DE L’ACCOUCHEMENT
celle de l'accoucheur placé plus près de la scène. Il est vrai que dans ce cas, l’accoucheur lui-même est un courtisan et prend son rang comme tel au lieu de se classer par l’importance de ses fonctions. Dans toute autre position sociale, la déclaration de l’accoucheur serait la pièce ia plus importante s’il s’agissait de prouver un accouchement. Mais il faudrait, bien entendu, que l’accoucheur eut assisté au moment décisif , à la sortie de l’enfant. Il n’y a que cela de complètement probant; les prodromes et le travail de l’accouchement sont les mêmes dans une fausse grossesse qui touche à sa catastrophe et dans la par’urition véritable; les douleurs sont aussi vives, arrachent autant de cris cà la femme. Nous allons rappeler brièvement les principaux faits de l’accouchement naturel, pour passer ensuite au détail des traces que cette fonction accomplie laisse sur le corps de la femme. Ce sont ces traces qui rentrent plus particulièrement dans les attributions de la médecine légale.
Nous l’avons dit en parlant de la dernière période de la grossesse, le col de la matrice est lout-à-fait effacé, scs parois mirices permettent de sentir la partie que le fœtus présente. Maintenant, l’orifice de l’utérus s’arrondit; ses lèvres se ramollissent, s’engorgent légèrement, s’écartent et permettent l’introduction du doigt, qui sent à nu les membranes de l’œuf rclàchécsou tendues sous l’influence des contractions utérines, rares encore , peu douloureuses, et appelées Mouches.
Les organes génitaux externes et le vagin commencent à s’humecter de mucosités plus abondantes. L’orifice utérin se dilate davantage sous l’influence des douleurs véritables , douleurs qui diffèrent beaucoup pour le sentiment de la forme des coliques intestinales, et que le chirurgien reconnaît au durcissement du ventre, à la raideur qu’elles communiquent au bord de l’utérus , à la tension des membranes et à la dilatation du col. Lu poche des eaux se forme et fait hernie croissante dans le vagin. Le décollement d une partie des membranes fœtales au voisinage de l’orifice utérin, a rompu quelques vaisseaux de la membrane caduque. i; 'intérieur du col, libre d’adhérences, fortement excité et tiraillé par les contractions du corps de 1 utérus, sécrète et exprime d’abondantes mucosités, qui se mêlent à celles que secrétent les cryptes muqueuses du vagin ; les unes et les autres sc teignent du sang fourni
par les vaisseaux déchirés; de là l’apparition des glaires sanguinolentes. La poclie des eaux se rompt, le fœlus ferme momentanément le passage aux eaux qui s’échappaient, puis s’engage lui- même dans l’orifice utérin, qu’il distend et déchire presque toujours en quelque point. Les douleurs de la mère sont plus vives ; un peu de sang pur s’échappe du vagin ; les parties présentées par le fœlus , d’abord poussées en bas et en arrière selon l’axe du détroit supérieur, prennent une marche parallèle à l’axe du détroit inférieur, et descendent en avant. Pour cela, il faut que le corps du fœlus se courbe parallèlement à ce dernier axe , c’est-à-dire la concavité en avant, l.es parties génitales externes sont distendues ; la vulve est portée en avant; la première forme une grosse tumeur arrondie; les douleurs, plus violentes, plus expultrices que jamais, sont nommées conquassantes. Le pudendum s’ouvre ; les grandes lèvres s’alongent et se déploient, la fourchette forme une commissure demi-circulaire et transversale, les nymphes sont alongées, poussées en avant sans se déployer ; le clitoris, le canal urinaire même, sont projetés un peu au - devant de l'arcade pubienne. Enfin , la première portion présentée par le fœtus dépasse la vulve, et au bout de peu de moments, la totalité du corps s’échappe. Du sang liquide sort alors avec le reste des eaux de l’amnios ; la matrice se réduit dans la région hypogastrique en une tumeur mobile, arrondie, consistante, volumineuse, encore et souvent inégale. Au bout de vingt minutes, rarementplus tard qu'une demiheure, de nouvelles douleurs utérines annoncent l’expulsion du placenta, des membranes et de quelques caillots. Si le travail a clé lent et pénible, les douleurs de la délivrance sont rares et courtes; le placenta a eu le temps de se détacher.
Dans le cas contraire, il est encore adhérent après la sortie de l’enfant, et il faut plus de temps et de peine pour qu’il sc détache et soit expulsé.
11 est facile de concevoir les conséquences naturelles du travail que nous venons de décrire: les douleurs, la perte, de sang, doivent épuiser les forces de la femme , l’abdomen, long- temps distendu, ne peut revenir que par degré, s sur luimême ; encore la peau portera-t-elle des traces ineffaçables de cette distension ; le col de l’utérus et son orifice ne reviennent pas non plus immédiatement k leur forme naturelle; les parties génitales
externes, froissées, contuscs, abreuvées de sucs et de sang. doivent être volumineuses et gonflées; la commissure inférieure doit avoir cédé plus ou moins largement à la distension éprouvée ; la matrice, irritée et hypertrophiée, ne peut reprendre ses dimensions ordinaires qu’en perdant les sucs «fui la gorgent ; il y aura donc des lochies ou vidanges, les mamelles, gonflées pendant la grossesse par leur sympathie avec l’utérus, deviennent le centre de la fluxion immédiatement après l’accouchement, le lait s’y sécrétera bientôt. Ainsi, un expert qui visitera une femme accouchée depuis qiielquesjours seulement, la trouvera faible, pâle, alitée. La femme qui a commis le crime d’infanticide et qui s’attend à la visite du médecin surmonte sa faiblesse corporelle, et veut être trouvée sur pied ; elle fait des efforts pour marcher naturellement. Les symptômes suivants ne sont plus difficiles à dissimuler : pendant les deux ou trois premiers jours, les seins sont gonflés, mais non pas durs; au troisième ou au quatrième, engorgement et dureté de la glande mammaire. La sécrétion du lait peut avoir eu lieu pendant la grossesse, mais au troisième et'quatrième jour, la fièvre de lait supprime cette sécrétion. Pour faire couler ce lait, on presse la glande de sa base au mamelon ; quelques experts se permettent même d’exercer des succions.
La nature du lait aide à établir son âge. Le lait récent est séreux, puis d’un blanc bleuâtre, puis enfin assez caseux pour être d’un blanc opaque. Cette abondance de caséum augmente toujours. La peau de l’abdomen est flasque, joue librement sur les muscles , et donne à la main qui la saisit pour la froncer, la sensation d’une texture de force inégale. Si cette sensation n’était pas manifeste chez quelques lemmes primipares et «à peau très-dense et très-élastique, l’œil reconnaîtrait encore au défaut du doigt les vergcturcs et le fendillement que ladistension a occasionnés; c’est surtout au voisinage des aines que ces stigmates ineffaçables sont très perceptibles. Les vêtements serrés, lesliniments huileux par lesquels quelques femmes espèrent s’en préserver, peuvent tout au plus les rendre moins apparents, mais non les empêcher ton t— à— fai t , quoiqu’on ait dit Zacchius. La ligne blanche des muscles abdominaux a subi un écartement dont le doigt peut retrouver encore la trace; l’œil la suit aussi à une ligne brune que porte la peau correspondante ; l’écartement des muscles droits
LÉGALE
est surtout sensible du pubis à l’ombilic* Les grandes lèvres sont plus volumineuses., le vagin plus large, la fourchette ou le périnée sont déchirés et sanglants, ou bien en suppuration ; le col utérin est gonflé, souple et dilaté ; une main sent le fond de la matrice au-dessus du pubis, pendant que de l’autre on explore le col utérin par le vagin. Les lochies ont une odeur subacide particulière, que l’on reconnaît quand on l’a sentie une fois; ces lochies se suppriment pendant la fièvre de lait, mais dans ce cas, on revient le lendemain ou le jour suivantpour constater leurprésence. Elles reparaissent moins teintes de sang , et finissent par n’être qu’un écoulement blanc, qui dure trois semaines ou un mois. Dans la leçon consacrée au viol , nous donnerons les caractères cliniques par lesquels on peut distinguerles lochiesd’avecles fleurs blanches. Dans quelques accouchements, la sortie du placenta est fort tardive , on en a vu qui restaient jusqu’à huit jours dans la matrice. L’expert qui viendrait faire sa visite , et qui rencontrerait ce placenta au passage, ou le reconnaîtrait dans la matrice en pratiquant le toucher , devrait faire valoir cette preuve importante de l’accouchement. Quand le placenta séjourne si long-temps, c’est qu’il est greffé sur l’une des cornes de la matrice et isolé dans cette cavité par une contraction prématurée du fond et du corps, qui se sont rapprochés.
Au bout de dix ou douze jours, la plupart de ces signes ont disparu , et la preuve de l’accouchement récent est impossible à établir ; il ne reste que les signes permanents d’un accouchement, mais d’après lesquels il est bien hasardeux de vouloir donner une date à cet accouchement. La cause d’ Aimée Perdriat racontée par Fodéré , prouve combien les experts doivent s’imposer de réserve dans des cas semblables. Toutes les apparences étaient contre cette fille: toutes les circonstances semblaient prouver que l’enfant trouvé dans les commodités était le sien : l’examen de son ventre prouvait qu’elle était accouchée ; mais les experts déclarèrent 11’apercevoir aucun indice qui prouvât que la femme était accouchée à l’époque où l’on présumait que l’enfant avait été jeté dans la fosse d’aisance. Parmi ces experts étaient les Dupuytren, les Dubois, les Baudelocque.M. Dubois assure même qu’il croyait pouvoir prononcer que la femme n était pas accouchée , non-seulement un mois