CAUTÈRES ACTUELS OU IGNÉS
de soumettre à d’autres procédés hémostatiques plus certains. Larrey en a obtenu des succès remarquables contre la phlébite du moignon des amputés , et je ne connais pas de moyen plus sûr que les cautérisations ponctuées pour combattre les phlébites et les angioleucites , quels qu’en soient le siège et les causes.
La cautérisation au moyen de corps métalüques chargés de calorique compte trois procédés distincts, selon qu’elle est objective, transcurrente ou inhérente.
La cautérisation objective est rarement employée ; on n’en fait usage que pour aviver la surface de vieux ulcères, et onia pratique soit avec un cautère actuel chauffé à blanc et promené à quelques millimètres de la plaie , soit avec un charbon en ignition, soit enfin avec les rayons solaires concentrés par une loupe. Les divers procédés de la cautérisation objective appartiennent en réalité à la rubéfaction et nous ne les avons rappelés ici que pour nous conformer à des habitudes de langage qui mériteraient d’être réformées.
On a encore divisé la cautérisation en transmrrmte et en inhérente. La première se pratique avec le cautère hastUe ou simplement le conique promenés rapidement sur les différents points d’une articulation, d’un membre ou de toute autre partie, pour y former des eschares linéaires superficielles, qui doivent être parallèles, en général , pour que les points d’intersection ne soient pas plus profondément brûlés. Lorsque cette cautérisation est bien faite, la peau n’est désorganisée que dans ses couches externes , et la- chute de l’eschare ne donne lieu à aucune suppuration ; dans quelques cas cependant , on détruit toute l’épaisseur des téguments , et alors les plaies suppurent et amènent des cicatrices plus ou moins profondes. Ce procédé, très-souvent employé , ne nous paraît pas offrir d’avantages capables d’en contrebalancer les inconvénients et nous recommandons de préférence les cautérisations ponctuées.
Dans la cautérisation inhérente , le cautère agit sur un même point. Si un seul cautère ne suffit pas , on en éteint successivement plusieurs dans la plaie.
Nous admettons un quatrième procédé, que nous nommons caiitérisation ponctuée , et dans lequel le cautère conique est rapidement posé sur différents points des parties malades. Nous avons fait construire plusieurs cautères de ce genre , très-petits , ou nous nous servons même d’un stylet ou d’unê aiguille à tricoter , rougis à la flamme d’une lampe à l’alcool. On touche la peau rapidement un grand nombre de fois , sur toutes les surfaces correspondant aux lésions, et on répète la même opération tous les jours ou tous les deux jours.
Mode d’emploi. Toutes les fois que l’on fait usage du cautère
actuel, il est recommandé de le porter au rouge blanc, qui est le plus haut degré de chaleur qu’il atteigne, passant successivement du gris au rouge obscur, au rouge cerise , jaune , et enfin au rouge blanc. Ace degré de température, le cautère produit des effets plus prompts et plus énergiques, et est moins douloureux^, parce qu’il détruit à l’instant les tissus en contact ; l’eschare qu il forme est sèche et cornée , et varie de couleur selon la différence des parties cautérisées. Dès qu’un cautère se refroidit, on le remplace, et il est de règle d’en tenir toujours plusieurs chauffés d’avance et prêts à être employés. Les vétérinaires se servent de cautères seulement portées au rouge brun , afin de prolonger l’action calorifique et de l’étendre à une plus grande profondeur.
Les surfaces à cautériser doivent être essuyées avec soin ; car la présence d’un liquide détruirait l’effet du cautère , en même temps que les vapeurs aqueuses occasionneraient tous les accidents d’une brûlure par l’eau bouillante.
Si les parties sur lesquelles on doit appliquer le cautère touchent à des organes qui ne pourraient être exposés sans danger à l’action du calorique , on se sert de rondelles de carton ou de linge humide, ou de tubes métalliques, pour les en préserver, et dans quelques cas aussi pour conduire le cautère avec plus de certitude.
Il est convenable , après l’application du cautère , de couvrir les eschares avec une simple compresse et une pièce de laine sèche , afin de maintenir la chaleur et l’excitation que l’on a produites. Dans le cas cependant où l’inflammation deviendrait trop vive , on la calmerait par quelques fomentations froides. S’il survenait de la fièvre, une vive agitation , des accidents nerveux etc., on les combattrait par les moyens appropriés.
La chute des eschares a lieu a des époques très-différentes , selon leur épaisseur, l’état des parties subjacentes , et les moyens de pansement dont on a fait usage. Les eschares superficielles se détachent assez vite, tandis que celles dont la profondeur est considérable sont d’autant plus longtemps à tomber qu’on s’est plus opposé au. développement de l’inflammation éliminatoire. ■
Le cautère électrique, galvano-caustique , calorifique ou thermique, doit prendre place parmi les cautères actuels , et paraît susceptible de nombreuses applications. Mis d’abord en usage pour la galvano-puncture, les Anglais et les Allemands l’ont appliqué à la cautérisation de trajets fistuleux profonds et à la cure de certaines tumeurs. Nous avons publié, en 1849, l’observation d’une tumeur érectile parfaitement guérie par ce moyen. Le principe des cautères électriques repose sur la propriété qu’ont les fils métalliques de devenir incandescents quand on les met en contact après