VIRGINITÉ, HYMEN
la morale relâchée du 18* siècle l’incrédulité de Buffon. Au temps où le grand écrivain vivait, on était méprisé si l’on n’était pas galant, et l’on n’était pas galant si l’on n’accablait pas desarmes du ridicule, quiconque s’avisait de gloser sur les faiblesses du beau sexe. Mais où est la galanterie , où est le mépris de la vertu du beau sexe à regarder comme chimériques les préjugés des hommes relativement à de prétendus signes certains de la virginité du corps? Soutenir la réalité de ces signes eut été, ce me semble, un moyen beaucoup plus sûr pour accuser les femmes. Admettre l’existence de l'hymen eût été une source inépuisable d épigrammes , et contre les amants qui ne rencontraient pas cette fleur chez la jeune maîtresse dont ils se flattaient d’avoir perverti l’innocence ; et contre les maris, qui acquéraient dans le lit nuptial la preuve qu’un autre avait enlevé des prémices à leurs droits officiels. Au lieu de cela, Buffon, niant la merveilleuse membrane , affranchit les femmes des soupçons et don ne aux amants, aux époux une sécurité dont il ne faut pas rire. Ce n’est pas l’hypocrisie du vice, c’est celle de la vertu que je reprocherai à Buffon dans cette circonstance , car il fait semblant de mépriser la virginité physique qu’une coinplexion lubrique comme la sienne devait estimer beaucoup, et que probablement sa mauvaise étoile l’avait condamné à ne jamais rencontrer ni comme homme , ni comme savant, ni au lit ni à l’amphithéâtre.
La virginité physique a toujours existé chez chaque femme pendant un temps plus ou moins long; et souvent la présence de l’hymen a été son principal signe. Un indice encore plus général de la virginité est l’effusion du sang aux premières approches de l’homme. Ce sang peutêtre fourni par la rupture de l’hymen, ou en son absence, par le déchirement de quelques vaisseaux des parois vaginales subitement élargies; la croyance à la cruen talion de la vierge est une des plus universellement répandues, et chez les peuples naïfs où toutes les parties du mariage, ou peu s’en faut, sont publiques, le sang est montré comme un témoignage de la chasteté de l’épouse et de l’honneur du mari : quare et rnovaicce legcs et muttorum populorum cousue tu do hoc si emirn serrât ce castitalis et rcquirunt et os/entanl.( Haller, Élem. phys.) La civilisation plus avancée mure la vie privée.
Est-ce progrès de la défiance ou de là
pudeur ? Dans les pays où l’effusion du sang était regardée comme la preuve obligée de la virginité de l'épouse, l’absence de ce signe devait courroucer le mari et la sollicitude des femmes devait avoir cherché des moyens pour le tranquilliser toujours. Car l’expérience devait avoir montré que les plus innocentes ne donnaient pas toujours du sang , surtout quand elles n’étaient pas mariées très-jeunes; ensuite, quelques femmes pouvaient avoir anticipé sur les plaisirs du mariage. Les versets de 13 à 21 du 22e chap. du Deutéronome sont le code de la procédure usitée chez les Juits en pareille occasion.
La femme qui n’avait pas ensanglanté le lit nuptial pouvait, sur la plainte du mari , être condamnée à la lapidation.
Les Juifs modernes se montrent partout aussi exigeants. A Alger, les jeunes blanchisseuses juives, quand elles sont trop vivement pressées par les Français, leur disentdans leur patois franc quandomi chapar omber mi noteins sein, que. Ce motif n’arrête pas toujours les Français et cependant nous n’entendons pas dire qu aucun mari israélite ait renvoyé aux parents de sa femme son caleçon non taché de sang, ni que Te rabbin ait condamné 1 épousé à être lapidée. C’est que probablement les juives d’Alger ont lu les Mille et une Nuits et ont appris les moyens de tranquilliser les maris les plus exigeants. Le sang de chevreau ou de poulet tache le caleçon aussi bien que le sang de femme vierge ; d’ailleurs les mères adroites reculent la célébration du mariage jusqu’au moment
où les règles de la fille vont faire éruption , et cette éruption est presque toujours décidée par l’excitation que produisent les caresses conjugales. Dans la
Bible anglaise , les versets déjà cités du Deutéronome sont accompagnés de la note suivante, qui appartient au docteur Geddis: Quoiqu’on puisse dire pour ou contre celte loi , quatre choses paraissent cert iines : 1° toutes les femmes donnent naturellement les signes de virginité dont il est ici question ; 2° cependant ces signes peuvent être perdus (ne pas paraître au moment de la consommation du mariage ), sans que pour cela la femme ait eu commerce avec un autre homme ; bien plus sans qu'il y ait eu le moindrement de sa faute; 3° dans l'Orient, l’éducation des femmes tend à prévenir pareils accidents; 4° la coutume mosaïque dure encore en Arabie et dans d’autres pays, quoique l’absence des signes de virginité
LÉGALE
n’y soit plus punie aussi rigoureusement, Un autre annotateur, le docteur Dodds, ajoute que les Juives étaient mariées b l’âge de douze ou treize ans.
Eu Ethiopie, on a cherché des garantie:
encore plus certaines que celles de 1; surveillance des parents. Peu de temp:
après la naissance des filles, on coud le grandes lèvres après en avoir incisé b bord : une inflammation adhésive le soude jusqu’à leur commissure supérieure où l’on a laissé un fort petit pas sage pour l’urine. Zacchias rapport cette coutume avec quelque défiance su le dire des voyageurs; elle m’a été confir mée par des témoins dignes de foi. Ce vierges cousues sont exposées publique ment dans les bazars d’Alexandrie et di Caire : le marchand détruit la coutur d’un coup de rasoir avant de les livre au maître qui les a achetées.
L’hymen, en se rompant, laisse sur le côtés des grandes lèvres des débris qt forment ce qu’on nomme les caroncule myrtiformes. Si la rupture de l’hyme n’est pas toujours une preuve de défio ration, son intégrité n’est pas non plu une preuve certaine de virginité. Severi Pineau raconte que deux jeunes persor nés reçurent dans le temps des règles h embrassements d’un homme sans éprou ver la moindre déchirure de l’hymer Gavard a vu une fille de treize ans ayar gagné la maladie vénérienne dans un lie public, et qui cependant conservait encor celte membrane. Mauriceau l’a vue dan son intégrité chez plusieurs femmes en ceintes. Ruisch , Meckel , Walter, Bau delocque et M. Capuron ont vu des ai couchcments retardés par un hymen qu’ a fallu inciser. Zacchias a explique av< beaucoup d’adresse les mécanismes d vers par lesquels la fécondation et mèn l’intromission pouvaient avoir été op rées dans tous ces cas sans rompre membrane.
Pour que le resserrement de l’orifi du vagin indiquât la virginité , il fai drait que sa dilatation fut toujours sigi de défloration. Or, il n’en est pas ains la propreté excessive fait abuser d bains, des lotions. Les uns et les autr relâchent cct orifice. Les fleurs blanche la menstruation, les progrès de 1 âge, pr duisent le même effet. L’orifice de la ni trice est arrondi chez les femmes q n'ont pas encore été mères ou qui ne so pas grosses; mais la circonstance de virginité ou de la défloration sans gro sesse ne produit aucun changement sc
DEFLORATION ET VIOL ,
c dans cet orifice. Les auteurs citent ore plusieurs autres signes pai lests ils espèrent distinguer ces deux s. Rio la n et Pineau ont dit que les Is du pubis étaient plats chez les rges. On a parlé du changement du bre de la voix et de la couleur du melon ; de l’odeur de la transpirai ; le gonflement du cou est un signe s célèbre, sans être plus certain. Roic à Castro et Mercurialis l’ont rapté d’après ces vers de Catulle :
on illam nutrix Orienli lace révisais eslcrno poleril collnrn circnmdare Jilo.
1 ineau dit qu’un (il qui a la longueur i’extiémité du nez à la suture coronoicta e d’une vierge, peut aussi faire our de son cou ; il ne le peut plus après léfloration. Codronchius attachait de iportance à l’observation des urines :
■s sont ténues chez les vierges. Pline, ilicn Macer, parlent d'une pierre gaev (jayet ou agate), qui, avalée après s jours de macération dans l’eau, f ai— rendre l’urine immédiatement aux mes privées de leur fleur. Le même t était attribué aux fumigations de irs de l’épathe , de mélianthe , de xyoès, d’ambre jaune. Pierius Valeria- . dit que les abeilles piquent avec ? promptitude et un acharnement pariliers les individus qui ont exercé le t et particulièrement les femmes. Tous moyens sont relégués depuis longps dans les mêmes régions que l’anu de la reine Berlhe, qui, comme ou , avait la terrible propriété de signal’infidélité des femmes.
.a virginité a donc peu désignés écris; par conséquent, son absence ne it se reconnaître avec certitude , surl si l’expert appelé à la constater ne ite la femme que quelque temps après unement dont elle se plaint. L’acchement cause des délabrements aunent profonds que ceux du viol le s manifeste; cependant, nous l’avons au Imîu t de dix jours, les traces en il douteuses. Si l’on peut affirmer i la femme est accouchée, on ne peut igner une date certaine à l'accouchent Le passage de l’homme laisse des ces beaucoup moins visibles que le ;sage de l’enfant. Ainsi que Salomon disait dans ses Proverbes (clnp. xxx , 19), ces traces ne peuvent pas être s visibles que celles du serpent sur pierre, de l’oiseau dans Pair, du vaisu dans la mer. Mais c’est lorsque le