BANDES
paration. S’il faut les faire soi-même, on plie la compresse selon sa longueur, et avec des ciseaux courbes on enlève de distance en distance un onglet de linge sur le dos du pli , et l’on répète successivement la même opération , en laissant entre chaque rangée d’ouvertures des intervalles égaux.
La compresse graduée régulière (g) est celle qui a été pliée plusieurs fois sur elle-même ; si les plis sont rendus de plus en plus étroits , on a une compresse graduée pyramidale ou prismatique (h). On assujettit ensuite les différents plis superposés avecain fil, dont les points doivent être très-étroits du côté où la compresse sera appliquée, et très-larges du côté opposé.
En coupant sur un des côtés d’une compresse une petite bande de linge , de 0™,012 à 0m,015 de largeur, et tailladant un de ses bords, à des intervalles plus ou moins rapprochés, on obtient une bandelette découpée (i) qui est souvent appliquée sur les lèvres des plaiès pour ménager le travail de la cicatrisation.
Nous faisons placer dans les appareils à pansement des paquets de morceaux de compresses plus ou moins irréguliers , qui sont désignés sous le nom de lambeaux. On s’en sert pour essuyer les plaies ou les instruments , et pour tous les usages qui ne réclament pas des pièces de linge régulières et d’une étendue déterminée. C’est un moyen de ménager les bandes et les compresses , et d’utiliser les portions de ces dernières qui ont été divisées.
Bandes. Les bandes sont des pièces de toile, de flanelle, de coton etc., très-étroites, par rapport à leur longueur. Les bandes ordinaires ont 0“,06 de largeur sur 3 mètres de longueur ; il y en a de beaucoup plus petites et de beaucoup plus grandes. Plus la bande est longue et large -, plus elle doit présenter de résistance , et vice versa. En France nous ne nous servons communément que débandés de toile, et on les prépare en les coupant à fil droit , condition sans laquelle elles manqueraient de régularité et s’effileraient d’une manière fort incommode. Dès que la bande est coupée , on la roule sur elle-même en la serrant avec force. On plie d’abord trois ou 'quatre fois sur elle-même l’une des extrémités, puis on la roule entre les doigts , et dès qu’elle offre un peu de consistance , on la place entre le pouce et les auffies doigts de la main gauche ; saisissant alors entre la base du pouce et l’index de la main droite la portion non roulée de la bande qui pend au-dessus et au-devant du petit cylindre que soutient la main gauche, on fait tourner ce dernier sur lui-même entre les doigts et la paume de cette main, tandis que la droite sert à diriger les tours de bande et â les serrer
fortement. Dans les hôpitaux on roule très-régulièrement les bandes
SÉDiLtOT. — Méd. opérât. ^ ^
avec un petit rouet approprié. On prépare de la même manière les bandes de coton et celles de flanelle, dont l’épaisseur et l’élasticité sont souvent utiles.
Pour que les bandes soient bonnes, il faut qü’elles soient douces au toucher, faciles à ployer en tous sens , capables de soutenir une traction assez forte, et sans aucun surjet dur et saillant. Si la bande doit être allongée, on y en ajoute une seconde, en ayant soin de la coudre à plat.
On distingue à toute bande deux chefs et un plein: on appelle chef initial ou commencement de la bande , l’extrémité qui termine le cylindre qu’elle représente après avoir été roulée ; le chef terminal est l’extrémité opposée. Le plein de la bande est la portion comprise entre les deux chefs. La face externe est celle qui regarde en dehors ; l’interne est l’opposée.
Si la bande est roulée en un seul cylindre, on la dit roulée kun globe {fig. 8). Si l’on a roulé séparément chacun des chefs, on a une bande roulée à deux globes, égaux ou inégaux {fig. 9) , selonleur. volume. ,
Fig- 8- . Fig; 9.
Pour appliquer régulièrement une bande , on la tie droite et l’on en développe autour dès parties la face
SPARADRAPS.
de manière à l’assujettir avéc solidité ; il ne faut pas dérouler la bande au fur et à mesure de son application, mais en dégager une certaine longueur, ce qui permet de mieux juger la force de traction que l’on exerce et d’éviter plus facilement les plis. Lorsque la bande est placée autour d’un corps cylindrique , elle s’applique régulièrement; si les nouvèaux tours recouvrent les. derniers , ce sont des circulaires : s’ils en laissent une partie libre , ce sont des dolàires, qui sont plus ou moins ouvertes , selon que la bande ne recouvre qù’un tiers ou une moitié du tour précédent {fig. 10). Si Dn place la bande sur un corps conique , comme sont nos membres , elle fornie des godets , parce qu’elle presse davantage par ùn de ses bords que par l’autre ; - on évite cet inconvénient en pratiquant des renversés {fig. 11) , que l’on obtient en ployant obliquement la face externe de la bande sur elle-même, de la partie la plus large du membre vers le côté le plus étroit, pendant que l’on soutient ce' pli ou renversé avec le pouce gauche: de cette manière, la bande . est successivement appliquée par ses deux faces; mais elle doit denouveau former quelques circulaires , au moment où l’on cesse les renversés. On assujettit ensuite le chef terminal des bandes avéc ^ une épingle. Quelques personnes attachent des rubans à l’extrémité de -la bande , ou fendent cette dernière pour avoir déux chefs etpouvoir les nouer.
Sparadraps. Le sparadrap de diachylon est celui dont on se sert habituellement dans les hôpitaux,- comme moyen agglutinatif. On en compose des rouleaux de plusieurs mètres de longueur, qui permettent de couper des bandelettes plus ou moins longues! Pour tailler les bandelettes dites agglutinatives , on tend , avec l’assistance d’un aide, le morceau de sparadrap que l’on veut diviser, et on le coupe en ligne droite et d’un même coup en pressant ou poussant devant soi les lames de ciseaux bien affilés et peu ouverts. Quant aux croix de Malte, elles se préparent de la même manière que celles de linge.
Le bon sparadrap de diachylon est mince, souple, non cassant, et adhère facilement aux parties sur lesquelles on le pose , après avoir été un peu échauffé; on l’expose un moment sur un fourneau allumé , ou sur un séau métalhque rempli d’eau chaude, ou on l’enroule sur son poignet afin de le rendro plus souple et plus agglutinatif. Si l’on opéré la réunion d’une plaie avec des- bandelettes de diachylon , on place une des extrémités de la bandelette sur un point plus ou rhoins éloigné de la blessure , et on l’y fait maintenir par un aide ; le chirurgien tient l’autre extrémité de la main droite , et , rapprochant les lèwes de la plaie et les
affrontant de la main gauche, il en opère la réunion en appliquant au-dessus d’elles le plein de la blndelette.
Pour détacher les bandelettes , on les coupe des deux côtés de la plaie , si elles offrent des tours superposés trop difficiles à enlever séparément, ou on soulève les deux extrémités de chaque bandelette, et dans les deux cas on les ramène en même temps vers le centre de la plaie , afin de ne pas en écarter les bords et de ménager la cicatrice déjà formée.
Le sparadrap gommé, ou taffetas d’Angleterre, réunit très-facilement les petites plaies.
Le taffetas au collodion est encore meilleur et résiste à l’eau dès qu’il a été bien appliqué (voy. Réunion).
Substances médicamenteuses. Les appareils à pansement contiennent quelques substances médicamenteuses d’un usage journalier : ce sont le cérat , la pommade épispastique , de l’extrait de Saturne. On y trouve quelquefois encore , mais pour des indications spéciales , variables selon les services et la thérapeutique adoptée , de l’azotate d’argent en solution, de l’azotate acide de mercure, du styrax , du digestif simple , du baume d’Arcéus etc.
Cérat. Lorsqu’on emploie le cérât simple pour empêcher les plumasseaux , les bandelettes découpées et les compresses fenêtrées d’adhérer aux parties subjacentes, il ne faut en mettre qu’une couche extrêmement mince , autrement la suppuration serait entretenue et les bourgeons charnus deviendraient mous et fongueux. Le meilleur moyen d’étendre le cérat sur le linge est de poser ce dernier sur des compresses épaisses et sans plis, ou de le faire tenir entre les deux mains d’un aide ; de cette manière , les bords arrondis de la spatule pressent également sur tous les points en ’ contact, et la couche de cérat est aussi légère que possible et d’une même épaisseur, ce que l’on n’obtient pas lorsque le linge, repose sur un corps dur et inégal.
La pommade épispastique est d’un usage général pour l’entretien des exutoires, dont elle provoque la suppuration. Un bon moyen de maintenir la forme des vésicatoires est d’employer une rondelle de carton plus ou moins mince , percée d’une ouverture de la grandeur de la plaie ; on pose le carton sur une compresse pliée en double , en quatre ou en huit , et avec la spatule on étend là pommade sur toute la partie du linge comprise dans l’ouverture faite au carton , dont l’épaisseur règle celle du médicament.
Lorsqu’on doit couvrir de styrax une compresse fenêtrée , on la double avec un linge ordinaire avant d’étendre la substance médicamenteuse ; on se donne ainsi un point d’appui , et après avoir ap-
RÈGLES d’.VPPLIGATION.
pliqué le linge fenêtré sur la peau , on retire sans difficulté la compresse juxtaposée.
On sait que le nuage blanchâtre qui se développe dans l’eau où l’on verse quelques gouttes d’extrait de Saturne dépend de la formation d’un sous- carbonate et d’un sulfate de plomb , par décomposition des sels que renferme l’eau commune; aussi cet effet n’aurait pas lieu dans de l’eau distillée récente , et la liqueur n’en serait que plus active comme moyen résolutif.
Il serait inutile de nous arrêter davantage sur ces faits élémentaires.
Pièces accessoires de iiansements. On se sert pour les pansements d’un certain nombre de pièces accessoires qui sont ordinairement déposées dans les salles des malades et confiées à la garde des infirmiers : ce sont les alèzes , les bassines , les éponges , des bidons remplis d’eau chaude et d’eau froide , des chlorures liquides , et un panier pour recevoir les linges et la charpie provenant des pansements précédents-.
Les cataplasmes sont préparés avec delà farine de graine de lin et de l’eau de guimauve ; on en fait avec de la fécule, de la mie de pain etc. On les applique à nu ou entre deux linges , avantageusement remplacés par de la gaze. L’usage est de les renouveler deux fois par jour, pour empêcher qu’ils ne s’aigrissent. Ils doivent être d’une, consistance molle et assez épais pour conserver la chaleur et l’humidité. On les couvre d’une toile de taffetas ciré et on les maintient avec. un bandage approprié. Ils sont déposés, aux heures des pansements., dans les salles, et leur préparation dépend de la pharmacie.
- Règles générales des pansements Les pansements doivent être faits avec promptitude , propreté et sûreté, c’est-à-dire avec le moins de douleur possible pour les malades , et de la manière la plus favorable à la guérison.
Pour exécuter promptement un pansement , il faut avoir disposé d’avance tous les objets nécessaires à son application : ainsi les plumasseaux , les bandes , les compresses , la charpie etc. doivent être rangés à part sur la planchette de l’appareil.
Une alèze , ou drap plié en plusieurs doubles , est placée sous la partie blessée , afin de ne^pas mouiller ou salir le lit ni les vêtements du malade.
De l’eau froide ou tiède remplit quelques bassines garnies d’éponges, et sert à nettoyer les surfaces de la plaie ou à humecter l’appareil de pansement précédemment apphqué. Un panier ou des
bassines reçoivent les • pièces salies ; enfin une bouteille contient du chlorure liquide , du permanganate de potasse , une solution d’acide phénique , comme moyen de désinfection.
Le, chirurgien et les aides sont placés dé ma,nière à garder comT modément , et sans fatigue pour eux et pour le malade , la miême position pendant toute la durée du pansement.
Propreté. Le chirurgien veille avec le plus grand soin à n’employer que des objets de pansement parfaitement préparés et exempts de toute altération. La pourriture d’hôpital , les ophthalmies granuleuses, le phagédénisme , les inflammations couenneuses et puerpérales semblent capables de se transmettre par contage direct, et on ne saurait apporter trop d’attention à préserver les malades de pareilles causes de danger.
Ces précautions prises , on s’occupe de la levée du pansement précédent. On détache les bandes , après les avoir humectées si elles sont adhérentes , sans imprimer de secousse aux parties qu’elles recouvrent, et on les pelotonne alternativement d’une main dans l’autre , au fur et à mesure qu’on les enlève. Les compresses superficielles et les remplissages sont saisis avec les doigts ou avec des pinces à anneaux, et séparés doucement; on redouble de soin en approchant de la plaie ; on mouille les parties sèches et dures , ou l’on en coupe une partie avec des ciseaux pour en diminuer l’épaisseur, Si des bandelettes agglutinatives ont été posées , on les détache avec lés précautions déjà indiquées.
On éprouve en général peu de difficultés pour la levée, des appareils , lorsqu’on a attendu que la suppuration fût bien établie.
La plaie découverte , on en nettoie les bords avec une éponge ou une spatule, si du cérat ou quelque autre substance grasse y sont restés attachés ; les téguments doivent être rasés dans tous les cas, pour éviter l’irritation et la douleur produites par les poils qui s’in-fléchissent entre les bords de la plaie ou se collent aux pièces de l’appareil. Les surfaces suppurantes seront également tenues propres, et débarrassées des corps étrangers , filaments de charpie, médicaments pus, etc., qui s’y trouvent accollés; Si la plaie ne peut être pansée immédiatement , on la recouvre d’une compresse fine ,■ afin de la mettre à l’abri de l’air, du froid etc. ; le mieux est d’y appliquer immédiatement un nouvel appareil de pansement, consistant, selon les cas , en bandelettes agglutinatives , compresses fenêtrées, emplâtres, plumasseaux etc., qued’on fixe avec des compresses, une bande ou des bandages particuliers, d’après les indications et les règles déjà établies , sur lesquelles nous reviendrons pour chaque bandage.
. Les pansements apportent presque toujours du soulagement et du
RÈGLES d’application. 55
bien-être aux blessés, en les préservant de toute odeur désagréable , et substituant un appareil souple , doux et d’une parfaite propreté , à despiècés altérées et durcies par la chaleur, la suppuration ou le sang.
Il y aurait cependant quelque inconvénient à les renouveler trop souvent. On a conseillé, à la süitedes grandes blessures, des amputations par exemple, de ne pas lever le premier appareil avant le cinquième ou sixième jour ; c’est une opinion que nous ne partageons pas (voy. Amputation). Dans les autres cas,- on panse les blessés'toutes les vingt-quatre heures., et dans nos hôpitaux, c’est le matin que se renouvellent lés pansements, que l’on répète dans la soirée-, si l’abondance de la suppuration, .l’odeur qui se dégage ou là nature des substances employées l’exigent ; les Cataplasmes doivent être changés au moins deux fois par jour, parce qu’ils s’aigrissent , se sèchent , et ne produisent plus les effets favorables qu’on en attend.
Les pansements les plus simples sont les meilleurs , et il ne faut pas sacrifier l’intérêt des' malades à un vain étalage de dextérité.
Pansements par occlusion^ Larrey , dans les fractures compliquées de plaies ; Baynton , pour le traitement des ulcères ; tous les chirurgiens , dans le but- d’obterdr des réunions immédiates , ont pratiqué des pansements de ce genre. M. Ghassaignac a cherché à en faire une méthode générale, en les appliquant à toutes les plaies en suppuration, et il croit éviter les accidents en se servant de bandelettes de sparadrap croisées et imbriquées, auxquelles il donne le nom de cuirasse , et qu’il recouvre d’un linge fenêtré enduit d’une couche épaisse de cérat. Il renouvelle ce pansement tous les huit jours.
Nous préférons couvrir très-légèrement les plaies, à moins de contre-indications particulières , pour en apprécier les modifications à toute heure et nous opposer immédiatement aux accidents qui pourraient s’y déclarer.
Canules. Drains. Les anciens chirurgiens ont toujours fait usage de canules , introduites dans les plaies , pour y faire des injections et faciliter la sortie du pus. M. Ghassaignac a cru mieux remplir cette indication par des tubes en caoutchouc vulcanisé, d’une longueur et d’un diamètre variàbles,-percés de trous multipliés, auxquels il a donné le nom de drains. B.(/ig.l3).Untrois-quartsertàlesintrnduire dans les abcès, les kystes etc., qui n’offrent pas d’ouvertures suffisantes, et si ces dernières existent, on y engage le drain sur une tige cylindrique à extrémité mousse A. (fig. 12) , soutenue par im manche, ou au moyen d’ün. fil ou d’un cordonnet, passés dans une aiguille à séton. G’est ce que M. Ghassaignac appelle pratiquer le drainage des plaies ou les drainer. Nous sonomes trop partisan
Fig. 12. Fig. 13.
BAKDAGES ET APPAREILS j PANSEMENTS, des procédés capables de prévenir la stagnation des liquides pour combattre , en principe , les drains de M. Chassaignac, qui nous paraissent excellents pour, porter des injections au centre même (Je,foyers purulents , mais en réalité les drains ne laissent pas écouler de pus par leur canal central ; ils s’étranglent à leur orifice d’entrée et de sortie par la diminution et le • resserrement de ces ouvertures, s’entourent de granulations et d’adhérences dans leurtrajet, et finissent par empêcher l’écoulement du pus et par déterminer les accidents qu’on les croyait destinés à prévenir.
Bandages préparés. Les bandages que l’on trouve préparés dans nos hôpitaux sont : le bandage de corps , l’écharpe , le suspensoir , les bandages carré, triangulaire et en T.
Le bandage de corps (fig. 14) est formé d’une pièce de gros linge , souple et demi-usé, de 1™,10
de longueur sur de hauteur. Du milieu de l’un des côtés , appelé bord supérieur , partent des scapulaires , c’est-à-dire deux bandes qui, fixées oblique-