EXAMEN COMPABATIF DES DIVERSES MÉTHODES DE RÉSECTIONS
Le tibia a été le siège le plus fréquent de ces succès , puis les os de l’avant-bras et le péroné. Dans ces cas , l’os congénère , intact , sert d’attelle , maintient la longueur du membre, et favorise le rétablissement de la continuité osseuse par un véritable cal.
Nous avons montré que la proligération des cellules périostiques, étendues sous formes de bandelettes , de lamelles , d’arborisations d’un fragment à l’autre, jouait le principal rôle dans ce travail de consolidation auquel pouvaient également participer les cellules de la moelle et celles du tissu connectif environnant. Nous avons également démontré (voy. notre comm. à l’Acad. des sciences du 29 septembre 1864 et Traité de l’évidement) que l’os congénère acquérait des dimensions plus considérables qu’à l’état normal , qu’il pouvait doubler et tripler le volume et devenir capable de se substituer à l’os blessé , affaibli ou interrompu dans sa continuité, et en remplir les fonctions. Dans les résections articulaires , les os tendent à se mouler l’un sur l’autre et à reprendre leurs formes primitives et jusqu’à un certain point leur mobilité sous l’influence de l’action des muscles que l’on est parvenu à conserver. Les jetées osseuses, provenant du périoste, sont plus nuisibles qu’utiles, par les obstacles qu’elles apportent au rétablissement des , mouvements et par les ankylosés , vraies ou fausses, dont elles deviennent trop souvent la cause.
Il est cependant plus fréquent de voir les os réséqués dans leurs continuité se rétinir par contact direct et sans reproduction intervallaire. L’os congénère se courbe, se fracture, ou se luxe, comme MM. E. Bœckel , Radat etc. en ont cité des exemples , confirmatifs de ceux que nous avons publiés , ou bien le cal ne se fait pas et est remplacé par du tissu fibreux.
Les résections sous-périostées ont pour but la reproduction de nouveaux os , et il serait d’un incomparable avantage de pouvoir remplacer ainsi des os malades par des os sains. Malheureusement on ne paraît , jusqu’ici , avoir réalisé ce résultat que dans des cas de nécrose , où de nouveaux os se reproduisent spontanément , et où les résections sous-périostées ont le grave inconvénient d’enlever les couches osseuses de nouvelle formation , en même temps que les séquestres, et compromettent non-seulement la régénération régulière de l’os , mais encore les membres et la vie. Les observations de MM. Larghi, Borelli, Aubert de Mâcon, Giraldès, Kreuz y Manso, suivies de succès, ont toutes été pratiquées dans des cas de • nécrose, avec ostéite, et l’extraction des séquestres aurait été moins grave, plus rationnelle et d’une réussite plus assurée. N’est-il pas complètement illogique d’enlever un os en partie reformé sous le prétexte de le mieux reproduire, et n’est-il pas préférable de le
RÉSECTIONS EN GÉNÉRAL.
conserver ? Il faut en outre se rappeler que toute suppuration du périoste en détruit ,■ si ce n’est toujours , au moins pour un temps très-long, les propriétés ostéogéniques, et que, dans la plupart des cas où la résection sous-périostée semblerait applicable, le périoste est déjà malade , suppuré, ulcéré et dans des conditions d’ossification très-peu favorables. On a cité , sans en apporter la preuve , une foule de guérisons extraordinaires, et chaque opérateur paraissait vouloir défier à cet égard toute rivalité. Un chirurgien considérable a raconté axoir réséqué un maxillaire inférieur dont les dents, mobiles et vacillantes , adhérentes à leur seule gaine périostée , avaient été bientôt entourées et raffermies par un nouvel os. M. le professeur Sarrazin a jugé avec autant de sévérité que de justice de pareils miracles {Gaz. méd. de Paris , janvier 1865).
M. Holmes, chirurgien des enfants malades à Londres, fit la résection sous-périostée de la diaphyse tibiale comme moyen de guérison d’un abcès périostique aigu. Tout le périoste fut très-facilement décollé avec une sonde mousse et le doigt, et l’os scié à sa partie supérieure et enlevé avec quelques portions d’os nouveau (la maladie datait d’un mois) et quelques lambeaux de périoste.
L’opération fut pratiquée le 15 avril 1865 , et le l®*" décembre l’enfant était guéri et marchait avec agilité à l’aide d’une canne.. Un nouvel os s’était reproduit et le membre était solide. Les seuls inconvénients , dit l’auteur, étaient : 1“ deux fistules persistantes , l’une en haut , l’autre au milieu de la jambe ; 2® un racourcissement d’un pouce et demi (attribué à une inflammation concomitante de l’articulation péronéo-tibiale et à une luxation consécutive de l’extrémité supérieure du péroné. Une observation de M. Bœckel prouve, ainsi que nos propres expériences l’ont démontré , que cet effort est la conséquence du racourcissement du tibia , le péroné ne suffisant pas seul à résister aux efforts musculaires) ; 3® une ankylosé fibreuse du genou , avec raideur de cette articulation.
En réalité guérison douteuse et résultat peu avantageux. {Gaz. hebdomadaire, p. 321, année 1866. Verneuil et the Lancet 31 mars 1866, p. 340).
Évidement des os. Cette méthode, née de l’évolution régulière des progrès de l’art , comme l’a dit notre illustre confrère et ami M. Littré , consiste à ménager le périoste et à le laisser en contact avec l’os subjacent, dont on creuse et évide l’intérieur, pour en détacher et en extraire les parties malades , et n’en conserver que la couche périphérique , d’une incontestable utilité comme moyen de soutien et de rapports.
Les évidements peuvent se pratiquer sur tous les points des os. Nous avons évidé avec succès l’extrémité inférieure et la mal-