‹ Traité de médecine opératoire, bandages et appareils. 4è éd. Tome secondChapitre 45 sur 131 · VÉSICATOIRE · texte numérisé non relu

VÉSICATOIRE

011 les place de pi'élerence au bras , vers la dépression qui se rencontre à l’insertion du muscle deltoïde , à la nuqué , derrière les oreilles , à la base des apophyses mastoïdes , sur la poitrine, l’abdomen, les membres inférieurs etc.

On rase la peau avec soin , et on la frotte avec du vinaigre , ou simplement avec un linge sec, pour la rubéfier; le vésicatoire est alors appliqué , puis soutenu par un bandage contentif.

Le temps nécessaire pour produire la vésication varie selon les moyens employés. Si l’on se sert d’un corps chargé de calorique, l’effet en est instantané ; l’action de l’ammoniaque exige une ou deux minutes ; le savon de Gondret , vingt à trente , et les préparations de cantharides doivent rester en place environ douze heures. On a proposé de les enlever au bout de six heures , et de les remplacer par un cataplasme de farine de graines de lin. On espère prévenir ainsi les fâcheux effets des cantharides sur les organes génito-urinaires. Si des accidents de ce genre se manifestaient , on aurait recours aux émulsions camphrées et aux boissons émollientes, et on enlèverait le vésicatoire.

L’ampoule de la vésication est formée par l’épiderme , sous lequel «’accumule une quantité plus ou moins considérable de sérosité citrine ; dans quelques cas , on trouve au lieu de sérosité , ou audessous d’elle , une fausse membrane couenneuse d’une épaisseur variable, qui paraît dépendre de l’intensité de l’irritation et de l’état constitutionnel du malade.

Si l’on veut seulement déterminer une irritation révulsive momentanée, on fait sécher le vésicatoire. Pour obtenir ce résultat, on pique l’ampoule avec la pointe d’une lancette ou d’une aiguille ; la sérosité s’écoule, et on pose sur l’épiderme laissé en place une compresse de linge fin , renouvelée aussitôt qu’elle est imbibée de sérosité. Ce moyen l’emporte sur les applications médicamenteuses dont on fait journellement usage, et qui nuisent à la dessiccation du vésicatoire plutôt qu’elles ne la favorisent. Au bout de deux ou trois jours , un nouvel épiderme est produit, et celui qui formait l’ampoule se roule sur lui-même et se détache.

Pour faire suppurer le vésicatoire , on enlève , avec une pince et des ciseaux, l’épiderme soulevé par la sérosité. On met ainsi à découvert une surface granuleuse , d’un rouge vif et d’une extrême sensibilité ; on la recouvre avec une feuille de poirée enduite de beurre , un linge, un papier brouillard garnis de cérat, ou un taffetas épispastique. Ce dernier est douloureux , et ne convient que dans le cas où l’on . recherche une irritation très-iûve; autrement on recouvre l’épiderme le premier jour d’une épaisse couche de cérat , que l’on l’enlève seulement le lendemain.

PETITE CHIRURGIE

Le pansement quotidien des vésicatoires exige plus d’expérience qu’on ne le suppose communément ; aussi entendons-nous répéter continuellement qu’un vésicatoire n’a pas voulu suppurer , qu’il est extrêmement douloureux , saigne fréquemment etc. Ces remarques prouvent seulement que le vésicatoire a été mal entretenu, et pas assez ou trop irrité ; dans le premier cas , il se cicatrise et on doit l’exciter par l’application d’onguents préparés avec les cantharides , le gai'ou , ou la sabine ; dans le second cas , la surface du vésicatoire se sèche et se couvre d’une couenne blanchâtre disséminée çà et là, dont les intervalles sont très-rouges et saignent facilement; on remédie à cet état par des fomentations émollientes et des cataplasmes adoucissants , qui ramènent bientôt une suppuration louable.- Les vésicatoires entretenus depuis longtemps présentent souvent de très-gros bourgeons charnus , qui s’élèvent de plusieurs millimètres au-dessus du niveau de la peau , sont douloureux , saignants , et donnent peu de suppuration ; il faut les exciser de temps à autre avec des ciseaux courbes.- Cette petite opération est à peine sentie par le malade. La plaie s’égalise , et laisse , lorsqu’on vient à la fermer, une cicatrice plus unie et plus régulière.

Les seuls accidents provoqués par les vésicatoires sont l’inflammation et la douleur ; l’engorgement du membre ne dépend habituellement que de la trop grande constriction du bandage contentif (voy. Pansements). Le meilleur moyen de fixer le vésicatoire est un bandage élastique. Une lame d’écaille de fer blanc ou de cuir, à laquelle vient se rattacher un ruban en caoutchouc vulcanisé , maintient parfaitement le pansement et en prévient le glissement.

Toutes les surfaces cutanées , privées d’épiderme , absorbent très-bien les médicaments (méthode endermique) , et les vésicatoires ont été très-souvent appliqués et employés dans ce but.

Cautere ou font'Senle. On nomme cautère ou fonticule un ulcère produit artificiellement et habituellement entretenu par un corps étranger.

On pose des cautères sur preque tous les points du corps , selon les indications ; mais on doit particulièrement choisir les régions garnies de tissu cellulaire et exposées à peu de mouvement , et éviter les saillies osseuses et musculaires , les tendons , le trajet des gros cordons vasculaires et nerveux. L’intervalle des muscles splénius et complexus à la nuque ; l’enfoncement qui répond à l’insertion du deltoïde au bras ; la ligne celluleuse qui sépare le triceps crural du troisième adducteur, vers la partie inférieure de la face interne du membre, à On‘,5 environ au-dessus du condyle

CAUTÈRE OU FONTICULE.

fémoral , à la cuisse ; enfin , l’espace compris entre le bord interne du tibia et l’extrémité supérieure du muscle jumeau, à la jambe sont les points reconnus les plus favorables pour y placer les cautères.

La potasse caustique ou pierre à cautère est le moyen d’application le plus en usage.

L’eschare est trois ou quatre fois plus large que le morceau de potasse employé , et d’une profondeur un peu moins grande proportionnellement .

On recouvre la peau, rasée et frictionnée, d’un morceau de diachylon percé d’une ouverture centrale , du diamètre du caustique , que l’on entoure d’un peu de charpie ou de coton , et que l’on maintient avec un second et même un troisième morceau de sparadrap de diachylon , et un bandage composé de compresses et d’une bande.

L’eschare est formée au bout de peu d’heures , et si l’on n’a employé qu’une quantité de potasse convenable , il n’y a pas d’inconvénient à ne changer l’appareil que beaucoup plus tard , parce que l’eschare une fois produite ne s’agrandit pas ; mais si la potasse était en trop grande quantité , il faudrait l’enlever dès que l’eschare aurait un diamètre suffisant , et laver les parties» avec de l’eau tiède ou une légère solution acide pour absferger le caustique en excès ; on applique ensuite sur la plaie un cataplasme pour calmer la douleur, si elle est très-vive ; autrement , on se borne à y poser une compresse ou un plumasseau enduits de cérat , et l’on panse ensuite avec l’onguent de la mère pour favoriser l’élimination et la chute de l’eschare , qu’il est inutile de fendre et de détacher avec un bistouri ou des ciseaux. La séparation de la partie mortifiée a lieu du douzième au quarantième jour. On place alors dans la plaie un pois d’iris ou de toute autre substance , traversé d’un fil , et la présence de ce corps , qui se gonfle et écarte les tissus en les irritant , et que l’on renouvelle à chaque pansement , suffit pour entretenir la suppuration. On a reproché aux pois d’iris de se gonfler inégalement, tantôt dans un sens et tantôt dans un autre; mais c’est 'là un avantage , car la plaie s’en trouve plus excitée , et nous doutons beaucoup de la prétendue supériorité des pois artificiels dont le gonflement est uniforme. On enduit les pois de pommade épispastique , si on le juge nécessaire , et les préceptes relatifs au pansement et à l’entretien des vésicatoires et à l’excision des bourgeons charnus trouvent ici leur applicalion.

Potasse à V alcool. Nous nous sommes souvent servi de potasse à l’alcool , au lieu de pierre à cautère , et nous en obtenions des effets beaucoup plus rapides. Nous a\âons même fait mouler de

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petites lentilles de cette substance, d’une largeur et d’une épaisseur variables selon la dimension de l’eschare à obtenir, mais cette substance et la pierre à cautère sont fort infidèles , soit par suite de leur mode de préparation , soit en raison de l’état de yitalité des malades.

La pâte de Vienne peut être appelée le caustique par excellence , et donne en quelques minutes des eschares de la plus grande régularité. Formée d’un mélange de potasse et de chaux pulvérisés , comme nous l’avons dit , on la produit au moment de s’en servir en y ajoutant quelques gouttes d’alcool , et on en fait une pâte molle que l’on étend avec une spatule. On doit se servir de papier non collé pour en essuyer les bords et enlever l’humidité , et même les gouttelettes qui s’en dégagent dans quelques cas exceptionnels.

Cautère par vésication. On place un pois sur la surface dénudée d’un vésicatoire , que ce dernier existe depuis longtemps , ou qu’il soit produit directement. Le pois , légèrement comprimé , détermine sur la peau une excavation chaque jour plus profonde , qui ne tarde pas à suppurer.

Cautère par incision. On peut encore inciser la peau avec un bistouri, et placer jians la petite plaie une boulette de charpie,, bientôt remplacée par un pois qui sert à entretenir la suppuration.

Le premier de ces procédés produit une révulsion plus énergique, détruit la peau dans l’étendue d’un rayon plus étendu, empêche qu’elle ne soit comprimée et tendue douloureusement par la présence du corps étranger , et est manifestement le meilleur. Le cautère suppure mieux, plus longtemps, est d’un entretien moins douloureux et les effets en sont plus prompts et plus énergiques.

Le pansement et la contention sont les mêmes que pour le vésicatoire.

Mouches de cautère. Nous avons donné ce nom à des cautères superficiels , du diamètre d’une lentille , destinés à produire une révulsion assez puissante, sans suppuration entretenue et prolongée. Dans le mal de Pott et les arthropathies vertébrales etc., nous faisons appliquer le long du rachis une série de petits cautères avec la pâte de Vienne. L’eschare doit dépasser à peine l’épaisseur de la peau ; on ne fait aucun pansement , et l’on se borne à prévenir le frottement des vêtements par une mince ceinture dé ffanelle ; au fur et à mesure de la chute des eschares , sous lesquels la cicatrisation s’opère spontanément, on en pratique de nouvelles , deux à la fois , par exemple. Les enfants en souffrent peu.

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