DU FOETUS
Lorsque par l’inspection de la femme et par l’examen du fœtus on a constaté que l’avortement a eu lieu, le devoir de l’expert est de rechercher si cet avortement peut s’expliquer par des causes naturelles ou s’il a été provoqué volontairement. D’abord, on doit regarder comme naturel et comme innocent l’avortement qui a lieu chez une femme qui ignorait sa grossesse. Cette question : une femme, peut-elle ignorer sa grossesse, sera traitée dans un des chapitres suivants. Mais nous pouvons dire ici, par anticipation, qu’elle peut se résoudre par l’affirmative : Desgranges de Lyon et Fodéré en ont rapporté des exemples qu’il est impossible cle révoquer en doute. Or, si la grossesse peut être ignorée jusqu’aux derniers moments, elle le peut à plus forte raison pendant les premiers , et c’est alors que les causes abortives ont le plus d’effet, et par suite de la délicatesse du germe et par suite de l’irréflexion avec laquelle la femme s’y expose. La danse, la course, l’exercice à cheval, en voiture , le saut , les contorsions que l’on fait dans un mouvement violent ou seulement en riant aux éclats , le travail corporel immodéré, l’abus des plaisirs de l’amour, les aliments âcres, venteux , indigestes , capables de donner des coliques; des boissons spiritueuses , les odeurs fortes, agréables ou désagréables; les déehargesAde grosse artillerie, le bruit de grosses cloches, du tonnerre; les vêtements trop serrés , l’intempérie de l’air, la frayeur, les fortes émotions de plaisir ou de peine, telles sont parmi les causes hygiéniques, celles que les accoucheurs ont notées comme prédisposant à l’avortemeut, comme pou-
vant le décider même assez subitement.
Parmi les causes pathologiques , il faut compter les chutes sur le siège ou sur le ■ventre, la diarrhée excessive ou la constipation opiniâtre , les maladies aiguës , surtout les fluxions de poitrine, selon la remarque d’Hippocrate, les grandes toux, les vomissements, la strangurie , les règles immodérées coulant malgré la grossesse , l’hydropisie de matrice , la maladie vénérienne , etc. Il est des femmes qui n’ont jamais pu porter un germe audelà du troisième ou du quatrième mois, d’autres que la cause la plus légère fait avorter à toute époque de grossesse: telles sont les constitutions hystériques , cachectiques , scorbutiques , les femmes très-sujettes aux flueurs blanches. Mais, de même que l’accusation d’infanticide , celle d’avortement est portée le plus souvent contre une femme grosse pour la première fois. Dans ce cas, Fodéré résume les considérations relatives à l’avortement non criminel , en les rapportant aux quatre chefs suivants : 1° règnet-il une épidémie ? 2° la personne accusée avait-elle déjà donné quelques signes de dépravation? 3° quel est l’état de la santé? 4° enfin, quelle est la valeur des moyens qu’on l’accuse d’avoir employés pour se faire avorter? Ceci nous amène à l’étude des causes de l’avortement provoqué volontairement. Nous allons voir que dans ces causes, toutes celles qui n’agissent pas mécaniquement dans l'intérieur de la matrice, n’ont pas une action bien forte ni bien certaine ; nous y verrons figurer plusieurs des causes énumérées plus haut parmi les prédispositions innûcentes , et qui maintenant deviennent criminelles par l’intention qui les applique. Ce n’est pas nous qui sommes responsables de cette apparente contradiction , c’est l’instabilité des lois vitales, c’est le caprice de l’expérience.
Bien des femmes ont employé inutilement, dans l’intention de se faire avorter, les purgatifs drastiques, les vomitifs ou la saignée, qui , nous l’avons dit , ont fait souvent sortir avant le terme un fœtus que sa mère aurait eu un plaisir extrême à conserver. Le renom d’abortif dont jouit la saignée a commencé à Hippocrate. Son aphorisme 5 du livre 31 s’exprime ainsi : Millier in utero ferons, sectâ venu , abortit , eoque mugis , si sit fœtus granclior. Mais, selon les auteurs modernes , le danger de la saignée n’est réel que lorsqu’elle est pratiquée chez une femme faible ou cachectique. Chez
la femme pléthorique , cette opération peut avoir un effet contraire , et, malgré la croyance populaire , les praticiens osent la mettre en usage, non-seulement pour raffermir la santé de la femme grosse, mais encore pour prévenir l’avortement. Mauriceau a cité l’exemple de la femme d’un chirurgien qui fut saignée quarante-huit fois dans le cours d’une grossesse pour la soulager d’une continuelle oppression. Uneautre femme, vue par le même accoucheur , mit au monde deux enfants bien portants et à terme , après avoir été saignée quatrevingt-dix fois pendant sa grossesse. Boerrhaave , Van Swieten , Baudelocque , M. Capuron, ont cité des exemples moins extraordinaires , mais probants. La contre-épreuve est également commune.
Guarenomius , Zacutus Lusitanus , ont vu des femmes se supplicier de saignées , dans le but exprès de se faire avorter, et n’y pas réussir. Quand la saignée est pratiquée dans ce but, c’est plus souvent à la saignée du pied qu’on a recours qu’à celle du bras : celle-là jouit à tort d’une confiance plus grande parmi le peuple. L’expert pourra soupçonner que cette opération a été employée dans ce but, si la femme a eu le soin de s’adresser chaque fois à un nouveau chirurgien , si elle y a mis du mystère. Les mêmes circonstances rendront aussi suspect l’emploi des autres moyens que nous allons étudier.
Les efforts de vomissement sont regardés par les accoucheurs comme une cause prédisposante à l’avortement. Toutefois, on voit nombre de femmes vomir pendant toute la durée d’une grossesse qui arrive à bon port ; d’autre part , sous l’influence des épidémies de maladies bilieuses ou des théories qui recommandaient les émétiques , les praticiens ont toujours osé faire prendre le vomitif à des femmes grosses , et le plus souvent ce remède énergique n’a agi que sur l’élément morbide qu’on voulait combattre:
nous en pouvons dire autant des purgagatifs. En principe donc, ni les émétiques ni les purgatifs ne sont des moyens abortifs certains ; mais la femme qui les emploie dans ce but y recourt fréquemment, se procure les médicaments sans consulter un homme de l'art, les emploie à doses forcées , et si elle est guidée par la science de quelque matrone immorale ou d’un indigne médecin , elle donne la préférence aux purgatifs drastiques sur les catarlhiques.
AVORTEMENT, MOYENS ABORTIFS, VIABILITE ET FOETUS.
Enfin , les emménagogues, auxquels odéré joint les diurétiques, jouissent, nomme la saignée et les drastiques, d une réputation populaire, mais qui n’a pas e fondements plus certains ; les plus tertl'les d’eutre eux, la sabine et les canaarides, compromettent plus sûrement i vie de la mère que celle de l’enfant, .e seigle ergoté est encore trop peu onnu du peuple pour qu’on ait eu l’ocasion de constater ses effets comme abords : toutefois , l’action manifeste qu’il ,\erce sur la matrice motive les scrupu- :-?s de ce membre de l’Académie royale ce médecine qui a demandé une fois que : e remède fut vendu avec les précautions mployées pour les poisons. L’aloès , orame l’observe Fodéré , appartient dutôt à la classe des purgatifs qu’à celle es emménagogues; il est joint fréquemment aux pilules données dans le but de . rocurer l’écoulement des règles, parce u’une irritation légère du gros intestin :ide toujours à obtenir ce résultat. Le mercure est inoffensif, quand il ne prooque pas la purgation : ce n’est que dans - e dernier cas que Mauriceau le redoute i hez les femmes grosses. Dans les coloies, le fruit vert de l’ananas jouit d’une rande réputation comme abortif. La hue, le safran, le borax , ne pourraient : gir comme le mercure ou les purgatifs rue chez des femmes nerveuses et déli— iates ; et les filles qui cherchent à se faire vorter ne sont pas de cette constitution- : 1 . Les sudorifiques et les diurétiques ont té employés sans danger, dans des cas l’hydropisie ou de rhumatisme Complijuant une grossesse connue ou ignorée : ^acchias et Senncrt en rapportent des ixemples. •
Nous arrivons enfin aux abortifs les ilus dangereux. Dans les grandes villes ni les doutes des savants arrivent rapidement au peuple comme leurs croyances , les saignées , les emménagogues , les drastiques , les vomitifs commencent à :tre abandonnés par les femmes qui ventent se débarrasser du produit d’une conception illicite. Elles ont trouvé des complices pour l’accomplissement plus certain de leurs criminelles intentions.
Un médecin d’Edimbourg, le docteur Duncan, a le premier dénoncé à la vindicte publique, l’emploi d’un instrument que les matrones ou les médicastres de l’Angleterre et de l’Ecosse insinuent dans la matrice pour agir directement sur le fœtus. Tantôt c’est une seringue recourbée qui lance une injection dont
la force décolc l’œuf , ou dont la Jorce chimique enflamme les paroisdel’utérus.
Par un perfectionnement rapide, cette seringue a été convertie en une sorte de trois-quarts courbe d’où il sort un dard qui peut traverser l’œuf. A l’exemple d’Edimbourg et de Londres, toutes les grandes capitales ont eu bientôt des gens experts dans cette infernale manœuvre.
Mais cette invention porte son correctif avec elle : la vie de la mère est plus souvent compromise que celle de l’enfant.
sœpe suos utero quœ necat ipsa périt.
Ovide. Le cas suivant, que j’emprunte aux annales d’hygiène et de médecine-légale en est une preuve péremptoire. Une femme de 3G ans est vue par M. Tâcheron dans l’état suivant : Couchée sur le dos, la tête renversée en arrière, le ventre tendu et ballonné ; douleurs horribles à la région hypogastriques qui empêchent de supporter l’apposition de la main -, respiration courte ; inspiration augmentant les douleurs, vomissement bilieux , soif excessive , pouls petit et fréquent, face grippée , yeux fixes comme dans l’extase, pupilles dilatées, sueurs froides. Mort deux heures après la visite. A l’ouverture du cadavre, la matrice, plus volumineuse que dansl’état naturel, offre au milieu de son fond, une tache noire d’environ un pouce en tout sens , tache semblable à une ecchymose ; un peu à droite , on observe une partie de forme ronde ayant environ une ligne d’étendue et conduisant dans l’intérieur de celte ecchymose. En arrière et toujours au milieu du fond , second pertuis conduisant sous la membrane séreuse, le museau de tanche détaché est gonflé, dilaté , amolli. A. l’intérieur, on ne peut découvrir de trace d’ouverture communiquant avec les parties aperçues à l’extérieur.
On recueille des caillots et des lambeaux de membranes organisées. On apprend que la femme sujet de ces observations s’était vendue chez une sage-femme du quartier Saint-Denis, avec l’intention bien formelle de faire constater son état de grossesse et de se débarrasser ensuite de l’enfant. Pour cela, on lui introduisit dans la matrice une sonde d’argent percée à son extrémité et renfermant un stylet effilé, dont la pointe était recouverte d’une boule de cire. L’instrument parvenu dans la matrice, est dirigé en divers sens sur le fœtus , tandis que, par une forte pression exercée de la main gauche sur les parois de l’hypogaslrc, on abaissait le corps de l’utérus. Cette opé-
ration fut rcpetee deux fois sans causer de douleurs bien aiguës; elle causa l’écoulement par la vulve, d’une sérosité limpide et de quelques gouttes de sang. La femme revint à pied à son domicile et alla danser au bout de quelques jours.
Dixjours après l’opération, douleurs abdominales, perte utérine, expulsion d’un fœtus mort-né d’environ trois mois de conception. Depuis, sensibilité dans le corps de la matrice s’exaltant tout-à-coup causant une métrite intense et la mort. Cette catastrophe arriva un mois juste après l’opération; des poursuites judi-> ciairessont dirigées en ce moment contre la sage-femme complice de ce double assassinat.
Si le fœtus était âgé de quelques mois , on pourrait aisément retrouver sur son corps ou sur les membranes la trace de l’instrument piquant. Dans tous les cas, il est du devoir de l’expert de constater si le fœtus était viable. Dans l’infanticide, cette question a une plus grande importance qu’ici. Dans l’infanticide , le fœtus est presque toujours né après le terme auquel la loi fait commencer la viabilité, six mois ou 180 jours. Dans l'avortement , la question de viabilité ne peut donc se poser que pour la même époque. Mais bien des avortements ont lieu avant ce terme de 180 jours, et alors la seule question que la justice pose est celle de savoir si le fœtus était vivant. Ici évidemment la définition de la vie ne peut pas être respiration. C’est d’une vie fétale dont il s’agit. Si on voulait se tenir à l’interprétation adoptée à propos de l’infanticide, on excuserait tous les avortements accomplis avant le 180c jour. Le droit canon établissait jadis une distinction qui poussait à une impunité de ce genre. Les juges voulaient savoir si le fœtus était doué d’une ame au moment où il avait été expulsé. Hippocrate, qui, dans le traité De septimestri partu se vante d’avoir fait avorter une femme, et qui défend au médecin de provoquer l’avortement dans le livre de serment et des devoirs des médecins, offre des dissidences aussi singulières en traitant la question de l’animation du fœtus. Mercurialis, qui s’appuie de son autorité, dit que le fœtus est formé et animé au bout de sept jours. Galien, dansson traité De usu partium, cite également Ilipppocrate en affirmant que le fœtus mâle est formé et animé au 30e jours, et le fœtus femelle vers le 42e. Menocbiuset Aloysius adoptent l’opinion d’Aristoteet de Pline,
légale.)
qui donnent l’ame au garçon au 40® jour et à la fille au 8(K Ce retard motive jusqu’à un certain point la répugnance des docteurs musulmans qui refusent l’ame à la femme toute la vie. lloderic à Castro a voulu que le fœtus eût une vie animale encore plus longue, et il ne lui accorde l’ame qu’au troisième ou au quatrième mois. Zacchias, qui a examiné toutes ces opinions en commentant un texte canonique, conclut que l’on doit toujours regarder le fœtus comme animé au 60e jour de la conception. Le texte canonique se sert pour désigner le fœtus où le produit de l’avortement, du mot honio.
Jugeant sans doute comme Tertulien, que homo est qui futurus sil. La comparaison de ce texte à celui de la loi de Moïse [Exode, chap. 21) a sans doute poussé Zacchias^zumezzo termine qu’il a adopté.
Moïse paraît ne regarder jamais le fœtus comme un homme. Sa loi est celle du talion : il punit de mort l’offenseur , si à la suite des coups portés à la femme grosse la femme meurt; mais si elle ne fait qu’avorter, le coupable n’est passible que d'un dommage. Dans la loi de Rome païenne, le principe des stoïciens fut admis. Cette secte philosophique croyait que l’ame ne s’unit au corps que dans l’acte de la respiration : anima voulait d’abord dire souffle. Aussi les jurisconsultes ne trouvèrent ni infanticide ni homicide dans l’avortement provoqué. Ils refusaient au fœtus le titre de fils, le regardant comme pars venlris ou portio viscerum. Mais sous les Antonins , les idées de l’académie l’emportèrent sur celles du portique , et la loi Divus et la loi si guis necandi admirent la distinction hippocratique et galénique du fœtus en animé et inanimé. L’avortement fut considéré comme meurtre dans le premier cas. Le christianisme augmenta la sévérité sous les successeurs de Constantin, et le concile de Constantinople, à la fin du septième siècle, assimila l’avortement à toutes les .époques , à l’homicide. Peu à peu cependant le droit canon était revenu à la doctrine d’IIippocratc ; la législation laïque l’avait beaucoup modifié dans les diverses parties de l’Europe. En France, nous l’avons vu, la sévérité de la loi romaine réformée avait été adoptée dans toute sou extension , puisque les médecins qui avaient fait avorter des femmes pour les sauver d’une mort inévitable, avaient besoin de lettres de grâce pour éviter la peine des plus grands criminels. Le code de 1791 dé-
DE LA CROSSEâSE , LÉGISLATION, GROSSESSE NORMALE. 171
r.rna la peine de 20 ans de iers contre s complices de l’avortement, et 11’in- .geait aucune peine à la mère. Cette loi urchail hardiment à un but que le code .•nul de l S i 0 atteindra plus sûrement 'ec moins de sévérité pour le complice, moins d’indulgence pour la mère, orateur du gouvernement, en préseunt le titre du code où se trouve prévu crime d’avortement , disait : « Si la rnme ne trouvait pas tant de facilité à procurer les moyens d’avortement , la aintc d’exposer sa propre vie en faisant âge des médicaments qu’elle ne connaisit pas l’obligerait souvent de différer son ime, et elle pourrait ensuite être arrêtée r ses remords.» La loi de 1791 ,poursui- .itee but avec plus d’ardeur que de pru- ■nce. Les complices ne sont nommés d’ornaire queparle coupable principal : or ns les idées de la femme, ce complice i a rendu un service immense, l’a souslite à la honte, à une fausse position i aurait pour toujours dérangé sa vie.
a-t-elle le récompenser en le dénonçant le faisant envoyer aux galères ! Rien la pousse à l’oubli de la reconnaissan- : sa tète n’est pas menacée, sa fortune, liberté, n’ont rien à risquer; elle-même ast pas mise en cause, mais sous l’emrc du code pénal, les procès d’avorteent sont encore plus rares que ceux infanticide. L’incertitude des preuves, leçon de scandale, toujours plus grande plus certaine que la leçon de terreur de morale1, expliquent la longanimité s magistrats. Nous n’avons pas besoin rappeler ici tout ce que nous avons dit ns les leçons sur l’infanticide touchant i monstruosités qui doivent faire déirer le fœtus non viable et même ron vant. Cette conclusion devrait être »rtéc à plus forte raison si la dissection l’avorton faisait reconnaître une mole:
Drs l’accusation tomberait par l’absence . principal corps de délit.
AP. XXX1LI. — DE LA GROSSESSE; iégis-
lation ; grossesse normale.
Disons-le par anticipation, le signe le us certain ou plutôt le seul signe cerin de la grossesse est l’accouchement, e inotit, lire des doutes de la science, irrobore dans notre opinion les motifs rés des certitudes de la morale et de la enséance, ctquidoivcnt toujours inlcrrc la visite à l’effet de constater la ■ossesse. La seule exception que puisse ufirir cette règle, est fournie par un cas
criminel. C’est le seul où la loi prescrive formellement la visite. Le code pénal , art. 27, s’exprime ainsi : Si une femme condamnée à mort se déclare et s'il est vérifié qu'elle soit enceinte , elle ne subira la peine qu’ après sa délivrance.
Cette sage disposition a voulu épargner à l’être innocent que porte une mère coupable, la participation à sa sentence de mort. La loi du 28 germinal an 3 portait la sollicitude plus loin. Elle voulait qu’aucune femme prévenue d’un crime emportant la peine de mort, ne pût être mise en jugement avant qu’il n'eût été vérifié qu’elle n’était pas enceinte. L’oubli de la visite propre à constater si la grossesse existait ou non, parut à la cour de cassation un motif suffisant pour casser un jugement de la cour de justice criminelle du département de la Dyle.
La femme se trouvait enceinte au moment où elle parut aux débats. Les considérants d’un arrêt de cassation pour un motif semblable sont remarquables et expliquent la pensée humaine du législateur. « Ce n’a pas été sans de puissants motifs que l’on a défendu de mettre en jugement les femmes enceintes. On a envisagé d’un côté que dans cette situation une femme pourrait n’avoir pas toute la liberté d’esprit nécessaire à sa défense ; de l’autre, que les agitations et les inquiétudes inséparables d’une discussion toujours effrayante , même pour l’innocent, pourraient lui causer des révolutions capables d’altérer sa présence d’esprit et préjudicier à son fruit. » Deux autres arrêts dans le même sens sont cités par Fodéré, qui ne regarde pas ce devoir prescrit par la loi du 23 germinal comme abrogé par le code de procédure criminelle et par le code pénal. Je crains qu’ici il ne soit en désacord avec les jurisconsultes. D’abord, la loi du 23 germinal a été formellement abrogée, et il paraît que dans les dispositions des codes destinés à la remplacer , le législateur a considéré la prolongation d’une détention préventive comme embarrassant les formes judiciaires déjà si lentes et formant en outre, et pour l’enfant et pour la femme que le jugement doit acquitter, un danger plus grave, une peine plus réelle que les émotions des débats publies.
Nous allons énumérer les autres cas pour lesquels le magistrat a intérêt à connaître si la grossesse existe. 1° La grossesse peut être un des motifs graves pour lesquels on demande lu dispense
d’âge exigée par l’article 145 (Code civil, titre du mariage); l’arrêté du gouvernement relatif à ces dispenses ne fait aucune mention de la visite.
2° D’après l’art. 185, le mariage contracté par des époux qui n’avaient pas encore l’âge requis (18 ans pour les hommes, 15 ans pour les femmes), ou dont l’un des deux n’avait pas atteint cet âge, nepeutplus être attaqué, 1° lorsqu’ils’est éeouléGmois depuis que cet époux ou cette épouse ont atteint l’âge compétent; 2° lorsque la femme qui n’avait pas cet âge a conçu avant l’échéance de six mois. M. Locré a prévu le cas où une épouse impubère, voulant faire rejeter la demande en nullité de mariage formée par ses ascendants ou par le ministère public, se déclarerait enceinte : y aui’ait-il lieu à la faire visiter? JNon, répond-t-il : les juges ne peuvent ordonner cette visite, qui répugne et à nos mœurs et à la décence.
D’ailleurs, la grossesse étant récente, une visite n’aurait aucun résultat concluant pour arriver à la connaissance de la vérité ; on peut obtenir la séparation provisoire des deux époux, prévue par l’art. 190. Après dix mois révolus, les tribunaux prononceront selon l’esprit des art. 228 et 315. L'art. 185 coïncide avec la disposition suivante du Code pénal. « Art. 357. Dans le cas où le ravisseur aurait épousé la fille qu’il a enlevée, il ne pourra être poursuivi que sur la plainte des personnes qui, d’aprèsle Code civil , ont le droit de demander la nullité du mariage, ni condamné qu’après que la nullité du mariage aura été prononcée. » Mais nous venons de voir que lorsque la fille mineure a conçu , il n’y a plus lieu à nullité. M. Brosson se demande si cette phrase de l’art. 185: a concu avant l'échéance des six mois, signifie que le mariage serait attaquable si la conception avait lieu auparavant, c’est-à-dire dans le temps écoulé depuis le mariage jusqu’à l’âge compétent. La lettre de cet article semble dire oui ; l’esprit répond par lu négative. La nullité du mariage est fondée sur le défaut de puberté: or, la grossesse survenant, fournit la preuve matérielle de cette puberté; la nullité ne peut donc plus être invoquée. Le résultat neserait pas le même, si, au lieu de la femme, c’était l’homme qui fut marié avant l'âge compétent : la grossesse de la femme ne couvrirait pas la nullité à l'égard du mari. La grossesse n’est une preuve indubitable de puberté que pour la femme.
LÉGAtEy
3° L’art. 272 du Code civil dit que l’action en séparation sera éteinte par la réconciliation des époux, survenue, soit depuis les faits qui auraient pu autoriser cette action , soit depuis la demande.
L’art. 274 ajoute : «Si ledemandeur en séparation nie qu’il y ait eu réconciliation, le défendeur en fera la preuve soit par écrit soit par témoin. » La visite de la femme par un expert pourrait-elle être requise dans ce cas? D’abord, cette visite ne constaterait pas l’époque précise de la grossesse, et Fodéré a fait une supposition très-vraisemblable, que la grossesse pouvait déjà exister à l’insu des parties avant la demande en séparation ou divorce; plus tard, l’un ou l’autre des époux pourrait l’alléguer comme une preuve de réconciliation. D’ailleurs, la grossesse étant prouvée, on n’en peut pas toujours déduire une preuve de réconciliation : si la femme est demanderesse, on conçoit qu’ayant à craindre les emportements d’un époux irrité, une femme a pu se trouver dans la nécessité de partager sa couche , alors même qu’il n’y avait de sa part aucun désir de réconciliation. Si elle est défenderesse, n 'est-il pas à craindre qu’elle ne présente comme fin de non-recevoir, une grossesse qui serait le fruit d’un adultère calculé, et qu'en l’admettant on n’encourage l’immoralité (Brosson) ?
4° La femme qui vient de perdre son mari peut se dire enceinte pour retenir des biens qui, à défaut d’enfants, devaient retourner à la famille du défunt.
Dans le cas de donation ou de legs , elle peut également se dire enceinte pour réclamer l’exécution des dispositions faites en faveur de son enfant ; les opposants à ces prétentions demanderont la preuve de la grossesse. Mais d’abord, si l’article 906 du Code civil dit qu’il suffit d’être conçu au moment de la donation ou à l’époque du décès du testateur pour être capable de recevoir, l’art. 725 dit de plus, que, pour être apte à succéder ou à recevoir à titre de donation , il faut que l’enfant naisse viable et vivant : donc, en définitive, c’est l’événement de la naissance qui constitue sa capacité. Or, que préjuge sur cet événement la visite de la femme réellement grosse, ou soi-disant telle? Les incertitudes des experts sur la grossesse sont moindres encore que les incertitudes touchant la date précise delà grossesse. L’accouchement seul lèvera tous ces doutes ; il prouvera surtout si la conception a eu lieudurant le temps x’oulu
DT? LA GROSSIE; LÉGïSUÎÎONj GROSSESSE NORMALE.' 173
r l’art. 312. Une fausse déclaration seit sans résultat pour la femme, une vie sans profit pour les collatéraux : dans is les cas possibles , les biens peuvent •e mis en sûreté, car l’art. 393 permet nomination d’un curateur au ventre.
5° Le cas de recherche de la paternité est permis que lorsqu’une conception rapporte à l'époque de l’enlèvement :
ravisseurpeut être, sur la demande des rties intéressées, déclaré pèredel’ennt. (Code civil, art. 340.) Ici encore ccouchement seul donnera une date écise à la conception ; la visite de la nme serait d’ailleurs la moindre partie l’enquête. Le devoir du magistrat seit plutôt de s’assurer de la moralité et la position sociale de la femme , pour cider si l’enfant dont elle se dit grosse : peut pas être attribué à un autre qu’au visseur.
6° Dans les cas de recherche de ma- •nité, d’infanticide, d’avortement, c’est utôt la preuve de l’accouchement que lie de la grossesse qu’il s’agit de fourr. — La répugnance que nous avons pour visite en matière civile a été exprimée '•me sous l’ancienne législation. L’avot-général Séguier s’éleva avec force ntre le scandale de ces visites , faites ns le but de constater si une femme est i n’est pas enceinte; contre cette inlisition intolérable cà laquellepourraient trouver exposées les hiles même les us honnêtes, et d’où résulterait touirs contre elles une prévention ineffaça- ;. Deux arrêts du parlement de Dijon, 1705 et 171 5, prononcèrent des peines vères contre des officiers de justice qui aient ordonné la visite de filles soupnnées enceintes, et cela malgré l’édit : 1556, non abrogé alors, et qui pressait aux filles qui deviendraientenceins d’aller déclarer leur grossesse. En Aneterre, où l’excessive liberté des jeunes les nécessite dans les lois /les contreids bizarres ou odieux, les bedeaux des roisses sont autorisés à dénoncer les les qu’ils supposent enceintes; le mastrat peut les soumettre à la visite , ais il se contente le plus souvent du rment. En France, la célation de la ■ossesse n’est ni un crime ni un délit: :s soupçons motivés par un nccouchcent antérieur, une accusation antéeure de suppression de part, ne pourient autoriser un magistrat à souettre à la visile la femme objet de ces upçons. — A l’exemple de M. Dugès, ms son excellent article grossesse, du
Dictionnaire de rne'd. et de chir. prat. , nous diviserons la grossesse en grossesse normale, grossesse compliquée, grossesse extra-utérine et fausse grossesse. L’incertitude des signes va croissant dans ces diverses espèces. Pendant les quatre premiers mois de la grossesse normale , la femme , et à plus forte raison l’expert , n’ont guère que des présomptions. Immédiatement après le coït qui a produit conception , quelques femmes ont éprouvé des horripilations, des tranchées hypogastriques légères , un sentiment de chaleur dans la même région , ou d’autres sensations que certaines femmes prétendent apprécier sans pouvoir les décrire. Au bout de quelques semaines, la face prend une expression particulière de mélancolie avec bouffisure et couleur plombée des paupières inférieures ; il survient delà salivation , des nausées, de l’inappétence, des vomissements, parfois même le pica. Plus tard , viennent les symptômes de vertiges , pesanteur générale , bouffées de chaleur , la couenne blanche dans le sang tiré de la veine ; le cou est gonflé , les mamelles augmentées de volume et le mamelon bruni. La suppression des règles est celui de tous les signes rationnels auxquels M. Dugès veut qu’on attache Je plus d’importance. « En effet , dit-il , bien qu’on cite des exemples de femmes menstruées pendant tout le cours de leur grossesse aussi régulièrement qu’avant et après , bien qu’on ait vu des personnes qui, habituellement privées de cette évacuation périodique, l’ont éprouvée durant la gestation , on peut affirmer d’une manière générale qu’ une femme réglée n’est point enceinte , et qu’une évacuation de sang par le vagin durant une grossesse reconnue, est morbide si elle se montre après les premiers mois : cette dernière restriction est essentielle , car, autant il est rare de voir la femme grosse menstruée à toutes ses époques, autant il est commun pour ainsi dire d’en rencontrer qui perdent du sang une fois et même deux encore après la fécondation. Toutefois, cette exhalation sanguine est moindre que celle des menstrues ordinaires; elle est presque nulle si c’est deux fois au lieu d’une qu’elle se répète. Dans quelques cas, nous avons vu , au troisième mois, survenir encore une petite déperdition de matière glaireuse à peine teinte de sang, mais accompagnée de quelquesuns des symptômes accessoires de la menstruation indiquant la reproduction
du taolimen habituel. Nous avons observé aussi des femmes enceintes chez lesquelles le molimen se manifestait ainsi de mois en mois jusqu’à la couche, mais sans perte de sang. On sait néanmoins que c’est à de pareilles époques et sous l’influence de ces molimina , que se produisent le plus grand nombre des avortements. » Le col de l’utérus se bouche par la sécrétion d’une matière plastique qui parfois s’organise en fausse membrane : des médecins légistes ont proposé d’aller au moyen d’une curette recueillir une certaine quantité de cette matière pour s’assurer de la grossesse ; mais il est trop évident qu’une sécrétion leucorrhéique pourrait en imposer. La suppression des menstrues, qui , le plus souvent, est une preuve de grossesse, peut bien des fois à elle toute seule être cause de tout l’appareil de symptômes que nous avons décrits jusqu’ici. Un simple retard donne des nausées, des suffocations, des appétits bizares; il fait gonfler les seins , etc. L’apparition du lait peut être due à de simples succions. On en peut citer en preuve cette Agnès qui allaita son petit-fils, et cette jeune fille qui fut surprise dans la prison où son père était condamné à mourir de faim, allaitant le vieillard, quoiqu’elle même ne fût ni mère ni grosse. La suppression des menstrues ayant lieu également dans la fausse grossesse, y rend illusoire la concomitance des mêmes symptômes: cette suppression est quelquefois due à la présence de la membrane hymen ou à quelqu’obstacle situé plus profondément. Le développement graduel de l’utérus , son apparition au niveau et au-dessus du pubis, viennent alors augmenter les chances de confusion. Si le médecin appelé dans un cas de ce genre peut croire que l’infirmité a été interprétée par l’opinion publique au préjudice de l’honneur de la fille malade, il devra donner une certaine publicité à la cause véritable du mal et à l’opération toute simple qui y aura mis fin. — Vers le quatrième ou le cinquième mois , il survient des phénomènes qui peuvent convertir en certitude les autres indices de la grossesse. Aussitôt que le fœtus a acquis un certain volume et que ses muscles sont doués d’une certaine force , la mère ressent des mouvements, vagues et faibles d’abord, comme la reptation d’une araignée sur le ventre, puis, et graduellement, plus décidés et plus loris. Comme la femme qui aurait intérêt à céler sa grossesse ou à lu supposer pourrait trom-
per l’expert sur l’existence ou l’absence de cette sensation, les mouvements de l’enfant n’acquièrent de valeur que lorsque l’expertpeut les percevoir lui-même ; un peu plus tard , ces mouvements sont assez vifs pour que la main étrangère apposée sur les parois du ventre les perçoive très - distinctement. Cependant, avouons que dans le développement de la matrice du à l’hystérie ou à la fausse grossesse , les parois de cet organe sont douées d’une contractilité assez forte pour produire la même sensation , et pour la femme et pour l’expert indépendamment de la présence d’un fœtus dans l’intérieur.
Passons à un autre phénomène. Le fœtus est nageant au milieu des eaux de l’amnios : un doigt dans le vagin et imprimant un mouvement moelleux de bas en haut à la partie du corps de l’utérus la plus voisine du col, soit en avant, soit en arrière , le fœtus suspendu dans le liquide est lancé de manière à aller frapper le fond de l’utérus. La main gauche posée sur le ventre pourra sentir cette percussion , mais le doigt de la main droite percevra encore plus nettement la sensation d’un tremblement du liquide, avec rechute d’un poids : c’est le fœtus qui retombe. L’apposition de la main gauche sur le bas-ventre peut donner des sensations trompeuses aux personnes peu accoutumées à cette manœuvre: celles-là doivent se contenter de l’exploration au moyen du doigt introduit dans le vagin. Le mouvement ressenti par le doigt s’appelle ballottement ; mais le ballottement, preuve équivoque de grossesse normale quand il existe, n’est pas une preuve d’absence de grossesse lorsqu’on ne peut le sentir. Quand deux jumeaux occupent la matrice , le ballottement n’est pas manifeste.
Le troisième phénomène est le bruit particulier que l’auscultation fait entendre. L’oreilîe nue ou armée du stéthos>cope reconnaît des battements deux fois plus rapides que ceux du pouls de la mère : ce sont les pulsations du cœur de l’enfant. Son dos , posé le long de la paroi latérale du bas-ventre à droite ou à gauche , laisse entendre les pulsations à travers la matrice et les muscles abdominaux. En même temps que ce bruit, on en distingue un autre , mais celui-ci est accompagné d’une sorte de souffle, et il est isochrone au pouls de la mère.
M. Kcrgaradec l’attribue au passage d»
sang maternel dans le placenta ; M.Paul
GROSSESSE COMPtïQUÉE , EXTRA-UTÉRINE J FAUSSE GROSSESSE.' 1/ 5
)ubois le croit entièrement dépendant es artères utérines dilatées outre meire. Ce dernier observateur a prouvé u’on pouvait entendre les battements u cœur de l’enfant , même lorsqu’il 'occupait pas la position que nous avons écrite plus haut ; mais alors le stéthosope ne perçoit pas ce bruit aussi distincement, souvent même il ne peut plus e faire reconnaître, surtout quand la erame est grasse ou les parois abdominales infiltrées.
A toutes les époques de la grossesse , 2 toucher vaginal aidera beaucoup à l’in- Brprétation des autres signes, en contutant l’état de l’utérus. Le toucher doit e pratiquer alternativement sur la femue debout et sur la femme couchée : un u deux doigts explorent la partie inféieure de la matrice, tandis que l’autre aain en suit le fond à travers les paois du bas-ventre. Pendant les trois preîiers mois, l’utérus perd sa figure trianulaire et aplatie pour s’arrondir et ccuper un plus grand espace, mais tou- )urs dans la cavité pelvienne. A la fin u troisième mois, son fond est de nieau avec le bord supérieur du pubis ; la fin du quatrième, il occupe une parie de l’hypogastre , et puis monte graduellement en s’alongeant et prenant la orme ovoïde. Dans le courant du cinfuième mois , le fond se rapproche de dus en plus de la l’égion ombilicale ; en ième temps le corps devient ample , et arnit l’abdomen , qui paraît double de olume en quelque jours : alors l’accouheur commence à sentir nettement, à oir même les mouvements spontanés du cetus , et à entendre les battements de on cœur; dans le septième mois, l’utéus arrive aux confins de l’épigastre ; dors la fluctuation, quoique sourde, peut dre reconnue plus distincte qu’aupara- 'ant, et même que dans les mois suivis, parce que la quantité d’eau deient alors moindre eu égard au volume u fœtus et même absolument. Pendant e cours du huitième et du neuvième nois, 1 utérus occupe la région épigasrique aussi-bien que le reste de l’abdonen ; mais quand les parois abdominales ;ont naturellement lâches ou relâchées >ur des grossesses antérieures , l’utérus e tombe en avant , et paraît descendre le la région épigastrique. Vers le milieu lu neuvième mois, il descend encore mur la même raison , et de plus, à cause le l’élargissement du col utérin et de la >arlic supérieure du vagin qui logent la
lete du fœtus dans l’excavation pelvienne. Le col de l’utérus conserve sa longueur normale pendant les premiers mois ; toutefois, il paraît au doigt plus gros, plus mou, moins aplati d’avant en arrière ; son orifice s’arrondit vers le milieu de la grossesse. Dès lors aussi , le col commence à diminuer de longueur.
Dans le cours du sixième mois , il se dilate par le haut pour faire partie de la cavité qu’occupe le fœtus logé jusqu’alors dans le corps de la matrice : ce col devient plus cylindrique , son orifice externe s’arrondit davantage et s’agrandit ; le doigt introduit trouve l’orifice interne exactement fermé. Le col est complètement effacé à la fin de la grossesse ; en se dilatant , il s’est aminci au point de laisser sentir , comme à travers une membrane , la partie que le fœtus présente au passage. Si c’est la tête, comme c’est le cas quinze fois sur vingt-une , on sent distinctement sa rondeur et sa résistance osseuse.
Malgré la certitude plus grande de la seconde moitié de la grossesse normale , les fastes de l'art fournissent un assez grand nombre d’observations dans lesquelles des accoucheurs et chirurgiens célèbres ont commis de grossières erreurs. L embarras est bien autrement grand dans la grossesse compliquée, dans la grossesse extra-utérine et dans la fausse grossesse.