SAIGNÉE
La saignée est une opération qui a pour but de soustraire à la circulation générale ou capillaire une quantité plus ou moins considérable de sang ; on la pratique sur les veines : phlébotomie ; sur les artères : artériotomie; sur les capillaires : saignées locales des téguments internes ou externes, et mêmeexceptionnellementsurdes parties plus profondes : os , iris etc.
Phlébotomie. La saignée des veines , ou phlébotomie , est une des opérations de petite chirurgie le plus souvent répétées. On l’exécute particulièrement au pli du bras , au cou-de-pied , et quelquefois au cou ; cependant on peut aussi saigner d’autres veines, telles que celles de la main, du poignet, du pied ou de la tête ; et, parmi ces dernières, les anciens ouvraient assez souvent la préparate ou frontale, l’angulaii-e de l’œil, la ranine etc.
Saignée du bras. Anatomie. On nomme saignée du bras celle qui se pratique au pli du bras , et il n’est pas inutile de rappeler la disposition des veines superficielles de cette région , où elles forment une espèce de lacis losangique , dont chaque branche présente un volume et des rapports différents. En les examinant de
150 PETITE CHIRURGIE
dehors en dedans du membre , on trouve {fig. 94) : 1<> la veine céphalique a, placée au côté .externe du muscle biceps, et produite au niveau de la jointure du coude par la réunion de deux veines , la radiale superficielle h, et la médiane céphalique c ; celle-ci est la continuation de la médiane commune d , qui se bifurque pour fournir en dedans la médiane basilique f, se continuant vers l’épitrochlée , ou un peu au-dessus de cette apophyse, avec la veine basilique i, àlaquelle viennent en outre se réunir les veines cubitales, antérieure et postérieure e. Cette -simple * énumération démontre que les veines céphalique et basilique sont les plus volumineuses , puisqu’elles reçoivent tout le sang de la veine radiale, dés trois médianes et des deux cubitales. Ce ne sont pas elles cependant que l’on saigne habituellement, parce qu’elles sont plus profondes et en général moins apparentes que leurs branches, et parmi celles-ci on choisit surtout la médiane basilique, qui est ordinairement très-large et très-saillante, et la médiane céphalique. Il y a de grandes variétés dans le nombre , le volume , la direction et la longueur de ces veines , et c’est au chirurgien à les apprécier , pour la sûreté et la facilité de chaque saignée. ■
On a étudié avec beaucoup de soin les rapports des nerfs niusculo-cutanés interne et externe avec les diverses veines du pli du bras , et noté que la médiane basilique , la médiane céphalique , la médiane commune , la radiale , et surtout les cubitales sont entourées de ramifications nerveuses très-multipliées. S’il était dangereux , comme on l’a dit , de blesser avec la lancette quelques filaments nerveux , on aurait des accidents très-fréquents , ce qui n’est pas le cas.
Le seul rapport indispensable à connaître pour la saignée du bras est celui de l’artère humérale h {fig. 107). Celle-ci occupe le tiers interne du pli du bras , et croise légèrement le trajet de la veine médiane basilique. Si l’on méconnaissait cette disposition, on pourrait intéresser l’artère en ouvrant la veine ; de là, de graves dangers , et même la mort du malade , comme on n’a eu que trop souvent l’occasion de le constater.' Cependant l’artère n’est jamais immédiatement en contact avec la veine ; elle en est séparée par
Fig. 107.
une expansion aponévrotique , qui, partant du tendon du muscle biceps, va se perdre dans l’enveloppe fibreuse de l’avant-bras, et permet d’éloigner l’artère en portant ce membre dans la pronation.
Quelquefois l’artère brachiale se divise en radiale et en cubitale dès l’espace axillaire , ou à toute autre hauteur du bras , et les rapports artériels sont changés : on a vu l’artère cubitale rester souscutanée. Il est toujours prudent de rechercher si l’on ne sent pas de battements artériels dans le voisinage de la veine que l’on va saigner, et comme on choisit' ordinairement la veine médiane basilique, il faut en dévier légèrement le trajet, et l’ouvrir au-dessus ou au-dessous du point où la superposition des vaisseaux a lieu.
Les instruments dont on se sert en France pour pratiquer la saignée des veines sont les lancettes, que l’on nomme à grain d’orge (fig. 108) et à grain d’avoine (fig. 109) , ou à langue de serpent, selon que la pointe en est plus ou moins aiguë. En Allemagne et dans le Nord on emploie habituellement un petit appareil nommé phlébotome, composé d’une boîte renfermant une lame de lancette ; celle-ci s’en échappe avec force en
décrivant un mouvement d’arc de cercle , p}„ jQg Fig. 109.
lorsque le chirurgien fait partir le ressort
qui la soutient. Selon que- l’on veut pratiquer une plaie plus ou moins large et profonde , on laisse saillir une plus ou moins grande longueur de la lame de l’instrument , et il suffit de l’appliquer sur la veine et de faire jouer le ressort pour pratiquer la saignée. Une main exercée peut tirer de la lancette un parti plus sûr ; mais il faut reconnaître que le phlébotome offre une facilité et une rapidité singu- ' lières , et donne , avec un peu d’habitude , de bons résultats.
h’ appareil de pansement comprend un linge fin plié en quatre , de 0“,02 à 0“,03 de largeur, pour fermer la plaie , si l’on n’y applique pas un morceau de taffetas d’Angleterre ; une ou deux compresses pliées en deux ou en quatre , de 0“,04 à 0“,06 d’étendue ; deux bandes , un vase pour recevoir le sang , une éponge , de l’eau tiède et de l’eau froide, du vinaigre ou toute autre liqueur d’une odeur irritante , et un linge pour essuyer le membre. On place une serviette ou un drap autour du malade , ou sur son lit pour éviter les taches de sang.
L’opéré doit être assis ou couché , et il faut qu’il ait le dos et la tête appuyés , pour éviter les s;5Ticopes.
Lorsque le malade ne désigne pas le bras dont il veut être saigné, le chirurgien choisit celui dont les veines ont le plus de volume et offrent les rapports les plus éloignés avec l’artère. La règle générale
PETITE CHIRURGIE
est de se servir de la main droite pour saigner le bras droit, et vice versa pour le bras gauche ; mais si l’on n’est pas ambidextre, on peut très-bien saigner le bras gauche avec la main droite.
Il faut , pour rendre les veines saillantes et forcer le sang à en jaillir, arrêter la circulation veineuse au-dessus de la blessure ; dans ce but, on applique à deux ou trois travers de doigt du point que l’on va saigner un bandage circulaire. On le pratiquait autrefois avec une bande de laine rouge qui servait pour toutes les saignées ; on ne fait guère usage aujourd’hui que d’une bande de toile ordinaire, assez longue pour faire trois fois et demie environ le tour du bras. Le chirurgien en déploie la partie moyenne entre ses deux mains écartées, en ayant soin de la saisir entre le pouce et l’indicateur, afin de. la faire glisser aisément entre ses doigts, et il la pose à plat sur la veine à ouvrir ; portant alors la bande de bas en haut, en exerçant une légère pression sur les téguments, il tend un peu la peau, puis il croise la bande en arrière du membre , et en ramène les deux extrémités en avant pour les fixer au côté externe du bras par un -nœud simple , dont la rosette doit regarder en haut et les extrémités en bas , afin de pouvoir être dénouée surle-champ et à volonté.
Apre? avoir terminé ce bandage, on reconnaît le calibre des veines , leurs rapports exacts avec l’artère , dont on recherche les battements ; on élève ou abaisse le bandage circulaire, dont le degré de compression est , diminué ou augmenté selon les indications, et on choisit la veine la plus favorable à la réussite de l’opération.
Chez les adultes et les personnes âgées, dont le tissu cellulaire superficiel n’est pas chargé de graisse , les veines sont très-apparentes , et rien n’est plus aisé que de les distinguer ; mais chez les femmes , quelques enfants et tous ceux dont l’embonpoint est considérable, il est quelquefois impossible d’en apercevoir le trajet. On est alors obligé d’accumuler le sang dans ces vaisseaux , pour les distendre le plus possible , et dans ce but on prescrit au malade de rouler dans sa main, en le comprimant, .un corps arrondi , tel qu’un étui , un lancetier ou tout autre objet; on se propose ainsi de déterminer une forte contraction des muscles du bras , et de faire refluer le sang des veines profondes dans les veines superficielles , en même temps que l’on active la circulation artérielle. Le chirurgien peut encore frapper à petits coups la face antérieure du membre , et pratiquer sur cette partie , avec le dos de sa main, de légères frictions de bas en haut, pour faire remonter vers le bandage le sang, que l’on empêche de redescendre en appuyant le pouce gauche sur la veine.
On a encore conseillé , de plonger momentanément le bras dans
de l’eau chaude. C’est un fort bon procédé; mais il ne faut pas provoquer une congestion permanente des capillaires de la peau et du tissu cellulaire , qui masquerait les parties.
Quand, malgré ces moyens, les veines restent invisibles, on peut recourir à l’usage d’une lumière artificielle, et, en la projetant obliquement sur le membre, on aperçoit souvent le relief des trajets veineux , que l’on ne pouvait distinguer auparavant.
On s’aide beaucoup dans tous les cas du toucher ; avec un peu d’habitude , on s’assure aisément avec le doigt de la présence des veines , et l’on en constate la profondeur et le diamètre transversal , ces vaisseaux offrant une rénitence et une élasticité différentes de celles du tissu cellulaire. En comprimant avec le bout du doigt posé à plat un des points de la veine , on force le sang des capillaires de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané à refluer dans les vaisseaux voisins , et l’on aperçoit la couleur bleuâtre de la veine au travers du blanc mat que présentent un instant les téguments.
Si le malade a été précédemment saigné, on se guide sur les anciennes cicatrices , qui sont loin d’oblitérer la veine , ni d’en rétrécir le calibre , comme cela a été faussement supposé.
Si ces moyens restent infructueux , on renonce â la saignée du pli du bras, et on choisit une des veines du poignet ou de la main, à moins de mettre une des veines à nu par incision , et de l’ouvrir au fond de la plaie.
Ces difficultés surmontées , on cherche les pulsations de l’artère au poignet. Si le pouls manquait , il faudrait desserrer la bande ; le sang, n’arrivant plus , ne pourrait évidemment couler par les veines. Cette précaution prise , on ploie à angle droit l’avant-bras sur le bras , pendant que l’on dispose sa lancette. Cet instrument doit toujours être parfaitement affilé , sans taches et sans rouille. Les deux châsses sont adossées l’une à l’autre, et la lame ouverte sous un angle de 60 degrés environ. Le chirurgien porte l’instrument à sa bouche , et en soutient les châsses entre ses dents , le talon tourné du côté de la main qui exécutera la saignée ; il reprend alors le bras du malade ; nous supposerons le droit ; il le place dans l’extension, et en fixe la main sous son aisselle gauche , ou entre le bras de ce côté et sa poitrine. Dans cette situation , la face antérieure de l’avantbras regarde en dedans , et se trouve naturellement tournée dans le sens le plus favorable à la réception du sang dans un vase approprié. De la main gauche, l’opérateur embrasse le membre, dans le point correspondant aux veines du pli du bras , en plaçant les quatre derniers doigts en arrière , où ils servent à tendre convenablement la peau , et le pouce en avant sur la veine qu’il va saigner, pour y maintenir le sang Placé en avant et un peu en dehors du
154 PETITE CHIRURGIE
malade , il saisit le talon de la lancette entre le pouce et l’indicateur delà main droite, dont les trois autres doigts prennent un point d’appui sur le membre , et il plonge la pointe de l’instrument dans le milieu du vaisseau {fig. 110). Cette ouverture de la veine se fait ordinairement par simple ponction, et c’est le procédé le plus sûr et le plus facile ; aussi quelques chirurgiens saisissent-ils la lame de la lancette entre leurs doigts , à quelques millimètres de la pointe , de manière à ne laisser libre que la portion qu’ils veulent enfoncer au travers des téguments : .on a moins à craindre ainsi de transpercer la veine ; mais avec un peu d’habitude on peut négliger cette précaution, qui ôte à la main une partie de sa légèreté, et rendl’opération moins sûre.. Il est recommandé , lorsque l’on veut faire une large saignée , d’agrandir la petite plaie qui résulte de la ponction , par un mouvement d’élévation imprimé à l’instrument. Cette manoeuvre n’est pas sans difficultés, et il vaut mieux se servir de lancettes à grain d’orge , à angle très-ouvert , qui divisent largement la veine par simple ponction , que d’être obligé de l’inciser par un second mouvement, avec une lancette dont la lame très-affilée n’aurait fait qu’une ouverture trop étroite.
On s’est demandé s’il faut ouvrir les veines en travers , en long ou obliquement. Cela dépend de leur direction par rapport à la main qui les saigne , de leur volume , et de leur plus ou moins d’adhérence aux téguments. Les veines roulantes, et celles d’un très-petit calibre , s’atteignent mieux dans le sens de leur longueur ; mais il est plus avantageux d’ouvrir les veines en travers ou obliquement ; les rapports de la peau et de la veine varient moins, et la flexion de l’avant-bras suffit ensuite à fermer la plaie et à en favoriser la réunion. Lorsqu’on a déterminé , d’après la situation et le volume de la veine , la profondeur à laquelle on. doit faire pénétrer la lancette, on plonge celle-ci dans la veine d’un seul coup rapide, ou avec plus de lenteur, si elle est roulante , ou que l’on craigne de la manquer. Si la pointe de la lancette n’est pas parfaitement affilée , Oïl a la sensation d’une résistance, et U semble que l’on perce une
feuille de papier ou quelque lamelle mince et sèche ; mais dans le cas où la lancette coupe bien , on n’éprouve rien de semblable , et l’on juge de la réussite de l’opération par le jet de sang qui s’échappe au moment où l’on retire l’instrument. Quelques chirurgiens appliquent à l’instant même le pouce gauche sur la plaie , pour empêcher le sang de s’en échapper avant que l’on ait convenablement disposé le vase qui doit le recevoir ; d’autres craignent de produire ainsi un thrombus , et préfèrent ne pas arrêter le jet du sang. On remet la lancette entre ses lèvres , ou , ce qui vaut mieux, on la pose sur un meuble voisin , après en avoir ramené la lame sur une des châsses , pour éviter de l’épointer. Le sang est d’abord lancé avec force , parce que les veines gonflées réagissent énergiquement ; mais bientôt le jet en diminue au fur et à mesure qu’elles se vident , et le liquide s’écoulerait en nappe , ou, comme on le dit, en bavant , si le malade n’avait le soin de tourner dans sa main le lancetier ou la bande qu’on lui a confié. On favorise ainsi la sortie du sang jusqu’au moment où l’on en a obtenu une quantité suffisante , et on l’arrête en appliquant le pouce de la main gauche sur la petite plaie , après avoir dénoué la bande qui suspendait la circulation veineuse. On ploie l’avant-bras dans la demi-flexion, et souvent le sang s’arrête spontanément ; s’il continue à couler, on tire obliquement la peau en dehors ou en dedans pour détruire le parallélisme de la plaie , que l’on peut aussi comprimer avec le pouce , et l’on s’occupe de nettoyer le membre avec une éponge et de l’eau tiède ; les téguments essuyés , on procède au pansement.
Les téguments rapprochés sont maintenus en contact avec un morceau de taffetas' d’Angleterre, ou avec une petite compresse carrée. On applique successivement deux de ces petites compresses l’une au-dessus de l’autre , et on les soutient par un huit de chiffre du pli du bras. On exécute ce bandage avec une bande roulée ordinaire, saisie de la main droite , dont on laisse pendre le chef sur le côté externe et supérieur de l’avant-bras fig. 23 ; on dirige ensuite la bande obliquement au-devant du pli du bras , sur les compresses , que l’opérateur a jusque-là fixées avec le pouce gauche ; on la porte au-dessus et en arrière de l’épitrochlée , derrière le bras , au-dessus de l’épicondyle , et , la ramenant de haut en bas et de dehors en dedans , vers le côté inférieur interne du coude , on ferme le huit de chiffre, que l’on continue, en l’entremêlant parfois de quelques circulaires, jusqu’à l’épuisement de la bande. Si l’on veut assujettir ce bandage avec un nœud, on a laissé pendre, comme nous l’avons dit, le chef initial, que l’on noue à l’extrémité terminale de la bande ; mais on substitue avec avantage une épingle
PETITE CHIRURGIE
aùx nœuds , et alors le premier jet de bande doit être complètement recouvert par ceux qni le suivent.
Ce bandage suffit ordinairement pour amener la guérison de la ■ plaie en vingt-quatre ou trente-six heures ; il est indispensable de recommander au malade de tenir l’avant-bras dans la flexion et dans l’immobilité.
Dans le cas où la saignée doit être répétée à court intervalle , on applique sur la plaie un linge enduit de cérat pour prévenir la réunion, et il suffît de replacer le bandage circulaire suspensif de la circulation veineuse , et d’exercer quelques mouvements de pression de bas en haut sur la veine qui a été ouverte pour en faire jaillir le sang. On a conseillé de porter un stylet ou une tête d’épingle dans la plaie. En général, ces manœuvres ne donnent qu’un écoulement de sang insuffisant , à moins que la première saignée n’ait été trèslarge , et elles exposent à l’inflammation de la veine ; aussi paraît-il convenable de ne pas insister sur leur emploi et de pratiquer une nouvelle saignée , si le sang ne s’échappe pas spontanément et avec facilité de la première.
Accidents de la saignée. Plusieurs causes peuvent empêcher le sang de couler. Quelquefois la veine n’a pas été atteinte , soit qu’elle fût roulante , que l’instrument fût émoussé , mal dirigé , ou qu’il n’ait pas été enfoncé assez profondément : c’est ce que l’on nomme faire une saignée blanche. Il faut reporter la lancette dans la plaie pour ouvrir le vaisseau , ou choisir une autre veine plus apparente et plus facile à percer.
Si le bandage circulaire placé au-dessus de la saignée n’exerce pas une compression assez forte, le sang continue à circuler, dans les veines superficielles et ne coule pas au dehors. Il faut resserrer le bandage.
Si la bande comprime l’artère , le sang ne coule pas et il faut desserrer le bandage.
Si la plaie de la saignée est trop étroite , le jet, d’abord très-fin, cesse bientôt , et l’on se trouve dans la nécessité d’agrandir la plaie ou de piquer une autre veine , lorsque le sang ne repart pas , malgré les pressions exercées sur la plaie pour en dégager les bords du sang infiltré , et malgré les petits coups secs et répétés dont on frappe l’avant-bras pour comprimer le sang de la veine et le faire jaillir.
Quelquefois de petits globules de graisse s’interposent entre les lèvres de la plaie , la fermant plus ou moins complètement , et font obstacle à l’écoulement du liquide. Il faut les exciser avec des ciseaux s’üs dépassent le niveau de la peau , ou , s’ils sont peu saillants, les refouler avec la tête d’une épingle.
On remédie au défaut de parallélisme entre l’ouverture de la veine et celle des téguments, en plaçant le bras dans la position qu’il occupait avant la saignée.
Un accident assez ordinaire du défaut de parallélisme est le thrombus^ qui résulte de l’infiltration sanguine du tissu conjonctif , et se produit chez quelques individus avec une extrême facilité. Cette infiltration gonfle les bords de la plaie et gêne le passage du sang. Quelques pressions modérées sur le thrombus permettent parfois d’achever la saignée , et l’on peut en prévenir le développement en rétablissant sur-le-champ le parallélisme, ou en agrandissant la plaie. Dans le cas où le thrombus devient rapidement volumineux, il vaut mieux ouvrir une autre veine.
Lâ syncope est une dernière cause de l’arrêt du sang. L’émotion du malade, la crainte etc. suspendent la circulation; il faut rassurer le malade , et provoquer par la chaleur et quelques excitants une légère réaction. Dans d’autres cas , la perte de connaissance est complète et peut devenir inquiétante ; il faut fermer la plaie , donner de l’air au malade, lui jeter de l’eau froide au visage, le coucher sur le dos et lui faire respirer des sels irritants.
La difficulté d’arrêter le sang , quoique le bandage circulaire ait été enlevé, dépend souvent de l’étroitesse des vêtements, qui, relevés au-dessus du plis du bras , le compriment trop fortement.
Lorsqu’une même veine a été plusieurs fois ouverte à diverses reprises , il peut arriver qu’elle se dilate en même temps que ses parois s’amincissent, et qu’elle forme une espèce de tumeur variqueuse. La peau distendue offre dans ce point une grande minceur, et une compression méthodique , un peu plus forte que d’habitude , est nécessaire pour se rendre maître du sang.
A ces accidents de la saignée il faut ajouter la piqûre d’un nerf, celle de l’artère brachiale et la phlébite. La piqûre d’un vaisseau lymphatique , d’un tendon ou du tissu musculaire , est rarement suivie de symptômes appréciables.
La blessure d’un nerf a été caractérisée par une douleur vive au moment et à la suite de la saignée. Roux a cité un cas dans lequel la plaie était béante et enflammée , et d’une extrême sensibilité , avec empâtement et engourdissement du membre jusqu’aux doigts.. Il guérit son malade par l’application de 0s‘’,005 de potasse caustique dans la plaie. Mais était- ce là réellement une blessure d’un rameau nerveux , et n’était- ce pas plutôt une simple inflammation de l’ouverture de la veine ? Des douleurs vives et persistantes après la cicatrisation des téguments , s’étendant dans la direction de quelque rameau nerveux connu , tels que les musculo-cutanés interne ou externe , seraient plus probantes ; on les combattrait par
PETITE CHIRURGIE
la méthode endermique , en saupoudrant avec un sel de morphine la surface dénudée d’une mouche de vésicatoire. Il a aussi été conseillé d’achever la section des parties , que l’on suppose entamées seulement dans leur épaisseur, et ce moyen serait applicable dans le cas où des procédés plus simples auraient échoué ; mais ces complications sont heureusement tout à fait exceptionelles, et nous ne les avons jamais observées.
La blessure de l’artère brachiale n’est pas très-rare , et on l’observe surtout dans les hôpitaux où les saignées sont confiées à des élèves sans expérience. Au moment où la lancette atteint l’artère, le sang s’échappe avec une très-grande force ; il est rouge , contraste avec la couleur noire du sang veineux, et , au lieu de s’écouler en jet continu , est lancé par saccades correspondant aux battements du cœur. On a conseillé de continuer dans ce cas la saignée jusqu’à défaillance, et d’appliquer un bandage compressif sur la plaie. Cette pratique est justifiée par l’expérience, et lorsque la plaie artérielle est très -petite on pourrait essayer une compression permanente avec de petits disques d’agaric ; mais si l’on a beaucoup de peine à arrêter l’hémorrhagie, la compression ne pourrait empêcher la formation d’un anévrysme variqueux , et il vaudrait mieux procéder sur-le-champ à la ligature de l’artère au-dessus et au-dessous de la blessure. Tous les tissus sont sains ét normaux , l’opération est facile et présente des chances presque assurées de succès , tandis que plus tard on sera forcé d’agir sur des parties altérées , et , bien qu’on puisse réussir, comme le prouvent un grand nombre de faits et une curieuse observation que j’ai publiée , où la guérison fut obtenue , malgré une gangrène profonde, une perte de substance très-étendue et un gonflement énorme , il est néanmoins hors de doute que les chances sont alors moins favorables.
La seule raison présentée contre le précepte de pratiquer surle-champ la ligature de l’artère est que la compression peut suffire , et qu’elle amène dans tous les cas la dilatation des artères collatérales et le rétablissement facile de la circulation du membre, lorsque l’on recourt plus tard à l’oblitération du tronc principal. Nous croyons peu à ces résultats , et la compression préalable , loin de favoriser la circulation collatérale , l’entrave , engourdit et paralyse les nerfs , dispose à l’inflammation , et est plus nuisible qu’utile au succès de la ligature.
La plébite, ou l’inflammation des veines , fait périr chaque année un assez grand nombre de malades. Une lancette mal affilée, malpropre , rouillée , des pressions trop rudes , l’irritation de la plaie par l’introduction répétée d’un stylet dans la veine , un bandage
SAIGNÉE DU PIED, mal fait, des mouvements trop prompts aidant la cicatrisation, une influence épidémique ou prédisposante , sont les causes ordinaires de cette redoutable complication: très -rare, en effet, chez les personnes traitées chez elles et entourées de soins , et , au contraire, commune dans les hôpitaux. L’inflammation des veines s’annonce par le gonflement de la plaie de la saignée , dont les bords deviennent durs et saillants; un peu de pus s’en écoule, et si l’inflammation n’est pas arrêtée , la veine forme des lignes dures et noueuses sous les téguments , et entraîne des symptômes extrêmement graves et souvent mortels. (Voy. Pyohémie.)
Saignée du pied> La saignée du pied se pratique habituellement sur la veine saphène interne , au niveau des malléoles ; dans le cas où cettê veine est peu apparente , on peut ouvrir la veine saphène externe ou quelque autre veine superficielle , mais il est rare que l’on obtienne alors une suffisante quantité de sang.
La veine saphène interne commence sur la face dorsale du pied par des radicules qui descendent en arcades des orteils pour former la salvatelle interne; celle-ci, augmentée du sang que lui amènent quelques veinules plantaires, remonte au devant de la malléole interne en un seul tronc, qui constitue la saphène. Cette veine, très-volumineuse , repose directement sur la malléole , et n’est recouverte que par la peau et le nerf saphène interne , qui, en est d’autant plus rapproché , que le vaisseau se dirige moins en avant vers la ligne médiane. La saphène offre des parois assez denses, et est en général roulante sous les téguments. i
La saphène externe , beaucoup plus petite , passe en arrière de la malléole externe, et ramène le sang de la moitié externe du pied ; elle suit le trajet du nerf saphène externe.
Pour pratiquer la saignée du pied , on prépare le même appareil que pour celle du bras ; seulement on a le soin d’y ajouter un bassin rempli d’eau chaude , assez grand pour recevoir le pied , qui doit y plonger à mi-jambe.
Un bandage circulaire , composé de deux tours de bande , noué en dehors par une simple rosette dont les chefs sont dirigés en bas (/ig.lll,a), sert à suspendre la circulation veineuse. Un des pieds, nous supposerons le droit , est plongé dans le bassin , où on le laisse une ou deux minutes pour que les veines deviennent volumineuses et saillantes ; l’opérateur, saisissant alors le membre , en place le talon b sur son genou gauche , garni d’un drap ou d’une serviette , après avoir posé le genou droit par terre sur un coussin. Il embrasse le pied de la main gauche c , les quatre derniers doigts en arrière du tendon d’Achille , et le pouce en avant de la mal-
^00 PETITE CHIRURGIE
léole et appuyé sur la veine ; la main- droite d , armée d une lancette comme pour la saignée du bras , fait pénétrer l’instrument selon l’axe de la veine , qu’il faut avoir soin de ne pas transpercer. Le sang s’échappe aussitôt , mais , au lieu de former un jet continu ,
Fig. 111.
il coule habituellement en bavant sur le pied , que l’on replace dans le bassin , et c’est à la coloration et au niveau de l’eau que l’on juge de la quantité de sang écoulé , à moins de se servir d’un bassin gradué. La saignée terminée , on détache le bandage circulaire et on ferme la plaie , soit en tendant obliquement la peau , soit en y appliquant le bout du doigt , et on la recouvre , lorsque les bords en ont été exactement affrontés , d’une petite compresse pliée plusieurs fois sur elle-même , et maintenue par le huit de chiffre du pied , préférable à l’étrier (voy. ce mot). La plaie est un peu plus longtemps à guérir que celle de la saignée du bras , et , à l’exception de la piqûre de l’artère, les mêmes complications peuvent s’y rencontrer.
La rupture de l’extrémité de la lancette sur la malléole est un accident à éviter. Le corps étranger resté dans le périoste, ou dans l’épaisseur du tissu osseux , peut y devenir une cause d’inflammation.
Saignée de la jugulaire. La saignée de la jugulaire, très-employée autrefois contre les affections de la tête , l’est rarement de nos jours, où l’on paraît attacher plus d’importance à la quantité de sang qu’à la veine d’où on le tire. La veine jugulaire