CAUTÉRISATION, PATE DE VIENNE
Ije broiement s’applique r des corps dont les débris sont susceptibles d’être enlevés , comme un polype , un ganglion ramolli et ulcéré , un calcul vésical , ou à des parties abandonnées ensuite à l’absorption , comme le cristallin. (Voy. Cataracte.) On a vanté le broiement , qui mériterait plutôt, dans ce cas, le nom de hachures ou dHncisions sous-cutanées multiples , contre les lipômes et les tumeurs érectiles. Mais l’expérience n’a pas confirmé l’espérance de ceux qui avaient ajouté foi à l’efficacité de ce moyen.
La rupture est une division brusque et violente. Onl’appbque aux fausses ankylosés, aux cals vicieux, aux brides fibreuses trèsrésistantes, aux cicatrices irrégulières sèches et tendues. On rompt un corps dur, on déchire des parties molles. (Voy. Ankylosé, Cal vicieux.)
Cautérisation. La cautérisation consiste dans l’application à nos tissus d’agents propres à en opérer la mortification , par comhiiiaison chimique ou excès de température.
Ces agents se divisent en trois classes , sous le nom : 1“ de cautères potentiels , 2° de cautères actuels ou ignés , 3° de cautères électriques.
Les cautères potentiels ont des propriétés inhérentes , tandis que les cautères actuels empruntent au calorique l’action caustique dont ils ne jouissent pas par eux-mêmes; aussi leur effet est-il momentané ou actuel.
Les cautères "potentiels sont fort nombreux et se présentent sous trois états : solides j mous ou liquides.
1° Solides. Ils comprennent la potasse et la soude concrètes , la chaux vive , l’azotate d’argent ou pierre infernale , le minium , l’alun calciné, le deutoxyde d’arsenic, le deutoxyde de cuivre, le deutochlorure et l’oxyde rouge de mercure etc.
Le caustique Filhos est composé de deux parties de potasse caustique et d’une partie de chaux vive. Le mélange est fusible, et l’on en fait des cylindres ou crayons solides, que l’on coule et que l’on conserve dans des tubes de plomb. Trois minutes suffisent en général pour faire avec ce caustique une eschare assez profonde sur des parties dénudées ou légèrement humectées.
2° Mous. Ce sont la pommade ammoniacale de Gondret (voy. Vésicatoires) ; la pâte arsénicale de Rousselet, de Boyer etc., dont l’acide arsénieux forme la hase ; quelques caustiqpies solides pulvérulents incorporés à une substance molle ou liquide etc.
La pâte de Vienne est un mélange de cinq parties de potasse caustique et de trois parties de chaux vive. On doit conserver la poudre ainsi formée dans un flacon à l’émeri parfaitement fermé.
Sédiliot. — Sléd. opérai. I — ^
OPÉRTIONS SIMPLES.
Quand on veut en faire usage , on délaie la poudre avec de l’alcool , de manière à obtenir une pâte un peu molle que l’on applique sur les points à cautériser. Trois ou quatre minutes suffisent pour détruire profondément les téguments enflammés ; si la peau est saine et le malade âgé , l’application doit durér plus longtemps , et varier d’un quart d’heure à une heure, selon la profondeur à donner à l’eschare, qui occupe toujours un espace plus large que le caustique. Nous faisons un fréquent usage de cette pâte dans le traitement des abcès froids et des bubons vénériens, dont nous ne voyons passes bords devenir chancreux, comme on l’observe si souvent à la suite des incisions pratiquées avec le bistouri. Nos eschares sont linéaires, guérissent promptement et sans cicatrice difforme, et nous obtenons habituellement la résolution des engorgements subjacents.
M. Rivaillié a donné le nom d’acide nitrique solidifié à un mélange d’acide et de charpie , dont l’action caustique est fort puissante. M. Maisonneuve préfère mêler l’acide à de l’amiante réduit en poudre ; il résulte de ce mélange , dit l’auteur, une pâte molle , d’une application facile , dont les effets ne dépassent pas les points en contact , et qui possède une très-grande énergie , attendu que l’amiante , étant un véhicule inerte , ne neutralise aucune partie de l’agent caustique. L’eschare est jaune , friable et bien circonscrite.
L’acide sulfurique mêlé à Vamiante en poudre possède une action aussi puissante. Il ne répand pas de vapeurs , est d’un maniement facile, et l’eschare est profonde , parfaitement délimitée , grisâtre et facile à enlever avec la spatule avant la dessiccation.
Le caustique de Rueff est formé d’acide sulfurique uni au safran.
Les, pâtes de Canquoin sont de deux espèces. La première est composée de ; chlorure de zinc , une partie , et de farine de froment, une , deux ou trois parties , selon le degré de causticité qu’on veut obtenir. La seconde se compose de chlorure de zinc et de chlorure d’antimoine, de chacun deux parties; farine, trois parties. Ces pâtes doivent être souples , homogènes , sèches et douces à la main , faciles à couper avec des ciseaux en tranches plus ou moins minces. On en forme des tablettes d’épaisseur variable , que l’on divise ensuite à volonté. La conservation en est aisée, le maniement et l’usage extrêmement commodes. La douleur est vive , et se continue plusieurs heures. L’eschare est sèche , bien limitée , assez profonde, et est successivement renouvelée selon les indications. Le seul reproche que l’on puisse faire à ce précieux caustique est de n’agir que sur des surfaces dénudées. On doit donc commencer par dé-
CAUTÉRISATION, CAUSTIQUES POTENTIELS. 131
truire la peau avec la pâte de Vienne , et recourir ensuite à la pâte de Ganquoin.
La pâte de Ganquoin rend les plus grands services pour arrêter les hémorrhagies , et il n’y a aucun hémostatique plus sûr ni plus puissant.
3° Liquides. Ge senties acides concentrés, et particulièrement l’azotique ou eau-forte ; les solutions saturées de caustiques solides , l’azotate acide de mercure, le beurre d’antimoine, le chlorure de zinc, l’ammoniaque etc.
Emploi des caustiques potentiels. La plupart des caustiques ont des indications spéciales. L’azotate d’argent , que l’on trouve sous forme de crayon dans toutes les trousses des chirurgiens , où il est enfermé dans un étui novamé porte-pierre , est employé à réprimer les bourgeons charnus , exciter les plaies et les ulcères atoniques , cautériser les chancres vénériens primitifs etc.
La potasse concrète sert à ouvrir les abcès froids , à établir un fonticule , à hâter la suppuration et la fonte d’un ganglion engorgé , à détruire des carcinômes. Get agent est peu employé en raison de la difficulté d’en limiter exactement les effets. Gependant les crayons de potasse à l’alcool rendent de bons services pour la destruction de certaines tumeurs , par la rapidité et la puissance de leur action.
L’acide nitrique ou azotique n’est guère d’usage que pour attaquer la racine des verrues. La pâte arsénicale est un excellent moyen de guérison des ulcères chancreux superficiels de la face. On a recours au chlorure de zinc contre les cancers les plus avancés ; au beurre d’antimoine liquide pour cautériser les plaies produites par des animaux venimeux ou atteints de la rage ; à la poudre de Sabine , seule ou combinée au deutoxyde de cuivre , pour détruire les végétations du gland etc.
Ghaque substance caustique produit des effets différents sur les tissus. En général, la douleur qu’ils déterminent est d’autant plus vive que leur action est plus prolongée et plus profonde. L’eschare est sèche , instantanée et superficielle avec l’azotate d’argent ; beaucoup plus étendue avec le beurre d’antimoine , la pâte arsénicale etc. ; elle est molle et humide en général avec les alcalis , l’acide sulfurique etc. Tantôt l’action du .caustique est bornée aux points en contact, comme on l’observe par le nitrate d’argent ; tantôt elle s’étend beaucoup plus loin , comme on le voit pour la potasse. Ges effets très-variés des caustiques doivent être connus du chirurgien, pour qu’il puisse choisir ceux qui conviennent le mieux à son but.
Toutes les fois que l’on applique un caustique , il faut veiller à en assurer l’action. Ainsi on absterge les liquides; on préserve les tissus voisins en les recourant avec de la charpie , un emplâtre
agglutinatif , ou en portant le caustique liquide dans un tube métallisé ; on en absorbe l’excédant avec des bourdonnets, du linge fin et usé, une éponge ; ou bien enfin on lave à, grande eau les parties. Si le caustique est solide-, on le saisit avec un porte-pierre , une pince , qui servent à le diriger ; s’il est mou , on l’étend avec une spatule et l’on en forme une couche mince et d’une épaisseur proportionuée à la profondeur à laquelle on en veut porter l’action ; s’il est liquide , on en charge une boulette de charpie , un petit pinceau de même substance ou de linge fixé à une tige de bois , et on l’exprime sur les parties à cautériser.
Parmi les caustiques potentiels , quelques-uns doivent être employés en petite quantité et sur des surfaces peu étendues , comme l’acide arsénieux et le deuto-chlorure de mercure , pour en éviter l’absorption à des doses capables de produire des symptômes d’empoisonnement.
Les anciens chirurgiens faisaient un fréquent usage de cônes de matières caustiques plus ou moins solides , qu’ils appelaient trochisques et qu’ils faisaient pénétrer dans l’épaisseur des tissus à cautériser. Le docteur Girouard , de Chartres, a repris cette méthode au moyen de la pâte Ganquoin , qui se moule avec la plus grande facilité , sous forme de cylindres , de lamelles , de cônes , de bandelettes ; en lardant les tumeurs d’un certain nombre de lanières caustiques , on peut les détruire et les détacher-en tot^ité, ou en attaquer la base par des applications circulaires propres à en opérer l’ablation. M. Maisonneuve a donné à ee procédé le nom de cautérisation en flèches et a divisé ces dernières en coniques , en fusiformes et en lattes, s’en servant pour pratiquer : 1° la cautérisation circulaire ou en rayon ; 2» la cautérisation parallèle ou en faisceaux ; 3“ la cautérisation centrale. Ces flèches caustiques sont introduites dans des plaies profondes et étroites faites avec un trois-quarts ou le bistouri. M. Herrgott a guéri, sans entamer la peau, une petite tumeur érectile avec un mince cylindre de pâte Ganquoin , porté dans la tumeur au moyen de la canule d’un trois-quarts.
La pâte de Ganquoin étant un excellent hémostatique , peut être employée contre lestumeursvasculaires, molles, fongueuses, mais nous ne croyons pas qu’elle remplace jamais l’instrument tranchant pour l’extirpation des tumeurs volumineuses. On a dit avec raison que ce caustique et tous les caustiques potentiels , en général , atteignent plus particulièrement, par une sorte d’^finité, les tissus altérés ou de nouvelle formation , en ménageant les tissus normaux. Ge fait s’explique par des différences d’humidité et de consistance , mais n a pas empêché la cautérisation , dans quelques cas de cancer de la mamelle , de s’étendre aux parois thoraciques et de les per-