INTRODUCTION' , HISTOIRE DE I.A MEDECINE LEGALE
pays so servirent , dans les enquêtes criminelles . des odieuses et absuides épreuves de l’eau , du leu , de la cruentiilion des cadavres, de la torture. Les provinces dès long-temps régies par le droit écrit échappèrent à cette triste réforme. Partout les cas de médecine légale qui louchaient par quelques points au* dogmes religieux et aux commandements de l’église, furent réservés à la décision des officialités ou tribunaux composés de moines. Les traditions du code de Justinien se conservèrent donc dans
les couvents qui étaient, dans ces siècles, les seuls refuges où un peu de science se fût conservée. Les études directes de médecine faisaient partiedesobjels donts occupaient ces religieux. Plus tard même, on craignit que celte étude et la pratique de la médecine ne devinssent pour eux
des distractions dangereuses, et plusieurs conciles du douzième siècle, celui de Rhcims en 1131, celui de Lalran en 1139, celui de Montpellier en 11G2, celui de Tours en 1 1 G 3 ; deux conciles du treizième
siècle, celui de Paris en 1212 , celui de Latran en 1215, défendirent aux moines et aux religieux l’étude des lois et de la médecine, et surtout la pratique de cette dernière.Le manque d’écoles et le manque de sujets pour former des médecins laies empêchèrent l’exécution de ces défenses, et les médecins clercs se perpétuèrent jusque vers la fin du quinzième siècle, où le cardinal d’Estoutevillc, chargé par les rois Charles A 111 cl Louis Xi 1 de la réforme de l’université , permit aux médecins de se marier. Tous ne profitèrent pas de cette liberté , car quelques corporations religieuses, étudiant et exerçant la médecine, se sontpropagées jusqu’à la révolution de 89 , et il y avait encore à celte époque des bénéfices et des canonicats dans plusieurs chapitres qui ne pouvaient être occupés que par des gradués en médecine.
Inactivité progressive qui avait abandonné le monde chrétien à la dissolution de l’empire d’Occident, s’était transportée aux confins de l’Asie et deà* Afrique. Les Arabes, lancés par Mahomet, avaient formé , sous les califes scs successeurs , un empire puissant dont les Conquêtes s’irradiaient simultanément de tous les cotés. L’ardeur artiste , le zèle pour la science, s’étaient comme toujours réveillés à la suite de l’ardeur conquérante.
D’i mnienses épopées , des romanceros lyriques déroulaient chaque jour les annales de ccs temps héroïques. Une langue
pompeuse, brillante et souple, héritière de toutes les richesses des langues .sémitiques ses soeurs, avait élé fixée par le Koran , chaînon mystérieux qui ralliait l’histoire et la littérature nouvelle aux vieilles odes, aux traditions patriarchales de l’Idumée. Quand la soif de poésie fut satisfaite , quand la conquête s’organisa partout, l’Arabe,' installé dans des villes, dans des palais magnifiques, eut des besoins plus nombreux , plus positifs que ses aïeux n’en avaient éprouvé sous la lente. Une littérature, expression de ces besoins nouveaux, surgit et se développa d’autant plus rapidement qu’elle trouva sur les limites de la conquête, au milieu même de ses possessions , des modèles formés par la civilisation la plus raffinée. C’est alors que les manuscrits des auteurs anciens et des auteurs byzantins furent exigés par les princes musulmans dans tous leurs traités faits avec les lieutenants de l’empire de Conslantinople , avec les empereurs grecs eux-mêmes.
Cette taxe était, aux yeux des vainqueurs, plus précieuse que l’or , plus enrichissante que des provinces. Des lettrés syriens , chrétiens ou juifs s’empressaient de traduire en arabe les manuscrits grecs que leurs nouveaux maîtres, les califes, .voulaient populariser dans leur empire.
L’établissement d’écoles nombreuses et richement dotées ne tarda pas à suivre l’importation de la science étrangère.
Les traducteurs et les commentateurs devinrent maîtres à leur tour ; et les sciences d’Athènes et de Byzance, enrichies d’une science créée par les Arabes , la chimie, furent enseignées, non plus seulement dans les vieilles écoles d’Antioche, de DzondisabouretdcNisabour, mais dans les écoles nouvelles de Damas, de Bagdad, du Caire, de Cordoue et de Tolède. Sentinelle avancée de l’islamisme en Europe, l’Espagne sarrasinc rendit à l’Europe occidentale le service que la civilisation musulmane avait reçu de Byzance. Tolède et Cordoue livrèrent à l’Italie, à Nkpks, à la Provence, l’étincelle qui devait rallumer le flambeau éteint des sciences et de la civilisation.
Depuis que Léonard Fuchs et Gui Patin ont accrédité , touchant la médecine des Arabes, un mépris certainement plus injuste (pie l’engouement qui avait régné jusqu’alors, il a passé en mode de contester aux Arabes toute espèce de découverte , toute espèce de travail originel. Ils n’ont pas même été dépositaires fidèles de la science de l’antiquité : ils
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ont corrompu parleurs subtilités le trésor <1 u’ils avaient reçu! Pour accepter ces assertions, il ïaut oublier que la plus grande partie de la matière médicale et de la pharmacie, que la chimie toute entière , sont de leur création ; il faut oublier que plusieurs maladies ont été observées pour la première fois et décrites par eux ; et, dans ces maladies, figurent la peste et la petite vérole ! Pour renier le mérite des Arabes et la reconnaissance que nous leur devons, il faudrait connaître leurs écrits autrement que par des catalogues incomplets et par quelques traductions infidèles. Le premier, j’ai osé m élever contre ces préjugés ; et, puisque la France possède maintenant une colonie où 1 on parle arabe, la réaction sera, je l’espère, continuée avant peu par d’autres Français. On pourra enfin lire ces princes de la science sarrasine dont on n’a vu jusqu’ici que quelques passages défigurés, et juger le procès de leur stérilité, de leur plagiante; pour moi, je crois avoir suffisamment prouvé , à l'occasion du traitement rafraîchissant de la variole , que les plagiaires étaient en Europe au dix-septième siècle , et les observateurs exacts, les thérapeutes créateurs, à Cordoue, à Dzondisabour età Bagdad dans le moyen âge. Alors aussi on pourra savoir si réellement les cadis, les hakem et autres magistrats musulmans, se sont toujours passés des lumières des médecins pour décider des questions de médecine légale : la vraisemblance n’est pas pour cette opinion. Parmi les auteurs grecs qui ont été traduits en arabe, figuraient les Aétius, les Oribase, les Paul d’Egine, qui avaient exercé l’expertise médicale auprès des tribunaux de l’empire grec.
Alexandre de Tralles n a pu échapper à la traduction, et il était une des célébrités de la cour de Justinien , une des lumières de ses tribunaux. Les Arabes ont écrit beaucoup sur les maladies épidémiques ; dans tous les livres qui nous sont connus on trouve des traités d’hygiène : Ibes Tholoun, de Damas, a composé une instruction sur la manière de se comporter pendant la peste ; Tamire al Mocaddessi une instruction sur le choix des comestibles. Moïse Maimonide, Fath al Hadhek al Mokhtar et vingt autres, ont passé en revue tout ce qui est capable d’entretenir ou d’altérer la santé.
’Zacharia al Tifuri , médecin en chef des armées du calife Mostassem , inspectait 1, s médicaments et les drogues fournies par les apothicaires de l’afmée cornman-
LÉGALF.
dée par Afscbin. Est-il croyable que tant de sollicitude pour l’hygiène publique n’ait pas été remarquée, si même elle n’a été commandée par les dépositaires du pouvoir ? Rhazès et Ismaïs ont eu la bonne fortune de rendre à la vie deux hommes frappés de mort apparente. Beaucoup d’auteurs arabes donnent des méthodes d’embaumement. Tout cela ne supposait-il pas une étude attentive des signes équivoques et des signes réels de la mort ? Enfin les princes rendaient souvent la justice en personne ; est-il croyable qu’ils le fissent faute des lumières spéciales des médecins, dont ils avaient fait leurs commensaux, leurs favoris, leurs intimes. Le calife Abasside Nasser donnait son argent à garder au médecin Saïd ben Tourna. Le calife Mothaked confiait les secrets les plus importants de l’état au médecin Abdallah ben Mervan, puisque Abdallah fut mis à mort pour les avoir trahis. Il voyait de près son prince aussi ce Gabriel Bachtischoua, qui l’accusait de trop dormir ; ce ben Tourna , qui signalait la démence d’un calife ; cet Isaac, fils d’Errans, qui, refusant de suivre la maladie de Zaïd, vice-roi d’Afrique, en même temps qu’un autre médecin qui avait pris à tâche de le contredire , s’excusa en disant à l’émir que la division de deux médecins était plus dangereuse qu’une fièvre tierce. Quel meilleur usage pouvaient-ils faire de leur faveur que de contribuer par leur science à une distribution plus éclairée de la justice , tous ces hommes revêtus d’un titre plus beau , plus recommandable que celui d’archiatre ? Ils s’appelaient émirs el doulet, le fidéi-commissaire de l’état.
Mais enfin, à qui qu’on en soit redevable , ou à Lascaris , ou à Gérard de Crémone , ou aux pontifes romains , le moyen âge va finir; ses ténèbres se dissipent : Constantin l’Africain et Jean de Milan enseignent la médecine à Salerne ; Pierre d’Appono à Bologne, Arnaud de Villeneuve, Gordon et Valcscus de Tarenta à Montpellier, Gilles de Corbeil et le moine Ægidius à Paris. L’école de Montpellier, célèbre déjà depuis le milieu du douzième siècle, reçoit en 1220 des statuts écrits dans la bulle du légat du pape, le cardinal Conrad. Voici luire enfin ce quatorzième siècle, auquel sont réservées tant de découvertes qui doivent changer la face du monde : la boussole, la poudre à canon , l’imprimerie, l’Amérique. Ce siècle débute en secouant