DE L’ACIDE SULFURIQUE
dit que pour les poisons irritants, la sensibilité était plus à consulter que le volume de l’animal. L’expérience est venue confirmer cette règle. Un homme qui avait pris deux gros de teinture d’iode a éprouvé tous les symptômes de l’empoisonnement. D’après la manière dont est faite la teinture d’iode avec l’hydriodate de potasse, deux gros de teinture ne contenaient que douze grains du sel. Quand une dose capable d’empoisonner a été prise par un animal, les symptômes sont tout-à-fait semblables a ceux de l’iode : nausées, vomissements, convulsions légères, prostration des forces, mort. A l’autopsie, l’estomac est contracté , la muqueuse offre un plissement considérable avec des stries noires, prononcéés comme dans le cas d’empoisonnement par l’acide sulfurique. Ou aperçoit une arborisation vasculaire consi-
dérable ; au-dessous, des ecchymoses. Çà et là se montre un état emphysémateux : on reconnaît des ampoules pleines de gaz et d’un liquide qui est du sang. Si l’iodure est avec excès d’iode, les ulcérations offrent la coiffeur jaune particulière à celle que détermine l’iode luimême. Le traitement consiste à provoquer le vomissement , puis à administrer les adoucissants , les antiphlogistiques aiguisés de quelques nervins. Comme 1 acétate de morphine mêlé avec l’hydriodate de potasse forme un composé inerte, on a conseillé l’acétate comme un contre-poison. Mais nous avons déjà expliqué pourquoi les combinaisons chimiques sont si difficiles et si rares dans l’estomac : donner l’acétate de morphine serait aussi dangereux dans ce cas que donner les sulfures alcalins contre l’arsenic , selon le précepte de M. Navicr.
Le contre-poison est lui-même un poison violent. Nous rappelons ici que l’hydriodate de potasse passe dans les urines au bout d’un certain temps; aussi fautil recueillir l’urine et la verser en ou- "vrant le cadavre d’un individu qui aurait succombé à un empoisonnement par ce sel. L’hydriodate du commerce offre
?CHiff^anfS,difffrentes’ Parce flu’il est a differents degrés de saturation d’iode:
Oiiand V C ? anC ’ de rou£e , de jaune.
Quand lest sursaturé, il colore l’amidon en bleu comme l’iode; lorsqu’il est
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CHAP. x. — DF. L’ACIDE SULFURIQUE.
Cet acide pur se présente sous lorme
d un liquide incolore, inodore, et d’une consistance oléagineuse ; il est doué d’une saveur aigre très-forte et d’une pesanteur spécifique de 1,85. Une longue exposition à l’air, quoique dans un flacon bien bouché, le colore en un brun qui peut aller jusqu’au noir de jai. Ce phénomène tient à l’affinité de l’acide pour les matières végétales ou animales qui llottent dans l’air, et dont il met à nu le carbone. Le même effet peut être obtenu immédiatement sur des fragments de matière ligneuse qu’on trempe dans l’acide ; quelques instants de séjour suffisent pour les noircir. L’acide sulfurique rougit très-fortement le papier coloré par le tournesol ; tous les acides minéraux ont la même propriété; les acides végétaux ou faibles font virer le papier au rose, et non au rouge vif. Mêlé au charbon dans une fiole et chauffe , il dégage des vapeurs blanches qui sont de l’acide sulfureux mêlées d’une portion d’acide carbonique ; ces vapeurs ont l’odeur piquante du soufre qui brûle. Le charbon a décomposé l’acide sulfurique, s’est emparé d’une portion de son oxygène , est passé à l’état de gaz acide carbonique et a transformé l’acide sulfurique en gaz acide sulfureux. Si l’on verse l’acide sulfurique dans la dissolution d’un sel de baryte, il se forme un précipité blanc. Plusieurs autres acides peuvent former le même précipité : tels sont les acides nitrique et phosphorique. Mais le nitrate de baryte se dissout dans une certaine quantité d'eau; lui -même et le phosphate se dissolvent dans un excès d’acicle nitrique; le sulfate ne présente pointées mêmes caractères. Pour s’assurer davantage de sa nature , il faut en extraire du soufre : pour cela, on dessèche le précipité obtenu sur un filtre, on le mêle avec du charbon en poudre , et on le fait calciner dans un creuset pendant une demi-heure. On couvre le creuset en le retirant , on le laisse refroidir , puis on ajoute de l’eau ; on filtre , et l’on obtient une liqueur colorée en jaune ou incolore, mais exhalant une odeur d’œufs pourris qui appartient au sulfure de baryte. Lu ajoutant au liquide quelques gouttes d’acide hydrochlorique , le soufre se précipite en une poudre blanche, jaunâtre, que l’on peut séparer, et qui* bi nlcc, oilic tous les caractères du soufre en meme temps, l’acide hydrochlorique s est uni a la baryte. L’acide sulfurique mêlé à l’eau produit une élévation de tempéra turc subite, température qui
est de 84° èénti gracie en mêlant parties égales «l’eau et d'acide, et qui va jusqu’à 105° si on met deux tiers d’acide et un tiers d’eau. Comme il faut une certaine quantité d’acide pour cette expérience, il est rare qu’on la fasse dans l’analyse relative à l’empoisonnement par l’acide sulfurique; je ne la trouve dans aucun des deux rapports de M. Barruel, insérés dans les Annales d’hygiène et de médecine légale d’avril l S 33 et octobre 1830- Quant aux autres caractères, le dégagement d’acide sulfureux par le mélange avec le charbon est le plus significatif ; le précipité dans l’eau de baryte insoluble est commun à l’acide sulfurique et aux sulfates ; l’alun pourrait sous ce rapport être pris pour l’acide sulfurique, mais il précipite par le sulfate d’ammoniaque.
L’acide sulfurique du commerce est le plus souvent impur ; il n’est pas débarrassé complètement de l’acide sulfureux.
Aussi exhale-t-il l’odeur de soufre; souvent aussi il contient du sulfate de plomb ou de potasse. Dans ce cas , il donne un précipité quand on le mêle a l’eau ; ce précipité qui est du sulfate de plomb, se manifeste au bout d'un temps assez long. Comme la plupart des caractères de 1 acide sulfurique se retrouvent dans les sulfates, et particulièrement dans le sulfate acide des métaux des quatre dernières classes, nous allons donner ici un procédé par lequel on pourra les distinguer avec sûreté. On commence par constater la réaction acide avec le papier de tournesol , puis on sépare la liqueur en deux parties, que l’on traite, l’une par la potasse, l’autre par l’ammoniaque : les sels métalliques se précipitent. On sépare ce précipité ,, on prend le reste de la liqueur, et on évapore sans crainte de perdre l’acide ; il ne se volatilise qu’à 360 degrés. Quand on a concentré la liqueur , on ajoute du charbon, et on met le tout dans une cornue munie d’un tube qui plonge dans une dissolution de potasse caustique ; on chauffe fortement. L acule sulfureux et un peu d’acide sulfurique se dégagent; il se forme un sulfate et un sulfite de potasse. Si c’était à de 1 acule qu’on avait à faire , rien n’en reste dans la cornue ; si au contraire c ôtait a ( es oxydes métalliques, ils sont mêles au charbon. Pour s’assurer que l’acide est ce qui a saturé la potasse, on traite celle-ci parla baryte, et il se forme (lu sulfate et du sulfite de baryte insolubles. Pour étudier les métaux qui sont mêlés au charbon, on les fait bouillir dans l’eau régale,
LÉGALE
on évapore à siccité, on dissout dans l’eau le sel formé, qui est un hydrochlorate ; la base peut être reconnue par d’autres épreuves. Nous allons maintenant nous occuper des phénomènes produits par l’acide sulfurique quand il est mêlé aux liqueurs végétales : avec toutes, il développe de la chaleur; avec l’alcool la chaleur est si forte que le vaisseau en peut être éclaté ; l’alcool et l’éther ne changent pas de couleur par ce mélange. La couleur du vin est avivée si le liquide est remué ; si l’acide est mêlé doucement, il gagne le fond, où il forme une couche noirâtre. La même chose arrive avec le vinaigre , le cidre et la bière ; en contact avec les liquides animaux , d’antres effets ont lieu. Un peu d’acide sulfurique mêlé au lait le coagule ; une plus grande quantité reprend le coagulum et le dissout ; le lait est alors beaucoup plus liquide que dans son état naturel. Mêlé à la hile en petite quantité , l’acide sulfurique la rend jaune-serin ; une plus forte proportion la rend orange. Quelques Cocons verts sont mêlés au précipité , car d’ailleurs, se retrouve dans les propriétés de tous les acides et dans les empoisonments qu’ils occasionnent, la teinte jaune, orange ou x'erle de la bile si remarquée dans le tube intestinal. L’acide sulfurique coagule l’albumine, la gélatine ne subit pas de changement. Toutefois, une quantité considérable d’acide mêlé à toutes ces matières animales met toujours à nu une proportion visible de charbon.
Voyons maintenant l’effet sur les matières solides. Quelques-unes se charbonnent instantanément , d’autres résistent comme le sucre , les vêtements, les étoffes noires ou blanches, prennent une couleur rouge , celles qui sont vert-foncé ou marron deviennent jaunes ; leur tissu se ramollit, se réduit en bouillie, subit une véritable désorganisation. De plus, l’affinité de l’acide pour l’humidité de l’air maintient l’endroit qu’il a touché dans une moiteur constante; si l’acide est étendu quand il agit sur les solides vivants , il peut faire des taches blanches au lieu des taches noires que faii l’acide concentré ; c'est ceqn’on yoitau> lèvres, à la langue, dans l’ empoisonnement par cet acide, quel que soit sou état S’il est concentré, sa force est rapidement affaiblie par l’afflux de la salive e de la mucosité buccale ; dans l’estomac au contraire, où le liquide peut manquer, et o ii d’ailleurs il séjourne davan tage, le charbonuement s’opère ave