MOXA
Hoxa. On appelle moxa toute substance lentement brûlée sur ]a peau pour la convertir en eschare superficielle. .
Le coton cardé naturel ou trempé dans une solution d’azotate de potasse , les feuilles d’armoise desséchées et battues , l’agaric de chêne , le vieux linge , l’étoupe , la charpie , la mèche des canonniers , la moelle de l’hélianthus , le phosphore ont été mis en usage.
Les moxas le plus employés sont ceux de coton que l’on roule en cylindres de 0“, 02 à environ de diamètre, serrés fortement avec du fil , ou avec un linge fixé par quelques points d’aiguilles ou un peu de colle. On divise ensuite ces cylindres, avec un instrument bien affilé , en tranches plus ou moins épaisses , selon la profondeur, des eschares à produire.
Les feuilles d’armoise font d’excellents moxas. On les renferme dans des boîtes , après les avoir séchées et battues , et il suffit d’en prendre une petite quantité disposée en une pyramide conique. Ces feuilles ont assez de consistance et de souplesse pour conserver la forme qui leur est donnée , brûlent sans fumée et sans qu’on soit obligé d’entretenir leur combustion ni de les soutenir, et produisent des effets très-réguliers , mais un peu superficiels.
Malgré la dénomination de moxa de velours , donnée par Percy à la moelle de l’hélianthus , le coton seul , et fort rarement encore , est mis en usage.
On doit éviter, pour l’application des moxas , comme pour celle des cautères , les saillies osseuses, musculaires et tendineuses, et le trajet des troncs vasculaires et nerveux.
Le moxa agit non-seulement par la douleur et la suppuration qu’il provoque, mais encore par la chaleur, peu profonde au reste (Bonnet) , dont il pénètre les parties voisines. La chirurgie s’en est servie contre les engorgements chroniques et indolents des viscères, les maladies des os , et particulièrement ies caries articulaires , le mal de Pott , les névralgies , les rhumatismes , les paralysies etc. Le docteur Régnault avait proposé , sous le nom de moxas tempérés , et contre l’hydrocéphalie des enfants , de faire brûler les moxas sur un cylindre de drap mouillé , qui s’oppose à la transmission du calorique, et ne détermine qu’une forte rubéfaction des tissus; mais ce ne ne sont plus des moxas , puisqu’il n’y a pas d’eschare produite. Larrey accordait beaucoup de confiance à l’application réitérée des moxas sur une même région.
La combustion d’un moxa doit être lente, uniforme et complète. Pour assurer ce résultat, on fait usage d’un anneau métallique monté sur un manche {fig. 116), présentant sur une de ses faces trois petites boules d’ivoire , destinées à reposer sur la peau sans la brûler. On place dans l’intérieur de l’anneau le cylindre de coton ,
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et on l’y fixe avec une ou deux petites tiges métalliques en forme d’épingle {fig. 117). Cet instrument, nommé porte-moxa, est assez généralement adopté ; cependant il a l’inconvénient d’échauffer tellement ses pieds ou supports, quelle que soit leur composi-
Fig. 116.
tiôn , que ceux-ci produisent des phlyctènes ou une petite eschare à leurs points de contact avec la pgau. On pourrait maintenir le moxa avec une pince à pansement ordinaire ou une simple tige métallique. Un tube, garni d’une embouchure d’ivoire (fig. 118), sert à souffler sur le moxa , et à entretenir et à activer la combustion, Un soufflet ordinaire pourrait également être mis en usage. Un avantage de l’emploi simultané du porte-moxa et du chalumeau est d’appliquer les moxas . sans le secours d’aucun aide. Lorsque l’on a préparé une lumière, le moxa, le porte-moxa, le chalumeau, et un morceau de diachylon pour recouvrir l’eschare, on donne au malade la position qu’il doit conserver pendant l’opération , et , mouillant légèrement l’un des côtés du moxa , afin de le faire adhérer à la peau , on enflamme l’autre. On fait bien, en commençant , de rendre la combustion régulière et égale , en dirigeant sur la surface en ignition un très-léger courant d’air ; lorsque la simple sensation de la chaleur est remplacée par la vive douleur de la brûlure des téguments , on active la combustion par un courant d’air continu, ou aussi actif que possible, et l’on consume jusqu’à la dernière parcelle du moxa.
Pendant cette opération , la peau se sèche, jaunit , se plisse en rides concentriques, éclate souvent avec bruit à la fin de la com-
Fig. 117. Fig. 118.
• SÉTON
bustion, et se convertit en une eschare dure, jaunâtre, plus ou moins étendue et profonde , selon le diamètre et la durée de l’application du moxa. ^
Dès l’instant que le moxa est consumé, la douleur disparaît presque complètement , et l’on s’explique ainsi la facilité avec laquelle les malades laissent répéter cette opération.
On recouvre l’eschare avec un linge sec ou un morceau de diachylon , et l’on en rend la chute plus prompte , si on le juge convenable, en y appliquant un cataplasme. En général , l’eschare se détache du quinzième au quarantième jour, selon l’irritahilité du sujet et la nature des topiques employés. On peut alors convertir la plaie en cautère, en. y plaçant quelques pois pour en continuer la suppuration.
Les moxas sont très-peu employés; nous les -remplaçons, avec avantage, par la cautérisation ponctuée.
Séton. On donne le nom' àe séton, tantôt à la bandelette de linge , à la mèche de coton ou au. fil introduits de part en part sous, les tégunients poiir y déterminer une suppuration révulsive , faciliter récoulement d’un liquidé, ou provoquer dans quelques cas une inflammation adhésive"; tantôt à L’opération par laquelle on perce ou l’on taille l’espèce de pont tégümentaire sous lequel est porté lé corps étranger.
Le séton s’applique sur presque tous les points du corps; on le pose aux tempes , à la nuque , sur les parois, de la poitrine et de, l’ahdomen, au périnée, autour des articulations, pour combattre par une révulsion énergique des inflammations chroniques et des engorgements de même nature , provoquer des résorptions , arrêter, des écoulements purulents etc.'; on passe’ un séton au travers des bourses dans l’hydrocèle , dans l’épaisseur d’une tumeur, entre les extrémités d’une fracture non consolidée etc.
Les instruments nécessaires à l’application d’un séton sont un bistouri droit ou l’aiguille à séton de Boyer , fig. 121 , un stylet fenêtré a, b, (fig. ii9), une bandelette de linge c, de 0*,! ou 0>“,2delongueur, ou une mèche dé coton filé ; quelquesplumasseaux enduits de cérat, des compresses et une hande complètent l’appareil.
Lorsqu’on se sert du bistouri pour poser un séton {fig. 120) , on dispose d’avance l’apparèil dont nous venons d’indiquer les principales pièces. On fixe la mèche de linge dans l’ouverture du stylet fenêtré, et on l’enduit de cérat pour en faciliter le ghssement.’
Sédillot. — Méd. opérât. 1—12
Fig. H9.
petite chirurgie.
L’opérateur forme a™ la peau do la région sur laquelle il opère un pli d’une longueur et d’une épaisseur proporUonnées a 1 étendue de la plaie à produire; il charge un aide de saisir lune des extrémités fece pli .tandis qu’ils soutient l’autre de lamain gauche,
et de la droite il plonge le bistouri , tenu à plat et en troisième position, à la base du pli cutané qu’il traverse, et agrandit plus ou moins l’incision en retirant l’instrument.
Quelques auteurs ont donné le conseil de pratiquer une plaie conique pour faciliter l’écoulement du pus par l’extrémité la plus large et la plus déclive ; mais le seul résultat de cette conduite serait l’étranglement de l’ouverture la plus étroite de la plaie; celle-ci semoule sur le corps étranger, et présente bientôt le même diamètre dans toute sa longueur ; il faut donc que le chirurgien pratique une incision à bords parallèles , assez large pour ne pas être étranglée par la présence du séton. Dès que l’incision est terminée , on retire le bistouri, et, au lieu de glisser sur sa lame l’extrémité du stylet, comme cela se trouve indiqué dans quelques ouvrages , on l’engage directement dans la plaie, au travers de laquelle on le passe toujours sans peine , en ayant la précaution de maintenir soulevé le pli de la peau dont on a transpercé la base. L’opérateur saisit et dégage le. stylet, abandonne le pli cutané, et coupe la bandelette de linge du côté du stylet , à une petite distance des téguments. Le sang s’échappe souvent en abondance dans ne premier moment ; si on juge à propos de l’arrêter , on recouvre les ouvertures de la plaie avec des plumasseaux enduits de cérat , et on les soutient par une compresse , sur laquelle on place , en la ployant alternativement entre le pouce et l’indicateur de la main gauche , le reste de la bandelette qui doit servir aux pansements subséquents ; on maintient le tout avec quelques tours de bande.
SÉTON
L’aiguille à séton de Boyer (fig. 121) est formée d’une lame aiguë et à double tranchant d’un côté , terminée de l’autre par un prolongement coupé carrément , dont la base est percée d’une ouverture pour recevoir le séton. Cet instrument , de O™, 09 à 0ni,l de longueur sur 0ni,012 à 0m,015 de largeur, permet de pratiquer dans un même temps l’incision des parties molles et l’introduction du séton : c’est un avantage incontestable, et la durée de l’opération est diminuée.
Mais il faut un instrument particulier, que l’on n’a pas toujours sous la main; la largeur de la plaie est invariable, à moins que l’on ne possède des aiguilles à séton de plusieurs diamètres etc. ; ces raisons font ordinairement préférer le bistouri.
Le premier pansement a lieu vers le cinquième ou le sixième jour de l’opération , lorsque la suppuration est bien établie. On enlève successivement les pièces de l’appareil , en les humectant avec de l’eau tiède si elles présentent quelques adhérences douloureuses , et l’on veille p;g surtout à ne pas entraîner le séton hors de la plaie.
Pour entretenir la suppuration profonde qui s’est produite , et placer dans l’incision une nouvelle portion de séton , qui continuera à remplir l’office de corps étranger, on enduit de cérat une partie de la mèche qui a été pliée au-dessus de la compresse , après l’avoir ébarbée , si elle est durcie par le sang ou par du pus ; on saisit avec une pince à pansement le bout qui sort de la plaié , et , en le tirant avec douceur , on^substitue une autre partie du séton à celle qui était restée précédemment sous les téguments , et l’on coupe cette dernière avec des ciseaux dès qu’elle a été complètement entraînée en dehors. On panse ensuite comme la première fois, et l’on répète cette même opération toutes les vingt-quatre heures, à moins que l’abondance de la suppuration et l’odeur ne forcent à des pansements plus rapprochés.
Lorsque la bandelette de linge ou la mèche de coton sont presque épuisées , on y fixe un nouveau séton de même nature au moyen d’une boutonnière ou d’un nœud ; le procédé le plus simple est d’effiler ou d’amincir le plus possible les extrémités de l’ancien et du nouveau séton , et de les assujettir par une ligature. Le point de jonction offre très-peu d’épaisseur , et lorsqu’il a été enduit de cérat il traverse la plaie facilement sans provoquer de douleur.
Ordinairement la suppuration déterminée par la présence du séton reste très-abondante ; dans quelques cas elle diminue et s’arrête. Si cet effet est dû à une inflammation trop vive , on la combat par des applications sédatives et émollientes ; s’il y a , au
I8Q PETITE CHIRURGIE
contraire, défaut d’irritation, on fait usage de pommades épispastiqpies.
Lorsqu’un séton suppure depuis longtemps , on voit se développer aux orifices de la plaie des bourgeons charnus plus ou moins volumineux , qui la rétrécissent et rendent les pansements douloureux ; on les excise: avec des ciseaux.
Un autre inconvénient des sétons longtemps entretenus est le rétrécissenient de la plaie et l’étranglement inflammatoire auquel il donne lieu. Nous avons fait construire , pour y remédier, une aiguille tranchante et fenêtrée {fg. 122) à l’une de ses extrémités , et terminées l’autre bout par un stylet boutonné. L’extrémité allongéé de cet instrunient est. engagée dans la plaie, et en la tirant brusquement , je donne à l’ancienne solution de continuité devenue trop étroite toute la largeur de la lame de mon aiguille , qui entraîne le séton comme celle de Boyer. L’instrument représenté dans la figure 122 est courbe , parce qu’il avait été fait pour agrandir un séton à la nuque.
Bien que l’application d’un séton soit en général une opération simple , elle peut cependant, chez les sujets irritables, occasionner des accidents graves , tels que des spasmes , des tremblements nerveux presque tétaniques , une violente phlogose etc. Il faut alors retirer le séton et traiter la plaie
Ipar les émollients et les antiphlogistiques. Si le séton avait été momentanément enlevé, on le réintroduirait dès que l’irritation serait tombée. Si l’inflammatiou reparaît avec le séton, on y renonce, et on convertit les plaies en cautères ; on agit de même dans le cas où le séton ulcère la peau. Sétons -fUiforynes. On se sert parfois d’un fil de chanvre, de lin, de soie, de caoutchouc ou même de métal, pour entretenir une irritation modérée et faciliter l’écoulement d’un liquide ou la résolution d’une tumeur. Les tubes à drainage sont souvent appliqués sous forme de séton.
Vaccination. Depuis que le vaccin a été pris directement sur la tétine des vaches attaquées du cowpox , on le retire des pustules développées sur l’homme par inoculation , seul procédé habituellement usité depuis Jenner. Les pustules vaccinales fournissent un vaccin préservatif depuis le quatrième jour de leur apparition jusqu’à leur dessiccation , mais le vaccin pris du septième au huitième jour de la formation de la pustule est plus abondant , et paraît jouir de propriétés plus énergiques ; 1° une goutte de vaccin file entre les doigts comme un sirop ; 2° la lancette , appliquée à plat sur un verre ou ùn -bouton qui en présente , y adhère assez pour offrir