‹ Traité de médecine légaleChapitre 12 sur 167 · HISTOIRE HE LA · texte numérisé non relu

HISTOIRE HE LA

souvienne que la première période dure environ seize heures, la deuxième de dix heures à un jour, la troisième de trois à huit jours. En appliquant ces notions à l’état qu’il aura constate, il devra tenir compte des modifications qu’impriment à ces durées les circonstances extérieures, la température de l’air, le milieu oii était le cadavre, les couvertures, la maladie qui a causé la mort. Ce que nous avons dit sur tous ces points peut l’aider à établir des approximations satisfaisantes.

CJIAP. V. — HISTOIRE DE LA PUTREFACTION.

Quand l’époque de la mort qu’il s’agit de déterminer remonte à plus de trois jours, la solution du problème n’est possible qu’en appréciant le degré de la putréfaction. L’histoire de ce phénomène est mal connue; les faits capables de la construire sont éparpillés dans divers ouvrages où nous tacherons de les poursuixrc. Ce fut le chancelier Bacon qui le premier appela l’attention des médecins vers cette étude. Baker fut un des premiers à répondre à l’appel ; Bergmann, Berlholet, Battmann, John Manners, Gendry, M. Orfila et M. Devergie ont successivement repris ce travail en sous-œuvre: les nouveaux travaux devront porter plus spécialement sur la putréfaction qui s’opère dans la terre ; c’est cellelà qui est encore la plus mal connue. La première condition pour que la putréfaction s’opère , c’est la cessation de la vie. Elle peut survenir sur le membre d’un individu vivant ; mais ce membre, ou la portion de membre qui se putréfie, a préalablement cessé de vivre non pas seulement de la vie animale, mais même de la vie organique. La deuxième condition est le contact de l’air. La possibilité de la putréfaction dans le vide a été soutenue par John Manncrs, par Heitius et par Gendry. Le premier de ces auteurs ayant fait pénétrer son doigt piqué et saignant dans la cloche d’un appareil mercuriel, observa les phases que subit ce sang, qui par sa légèreté gagna le haut de la cloche. L’appareil étant maintenu à une chaleur de là à 20 degiés, le sang commença par se coaguler, puis devint fluide, puis il brunit et donna des bulles de gaz. On a objecté contre les conclusions decettc expérience, quela cloche remplie de mercure pouvait ne pas être entièrement privée de bulles d’air. L’air adhère assez au vase pour que le mercure ne l’en chasse pas lou-

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jours exactement. Quoi qu’il en soit , il est hors de doute que le concours de l’air hâte singulièrement la putréfaction. Mais l’air est un composé multiple. Voyons parmi ses éléments l’influence particulière de chacun. Nous commencerons par l'oxygène. Batmann exposa de ht chair musculaire dans une cloche pleine d’oxygène ; la couleur de ces muscles s’aviva d’abord, leur substance se ramollit, puis elle brunit, verdit et se londit en putrilage. Si on fait arriver de l’azote au moment où la putréfaction, commence, on hâte beaucoup ses progrès. L’action de l’azote n’a peut-être d’autre effet que d’éloigner les molécules de l’oxygcne et conséquemment de donner plus de liberté à la réaction et à l’action qui constituent la décomposition, ii peu près comme le phosphore brûle bien plus vite dans l’oxygène auquel est mêlé de l’azote ou de l’hydrogène. L’effet du mélange de l’azote à l’oxygène prouve et explique l’action de l’air atmosphérique. Dans l’acide carbonique la putréfaction ne se fait pas ; au contraire cet acide s’y oppose. Quant au calorique, il y a deux extrêmes également opposés a la putréfaction, le froid glacial d’une part , de l’autre le chaud à 100 degrés. Dans le premier cas il y a congélation , et l’on sai t qu’au pôle le cadavre de grands animaux a été conservé gelé des siècles entiers. Dans le second cas il y a évaporation des liquides, de l’eau surtout qui, nous le verrons, est favorable à la putréfaction. De plus, il y a coagulation de l’albumine et cuisson de la fibrine. Les conditions de calorique capables de bâter le plus la décomposition putride , sont entre 1 8 et 25 degrés. La lumière aurait, selon Lefeburc, une action accélérante sur la putréfaclion ; il exposa des fragments de matière cérébrale dans deux vases diversement exposés, et crut apercevoir que celui qui était exposé à la lumière se décomposait le premier. Gendry a nié la légitimité de la conclusion en affirmant que la portion de cerveau exposée dans le vase éclairé devait être un peu plus avancée en décomposition que l’autre; cela peut arriver aux fragments pris dans le même crâne, à des régions de diverses profondeurs. L’électricité, telle qu’elle est dans l’air, active la putréfaction. Lorsqu’elle s’accumule pendant les orages, on voit le lait, les huîtres, le poisson, le bouillon se décomposer rapidement.

11 y a cependant une certaine condition

d’électricité qui peut s’opposer à la putréfaction, c est celle qu’a déterminée Hartmann , en plaçant un morceau de chair sur une plaque de zinc. Au bout d’un certain temps, la plaque et la chair se trouvèrent électrisées, l’une négativement , l’autre positivement. L’eau en vapeur, telle qu’elle se trouve dans un air humide, aide beaucoup la décomposition putride. Est-ce par son action dissolvante Non pas précisément, puisqu’alors l’eau abondante aurait un effet encore plus actif, et nous verrons que dans l’eau la putréfaction marche moins vile que dans l’air. Mais il en est sans doute de l’eau comme de l’oxygène; divisée par l’air, elle agit plus spécifiquement et plus vite qu’en masse homogène, et une lois la couche extérieure décomposée , la décomposition qui se propage par une sorte de contagion aux couches inférieures encore saines, va plus vite en emportant à la couche putréfiée l’humidité dont la putréfaction a besoin. Peut-être n’agit-elle que mécaniquement en entamant la couche supérieure , la dissolvant et exposant à l’air les couches plus profondes. Dans l’eau, l’amincissement et la, dissolution de cette couche superficielle ne mettent pas les autres en contact avec l’air. C’est l’influence de l’air qui retarde la décomposition dans l’eau. 11 y a des gaz sans influence sur la décomposition putride , tels sont l’azote , l’hydrogène , l’hydrogène carboné. Il y a des gaz qui retardent la putréfaction , tel est l’acide carbonique ; enfin , cette faculté se trouve à un plus haut degré dans le chlore, le deutoxyde d’azote et l’acide sulfureux. Le chlore se combine avec la matière animale; le gaz nitreux absorbe l’oxygène l’alcide sulfureux s'empare de l'eau. Ainsi les conditions les plus favorables à la putréfaction sont l’air ordinaire , avec de l’humidité , une certaine quantité de fluide électrique et une température variable entre 18 et 25.

Aussi l’air de l’été après la pluie, avec quelques brouillards et des orages, est la plus favorable à la décomposition putride. Dans l’eau, celle-ci va moins vite que dans l’air ; dans l’eau courante, moins vite que dans l’eau stagnante , dans le liquide des fosses d’aisance , moins vite que dans l’eau stagnante; dans la terre, moins vile encore que dans le liquide là. La putréfaction est plus lente dans la terre sablonneuse, moins dans l’argileuse, moins encore dans la terre végétale. Un peu d’humidité ajoutée à la terre hâte la

LÉGALE

putréfaction , beaucoup d'humidité la ralentit; la sécheresse a le même effet à un degré plus marqué. Dans un terrain très-chaud, les cadavres se momifient , ils se congèlent dans un terrain dont la température est au-dessous de zéro. Une autre circonstance qui influe sur la putrélaction est la distance oii est placé le cadavre de l’air extérieur. Cet élément est indispensable à son accomplissement, et dès-lors, plus le cadavre sera enterré profondément, moins il sera en contact avec l’air , moins vite il se décomposera. La pulrctaclion développe des gaz; les uns ne sont ni acides, ni alcalins, tels sont l’hydrogène carboné et l’hydrogène phosphore ; des gaz alcalins, tels que l’ammoniaque; enfin des gaz acides, tels que l’acide hydro-sulfurique, carbonique; des acides liquides , tels que l’acide acétique et nitrique. Mais presque toujours ces divers produits ont réagi les uns sur les autres en se formant, et ce sont des composés mixtes qu’on obtient quand on veut les étudier. Ainsi l’ammoniaque a rencontré l’acide bydro-sulfurique et formé dcl’hydro-sulfale d’ammoniaque; le même alcide s’est uni'd’aulres fois à l’acide carbonique. Il en est de même des acides liquides. La production de l’hydrogène carboné est parfois assez considérable pour que ce gaz brûle à la sortie des corps. On a vu sur les noyés qui étaient très-avancés en décompositions , une piqûre faite au bas-ventre ou aux autres régions trèsgonflées , donner lieu à un jet de gaz qui s’enflammait par l’approche d’une lumière et brûlait avec une lueur bleuâtre. Un des produits de la putréfaction est le gras de cadavre que l’on nommait autrefois adipocirc. Selon M.

Chevreuil, ce gras est composé de margarate de chaux et d’eléate d’ammouiaque et de chaux. Le plus souvent la base ammoniacale domine dans cctlc espèce de savon ; la chaux n’arrive, selon toute apparence, que par l’eau dans laquelle le cadavre aurait séjourné. La putréfaction à une époque plus reculée produit une espèce de cambouis brun, puis un terreau gras et noir , puis enfin de la poussière. Selon Fourcroy, il faut six ans pour détruire toutes les matières animales non osseuses; les os seraient détruits au bout de 12 ans. Mais évidemment, il y a des squelettes qui durent bien plus longtemps que cela. On en a trouvé, lors de la translation du cimetière des Innocents, qui remontaientau moins à trente années; Fourcroy lui -même a pu le constater.

PUTREFACTION DANS l’jGAU ET DANS LA TERRE. 23

Avant que la putréfaction s’empare d’un cadavre , ou voit une lividité particulière en occuper la portion dccli\e. il est cou clic sur le dos t leçon , les épaules et toute la portion inférieure postérieure des membres offrira une couleur rougeâtre qui résulte de la stase du sang maintenant livré à son poids. Parfois celte coloration disparait comme subitement au moment où la putréfaction commence; alors les chairs offrent une mollesse extrême. Nous avons déjà décrit dans la leçon précédente le point premier putrifié et la manière dont la tache livide gagne de proche en proche les parties voisines. Après s’être étendue sur la poitrine , la teinte verdâtre gagne la face , puis le cou, ensuite les cuisses, les épaules, les jambes, les bras, les avant-bras et les mains. Jusnu’ici il ne s’est pas encore développé de gaz : le corps conserve la forme qu’il avait au moment de la mort. Une autre période commence pendant laquelle la face brunit , les parties molles s’affaissent, le nez se déprime , les gaz se développent dans le tissu cellulaire souscutané, les membres se bouffissent, le volume du corps augmente ; les gaz se forment aussi dans les organes creux. Dans l’estomac, ils chassent les liquides et les matières alimentaires vers la bouche, d’où on la voit alors découler; dans les bronches et cellules pulmonaires , ils repoussent vers la glotte les mucosités; ils font sortir parla bouche l’écume qui se trouve dans la poitrine des noyés. Développés dans le cœur, les gaz chassent le sang dans les petits vaisseaux, d’où il transsude dans les cavités séreuses et y forme des épanchements séreux sanguinolents. Le sang poussé dans les veines superficielles les dessine avec une couleur et une saillie inaccoutumées. Le tissu cellulaire est rougi ; il en est de même de tous les tissus blancs, et spécialement de ceux du tube intestinal. La muqueuse gastro-entérique offre alors une coloration rouge que l’on peut aisément prendre et que sans doute on a pris mainte fois pour la trace d’une violente phlcgtnasic. Tous les noyés off’rent cette particularité à un liant degré, a cette période de la putréfaction. A cette époque, il sc forme sur Ja peau des phlyctènes , et quand l’épi— dci me s est rompu, il s’écoule par les pures une sîinie l)run«ilre. Un écoulénien sanieux se fait à plus forte raison par les ouvertures naturelles. Ce n’est l,as seulement dans les grandes cavités du ventre et delà poitrine qu’il se déve-

loppe des gaz, il s’en forme dans la boite osseuse du crâne, en assez grande quantité , non-seulement pour distendre la dure-mère , mais encore pour pousser la matière cérébrale dans les sinus et les veines jugulaires, ce qui par parenthèse a été pris pour du pus formé dans l’intérieur de ces vaisseaux par suite de phlébites. Le cadavre répand une odeur insupportable évidemment ammoniacale ; un peu plus tard , cetlc odeur disparaît pour faire place à une moins pénétrante et moins désagréable, qucl’ona par comparaison sans doute nommée ambrosiaque. Après la couleur verte, se manifeste une couleur brune ; il est rare que celle-ci ait le temps d’envahir tout le corps , le ramollissement et les crevasses de la peau en ont détruit l’enveloppe ; c’est alors q.u’on voit se former de grandes ouvertures à l’abdomen , aux aines et aux clavicules. La matière animale , sc ramollissant davantage , forme une bouillie brune qui persiste sur la colonne vertébrale à la région occupée par le tube intestinal. Celle série de décompositions est appelée par Baker circulas exlcrni modus avec juste raison , puisque les matériaux dégagés vont reformer d’autres organes vivants dans les végétaux, puis dans les animaux. Cela sc fait surtout immédiatement, quand le terreau résultant de la putréfaction d’un cadavre sert d’engrais aux plantes potagères. Nous avons déjà dit que la conservation des os est variable ; quand ils sont à l'abri du mouvement, ils peuvent se conserver des siècles entiers.

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