LUXATION, RÉDUCTION
l’autre, on supprimerait quelques-uns des liens circulaires dd. Dans ie cas , au contraire , où ces points seraient plus éloignés , on ajouterait quelques autres liens.
Nous avons fait placer dans nos amphifhéâtres de clinique plusieurs anneaux fixés à des hauteurs différentes , de manière à pouvoir varier le sens des tractions selon le siège des luxations. Les pièces de l’appareil tendent toujours à former une ligne droite entre les deux points d’appui , et l’articulation luxée doit sè trouver dans la direction de cette ligne , pour «que l’os déplacé y soit ramené.
Le chirurgien conduit l’opération, et, debout à la droite du malade, soutient le membre luxé et se tient prêt à pratiquer la coaptation. Un aide veille à l’instrument de détente ; uii second est chargé des poulies , et un troisième maintient le cadran dû dyna-i jnomètre et signale le degré de l’extension. Nous faisons quelquefois attacher le dynamomètre près du membre luxé , de manière à voir nous-même les aiguilles et à pouvoir diriger la traction des poulies. L’aide qui tient la corde de celles-ci, la tire à lui jusqu’au moment où l’aiguille du dynamomètre indique un degré d’extension de vingtcinq kilogrammes , par exemple,. Il l’enroule au fur et à mesure sur un bâton cylindrique de 0™,3 de longueur et de 0“,02 de diamètre , et appuie ce dernier sur la poulie dans les intervalles de repos, afin d’éviter toute fatigue et tout effort. On place eii même temps un bâton entre les cordes des poulies pour en empêcher la torsion. Si le relâchement des cordes affaiblit la traction, on la ramène au même degré en tirant un peu sur la corde de la moufle; On porte ordinairement la traction de cinq ,à dix kilogrammes toutes les deux ou trois minutes. On s’assure que les bandages extensifs et contre-extensifs ne blessent pas les téguments et ne les exposent pas à une tension trop considérable, et l’on continue ainsi jusqu’au .moment où l’os luxé, se déplace et se rapproche de sa' cavité. C’est le moment où le chirurgien commence la coaptation par quelques mouvements de rotation , d’élévation ou d’abaissement imprimés au membre , et lorsqu’il juge l’instant. favorable, il fait relâcher subitement l’appareil et achève la réduction. -
On a remarqué que le bruit du. choc, caractéristique de la rentrée de la tête osseuse dans la ea\ité articulaire , ne s’entend pas avec les moufles , parce que les muscles perdent leur ressort'. Le chirurgien doit reconnaître que la réduction est opéréé au rétablissement des formes et des mouvements de la jointure.
D; arrive assez, souvent que la réduction sè fait avec facilité, comme nous en avons été témoin pour des luxations de la cuisse et du bras, et il faut, dans cette prévision, s’assurer de temps à autre de l’état de
IQQ bandages et APPAREILS, LUXATIONS,
l’articulation, pour ne pas continuer une extension inutile et préjudiciable.
Nous n’avons jamais déterminé d accident par 1 application des poulies , et , s’il en est survenu à d’autres opérateurs , nous les attribuons à des défauts de précaution qu un peu d expérience et de prudente réserve aurait pu faire éviter. On a cassé , dit-on , la cuisse d’un malade ; mais combien n’a-t-on pas fracturé de membres avec les ou avec [des lacs ! Ce n’est pas la méthode qu’il faut accuser, mais l’impéritid du chirurgien. Le point principal est de prévenir l’excès de tension des téguments , et l’on y parvient par la judicieuse application dé bandages extensifs et contre-extensifs, qui ne glissent pas et n’entraînent pas les parties molles , lorsqu’ils reposent sur des saillies osseuses , et qu’ils y sont convenablement assujettis.
Je recommanderai aux chirurgiens de bien constater l’état des muscles avant d’entreprendre une réduction. La paralysie du deltoïde est très-commune, et il serait sage de la signaler, si elle existe, pour s’éviter plus tard l’accusation de l’avoir produite.
Aussitôt après la réduction on enlève l’appareil , on met le membre à nu, on le frictionne légèrement avec un linge ou un morceau de flanelle ^ et on lui imprime tous les mouvéments dont il est normalement susceptible. On assure ainsi le parfait rétablissement des rapports osseux ; oh reconnaît les modifications survenues dans les surfaces articulaires ét les ligaments ; on remettes os dans un contact plus intime et plus régulier , ce qui est capital dans les jointures gynglymoïdales , où le moindre changement de rapport fait obstacle au retour de la mobilité.
Nous bannissons d’une manière générale l’emploi des bandages contentifs pour prévenir les récidives. Ces bandages exposent à une compression fâcheuse , à l’étranglement et à de fausses ankylosés par immobilité, dont la guérison exige ensuite des traitements trèsprolongés.
Nous plaçons les membres dans une situation opposée à celle où la luxation s’est produite, et, à moins de circonstances exceptionnelles, tout déplacement- nouveau devient ainsi absolument impossible. Dans les luxations en avant de Fhumérus , il suffit de porter le coude en dedans et en haut sur la poitrine après la réduction , pour maintenir très-sûrement les rapports articulaires. Nous avons vu des chirurgiens renommés mettre une attelle derrière l’olécrâne pour empêcher la récidive d’une luxation du coude , qui n’était nullement à craindre dès l’instant que l’avant-bras était fléchi sur le bras.
Si la luxation se reproduisait au moindre mouvement, comme
LUXATIONS, SOINS CONSÉCUTIFS A LA RÉDUCTION. 107 nous l’avons observé à la suite d’une luxation ovalaire , on se servirait d’un bandage propre à maintenir le membre dans une position déterminée, sans l’immobilisercomplétement.Nous eûmes recours, dans ce cas , à deux bandages en cuir rembourré ; l’un entourant le bassin, l’autre la cuisse. Une lanière élastique fixait cette dernière dans la flexion forcée et l’adduction. La réduction persista, et le petit malade guérit très-rapidement sans traces de claudication ni de faiblesse.
Tous les jours nous faisons exécuter à l’articulation des mouvements aussi étendus que le permettent l’engorgement et les douleurs, et les guérisons sont très-promptes et exemptes d’accidents.
Les complications inflammatoires et les fausses ankylosés se traitent par les frictions , les douches, les bains locaux de toute sorte , les eaux de Bourbonne etc. ; mais le moyen curatif le plus efficace consiste dans des mouvements répétés combinés à l’emploi des résolutifs.
Si les têtes osseuses ont de la tendance à glisser sur des surfaces articulaires déformées, il faut les soutenir longtemps au moyen d’appareils mécaniques et de ressorts appropriés.
Voici un exemple qui fera par-
108 bandages ET APPAREILS LUXATigMS ,
Éaitement comprendre le mécanisme et l’iitilité de ces sortes de bandages (fig, 54, 55 , 56). L’indication était de repousser la tête de l’humérus d’arrière en avant pour la maintenir dans la cavité articulaire et l’empêcher de glisser sous l’acromion. Le bord postérieur de la cavité glénoïdale se troüvait fortement déprimé et incliné vers la; fosse sous-épineuse, par l’anciênneté de la luxation, restée non réduite pendant plus d!un an , et la récidive était à craindre. Une pelote A , arrondie et suffisamment rembourrée , fut appliquée contre la tête humérale et soutenue par une tige G , formée de plusieurs lames d’acier superposées. Cette tige était fixée à une ceinture d’acier E,. également garnie et susceptible d’être élargie ou resserrée à volonté par quelques nœuds simples. Du même point de la ceinture partait une seconde tige D , destinée à soutenir l’omoplate par le point d’appui B, qu’elle prenait sur la çlavibule et la partie antérieure de la poitrine. Entre les deux tiges se trouvait une lame métallique mobile pour assurer à la pelote A une position convenable. Une vis de pression F servait à rapprocher les deux tiges et à augmenter la puissance de la pelote A. Enfin un bandage HH reliait ensemble les différentes parties de l’appareil , que le malade porta plusieurs mois en continuant à se servir de son bras.
Dans le cas où l’on supposerait l’interposition d’qpe portion de ligament entre les surfaces osseuses , ce qui n’est pas impossible pour les articulations du bras et de la cuisse , et ce qui paraît être une des causes de l’irréductibilité des phalanges , et particulièrement de la première phalange du pouce , il faudrait , par des mouvements convenablement dirigés , déplacer ou détruire par résorption cet obstacle au rétablissement des fonctions. C’est en exagérant le renversement en arrière de la première phalange du pouce , dans la luxation postérieure phalango-métacarpienne , et en faisant exactement glisser d’arrière en avant la surface articulaire de la phalange contre la tête de l’os opposé , que nous avons réussi quatre fois de suite à repousser en avant le ligament antérieur interposé , et à opérer la réduction de cette luxation dans des cas où plusieurs confrères avaient vu échouer leurs efforts. Nous avons vu des luxations de ce genre , produites artificiellement à l’amphithéâtre , être rendues irréductibles par l’interposition, entre les surfaces articulaires , du ligament antérieur rompu à son insertion métacarpienne. Cette interposition , due à la pression atmosphérique et à l’écartement des os , explique les succès du procédé que nous avions suivi ; les procédés de traction , avec des lacs ou des pinces appropriées , sont généi’alement inutiles et dangereux. . , '
Les Allemands se serventbeaucoup aujourd’hui pour la réduction des luxations et des fractures de l’appareil de Schneider-Meunel ,
LUXATIONS, SOINS CONSÉCUTIFS A LA RÉDUCTION. 409 qui consiste essentiellement en un treuil , fixé sur un cadre en bois. On en trouve un dessin dans le Traité de chirurgie de Pitha et Billroth, vol. pr, 2e partie p. 6M ; Erlangen 1865.
Le même appareil , un peu modifié et adapté à un lit à extension sert pour le rédréssëment des fractures niai consolidées du fémur. (Voy. Archiv.f. klin. Chirurgie, von Langenbeck-, vol. V, pl. I, Berlin 1863.)
M. Mathieu a perfectionné un autre appareil à treuil de Jarvis pour la réduction des luxations de l’épaule , du coude , de la hanche et du genou , mais nous croyons encore nos modèles plus' simples , d’une application plus généraient plus facile, et moins exposés aux accidents.
Les opérations chirurgicales sont simples ou composées. Les premières comprennent la diumon, la réunion; V extraction, la dilatation , la réduction , Y injection etc. Les secondes , et aussi les plus nombreuses, résultent de la combinaison de plusieurs opérations simples. Nous signalerons les plus usitées et nous dirons quelques mots des procédés si variés dont on fait usage pour les pratiquer.
DiTision. Toute division est une solution de continuité produite par une cause quelconque dans un temps plus ou moins long. Une définition aussi générale embrasse une foule d’opérations fort dis-tinctes, telles que : l’incision, l’excision, la section , la ponction ou piqûre , l’arrachement , la ligature , l’écrasement , le broiement , la rupture, la cautérisation potentielle, ignée, électrique. Ainsi on incise les parties molles ; on excise une amygdale ; on scie un os ; on ponctionne une hydrocèle ; on pénètre dans la profondeur de nos tissus avec des aiguilles à acupuncture ; on arrache ou on lie un polype ; on écrase un ganglion du poignet ; on broie le cristallin ; on rompt un cal vicieux ou une fausse ankylosé ; l’on cautérise les plaies , les tumeurs malignes , les nævi etc.
Nous étudierons la plupart de ces modes de division , en parlant des opérations spéciales auxquelles ils se rapportent ; mais quelques-uns sont d’un usage si fréquent et si multiplié , que nous les exposerons d’une manière spéciale.
ües incisions sont des solutions de continuité plus longues que larges, faites par des instruments tranchants.
Les bistouris , les scalpels , les couteaux à amputation et les ciseaux sont les instruments le plus en usage.
Les bistouris sont: 1° droits, 2“ convexes, 3° concaves , selon que le tranchant de leur lame présente une de ces dispositions ; 4° boutonnés , c’est-à-dire terniinés par un bouton ou une extrémité mousse , qu’ils soient droits ou courbes , convexes ou concaves ; 5“ cachés , lorsque la lame , renfermée dans le manche de l’instrument ,