‹ Traité de médecine opératoire, bandages et appareils. 4è éd. Tome secondChapitre 42 sur 131 · SAIGNÉES LOCALES, SANGSUES · texte numérisé non relu

SAIGNÉES LOCALES, SANGSUES

On se sert aussi d’un verre dans lequel on met les sangsues , et que l’on renverse ; si elles restent attachées au fond du vase , on le refroidit en y posant un corps froid , et elles l’abandonnent pour chercher une température plus chaude ; on garnit encore le fond du verre d’une compresse qui les met en contact avec la peau.

Le moyen le plus expéditif est de placer dans un verre allongé plus de sangsues que l’on n’en veut appliquer. On pose le bord du verre sur la région malade : en quelques minutes , les sangsues mordent , et l’on retire les retardataires dès que le nombre de celles qui ont pris est suffisant.

Bourgery a vanté, comme moyen d’application des sangsues, un petit instrument , auquel il a donné le nom de pose-sangsues : c’est une petite capsule en fil d’argent, d’une forme demi-ovalaire, ressemblant aux vases où l’on trempe les paupières dans les ophthalmies.- Les bords en sont convexes et formés d’un fil d’argent aplati pouvant s’appliquer exactement à la peau. Le sommet est terminé par un anneau compresseur, et l’instrument peut renfermer six à huit sangsues. Bourgery assure qu’elles piquent toutes sans exception. Ce résultat n’a pas été confîi'mé , et son pose-sangsues n’est pas employé.

Si l’on doit placer seulement quelques sangsues, on les fait prendre une à une en les soutenant entre les doigts. On saisit l’extrémité caudale , assez fortement pour ne pas la laisser échapper, et l’on en dirige la tête sur le point qu’elles doivent piquer. Dès qu’elles sont fixées , on éloigne un peu la main pour les mettre dans un état d’allongement tel qu’elles ne puissent se ployer sur elles-mêmes ; au bout d’une ou deux minutes la sangsue a mordu, et l’on peut l’abandonner ; si l’on ne réussit pas, on la rejette et on en choisit une autre plus vivace ou mieux disposée.

Lorsqu’il faut appliquer une ou deux sangsues sur une gencive enflammée , on les porte dans un tube de verre , une carte roulée , ou mieux encore le tuyau d’une plume à écrire , à extrémité lisse et arrondie. La sangsue , poussée dans le tube , ne peut se retourner et mord promptement.

On se sert d’un spéculum pour porter les sangsues sur la muqueuse du rectum , du vagin et sur le col de l’utérus , avec le soin de ne pas les laisser pénétrer trop profondément.

Les sangsues aspirent le sang et se gonflent jusqu’au moment où elles se détachent par excès de réplétion. Dans ce cas elles sont excellentes. Quelques-unes tombent vite. Sur une vingtaine de sangsues , plusieurs ne se détachent qu’au bout de trente ou de cinquante minutes .

Il est parfois nécessaire de déteiuiiner la chute des sangsues ,

166 PETITE chirurgie:

soit qu’elles aient piqué dans un point défavorable , soit que l’on ne veuille pas faire perdre au malade une plus grande quantité de sang. On obtient sur-le-champ ce résultat en les coupant en travers avec des ciseaux, si l’on ne tient pas à les conserver; autrement, on les soupoudre de sel marin, de nitrate de potasse, dé cendres , de tabac ou de toute autre substance irritante. On doit toujours s’abstenir de les arracher ou même de les repousser avec l’ongle; cette violence est douloureuse et peut enflammer la plaie.

On a cherché à déterminer la quantité de sang qu’une sangsue faisait perdre; mais le volume des sangsues, le temps plus ou moins prolongé de leur application , les différences de vascularité des diverses régions tégumentaires , celles de l’âge , d’un état de phlogose etc., font varier la perte de sang; cependant, si nous prenons la moyenne de ces résultats , chaque sangsue tire à peu près huit à dix grammes de sang , tant par elle-même que par l’écoulement qui suit sa piqûre. .

Les accidents de l’application des sangsues sont :

La douleur, portée jusqu’aux spasmes et aux convulsions chez ■quelques sujets ; on la calme par les bains , les topiques émollients et narcotiques , les potions antispâsmodiqnes.

L’inflammation des piqûres , qui suppurent et forment de petits ulcères.

La mortification partielle ou étendue des points sur lesquels les sangsues ont été appliquées , qu’elle dépende soit de l’état adynamique du malade , soit de la mauvaise qualité des annélides employés.

La saillie des cicatrices : celles-ci , bien qu’ordinairement peu apparentes et ne dépassant pas le niveau de la peau , où elles offrent l’aspect d’un petit triangle blanchâtre , peuvent cependant s’hypertrophier, et présenter de petites tumeurs qui atteignent parfois le volume d’un pois; on les excise.

L’hémorrhagie a souvent amené la mort, particulièrement chez les enfants. L’agaric , l’amadou , la toile brûlée , une bandelette de charpie, une compresse, sur laquelle on promène un corps chaud pour évaporer la partie séreuse du sang et déterminer la formation d un caillot solide, sont les moyens auxquels on a recours; dans quelques cas , les sangsues ont atteint un vaisseau subjacent (artère temporale superficielle , jugulaire externe etc.), le sang s’échappe presque par jet, et n’est pas arrêté par les moyens précédents. On applique un doigt sur la piqûre , et une compression permanente suspend définitivement l’hémorragie. On conseille et l’on emploie la cautérisation avec le nitrate d’argent; ce procédé est des plus

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