CHAPITRE XXXV. SURVIE DE LA MERE OU
DE l’enfant; superfétation et jumeaux.
La question de l’opération césarienne, et celle de la symphyséotomie et de l’embryotomie, en tant qu’intéressant le médecin praticien , sont singulièrement aidées par la connaissance de la vie ou de la mort du fœtus dans le sein de sa mère. S’il est mort , on n’a plus aucun motif pour tenter les deux premières opérations, aucun pour retarder la troisième, au cas que la mauvaise conformation du bassin rende impossible l’accouchement naturel ou par le forceps. En médecine légale , la notion de la mort du fœtus antérieure à sa naissance, pourrait trancher aussi les doutes relatifs à l’infanticide et à la survie réciproque de la mère ou de l’enfant , le cas échéant de la mort de la mère pendant l'accouchement. Les femmes accusées d’infanticide ont presque toujours accouché sans témoins , mais l’expert, en les interrogeant sur cequ’elles ont éprouvé avant et pendant l’accouchement, peut acquérir quelques lumières sur la validité d’une assertion que presque toutes émettent pour se justifier : à savoir que l’enfant était mort en naissant. Si l’accusée décrit avec précision l’ensemble des symptômes auxquels les accoucheurs reconnaissent la mort de l’enfant avant ou pendant l’accouchement, il sera permis d’ajouter quelque foi à son dire, car on ne peut la supposer assez instruite pour mentir avec vraisemblance. Nous avons déjà donné dans la leçon de l’infanticide les signes de mort du fœtus avant la naissance , tels qu’on peut les trouver sur le cadavre de l’enfant. La question de survie, relative à la mère et à l’enfant, ne peut guère s’élever que lorsque la mère a été trouvée morte à côté de son enfant également mort; ou bien lorsque l’opération césarienne a tiré du sein de lanière, déjà morte, un enfartt qui aurait donné quelques signes obscurs d’existence. Lorsque
l’accouchement a lieu devant témoin , les preuves testimoniales peuvent toujours établir lequel des deux est mort le premier , au cas que la distance entre ces deux événements ait été appréciable. En cas de doute, la loi a décidé la question de survie dans les articles 720 et 72 1 du code civil que nous allons transcrire :
« Si plusieurs personnes respectivement appelées à la succession l’une de l’autre succombent dans un même événement sans qu’on puisse reconnaître laquelle est décédée la première, la présomption de survie est déterminée par les circonstances du fait, et à leur défaut par la force de l’âgé et du sexe.
» Si ceux qui ont péri avaient moins de quinze ans, le plus âgé sera présumé avoir survécu ; s’ils étaient tous les deux au dessus de soixante, le moins âgé sera présumé avoir survécu ; si les uns avaient moins de quinze ans et les autres plus de soixante , les premiers sont présumés avoir vécu. » Voyez l’article 722.
Répondons d’abord à une objection élevée par Fodéré, qui a voulu contester que l’article 721 s’appliquât au cas de mort de la mère et de son enfant , attendu , dit-il , que l’enfant n’a pas d’âge. Toutes les fois que la question de survie est posée , l’enfant est né artificiellement par une opération de l'accoucheur , ou naturellement par l’effort des organes de la mère; bien plus , il a respiré ou donné quelque autre preuve de vie , donc son existence extérieure a une date ; il a un âge , quelques heures , un quart d’heure, une minute, n’importe; il rentre dans les prévisions de l’article. Il y a dans l’article 721 une lacune apparente. Aucune disposition formelle n’est faite pour le cas où des deux individus morts ensemble, l’un a moins de quinze ans , l’autre plus de quinze, mais moins de soixante. Toutefois , l’article déclare que celui qui a moins de quinze ans est présumé avoir survécu à celui qui en a plus de soixante ; donc , si celui qui a moins de quinze ans se trouve avec un individu âgé de moins de soixante, il sera présumé n’avoir pas survécu , puisque la présomption contraire ne tenait qu’à la condition de soixante ans passés. Maintenant , supposons que les renseignements précis manquent lorsque la mère est morte en couche et l’enfant mort en naissant, il faudra le cas extraordinaire de l’âge de soixante ans pour la mère, pour qu'elle soit censée
SURVIE DE LA NÈrE OÜ DE L’ENFANT , ETC. 187
oir succombé la première. Si la mère noins de quinze ans, les termes fords de l’article 721 décident la survie sa faveur. Cependant les circonstans peuvent s’opposer à l’application de s termes, puisqu’entin la présomption • survie est encore plus forte pour la ère âgée de plus de quinze ans. Les disisitions de cet article s’appliquent à la i qui règle les successions : l’enfant t-il survécu? il a hérité , et en transat la fortune à son père. Au contraire, t-il mort le premier? la succession de mère doit retourner à sa famille , à oins que des disposiiions particulières en aient autrement ordonné. Cette alrnative crée deux intérêts également lissants qui veulent chacun soutenir la rvie , l'un au moyen des circons/ans des faits , l’autre par l’application s présomptions établies par l’art. 721.
; médecin légiste intervenant dans ce bat, peut, avons-nous dit , apporter s lumières, en considérant les signes à , avant et pendant l’accouchement , mvaient annoncer la vie ou la mort du dus. Ici, nous retrouverons pour chaie signe isolé même insignifiance , ce mte qui nous a affligé toutes les fois le nous avons eu h fournir les éléments un pronostic. Heureusement l’enseme est plus significatif. Cet ensemble , ms l’avons déjà exposé en parlant de la aie grossesse ; il faut y ajoutér la conlération de l’état de la mère, ses malies, son hygiène, son exercice, ses tssions. On s’informera de ce qui a lieu sndanl l’accouchement. A-t-il clé long, idible , compliqué de syncope, d'héorrhagie utérine , de convulsions , d’isie prématurée du cordon ombilical?
'enfant était-il bien ou mal situé?
iclle partie présentait-il? est-il sorti ilurellement ou à l’aide de la main ou ’s instruments de l’accoucheur. Les siîes de la mort de l’enfant dans le sein ; la mère sont plus positifs et plus diu ts ([uc ceux de la vie. Après avoir excité de grands mouvements, des soubremls, des convulsions véritables, l’cnnt. est tout a coup resté immobile , et la tère rie I a plus senti remuer. La matrice semble ne plus contenir qu’une masse lerle qui. se portait à droite, à gauche, i avant , en arrière , selon les mouveicnfs de la mère, à peu près comme ou.s l’avons déjà décrit pour les moles, a femme a éprouvé des lassitudes, des tillements, des nausées, des maux de te : peu de temps après, le ventre s’est
affaissé , le nombril est rentre ; le visage a pris une couleur terreuse , les paupières se sont plombées ; puis est venu la fièvre lente, l’inappétence, la tristesse. L’haleine était fétide , les mamelles affaissées. Baudelocque cite un cas où , après avoir offert cet ensemble de symptômes à la suite d’une chute, une femme accoucha pourtant à terme d’un enfant faible, mais vivant. Ce fait est exceptionnel. Si le fœtus mort séjourne quelque temps dans la matrice , et que les membranes viennent à se déchirer , la femme rend des eaux roussâtres , noirâtres môme, et d’une fétidité insupportable.
On a vu cependant les membranes conserver leur intégrité jusqu’à l’accouchement , mais alors on remarque , outre la cessation de tout mouvement du fœtus , l’issue de matières troubles, bourbeuses, noirâtres et d’une odeur putride. Les parties du corps de l’enfant qui s’engagent les premières dans le détroit sont flasques au tact. Le cuir chevelu, si c’est la têle qui se présente, n’offre, au lieu du bourrelet élastique et rénitent , signe ordinaire de la vie , qu’une chair mollasse qui se déchire aisément : les os du crâne vacillent et chevauchent ; si le corj don ombilical sort , on n’y sent plus de pulsations; il est putréfié. L’état du cadavre, tel qu’on en aura relevé l’examen après la naissanee, se rapportera à la description que nous en avons donnée (leçon 31e). Avant d’acquérir ce complément de certitude, il faut se défier de quelques-uns des signes que nous avons mentionnés. Ainsi, la fétidité des eaux amniotiques peut tenir à la présence du méconium rendu prématurément par l’enfant, dont le ventre auraitété comprimé; leur couleur rousse pourrait tenir au mélange d’un peu de sang. TJn fœlus mort pourrait aussi tromper sur l’état de son frère jumeau encore vivant. La mollesse, le détachement de l’épiderme , une apparence de décomposition plus avancée dans un membre déjà sorti , ne sont pas dessignes infaillibles de mort de l’enfant. Les accoucheurs ont vu des enfants venir vivants, malgré la couleur livide du cordon cl de l’arrière— faix. Vicq-d’Azyr a raconlé l’histoire d’un enfant présentant un bras qui parut gangrené, et que le chirurgien crut devoir amputer. L’enfant naquit vivant. La même circonstance s’est reproduite en France, et a donné lieu à un procès déplorable. Enfin, être arrêté cinq ou six jours au passage, même après l’écoulcnient des eaux , n’est pas
ISS MEDECINE
une preuve de mort. On sait bien que le témoignage de l’accoucheur ou de la sage-femme -qui auront assisté la mère, mérite de la part de l’expert une confiance plus grande que les dires des autres personnes qui ont pu se trouver à l’accouchement.
Fodéré a résumé, dans les cinq catégories suivantes, les cas les plus fréquents de mort de la mère et de l’enfant.
Pertes et commisions. L’enfant et la mère peuvent échapper, si la perte n’est occasionnée que par un décollement partiel du placenta. Si le décollement est total, la mort arrive, mais c’est l’enfant qui périt le premier. Le cœur de la mère pourra être plus long-temps excité par le reste du sang qui y revient des extrémités, lesquelles, comme il est évident, sont plus éloignées de ce viscère dans les adultes que dans les enfants. Dans le cas de convulsions, les mouvements du fœtus cessent entièrement long-temps avant la mort de la mère : cette circonstance , jointe à la frêle nature de l’enfant, doit faire présumer qu’il est mort le premier.
Accouchement prématuré. Cet accouchement est plus dangereux que l’accouchement à terme. Plus il s’éloignera du terme naturel , plus le danger sera grand pour l’enfant ; il a moins de force pour résister au travail.
Enfant très-volumineux ou monstrueux. L’enfant périt le premier.
Femme primipare , âgée ; femme accouchant de jumeaux. Dans tous ces cas, la mère succombe la première , à cause des douleurs vives ou prolongées de l’enfantement.
Maladie aigue de la mère. La mère succombe la première ; elle a subi les dangers de la maladie et de l’accouchement ; l’enfant échappe très-souvent à la maladie.
M. Capuron, qui a repris en sous-œuvre ce travail et en a contesté toutes les conclusions , n’a pas réussi à y substituer quelque chose de meilleur ou de plus positif. Son expérience personnelle d’accoucheur lui a aisément fourni des observations pour appuyer ses doutes; mais Fodéré a établi des propositions générales, résultat d’un grand nombre de faits, et non l’expression de quelques cas exceptionnels. Ces propositions sont pour la plupart trop raisonnables pour n’être pas vraies. Pour les contredire théoriquement, il a fallu tergiverser en alléguant tantôt la ténacité de la vie du fœtus, tantôt la fragilité de son existence. Le même,
LÉGALE
M. Capuron , se joint à Belloc et à Suc pour attaquer la décision de la chambre impériale de Westlar et la consultation citée dans les Pandectes de Michel Bernard Valentini. La chambre de Westlar déclare que l’enfant ne peut périr qu’après avoir été privé par la mort de la mère de l’aliment qu’elle lui fournissait. Le critique donnait implicitement raison à la première proposition de Fodéré, qui a nié que dans l’hémorrhagie l’enfant survécut à la mère : c’est pour ce cas, surtout, que la décision de la cour nous parait rédigée en termes trop absolus. Pour le cas de maladie, elle est plus admissible; elle confirme la cinquième proposition de Fodéré. Il en est de même des cas cités dans les Pandectes de Valentini : une femme perdit la vie dans un accouchement laborieux ; les témoins n’eurent pas le soin de remarquer si l’enfant, qui mourut aussi, avait ou non survécu à sa mère. Les médecins ayant considéré d’un côté la délicatesse de l’enfant qui avait eu tant de peine à naître, de l’autre, l’épuisement où la mère avait été réduite par la longueur et la difficulté du travail , décidèrent que la mère était morte la première à cause de cet épuisement.
Jumeaux , superfétation. — Que la matrice porte plus d’un enfant et que ces enfants naissent à la fois ou à peu de distance l’un de l’autre : on les appelle jumeaux. Il est rare que les jumeaux dépassent le nombre de deux.
On a cependant plusieurs exemples de trois, de quatre , et même de cinq enfants nés à la fois. Nous avons déjà noté dans le tableau des monstruosités qu’au delà du nombre deux , il était rare que les jumeaux vécussent. Les jumeaux naissent d’ordinaire à quelques heures d’intervalles , parfois à quelques jours. Si cette distance se prolonge au delà du douzième ou du quatorzième jour, à plus forte raison quand un ou plusieurs mois s’écoulent entre une première et une seconde naissance , on dit que l’un des fœtus a été surconcu, c’est-à-dire formé dans la matrice lorsqu’un premier fœtus l’occupait déjà. Celte épigenèse ou surconception, s’appelle superfétation.
Hippocrate, Aristote, Pline, ont notamment connu et décrit la superfétation. Marcellus Donatus, Gordon, Cardan, Fernel, Schenkius, ont appuyé de nouvelles preuves l’opinion des anciens.
Brassavale en a vu un si grand nombre d’exemples qu’il a écrit un peu hyper-
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liquement que de son temps la surfélation était épidémique. Gaspard tuhin , entre plusieurs cas dont il a ; témoin, cite celui d’une femme qui coucha à terme d’un foetus acéphale ; x semaines après , elle fait un enfant > î était bien conformé, et qui a bien ■eu. Par sa consultation soixante-seize, icchias conserva l’honneur à une mère îa possession d’état à un enfant qui ait né dans les circonstances suivantes:
lurette P ... perd son mari, qui est
é dans une rixe ; huit mois après cette jrt , la veuve accouche d’un enfant il conformé, qui meurt en naissant. La re-femme fait de vains efforts pour traire un second enfant qui maintenait térus gros, et dont elle avait reconnu présence. Un mois et un ou deux jours rès, nouvelles douleurs d’enfantement naissance d’un enfant bien portant, s parents de Jean-JNicolas Sabreis ,
oux de Laurette P contestent
et enfant le droit de succéder, et le Hendent il légitime. Zacchias, consulté, >ond que l’un des deux a été surconçu, is que ce n’était pas celui que la date sa naissance semblait désigner comme . Qu’au contraire , celui-ci avait été mé le premier et était né à terme avec i entier développement. Celui qui ait été surconçu avait été gêné dans croissance et était mort en naissant int terme; il n’avait guère que huit -is , et peut-être avait-il été créé par mari, la veille de sa mort violente. Le deur Parson a cité, et après lui Buffon onte dans son histoire naturelle l’acichcment d’une femme de Charles w n , qui mit au monde , presque en me temps , un enfant blanc et un ent noir. Forcée de donner une expliion par ce témoignage flagrant de son idélité , elle avoua qu’un nègre qui la vait avait obtenu ses faveurs par des naces. Plusieurs autres faits du même ire ont eu lieu dans le pays où deux es d’hommes vivent ensemble. Foé en cite un comme arrivé à la Guaoupe.Un journal médical deIS cw-York raconte un autre arrivé le 20 avril 23. Le docteur Norton est appelé au- ■3 de Marie Johnson, fille de couleur, ’il accouche d’abord d’un enfant noir, quelques heures après d’un enfant rfaitement blanc. D’après les renscicmenls de là mère , le premier était au me de huit mois, le second, au conirc , n eu avait pas plus de quatre, ccoucheur cl un médecin de ses amis
constatèrent par l’examen des enfants la vérité de l’asserlion delà mère.M. Briand, dans son Manuel , rapporte le cas suivant sans indiquersa source. Marie-Anne Bigaud de Strasbourg, accoucha à terme d’un garçon vivant, le 31 avril 1718 , à dix heures du matin. Un mois après, M. Leriche , chirurgien-major de l’hôpital , s’assura par le toucher que l’utérus contenait encore un fœtus. Le 16 septembre , à cinq heures du matin, la femme Bigaud accoucha en effet d’une fille vivante, que l’on reconnut aussi être parfaitement à terme. Or, du 30 avril au 16 septembre, il y a quatre mois révolus ; par conséquent Anne Bigaud n’était qu’à demi-terme du second enfant , quand elle accoucha du premier. Elle devint de nouveau enceinte en 1755 , et sa grossesse n’offrit rien de particulier. A sa mort, arrivée en 1755, à la suite d’une maladie aiguë , le professeur Eisenmann ouvrit le corps , et trouva la matrice exactement conformée comme chez les autres femmes.
M. Desgranges de Lyon a communiqué à Fodéré cette fameuse déclaration faite par-devant notaire. Benoîte Franquet , femme de Raymond Villard , accoucha d’une fille huit mois après une fausse couche et sept mois après la conception. Celle couche ne fut point suivie des effets ordinaires, point de lochies, point de fièvre ; le ventre conserva un certain volume , point de lait aux seins. D’ailleurs , aucune incommodité. M. Desgranges , consulté pour décider à quoi tenait l’état du ventre , croit à la présence d’un second enfant. Trois semaines après la couche, la femme sent les mouvements de cet enfant, et le 6 juillet 1780, elle accoucha d’un autre fille, cinq mois et seize jours après la première. Cette fois , les suites ordinaires de couches eurent lieu ; la fille fut nourrie par la mère. Benoîte Franquet se présenta aux notaires avec scs deux enfants bien portants et munis de leurs extraits baptistaires ; elle déclara avoir voulu donner à cet événement l’authenticité nécessaire à sa certitude, autant pour témoigner sa gratitude à IM. Desgranges que pour la satisfaction de fournir aux femmes qui peuvent se trouver en pareil cas, et dont les maris seraient morts avant la naissance des deux enfants, un titre en faveur de leur vertu et de l’état du second enfant. M. Desgranges remarque que la seconde fille n’a pu être conçue apres la naissance de la première , car
Raymond Villard ne se rapprocha de sa femme que vingt jours après , ce qui n’aurait donné au second enfant que quatre mois vingt-sept jours. Haller déclare qu’en principe, la superfétation devrait être admise d’après ce seul fait, qu’on a vu des femmes concevoir et amener à terme une grossesse , quoique leur matrice renfermât depuis long-temps un fœtus endurci et ossifié. Ambroise Paré , Dulaurent, Valvedra, ont nié la superfétation sans aucune raison solide. Mauriceau a quelque répugnance pour croire à la superfétation , parce que sa pratique ne lui en a jamais offert d'exemple. Baudclocque n’y croit que dans les cas de matrice bilobée ; il estime que dans toute autre circonstance, leséjour dusecond fœtus n’a été dû. qu’à la maladresse de l’accoucheur. L’autopsie de la femme Bigaud contredit formellement la première partie de l’assertion de Baudelocquc, qui a été contredite depuis par MM. Millot et Bousquet. La seconde partie est suffisamment réfutée par tous les faits authentiques de superfétation , et par la vie et la maturité des enfants nés en second lieu. A défaut de cloison , on a voulu invoquer la disposition bicorne de la matrice de quelques femmes, signalée par Morgagni. Cette disposition est naturelle aux femelles de plusieurs animaux chez lesquels on a observé la superfétation ; mais Fodéré a répondu avec raison que, pour expliquer par là la superfétation , il faudrait trouver sept ou huit cornes dans la matrice des femelles qui font sept ou huit petits.
Pendant quelle durée peut-on admettre la superfétation ? la glose ou loi religieuse citée parZaechias, borne la possibilité de la superfétation aux quarante premiers jours de la grossesse. Zacchias étend celte durée jusqu’au soixantième jour. Il estime que passé ce terme elle ne serait pas possible , parce que le fond de l’utérus est déjà trop développé et que le premier fœtus tient trop de place. D’ailleurs , une seconde conception ne pourrait que nuire à elle-même et à la première. Les faits de la femme Ligand et de Benoîte Franquet prouvent clairement que la possibilité de la superfétation doit être étendue jusqu’au cinquième et peut-être jusqu’au sLième mois. Dans l’opinion commune, les jumeaux sont plus connus que les superletations. Cette opinion repose sur une supposition qui ne me parait nullement établie sur de bonnes preuves : c est que
l’on a des moyens certains de reconnaître les vrais jumeaux ou enfants produits par un seul coït. Hippocrate a bien dit : quæ gemellos geslat , eâdem die parti , velut concipit. Mais la mulâtresse de New- Yorlc est accouchée simultanément de deux enfants inégaux d’âge et de développement. L’égalité de développement est rare même chez les jumeaux qui passent pour contemporains. La faiblesse constitutionnelle de l’un de ces frères le fait presque toujours périr prématurément.
Dans la superfétation, dit-on encore, , chaque enfant a un placenta particulier : d’accord, maislesjumeaux ont-ilstoujours un placenta double ou commun; et le placenta double ou commun ne peut-il pas provenir d’un rapprochement ou de la distance de la venue au monde : or, quand la superfétation aura eu lieu à quelques jours de distance , le fœtus moins mûr de quelques jours , pourra bien sortir avec son frère à terme comme l’enfant nègre et l’enfant blanc de Charlestown. Sénèque disait que la superfétation était une des choses les plus difficiles à connaître. Les doutes que nous venons d’exprimer feront peut-être conclure la même chose pour les jumeaux. Les questions légales auxquelles la superfétation donne lieu le plus souvent sont celles de viabilité. Le médecin a a décider si d’après le développement du fœtus on peut le croire conçu depuis 180 jours. Âous parlerons de la viabilité dans le chapitre suivant.
La superfétation ou la génération peut en outre soulever d’autres difficultés.
Qu’un homme reconnaisse un enfant naturel avant l’accouchement , la mère accouchant de deux enfants, la reconnaissance aura-t-elle son effet par rapport à tous les deux? M. Brosson pense que la reconnaissance doit profiter à l’un et à l’autre, parce qu’elle avait en vue le fruit du ventre, quel qu’il fût, et que la reconnaissance une fois faite ne peut subir de modifications comme étant article de l’état civil.
Autre question. Deux enfants étant nés d’une même grossesse, la reconnaissance
de l’un d’eux seulement postérieurement à la naissance doit -elle explicitement s’appliquer à l’autre? Le même jurisconsulte veut que celui-là seul profite delà reconnaissance auquel elle est spécialement dévolue, parce que la reconnaissance est un acte dépuré faculté et que la recherche de la paternité est interdite. Il arguë pour cela de la possibilité de la superfétation.
NAISSANCES prématurées et tardives.
La naissance de deux jumeaux dans une mille où quelque privilège était altalé à la primogéniture a lait long-temps mtever la question de savoir lequel •ait été conçu le premier. Plusieurs mé- •cins ont soutenu que le premier formé plaçait plus profondément dans Tutus et se trouvait ensuite en second *ng pour sortir, à peu près comme dans .» cas que nous avons emprunté à Zachias. Quoiqu’on exigeât unjmoindre in- >rvalle entre la sortie de ces enfants our les appeler jumeaux , on les regarait implicitement comme conçus en plueurstemps ou surconçus, puisque la gééralion véritable devrait être le produit un seul coït, et qu’alors l’âge des deux •ères serait réellement identique. La loi ni nous régit main tenant s’est affranchie e toutes ces difficultés, en datant l’âge u moment de la naissance et non pas e celui de la conception.
L’article 314 du Code civil est ainsi onçu : « L’enfant né avant le 180e jour u mariage ne pourra être désavoué par : mari dans les cas suivants : 1° s’il a a connaissance de la grossesse avant le lariage ; 2° s’il a assisté à l’acte de naismee et si cet acte est signé de lui ou antient sa déclaration qu’il ne sait siner ; 3° si l’enfant n’est pas déclaré iable. » Cet article et l’article 312 que ous donnerons dans le chapitre suivant ournissent des moyens de résoudre Dûtes les questions relatives à la légitiîilé des enfants surconçus. M. Capuron supposé le cas suivant : une veuve acnichée d’un premier enfant à terme se emarie bientôt après les relevailles, et vant l’expiration de dix mois de deuil xés par l’article 238 du Code civil. Elle ccouche peu de temps après ce second aariage d’un second enfant aussi viable aie le premier. A qui appartient ce seond enfant, au premier ou au second iari ? si l’enfant naît viable avant le 1 80e Dur à compter de l’époque du second lariage , le second mari pourra le désvouer et il appartiendra de droit au Aariage précédent s’il ne s'est pas écoulé rois cents jours depuis le décès du prenicr mari. Dans le cas contraire, il n’aplarliendrait ni au premier ni au second, 1 serait réputé enfant naturel, sauf les Impositions de l’article 314 précité.
M Orfila fait une autre supposition :
inc femme ayant perdu son mari dans le îcuvième mois de sa grossesse, accouche m bout de quelques jours, se remarie /ingt jours après, nonobstant l’art. 225 ,
et accouche au bout de huit mois d’un enfant à terme et bien portant. Auquel des deux maris cet enfant doit". il appartenir? MM. Brosson et Briand nient que dans ce cas il y ait doute ou probabilité de superfétation. « Lors de la naissance du second enfant neuf mois se sont écoulés depuis la mort du premier mari, il faudrait donc supposer que la seconde conception ait eu lieu la veille pour ainsi dire de la mort et dans les derniers instants de la première grossesse , double supposition que réprouvent les lois de l’organisme; encore faudrait-il que cette seconde grossesse se fût prolongée au delà du neuvième mois. L’enfant doit donc appartenir certainement au second mariage et doit être déclaré enfant légitime du second mari, puisqu’il est né dans le délai du 180e au 300e jour à compter du second mariage. » Il nous semble que cette décision , bien que conforme au bon sens, pourrait être chicanée en vertu du texte même de la loi. Car enfin, 300 jours se sont écoulés depuis la mort du premier mari : ce mari peut être mort de mort violente, comme Nicolas Sabreis, et la loi n'a fait aucune réserve pour les cas de superfétation.