‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiquesChapitre 53 sur 55 · EXPÉRIENCE · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE

Le 21 novembre 1829, on a placé à i8 centimètres de profondeur, dans un tas de fumier exposé à l’air, le cadavre d’un enfant femelle âgé de huit jours, et qui avait succombé deux jours auparavant. La pe,.u offrait partout la couleur naturelle, excepté à la partie ftostérieure du tronc, où il y avait quelques lividités cadavériques, et à l’abJomea et aux flancs, qui étaient déjà verts.

Le tl novemlre, le cadavre est entier et de même couleur, si ce n’est dans plusieurs partie s qui prr.'-enti nt une teinte rosée; répiiierme ne se détache nulle part, mais il coiiinieri< e à se rider aux jiieüs; l’odeur est à peine sensible. Le cadavre est promptement remis dans le tas de fumier.

Le 4 décembre, même intégrité du cadavre. La peau encore couverte d'épidernse, est généralemeui i osée; celle de l’aiidoiutn est toujours verdâtre, mais d’une nuapce mo.ns loucée qu'^u çornipencement de l’expé'

îience L'épiiîerrne commence à se d<^fnrhpr, quoique assez flifficiienieut.etncn pas par lambeaux; lorsqu’on l’enlève, il reste sur le scalpel avec lequel on le gratte , sons forme d'un enduit graisseux ; toutefois , on p/eut cii séparer quelques fragn-.eas, à la vérité de peu d'étendue. Les pieds et les mains sont les paît ies auxquelles cet épiderme tient le moins ; celui des mains est très ridé. L’œil droit fait une saillie assez considérable au-delà du bord de l’orbite ; les {«iipièresqui le recouvrent, fortement distendues, sont colorées comme si elles eussent été contuses. Les lividités de la partie postérieure du tronc sont moins rouges et entren êlres de plaques veroâtres. Le cadavre n’est pas resté plus de dix minutes hors du fumier.

Le 13 décembre, le cadavre est encore entier; les membres offrent, dans une grande partie de leur étendue, une couleur jaune d’ochre, due à un enduit de consistance de pommade, qui est appliqué sur répidermp et qui se détache avec facilité, en même temps que celui-ci. Dans plusieurs points de ces membres, des plaques de inoi.-issuresd’un blanc d’albâtre et d’un blanc grisâtre recouvrent cet enduit; çà et là, on trouve à la place de la matière onguentacée dont je parle, une couche humide vert bistre, qui paraît devoir son origine aux liquides qui ont filtré à travers le fumier. L’épiderme étant enlevé, la peau est humide, d’un rose clair, ridée, flasque, sans pourtant avoir perdu notablement de sa consistance : en effet, elle ne se déchire pas lorsqu'on la lire avec des pinces. La partie interne d'un des membres thoraciques, de celui qui était appliqué contre le corps est dépourvue de toute espèce d’enduit; l’épiderme y existe encore . il est de couleur bl nche tirant légèrement sur le rose et s’enlève assez facilement, surtout en haut. L’autre bras présente partout l’enduit graisseux, excepté au pli du coude et au poignet, parce que la main étant fléchie sur l’avantbras, et celui-ci étant fléchi sur le bras, ces parties n’ont pas été en contact immédiat avec le fumier.

On voit à la partie supérieure et antérieure du tronc ce même enduit et deux plaques a.=sez larges de moisissure blanche ; l’épiderme s’enlève moins aisément qu’aux membres, et la peau sous-jacente est assez résistante gît de couhîiir mélangée de vert et de rose très pâle. L’épiderme de l’abdomen est ridé dans toute son étendue, d’une couh ur vert ardoisé à droite, et beaucoup plus claire à gauche; il se détache sans effort, et la peau qù’il recouvre e«t verdâtre.

Les traits de la face sont méconnaissables. Cette pmie est également couverte d’une couche onguentacée brunâtre et jaune d’cchre par places; cet enduit est plus humide que celui des membres; la portion qui est appliquée sur la région frontale et sur une partie de la région temporale, est sous forme de petits mamelons un pcm plus gros qu’une forte tête d’épingle; en cet endroit l’épideru e s’enlève avec facilité. Les cheveux tiennent encore an crâne; mais, par ue légère traction, on les détache avec l’épiderme, et l’on voit alors que la peau sous-jacente est d’un rose tirant plus sur le rouge que celle des membres; elle offre assez de consistance. Les

oreilles sont entièrement déformées et recouvertes d’un enduit jaunâtre peu épais. On voit encore les paupières ; l’œil droit est très affaissé, probablement parce qu’il s’est vidé.

La partie postérieure du ti’onc est recouverte dans plusieurs endroits d’une couche de fumier que l’on ne peut détacher qu’avec l’épiderme ; on trouve vers les épaules le même enduit graisseux déjà décrit; au côté droit et en bas, il existe des taches d’un vert ardoisé qui intéressent à-lafois l’épiderme et la peau ; dans d’autres parties, l’épiderme offre une couleur jaunâtre due au fumier ; la peau sous-jacente est rosée.

On a trouvé quelques vers à la surface du corps ; plusieurs d’entre eux sortaient de la bouche.

Le cadavre a été remis dans le tas de fumier au bout d’une demiheure.

Le 25 décembre (1), l’aspect général du corps est à-peu-près le même, si ce n’est que les diverses teintes sont plus foncées, et que l’enduit de consistance de pommade et de couleur jaune d’ochrequi récouvre plusieurs parties est plus mou et même fluide sur certains points , notamment à la partie postérieure de la tête.

Tête. Elle est généralement d’une couleur brune plus foncée que les autres parties du cadavre ; on voit aux régions pariétale et temporale gauche des petites plaques arrondies de moisissure d’un blanc éclatant. L’épiderme se détache facilement. Les cheveux tiennent encore. Le derme de la tête , d’une couleur rouge assez foncée, offre çà et là des taches assez larges d’un vert clair. Il existe sur le côté droit de la tête, entre les os et la peau, une assez grande quantité de matière sanguinolente, comme gélatineuse , semblable à celle que l’on remarque quelquefois sous la peau du crâne des nouveau-nés. Les yeux sont vides , et tellement rentrés dans les orbites, qu’on les aperçoit difficilement en écartant les paupières ; celles-ci sont entières et dépourvues de cils. Le nez est écrasé et aplati au point qu’au premier abord on pourrait croire qu’il n’existe pas. La bouche est ouverte. Les oreilles, particulièrement la gauche, sont encore plus déformées que lors du dernier examen.

Col. L’épiderme du col se détache facilement ; il est d’un vert ardoisé très clair; le derme sous-jacent est d’un vert bouteille très foncé dans certains endroits , tandis que dans d’autres il est d’un rose livide. Les muscles sont ramollis , livides, et imprégnés d’une sanie couleur de lie devin.

Thorax. L’épiderme et l’aspect extérieur du thorax sont à-peu-^ès comme lors du dernier examen; les muscles seraient dans l’état naturel, s’ils n’offraient pas une teinte violette , et s’ils n’étaient pas légèrement infiltrés.

(1) Depuis le 13 décembre, la température de l’atmosphère a toujours été de plusieurs degrés au-dessous de zéro,

Abdomen. L’épidenne qui recouvre le côté droit de l’abdomen est d’un vert ardoisé très clair à sa fece externe ; il est d’un vert noirâtre à l’intérieur ; on l’enlève très facilement ; le derme qu’il recouvre est marbré de plaques d’inégale grandeur, dont les unes sont d’unileu très foncé, presque noir, les autres blanches ou d’un bleu très clair. Le côté gauche de l’abdomea, beaucoup moins putréfié que le droit, est couvert d’épiderme qui ^t ridé, moins facile à enlever, et qui ne se détache que par petits lambeaux d’un blanc grisâtre, comme celui qui a macéré pendant quelque temps ; le derme sous-jacent offre la même couleur blanche grisâtre , sauf dans certains points où l’on voit quelques taches d’un vert ardoisé clair. Les muscles de l’abdomen sont pâles, légèrement olivâtres; à droite, la surface externe est teinte légèrement en bleu, comme les tégumens qui les recouvraient.

Dos. L’épiderme du dos s’enlève aisément. Depuis le milieu de cette région jusqu’à la nuque , le derme est d’un rose orangé , excepté dans quelques endroits où l’on voit des taches d’un vert clair. Dans les autres parties du dos, on remarque la même marbrure blanche et verte dont j’ai parlé à l’occasion du côté droit de l’abdomen, et en outre çà et là quelques taches d’un rose orangé.

Membre-^. On détache facilement l’épiderme des membres, dont l’aspect est à-peu-près le même que le ^ 3 décembre, et alors on aperçoit le derme d’une teinte généralement rose orangé ; à la partie externe du bras, ce derme est ridé et comme soulevé dans plusieurs points, de manière à imiter la lésion que déterminent les orties appliquées sur la peau ; toutefois, ces élévations affectent toutes sortes de formes, et il suffit, pour les faire disparaître, de les aplatir fortement avec la lame d’un scalpel. A la partie interne des bras, le derme est lisse, et parcouru çà et là par des stries et des plaques d’un vert clair. Les membres inférieurs présentent une disposition presque semblable. Les muscles sont à-peu-près comme dans l’état naturel ; ils sont seulemént un peu plus rouges et plus mous. .

Le derme est partout très consistant, car il ne se déchire pas quand on le tire fortement avec des pinces.

Le tissu cellulaire sous-cutané est d’un blanc grisâtre, serré, et n’offi-e aucune apparence de gras.

Les os et les ligamens a)nt dans l’état naturel.

Les cartilages articulaires et les épiphyses sont de couleur lie de vin ; leur consistance paraît être sensiblement la même.

Le cerveau est fétide, mou et d’un rouge livide clair à l’extérieur; cette teinte est marquée près du sinus longitudinal supérieur, entre la scissure interlobaire, et surtout dans la partie qui répond à là tente du cervelet. A l’intérieur, la substance cérébrale et rosée, et l’on distingue difficilement les deux substances à la différence de couleur. Lq cervelet est encore plus mou et plus rouge que le cerveau. Les nerfs paraissent dans l’état naturel.

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r La mpmbrare muqueupe de la bourhe est en partie détruite à la région pnla ine antérieure; les os sont à nn et en partie riétmitseiix-mèmes. La langue est molle, iin peu liv-deetde vo'iime onlin j're ; elle est entièrenient renfermée dans la bouche. La priiie po^térieure du voile du palais, le pharynx (lie commencement de Lœsophage offrent une teinte rougeâtre livide qui est d’autant plus foncée (|u’on approche davantage de l'œsophage : celui-ci présente à sa face interne, et dans toute son étendue, une couleur de lie de vin qu'il i»artage avi c toutes les parties molles qui l’avoisinent, comme la traciu'e-} r'ère. le cœur, les muscles du cou et les gros vaisseaux : celte colorali( n est le résultat éxidt'ntde la putréfaction. On sépare avec asœz de difficu!t(' la membrane mu(|iiiMise œsophagienne, qui est lisse et nullement emphysimuOeuse, et l'on voit ? lors q œ c’est surtout la turiiciue musculeuse qui est le siège de la lividité dont je p: rie. Veston ac, de volume ordinaire, contient une 1res petite quantité d’un liquide brunâtre épais : sa membrane mtnjueuse offre géiiéra'ement une couleur jaune orangé • on remarque vers le pylore une large plaque d’un vert noirâtre ; du reste, cette membrane est lisse, de consistance ordinaire, et ne se détache pas facilement ; la teinte orangée dont je parle est un peu plus foncée à l’extérieur de ce viscère,. tandis qne la plaqiien’un vert noirâtre l'est moins ; il n'y a point d'emphysème. Les intestins sont dans l’état naturel ; on voit çà et là dans le canal qu’ils forment quelques parties colorées en vert pur ne matière fluide de même couleur.

Le foie est mou, livide, excepté dans une partie de sa face inférieure, où il est ardoisé; il se pré -ipite au fond de l’eau : quand on l’incise, ou voit qu’il commence à s’altérer, car on ne reconnaît plus bien sa texture, quoiqu’on y aperçoive l’orifice des vaisseaux ; en le grattant avec un scalpel, on enlève une bouidie claire d’un jaune d'ochre. La vésicule est pleine debüe, et paraît dans l’état naturel. La raie est d’un vert bouteille ardoisé, très facile à déchirer et fournit par la eom pression un liquide épais, paraissant noir quand il est en mas-'^e, et d’une .çouleur bistre foncé lorsqu’on l’étend. Ou n’aperçoit point de granulations sab!onneuse.s sur le foie ni sur la rate. Le tissu cellulaire qui enviroiuie les -reins est emphysémateux; les capsules surrénales sont très ramollies et un peu rougeâtres. Les rems sont aussi plus mous (jue dans i’é'atnaiurel, maison peut b (ni y reconnaître les trois substances. La vessie est vide et dansl’é at natorel ; il en est de même de Lutérus et des épiploons. Les parties génitales externes sont ramollies et rougeâtres.

Le larynx, la trachée-artère et les bronches sont colorées en rouge livide comme l’œsophage. Les poumons, de volume et d’apparence .ordinaires, surnagent avec le cœur lorsqu’on Ie?s met sur l’eau; ils sont de couleur rosée tirant un peu sur le rouge, [lostéi i.-uremenl où l’on aperçoit quelques plaques livides; iis sont crépilans et em[ihysémateiix ; ils contiennent à peine du sang ; la face inférieure des poumons droits offre quel- «gues granulations blanchâtres, comme sablonneuses, semblables à celles

qui ont été trouvées souvent sur le foie des cadavres laissés long-temps dans la terre. Le cœur est très flasque , livide , ainsi que les gros vaisseaux qui en partent ou qui s’y rendent ; les ventricules contiennent un peu desang fluide, épais, noirâtre. Le diaphragme^ un peu plus rouge qu’à l’ordinaire dans sa partie hépatique, est recouvert dans sa partie musculeuse d’une grande quantité de ces granulations blanches, dures, fortement adhérentes, dont je viens de parier.

Le cadavre n’exhale pas une odeur très fétide ; on ne trouve pas sensiblement plus de vers à sa surface que lors du dernier examen.

EXPÉRIENCE 2e.

N***, du sexe féminin, âgée de quatre jours, bien conformée, et n’oflfrant aucune coloration insolite à l’extérieur, a été placée dans un tas de fumier exposé en plein air le 2 décembre 4 829, vingt-quatre heures après la mort, etn’ena été retirée que le 4 0 janvier 4830, trente-neuf jours après le commencement de l’expérience. Pendant cé temps, la température de l’atmosphère a presque toujours été à plusieurs degrés au-dessous de zéro. Le fumier, presque entièrement formé de crottin de cheval, est dur et comme gelé ; on n’en retire le corps qu’avec peine.

Examen du cadavre. Le cadavre est entier et recouvert dans presque toute son étendue par du fumier qui y adhère tellement, qu’on ne pèut en enlever les dernières portions qu’en grattant avec un scalpel, et alors on détache l’épiderme sous-jacent. Exceptéla partie supérieure de la tête, qui est couverte de cheveux blonds, entre lesquels se trouve une moisissure blanche (ce qui lui donne un aspect gris cendré), et les mains où l’on voit quelques plaques tirant légèrement sur le rose, toutes les- autres parties du corps présentent une teinte jaune abricot clair.

L’épiderme n’est détaché que dans les parties que l’on a grattées avec un certain effort pour séparer le fumier; mais il s’enlève très facilement, excepté à la face palmaire delà main droite età.latête; celui qui recouvre l’intérieur •des mains et des doigts est fortement plissé, blanc, et assez translucide pour •qu’on puisse apercevoir la couleur rosée du derme sous-jacent; il est mince •et facile à déchirer. A (la face dorsale des mains, il est moins plissé, plus épais, moins translucide et d’un jaune abricot: cette couleur tient à un enduit graisseux, assez résistant qui le recouvre. Les différences qui existent sous ce rapport entre les faces palmaire et dorsale dépendent de ce que les mains ayant été constamment fermées et les doigts rapprochés, l’épiderme de l’intérieur des mains et des doigts n’a pas été en contact avec le fumier. L’épiderme de la face plantaire des pieds ressemble assez à celui de la face dorsale des mains, si ce n est près des orteils et entre eux, là qfî le fumier touchait à peine : partout ailleurs il offre les caractères de célui de la face dorsale des mains, excepté à la partie supérieure de la tête ; là il adhère fortement, comme je l’ai déjà dit, et il présente à-peu-près la I. 31

couleur, la consistance et l’aspect ordinaires. Vers les paupières, à la partie supérieure de la tête, sur les parties latérales du tronc, sur les avant-bras et sur la partie externe des jambes et des cuisses, on trouve une légère couché de moisissure blanche, cotonneuse, immédiatement appliquée sur l’^iderme. Les ongles et les cheveux existent encore et sont assez^,adhérens.

Le deripe est très résistant, de couleur joune abricot clair, excepté aux doigts des deux mains, à la face palmaire de la main gauche et à la portipo de la face paiinàire de la main droite, dont l’épiderme est enlevé ou prêt à se détacher, et où il offre une couleur rose ; cette nuance, qui augmente sensiblement d’intensité par V action de l’air, et qui aurait fini par être celle de tout Je dernae, si le cadavre fût resté plus long-temps dans le fumier, se manifeste plus promptement dans les parties où l’épiderine est séparé ou sur le point de s’enlever. A la partie inférieure de l’abdomen, le derme offre un aspect granulé que l’on ne saurait mieux comparer qu’à la chair de poule. Le derme pris sur une partie quelconque du corps, et séparé du tissu cellulaire graisseux sur lequel il est appliqué, est tranàucide, jaune à sa face externe et grisâtre intérieurement; il n’est point saponifié.

Le tissu cellulaire sous-cutané est dur et jaune j excepté aux aisselles et aux parties latérales, du thorax, où il est rouge et assez mou, parce que là, àxmson de sa laxité, il s’est laissé facilement imbiber d’une sérosité rougeâtrei il n’est pas non plus saponifié.

Les muscles, encore très résistans, paraissent dans l’état normal, si ce n’est ^’ils ont une couleur moins rouge ; toutefois, ceux de l’abdomm sontd’xm piolet Uvide, tandis que la peau qui les recouvre est jaune abri^ pot clair, et n’offre aucune trace d’une pareille teinte.

Le tissu nerveux est daos l’étet naturel. Les ns sont d’un blanc tirant sur le gris. Les tendons et les Ugamms sont dans l’état naturel, fns cartilages, de consistance ordinaire, sont d’un blanc tirant légèrenrentsur Je ^ris jaunâtre,

La face est écrasée, quoique ses traits soient parfaitement reconnaissables. Les paupières sont entières et fermées ; il reste encore quelques cfis. Les ÿepx sont pleins ; la cornée a perdu une grande partie de sa transparence : aussi n’aperçoit-on la pupille qu’avec peine à son centre ; lascléintique et lesaulres membranes ne paraissent pas avoir éprouvé de changement notahle. Les humeurs vitrée et aqueuse sont rouges comme la gelée de .groseilles ; le cristallin est rosé. Le nez et les lèvres sont entiers, mais î^atis. Le tissu cellulaire sous-péricrânien est infiltré d’une séroaté roug^tre, comme gélatineuse. La dure-mère est dans l’état naturd. Lecermau ^t ramolli ; mais on y reconnaît aisément les circonvolutions et les JÉfâctuosités ; les vaisseaux qui rampent à sa surface contiennent une çerfitoe quantité de sâng noir ; sa substance est rougeâtre à l’extérieur et d’un blanc grisâtre à rintérieur. Le cervelet, beaucoup plus ramolli que le ^ervqau, est d’un rouge plus foncé à l’extérieur et rosé à l’intérieur.

Le fhymus est légèrement ramolli et de couleur ordinaire. L’intérieur du larynx et de la trachée-artère est lisse, d’un rouge tirant légèrement sur le violet; à l’extérieur, ces parties sont d’un rouge moins foncé. Les ‘poumons crépitans, nullement emphysémateux, de couleur normale, plus légers que l’eau, paraissent être dans l’état naturel. Le cœur est plus mou et d’une couleur plus foncée qu’à l’état normal ; on trouve dans son ventricule droit du sang noir assez épais et en partie sous forme de petits grumeaux; le ventricule gauche en contient à peine. On ne découvre aucun liquide dans la cavité des plèvres. Le péricarde offre une couleur un peu plus foncée. Le dia~ phragme est violacé dans les parties qui correspondent au foie et à la rate; du reste, il n’est le siège d’aucune de ces granulations blanches dont j’ai fait mention dans l’expérience première (Foyez page 80i). La langue est à-peu-près dans l’état naturel, si ce n’est qu’elle est un peu ramollie ; le pharynx et l’oesophage sont rougeâtres; l’estomac, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, est lisse et d’un rouge livide clair; du reste, sa consistance est ordinaire, et il ne présente aucune tache verte, comme celui de l’expérience première (Foyez page 800), ni aucune trace d’emphysème. Les intestins seraient dans l’état' normal, s’ils n’avaient une teinte légèrement rosée qui annonce manifestement leur tendance à rougir ; il y a quelques matières fécales molles dans le colon et dans le rectum.

Le foie est d’un rouge foncé, livide par places et très ramolli ; on y reconnaît à peine sa structure granulée, et lorsqu’on gratte les parties incisées avec le scalpel, on enlève une bouillie d’un rouge brique foncé. La vésicule biliaire renferme un peu de bile, et n’offre rien de remarquable. La rate diffère peu de l’etat naturel. Les reins sont ramollis et en partie réduits en bouillie ; ils sont rouges, et on ne peut plus y reconnaître les substances qui les constituent; les calices seuls sont apparens. La vessie est vide, blanche à l’intérieur et légèrement rosée à sa face externe. L’utérus et les ovaires sont à l’état normal : on peut facilement reconneiître les parties génitales externes qui participent de la couleur Jaune abricot clair dont j’ai parlé.

EXPÉEIENCB 3«.

N***, enfant mâle, âgé de dix-huit jours, mort le 2 décembre 4829, fut mis dans un tas de fumier le 5 du même mois, à midi. L’ombilic était parfaitement cicatrisé, le ventre légèrement bleuâtre. La région postérieure du tronc offrait çà et là une couleiu' rosée. La peau de cette partie était ridée. Les oreilles, le nez et les lèvres étaient d’un rouge rosé, les pieds et les mains d’un violet clair. La partie interne des bras était rosée, et la paume des mains violacée. Le corps n’exhalait aucune odeur fétide.

Examen le février 4 830, soixante-dix-neuf jours après le commencement de l’expérience (4). Le cadavre est entier et exhale une assez laau-

(1) Depuis le a décembre jusqu’au 40 février, la température atmospliéi iqus a éié §i.

valse odeur ; il est difficile d’ealever plusieurs brins de fumier qui y sont adhérons, sans détacher l’épiderme dans les parties qui sont encore recouvertes de celui-ci. La teinte du corps est olivâtre à la face et à la tête, livide à la partie droite du thorax, blanchâtre à la partie inférieure de l’abdomen, tandis qu’elle est livide dans la moitié supérieure de cette région; les membres sont d’une couleur aurore, mêlée d’une teinte olivâtre à leur partie externe; car à leur face interne, ~surtout pour les bras, qui sont appliqués contre le tronc, ils sont presque pâles.

L’épiderme est détaché dans plusieurs endroits, et là où il existe, il s’enlève avec la plus grande facilité ; les parties qui en sont dépouillées sont la presque totalité de la face, tout le côté gauche du thorax, la portion susombilicale de l’abdomen, la presque totalité des membres abdominaux, la partie externe des membres thoraciques dans presque toute leur étendue, et la partie inférieure du dos. Cet épiderme est blanc, translucide, ridé, peu consistant. Dans quelques points, lorsqu’il recouvre des parties de peau fortement colorées, il paraît coloré lui-même, ce qui tient à la présence d’un enduit diversement coloré, dont le derme est recouvert ; cet enduit est poissewa; à la face et aux. parties des membres qui manquent d’épiderme ; il est liquide au thorax, et il offre en général la coloration des parties qu’il recouvre. Les ongles existent encore.

Le derme présente assez de consistance pour n’être pas déchiré par de fortes tractions opérées avec des pinces ; sa couleur très variée est en général la même que celle des diverses régions du corps que j’ai déjà fait connaître ; toutefois, il faut excepter la peau du crâne qui est d’un rouge cuivré, parsemée çà et là de petites taches vertes. La portion du' derme qui recouvre le côté gauche du thorax et la majeure partie de l’abdomen, est tapissée d’une multitude de petites granulations, comme sablonneuses, sorte d’incrustations calcaires, dures, réunies en quelques points par petites plaques de couleur blanche, mais paraissant diversement colorées, suivant la couleur de l’enduit avec lequel elles sont mêlées ; ces incrustations sont formées de phosphate de chaux.

Le tissu cellulaire sous-cutané; partout où il est graisseux, offre moins d’épaisseur que dans l’état naturel ; dans les autres parties il est à l’état normal. ,

Les muscles des membres supérieurs ont conservé leur aspect nature , seulement ils sont plus pâles et un peu moins consistons; ceux des membres inférieurs sont encore plus ramollis, plus pâles et infiltr s ; au thorax, ils sont rouges et infiltrés de sérosité sanguinolente ; à la partie inférieure de l’abdomen, ils sont d’un rouge pâle, taudis que supérieurement et à droite, dans la partie qui correspond au foie, ils sont très ramollis, d’un

presque toujours au-dessous de zéro, et souvent même à 8, 10, 12 et 14 degrés audessous : depuis le 10 jusqu^au 21 , on peut considérer la température moyenne comme ayant été de 4°-t-0'’.

rouge noir, et imprégnés d’un liquide de cette même couleur. Ceux du dos sont encore plus ramollis et plus infiltrés inférieurement, où ils sont couleur lie de vin ; à la partie supérieure du dos, leur teinte violacée est moins foncée, et quoique ramollis, ils sont moins infiltrés.

Les tenions et les nerfs paraissent être à l’état normal ; les cartilages offrent une couleur lie de vin claire, mais leur consistance est ordinaire. Les ligamens ne semblent pas avoir perdu non plus de leur consistance. Les os, excepté ceux du crâne, ne sont pas colorés, et semblent être à l’état naturel.

La tête est recouverte en entier d’épiderme et de cheveux qui adhèrent fortement. La face est tellement déformée, qu’il serait impossible de reconnaître l’individu ; elle est aplatie latéralement, et semble allongée par l’affaissement des parties molles qui recouvrent la mâchoire inférieure, laquelle est notablement abaissée. Les paupières, qui existent encore, sont parfaitement reconnaissables, et quelques cils y sont accolés. Les orbites paraissent vides au premier abord; mais on trouve dans leurs cavités les globes oculaires affaissés, entiers : on reconnaît dans ces organes les diverses membranes qui les constituent, mais les humeurs sont remplacées par une matière noire, poisseuse ; toutefois, on peut découvrir encore le cristallin très ramolli, déformé et noirâtre. Les muscles des globes oculaires sont distincts, de couleur de lie de vin et peu consistans. Le nez est déprimé sur ses parties latérales, en sorte qu’on n’aperçoit ses ouvertures qu’avec diffi-' culté ; du reste, il est entier. La bouche est fermée ; les lèvres sont flasques et pendantes de l’uu ou de l’autre côté, suivant que la tête est inclinée à droite ou à gauche, ce qui produit une déformation notable de la bouche ; ces lèvres sont encore assez résistantes pour ne pas se déchirer lorsqu’on soulève le cadavre à l’aide de pinces appliquées sur elles. La langue est entière, enfermée dans la bouche, ramollie, d’un vert olivâtre, et couverte d’une matière demi-fluide, d’un jaune sale. La membrane muqueuse de la bouche et le voile du palais sont olivâtres : à la partie postérieure du pharynx, on trouve des granulations semblables à celles dont j’ai déjà parlé. ,

Il n’existe entre les os du crâne et les parties mclms qui les recouvrent aucune trace d’infiltration ; les os sont en général colorés en rose mêlé de vert ; les commissures du crâne sont entières. Le cerveau, dont les circonvolutions sont très apparentes , remplit toute la cavité du crâne : il est de couleur lie devin à l’extérieur, grisâtre à l’intérieur, un peu ramolli ; cependant il ne coule pas facilement quand on incline la tête en bas. La duremère est d’un blanc légèrement rosé et très consistante. Le cervelet est d’un rouge beaucoup plus foncé et très ramolli, et n’offre plus de trace de substance grise ni d’organisation ; il est presque sous forme d’une bouillie homogène. La moelle épinière est ramollie et grisâtre ; la membrane qui l’enveloppe est aussi de cette couleur. Le larynx, la trachée-artère et les bronches sont d’un rouge livide à l’intérieur comme à l’extérieur ; mais leur

CODsisfcaace n’est guère diminuée. Les poumons sont de volume ordinaire, emphysémateux , très crépitans et de couleur rouge, si ce n’est en arrière et dans quelques autres points où l’on voit dés plaques noires; ils nagent sur l’eau et se déchirent très facilement ; leur texture ressemble assez à celle des poumons enflammés (t ). Le péricarde renferme un peu de sang noir fluide; il est imbibé par ce liquide ; cependant il est encore assez consistant : sa couleur est rouge lie de vin. Le cœur est flasque, facile à déchirer, de couleur lie de vin foncée, surtout à l’intérieur ; les ventricules renferment une certaine quantité de sang noir, en partie coagulé ; du reste , toutes les parties de cet organe sont distinctes. Les gros vaisseaux sont vides et colorés en violet, surtout à l’intérieur; leur consistance ne paraît que peu diminuée. Le diaphragme est vert bouteille inférieurehient ; en haut, dette teinte est moins prononcée, et tire un peü sur la couleur lié devin..

L’œsophage et l’estomac sont d’un rouge violacé à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce dernier viscère ne contient qu’une petite quantité d’un liquide épais et noirâtre; sa membrane muqueuse, en général, d’Uné tëiüte lie de vin foncée , offre dans plusieurs parties , notamment dans le grâftâ cul-de-sac, des taches intéressant à-la-fois lés trois membranes; mais o’eS. la membrane muqueuse qui présente la' coloration la plus foncée^ Quôiquè au premier abord cette couleur lie de vin puisse faire croire que i’estomâc est fortement enflammé, on ne voit pas d’injection vasculaire : du resté, les trois membranes existent et ne sont pas très ramollies^ Les intestins, d^une teinte beaucoup moins foncée, sont cependant rouges.

Le foie, très ramolli, conserve cependant sa formé ; il est d’un vért bouteille tellement foncé qu’il paraît noir j sa membrane externe sé détaché avec la plus grande facilité ; sa structure est méconnaissablej et On né peut guère y reconnaître que les orifices des vaisseaux sanguins. La raté est absolument dans le même état. Les reins sont parfaitement distincts, d’üii gris ardoise dans quelques points et rougeâtres dans d’autres ; leur înémbrane externe se sépare facilement : quand on lès incisé, on y reconnaît toutes les substances ,. quoique leur couleur soit beaucoup plus foncée et qu’ils présentent un ramollissement marqué. La vessie est vide, et ne participe pas à cette teinte rouge foncé qu’offrent les autres tissus membraneux; cependant elle est d’un gris légèrement rosé, surtout à l’extérieur. La verge est parfaitement reconnaissable , mais ramollie ; le scrotum est presque dans l’état naturel.

On ne voit point de vers sur le cadavre.

3BXPÉRIENCE 4s.

■ N. . . , enfant du sexe masciilin, âgé de seize jours, mort le 3 février 4 830, fut rnig Je surleudeipam dans un tas de fumier exposé à l’air. Voici l’état

(1) Peut-être çèt enfant avait-il succombé à une pneumonie^

extériear du corps au moment où il a été placé dans ce milieu : couléUi* générale d’un blanc très légèrement rosé, excepté au dos et aux fessés , où il existe quelques lividités cadavériques d’une nuance fort claire ; oinbilic èicatrisé.

Eœamm du cadavre h t avril \ 830 , cinquante-trois jours après lé commencement de l’expérience. Depuis le H février jusqu’au 4 avril , la température avait beaucoup varié ; te maximum avait été dè \ 0“ + Ù» pèiidant les derniers jours de février, et là moyenne, pendant lé mois de màm‘, de 8°,5 + 0° th. centig. Le cadavre paraît éntier ; sa surface est recoùvette de brins de fumier, dont quelques-ùns sont tellement adhérons , qu’il ést difficile de les séparer sans altérer les tissus ; on y voit aussi beaucoup dé vers. Coloration. Il est impossible d’indiquer une teinte générale , car on voit que les cuisses , les jambes et les avant-bras sont d’un rouge aüroré; que la partie antérieure du thorax et de l’abdomen offre la même couleur dans certains points , mais qu’elle est plus généralement d’ün blanc mât ou jaunâtre , que les parties latérales de ces deux régions sont d’Uü gri? verdâtre sale , excepté dans les portions sur lesquelles les Èias étaient appliqués, qui sont d’un blanc très légèrement rosé ; dans èés parfièS i qui évidemmént n’ont pas été en contact avec le fumier, il y a encore de l’épiderme. Le bras droit et le col sont d’un gris verdâtre sale; toute la partie droite de la face est d’un vert foncé et humide ; la partie gauche est aürOrë dans les deux tiers supérieurs , et verdâtre dans son tiers inférieur. Le crâne est tellement couvert de fumier, qü’on ne voit pas d’abord sa coulèur, qui est verdâtre. Le dos est moins humide que les autres parties dü corps; lorsqu’on gratte avec le scalpel et qu’on enlève et le fumier ët l’enduit jaunâtre qui le recouvrent, on voit qu’il est marbré de larges plaçîùés d’un rouge foncé , grenade , aurore , jaune , blanc jaunâtre èt vérdâtië. Dans plusieurs régions, notamment aux mains, aux jambes et âù front , îî existe des moisissures blanches, comme pointillées; vers le cOÙdé, ces moisissures affectent la forme de larges plaques.

Quoique j’aie dit que le cadavre paraissait entier, je ferai remarquer qiié dans certains endroits les tégumens sont détruits et offrent des corrosions, dont quelques-unes ont 3 centim. de longueur sur 4 6 à 20 noillimètres de large, et qui intéressent même les muscles; on en voit à la partie supérieure et latérale droite du thorax , dans les deux régions iliaques , â là partie supérieure et antérieure de là Cuisse droite , aux jambes' , au cou et au bras gauche ; il en existe encore d’autres beaucoup plus petités, disséminées sur diverses partiesdu corps.

Il n’y a d’épiderme que dans les points qui n’ont pàS été en contact avec'le fumier ; ainsi on en trouvé à la partie interne du bras droit, à la portion correspondante du thorax sur laquelle ce bras était appliqué , ét dans l’aine gauche, là où là cuisse était en cOntactavèc la région pxibiënné; il est blanc , translucide et facile â déchirér. Partout ailleurs, c’ést-à-difë dans les pàrtiés dépouillées d’êpidérme , il existé unénduit diffêrématent

coloré , qui leur donne un aspect humide et même gras dans quelques points ; cet enduit est liquide, plus ou moins épais ou même de consistance d’onguent ; il est un détritus évident de l’épiderme mêlé à une certaine quantité de gras de cadavre provenant de la décomposition destégumens; ce gras est surtout apparent à la partie antérieure de l’abdomen et du thorax, au bras et à l’avant-bras droits. Quand on a enlevé cet enduit en grattant avec le scalpel, on s’assure que la moitié environ de lapeaw de la partie antérieure du corps a été saponifiée ; celle qui reste est diversement colorée dans les différentes régions, et affecte partout les nuances indiquées à l’occasion de la coloration de la surface du cadavre; ces teintes sont surtout marquées au dos, où la peau est conservée en entier, si ce n’est un peu en haut, vers l’épaule gauche; du reste, cette peau, quoique amincie, résisté encore assez à la traction. Les ongles sont détachés ; quelques-uns cependant sont maintenus dans leur position par un mélange d’enduit graisseux et de fumier qui les accole en quelque sorte aux doigts et aux orteils; ils sont flexibles, élastiques, translucides, grisâtres et très faciles à déchirer. Les cheveux , très nombreux , sont entremêlés de l’enduit déjà indiqué et de fumier ; ils tiennent à peine aux tégumens.

Le tissu cellulaire sous-cutané est transformé en gras, excepté dans les partiesquiétaient couvertes par l’épiderme et au dos, et encore commencet-il déjà à se saponifier.

En général, les muscles sont d’un rouge foncé et ramollis; quelques-uns même sont -réduits en une bouillie rougeâtre ou verdâtre; là où j’ai dit exister des corrosions à la peau, le tissu musculaire est détruit. Au dos, les muscles sont violets, et beaucoup moins ramollis que ceux de la partie antérieure du corps qui n’étaient pas sous forme de bouillie. Les tendons et les aponévroses sont très faciles à déchirer et de couleur blanche. Lesnerfs sont rosés et même rouges dans certaines parties, et ramollis. Les Uga~ mens, également de couleur rosée, offrent encore beaucoup de résistance. Les cartilages sont couleur de betterave, et les os paraissent dans l’état naturel.

Tête. La face est méconnaissable ; le front, qui est encore presque entièrement couvert de peau est d’un rouge vineux par places et d’un rouge plus foncé dans d’autres portions. Les orbites, au premier abord, paraissent vides; cependant on trouve dans leur fond quelques débris des membranes des yeux, d’un rouge violacé, et dans lesquels il serait difficile de reconnaître autre chose que le tissu de la sclérotique et le nerf optique. Il n’y a à la place des paupières que des lambeaux minces de parties molles, encore humides, d’un rouge vineux et d’un rouge plus foncé par places. La peau du nez est en partie détruite, car il n’existe que la portion qui recouvre les os propres et l’apophyse montante de l’os maxillaire ; cette peau est d’un vert noirâtre ; du reste, les diverses pièces osseuses qui entrent dans la composition du nez et des fosses nasales ne sont plus articulées entre elles, et sont tombées pêle-mêle dans les cavités de ces fosses. La^oite gauche est près-

ijue entièremeut détruite, excepté dans la région de la pominetfe, où l'on voit une masse de gras de cadavre recouverte de petites lamelles de peau très amincie et facile à décliirer, de couleur rougeâtre sale mêlée de vert . La joue droite est mieux conservée, plus humide, et la transformation graisseuse n’y est pas aussi avancée ; on y trouve encore des débris dumasséter qui offre l’aspect des autres muscles. On n’aperçoit plus à la place des oreilles qu’une matière molle, moitié membraneuse, moitié grasse, dans laquelle il est impossible de reconnaître la forme de ces organes. Les os maxillaires sont presque entièrement désarticulés et de couleur olivâtre très foncée. La bouche est ouverte ; il ne reste à la place des lèvres que quelques petits lambeaux de parties molles, d’un vert noirâtre, peu humides. La voûte palatine est olivâtre. Le voile du palais est violacé et perforé vers la partie supérieure gauche. Les dents, qui à cet âge sont réduites en quelque sorte à la couronne, ne sont plus dans les alvéoles et sont tombées dans la bouche ; elles sont noires. La langue est détruite dans sa moitié gauche; la partie qui reste est très ramollie, d’un rouge violacé, surtout à l’intérieur de sa substance ; sa surface est enduite d’un fluide vert foncé qui au premier abord la fait paraître de cette couleur.

Le crâne est en partie dénudé ; les parties molles qui existent encore, surtout en arrière, sont fortement accolées à du fumier; elles sont brunes et formées par des restes de peau très amincie, sous laquelle on voit une grande quantité de vers blancs ; à gauche, on trouve, sous une membrane mince, jaunâtre, du tissu cellulaire transformé en gras. La dure-mère est d’un vert clair à l’extérieur, et d’un vert bleuâtre à sa face interne ; du reste, elle ne diffère pas beaucoup de l’état naturel. Le cerweau offre une teinte verdâtre à sa surface ; mais pour peu qu’on en enlève une légère couché, on voit qu’il est transformé en une bouillie rose sale dans les parties les plus superficielles, et lie de vin dans celles qui sont plus profondément situées; il est impossible de reconnaître ni circonvolutions, ni sillons, ni aucune des parties qui composent l’organe. La bouillie que l’on remarque à la place du cervelet est encore plus fluide et d’un rouge plus foncé que celle qui provient du cerveau.

Le larynx offre encore toutes les parties qui le composent ; sa membrane muqueuse est d’un rouge brun sale et comme incrustée çà et là de petites granulations ressemblant à des grains de sable : la tunique interne de la trachée-artère et des bronches paraît au premier abord d’un gris ardoisé verdâtre; mais en l’examinant de plus près, on voit qu’elle est violacée sur les cerceaux cartilagineux et d’un gris verdâtre entre eux ; elle est sensiblement ramollie. Les poumons sont assez volumineux, très emphysémateux, crépitans et nagent sur l’eau, même avant d’être séparés du cœur, et après avoir été fortement comprimés sous ce liquide ; ils sont d’un rouge foncé par places et d’un rouge plus clair dans d’autres ; en général, ils sont d’un vert bouteille à la face interne; ils ne contiennent point de sang; on peut encore assez bien reconnaître leur structure, quoiqu’ils soient notable-

ment ramollis. LepM’carde contient une petite quantité d’un liquidé vm-dâtre; il est d’un vert foncé tirant sur l’ardoise, et il a pm-du de sâ conêiétance. Le cœur est très mou,' d’un vert tirant aussi sur l’ardoise dans toute sa partie droite, surtout en arrière, et d’un violet foncé en avant et à gauche ; il conserve sa forme, et renferme dans le ventricule droit un peu de liquide sanguinolent, assez fluide; le ventricule gauche est à-peu-près vidé; l’intérieur des cavités de cet organe est d’un rouge brun à droite et d’un violet foncé à gauche ; du reste, on distingue encore parfaitement les colonnés charnues, les valvules, l’orifice interauriculaire, etc. Les artères né contiennent point de sang, mais bien un liquide roussâtre ; leur tunique interne est de couleur aurore. LeS veines sont amincies, translucides, et couvertes d’une légère couche d’une matière rosée. Le diaphragme est coloré en vert tirant sur l’ardoise, surtout dans la partie qui recouvre le foie; il est ramolli ; mais on y distingue très bien les fibres musculaires et le centre téndineüx, quoique celui-ci soit d’une couleur gris ardoisé, êt n'offré par conséquent pas la différence de coülëür, par rapport aux fibres musculairés, ^’on remarque dans l’état Ordinaire.

JJgesophage est d’un rppge violet à l’extérienr, d’un rouge vineux à l’intérieur ; il est mou et fqcile à déchirer. U estomac est vide et très ramolli ; il est d’un vert foncé tirant sur l’ardoise dans sa partie antérieure correspondante au foie ; partout ailleurs, en ayant, H est d’un rouge vineux; sa face postérieure et externe est d’un bleu clair dans le voisinage de la rate, et d’un jaune rose dans le reste de son étendue. Il est emphysémateux; càr, dans plusieurs points, la membrane séreuse est soulevée par des gaz, de manière à former des bulles assez grosses. La tunique muqueuse est êntièrement couverte d’un enduit ardoise foncé sale, assez fluide, qui, étant enlevé, la laisse apercevoir colorée exactement de la même manière qu’à l’extérieur, c’est-à-dire que les plaques d’ün vert foncé, d uri rouge vineux, d’un bleu clair et d’un jaune rosé, correspondent aux parties externes ainsi colorées : du reste, cette membrane muqueuse est lisse et moins villeuse que dans l’état naturel. Le canal intestinal est jaunâtre, légèrement rosé à l’extérieur, excepté dans les portions du colon qui avoisinent le foie, et qui sont couleur d’ardoise foncée ; ces deux premières couleurs passent promptement au rose et même au rouge par l’âction de l’air. Leur surface interne contient des matières fécales ramolliés et sous forme d’un enduit jaunâtre, qui communique cette teinte à la membrane muqueuse sous-jacente. Les parois des intestins sont sensiblement ramollies.

Le foie est d’un vert tirant sur l’ardoise; il a beaucoup perdu de sa consistance; lorsqu’on l’incise, on y remarque encore bien l’orifice de certains vaisseaux ; mais on ne voit plus l’aspect granulé qu’offre cet organe dans l’état normal. La rate est encore plus ramollie ; sa couleur est la même que celle du foie à l’extérieur ; intérieurement elle est presque noire. Les mna, d’un gris foncé, sont très mous aussi ; il est difficile de reconnaître les diffé-

rentes substances qui ies composent ; on y distin^e bien lêS càlicès. Là vessie aune légère teinte rosée.

Organes génitaux. Les parties génitales externes sont parfaitement reconnaissables, et, à l’exception des grandes lèvres qui ont été en partie détruites, on les trouve entières. Ces grandes lèvres sont rosées intérieurement et d’un gris verdâtre à l’extérieur; les nymphes et le clitoris sont d’un rouge violacé et mous. L’utérus est aussi un peu moins consistât qq’à l’état normal et d’un violet clair.

Le 22 juillet h 829, à midi, on enfonça dans un tas de fumier le cadavre é’une petite fille âgée de quatre jours, morte la veille. Le corps était déco-^ loré, à l’exception de quelques taches bleuâtres, semblables à des ecchyr moses, que l’on remarquait aux membres et au côté droit de la fiête, JLes yeux étaient fermés, la bouche ouverte ; le cordon ombilical n’était pas encore tombé. La grande lèvre du côté droit offrait une incision âssëz profonde. La tête était couverte de cheveux courts et noîrS-

Le lendemain à huit heures du matin, la portion du fumier qui entourait le cadavre était à la température de 45°+ 0? th. eentigr., tandis qu’à l’air le même thermomètre marquait seulement 26'’. Ep enlevant les copches df fumier pour chercher le corps, il se dégageait une fumée assez épaisse. Le cadavre était entier, et sans autre trace de coloration que celle qdë j’âi indiquée ; l’épiderme était déjà détaché dans quelques parties > ét s’enlevait avec la plus grande facilité dans les autres. La peau était coinme cuite et facile à déchirer ; celle qui recouvre la partie antérieure du ceü s’était en effet déchirée par le simple renversement de jp tête en arrière, qui avait eu lieu lorsqu’on avait sorti le cadavre en le prenant par les pieds ; les muscles de la partie antérieure du cou avaient également été déchirés. Le cadavre fut replacé de suite dans le fumier.

Le jour suivant (24 juillet), à midi, la température était de 29° th; eeiitigr., et celle du fumier qui entourait le corps, de 46°. La putréfaction était tellement avancée, que lorsqu’on dierchait à sortir le cadavre, on l’epte-vaitpar morceaux ; les os étaient désarticulés ; ceuy du crâne, séparés les uns des autres, laissaient voir la masse cérébrale encore entière, d’un rouge clair, teinte que présentaient aussi les diffèrens lambeaux de chair que Ton pouvait extraire, excepté toutefois dans la partie de ces lamfeëatrx qui était formée par la peau : celle-ci, en effet, était jaune, tirant dans quelques points seulement sur le rose. La consistance de ces lambeaux était celle de la viande xuite et ramollie; Podeur aussi ressemblait beaucoup à celle de cette viande, si ce n’est qu’elle était tm peu fétide. On ne découvrait plus que des débris d’organes.

Le cadavre d’un autre enfant âgé de six jours, et mort la veille, ayant été mis au centre.d’un tas de fumier pe 7 août A 829, en fut retiré le l O. II

fut impossible de l’avoir autrement que par lambeaux ; les parties moilec étaient comme la chair des jeunes animaux que l’on a fait cuire.

RÉSUMÉ

DES CHANGEMENS QU’ePROUVENT LES CADAVRES PLACÉS DANS LE FUMIER.

Epiderme. Il commence par se rider et se plisser, puis se soulève, se détache, et tombe sans qu’on puisse dire quelles sont les portions du cadavre qui se dépouillent d’abord, ni indiquer rien de constant dans la marche de celte chute. Assez généralement il devient mince, et conserve sa translucidité et sa blancheur ; cependant, lorsqu’il recouvre les parties de peau fortement colorées, il paraît coloré lui-même en jaune, en aurore, en vert, en ardoise, et même en noir, ce qui tient souvent à la présence d’un enduit de nuance différente et plus ou moins poisseux dont le derme est recouvert. Il arrive aussi que, chez le même sujet, les parties qui n’ont pas été en contact immédiat avec le fumier, comme les paumes des mains, lorsque celles-ci sont restées fermées, sont pourvues d’épiderme blanc et presque dans l’état naturel ; tandis que parmi les autres, quelques-unes offrent leur épiderme diversement coloré et sensiblement altéré. Plus tard, partout où ce tissu n’existe plus, on trouve à sa place un enduit de couleur variée, qui leur donne un aspect humide et même gras dans quelques points ; cet enduit est liquide, plus ou moins épais, ou même de consistance d’onguent ; il est un détritus évident de l’épiderme, mêlé à une certaine quantité de gras de cadavre provenant de la décomposition des tégumens. J’ajouterai que même de très bonne heure on remarque sur plusieurs parties de l’épiderme des moisissures blanchâtres, d’un blanc grisâtre, etc.

Ongles et cheveux. Les ongles ne s’altèrent pas d’abord ; quelque temps après ils deviennent flexibles, plus élastiques, grisâtres et faciles à déchirer; plus tard ils se détachent et tombent, à moins qu’après avoir été séparés ils ne soient maintenus par un enduit graisseux mélangé de fumier, qui les accole en

quelque sorie aux doigts. Les cheveux na subisseui aucun changement, mais ils finissent par adhérer à peine aux tégumens.

Peau. La peau se colore d’abord en jaune abricot, puis en rose très clair; quelque temps après elle affecte diverses nuances: ainsi dans quelques points elle est enduite d’une matière graisseuse de couleur jaune d’ochre ou brunâtre ; dans d’autres, elle est colorée par une couche humide d’un vert bistre, qui paraît devoir son origine aux liquides qui ont filtré à travers le fumier. Plus tard, ces diverses teintes se foncent davantage ; les membres deviennent d’un rose orangé, puis aurore, sinon dans toute leur étendue,' du moins dans beaucoup d’endroits ; et s’il est vrai que l’on retrouve aussi ces teintes çà et là dans quelques autres parties du corps, c’est particulièrement dans les membres qu’on les observe. Assez souvent le derme de la tête acquiert une couleur rouge foncé, marbrée de taches vertes. Enfin il est assez ordinaire de voir la peau du cou, du thorax, et surtout celle de l’abdomen, finir par se colorer en vert bouteille , en ardoise, ou en bleu plus foncé ou plus clair : tantôt cette coloration affecte la forme de larges plaques ; tantôt elle est circonscrite, non uniforme, et comme marbrée de petites taches entremêlées quelquefois de blanc ou de gris. J’ai vu une fois la peau du dos offrant évidemment l’ensemble de plaques d’un rouge foncé, de couleur grenade, aurore, jaune, blanc jaunâtre et verdâtre. Je ne quitterai pas ce qui se rapporte à la coloration de la peau, sans fixer l’attention du lecteur sur cette teinte aurore de la peau qui se produit dans le fumier, et que je n’ai jamais remarquée lorsque les cadavres se pourrissaient dans tout autre milieu.

La consistance du derme ne commence à diminuer qu’au bout d’un certain temps ; il s’amincit d’abord, puis se détruit, et donne naissance à des corrosions de 3 ou de plusieurs centim. de longueur, qui ressemblent assez à celles que l’on observe lorsque les corps se sont pourris dans l’eau ou dans les fosses d’aisances. Si la température de l’atmosphère est très élevée pendant que le corps séjourne dans le fumier, il suffit de deux ou trois jours pour que le derme soit réduit en lambeaux, qui ont la consistance et l’odeur de la viande cuite.

Il existe quelquefois sur certaines parties de peau déjà dépouil-

iée d*épiderme de petites granulations comme sablonneuses, sorte d’incrustations formées de phosphate de chaux, dures, réunies eu quelques points par de petites plaques de couleur blanche, mais paraissant diversement colorées, suivant la couleur de l’enduit avec lequel elles sont mêlées. Enfin le derme, tout en se corrodant dans certains points , finit par se saponifier dans d’autres.

Tissu, cellulaire sous-cutanê. Ce tissu , partout où il n’est pas très lâche, n’éprouve pas d’altération sensible pendant les premières semaines ; là où il offre beaucoup de laxité, il se laisse assez promptement imbiber quelquefois d’une sérosité rougeâtre; plus tard il se saponifie.

Muscles. Ils commencent par perdre de leur consistance ; leur couleur varie beaucoup dans les premiers temps : plus pâles qu’à l’ordinaire dans certaines régions, ils sont rouges et infiltrés de sérosité sanguinolente dans d’autres. Plus tard, on les trouve plus ramollis, plus infiltrés, de couleur lie de vin, et même d’un rouge noir, surtout dans la partie qui correspond au foie. Enfin ils se réduisent en une bouillie rougeâtre ou verdâtre, et se détruisent complètement dans les parties où j’ai dit que la peau était corrodée.

Tendons. Le tissu tendineux se ramollit peu-à-peu, sans perdre ses caractères extérieurs. Les ligamens sont encore résistans au bout d’un temps fort long ; quelquefois ils acquièrent une couleur rosée. Les cartilages se colorent en rouge betterave, et se ramollissent lentement. Les os ne paraissent pas subir d’altération dans les deux ou trois premiers mois.

Système nerveux. Le cerveau commence par se ramollir; il devient rouge ou lie de vin extérieurement, tandis qu’il est grisâtre ou rosé à l’intérieur ; plus tard sa surface extérieure est verdâtre, et l’intérieur est sous forme d’une bouillie rose sale dans les couches les plus superficielles, et lie de vin dans celles qui sont plus profondément situées. Le cervelet suit exactement la même marche dans sa décomposition ; mais il se colore et se ramollit plus vite que le cerveau. La dure^mtère devient d’abord d’un blanc rosé, puis d’un vert clair ou d’un vert bleuâtre ; sa consistance tarde beaucoup à être diminuée. La moelle épinière

se ramollit, acquiert une couleur grise, et subit les mêmes cbangemens que le cerveau. Les nerfs n’éprouvent d’abord aucune altération ; au bout de plusieurs semaines, ils deviennent rosés d’abord, puis rouges, et se ramollissent de plus en plus.

Organes de la circulation et de la respiration. Le cœui* perd notablement de sa consistance dès les premiers temps ; sa couleur se fonce au point qu’elle finit par être d’un vert tirant sur l’ardoise, ou d’un violet noirâtre à l’extérieur, tandis qu’elle est d’un rouge brun à l’intérieur j déjà à cette époque le ramoblissement a fait de grands progrès ; mais on peut encore reconnaître les colonnes charnues, les valvules, etc. Il n’est pas rare, au bout de deux mois, de trouver du sang fluide ou coagulé dans l’intérieur des ventricules et des oreillettes. Le péricarde^ dont la consistance diminue journellement, rougit d’abord, et contient quelquefois un liquide sanguinolent ; plus tard il acquiert souvent une couleur vert foncé tirant sur l’ardoise, et alors le liquide qu’il peut renfermer est de cette même couleur. Les vaisseaux sanguins acquièrent une couleur aurore, rosée ou rouge, surtout à l’intérieur; ils se ramollissent comme tous les autres tissus.

Le lofrynx, la trachée-artère et les bronches ne tardent pas à rougir et à passer même au violet. A une époque déjà très avancée, la membrane muqueuse paraît quelquefois, au premier abord, d’un gris ardoisé verdâtre ; mais en l’examinant de plus près, on voit qu’elle est violacée sur les cerceaux cartilagineux, et d’un gris verdâtre entre eux ; dans un cas. Je l’ai vue comme incrustée çà et là de petites granulations ressemblant à des grains de sable. Quoique ramollis , les organes dont je parle forment encore un tout dont les diverses parties se tiennent. Les poumons se ramollissent , acquièrent une couleur plus foncée, et deviennent emphysémateux. Dans mes expériences , je ne les ai jamais vus assez altérés pour que leur structure fût méconnaissable ; ils ont aussi constamment nagé sur l’eau, même après avoir été fortement comprimés , ce qui n’a pas eu lieu chez les sujets laissés dans une fosse d’aisances à-peu-près pendant lé même espace de temps. En général , nous les avons trouvés , M. Lesueur et moi, contenant fort peu de sang; et une fois la

face inférieure du lobe droit inférieur offrait quelques granula^ lions blanchâtres, comme sablonneuses.

Le diaphragme , rougeâtre et même violacé dans les premiers temps , finit par devenir ardoisé ou vert bouteille; ces teintes sont surtout bien marquées à la face inférieure et aux parties qui correspondent au foie et à la rate. Il se ramollit de plus en plus, mais on peut encore distinguer assez tard les fibres aponévrotiques du centre tendineux, des portions musculaires. Dans un cas, j’ai vu la portion hépatique de cet organe recouverte d’une quantité de ces granulations blanches , dures , comme sablonneuses, dont j’ai déjà parlé tant de fois.

Organes de la digestîori. La bouche se conserve long-temps entière; cependant il arrive une époque (^voy. Expérience 4% p. 809) où les lèvres sont réduites à quelques petits lambeaux de parties molles d’un vert noirâtre. La membrane muqueuse rougit de plus en plus et devient violacée ou olivâtre ; je l’ai vue une fois détruite à la voûte palatine. Le voile du palais , ses piliers, les amygdales et le pharynx offrent aussi les mêmes teintes et un grand degré de ramollissement ; dans un cas, le voile du palais était perforé , et dans un autre le pharynx était le siège de granulations dures. La langue, de plus en plus molle , finit par se détruire au point qu’on n’en trouve que les deux tiers,, la moitié, etc.; elle acqqiert au bout d’un certain temps une couleur olivâtre, surtout à sa surface, car souvent alors l’intérieur est d’un rouge violacé.

L’œsophage ne tarde pas à se colorer en rouge et même en lie de vin ; cette nuance est encore plus marquée à l’extérieur et dans la membrane musculeuse , que dans la tunique muqueuse, qui du reste conserve son aspect lisse et est rarement emphysémateuse. Le ramollissement atteint cet organe aussi bien que les autres.

Estomac. Ce viscère n’a presque jamais été trouvé rouge dans toute son étendue; à la vérité, dans les premiers temps, il offre une teinte jaune orangée , qui finit par devenir rouge et même lie de vin ; mais alors il est rare qu’on ne déçouvi’e pas çà et là, notamment dans le grand cul-de-sac et vers le pÿlore, une ou plusieurs taches ou plaques d’un vert bouteille ou noirâtre : cette

SUéf&fîdti hiiëï^êSse lôüs les tissus du vîscèfê, êt èdt éfidèùimmt cadavérique^ puisqu’on ne vok mille part la moindre trace d’arbofisatîon ou d’injection vasculaire. Plus tard, les parties de cet organe qui correspondent au foie et à la rate, sont couleur d’afdoise bleue claire, verdâtres ou noirâtres à l’extérieur comme à rinlérieur, tandis que les autres portions sont d’un jaune rosé ou d’un rouge vineux ; quelquefois alors la tunique muqueuse paraît offrir une couleur ardoise uniforme ; mais cela tient à la présence d’un fluide épais qui la recouvre, car lorsqu’on l’enlève, on aperçoit les diverses nuances que j’ai indiquées. Le ramollissement fait tous les jours de nouveaux progrès ; enfin l’organe devient emphysémateux , et les tuniques muqueuse et séreuse sont soulevées par des gaz, de manière à former des bulles quelquefois assez grosses.

Les intestins ont une tendance manifeste à rougir et à se colorer comme l’estomac; mais c’est avec beaucoup plus de lenteur.

Le foie ne tarde pas à perdre de sa consistance ; il devient d’abord livide, surtout à sa face supérieure, et il est difficile, même d’assez bonne heure, de reconnaître sa structure granulée ; lorsqu’on le gratte avec un scalpel, après l’avoir incisé, on enlève une bouillie d’un rouge brique foncé. Plus tard il açquiert une couleur vert bouteille ou ardoise tellement foncée , qu’il paraît noir ; à cette époque , on peut encore distinguer dans son intérieur l’orifice de certains vaisseaux sanguins, mais sa structure est méconnaissable. La vésicule biliaire reste long-temps sans s’altérer, si ce n’est qu’elle devient rougeâtre. La rate est bientôt d’un vert bouteille ardoisé, et très facile à déchirer; lorsqu’on la comprime, elle fournit un liquide épais, paraissant noir quand il est en masse, et bistre foncé lorsqu’on l’étend. 'Le pancre’as n’est pas le dernier organe à se ramollir ; il devient d’abord grisâtre , puis rougeâtre.

Organes u^'inaires et génitaux. Les reins perdent peu-àpeu leur consistance , et finissent par se réduire en bouillie ; ils deviennent rougeâtres dans certains points et d’un gris ardoise dans d’auti*es; leur structure ne tarde pas à être méconnaissable. Lix vessie acquiert une couleur rosée, surtout à l’extérieur;

mais je ne l’ai jamais vue aussi rouge que les autres tissus membraneux ; elle se ramollit comme les autres organes.

"Les parties génitales externes se colorent différemment dans les premiers temps; tantôt d’un jaune abricot clair, .tantôf, rougeâtres, elles deviennent plus tard d’un gris verdâtre en dehors et violacées dans toutes les parties recouvertes par la membrane muqueuse. L’utérus, les vésicules séminales et les testicules, acquièrent aussi une couleur violette , et se ramollissent comme toutes les. autres parties.

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