RAIDEUR CADAVÉRIQUE , ETC
milieu où se trouve le corps a beaucoup d’influence; dans l’eau elle dure plus que dans lu terre, dans celle-ci plus que dans l’air, plus dans l’eau froide que dans l’eau tiède, plus dans un terrain glaiseux et humide que dans une terre sèche, plus dans une atmosphère sèche que dans un air humide. Elle dure d’autant plus long-temps qu’elie s’est développée plus tard; ccci est une preuve k l’appui de l’opinion qui la regarde comme un phénomène dû à un reste de vie; la chaleur et la contractilité qui ia précèdent ont été plus tenaces lorsqu’elle est arrivée tard, et ces facultés sont évidemment un appendice des fonctions vitales.
En général il est bien rare que IG heures se passent après la mort sans que la rigidité cadavérique ait commencé. Quelques
personnes ont craint que chez des vieillards
ou des individus épuisés par de longues souffrances, la rigidité ne se manifestât point : le peu de force indispensable à sou
accomplissement étant lui-même usé. Mais
Louis a fait ses expériences sur des vieillards, puisque c’était à la Salpêtrière, et la rigidité s’est toujours manifestée. Pour la constater on prend un membre, ou le tronc, et l’vn essaye de fléchir une des articulations : une résistance assez forte est offerte. On en peut triompher avec un certain effort. Une fois vaincue, l’articulation est définitivement assouplie V.’S* en, cela fIue ,la rigidité cadavérique différé de la rigidité tétanique, les muscles contractés par le tétanos reviennent sur eux-mêmes dès que la force qui les allongeait cesse d’agir. La congélation ne peut être prise pour la rigidité qu’a examen superficiel. La peau des membres que 1 on saisit a un toucher particulièrement dur; ensuite l’effort qui tend à fléchir une articulation amène un bruit comparable a celui de l’étain qu’on pluie • ce bruit lient au brisement des petits cristaux de glace qui sc sont formés dans les mailles du tissu cellulaire. L’incision par le scalpel peut aisément les trouver sous la peau; on les sent qui résistent et ébreclient le tranchant de 1’inslrumcnf.
La putréfaction est la résolution des lis sus organiques dans leurs matériaux priinitiis. Mais nous appellerons spécialement de ce nom une coloration verdâtre bleuâtre ou brunâtre de la peau des cadavres. C’est à l’alxlomen qu'elle paraît d aboi il dans les cadavres exposés à l’airdans ceux qui sont dans l’eau, c'est à U région slernale. Celle coloration s’accompagne de la flaccidité de la peau et
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d’une odeur infecte et putride. ]YI. Orfda a nié que la putréfaction fût un signe certain de mort, il n’a pas cilé de faits bien explicites et bien irrécusables à l’appui du paradoxe. D’autres auteurs ont craint que les taches scorbutiques ne fussent confondues avec celles de la putréfaction. L’odeur putride manque à ces taches; ensuite la position du point putréfié est essentielle. Le doute ne peut exister que lorsque la décomposition ne fait que commencer, et alors à l’endroit où nous avons dit qu’on l’apercevait, la tache putride s’irradie en nuances qui vont en diminuant par degrés insensibles. L’ecchymose avec laquelle on a craint aussi de voir confondre la tache putride, peut se reconnaître par l’incision : l’instrument arrive à un amas de sang épanche.
L’apparition de la putréfaction est variable; il y a des maladies, la péritonite par exemple, où elle se manifeste quelques heures après la mort; dans d’autres elle se fait long-temps attendre. Si on voulait toujours ne procéder à l’inhumation qu’après l’établissement de la putréfaction, on s’exposerait à conserver plusieurs jours et plusieurs semaines les cadavres dans les maisons. Cettcprécaution, nécessaire dans les cas rares où l’on a quelques raisons de croire à une mort apparente, aurait de grands inconvénients dans les cas ordinaires qui sont les plus fréquents. Avant l’apparition des biches putrides, un commencement de décomposition universelle a lieu. Les personnes qui ont un odorat fin le signalent bientôt; ces miasmes seraient fort dangereux pour les habitants vivants de la maison où ils s’exhaleraient. Pour terminer ce que nous devions dire des signes de la mort réelle, nous devons ajouter la mention de quelques pratiques recommandées comme moyens certains de constater cet état. Nous avons déjà parlé de l’apposition d’une glace sur la bouche pour voir si la surface n’en est pas ternie par la respiration. On a recommandé aussi d’approcher du nez, eide la bouche quand elle est ouverte, des corps légers, la flamme d’une bougie, pour voir si le mouvement de l’air expiré ne les agite pas. Winslow plaçait sur la dernière côte un verre plein d’eau ; l’eau se versant devait indiquer un mouvement de la poitrine. Nous avons dit que la respiration était entièrement suspendue dans beaucoup de maladies qui simulaient la mort. Lanc'si, pour interroger la sensibilité, a proposé de cautériser la plante des pieds.
LÉGALE
Le moyen est inutile sur un cadavre; il serait dangereux sur un vivant. On a proposé divers excitants , les lavements de tabac, le sel sur la langue. Foubert a poussé la préoccupation jusqu’à vouloir ouvrir la poitrine pour stimuler le cœur mis à nu. La sollicitude de tous ces auteurs repose sur des faits authentiques de mort apparente par suite d’apoplexie, d’épilepsie, de catalepsie, d’hystérie, de lypothimie. Amatus Lusitanus en raconte un dans lequel l’obstination des parents à ne pas se séparer du corps de leur enfant que l’on croyait mort, fut récompensée par le retour à la vie de cet objet de leur amour. On connaît la fin malheureuse de l’abbé Prévôt, qui, frappé d’apoplexie dans la forêt de Chantilly, eut le ventre ouvert par un chirurgien envoyé par la police pour examiner ce que l’on prenait pour un cadavre. Prévôt, réveillé par la souffrance, ne reprit un moment la vie que pour avoir l’horrible certitude qu’il allait Ja perdre par suite de la blessure que lui avait faite l’ignorant chirurgien. Rigaudeau de Douai, appelé pour constater le décès d’une femme qui avait succombé à une hémorrhagie utérine pendant un accouchement, termina l’accouchement que la mort était censé avoir suspendu, amena la naissance d’un enfant qui vécut et rappela même à la vie la mère. Par malheur l’hémorrhagie l’avait si profondément épuisée , qu’elle demeura sourde , aveugle, muette et paralysée.
Maintenant/nous sommes en mesure de répondre a une question que la justice fait très-souvent : depuis combien de temps tel individu dont on représente le cadavre est-il mort? Nous distinguons quatre périodes depuis la cessation de la vie jusqu’à l’établissement de la putréfaction. — lre période. Le cadavre est encore chaud, les muscles souples. — 2°. La rigidité existe, la chaleur peut persister, mais le plus souvent elle est éteinte ; la peau ne conserve pas l’empreinte du doigt qui tend à la déprimer. — 3e. Cadavre froid, muscles souples, parties molles ne conservant pas encore l’empreinte du doigt. — 4e. Empreinte conservée, putréfaction établie. Dans la première période il est impossible de constater la mort. Dans la seconde et la troisième, la rigidité et l’absence de tonicité musculaire sont des preuves certaines de mort; dans la quatrième la certitude est encore plus grande. 11 est bien rare que le médecin ne soit pas appelé plusieurs heures après le décès. Qu’il se