CAUTÈRE ÉLECTRIQUE. I
les avoir fait communiquer avec une pile ou un appareil de Bunsen. En se servant de fils de platine, dont on n’a pas autant à craindre la fusion , on peut porter très-profondément les fils et les maintenir au rouge blanc pendant un temps assez prolongé. M. le professeur Middeldorf a réuni dans une boîte tout un appareil de cautérisation électrique, dont nous - nous sommes plusieurs fois servi à nos cli-, niques pour enlever des tumeurs épithéliales, cautériser des os cariés, des trajets fistuleux ou des ulcères profonds. Des fils de platine , des lames planes ou tranchantes du même métal , des stylets mousses , sont facilement portés à l’incandescence par une forte pile de Bunsen. Cet appareil est cependant d’un transport difficile, il occupe beaucoup de place, exige des aides nombreux, est d’un emploi coûteux et ne présente pas une grande supériorité sur les cautères ignés ordinaires.
Cruset, de Saint-Pétersbourg (voy. Broca, Traité des tumeurs, p. 478) , avait espéré détruire des tumeurs solides en portant dans leur centre des aiguilles échauffées par un courant électrique ; les eschares produites devaient modifier à la longue les éléments anatomiques. Bien n’a confirmé ces idées.
Galvano-caustie chimique. M. le docteur Ctniselli, de Crémone, a proposé une nouvelle méthode , consistant à établir un courant d’induction entre deux aiguilles placées , l’une dans l’épaisseur d’une tumeur, l’autre à une certaine distance. Les aiguilles , selon qu’elles communiquent avec le pôle positif ou le pôle négatif, déterminent des effets de décomposition ou de cautérisation chimiques , alcalins dans le premier cas, acides dans le second, et les cicatrices qui en sont le résultat seraient molles et extensibles au pôle négatif, sèches et rétractiles au pôle positif. Cet auteur a rapporté plusieurs exemples de tumeurs plus ou moins modifiées et détruites par ce moyen. Il s’était servi d’une pile de cinquante éléments capable de donner par minute un centimètre cube de gaz par la décomposition de l’eau acidulée avec un trentième de son poids d’acide sulfurique. La püe de Volta de 25 à 50 couples de 1/2 à un décimètre carré de surface , avec du vinaigre ou de l’eau acidulée, réussit bien. On peut aussi employer les pües de Daniel et de Bunsen. Deux couples de ce dernier suffisent. Il est bon de se servir d’aiguilles non oxydables, d’or ou de platine pour le pôle positif, et d’oxyder par un courant de ce pôle les aiguilles destinées au courant contraire. Un petit cercle noir d’oxyde vaut mieux que les vernis isolants pour préserver la peau.
M. Nélaton a publié l’observation d’un malade, opéré, a-t-on dit, avec succès , par cette méthode d’un polyçe naso-pharyngien , dont la masse serait tombée en une sorte de pulpe ou de détritus , sans
hémorrhagie ni inflammation. Les mêmes faits n’ont plus été reproduits. Nous avons rapporté l’histoire de tumeurs traitées de cette manière, sans avantages appréciables. La pile se composait de quatre plaques de Bunsen. On constata au pôle positif de l’acide phosphorique et un autre acide végétal , et au pôle négatif de l’ammoniaque et d’autres bases restées inconnues. La douleur avait été assez vive ; les eschares , peu profondes , ne furent suivies d’aucun travail de ramollissement ni de fonte des tissus. La cautérisation électrique alcaline a été mise en usage par le docteur Tripier (voy. Urèthre) contre les rétrécissements. De nouvelles études et une expérience plus prolongée apprendront quelle ressource la chirurgie pourra tirer de ce moyen.
Réunion. La réunion des plaies comprend deux grandes méthodes générales : 1° la réunion immédiate ou par première intention , dans laquelle on se propose une adhésion directe des parties divisées sans formation de pus ; 2° la réunion médiate ou par seconde intention , dans laquelle la suppuration est le moyen d’arriver à la guérison. On admet encore une réunion immédiate secondaire, opérée après la formation des bourgeons charnus , et un autre genre de réunion immédiate ou presque immédiate après l’ouverture des abcès. Tous les chirurgiens ont été témoins de la guérison rapide d’un certain nombre d’abcès simples , ou idiopathiques comme on les nomme, dont les parois s’accolent après l’évacuation du pus. C’était pour obtenir ce résultat que l’on conseillait d’attendi’e la . maturité des phlegmons, avant de les inciser. M. Chassaignac a eu le mérite d’appeler l’attention sur ce mode de guérison et de proposer les lavages , la compression et les pansements par occlusion pour favoriser et obtenir cette heureuse terminaison. Les procédés le plus employés par les chirurgiens pour obtenir la réunion sont la position , les bandages , l’application des emplâtres agglutinatifs et les sutures. Nous avons déjà étudié la plupart de ces" moyens (voy. Bandages et Appareils) , mais il mous reste à nous occuper des sutures , dont l’usage est indiqué dans un grand nombre de cas.
Sutures. Le nom de suture est donné à l’opération dans laquelle on traverse les lèvres d’une plaie au moyen de fils ou de tiges métalliques , dans le but d’en déterminer le rapprochement et le contact. On appelait anciennement sutures sèches les emplâtres agglutinatifs , mais cette dénomination est peu usitée. Les sutures , après avoir joui d’une très-grande vogue , étaient devenues d’un usage fort restreint depuis le mémoire de Pibrac, qui s’en était montré peu partisan ; mais aujourd’hui on les emploie , dans la plupart des cas