‹ Traité de médecine opératoire, bandages et appareils. 4è éd. Tome secondChapitre 4 sur 131 · CHOIX DES MÉTHODES ET DES PROCÉDÉS · texte numérisé non relu

CHOIX DES MÉTHODES ET DES PROCÉDÉS

Le malade miné et alfaibli par la fièvre , la douleur et rinsomnie que lui cause une articulation enflammée , menacé d’une mort prochaine, est sur-le-champ soulagé par l’amputation. La fièvre tombe, le sommeil et l’appétit renaissent , la douleur du moignon est à peine sentie , comparée aux souffrances précédentes , et l’on entend le blessé , dès le jour ou le lendemain de son opération , s’applaudir de sa décision , et déclarer qu’il ne s’est jamais si bien trouvé ou n’a si bien dormi depuis plusieurs semaines ou. plusieurs mois. L’amélioration est immédiate et les chances de la guérison en sont augmentées. L’homme surpris par une opération dans la plénitude de ses forces est loin d’offrir des conditions aussi favorables. L’ablation d’une tumeur indolore, d’un doigt surnuméraire, d’un membre vicieusement ankylosé etc. constitue un état pathologique nouveau avec douleur, fièvre , sentiment exagéré du danger, qui frappent l’être physique èt moral d’une perturbation fâcheuse. La situation des blessés est comparativement moins bonne ; mais les soins du chirurgien peuvent cependant triompher de ces dispositions passagères et être également heureux.

Le siège des opérations a été distingué en lieu d’élection et en lieu de nécessité. Ces termes sont à peu près tombés en désuétude ; cependant on dit encore : amputer la jambe au lieu d’élection, pu à quatre travers de doigt au-dessous dè la tubérosité tibiale. L’amputation pratiquée plus haut dans l’épaisseur des condyles , lorsque l’étendue des lésions l’exige , serait faite au heu de nécessité. Des règles précises déterminent le siège de la plupart des opérations. Une amputation doit être pratiquée le plus loin possible du tronc, une tumeur 'fluctuante ouverte à la partie la plus déchve etc. ; nous, signalerons les exceptions.

Le moment où l’on opère comprend les temps d’élection et de nécessité. Une asphyxie imminente par introduction d’un corps étranger dans l’arrière-bouche , une hémorrhagie foudroyante , une plaie béante de la poitrine nécessitent des secours immédiats. D’autres opérations peuvent être retardées sans inconvénients. La cataracte s’opère au printemps et à l’automne , époques où la température est plus égale ; la taille se pratiquait au printemps. Ce sont là des temps d’élection, et sans vouloir leur accorder un rôle exagéré, nous croyons l’influence des saisons incontestable. L’âge des malades décide aussi du moment le plus propice à certaines opérations , comme nous le verrons pour le bec-de-hèvre , la staphyloraphie etc.

Choix des méthodes opératoires. Après avoir vanté outre mesure les avantages de la réunion immédiate appliquée partout et toujours, et avoir voulu réduire au bistouri l’appareil instrumen-

tal , on a été jusqu’à proposer l’abandon des instruments tranobants. L’emploi des caustiques et la cautérisation en flèche, d’après la méthode de Girouard ; l’écraseur linéaire deM. Chassaignac ; les ligatures préconisées pour l’ablation des tumeurs et même pour l’amputation des membres (Maisonneuve) , ont marqué les excès de cette réaction, dont le terme est arrivé. L’instrument tranchant présente de trop grands avantages , comme rapidité d’exécution et de guérison , pour être jamais relégué au second rang , et , en ne lui demandant pas l’impossible par des réunions immédiates contreindiquées (voy. Réunion) , on ne saurait en méconnaître l’immense supériorité. L’art consiste à savoir choisir ses moyens d’action selon les indications ; tous sont bons dans les cas où leur efficacité est démontrée. Qu’opposer aux incisions sous-cutanées , aux incisions et excisions suivies de réunion immédiate ? La cautérisation potentielle et ignée pourrait-elle être remplacée dans les affections locales infectieuses ? Les tumeurs pédiculées profondes , vasculaires et presque inaccessibles à la vue , ne réclament-elles pas la ligature? le broiement de la cataracte n’est-il pas une opération spéciale, comme l’écrasement des kystes synoviaux de la main? Ne cherchons donc pas des supériorités absolues là où elles restent relatives, et ne tombons pas dans des excès de générabsation et d’engouement condamnés par l’expérience des siècles et les principes mêmes de l’art.

Les indications comprennent l’ensemble des circonstances pro-, près à rendre l’intervention du chirurgien nécessaire et heureuse.

Les contre-indications commandent l’abstention. Une épidémie de pourriture d’hôpital , d’érysipèle, de phlébite, d’angioleucite, de pyohémie ; des tubercules pulmonaires suppurés , un cancer intraviscêral , certaines diathèses , une affection incurable concomitante constituent autant de contre-indications. Occidit qui non servat , a-t-on dit : il faut donc peser mûrement les motifs de sa décision; et l’un des plus grands mérites de l’homme de l’art est de juger avec sagacité l’opportunité des opérations.

La préparation du malade , sous le double rapport des dispositions organiques et morales , occupait beaucoup l’ancienne chirurgie. Peut-être serait-il avantageux de revenir à quelques-uns de ses préceptes. Une diète préparatoire savamment ménagée; l’emploi des purgatifs ; un repos suffisamment prolongé ; des bains , des boissons dépuratives ou rafraîchissantes, une saignée pour combattre la pléthore , la dureté du pouls , une trop vive excitation générale ; un traitement antipsorique ou antivénérien , sont de puissants moyens auxiliaires. Quelquefois la préparation organique doit s’appliquer à une seule région du corps. Ainsi on familiarise

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