SAIGNÉE DE LA JUGULAIRE
externe , née des branches qui accompagnent les divisions de l’artère carotide externe , se dirige de haut en bas , et presque verticalement sur les parties latérales du cou , pour aller se jeter dans la veine sous-clavière en croisant la clavicule ; elle est recouverte par la peau et le muscle peaucier, dont les fibres sont obliques de haut en bas et dedans en dehors , de sorte qu’il est avantageux de les inciser perpendiculairement à leur trajet, c’est-à-dire de bas en haut et dedans en dehors , pour que leur rétraction rende la petite plaie béante et favorise l’écoulement du sang. La veine jugulaire externe repose par sa face profonde sur .le muscle sterno-mastoïdien, et est en rapport avec un grand nombre de filets nerveux du plexus cervical.
On provoque le gonflement de la jugulaire en comprimant l’extrémité inférieure de la veine au-dessus de la clavicule ; un bandage circulaire déterminerait la congestion de tout le système veineux céphalique : on doit donc se borner à poser sur la veine le doigt, ou une compresse pliée en plusieurs doubles ou roulée sur elle-même c , que l’on soutient avec une bande dont on confie les deux extrémités à un aide, ou que l’on noue sous l’aisselle du côté opposé h. On engage en même temps le malade à exécuter quelques mouvements de mastication , et dès que le' [vaisseau est
rendu saillant , on fait glisser le pouce de la main gauche de bas en haut sur le trajet de la veine , pour refouler le sang au-dessus de la ligature , et de la main droite , armée d’une lancette bien tranchante d , on pratique la saignée dans la direction que nous avons indiquée , c’est-à-dire de bas en haut et d’avant en arrière , en ayant
Sédiliot. — Méd. opérât. I - H
PETITE CHIRURGIE
soin de donnera la plaie 0>",010 ou 0m,012 de largeur {fig. 112 , a). Le sang s’échappe en jet , plus souvent en nappe le long des téguments , et l’on se sert d’une gouttière de corne , de métal ou d’une simple carte coudée en demi-cercle pour le recevoir.
Lorsque la veine est profonde , peu apparente , et que l’on craint de la traverser, il a été conseillé de substituer le bistouri à la lancette , et de faire aux téguments une incision qui permet de découvrir la veine et de l’ouvrir dans une étendue convenable.
On arrête la saignée en faisant cesser la compression exercée au-dessous du vaisseau , et en engageant le malade à exécuter quelques grandes inspirations ; on ferme la plaie avec un morceau de taffetas d’Angleterre ou une compresse , et l’on ajouterait quelques jets de bandes obliques sous l’aisselle opposée , ou même un point de suture, si le sang avait de la tendance à s’échapper.
Il faudrait enfoncer la lancette à une grande profondeur, à moins que les malades ne fussent d’une extrême maigreur, pour arriver à la carotide primitive et à la veine jugulaire interne, qui se trouvent en dedans de la jugulaire externe ; en attaquant cette dernière veine obliquement d’avant en arrière , comme nous l’avons recom^mandé, on ne risque jamais de blesser ces vaisseaux, qui sont protégés par toute l’épaisseur du muscle sterno-mastoïdien.
Artériotomie. La perte du sang artériel détermine une débilitation plus grande que celle du sang veineux, et sous ce rapport la saignée des artères , ou artériotomie , est plus efficace que la phlébotomie. La. gravité des plaies artérielles, qui ne guérissent ordinairement que par oblitération du vaisseau, ne permet de recourir à cette opération que sur des artères peu volumineuses , superficielles , reposant bur des surfaces osseuses , et offrant un point d’appui favorable à la compression.
Ces considérations ont fait borner l’artériotomie à l’ouverture de la temporale, qui est.j au reste, presque totalement abandonnée.
On divise l’une des branches de la temporale sur la .tempe a (fig. 113) , si elles sont apparentes et d’un certain volume ; autrement mieux vaudrait intéresser le tronc artériel , au devant de l’oreille et au nivéâll et au-dessus de l’arcade zygomatique h , en évitant la branche supérieure du nerf facial .
La tempe rasée , et les battements de l’artère reconnus , l’opérateur, armé d’un bistouri droit, en porte la pointe à quelques millimètres de l’artère , après avoir tendu les téguments entre le pouce et les autres doigts de la main gauche , et , abaissant l’instrument, coupe transversalement le vaisseau dans une étendue de 0^,01 à Ô''‘,012. Il est bon de diviser complètement l’artère , afin d’arrêter
ARTÉRIOTOMIE. ^03
ensuite l’hémorrhagie avec plus de facilité. Le conseil de n’intéresser que la moitié ou les trois quarts de son diamètre, pour obtenir un écoulement plus abondant et. plus prolongé, doit être
Fig. 113.
rejeté. Le sang s’échappe avec force et par saccades ; lorsque la quantité en est suffisante , on l’arrête par la compression ; si celle-ci ne réussit pas , on achève , si on ne l’a déjà fait , la section complète du vaisseau. Si l’hémorrhagie continue, on lie l’artère directement, ou on a recours à l’acupressure (voy. ce mot). Le nœud d’emballeur ou tout autre bandage , dont la constriction provoque un état de gêne et de douleur contraire aux indications qué l’on s’est proposé de remplir par l’artériotomie , doivent être rejetés.
164 PEJÏTE CHIRURGIE.
Saignées loeales, sangsues. Les saignées locales, nommées aussi saignées capillaires , se pratiquent , comme leur nom l’indique , sur la trame vasculaire des téguments externe et interne , au moyen des sangsues , des mouchetures et des scarifications , et elles provoquent un dégorgement partiel et local , en - même temps qu’une irritation révulsive.
Sangsues. Les sangsues et les ventouses scarifiées sont les procédés le plus employés.
La meilleure sangsue , ou l’officinale , offre six bandes jaunes ponctuées de noir sur sa face dorsale , et a le ventre jaunâtre et parsemé de taches noires. On s’assure que les sangsues n’ont pas encore servi , ou au moins qu’elles sont parfaitement dégorgées , en les pressant entre les doigts avec une certaine force de leur extrémité caudale vers la tête : si la sangsue est bonne , la tête reste sèche; autrement elle laisse écouler une gouttelette de sang.
Les pangsues peuvent être appliquées sur toutes les parties accessibles du corps et des muqueuses. On conseille de les poser à une petite distance des parties enflammées , pour ne pas y déterminer une irritation quelquefois fâcheuse ; mais ce précepte n’est pas toujours suivi , et quelques praticiens se trouvent bien de les faire prendre directement sur le siège même de l’inflammation , en ayant soin d’en mettre un nombre assez grand pour empêcher une . congestion consécutive. C’est dans ce dernier but que l’on pratique des saignées locales permanentes en ne posant qu’un très-petit nombre de sangsues à la fois , remplacées aussitôt qu’elles se détachent , afin d’entretenir un écoulement de sang continu et prolongé.
Pour que les sangsues piquent la partie sur laquelle on les applique , il faut avoir le soin de la laver à l’eau tiède , pour enlever la sueur , la poussière etc. , et d’y faire affluer le sang par quelques frictions ou par l’application d’une ventouse sèche. On peut encore humecter les téguments avec de l’eau sucrée, du lait ou du sang.
Si l’on pose un grand nombre de sangsues en une seule fois et sur un espace circonscrit de la peau , on les roule dans une compresse que l’on soutient avec la paume de la main ou un bandage. On se comporte habituellement ainsi dans les hôpitaux, et l’on empêche les sangsues de s’échapper et d’aller piquer un autre point des téguments; ce procédé est simple et commode. Brunninghausen conseillait d’introduire dans l’anus une bandelette de linge revêtue d’un corps gras , pour empêcher les sangsues de pénétrer dans cet orifice lorsqu’on les place à la région anale; c’est une précaution inutile.