‹ Traité de médecine opératoire, bandages et appareils. 4è éd. Tome secondChapitre 14 sur 131 · BANDAGE DE GALIEN · texte numérisé non relu

BANDAGE DE GALIEN

et les chefs postérieurs vers le front. Il n’y a que peu de plis à faire disparaître , et si ce bandage n’avait pas l’inconvénient d’entraîner de grandes pertes de linge , il serait plus communément employé.

En général,. un simple mouchoir ployé en triangle forme le bandage provisoire, le plus simple et le plus commode des plaies de tête , et l’on ne fait habituellement usage dans nos hôpitaux que de quelques tours de bandes disposés circulairement.

fronde du menton (fig. 29) est formée d’une pièce de linge d’un mètre de long sur huit travers de doigt de large , fendue à quatre chefs jusqu’à deux travers de doigt environ de largeur. On applique le plein du bandage sur le menton (c), et l’on en dirige les deux chefs supérieurs vers la nuque (ô), pour les y croiser et les ramener autour du front (a), où on les fixe. Les chefs inférieurs embrassent le dessous du menton , et sont conduits verticalement sur la tête , d’où on les reporte au-dessous du menton pour les y attacher. *

Les bandages en fronde sont d’un usage utile et fréquent. On les fait à quatre ou à six chefs , et le bandage de Galien n’est qu’une fronde de ce genre.

Les bandages unissants ont pour but de rapprocher les lèvres des plaies et de les tenir en contact ; on y a encore recours pour les fractures de la rotule et de l’olécrâne , la rupture du ligament rotulien et celle du tendon d’Achille ; ils manquent de solidité et sont peu employés.

Les bandages unissants des 'plaies longitudinales peuvent être appliqués au front , à la lèvre supérieure après l’opération du becde-lièvre , à la poitrine et à l’abdomen , et enfin aux membres; on les prépare de la manière suivante :

On prend une bande roulée, d’une largeur proportionnée à la plaie , et l’on en découpe l’extrémité libre en deuxoutroislanières {fig. BO) ; celles-ci placées sur la plaie, on déroule la bande autour des parties qu’eUe doit embrasser, et l’on marque l’endroit où le corps de la bande en rejoint le point de division pour former un cercle complet sur la blessure. C’est dans ce beu que l’on pratique un nombre

de boutomières égal à célui dés chefs. Lorsque l’on a terminé ces préparatifs, on place le, plein de la bande, intermédiaire aux chefs et aux boutonnières, sur, la portion du membre opposée à la plaie ; on ramène cbaqpiè extrémité de la bande vers la solution de continuité , et , passant les chefs ou lanières au travers des boutonnières , on les tire en sens inverse , et l’on rapproche ainsi les bords de la blessure. On peut renouveler deux fois de suite ou même davantage cette disposition du bandage.; mais en général on se contente d’iin seul rang de boutonnières ; on termine par des circulaires ou des doloires.

Ce bandage unissant des plaies en long est simple et facile , ne forme aucun pli lorsque les boutonnières sont suffisamment larges, n’adhère pas à la peau , et ne manque pas de solidité ; aussi serait-il beaucoup plus eniployé s’il n’était avantageusement remplacé par les bandelettes agglutinatives. Il peut néanmoins être fort utile dans' lés grandes plaies de l’abdomen , de la poitrine et de la tête. ‘

Les bandages unissants des plaies en. travers (fig. 31) se font avec des ;pièces de linge séparées, sur lesquelles on a pratiqué les lanières (a) et les boutonnières (b). ' On applique chaque pièce de linge (cc) , ayant deux fois, au moins la longueur des parties oùonlespose , au-dessus et au-dessous de la plme, ; les boutonnières et les lanières à peu de distance de ses bords; on les fixe par un bandage roulé avec le soin de renverser, successivement chaque pièce dé linge entre les tours de la bande pour en assurer la solidité ;:on. fait passer leslanières dans les boutonnières ; on les tire en sens opposé pour réunir:

la plaie , et. l’on maintient le' bandage par de nouveaux circulaires exécutés avec les mêmes précautions . Ce bandage se roule en corde., se desserre facilement et fatigue beaucoup les téguments ; cependant on l’applique , d’après les règles que nous venons d’indiquer, aux fractures de l’olécrâne et de la rotule , aux ruptures du ligament rotulien et du tendon d’Achille.

Appréciation générale des bandages et appareils. Les ouvrages de Thillaye , de Legoüas , de Mayor, de Gerdy; de Scrive , de Rigal , d^ Coffres ;etc.:.pérmettent d’apprécier d’une manière trèsrcomplète

Fig. 31.

APPËÉCIATIdN GÉNÉRALE.

les divers systèmes de déligation dont on a recommandé Fusage ,et fournissent de nombreux modèles d’exercice. Les réformes radicales proposées par Mayor et M. Rigal sont l’expression exagérée d’un, principe vrai : la simplicité. Sans doute on peut tirer un trèsgrand parti de pièces de linge pliées en triangle, en carré, en cravate etc., et attachées l’une à l’autre en cas dé besoin ; mais dans les hôpitaux et auprès des malades , où les ressources abondent , il vaut mieux recourir à des bandages un peu plus compliqués ét mieux appropriés au but à rempbr. Éviter la compression et les étranglements est un point capital , et l’on a justement reproché à la chirurgie française de trop se complaire dans des pansements surchargés de charpie , de compresses et de tours de bande. Nous nous bornons aux bandages les plus simples et nous nous en. abstenons même dans une foule de cas , comme on le verra aux chapitres Fractures, Luxations, Aiæputations etc. Néanmoins nous ne saurions trop insister sur l’avantage de se familiariser avec l’application de tous les bandages décrits. Le chirurgien doit préférer la simplicité par conviction et nullement par impuissance, et il ne doit pas oublier que l’élégance et la bonne disposition des pansements et des bandages ne sont pas sans influence sur la guérison des malades et sur la considération du chirurgien.

Le traitement des fractures consiste à ramener les fragments à leur position normale {réduction) , et à les maintenir immobiles dans cette situation jusqu’à leur solidification (cal). Ces deux indications capitales sont beaucoup plus difficiles à remplir qu’on ne le suppose communément, et il en résulte une foule d’accidents et d’infirmités qu’on eût pu éviter avec des soins plus éclairés ét plus assidus.

La réduction comprend V extension, la contre-extension et la coaptation, et exige de la part du chirurgien une connaissance trèsexacte des formes régulières des membres , et des quatre espèces de déplacements qu’on y observe, selon : la longueur, V épaisseur, la direction et la circonférence.

Les anesthésiques sont d’un grand secours pour vaincre la résistance des muscles et opérer la réduction. Si les os sont cassés perpendiculairement à leur longueur, üs se soutiennent mutuellement dès qu’on les a affrontés ; s’ils sont fracturés obliquement , ils offrent souvent des irrégularités capables de s’engrener réciproquement et de s’offrir encore des points d’appui très-solides. Le périoste^Tes

insertions musculaires tendineuses et aponévrotiques sont aussi des moyens de soutien; mais fréquemment des fragments sont déplacés. Leur réduction est indispensable , et l’on ne saurait trop s’exercer, par des expériences directes et instituées aux amphithéâtres , à s’y rendre habile. Le moindre renversement du pied en dehors devient une cause de claudication ; la mauvaise direction d’un membre fait saillir un fragment et cause une difformité incurable.

La contention des fragments forme la seconde indication de la cure , et les difficultés en augmentent avec les complications. Une fracture simple est habituellement un accident léger, tandis qu’une fracture compliquée de plaie et d’esquille réclame toutes les ressources de l’art. Les moyens de traitement sont très-nombreux et révèlent pour la plupart le génie de leurs inventeurs. Néanmoins la perfection n’est pas atteinte , et après avoir exposé les divers appareils dont on fait usage , nous signalerons les perfectionnements qui sont encore à désirer et qui ne nous paraissent pas irréalisables. Éviter l’étranglement des membres et maintenir la réduction et l’immobilité des fragments par les moyens les plus simples et les plus sûrs , est le problème à résoudre , et nous verrons comment et jusqu’à quel point on y est parvenu. La réduction est la règle. Les membres doivent être souvent visités dans les premiers jours , puis particulièrement du quinzième au dix-huitième jour chez les adultes j plus tôt chez les enfants , un peu plus tard chez les vieillards. Le® mouvements doivent être défendus pendant plusieurs semaines au delà de la consolidation , pour éviter des courbures et des déplacements secondaires capables de compromettre la forme régulière des membres.

Le bandage à dix-huit chefs est peu employé. On le prépare avec trois pièces de linge superposées , de la hauteur du membre' fracturé et d’une largeur assez grande pour en faire une fois et demie le tour. Chaque pièce de linge est divisée de chaque côté en trois chéfs , par deux sections transversales qui n’en atteignent pas le plein ou la partie centrale , et l’on obtient ainsi dix-huit chefs , neuf à droite et neuf à gauche. L’application est la même que celle de l’appareil de Scultet, auquel nous renvoyons pour la description des pièces accessoires, telles que fanon, drap-fanon, attelles, rempüssages etc.

Le bandage de Scultet (fig. 32) se compose : 1° de rubans de fil (aaa) , que l’on peut doubler d’une lisière de drap dans leur milieu pour les empêcher de se tordre ; 2° d’une grande pièce de linge nommée porte-attelles ou drap-fanon (bb) , un peu plus longue que le membre fracturé, et d’un mètre environ de largeur; S» d’attelles (cc) , dont le nombre varie depuis deux jusqu’à quatre , selon le

BANDAGE DE SCULTET.

siège de la fracture ; 4» de coussinets de balle d’avoine (d) , servant de remplissage et en même temps de soutien ; 5° de bandelettes (ee) de 0®,05 de large, assez longues pour faire deux fois le tour du membre , et en nombre suffisant pour le couvrir entièrement ; 60 de compresses fines , variables en étendue , selon les indications ; 7» enfin de pièces accessoires , telles que plumasseaux, compresses fenêtrées enduites de substances médicamenteuses , liqueurs résolutives , éponges , bassines remplies d’eau chaude et froide etc.

En général , on prépare d’avance dans les hôpitaux ces sortes d’appareils et on en dispose les différentes pièces dans l’ordre que nous venons d’indiquer, et avec les précautions suivantes :

On place d’abord les rubans de fil au nombre de trois ou de cinq , selon la longueur de l’appareil et la nécessité de le bien soutenir.

On pose au-dessus d’eux le drapfanon déployé et étendu, et taillé dans une toile forte , douce , et d’une certaine épaisseur.

On y range les bandelettes séparées en les superposant de haut en bas dans un tiers de leur largeur, afin qu’elles présentent un plan imbriqué, dont la dernière bandelette, ou l’inférieure, apparaît seule entière.

On étend ensuite les compresses sur les bandelettes dans le même ordre et delà même manière; puis enroule , en évitant les plis , les bords latéraux du drap -fanon autour des attelles , que l’on ramène vers le centre de l’appareil, où elles se rencontrent;- on pose les coussins entre les attelles et l’on noue le tout avec les rubans : dé cette manière , le bandage tient peu de place tant qu’il est gardé en réserve ; on le transporte facilement , et on le glisse sans peine et sans secousses au-dessous du membre fracturé , au moment de s’en servir.

Le malade atteint , je suppose , d’une fracture du membre inférieur et débarrassé de ses vêtements , que l’on coupé s’ils sont trop difficiles à enlever sans secousses et sans efforts , est placé sur un lit , accessible de tous côtés et de moyenne hauteur; on glisse une planche sous le premier matelas pour le rendre plus horizontal et

moins dépressible. On évite ainsi les changements de position et de. direction du tronc et des, membres pelviens. Le chirurgien opère la réduction selon les règles connues : extension, contre-extension, coaptation, et fait soulever le naemhre sans en changer la direction, pendant qu’un aide, ayant dénoué le bandage et enlevé les coussins , en glisse le plein sous la fracture. On développe complètement le drap-fanon , et l’on retire les attelles , pendant que le chirurgienfait abaisser le membre et le fait étendre sur l’appareil. Après s’être assuré que la réduction n’a pas varié, il charge deux de ses aides de la maintenir par une extension et une contre-extension régulières , . puis se place en dehors du membre , tandis qu’un troisième aide se met en dedans et vis-à-vis de lui ; tous deux trempent une com- . presse dans l’eau blanche , ou toute autre liqueur résolutive , ét en, arrosent les bandelettes, après avoir convenablement pansé , lès plaies, si la fracture en est compliquée. Ils déploient alors les com- . presses qui ont servi à mouiller le bandage , les tendent , les ap.^ pliquent par leur plein sur la partie fracturée, et en engagent les: extrémités sous chaque côté du menihre , pendant que tour à tour , ils soutiennent avec leurs mains posées à plat les pièces suhjacentes de l’appareil et les tirent légèrement à eux , pour, les maintenir, et en empêcher le glissement et les plis ; c’est une précaution capitale pour la bonne exécution du bandage.

Les compresses posées , on applique les bandelettes , en commençant par l’inférieure, et on les oblique légèrement de bas en haut, afin que l’extrémité de chacune d’elles soit en grande partie reçou-, verte par. celle qui la suit ; dans ce but , le chirurgien saisit succpssivement l’extrémité de celle qui est tournée vers lui, la soulève , la dirige devant lui , puis du côté opposé et engage profondément sphs la face postérieure du membre une portion de la bandelette , en la coudant sur elle-même, et la poussant du bout des doigts, pendant que l’aide soutient les bandelettes suhjacentes et les empêche d’obéir â ce mouvement. Lorsque la bande a été introduite ainsi double sors le membre et sans plis, on en ramène l’extrémité sur le membre,, où on l’applique. L’aide répète lamême manœuvre sur la bandelette tournée de son côté, et ainsi le chirurgien et lui disposent autour du membre toutes les bandelettes qui représentent dans . leur en- . semble un bandage croisé symétrique, dont les doloires sont régulières, solides et exactement moulées. (Voy. e, fig. 32.)

Pour fixer les attelles dans le drap-fanon, on les pose à plat à Ôn'jOS de distance du membre, afin de laisser un intervalle suffisant pour recevoir plus tard un coussin de balle d’avoine; on éloigne l’attelle , en la faisant tourner sur elle-même , jusqu’au bord libre du drap-fanon , dans lequel on l’enveloppe , en lui conservant les

BANDAGE DE SCULTET. 73

mêmes rapports; sans cette précaution, l’attelle se trouve trop éloignée ou trop rapprochée des parties , et l’on a beaucoup de peine à lui donner une situation convenable. Il est rare, au reste, qu’elle soit bien placée dès la première fois ; l’on relâche ou l’on resserre un peu le drap -fanon, pour arriver enfin à ne laisser qu’un intervalle égal à l’épaisseur du coussin , entre le membre et le bord le plus rapproché de l’attelle. On dispose le coussin de manière à le rendre très -mince dans la portion correspondante au mollet, pour les fractures de la jambe par exemple, et à le renfler au-dessus et au-dessous pour obtenir une compression uniforme. Le coussin ainsi préparé est couché à plat sur l’attelle, dont il doit dépasser un peu le diamètre. On en fait autant de l’autre côté, puis ■un relève les attelles, qui repoussent les coussins contre les côtés correspondants du membre. On place au-dessus et dans l’intervalle des deux premiers un troisième coussin et une troisième attelle, avec les mêmes précautions , et l’on assujettit le tout avec les bens qui avaient été préparés aurdessoùs du drap-fanon. On entoure l’extrémité du pied d’une bande , dont on croise les deux chefs sur le dos de cet organe , et que l’on fixe ensuite de chaque côté du bandage , afin de maintenir le pied et de l’empêcher de se renverser en dedans ni en dehors.

L’appareil de Scultet offre des avantages nombreux : il assure l’immobilité pendant les pansements , est facile à préparer et à appliquer , peut être serré ou relâché en totabté ou en partie , soutient bien la fracture , et rend aisé le renouvellement partiel des bandelettes ou des compresses tachées par la suppuration ou par le sang.

Les inconvénients sont de cacher le membre et d’empêcher d’en constater l’état ; d’être inextensible et , en cas de tuméfaction inflammatoire , d’étrangler le membre et de produire des inflammations graves , des abcès diffus et des gangrènes partielles ou totdes ; de ne pas s’opposer sûrement au déplacement selon la longueur des . fragments. Ces défauts sont réels, mais susceptibles d’être en partie palliés à force de soins et au moyen de liens extenseurs ; aussi l’appareil de Scultet, malgré toutes les critiques dont il a été l’objet, est-il encore aujourd’hui des plus usités.

Les appareils inamovibles paraissent avoir été très-anciennement employés par les Arabes dans le traitement des fractures. On les a retrouvés en Égypte ; nous-même en avons rencontré de très-ingénieux en Afrique (voy. notre Relation de la campagne de Constantine, 1837) , et la longue occupation de l’Espagne par les Arabes explique comment ces bandages y ont été transportés et y sont connus. Larrey est le premier en France qui ait tenté de les

généraliser. Cet illustre chirurgien les conseillait dans le cas de fractures compliquées de plaies , assurant par expérience que le pus se dessèche ou se résorbe , et que la plaie guérit plus promptement. L’opinion de ce grand praticien n’est cependant pas communément admise , et l’on s’est appuyé également sur l’expérience pour la combattre ét soutenir que des accidents excessivement graves et souvent mortels peuvent résulter de l’application d’un bandage inamovible sur une partie disposée à devenir le siège d’un gonflement subit. Si ce bandage n’est pas exempt des dangers qu’on lui reproche , il n’offre que des avantages après la période d’inflammation. L’utilité en est alors incontestable : il est d’une solidité parfaite , ne*permet pas au membre la moindre déviation et n’a pas besoin d’être renouvelé avant la fin de la cure . Nous croyons , comme Larrey, que l’occlusion de la plaie et l’immobilité du membre sont des moyens efficaces de prévenir les accidents inflammatoires et de ' convertir une fracture compbquée de plaies en fracture simple, mais à la condition d’une active surveillance et de la levée immédiate de l’appareil en cas d’étranglement.

Larrey imprégnait les différentes pièces d’un mélange de blanc d’eeuf, d’eau, d’extrait. de Saturne et d’un peu d’alcool camphré.

Moscati, en 1751 , s’était déjà servi d’étoupes et de compresses trempées dans du blanc d’œuf battu , pour consolider ses appareils à fracture ; mais son exemple , bien que suivi de succès , avait été peu adopté , et l’immense autorité de Larrey n’a pas mieux suffi à modifier la pratique générale.

Plâtre solidifié. En 1814, le docteur Hendriksz se servit, à l’hôpital de Grœningen , en Hollande , de plâtre coulé pour la cure des fractures , et Keyl et Dieffenbacb , à Berlin , employèrent le même moyen. De nombreuses tentatives ont été faites depuis ce temps pour tirer parti de la propriété qu’a le plâtre de se solidifier presque instantanément, lorsqu’il a été mélangé avec une quantité d’eau convenable et qu’il a été bien préparé (plâtre de mouleur). Nous avons essayé, avec M. le docteur Robert, de Strasbourg, de nous servir de stuc, dont les surfaces polies sont imperméables. On a mêlé le plâtre à la gomme arabique ; on l’a couvert d’une dissolution de gutta-percha ou de coton-poudre dans l’éther ; MM. Mathyssen et Van de Loo ont préparé des bandes imprégnées de plâtre et conservées dans des boîtes, d’un transport peu coûteux. On devait, en les m'uillant légèrement, solidifier l’appareil. Malheureusement le plâtre se délite, durcit mal, salit tout, et il offre ainsi préparé trop d’inconvénients pour être adopté. M. Mathyssen a fait annoncer (1865) des bandes plâtrées en flanelle dite demi-laine. Plusieurs chirurgiens se sont mieux trouvés de l’emploi de grandes

BANDAGES INAVOMIBLES.

pièces de linge , trempées dans le plâtre et appliquées autour des membres. On forme ainsi des moules minces et résistants, dont on fait des gouttières et des attelles et que l’on rend imperméables en les vernissant. M. Herrgott s’en sert avec avantage , et cette manière d’employer le plâtre est susceptible de très-beureuses applications.

Nous avions à traiter l’année dernière (1867) une malade atteinte de fraLCture de jambe avec issue du fragment supérieur, dont le déplacement se reproduisait aussitôt que nous cessions la réduction. Nous pansâmes la plaie par occlusion, et le genou, la jambe et le pied furent enveloppés d’une grande pièce de linge plâtrée , pendant la réduction. Cette femme n’éprouva aucun accident , et la plaie était fermée et le cal régulier au bout de deux mois.

Le sable mouillé, mis en usage par Forster, n’a pas de partisans. — Le baron Seutin a obtenu plus de succès par sa méthode de solidification des appareils avec la colle d’amidon. Simplicité , légèreté , solidité parfaites en étaient les avantages manifestes ; on put faire lever et marcher des malades atteints de fracture de jambe, sans nuire à la coaptation des fragments , et dès ce moment les appareils inamovibles furent appliqués de préférence à tous les autres.

Diverses modifications ont été proposées dans l’emploi des substances solidifiantes et dans la composition du bandage. En 1838 , Velpeau substitua la dextrine à l’amidon, et M. Laugier se servit de papier gris amidonné. On a également tiré parti d’une solution . de gomme arabique très-concentrée. Le docteur Léon Michel , de Cavaillon , a préconisé le sUicate de potasse , vanté aussi un peu plus tard par le docteur Angelo Minete, de Venise. Le sUicate de potasse, que nous avons essayé , donne des appareils très-secs , très-résistants et très-brillants. MM. King et Cristophers, voulant donner au bandage inamovible la propriété de se dilater ou de se rétrécir à volonté , selon l’état des parties subjacentes , proposèrent d’entourer l’appareil, préalablement incisé, de bandelettes élastiques de caoutchouc , munies de boucles pour les serrer au degré convenable. M. Burgraève, de Gand, recommanda l’emploi d’une couche de ouate de 0®,03 à 0“i,04 d’épaisseur. .

Quelle que fût la valeur de ces perfectionnements, l’appareil primitif de Seutin n’obviait pas aux dangers des bandages inamovibles. Le membre, pressé de toutes parts par un moule inextensible, était menacé d’étranglement et de gangrène; en cas de tuméfaction inflammatoire, de vastes suppurations pouvaient avoir lieu ; en outre, le bandage, trop étroit les premiers jours, devenait ensuite trop large et ne contenait plus convenablement les fragments.

76 BANDAGtlS ET APPAREILS, FRACTURES.

, hd. . méthode amovo4namovihle fut alors substituée par: Seutin à rinamovibilité. Bien que ces termes d’amovo-inamovible s’excluent réciproquement, comme le fait remarquer M. Burgraève, nous n’en, reconnaîtrons pas moins , dans ce changement de méthode , un très-notable progrès. L’inamovibilité appliquée au traitëment de toutes les fractures , simples ou compliquées , expose aux complications les plus déplorables , et a été la cause d’une foule de gangrènes, d’amputations et de terminaisons funestes. Nous ne l’avons jamais adoptée ni employée , et la nouvelle phase dans laquelle entra Seutin dit assez quelles furent les leçons de. son expérience.

. V appareil amovo-inamovible s’applique ainsi : un ruban de fil de la largeur, d’un travers de doigt, et assez long pour dépasser le bandage , est posé immédiatement sur la peau , au-dessous des bandes, et sert à juger le degré de compression de l’appareil. C’est le compressimètre.

Une bande roulée enveloppe le membre d’une première couche de doloires , et des lames de cotôn cardé régularisent la forme des parties et évitent la compression des saillies osseuses et tendineuses. Un second plan, de doloires recouvre le premier et est légèrement amidonné. On place au-dessus d’elles des attelles de carton mouillé et ramolli , enduites sur leurs deux faces de colle d’amidon, en laissant un intervalle libre dans le point où le bandage sera fendu. Le , chirurgien prend alors une bande dont les bords ont été enduits d’amidon, et procède à l’apphcation d’un troisième plan de doloires , destinées à assujettir les attelles et à faire corps avec l’appareil. Puis, au 'moyen d’un pinceau, ou de la main , il revêt toute la surface du bandage d’une couche d’amidon. En cet état de choses , le bandage n’a pas de résistance et ne pourrait empêcher le déplacement des fragments. On remédie à cet inconvénient, que la dessication de l’appareil fait cesser au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures , en soutenant le membre avec des attelles de bois ou de carton sec et dur, maintenues par une bande roulée non amidonnée. Des attelles brisées , une extension permanente etc. sont des moyens accessoires auxquels on peut recourir ^elon les indications.

Dès que la solidification du bandage est achevée, on le divise en deux valves (fig. 33) avec de forts ciseaux {fig. 34) dont la branche tégumentaire est boutonnée. On constate l’état des parties. On remédie aux imperfections de l’appareil , si on en constate , et on le recouvre de quelques tours de bande. Si des plaies existent, on ouvre des fenêtres dans l’épaisseur des valves, pour la facilité des pansements et pour l’écoulement du pus. .

- BANDAGES AMOVO-INAVOMIBLES.' 77

Lès avantages de cette méthode sont ; la solidité et l’exactitude de la contention ; la facilité de faire disparaître le déplacement des fragments, par le changement -

de la disposition des valves, | j dont le moule résistant est sus- 1 Æ ceptible de recevoir lesmodifîcations convenables de forme , de direction et d’épaisseur, puisqu’on peut les ramollir partiellement avec de l’eau l % tiède , les garnir de remplis.- ,

sages , et eninciser les bords ; j

si l’amaigrissement du mem- ^

hre exige une plus forte cons- \

triction. I 1

Les inconvénients des ^ ^

bandages amovo-inamovibles ’ * i ^

sont: le défaut de solidité, pendant le temps nécessaire à leur dessiccation; les dé- '\\\ pressions et les irrégularités produites par les attelles accessoires, qui compriment l’ap- - v N.

pareil et le déforment; le danger de la ' tuméfaction, de l’étranglement et de la “ gangrène , si le chirurgien n’est pas sur les ' ' ■

lieux pour y remédier; l’inutilité du ban- Fig. 33.

dagé , si l’on est obligé de le fendre avant sa solidification ; l’impossibilité d’apprécier facilement l’état dès' parties,; l’imprégnation et le ramollissenient par le pus des pièces amidonnées ; l’odeur fétide et la rétention des liquides , en cas de plaies.

Qüélques-unés dé ces objections ne sont pas particulières à la méthode amovô-inamovible , mais elles' paraissent démontrer la nécessité de nouveaux progrès.

, La méthode de Seutin péut et doit parfaitement réussir entre les mains d’hommes expérimentés et attentifs ; et quelle est la méthode qui ne donnerait de beaux succès dans cés conditions ? Mais nous n’oserions la recpmmander dans les cas où la réaction inflammatoire et la tuméfaction sont probables. Nous préférons alors. l’appareil de Baudens , et nous n’avons recours au bandage amidonné' qu’à l’époque où l’inflammation et ses suites ne sont plus à rèdouter.

IJ appareil hyponarthécique de Sauterset de May or, de Laù^ sanne, préserve les inalàdes de l’immobilité à laquelle d'n les condamne ordinairement pendant le traitement des fractures des

extrémités inférieures. On place la jambe (seul cas où nous jugions cet appareil applicable) sur une. petite planchette horizontale mobile (fig. 35), attachée au ciel du lit par des cordes latérales, et

permettant des mouvements de totalité du corps, sans secousses pour le membre fracturé , qui est seulement exposé à se refroidir ; c’est un inconvénient auquel on remédie en ne plaçant lé membre sur la planchette hyponarthécique qu’à, des intervalles éloignés , et en l’entourant de laine ou de coton.

Les appareils à extension continue servent à prévenir le déplacement des fragments selon leur longueur, et un très-grand nombre de chirurgiens ont proposé des mécanismes particuliers pour atteindre ce résultat ; nous ne ferons qu’en signaler quelques-uns, parce qu’il serait beaucoup trop long de les décrire , et qu’un pareil travail trouverait à peine sa place dans un traité spécial des fractures. Les appareils à extension continue ne s’appliquent en général qu’au membre inférieur , où le moindre changement de longueur entraîne une claudication pénible , tandis que rien de semblable n’existe pour le membre supérieur , où un raccourcissement de deux ou trois centimètres se remarque à peine.

Desauit pratiquait l’extension continue au moyen d’une longue attelle externe, dont l’extrémité supérieure, échancrée et engagée dans une ceinture passant sous l’ischion, produisait la contre-

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