‹ Traité de médecine opératoire, bandages et appareils. 4è éd. Tome secondChapitre 121 sur 131 · TRÉPANATION DU SINUS MAXILLAIRE · texte numérisé non relu

TRÉPANATION DU SINUS MAXILLAIRE

lame métallique, ou mieux, une pelote de cuir bouilli, qui est moins bon conducteur de la chaleur. On remédie ainsi aux hernies du cerveau et au danger des violences extérieures. Larrey a cité l’observation d’un soldat qui se tua en s’enfonçant volontairement la lame d’un couteau, au travers d’une ancienne cicatrice fibreuse , produite par la trépanation.

Trépanation et perforation du sinus maxillaire.

Le sinus maxillaire peut renfermer une balle ou tout autre projectile lancé par la poudre à canon, comme Ravaton, Petit etc. en ont cité des exemples ; des polypes, des dents déviées, des tumeurs fibreuses. et carcinomateuses, des fongus, des portions d’os, carié ou nécrosé , des kystes osseux ; et il est quelquefois affecté d’abcès , de kystes séreux (Giraldès) et de fistules entretenues par les lésions que nous venons de mentionner.

On comprend la nécessité , dans la plupart des cas précédents , d’ouvrir plus ou moins largement le sinus , soit pour extraire les corps étrangers qui y ont été introduits ou y ont pris naissance , soit pour donner issue aux liquides qui y sont contenus. On peut y arriver par deux points principaux : soit les alvéoles correspondant aux seconde , troisième et quatrième, molaires , soit la fosse canine, située en avant et un peu au-dessus de l’arcade dentaire supérieure, entre l’os de la pommette et la troisième dent molaire. Jourdain avait conseillé de faire des injections par l’ouverture naturelle que présenté le sinus maxülaire dans' le méat moyen des, fosses nasales; mais la difficulté et surtout l’inefficacité de ce moyen Font fait abandonner. Lorsqu’il existe des perforations accidentelles à la voûte palatine, autour des alvéoles ou à la joue, on peut les agrandir, et l’on s’en est souvent servi pour passer un séton ou une canule , et porter dans l’intérieur de la cavité des agerfts médicamenteux. . -

La perforation des alvéoles est le procédé opératoire le plus en usage , et paraît indiquée par la nature elle-même. Il n’est pas rare d’observer des fistules alvéolaires , entretenues par une maladie du sinus maxillaire , et l’extraction des dents correspondantes facilite l’écoulement des liquides et permet d’en élargir le trajet. De là à la perforation directe des alvéoles il n’y avait qu’une transition insensible , dont Gheselden eut le mérite de proclamer l’importance. Bordenave, Desault, Deschamps, Boyer etc. ont répété cette opération , que l’on exécute avec un trépan perforatif. Les seconde , troisième et quatrième molaires étant arrachées.j ou la seconde et la troisième seulement , on détache avec soin la gencive et on porte le trépan perforatif dans la direction de la racine

TRÉPANATION

des dents , quelques mouvements de rotation imprimés à l’instrument pratiquent dans le sinus une ouverture assez large pour y introduire le doigt ou un stylet et reconnaître l’état des parties. De cette manière il n’est pas nécessaire de se servir d’éponge préparée, ' d’une tente , d’une canule ou d’une cheville de bois etc. , pour empêcher la plaie de se fermer , et l’on a beaucoup plus d’espace pour extraire un corps étranger ou exécuter toute autre manœuvre opératoire.

La perforation de la fosse canine , décrite sous le nom de méthode de Lamorier, est préférable au précédent procédé , lorsque le • sinus maxillaire, fortement dilaté par un polype, un fongus ou un kyste etc., fait saillie derrière la joue et la soulève. On serait peutêtre également forcé d’y avoir recours, si la chute des dents molaires avait amené l’oblitération complète des alvéoles. Molinetti voulait que l’on incisât directement la joue entre la pommette et le trou sous-orbitaire , pour arriver à la paroi antérieure du sinus ; mais , à moins de très-graves complications , une pareille opéra- , tion n’est pas nécessaire , et il vaut beaucoup mieux soulever la lèvre supérieure, la détacher de la fosse canine, en divisant la membrane muqueuse alvéolo-labiale , raser l’os pour le dénuder, sans ftitéresser les filets du nerf sous-orbitaire , puis perforer la fosse canine, soit avec le bistouri, lorsque la paroi osseuse est amincie et flexible , soit avec un trépan perforatif , la tréphine ou même une couronne de trépan de main, si on le juge nécessaire. La perte de substance et la grandeur de l’oùverttire doivent être proportionnées aux indications opératoires, et servent à porter dans le sinus le doigt, des instruments , des injections ou un séton conduit de part en part au travers des ouvertures fistuleuses.

Les suites de l’opération et les accidents qui peuvent en résulter dépendent essentiellement des lésions qui l’ont réclamée. L’hémorrhagie , bien que nulle en général , serait combattue , dans le cas où elle deviendrait inquiétante, parles hémostatiques ou le tamponnement.

Trépanation du racliis, du sternum etc. Cline, Thyrrel, Barton etc. ont essayé de trépaner l’arc postérieur des vertèbres, pour remédier à diverses causes de compressions de la moelle ; mais les difficultés et le mauvais succès de ces tentatives les ont fait rejeter dans tous les cas où elles ne sont pas réclamées pour l’extraction d’un corps étranger (voy. Résection des vertèbres).

La carie du sternum ou les abcès du médiastin , avec altération de cet os , ont fait recourir assez souvent à la trépanation , qui réussit , comme on le sait , entre les mains de Galien. Les prin-

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cipales règles de l’emploi du trépan , que nous avons déjà exposes (voy. Trépanation nu crâne) , trouvent ici leur application (voy. en outre Résection du sternum).

On trépane aussi les os des membres pour retirer des balles implantées dans leur épaisseur ou des séquestres , enlever les caries peu étendues etc. Maréchal pratiqua cette opération avec succès sur l’omoplate , à la suite d’un coup d’épée qui l’avait traversée, et qui avait produit un abcès fistuleux de la fosse sous-scapulaire.

Bouclier a trépané l’os coxal pour un abcès de la fosse iliaque , et il serait inutile de citer les cas où de pareilles opérations ont été pratiquées sur d’autres os , par nos contemporains , tant ils sont nombreux.

PSEUDARTHROSES.

Les fractures non consolidées sont ordinairement suivies d’une faussé articulation , avec ou sans production de tissu fibreux intermédiaire.

Dans le premier cas {pseudarthroses de continuité) , les fragments sont réunis par du tissu ligamenteux, dans le second (pseitdarthroses de contiguité), ils sont plus ou moins lisses et arrondis, et sont renfermés dans une sorte de gaine ou de capsule articulaire. On rétablit quelquefois les usages des membres en se servant d’un bracelet , d’une double valve métallique (Baillif) ou de tout autre moyen contentif, capable de maintenir les fragments opposés l’un à l’autre , mais on possède de nombreux procédés de consolidation des fragments.

Immobilité. Le moyen le plus simple et le plus facile est l’immobilité prolongée. Les bandages inamovibles assurent ce résultat avec une grande supériorité.

1,05 vésicatoires ont parfois servi à provoquer un mouvement ftuxionnaire favorable, mais dqivent inspirer peu de confiance.

Le frottement des fragments était déjà employé du temps de Celse. Tantôt on irrite les extrémités osseuses en les frottant directement l’une contre l’autre ; tantôt on fait exécuter des mouvements répétés au membre lésé ; l’application d’un bandage à fracture est ensuite de nécessité. Earle, A. Cooper, Ch. White, Champion et mille autres ont ainsi obtenu des guérisons.

Injection. M. Bourguet, d’Aix, guérit (1862) une pseudarthrose de la cuisse, chez un homme de cinquante-trois ans, par l’injection d’un mélange d’une partie d’ammoniaque bquide , à vingt degrés de l’aréomètré Cartier, sim dèux parties d’eau.

PSEUDARTHROSES.

Le séton , passé entre les fragments , a procuré des succès balancés par de nombreux revers. C’est principalement dans le cas de fractures compliquées de fistules ou d’abcès que l’on en a obtenu de bons résultats. Toutefois ce moyen a été mis en usage par Percy et par Physick (de Philadelphie) presque à la même époque, pour des pseudarthroses non compliquées. Le point capital est de placer exactement le séton entre les fragments, ce qui n’est pas sans difficultés. Pour être certain d’y parvenir , Wardrop pratiquait une première incision jusque sur la pseudarthrose, et la traversait , ainsi que l’autre moitié du membre , avec une espèce de trois-quarts renfermant une aiguille à séton. Il semblerait rationnel de supprimer le séton et de mettre le membre dans un appareil contentif dès que la suppuration est établie , afin de faciliter la formation du cal ; cependant Physick n’en cessa l’emploi qu’au bout de douze semaines et lorsque le cal avait déjà acquis une grande solidité.

Norris dans son mémoire sur les pseudarthroses a réuni 72 cas où l’emploi du séton réussit 44 fois , resta , 25 fois sans succès et causa trois terminaisons funestes.

Les aiguilles peuvent remplacer le séton. On les porte entre les fragments et on en multiplie les piqûres.

Perforateurs. Brainard (de Chicago) {Gaz. médiSQb) traversa les fragments en différents sens, avec des espèces de poinçons. Dieffenbach essaya d’implanter un clou d’ivoire dans chacun des fragments, M. Langenbeck se servit de vis d’acier , fixées à une armature extérieure , pour en assurer l’immobilité. Ces corps étrangers tombent au bout d’une vingtaine de jours, par suite de la résorption du tissu osseux , mais le travail de la consolidation se continue.

Ligature. Sommé (d’Anvers) fit passer l’anse d’un fil d’argent entre les fragments , au moyen d’un trois-quarts , dont les ouvertures de sortie étaient réunies et les ouvertures d’entrée légèrement écartées , pour donner la possibilité de conduire la ligature sur les deux côtés de la pseudarthrose.

L’opération fut trè.s - simple , puisqu’il suffit de ramener à la

Fig. 351.

PSEUD ARTHROSES.

droite des fragments le fil qui les avait contournés à gauche.. On divisa avec' le bistouri les parties molles jusqu’aux os, entre lesquels on porta l’anse de la ligature , qui fut laissée en place du 12 août 1828 au 2 octobre suivant. La consolidation se fit dans une boîte à fracture en six semaines , et le malade guérit sans accidents.

Emploi du trill. L’usage du trill est extrêmement commode pour le placement des ligatures (voy. jfigr. 352 et 353) ou des sutures (voy. p,g. 354). L’instrum.ent se compose d’un manche a {fig. 351), mobile en différents sens, soutenant une tige cannelée

Fig. 352. Fig. 353. Fig. 354.

en pas de vis , et terminée par un foret c. Un tube creux, creusé également en pas de vis , peut être dirigé de haut en bas et de bas en haut sur la tige , qu’il fait tourner avec le foret , au moyen d’un prolongement h saisi par l’opérateur. On traverse ainsi les os sans violences et sans efforts , et on introduit aisément des fils métalliques plus ou moins épais dans les trajets produits par le foret.

PSEUD ARTHROSES.

Nous donnons ici les figures publiées par M.Bérenger-Férand dans la Gaz. hébd., septembre et octobre 1867, et on y voit les différents modes d’application de ce procédé à des fractures transversales et obliques (voy. fig. 352 , 353 , 354).

Cautérisation. White proposa de mettre les fragments à découvert et de les cautériser après avoir incisé ou excisé leur tissu fibreux de revêtement. H. Cline et Earle employèrent un bâton de potasse.caustique; d’autres le beurre d’antimoine , l’acide azotique , le marteau de Mayor. Tous ces moyens agissent à peu près de la même manière en produisant une irritation ostéogénique.

Résection. White le premier (1760) traita ainsi une pseudarthrose de l’humérus sur un enfant de neuf ans. Une incision longitudinale permit de faire saillir au dehors chacun des fragments et d’en opérer la résection avec la scie et des pinces incisives. La guérison fut complète.

La difficulté de rapprocher les fragments et de les maintenir réunis a conduit Roux à implanter la pointe de l’un dans le canal médullaire de l’autre. Kearny Rodgers (1825) eut recours à la suture métallique des fragments. On a pensé qu’il suffirait de réséquer un des os , et de mettre le second à nu par une sorte de grattage ou d’abrasion.

Résection sous-périostée. Le docteur Jordan (de Manchester) fit sans succès (1864) une première résection de pseudarthrose humérale , sur un malade de cinquante ans , en disséquant deux petites manchett.es de périoste. Une deuxième opération, pratiquée sur les deux Os de la jambe d’une jeune fille de quatorze ans réussit. On peut affirmer que le périoste conservé fut dans ce cas sans utilité, et l’âge des malades explique les résultats obtenus. M. Verneuil répéta la même opération en maintenant les os écartés pour donner toute facilité au périoste de reproduire la continuité osseuse , mais la consolidation n’eut pas lieu.

Appréciation. ; Les moyens les plus simples , tels que l’immobilité , le frottement et l’inflammation de la pseudarthrose , sont les premiers à employer et les meilleurs. Les aiguilles ne semblent pas d’un usage dangereux. Le séton et la ligature ont donné des succès achetés par de nombreux revers. La résection, simple ou double , transversale ou oblique , avec ou sans sutures métalliques , offre de plus grandes ressources au chirurgien , mais expose aux plus graves dangers. On trouve dans la statistique de Norris , sur 62 cas de résections appliquées au traitement des pseudarthroses , 37 guérisons , 19 insuccès et 6 morts. La conservation du périoste allonge l’opération sans utilité. Le but à poursuivre est de placer les parties dans les conditions ostéogéniques les plus favorables.

ANKYLOSE

On désigne sous le nom à' ankylosé tout état permanent , acquis et indolore, d’immobilité complète ou incomplète d’une articulation diarthrodiale. On distingue les ankylosés en vraies et en fausses. Les premières résultent de la soudure par continuité partielle ou totale des surfaces osseuses en contact , et sont ordinairement la suite d’une arthrite provoquée par une plaie , un corps étranger, une fracture articulaire , la carie , les tumeurs blanches etc. ; les secondes dépendent d’alterations plus ou moins profondes bornées aux parties molles, telles que des cicatrices vicieuses, des pertes de substance, la rétraction des muscles, des adhérences morbides, avec persistance de l’intégrité des os.

Le redressement des membres atteints de fausse ankylosé , et présentant quelque mobilité , a été de tout temps entrepris , et a donné de nombreux succès. Les bains , les douches, les eaux de Néris , de Bourbonne et de Baréges , les embrocations et surtout les mouvements bien dirigés ont servi à guérir des ankylosés provenant d’une immobilité prolongée ; l’extension graduée et continue, dont l’orthopédie moderne a singulièrement perfectionné les appareils , opère peu à peu l’extension des muscles rétractés, que la ténotomie permet de diviser, ainsi que les brides aponévrotiques (voy. Ténotomie). Les cicatrices vicieuses ont été incisées ou enlevées , et l’on a vu l’ankylose guérir du moment où l’on en avait détruit la cause.

Deux méthodes principales sont en usage : dans l’une on opère la distension ou la rupture des obstacles d’une manière brusque et rapide ; dans l’autre on a recours à des extensions graduées et successives. C’est en agissant de cette dernière manière que j’obtins, il y a plus de trente ans, la guérison d’une fausse ankylosé du coude, en me servant d’un appareil à extension et à flexion graduées, construit par M.Cbarrière. Des charnières à vis permettaient d’employer des forces considérables et régulières , et de parer à toutes les complications.

Cette méthode, toutefois, est la moins avantageuse, et , avec le secours des anesthésiques, il est préférable de rendre immédiatement aux membres les mouvements les plus étendus, que l’on développe et maintient par des exercices répétés et des situations convenables.

C’est particulièrement au genou que cette méthode trouve de

SiDiLLOT. — Méd. opérât. 1 — 38

ANKYLOSE

fréquentes applications. M. Langenbeck a fait connaître de nombreuses guérisons obtenues avec la seule puissance des mains pendant le sommeil chloroformique, et cet habile chirurgien juge inutiles les sections ténotomiques.

Nous ne sommes pas de cet avis , et nous avons souvent jugé indispensable de ténotomiser les tendons du jarret ou au moins ceux qui présentaient le plus de résistance , et principalement le tendon du biceps. L’opération est prompte et facile, et elle nous a paru mieux assurer l’innocuité du redressement. Un jeune enfant de onze ans avait été atteint d’une double tumeur blanche dont il avait guéri avec une ankylosé angulaire des deux genoux. Nous eûmes peu de peine à opérer le redressement du membre droit , après la ténotomie, et plusieurs de mes confrères, témoins de ce fait à la Clinique, mirent en doute l’utilité des sections tendi-, neuseset aponévrotiques , et crurent qu’on aurait pu allonger l’autre membre sans ces opérations. Ils n’y réussirent pas cependant, et le fémur se fractura au-dessus des condyles pendant leurs efforts. Nous réduisîmes la fracture, et , après la consolidation , qui s’en ût heureusement, nous eûmes recours à la ténotomie , et le genou fut cette fois redressé sans accidents. Nous plaçons les membres dans des appareils inamovibles ouatés, et nous nous occupons plus tard du rétablissement des mouvements. L’innocuité de ces ruptures d’ankylose est extrêmement remarquable. Il semble au premier abord que l’on brise les os en fragments , tant les crépitations sont bruyantes; mais en multipliant les mouvements , on égalise les surfaces articulaires, dont le jeu redevient hbre , et se fait sans bruit au bout de quelques minutes.

Nous avons publié plusieurs observations d’ankyloses de l’épaule, prises pour des luxations anciennes. L’indication la plus importante , après la rupture des adhérences , pendant l’anesthésie chloroformiqpie, est de placer le bras dans une situation opposée à celle. qu’il occupait, afin d’empêcher la récidive de l’affection. Nous avons fait construire par M. Elser un appareil en équerre , qui permet de soulever et d’étendre le membre horizontalement pendant la cure. Les surfaces articulaires restent largement séparées , et, lorsque la cicatrisation s’en est opérée isolément, nous rétablissons peu à peu les mouvements, dont l’étendue redevient complète. Un officier de l’armée d’Afrique, venu à Strasbourg pour se faire traiter d’une prétendue luxation du bras , qui le forçait à renoncer à sa carrière , reprit son service parfaitement guéri d’une ankylosé scapulo -humérale, qui avait plusieurs fois récidivé. Pour montrer combien les forces d’extension et les ruptures consécutives sont peu dangereuses , nous citerons le fait suivant. Un

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jeune homme d’une vingtaine d’années , traité à notre Clinique pour une tumeur blanche du genou droit, avait guéri avec une fausse ankylosé de la jambe ployée à angle droit sur la cuisse. Nous avions promis au malade de rétablir la rectitude du membre , lorsque toute tendance inflammatoire aurait disparu, et nous lui avions recommandé de revenir au bout d’une année. Il se présenta, en effet , à l’hôpital quinze mois plus tard, mais dans un état fort grave. Cinq ou six semaines auparavant il s’était, dans une chute, luxé le genou malade, et l’extrémité supérieure du tibia se trouvait fixée en dehors des condyles du fémur et un peu en arrière.

Nous entreprîmes la réduction avec iios appareils à moufle. La jambe fut replacée, maintenue dans l’extension, et, quoique les surfaces articulaires fussent éburnées et dépourvues de cartilage, le genou reprit , avec de la force, un léger mouvement de flexion, et ce jeune homme quitta la Clinique, marchant avec assez* de liberté , sans avoir éprouvé le moindre accident pendant son traitement.

Nous comparons la plupart des luxations anciennes des membres à cet état d’ ankylosé et nous les traitons de la même mardère. Autrement les adhérences se reforment successivement, la luxation se reproduit, au moins en partie, et la mobilité complète, au moment de la réduction , diminue et disparaît.

Dans les ankylosés vraies, les difficultés sont beaucoup plus grandes, et il faut que le chirurgien agisse sur les os euxmêmes.

Dans ce cas on a proposé ;

1 0 De rompre, de vive force, les ankylosés ;

2° D’exciser un segment osseux nn forme de coin ;

3® D’établir une fosse articulation supplémentaire.

Rupture de V ankylosé. On devait tirer parti des faits de ruptures accidentelles d’ ankylosé , suivies de guérison. Malheureusement ces faits rares et curieux manquent en général de détails suffisants , de sorte que les tentatives d’imitation qu’ils ont inspirées, mal comprises et mal exécutées , sont restées sans valeur et ont été généralement condamnées. On connaissait cependant l’histoire d’ ankylosés des doigts et du poignet (F. de Hilden), du coude (Meckren) , guéries par une chute. M. Cazenave (de Bordeaux) a publié , en 1837, deux observations semblables , l’une d’un malade qui , après avoir porté pendant deux ans une ankylosé du genou , produite par une plaie pénétrante de l’article , recouvra tous les mouvements du membre , après une chute ; et l’autre , d’un militaire qui vit la mobilité de son bras se rétabbr également à la suite

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d’une violence accidentelle , quoiqu’il eût eu le coude atteint d’une plaie par armes à feu et ankylosé depuis plusieurs années.

M. Louvrier a tenté le traitement des ankylosés par rupture instantanée, et l’appareil qu’il a présenté à l’Académie des sciences, et que chacun a pu voir appliqué dans les hôpitaux de Paris , a vivement frappé l’attention des chirurgiens.

Cet appareil était construit de manière à opérer brusquement , dans les ankylosés angulaires du genou, le redressement de la jambe, au moyen d’un système de poulies et de forces exercées directement sur la cuisse pour la maintenir et la repousser en arrière pendant que la jambe était relevée et portée en avant.

M. Louvrier a traité vingt et un malades, sur lesquels cinq sont morts , et si l’on réfléchit que l’ankylose est un état qui ne compromet nullement la vie , on trouvera le nombre des terminaisons fatales excessif. L’observation des malades et l’examen cadavérique ont montré que la rupture de la peau , celle de l’artère poplitée et des ligaments articulaires , l’inflammation suppurative et la gangrène du membre , la luxation du genou en arrière , une ankylosé secondaire à angle plus ou moins obtus et l’impossibilité de prendre un point d’appui solide sur la jointure peuvent être la suite de cette méthode. Cependant il a été également constaté qu’en général, et à moins de complications constitutionnelles graves , de nature à compromettre toute espèce d’opération , le redressement des ankylosés expose peu à l’inflammation des articles et amène moins d’accidents qu’on n’était disposé à le supposer. Les succès obtenus démontraient la possibilité, dans certaines conditions favorables, d’employer avec avantage des extensions forcées. Dans l’opinion de Velpeau , la méthode de M. Louvrier serait seulement applicable aux ankylosés vraies du genou , dont la réunion osseuse ne serait pas assez étendue pour amener la fracture d’un autre point du membre , et quand la soudure de la rotule aux condyles du fémur pourrait être rompue , parce qu’autrement le genou se luxerait en arrière. Il serait juste d’ajouter, à ces dispositions négatives, une altération des surfaces osseuses , telle qu’on ne pût les arc-bouter l’une contre l’autre , et rendre ainsi au malade un membre propre à supporter le poids du corps.

Le cas où il conviendrait d’opérer la rupture d’une ankylosé d’une manière instantanée et violente sont donc fort restreints.

Excision cunéiforme de Vun des os ankylosés. Rhea Barton (de Philadelphie) a fait connaître un procédé très-ingénieux de redressement des membres ankylosés. Ce chirurgien mit à nu , par un lambeau triangulaire , la face antérieure de l’extrémité inférieure du fémur sur un jeune médecin dont le genou était anky-

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losé presque à angle droit; tEdlla par deux traits de scie obliques , dans l’épaisseur de l’os , un fragment cunéiforme plus large en avant qu’en arrière , et, l’ayant enlevé , il fractura la lame osseuse postérieure qui était restée intacte , rapprocha les surfaces di-vdsées du fémur, et en obtint la consolidation, en soumettant le malade au traitement des fractures compliquées. Après la guérison , le membre présentait la forme d’un Z , mais le pièd posait sur le sol , et le malade boitait à peine. M. O.Heyfelder asignalé, dans son ouvrage, quatorze cas de ce genre, sur lesquels il a compté douze succès. L’opération est plus difficile que la résection du genou , et on n’a pas toujours pu opérer le redressement immédiat , mais on l’a obtenu graduellement , après avoir placé le membre sur un double plan incliné.

Meyer (de Würzbourg) a rapporté quinze opérations du même genre , pratiquées pour des ankylosés ou des incurvations rachitiques des membres , et un seul de ses opérés succomba. M. Richet a publié quelques observations analogues. Malgré ces succès incontestables, nous croycms les résultats de ce genre de redressement extrêmement dangereux, et ce serait seulement dans le cas d’ankyloses vraies, annihilant tout usage des membres, que les sections cunéiformes seraient applicables.

Création d’une fausse articulation. C’est encore à Rhea Barton que l’on doit l’idée d’établir une fausse articulation au-dessous d’une ankylosé incurable, pour rendre quelque mobilité au membre affecté. Ce chirurgièn fit, pour la première fois, cette remarquable opération en 1826 sur un malade dont la cuisse était ankylosée dans la flexion à angle droit, et tournée dans la rotation en dedans. Une incision, cruciale ayant été pratiquée sur le grand trochanter, on isola , en avant et en arrière, le col du fémur, et, ayant pu le contourner ' avec les doigts , on le scia en intéressant la partie supérieure du grand trochanter. L’opération ne dura que sept minutes et ne nécessita aucune ligature ; la cuisse fut ramenée dans l’extension et tournée en dehors , et on la maintint dans cette position, après avoir réuni la plaie. On commença le vingtième jour à faire mouvoir le membre ; le soixantième la plaie était fermée , et les mouvements et la force se rétablirent en presque totalité , pendant cinq ou six ans , au bout desquels la nouvelle articulation s’ankylosa.

Rodgers (de New-York) répéta heureusement cette opération en 1830, et la fausse articulation paraît s’être conservée.

Le docteur américain Kearny aurait aussi réussi , au rapport de Meyer.

Textor père, Maisonneuve, Ross ont répété la même opération (voy. trad. Heyfelder, p. 78-79) avec succès. Malgaigne pensait

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que la pseudarthrose ne persiste pas habituellement et qu’à la cuisse les mouvements se passent dans la région lombaire. C’est une étude à poursuivre.

La section du fémur s’exécute plus facilement au-dessous du grand trochanter, mais la fausse articulation est moins solide et doit être soutenue par un bandage approprié. En opérant comme Barton, on peut obtenir une nouvelle articulation sur le bassin et rétablir les fonctions du membre , qui reste seulement un peu raccourci.

Malgré ces résultats , si dignes d’attention, la fracture du col du fémur, produite directement par un moyen mécanique, serait peut-être moins dangereuse. C’est dans ces cas que le diaclaste de Maisonneuve , instrument barbare si on veut l’employer aux amputations , pourrait être de quelque avantage. Son auteur s’en est servi pour briser un cal fémoral et étabbr une fausse articulation. Dans le cas , toutefois , où un membre ankylosé dans une position vicieuse ne pourrait être fracturé artificiellement sans les plus graves désordres , il n’y aurait pas de témérité à imiter la conduite de Rhea Barton.

M. Esmarch proposa en 1854 d’enlever une portion cunéiforme, à base inférieure , du corps de la mâchoire inférieure , au devant des adhérences qui font obstacle aux mouvements , et de remédier par une fausse articulation à l’ankylose , en rendant libre la portion saine ou antérieure de l’os qui obéit à l’action des muscles du côté opposé , et recouvre ainsi une mobilité suffisante. M. Rizzoli ■obtint le même résultat par la simple section de l’os. La difficulté du maintien de la guérison dépend de la consolidation des deux îragments , qui s’opère assez fréqpiemment , malgré l’intervention fie l’art. M. le docteur Mathé a discuté avec talent la valeur de ces procédés , dont il a réuni vingt- cinq exemples (thèses de Paris, 1864). M. le professeur Herrgott a présenté à Société de médecine fie Strasbourg une jeune fille qu’il avait opérée avec succès, et fiont les mouvements de mastication étaient rétablis. C’est une heureuse application du procédé de Rhea Barton , à laquelle nous avons eu aussi recours et dont nous nous occuperons (voy. Ankylosé de LA mâchoire).

Opérations applicables àla eonsolidation vicieuse ■des fractures. Le cal peut être irrégulier, difforme, angulaire, et gêner et abolir les usages des membres. On a conseillé de le redresser , de le rompre , de le diviser , de le réséquer , et ces diverses opérations ont trouvé d’heureuses applications.

Redressement. Si la fracture n’est pas très-ancienne et que le

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