ; car en les écartant on refait la cavité du premier et une partie des autres : du reste, ces umiques sèches, d’un brun verdâtre, amincies, perforées dans certains points, ne permettraient pas, ni à beaucoup près, de refaire toute la longueur du canal digestif, non plus que d’en distinguer les diverses parties, ni les tuniques constituantes, et encore moins les altérations morbides, si la maladie qui a déterminé la mort était de nature à en produire. Plus tard encore, ou ne découvre plus qu’une masse feuilletée, desséchée, dont l’intérieur est souvent rempli de vers, et que l’on peut réduire en filamens coralliformes ; dans un point de cette masse seulement, on reconnaît encore quelques vestiges de portions cylindriques appartenant au canal intestinal. Enfin, et comme je l’ai déjà dit à l’occasion des parois de cette région, il ne reste plus dans la cavité de l’abdomen qu’une petite quantité de matière noire comme du cambouis.

Membres. Pendant les premières semaines, les membres ne présentent rien de remarquable ; seulement là où les bras appuient sur le thorax et sur l’abdomen, la peau a conservé sa couleur naturelle, tandis qu’ailleurs elle peut être déjà fortement colorée ; là aussi il existe une mucosité gluante, rougeâtre, qui semble unir ces parties, et lorsqu’on vient à les séparer, l’épiderme se détache. Plus tard, à mesure que la peau et les muscles se pourrissent, quelques parties de ces membres sont à nu ; mais les os conservent encore leurs rapports, parce que les ligamens articulaires ne sont pas détruits : en général alors, les portions qui ne sont pas décharnées se présentent sous deux états : 1“ elles offrent beaucoup départies molles qui sont imprégnées de teri'e, de moisissnre blanche, de débris de la serpillière, et qui ont l’apparence d’une matière solide, feuilletée et comme cartonvièe à l’extérieur, et sous laquelle on sent des vides : cette matière est évidemment formée par les élémens fibreux et aponévrotique, sans la moindre trace de gras de cadavre ; en l’incisânt, il en sort une quantité considérable de vers et de mouches : quelquefois aussi cette couche est filandreuse, comme celluleuse, grasse au toucher, de S ou de S centim. d’épaisseur dans beau.

coup de points, et offre extérieurement une sorte de croûte forint par du gras de cadavre, tandis qu’intérieurement elle ressemble à du bois pourri, si ce n’est que les filamens sont plus humides et qu’il est possible de distinguer çà et là qu’ils sont de nature animale ; 2° les parties molles sont réduites à une couche assez mince, desséchée, grisâtre, parsemée dans quelques endroits de moisissures blanches, pouvant se subdiviser en deux lames, dont la plus externe semble devoir être la peau, et l’interne la partie aponévrotique, ou bien en mie couche également mince, spongieuse, filandreuse, sèche, couleur d’amadou, dans laquelle il n’est plus permis de reconnaître ni nerfs, ni vaisseaux, ni muscles.

A une époque plus éloignée, le plus léger effort suffit pour séparer les os des membres, tant les lîgamens présentent peu de résistance ; quelques débris filamenteux des parties molles les maintiennent seuls dans leurs rapports ; bientôt après ces os ne tiennent plus entre eux, quoiqu’ils conservent leur situation respective. Enfin, plus tard, lorsque tous les moyefis d'union sont détruits, la séparation des os est complète, et on les trouve isolés dans la bière, dans le drap ou dans la terre.

Bière. La bière s’altère d’autant plus vite, tout étant égal d’ailleurs, qu’elle est en bois plus mince. En général, ce n’est guère qu’au bout de plusieurs semaines, même pour les bières qui ont peu d’épaisseur, que l’on y remarque des changemens; l’intérieur de la planche inférieure commence par devenir d’un gris noirâtre, plaqué de taches noires ; il est enduit de moisissures, notamment sur la partie où reposent la tête et le dos , il existe aussi une assez grande quantité d’une bouillie brunâtre très fétide, recouverte elle-même, dans plusieurs points, de vers, de larves, d’œufs ; bientôt après, l’extérieur de la planche inférieure présente une coloration et un enduit analogues ; les ais latéraux sont déjetés en dehors et comme pliés ; ils sont brunâtres, grisâtres par places, et en quelque sorte tapissés de larves à l’intérieur ; le fond de la bière ne tarde pas à se perforer en plusieurs endroits, il est comme rongé par des vers ; le bois qui environne les parties perforées est noir et paraît gras ; on y voit aussi quelquefois une matière brillante, moins brune, comme graisseuse;

enfin on découvre au milieu de ce fond des milliers de larves et de vers, dont quelques-uns ont 2 centini. de long. Déjà à cette époque le couvercle est enfoncé, brisé en plusieurs parties, et la terre a pénétré jusqu’au fond de la bière. Plus tard il est difficile de retirer cette boîte sans rompre les planches latérales et le couvercle ; les divers fragmens de ces parties officent, surtout à l’intérieur, des teintes variées, jaunes, blanches, noires, vineuses, et en certains lieux ressemblent à l’intérieur d’un vieux tonneau ; le bois qui les forme est pourri au point qu’on peut le réduire en poudre en le pressant entre les doigts. Enfin l’altération finit par être portée si loin qu’il est impossible de retirer labièrë autrement que par petits fragmens, il a suffi, poür que cela eût lieu dans les expériences que j’ai faites avec M. Lesueur^ de treize à quatorze mois, lorsque les boîtes étaient en sapin mince, tandis que deux ans après les bières étaient intactes et à peine colorées en jaune à l’extérieur, quand elles avaient été faites avec le même bois, ayant 3 centim. d’épaisseur.

Serpillière et drap. La serpillière et le drap se déltuiseiit beaucoup plus vite, lorsqüe le cadavre n’a pas été déposé dans une bière. Dans ce cas, la première de ces toiles ne . tarde pas plus de vingt à quarante jours à être réduite en lambeaux brunâtres et même noirâtres, déjà à moitié pourris, dont quelquesuns se détachent facilement, tandis que d’autres sont intimement mélangés avec là terre avec laquelle ils sont comme massés, et tëllëment adhérons au corps, que pour les enlever, il faut gratter assëz fortement avec le scalpel, et alors on détache aussi de largës plaques d’épiderme qui restent étroitement unies avec ce mélange de terre et de serpillièrë. Si le corps a été enterré dans une bière, la serpillière se couvre dans plusieurs points d’œufs, de larves, d’insectès, et de la même sanie dont j’ai parlé à l’occasion de la bièrë : cette bouillie brunâtre forme, surtout à la face postérieure du corps, et notamment au niveau du cou, de la tête, des épaules, des espèces de plaques noires semblables à de la poix fluide, ou grisâtres comme de la sanie purulente, inêlée de poix liquide; quelquefois aussi la matière a la consistance èt l’aspect du cambouis. Déjà la sërpillière se déchire facilement, et peut être couverte de moisissures blanches. La putréfaction

faisant des progrès, cette toile s’enlève par fragmens de couleur de fumier, ou noirs, enduits le plus ordinairement d’une matière comme bitumineuse. Enfin, on n’en trouve plus de traces.

Le drap commence par se colorer en jaune tirant plus ou moins sur le roussâtre, dans les parties qui sont en contact avec le corps ; quelque temps après, sa surface interne se recouvre, surtout dans les portions sur lesquelles repose le cadavre, de taches ou de petites plaques de couleur extrêmement variée, plus ou moins épaisses, ordinairement mollasses, quelquefois presque diffluentes, provenant souvent de l’épiderme altéré ; tandis qu’à l’extérieur on voit dans plusieurs points une matière comme glutineuse jaune ou rougeâtre, sous forme de boutons lentictin laires^ A& stalactites , etc., qui a évidemment transsudé : à cette époque la consistance du drap n’est pas sensiblement diminuée, et plusieurs des parties qui n’ont pas été en contact immédiat avec le cadavre, sont encore blanches. Plus tard, il est encore entier, mais de couleur differente; sa partie antérieure est d’un fauve très foncé par places, et parsemée de taches noirâtres, si l’on en excepte les portions où il avait été noué, comme celles qui sont au-dessus de la tête et au-delà des pieds et qui sont blanches; sa partie postérieure, celle qui est appliquée sur le fond de la bière, est beaucoup n’.us humide et beaucoup plus tachée en brun, en jaune foncé, en lie de vin, surtout dans les environs de la tête: souvent alors cette toile est presque entièrement couverte à l’extérieur de larves d’un blanc jaunâtre, encore vivantes, qui la rendent comme lanugineuse, tandis qu’à l’intérieur on trouve dans quelques points une moisissure jaune, et dans d’autres un enduit graisseux, d’un brun noirâtre, et une quantité innombrable de larves qui s’agitent en tout sens. Déjà à cette époque elle est pourrie dans certains points, et se déchire avec la plus grande facilité; ailleurs elle adhère assez fortement à quelques parties du corps, et dans ces portions Tépiderme est sous forme de lambeaux mous presque poisseux!

Plus tard l’altération est plus marquée : il ne reste plus que des lambeaux plus ou moins volumineux, qui cachent une partie du corps, et qui sont entièrement pourris ; leur couleur est brun noirâtre^ mais ils sont tellement couverts de moisissures

blanches et de chrysalides roussâtres, que cette couleur brune n’est pas apparente au premier abord, et qu’ils offrent l’aspect de certains lichens. Lorsqu’ils ont été débarrassés de ces diverses matières, on voit qu’ils sont humides, imprégnés d’une matière grasse à laquelle ils doivent leur couleur brune, et très faciles à déchirer.

Il arrive enfin une époque où il ne reste plus de traces de cette toile ; je n’en ai pas trouvé en exhumant le cadavre de MmedeNoresse, trois ans cinq mois après sa mort (/^. page 627); tandis qu’elle existait encore en partie dans un cas d’exhumation faite sept ans après l’inhumation.

Après avoir décrit les changemens que les tissus éprouvent successivement en se décomposant, il importe de déterminer si ces changemens arrivent à des époques fixes, ou bien si la nature présente à cet égard des variations plus ou moins nombreuses.

H résulte des recherches qui précèdent et de celles d’un très grand nombre d’auteurs, que les cadavres enterrés à la même époque se pourrissent avec des vitesses différentes, les uns étant déjà complètement réduits au. squelette, tandis que d’autres sont encore entiers ou commencent à peine à subir la décomposition putride. Il ne sera pas sans intérêt de jeter un coup-d’œil sur les principales causes de ces différences, d’autant mieux que leur examen justifiera l’impossibilité où j’étais de préciser l’époque de la mort d’un individu enterré depuis quelque temps.

Ces causes se rapportent particulièrement à l’âge, à la constitution, au sexe, à l’état de maigreur ou d’obésité, de mutilation ou d’intégrité des sujets, au genre et à la durée de la maladie à laquelle ils ont succombé, aux phénomènes qui ont précédé immédiatement la mort, qui a pu arriver après une agonie plus ou moins longue, ou subitement, à l’époque où l’inhumation a eu lieu, à la ponte dé quelques insectes à la surface du corps, à la nature des terrains, à la profondeur de la fosse, à l’état nu ou enveloppé des cadavres qui ont pu être habillés, enfermés dans un drap ou dans une serpillière, à la présence ou à l’absence d’une bière, à la nature et à l’épaisseur de celle-ci, qui pouvait

être en bois de sapin, de chêne plus ou moins mince, en plomb, etc., aux influences atmosphériques, telles que la température, le degré d’humidité, etc.

Examinons chacune de ces causes en particulier.

Age. Les nécropsies 22®, 23® et 24® prouvent d’une manière incontestable que les cadavres d’enfans très jeunes mis dans la terre, se pourrissent beaucoup plus vite que ceux des adultes et des veillards , toutes les autres circonstances étant égales d’ailleurs.

Constitution de V individu. Quoique l’influence de la constitution soit moins facile à prouver que celle de l’âge , on ne peut pas moins établir que des individus d’un tempérament lymphatique, sanguin, etc., mis dans la terre, toutes les autres circonstances étant les memes d’ailleurs, se pourrissent avec des vitèssës différentes. N’a-t-ôn pas vu èn effet des sujets à-peU-près du même âge, aussi maigres les uns que les autres, ayant succombé à la même affëétion (lofs d’uiie épidémie), et après avoir été malades à-pèu-près le même nombre dè jours, ayant été entèrfés dans des bières de bois parëil et de la même épaisseur, à côté, les ups dës autrés, dans le même terrain et vingt-quatrè heures après la ïnoft ; n’a-t-oii pas Vu, dis-je, ces individus Së ponfrîf dàns des temps très inégaùx; ët tandis que l’üri des Câdavrès était au dernier terme de la décomposition , l’autre Commençait à peine à s’altérer ; à quelle causé attribuer dans ce cas la différence dont je parlé, si ce n’est à la constitution des individus, qui n’était pas la même? L’influence, dont il s’agit, tient, dans béâucoup dé circonstances, à ce que la quantité dés fltiidès animaux n’est ^âs la même chez les sujets dé différentè constitution , ét â ce que les tissus n’offrent pas le même degré dé densité.

Sexe. La prédominance du système lymphatique chez la fémmë, et la plus grande quantité de graisse que contient son tissu cellulâirè sous-cutané, font que la putréfaction marche plus vite chéz élle en générai que chez l’homme , tout étant égal d’ailleurs.

État de maigreur ou d’ohésité. Ce qui vient d’être dit relativement au Sexe doit déjà faire sentir que l’état d’obésité favorise la putréfaction dans la terré ; c’est ce que l’expérience démontre.

n y a plus : comme je le dirai ailleurs, la plus ou moins grande quantité de graisse influe sur le genre de décomposition qu’éprouvent les corps Gras de cadavre).

État de mutilation ou d’intégrité du sujet. La putréfaction des cadavres qui offrent des solutions de continuité d’une certaine étendue marché rapidement : on sait aussi que les parties contuses, ecchymosées, dans lesquelles il y a du sang épanché, se pourrissent beaucoup plus vite que celles qui sont dans des conditions opposées ; et cependant Je suppose qu’il n’y a aucune perte de substance, ni aucune tracé de solution de continuité à la peau : à plus forte raison cette différence serait-elle sensible, s’il y avait eu une plaie contuse du vivant de l’individu.

Genre et durée de la maladie à laquelle ont sueeomhé leà sujets. En général, la putréfaction marche plus vite chez lès individus qui ont succombé à une maladie aiguë que chez ceux qui sont morts d’une affection chronique qui a exténué le corps; là prédominance des humeurs sur les solides, dans lé premier cas, rend suflOLsamment raison du fait. Il serait «ürieux de déterminer par des expériences nombreuses quel genre d’influence chaque groupe de maladies aiguës exerce sur le développement de là putréfaction ; il faudrait pour cela enterrer comparativement dès sujets ayant succombé à des encéphalites, à des pneumonies , a des gastro-entérites, etc.; mais ce travail est hérissé dediflSctiltés, les autres influences qui hâtent la putréfaction étant trop nombreuses et trop variables, pour qu’on pût supposer leur action nulle dans la décomposition des corps. Quoi qü’ilensoit, nous savons que tout étant égal d’ailleurs, la putréfaction s’empare plus lentement du cadavre d’un individu mort par hémorrhagie que de celui dont les vaisseaux sont distendus par le sang, comme on le voit après quelques asphyxies ; que les individus qui meurent dans un état d’anasarque se pourrissent beaucoup plus vite (jF. Nécropsie 7®, page 535); que ceux qui ont succombé à la petite-vérole, ou à toute autre affection pustuleuse de la peau, se détruisent plus rapidement que "les autres ; enfin, que lès parties dans lesquelles l’irritation, l’inflammation ont attiré le sang, se pourrissent très promptement. Il est probable aussi que

i’altéralion manifeste qu’éprouvent les humeurs et même les solides dans certaines maladies aiguës, doit être une des causes qui hâtent la putréfaction.

Phénomènes qui ont “pu 'précéder immédiatement la mort. Que la mort soit subite ou précédée d’une maladie qui aura duré quelques jours ; que celle-ci se termine par une agonie longue ou courte; qu’elle soit le résultat de l’introduction dans le torrent de la circulation d’un de ces virus^qui paraissent altérer le sang, la marche de la putréfaction sera plus ou moins rapide, sans que l’on puisse apprécier au juste la somme d’influence de chacun de ces élémens.

Époque où Vinhumation a eu lieu. La putréfaction marchant plus rapidement dans l’air que .dans tout autre milieu, il est évident que si elle ne s’est pas encore développée lorsqu’on enterre le corps, celui-ci tardera plus à être pourri, que si l’inhümation avait eu lieu plusieurs heures et surtout plusieurs jours après le conamencement de la putréfaction ; il pourrait arriver même, en été., qu’au bout d’un mois d’inhumation un cadavre qui n’auraft été inhumq que cinq ou six jours après la mort, et déjà lorsque la putréfaction était très avancée, fût aussi pourri qu’il l’eût été sept ou huit mois après la mort, s’il eût été enterré vingt ou vingt-quatre heures après. Dès-lors, on concevra l’influence d’un certain nombre de causes secondaires qui agissent sur les corps depuis l’instant de la mort jusqu’au moment où la putréfaction se manifeste : celle-ci ne se développant que lorsque la rigidité cadavérique a cessé d’exister, il est évident que la durée de cette rigidité, durée qui est loin d’être la même pour tous les cadavres, doit exercer de l’influence sur la marche de la putréfaction; il suffira, pour justifier cette assertion, d’établir qu’il est des sujets qui ne sont plus raides quand on les enterre , tandis que d’autres offrent encore un reste de rigidité ; les premiers seuls ont commencé à se pourrir avant l’inhumation. Or, si la durée de la rigidité est un élément dont on doit tenir compte, ne savons-nous pas que cette durée est en grande partie subordonnée à celle de la chaleur, ou, en d’autres termes, que la rigidité n’atteint, en général, que les parties déjà refroidies*^ Voilà ce qui déterminé une marche différente dans la putréfaction des

corps , suivant qu’ils ont été enveloppés de vétemem dé laine ^ de draps de fil , ou qu’ils ont été nus, suivant qu’ils ont été laissés dans des chambres froides, ou dans d’autres qui ont été chauffées.

Ponte de quelques insectes. Nous savons qu’en été, dans l’espace de temps pendant lequel les cadavres sont exposés à l’air, avant l’inhumation, quelques mouches pondent à la surface de la peau des œufs qui, éclos plus tard dans le cercueil, peuvent donner naissance à d’autres mouches ; celles-ci, après s’être fécondées, peuvent encore reproduire sept ou huit fois des générations qui vont en se multipliant à l’infini.

Les insectes qui paraissent se repaître de préférence des cadavres, et dont les œufs sont déposés à la surface du corps, sont les suiyans : musca tachina simplex de Meigen ; vomitoria, cœsareà, domestica, earnaria, furcata; seatophaga sterooria; ihyreophora cynophila ; anthrenus ; dermestes ; his~ ter; necrophorus ; sylpha; ptenus fur, imperialis ; oxyporus , lathrobium; pœderus; stenus ; oxytelus ; taehinus ; aleochara ; noterus ; scarites ; harpalus ; julus lepisma.

Or, il est avéré que, dans les premiers temps après la mort, les mouches ne s’arrêtent pas autour des cadavres; que plus tard elles ne font que voltiger près d’eux, et qu’ enfin, lorsque la putréfaction est plus avancée, elles s’appliquent sur eux, et y déposent leurs œufs ; bientôt en effet on voit des larves plus ou moins nombreuses ramper sur plusieurs de leurs parties. Que si l’on enterre maintenant deux cadavres, dont l’un offre à surface des milliers d’œufs, tandis que l’autre n’en présente pas encore, il est évident que le premier se pourrira beaucoup plus vite , toutes les autres circonstances étant les mêmes, parce que le propre des larves est de détruire nos tissus pour s’en nourrir. On ne saurait donc nier l’influence de la ponte des insectes à la surface du corps sur la marche de la putréfaction.

Ce serait ici le cas de se demander quelle est, dans toutes les saisons de l’année, l’origine de ces larves, de ces nymphes et de ces insectes, surtout de la musca tachiria simplex de Meigen, que nous avons si souvent vue, M. Lesueur et moi, à l’ouverture de cadavres enterrés à la profondeur de 150 centim. à 2 mètres, de

puis plusieurs mois et même depuis quelques années. La ponte de quelques-unes de ces mouches à la surface des cadavres paraîtra insuffisante pour expliquer le phénomène, dès qu’on l’observe également sur les corps enterrés en hiver, époque pendant laquelle il n’y a point de mouches. On n’admettra: pas non plus que ces insectes, qui sont mous et très faibles, puissent sortir de la terre et d’une aussi grande profondeur pour aller propager leur espèce. Il est tout aussi invraisemblable de supposer que les insectes aériens aient pu percer la terre pour parvenir jusqu’au cadavre. Si l’on ne trouvait que des larves ou des nymphes, on aurait pu croire que ces insectes étaient dans une sorte d’engourdisseinent ou d’hibernation qui aurait pu cesser par une circonstance opportune ; mais les larves, les nymphes et les mouches se trouvent ensemble, et plusieurs des nymphes ont donné des insectes parfaits. Quelle peut donc être l’origine de ces races d’animaux? J’avoue qu’il m’est impossible de résoudre ce problème.

Pression. Profondeur de la fosse. La pression retarde la putréfaction, comme l’ont prouvé Godard et quelques autres auteurs. On pourra juger des résultats obtenus par Godard, par l’expérience suivante (1) :

Le 1 0 mars, à six heures du soir, le thermomètre marquant de 8 à 1 0°, on mit deux morceaux de maigre de veau, d’égal poids, dans une même quantité d’eau, mais contenue dans deux bouteilles de différente hauteur, savoir ; l’une de 70 millimètres, l’autre de 4 mètre, y compris le tuyau que l’on y avait adapté; la petite bouteille fut bouchée avec un bouchon de cire, percé d’un trou égal à l’ouverture du tuyau.

Le 4 4, à la même heure, on voyait de l’air dégagé dans la petite bouteille ; il ne paraissait rien dans l’autre.

Le 4 5, à onze heures du matin, le morceau de la petite bouteille flottait, et son eau était louche ; on voyait dans l’autre quelques bulles, mais en bien moindre quantité que dans la petite, et son eau conservait sa transparence.

Le 47, à six heures du soir, le nombre des bulles de la petite bouteille était beaucoup augmenté; le morceau continuait d’y flotter, tandis qu’il n’y avait rien de changé dans l’autre.

t (1) Godard. Voyez Dissertation sur les antiseptiques, imprimée par ordre de l’Académie. Paris, 1769, page 268 et suiv.

l£ â2, à sept heures et demie du matin, l’eau de la petite bouteille puait bien plus, et était beaucoup plus louche que celle qui était au fond de la grande ; car l’eau contenue dans la partie supérieure et dans le tuyau n’avait pas reçu la moindre altération. La même différence avait lieu dans les puanteuis de leurs viandes ; mais ces dernières puantems ont disparu dès qœ les morceaux tirés de l’eau ont été exposés à l’air pendant quelques secondes. Si l’on fait attention que la viande de la bouteille était entourée d’un plus grand volume d’eau que celle de la grande, on jugera qu’à pourriture égale, l’eau de celle-ci aursdt dû puer davantage que celle de l’autre, puisque les miasmes putrides y étaient délayés dans ’moins d’eau ; cependant le contraire a eu lieu, et par conséquent la différence de la transparence des eaux, de leur puanteur et de celle des viandes, prouve d’une façon manifeste la vertu antiseptique de la compression.

Plus la fosse sera profonde, les autres circonstances étant les mêmes, plus la putréfaction sera donc retardée , d’autant mieux que la terre est plus froide dans l’étendue de quelques décimètres, à mesure qu’on la creuse plus profondément.

État nu ou enveloppé du cadavre. Les faits recueillis jusqu’à ce jour, et entre autres plusieurs de mes observations, établissent que plus les corps sont immédiatement en contact avec la terre, plus ils se pourrissent facilement, tout étant égal d’ailleurs : ainsi un cadavre enterré nu se pourrira beaucoup plus promp ’ tement qu’il ne l’eût fait dans un même terrain, s’il eût été enveloppé d’un drap et enfermé dans une hière en plomb ; la putréfaction serait déjà moins tardive, si la bière était en chêne de l’épaisseur de 3 centim., moins encore si, étant construite avec le même bois, elle n’avait qu’un centimètre d’épaisseur, moins encore si elle était en sapin, et surtout si celui-ci était très * mince; enfin le ralentissement, dont je parle, serait beaucoup moins sensible, si le corps, au lieu d’être inhumé dans une bière, était simplement enveloppé de vêtemens , ou d’un drap ou d’une ^ serpillière. On concevra l’influence de \ enveloppe' ^\3lV la putréfaction, quand on saura que les viscères ne doivent réellement leur longue conservation, relativement à la peau, qu’à ce qu’ils sont enveloppés par celle-ci ; aussitôt que la destruction a atteint les tégumens, la putréfaction des viscères marche rapidement. Voyez, à l’appui de ce que j’avance, combien le cerveau se conserve long-temps par rapport aux autres organes ; c’est parce

qu’il est recouvert d’une enveloppe très Solide , le crâne : dèslors, il est aisé de sentir toute l’influence que doivent exercer sur la marche de la putréfaction les vêtemens, et surtout les "bières qui agissent dans le même sens que les enveloppes naturelles, c’est-à-dire en ralentissant l’action des causes destructives des corps. Je ne prétends pas cependant que les obstacles apportés par les bières au développement de la putréfaction puissent être tels que celle-ci soit complètement arrêtée ; loin de là, les corps les moins disposés à se pourrir finissent par se détruire, même lorsqu’ils sont renfermés dans des bières en plomb ; je dis seulement que tout étàpt égal d’ailleurs, la décomposition putride marche d’autant plus lentement que le corps est enveloppé de manière à se soustraire davantage à l’action des agens extérieurs.

Influences at7nosphériques . Il suffira de signaler l’influence de la chaleur et de l’humidité atmosphériques, pour convaincre nos lecteurs du rôle que jouent ces élémens pour accélérer la putréfaction.

Que penser maintenant de l’opinion de Burdach, sur le mode d’altération que les corps éprouvent dans les terres? Suivant lui, il faut reconnaître trois périodes dans cette décomposition : 1° bouffissure de tout le corps par développement de substances gazeuses ; c’est la période de fermentation qui dure plusieurs 7nois; 2° conversion des parties molles en une matière pultacée^ verdâtre ou d’un brun foncé ; le corps s’affaisse , parce que les gaz se volatilisent; cette période dure de deux à trois ans ^ 3° les gaz achèvent de se dégager ; l’odeur fétide est remplacée par une odeur de moisissure , et il reste une matière terreuse grasse, friable, brunâtre, qui ne se convertit qu’au bout d’un nombre considérable d’années en une cendre qui se mêle à la terre ordinaire.

Je ne saurais admettre de pareilles idées sur la marche de la putréfaction dans la terre ; elles sont évidemment erronées, et propres à induire les experts en erreur. Et d’abord, pour ce qui concerne la première période, n’ai-je pas vu souvent, pour ne pas dire presque toujours, les cadavres ouverts dix, quinze, quarante, cinquante jours après l’inhumation, dans un état d’af-

faissement qui ne ressemblait guère à celui dont parle Burdach, qui suppose que le corps est bouffi pendant cette première époque, à laquelle il assigne une durée de plusieurs mois ? Non pas que je prétende que jamais les cadavres ne se tuméfient lorsqu’ils commencent à se pourrir; je veux seulement établir que celte tuméfaction n’a pas nécessairement lieu, puisqu’elle manque souvent, et que lorsqu’elle existe, elle ne dure pas, en général, ni à beaucoup près, autant de temps que l’indique Burdach. Quant à la seconde période, il est évident que cet auteur s’est encore trompé ; car tout en accordant que le corps s’affaisse, il n’en est pas moins vrai que les parties molles ne se convertissent pas constamment en une matière pultacée ; n’avons nous pas vu au contraire, M. Lesueur et moi, ces parties se dessécher pour la plupart, se réduire en lamelles ou en filamens coralliformes, et quelques-unes d’entre elles imiter même une sorte de cartonnage; d’ailleurs, comment admettre que celte période dure de deux à trois ans , lorsque dans la plupart de nos expériences les cadavres étaient déjà presque réduits au squelette au bout de quatorze, quinze ou dix-huit mois, même lorsqu’ils avaient été enterrés dans des bières et enveloppés d’une toile? L’inexactitude des phénomènes annoncés copime caractérisant la troisième période, ne saurait non plus être mise en doute ; en effet, la matière grasse qui reste en petite quantité comme dernier terme de la décomposition putride, n’est ni terreuse ni friable ; c’est une sorte de cambouis mou, oléagineux, semblable à du vieux oing fortement coloré.

J’ajouterai à tous ces faits, qui combattent victorieusement l’opinion de Burdach, qu’en admettant même que la durée des périodes assignées par lui fût exacte pour des observations faites dans un terrain donné et avec certains cadavres, elle ne le serait plus quand il s’agirait d’autres terrains et de sujets qui seraient p.aeés dans d’autres conditions. Les experts ne sauraient doncassez se méfier de pareils résultats , qui malheureusement ont déjà été pris plusieurs fois pour guide, lorsqu’il a été question de déterminer l’époque à laquelle avait eu lieu la mort d’individus inconnus.

On prévoit déjà que je n’adopterai pas davantage l’opinion des

médecins et des anatomistes qui admettent, d’après le dire des fossoyeurs, qu’il faut de trois à quatre ans pour la destruction complète des parties molles d’un cadavre sous terre ; d’autres portent jusqu’à six ans le laps de temps nécessaire à l’accomplissement de ce travail. Ne sait-on pas qu’il y a à eet égard des variétés et des différences aussi nombreuses qu’extraordinaires? Les exemples de conservation de corps ensevelis depuis plusieurs années se présentent en foule ; je me bornerai à en citer quelques-uns. Limpreeht a fait connaître une observation intitulée : De manu in sepulcro ultra seculum ah omni putredine conservata. Plus loin, il dit que , passant par un monastère de la Gaule narbonnaise, on lui avait fait voir des cadavres bien conservés qu’on avait depuis long-temps retirés de leurs sépulcres article Momification). Faher a communiqué à Fabrice de Hilden une observation intitulée : De cerehro non putref&cto in cadavere quinquaffenis annis suh terra reposito.

Delà putré&ctIoB comparée defragmens de cuisse d’un même cadavre, dans des terres de différente nature.

Les terrains hâtent ou retardent la putréfaction par plusieurs causes. Leur situation : deux terrains de meme nature, dont l’un sera élevé et en pente, et dont l’autre sera dans un fond, n’agiront pas de même sur les corps : le premier étant beaucoup plus sec, ralentira la marche de la décomposition, tandis que l’autre pourra la favoriser. Leur degré d’humidité : la putréfaction ne se développe jamais quand les corps sont desséchés ; au contraire, elle parcourt rapidement ses périodes dans un milieu humide ; donc elle arrivera bientôt à son dernier terme dans des terrains humides, tandis que dans les terrains qui se dessèchent aisément, elle sera singulièrement retardée. Leur nature chimique : j’entends ici par nature chimique , nonseulement la composition du terrain, en tant qu’on le considère comme formé de plusieurs oxydes métalliques, de sulfate et de carbonate de chaux, etc., mais encore sa composition acci-

dentelle; en effet, il peut contenir des gaz plus ou moins fétides, des «matières animales en putréfaction ou à moitié pourries, etc.; ainsi nous verrons, en parlant du gras de cadavre, qu’au cimetière des Innocens, non-seulement la putréfaction avait été ralentie, mais encore qu’elle avait fourni un produit particulier, le gras de cadavre ; et je dirai que Fourcroy et Thouret avaient attribué ces deux phénomènes à ce que la terre qui recouvrait les corps avait été promptement saturée des gaz provenant de la première période de la putréfaction. Ne sait-on pas, d’une autre part, que la terre des cimetières où l’on a enterré beaucoup de cadavres, et qui par conséquent est fortement imprégnée de détritus de matières putréfiées, hâte la putréfaction? Ces diverses propositions seront, du reste, éclaircies par les expériences suivantes, qui ont autant pour objet de faire connaître l’influence des terrains sur la marche de la putréfaction que le genre d’altération que chacun de ces terrains fait éprouver à la matière animale. Ces expériences ont été faites avec des parties d’un même cadavre, enveloppées d’un même linge, et enterrées au même moment, afin de pouvoir bien juger la seule influence qui ne fût pas la même, celle du terrain. Que si l’on me blâmait d’avoir agi ainsi et de ne pas avoir cherché à résoudre le problème avec des cadavres entiers, inhumés dans différens cimetières, je répondrai que les résultats fournis par un travail de ce genre eussent été loin d’être concluans comme ceux que je vais faire connaître, parce qu’il eût été impossible d’affirmer que les différences observées dépendaient plutôt de la nature du terrain que de l’âge, de la constitution du sujet, de la maladie à laquelle il avait succombé, de la durée de celle-ci, etc.

Expériences.

Le 15 avril 4830, on a enfermé dans quatre sa(^ de toile crue assez épaisse quatre fragmens égaux de cuisses d’un cadavre encore frais , ne présentant aucune coloration ni aucun indice de putréfaction ; chacun de ces fragmens était long d’environ 46 centim. Les sacs ont été aussitôt enterrés à 30 cent, de profondeur dans quatre tas de terre de la hauteur et de la largeur d’un mètre, préalablement disposés les uns à côté des autres, dans un coin du jardin de la Faculté de médecine de Paris. Ces terres seront désignées sous les noms de terre de Bicêtre, de terre du jardin de la

Faculté de médecine de Paris^ de terreau, et de sable. La terre de Bicétre, prise dans le cimetière où j’ai enterré tous les cadavres dont il a été parlé jusqu’ici, est jaunâtre , calcaire , et ne présente aucun des caractères des terres végétales; elle a fourni à l’analyse, sur dix mille parties :

Matière organique très azotée, soluble dans l’eau. . 0,0i0

Sulfate de chaux . 0,238

Matière organique insoluble . 0,520

Acide silicique et sable siliceux. . . 4,600

Carbonate de chaux . 3,800

Oxyde de fer . 0,540

Phosphate de chaux. . . . . . . 0,100

Alumine. . . 0,080

Perte. . . 0,082

La terre du jardin de la Faculté de médecine de Paris diffère de la précédente en ce qu’elle contient beaucoup moins de matière organique azotée, et qu’elle renferme des détritus de végétaux dont la décomposition est déjà très avancée ; aussi est-elle noire et offre-t-elle l’aspect d’une terre végétale ; du reste, elle est également très riche en carbonate de chaux, et confient aussi une assez grande quantité de sulfate de chaux. Le terreau est principalement caractérisé par la forte proportion de détritus de végétaux qu’il renferme'; ces détritus sont loin d’être. aussi pourris que ceux qui existent dans la terre du jardin ; en sorte que le terreau constitue véritablement un terrain beaucoup plus végétal; il est principalement formé d’acide silicique et de carbonate de chaux. Le sable de carrière est essentiellement silicieux et très ferrugineux, on y voit quelques traces de mica et à peine du carbonate de chaux.

Examen le 24 avril. — Terre de Bicétre. Le sac est entier, très altéré, e( se déchire au plus léger effort; sa surface interne est enduite d’une sanie lie de vin sale et d’une couché jaunâtre desséchée. 11 n’y a plus d’épiderme; le derme est blanc à ta partie interne , rouge vineux dans une portion de la partie externe ; il est luisant , humide et assez résistant. Les musdes, déjà très ramollis, sont d'un rouge pâle tirant un peu sur le vert dans quelques points. Le tissu cellulaire ne paraît pas altéré.

Terre du jardin de la Faculté de médecine. Le sac est entier, moins altéré que le précédent, quoiqu’il commence cependant à se déchirer avec assez de facilité. 11 n’y a plus d’épiderme ; le derme est très humide , coloré en blanc, en rouge et en verdâtre. Les muscles sont à-peu-près comme les précédens ; le tissu cellulaire est huileux , jaune , et n’offre'pas la moindre apparence de gras. Ce fragment dé cuisse paraît être arrivé au même degré de putréfaction què celui qui avait été mis dans la terre de Bicétre. .

Terreau. Le sac est entier, mais commence à se déchirer; sa surface externe est fortement imprégnée d’une sanie rougeâtre. On trouve à peine des traces d’épiderme ; le derme, à-peu-près coloré comme dans les expé-

riences précédentes, est un peu plus mou ; les muscles sont aussi beaucoup plus ramollis ; la putréfaction est évidemment plus avancée.

Sable. Le sac est entier et ne se déchire pas facilement. L’épidërme est détaché presque partout; les portions qui restent se séparent très facilement; le derme et les muscles sont à-peu-près comme dans le fragment placé dans la terre de Bicêtre ; toutefois , la putréfaction est moins avancée. Le tissu cellulaire ne paraît pas avoir éprouvé de changement notable.

Immédiatement après l’examen , ces divers fragmens ont été enfermés de nouveau dans les sacs, et enterrés à la même profondeur.

28 avril La décompositiou putride est plus marquée ; le fragment placé dans le sable est le moins avancé , tandis que celui qui est dans le terreau est le plus pourri ; les deux autres offrent à-peu-près le même degré d’altération ; nulle part on n’aperçoit de gras de cadavre. La destruction des sacs est en rapport avec celle des fragmens.

2 mai. Les sacs sont assez pourris pour qu’il soit impossible de s’en servir; aussi enterre-t-ondes fragmens à nu; du reste, la putréfaction a encore fait de nouveaux progrès , et toujours en suivant la même marche.

19 mai. Tous les fragmens sont plus pourris que la dernière fois, et la différence qui a déjà été remarquée est encore plus prononcée , c’est-àdire que le fragment entouré de sable est le moins altéré, tandis que celui qui occupe le terreau est le plus avancé. 11 y a une quantité notable de gras de cadavre dans le morceau placé dans la terre du jardin ; ce\m qui est enterré dans la terre de Bicêtre en contient moins , et il y en a encore moins dans celui qui a été mis dans le terreau ; le fragment qu'enveloppe le sable n’en renferme pas du tout.

29 mai. — Sable. Les muscles, quoique rosés, sont très ramollis ; la peau est presque complètement détruite, et la masse des parties molles se détache avec assez de facilité des os , en entraînant le périoste. La porlion de sable qui touche immédiatement ces parties est noirâtre ; on dirait qu’il se forme un peu de gras de cadavre dans quelques points de la surface du moignon. Terre de Bfcéire. La putréfaction est I eaucoup plus avancée que dans le sable, et même que dans la terre du jardin ; les parlies molles sont entièrement détachées des os , et réduites en une bouillie de couleur ardoise claire par parties, olivâtre et blanchâtre dans d’autres ; le gras de, cadavre, plus abondant que la dernière fois, ne Test. pas autant que dans la terre du jardin, et il est à moitié desséché dans certains points. Terre'du jardin de la Faculté. Les muscles sont violacés et moins ramollis que dans la terre de Bicêtre ; le savon est déjà presque sec et en quantité plus considérable que partout ailleurs. Terreau. La putréfaction est extrêmement avancée ; les muscles, de couleur roussâ^-re, ont atteint le dernier terme du ramollissement; il y a plus de gras de cadavre , mais il ne présente pas la siccité de celui du fragment qui entoure la terre du jardin.

5 juin. — Sable. On ne peut pas dire qu’il se soit formé du gras de ca-

darre ; tout au plus reruarque-t-on dans quelques points une légère tendance à la saponification ; les parties molles sont à-peu-près dans le même état que le 29 mai. Terre de Bicêtre. On trouve à peine des traces de muscl<s ; l’os est presque dénudé ; les parties molles qui restent , et qui par conséquent sont en très petite quantité, sont presque entièrement transformées en savon. Terre du jardin de la Faculté, Le gras est encore plus abondant que la dernière fois ; il ne paraît formé qu’aux dépens de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané : on trouve au-dessous la couche musculaire violacée et très ramollie. Terreau. Il s’est opéré un changement re marquable pendant ces huit jours; la quantité de savon est tellement abondante, qu’il y en a beaucoup plus que dans la terre du jardin, ce qui n’avait pas eu lieu jusqu’alors ; ce gras est aussi plus sec et mieux formé que celui de cette terre; il n’est pas douteux qu’indépêndammént de la peau et du tissu cellulaire , une portion de la couche musculeuse ne soit également saponifiée.

Il résulte de ce qui précède, 1° que la putréfaction est loin d’avoir marché avec la même rapidité dans les quatre terrains soumis à l’expérience ; 2" qu’elle a été beaucoup plus lente dans le sable et beaucoup plus prompte dans le terreau que partout ailleurs, jusqu’au moment où il y a eu une certaine quantité de gras de cadavre de formé (1) ; 3“ qu’à cette époque la décomposition putride a fait au contraire beaucoup plus de progrès, là où il y avait moins de gras, comme dans terre de Bicètre, que dans le terreau et dans la terre du jardin qui en renfermaient davantage ; et que si, dans le sable où il ne s’était point formé de savon, la putréfaction était beaucoup moins avancée, cela tient à ce que ce terrain jouit à un très baut degré de la propriété de ralentir lâ décomposition ; que tous les terrains ne sont pas également propres à opérer lâ saponification de nos tissus, et qu’en général le terreau et les terres végétales semblent être

(1) Ces résultats ae s’accordent guère avec ceu-x que Thouret dit avoir été consignés dans un rapport fait à i’ Académie royale des sciences , en 1738 , par Lémery, Geoffroy et Hunauld. Les expériences de ces savans les auraient conduits à admettre qu’en général c’est en raison de sa facilité à absorber ou à transmettre les gaz, que la putréfaction dans les terres offre des variétés.; ainsi, le sable sec serait, de toutes les terres, celle qui favoriserait )ê plus la décomposition des corps, tandis que lès terres argileuses et compactes la rétarderaient. Toutes mes recherchés pour découvrir cé rapport ayànt été infructueuses , il m’a été impossible de juger la valeur des expériences qui lai servent de base, ét dont lès résultats paraîtront si extraordinaires.

^nx qui la déterminent le mieux et le plus promptement; 5® que cette transformation graisseuse paraît commencer par la peau et le tissu cellulaire sous-cutané, pour gagner ensuite les muscles; 6® que quelle que soit la rapidité avec laquelle a lieu la putréfaction jusqu’à l’époque où la saponification a envahi une assez grande partie de la peau, elle s’arrête en quelque sorte dès cet instant, ou du moins ne suit plus la même marche, puisque aulieu de se ramollir de plus en plus, de devenir pultacés et de disparaître, les tissus sous-jacens passent au gras, et finissent par former une masse d’un hlanc grisâtre, sèche, dans laquelle il n’est plus possible de les reconnaître (/^oyes^page 682, pour l’histoire du gras de cadavre. )

C’est d’après mon travail que M. Devergie (^Médecine légale, 1. 1, p. 168) divise en cinq phases ou périodes les phénomènes de la putréfaction dans la terre. La première est caractérisée par le ramollissement des tissus ; leur coloration en vert ou en rouge brun; le développement de gaz en proportion plus ou moins grande, suivant les saisons, et l’humidité plus grande des tissus.

La seconde se distingue de la précédente par le développe^ ment d’une matière gluante plus ou moins épaisse , qui donne à la peau ainsi qu’aux autres organes un toucher gras; il y a moins d’humidité dans les tissus ; les gaz ont disparu ; la coloration verte ou brune a fait place à une couleur bistre. C’est le passage de la période de fonte putride qui détruit les organes à la saponification qui les conserve pendant un temps en général fort long.

Dans la troisième période, on reconnaît surtout les caractères de la saponification la plus avancée ; aussi un grand nombre d’organes manquent-ils le plus souvent parce qu’ils ont été détruits par la fonte putride.

La dessiccation et l’amincissement des organes et des tissim sont les phénomènes saillans de la quatrième période.

La cinquième a pour phénomène principal la destruction des parties molles et des parties dures, et leur transformation en poussière ou en un cambouis qui s’infiltre peu-à-peu daqg la terre.

Enfin pour donner un tableau complet des vues qu’ont présenté les auteurs sur les phénomènes de la putréfaction dans la terre,

je rapporterai les opinions de Fourcroy et de Thouret qui réduisent les phases de la putréfaction aux. quatre suivantes : 1“ le développement des gaz ; 2“ leur expulsion suivie d’une putréfaction humide et désorganisatrice des parties molles; 3° l’arrêt de cette putréfaction , à laquelle succède la transformation en gras de toutes les portions animales qui existent ; U° la destruction plus ou moins lente de ce gras de cadavre.

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