‹ Traité de médecine opératoire, bandages et appareils. 4è éd. Tome secondChapitre 15 sur 131 · APPAREILS A EXTENSION CONTINUE · texte numérisé non relu

APPAREILS A EXTENSION CONTINUE

extension , pendant que l’extrémité inférieure , percée d’une mortaise et creusée d’une échancrure, dépassait le membre d’un décimètre et servait à l’extension au moyen d’une bande fixée au cou-de-pied.

Cet appareil a le défaut de renverser le membre en dehors : aussi l’a-t-on modifié en y ajoutant une attelle interne et la faisant descendre aussi bas que l’externe; ces deux points d’appui servent alors à agir perpendiculairement sur le pied.

Boyer a obtenu le même résultat d’une manière plus précise en fixant le pied sur une semelle , dont la face inférieure présente une vis mobile qui va s’enrouler dans un écrou supporté par une tige perpendiculaire fixée aux attelles , de manière que l’on peut tirer dans la direction de l’axe du membre avec toute la force nécessaire , moyen qui permet d’augmenter ou de diminuer l’extension à volonté.

Cet appareil , particubèreûient destiné aux fractures du col du fémur, a procuré des succès; mais la grande difficulté est de garnir convenablement les points de la cuisse et du bassin sur lesquels porte la contre-extension , et l’on sait que Lafayette eut ces parties mortifiées à la suite d’une forte pression exercée par l’appareil , appliqué par Boyer lui-même. La gravité d’un, pareil accident a beaucoup restreint l’usage de ce bandage et l’a presque fait abandonner, ce qui nous semble d’autant plus rationnel que l’extension continue est généralement inutile dans les fractures du col du fémur.

On a essayé d’attacher le pied du membre fracturé au bord inférieur du lit , tandis qu’on soutenait le tronc par des bens placés au-dessous des aisselles ; ces moyens d’extension ont le défaut de se desserrer très-vite et de ne pas offrir une action constante ; ils ne se prêtent en outre à aucun changement de position du malade, qui , dans un mouvement involontaire , est exposé à se blesser. On peut , dans le cas où l’ont veut recourir à une extension continue , l’exercer au moyen d’un poids mobile , capable de suivre les diverses positions du membre , sans cesser un seul instant d’agir avec la même puissance. Ce résultat est obtenu par l’emploi d’un corps d’une pesanteur proportionnée à la force extensive dont on a besoin. On le fixe à un cordon passé dans une petite poube attachée au bt ou à la murable , à la hauteur et dans la direction du membre , et l’on assujettit le ben autour du pied par J’intermédiaire d’une bande , d’une semelle , ou mieux d’une guêtre à semebe , qui répartit le point d’appui sur une plus grande surface et incommode moins le malade. On maintient le tronc par un bandage de corps noué autour des barres transversales du bt , un soaxs-cuisse ou tout

autre moyen aussi simple ; on peut même se dispenser de ce soin , parce que le poids de l’appareil et celui du corps résistent suffisamment à l’extension faible, mais continue, que l’on exerce. Nous nous sommes souvent servi d’un drap plié selon sa longueur, dont le plein repose sur l’ischion , tandis que les extrémités , dirigées en haut, l’une en avant et l’autre en arrière du tronc, sont fixées au lit.

Chez les enfants indociles on a employé une sorte de châssis quadrangulaire, reposant en haut sous les aisselles et dépassant enbas les pieds, qui y sont assujettis. Le grand inconvénient de ce bandage est la pression douloureuse qu’il exercé sur les vaisseaux et les nerfs axillaires. ’ -

L’extension continue paraît indispénsable dans les fractures de la cuisse , à l’âge adulte , et le point capital est de bien disposer le bandage qui enveloppe le pied et sur lequel la traction est exercée. Faute d’attention, on excorie et on ulcère la peau, et j’ai vu des membres compromis ou perdus par’ suite du peu d’habileté du chirurgien à remplir cette indication.

J’ai proposé à l’Académie de médecine belge un appareil propre à faciliter l’extension continue des membres inférieurs. Cet appareil se compose de deux planches minces et horizontales. L’une est fixée au lit. La deuxième glisse sur la première âu moyen de rainures à roulettes, qui en assurent la mobilité. En faisant reposer et en assujettissant le membre blessé , à partir du niveau de la fracture , sur la planchette supérieure , on n’a qu’à tirer -sur cette dernière pour prévenir le déplacement selon la longueur. Tous les chirurgiens savent combien il est difficile d’opérer une extension efficace sur le pied, pendant que le membre appuie sur le lit et s’y trouve comme fixé ; mais il n’en est plus de même si l’on a rendu le glissement facile , et On produit alors l’extension par une traction beaucoup plus légère. :

Fig. 36.

h appareil de Baudens, tel que nous en faisons usage , a pour but et pour avantage de laisser le membre fracturé exposé aux yeux

BOITE DE BAUDENS.

du chirurgien et d’éviter toute cause de compression , d’étranglement et d’inflammation.

Cet appareil {fig. 36) se compose d’une boîte formée : 1“ d’une planchette inférieure , sur laquelle repose le membre •; 2° de deux planchettes latérales , percées de trous et articulées à charnières avec la première , de manière à pouvoir se renverser horizontalement de chaque côtépendant le pansement ; 3° d’une dernière planchette , également percée de trous et munie de charnières, pour être fixée à l’extrémité inférieure de la boîte et renversée à volonté , selon les indications. Les planchettes latérales et l’inférieure se réunissent à l’aide de crochets et de fils de fer en arc de cercle. Si l’appareil doit servir pour, la cuisse , la boîte est plus longue et la planchette externe se prolonge beaucoup plus haut pour emboîter la hanche, tandis que la planchette interne est plus courte pour ne pas douloureusementheurter contre le pubis.

' Un anneau contre-extenseur embrasse l’ischion et l’origine du membre, comme dans l’appareil de Desault, et des liens passant ou non sous la boîte font l’extensior du pied. Les boîtes destinées au traitement des fractures de la jambe offrent moins de longueur, et les deux planchettes latérales présentent les mêmes dimensions (fig. 37). Baudens opérait, dans ce cas, la contre-extension sur le genou, l’extension sur le pied, et, pour éviter le gonflement des tissus intermédiaires, il les entourait de bandelettes de Scultet {fig. 38). Nous n’avons pas adopté cette règle, et nous négligeons la contre-extension lorsqu’elle ne nous paraît pas nécessaire , ce qui est assez commun dans les fractures de la jambe; ou bien nous la faisons sur l’ischion au moyen d’un drap dont les chefs sont attachés au dossier du lit. Nous pouvons ainsi laisser la jambe à nu et apprécier à tout moment l’état des parties.

La boîte est garnie de crin , disposée un peu obliquement , pour soulever davantage le pied et favoriser la résolution par le facile retour du sang veineux. Un drap d’alèze plié en plusieurs doubles recouvre le crin et soutient le membre. Un petit coussin de crin, nommé talonnïere , prévient la pression trop douloureuse du cal-

Sedihot. — Méd. opérât. [ — 6

canéum , et d’autres coussins disposés en pyramide sont placés sous le jarret et partout où l’on veut donner un point d’appui plus résistant.

L’application de l’appareil est très-simple. Dès que la boîte est garnie du matelas de crin et du drap , on met sur ce dernier quatre ou cinq jets de bande ordinaire , assez longs pour entourer le membre et pour pouvoir se nouer facilement en dehors des plaiichettes latérales.

Le pied est entouré d’ouate et recouvert d’un croisé régulier; on place de chaque côté de l’extrémité inférieure de la jambe les chefs d’une bande , que l’on entre-croise un certain nombre de fois avec des doloires faites avec une autre bande. On obtient ainsi au delà du pied un lien extensif, et en amidonnant ce bandage, on lui donne une grande solidité et on le rend inoffensif pour les tissus subjacents. Il faut toujours avoir soin de bien garnir de coton le dos du pied , parce que c’est le point qui en définitive supporte l’effort.

La boîte ouverte est glissée sous le membre. On relève les planchettes latérales et l’inférieure, on les assujettit entre elles avec les crochets. Chaque plein de bande soutient le membre alternativement à droite et à gauche , et les chefs en sont engagés au travers des trous des planchettes , et noués ensemble au degré de çonstriction convenable. Nous avons fait remplacer les trous par des traverses de bois ondulées , sur lesquelles les bandes contentives se fixent avec beaucoup plus de facilité. De cette naanière on tire transversalement en sens inverse les os déplacés et l’on établit une coaptation régulière et facile à surveiller. Une bande plus longue, dont le plein porte sur la plante et dont les chefs sont d’abord croisés sur le dos du pied et dirigés vers la partie supérieure de la boîte où on les attache , sert à maintenir le pied plus ou moins fléchi quand il n’a pas été revêtu d’un bandage amidonné , et deux autres bandes latérales empêchent les inclinaisons vicieuses de cet organe.

Le plus grand avantage de cet appareil est, à nos yeux, de permettre le traiitement des fractures , en laissant le membre à nu et en mettant ainsi les parties à l’abri de tout étranglement. Nous en avons obtenu , dans des cas graves et compliqués , de très-beaux succès. Un jeune capitaine d’artillerie atteint d’une fracture , par arme à feu , du tiers supérieur du fémur, guérit sans apparente

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