DE LA MORT
Avant d entrer dans l’élude spéciale des deux signes que nous avons déclaré indiquer la mort avec certitude , nous devons consacrer quelques moments à un
autre phénomène, dont l’absence, avonsnous dit, peut aussi compter pour un signe de la mort définitive, la tonicité musculaire. Ce n’est qu’après la cessation de cette faculté que commence la raideur cadavérique , comme la putréfaction ne s’établit qu’après la cessation de la rigidité. Nysten et Bichat adressèrent à l’Institut un mémoire sur la tonicité musculaire qu’ils avaient observée immédiatement après la mort. Ce fut Hallé qui fit le rapport sur ce mémoire. Voici un résumé qui en est extrait. Les expérimentateurs ont parcouru les divers organes à diverses distances de la mort. Ilso^it aussi tenu compte de l’influence particulière des maladies auxquelles cette mort était due. Sur sept suppliciés qui avaient eu la tête tranchée, ils ont observé les moyennes suivantes :
Le ventricule gauche conserve sa contractilité peu de temps.
Les intestins etl’estomac . 45 minut.
L’œsophage. . 1 h. et 1/2.
L’iris 1 b. et 3/4. N
Puis viennent pour Ja persistance de la contractilité , les muscles du tronc , ceux des membres abdominaux, ceux des membres thoraciques et l’oreillette droite du cœur. Celle-ci est la dernière partie qui perd sa contractilité.
Pour l’influence des maladies, les expérimentateurs ont observé quarante cadavres , et voici le résultat qu’ils ont obtenu :
Dans la péritonite, la contractilité persiste 2 h. 45 m.
Phthisie , cancer, de 3 à G h.
Hémorrhagie, blessures, 9 h.
Apoplexie, 12 b.
Fièvres graves, de 10 à 15 h.
Pneumonies, de 12 à 15 h.
Anévrysmes du cœur, 5, 15, 20, 27 h.
Ces dernières évaluations nous paraissent un peu exagérées , car il est bien rare que la rigidité cadavérique ne soit pas établie au bout de IG heures, et alors la contractilité a cessé. Si l’on tient à constater la contractilité dans un cas où la rigidité n’a pas encore paru , on met à nu par une incision une certaine étendue de tissu musculaire, puis on essaie sur ce tissu l’effet d’excitants mécaniques, tels que la titillation par un corps dur, sa piqûre ou son pincement; on peut recourir aux excitants chimiques , tels que quelques gouttes d’acide minéral ; si l’on a à, su disposition une batterie vol-
LÉGALE
laïque, on peut en diriger les conducteurs sur le muscle. Les ménagements que l’on est obligé de garder pour l’éventualité de la persistance de la vie, empêchent de rendre celte expérience aussi complète , et de lui voir produire les résultats étonnants que les Anglais ont obtenus en agissant à la fois et sur les muscles et sur les nerfs qui s’y distribuent. Le 4 novembre 1818,1e docteur Ure fit des expériences sur le cadavre d'un supplicié, avec une pile de 240 plaques ayant chacune 4 pouces quarrés. En portant les conducteurs de la hanche au talon , le genou étant préalablement fléchi, la jambe s’étendit avec tant de force qu’elle renversa presqu’à terre un des assistants qui la retenait pour s’opposer à l’extension. Le conducteur fut ensuite appliqué aux nerfs phréniques du cou : soudain commence une respiration laborieuse, la poitrine se dilate et se resserre alternativement. Le ventre s’affaissait et devenait saillant en suivant les mouvements du diaphragme. Sans la complète évacuation du sang, les artères auraient donné des pulsations. A la troisième expérience, le nerf sus-orbitaire fut louché, et les muscles de la face s’agitèrent avec des convulsions horribles. Ce spectacle était hideux ; plusieurs spectateurs s’enfuirent, l’un d’eux s’évanouit. A la quatrième expérience , le conducteur placé de la moelle épinière au nerf cubital , fit soudain remuer les doigts, et le mouvement du bras fut si grand, que le cadavre semblait menacer les spectateurs.
Plusieurs croyaient qu’il allait renaître à la vie. Le docteur Ure paraît croire que cela eut pu arriver, si dans les expériences on n’eût point coupé les vaisseaux sanguins du cou et déchiré la moelle épinière.
Dans l’asphyxie causée par certains gaz, le carbone, l'hydrogène sulfuré et l’ammoniaque, la contractilité musculaire disparaît fort promptement après la mort. Nous allons maintenant étudier la rigidité cadavérique. Ce fut Louis qui appela le premier l’attention sur ce fait, en 1770. Il avait observé plus de cinq cents cadavres. PVysten et Bichat ont obtenu les mêmes résultats. Il a semblé à Bichat que la rigidité ne se manifestait pas toujours. Nysten a répondu que sans doute Bichat n’avait pas assez attendu pour la trouver. Elle s’établit quelquefois fort tard , comme par exemple dans l’asphyxie par le charbon ; mais aussi elle persiste alors jusqu’à six ou sept jours.
TONICITE MUSCULAIRE ,
Elle est aisée à reconnaître : elle convertit le cadavre en un bloc tout d’une pièce ; pris par la tète, il s’enlève connue une planche. Il est bien facile de prouver que le siège de celte raideur est dans les muscles. En coupant sur une articulation tous les ligaments et respectant les tendons des muscles, la rigidité de cette articulation continue; elle cesse en faisant l’expérience inverse. Selon Nysten la rigidité est due à un reste de contraction vitale. Il y a une certaine activité dans cet état, puisque le corps du muscle est gonflé : la peau étant amincie et collée sur les chairs, la saillie musculaire parait plus dessinée. La rigidité s’empare des muscles dans le dernier état où ces muscles se sont trouvés pendant la vie; ainsi la mort arrive-t-elle pendant le sommeil, les membres se raidissent dans Ja demi-flexion ; dans l’ivresse, ils offrent cette attitude abandonnée propre aux ivrognes. Comme ce sont des muscles qui donnent à la physionomie son expression particulière, la rigidité cadavérique immobilise sur la figure l’expression des derniers sentiments qui ont animé l’individu. On le voit d’une façon frappante sur la tète des guillotinés; l'un offre encore le type du courage féroce, l’autre de l’insouciance brutale ; le plus souvent la terreur a brisé le ressort de l’àme aux derniers moments, et celle terreur est imprimée sur les traits. Selon Nysten la rigidité ne se développe qu’après la cessation de Ja chaleur. Louis ifcie ce fait et s’appuie sur une habitude des infirmiers de la Salpêtrière. Dès qu un individu est mort dans cet hôpital, les infirmiers sc bâtent de lui ôter ses vêlements. Ils ont remarqué que lorsqu ou attend quelques moments, on a do la peine a les déshabiller, parce que les membres sont déjà raidis. Nysten eontiedil leur assertion dans la manière dont il prétend que la rigidité s’établit. Il la lait commencer au cou, puis au tronc, puis aux jambes et enfin aux bras; or, les bras exposés à l’air Je plus souvent sont refroidis les premiers, «•s devraient donc être aussi Jes premiers raubs. La durée de la rigidité est variable entre une demi-heure et plusieurs jours, la moyenne est d’environ 1 K ou 24 li euros. Les circonstances extérieures la modifient; ainsi la chaleur, qui bâte la putréfaction, rend la rigidité moins du- '•able ; c’est ce qu’on observe dans l’été, '-'sphyxic par le charbon la fait durer lort long-temps, jusqu’à sept jours. Le