ÉCRASEMENT LINÉAIRE
écraseur {fig. 86), composé d’une gaine plate G, renfermant une double crémaillère articulée, en bas avec les manches G G qui la mettent enjeu, et en haut avec une chaîne K, exactement semblable à celle de la scie d’Aitken , dont on aurait converti les dents en un biseau mousse. Deux cliquets latéraux B B sont destinés à s’engrener dans les dentelures des crémaillères et à en régler la marche.
Si l’on engage le pédicule d’une tumeur dans l’anse de la chaîne K et que l’on presse alternativement sur les extrémités du manche G G, on éloigne les crémaillères de leur gaine A, on rétrécit dans la même proportion l’anse de la chaîne K, qui comprime graduellement et étrangle le pédicule à diviser, l’amincit, l’étire, le réduit à un très-petit diamètre et finit par le couper entièrement, en une seule séance, dont la durée dépend de la volonté du chirurgien et est en rapport avec le volume , la résistance et la vascularité des parties, sur lesquelles on agit.
M. Chassaignac professe qu’on obtient ainsi des sections sèches, suivies de peu d’inflammation et de suppuration, se cicatrisant rapidement, prévenant les phlegmons diffus, les hémorrhagies primitives et consécutives, la pyohémie, le délire nerveux, et ne déterminant jamais lé tétanos. Ce chirurgien s’est servi de l’écraseur pour eiüever des tumeurs de la langue, de l’anus , du testicule ; pour exciser le prépuce , amputer la verge , fendre le périnée et le col de la vessie (taille) , et guérir, par ablation , des lipomes et des cancers. Il proclame en outre qu’avec des bras de levier plus longs et des chaînes à larges maillons on pourrait arriver à des effets dont on n’a encore qu’une idée très-imparfaite.
Tout en accordant de justes éloges à l’esprit de recherche et d’innovation de M. Chassaignac et à son ingéniosité, nous ne saurions admettre tous les avantages attribués par lui à son instrument. Comme puissance , nous dirons que l’écraseur ne parvient pas à diviser la peau , qu’il faut ordinairement inciser, et qu’on s’abuserait en croyant qu’il met à l’abri des hémorrhagies. Nous l’avons mis en usage contre des tumeurs hémorrhoïdales , avec la précaution de laisser un long intervalle entre la marche de chaque maillon, et nous nous supposions en parfaite sécurité , lorsque six heures après l’opération nous eûmes à remédier à une hémorrhagie qui avait déjà fait perdre au malade , à notre arrivée , une grande quantité de sang. J’ai déjà eu l’occasion de faire remarquer, dans diverses publications, l’absence habituelle des hémorrhagies à la suite des amputations et des excisions de la langue , à ce point que je me borne , lorsqu’une artère donne du sang, à la comprimer un moment avec le bout du doigt, ou à la toucher avec le bout d’une
flèche de papier trempé dans du perchlorure de fer. Un prépuce enlevé par Fécraseur est fort irrégulièrement coupé ; le malade souffre beaucoup, et la guérison exige plusieurs semaines, tandis qpie nous avons renvoyé plus d’un opéré par l’excision ordinaire , tout à fait guéri, ou dans un état de cicatrisation assez avancé pour lui permettre de marcher et de reprendre ses occupations actives , au bout de cinq ou six jours. Il a été question dans les journaux d’un lipome de l’épaule enlevé par Fécraseur et dont la plaie avait été trois mois à se fermer, quoique l’opération eût été pratiquée par M. Chassaignac lui-même. La section, sèche et très -étroite au moment où elle est faite, s’élargit et ne tarde pas à présenter une surface souvent aussi large que celle produite par un instrument tranchant. Enfin les accidents traumatiques consécutifs nous paraissent au moins aussi redoutables, et nous ne comprenons pas qu’on puisse s’imaginer être à jamais à l’abri du tétanos par le simple usage de Fécraseur. C’est donc un instrument digne de prendre place parmi les plus ingénieux, capable de rendre des services spéciaux dans quelques cas exceptionnels dont l’étude ne paraît pas encore achevée , et qui n’est nullement appelé à changer la face de la chirurgie. ,
M. Maisonneuve , suivant les traces de M. Chassaignac, au point de vue théorique de la supériorité des sections plus ou moins sèches, par instruments mousses, n’a pas adopté Fécraseur linéaire et le proclame même inférieur au serre-nœud de Græfe, dont il fait exclusivement usage. Pour rendre cet instrument apphcable à toutes les indications , il en a de trois grandeurs différentes ; • les plus petits appelés serre-nœuds de trousse ; les seconds , ou constricteurs proprement dits , sont d’une dimension double , et les troisièmes, réservés pour les amputations des membres, ont 0'“,40 de longueur et leur corde en fil de fer est formée de dix à douze brins d’un volume total de 0“i,008. Au lieu de faire rentrer lés chefs de la ligature dans une canule arrondie , M. Maisonneuve les place dans un support transversal , ce qui donne un point d’appui plus résistant aux parties étreintes et préserve mieux des ruptures du fil de fer. C’est à des constricteurs du second degré que l’on a eu parfois recours pour embrasser et diviser le pédicule des tumeurs dans les opérations d’ovariotomie ; mais on les laissait appliqués jusqu à la séparation par mortification des tissus , tandis que M. Maisonneuve s’en sert pour les ligatures extemporanées^ comme il les nomme, c’est-à-dire agissant promptement et par section mousse à la façon de Fécraseur linéaire.
Les tentatives d’amputations de ce genre ont été très-sévèrement jugées et sont complètement abandonnées.