CADAVRES
Lorsqu’il existe un cadavre que l’autorité veut faire visiter, le médecin peut être appelé pour deux espèces de fonctions : la première s’appelle levée du cadavre, la seconde ouverture du cadavre. Ces opérations sont une applicalion de l’article 81 du code civil et des articles 43 et 4i du code d’instruction
criminelle. Il existe en outre une ordonnance du préfet de police, spécialement consacrée à la levée des cadavres qui renouvelle plus en détail les dispositions de l’art. 81 du code civil, mai; qui, au lieu de défendre l’inhumation prescrit un second examen par des médecins assermentés , dans le cas où b médecin qui aurait fait la levée aurai trouvé «les traces de mort violente oi éprouvé des soupçons. Il existe de pim nnc instruction du procureur du roi de lu ocinc, où on lit page 5G, § 5, à l'occasion des vérifications médico-légales, « ib douent avant tout ( les hommes del’art s’expliquer sur l’état extérieur du cadavre. En gcnéial, et su ut les cas d’urgence ils ne doivent pas dans le premier moment être autorisés à en faire l'ouverture. Eclte opération importante peut et duii
toujours être retardée jusqu’au moment où le procès-verbal m’est remis, et où je puis soit la prescrire, soit permettre l’inhumation , selon les circonstances. » Voici maintenant comment on procède à la levée d’un cadavre : il est sur la voie publique ou dans une maison ; dans le premier cas, le médecin est appelé par le commissaire de police. Deux questions se présentent, l’individu esl-il réellement mort, et quel est son genre de mort. Nous avons déjà donné les moyens de répondre à la première de ces questions. La seconde question ne peut être satisfaite sans l’ouverture , alors surtout qu’il n’existe à l’extérieur aucune trace de violences. Dans ce cas il faut bien se défier de l’habitude banale de prononcer le mot d’apoplexie foudroyante. Cette maladie est fort rare malgré le témoignage contraire des statistiques; un médecin qui a deux ans de suite ouvert tous les cadavres qu’on portait à lu Morgue , n’y a point constaté deux cas ; ce qui cause plus ordinairement la mort dans les rues, c’est l’ivresse surprise par le froid , l’apoplexie pulmonaire qui peut être occasionnée par le froid ou par la colère. M. Cruveilbier, dans son traité d’anatomie pathologique, a décrit plusieurs cas de congestions pulmonaires.
L’hématémèse est encore une cause fréquente de mort subite ; enfin , ce qui est bien triste pour la sollicitude de nos philantropes, on ne peut douter que la faim ne fasse périr tous les ans dans les rues un certain nombre de malheureux. Si l’on ne trouve au-dehors rien qui puisse guider vers l’explication de la mort, il faut dire dans son procès-verbal que l’on ne peut déterminer la cause de la mort sans procéder à l’ouverture. Il ne faut pas prendre celte conclusion sans avoir observé attentivement les ouvertures naturelles; une fois on a trouvé dans la bouche une désorganisation avec trace île brûlure et de charbonncmcnt , une balle était logée dans la base du crâne. L’individu s’élait tiré un coup de pistolet dans la bouche. L’arme avait disparu d’auprès île son corps, et la bouche s’élait refermée convulsivement pendant la courte agonie.
Quand on est appelé auprès d’un noyé, il faut voir d’abord s'il ne resterait pas trace de vie, auquel cas il faudrait aduiinislrer des secours. Le commissaire de police demande toujours si l’individu s’est jeté à l'eau, ou bien s’il y a été jeté après une lutte contre un étranger. Cela impose l’obligation de rechercher avec
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soin loulc t face de violence extérieure. S’il aperçoit des contusions, il devra les examiner attentivement. Pendant le séjour des cadavres dans l’eau, il peut apparaître quelque chose qui leur ressemble beaucoup. Il ne prendra pas pour des contusions les lividités cadavériques, et les taches de putréfaction. Au moindre doute il faut demander l’autopsie. On ne peut reconnaître péremptoirement une ecchymose ou contusion qu’en incisant la peau. Nous verrons en parlant des plaies que l’ecchymose est composée d’une infiltration de sang- dans le tissu cellulaire et dans la propre substance du derme. Appelé auprès d’un individu soupçonné de s’être asphyxié par le charbon , le médecin décrira l’état de la chambre, notera la quantité de charbon qu’on aura trouvé , soit sur le fourneau, soit en provision, l’état des ouvertures de la chambre, si elles étaient calfeutrées ou non; l’apparence du corps, la coloration des parties antérieures et supérieures de la face, de la poitrine; il regardera s’il y a de l’écume à la bouche. Dans le cas où la mort est due à la strangulation ou pendaison, le médecin a besoin de beaucoup de sagacité pour décider si elle a été volontaire ou violente. Il a souvent de la peine à persuader que la pendaison soit possible dans un local où le plafond est peu élevé au-dessus du plancher. On croit communément qu’il faut plus que la longueur du corps posé verticalement pour que la suspension puisse faire cesser la vie , l’expérience dément souvent cette idée. Beaucoup d’individus se sont pendus dans un violon ou petite prison basse d’un corps-degarde, en attachant leur mouchoir aux barreaux d’une fenêtre élevée à peine de trois ou quatre pieds.
A la Charité, un homme s’est pendu dans son lit, assis, en se passant au cou la corde qui sert aux malades à se remettre sur leur séant. Le médecin devra constater dans son procès-verbal la disposition des lieux, la position du cadavre, décrire les nœuds, les tours que la corde faisait autour du cou, la nature du lien , sa largeur. Après l’avoir ôté , il observera sa trace, sa profondeur. Il examinera surtout si les traces du cou correspondent exactement au lien qu’il en enlève, si ces traces en sont l'empreinte exacte, ou si au contraire, à part la trace de lien actuel , il aperçoit trace d’autres liens. Ceci amènerait à penser que le corps était déjà étranglé avant d’avoir
LÉGALE
été suspendu. Il faut observer le linge ou vêlements en contact avec les parties génitales du mort. Des taches de sperme seraient une preuve que la strangulation ou suspension a été faite pendant la vie. Il faut aussi faire attention à l’état de la langue , à la position des doigts, à l’expression de la face , et se souvenir que tous les tableaux hideux qu’on a tracés des physionomies des pendus sont des romans imaginés au temps où le supplice de la corde était pratiqué. Les individus pendus par le bourreau offraient réellement une expression de souffrance et d’horreur. Mais chez les pendus volontaires la figure est calme. Si le cadavre qu’on est chargé de lever porte des blessures, on les décrit sans les toucher, ni les sonder. Si l’on est appelé pour lever le cadavre d’un enfant, on examine toujours s’il est mort ou non , s’il est bien ou mal conformé, s’il était viable ou non ; on décrit son sexe , son poids , sa mesure ; on regarde à quel point correspond le milieu du corps , en se souvenant qu’au moment de la naissance ce point moyen est à quelques lignes, 6 ou G, au-dessus du nombril; on mesure la tête, on constate l’état des ongles, de la peau; offre-t-elle ou non l’enduit sébacé de l’enfant qui vient de naître? on décrit l’état de l’ombilic , du cordon , sa longueur, sa ligature, sa chute, son arrachement, sa suppuration inflammatoire , etc. Passons maintenant aux règles relatives à l’ouverture des corps. On commence dans son procès-verbal d’ouverture , par relater les faits observés à la levée du cadavre, soit qu’on les ait recueillis soi-même , soit qu’ils aient été vus par autrui ; pour rapporter ce qu’on a trouvé dans la tête, il faut procéder à l’ouverture de la manière suivante : on enlève en calotte le cuir chevelu par une incision circulaire, ou bien on le détache à quatre lambeaux par une incision cruciale de nez en occiput et d’orcille en oreille; puis on scie verticalement sa boîte osseuse. On ne se sert du marteau qu’à défaut de scie , à cause des ébranlements que le choc du marteau peut occasionner dans la moelle cérébrale. On lciul la dure-mère le long des sinus en ménageant la faux du cerveau ; on observe la coloration , l’injection, la consistance , puis on fait des coupes successives, minces et qu’on enlève à mesure jusqu’à la tente du Cervelet. Si on a intérêt à enlever le cerveau, on le place dans la calotte du crâne qu’on a séparé