HÉMOSTATIQUES
confirmé cet avantage , même dans le cas où la torsion avait été presque complète. Aujourd’hui l’expérience paraît avoir condamné la torsion comme méthode habituelle, et les chirurgiens l’ont presque tous abandonnée.
Hémostatiques. On a longtemps mis en question l’efficacité des liquides hémostatiques , et l’on a voulu expliquer par la compression les succès obtenus de leur emploi contrôles hémorrhagies. Nous avons montré (voy. nos Contributions à la chirurgie, t. H, p. 6) l’erreur de cette opinion et les précieuses ressources dont les chirurgiens se sont ainsi privés. En dépit des corps savants traitant de contes les effets hémostatiques , les praticiens et les peuples de tous les temps y ont eu recours et n’ont pas cessé d’y ajouter foi. Depuis nos travaux sur les propriétés de l’eau dePagliari, personne ne conteste plus l’efficacité des hémostatiques , dont le nombre s’est rapidement accru , et il suffit de citer le perchlorure, le sulfate de peroxyde de fer, l’eau Monsel. Nous avons attribué aux liquides hémostatiques deux modes d’effet : tantôt les tissus se resserrent et se rétractent , modèrent l’afflux du sang et en arrêtent l’écoulement ; tantôt le sang lui-même se coagule et fait bouchon sur les extrémités vasculaires en y adhérant.
L’eau froide, la glace, le vinaigre, l’eau alcoolisée, les solutions astringentes de sulfate de fer , de sulfate de cuivre , d’acétate de plomb , l’eau de Brocchieri , de Chapelain , l’eau vulnéraire rouge, la créosote etc. agissent particulièrement de la première manière ; l’eau de Pagliari , le baume de Compingt , l’eau de Rabel , la solution concentrée d’alun, l’alcool, l’acide acétique, le perchlorure et le sulfate de peroxyde de fer n’agissent plus seulement comme styptiques, ils jouissent encore de la propriété de coaguler le sang.
Si l’on prend un verre à expériences chimiques, contenant un cinquième de sang humain récent , ou recueilli sur un cadavre , et que l’on remplisse le vase avec de l’eau Pagliari ou du baume Compingt , la liqueur se prend en masse , et devient tellement adhérente aux parois du verre que l’on peut impunément renverser ce dernier ; le coagulum ne se détache pas.
Cette épreuve décisive ayant' confirmé nos observations cliniques, nous avons cru , à notre tour, à la réalité des hémostatiques , et nous n’avons pas craint de le proclamer. Sans doute nous ne conseillons pas l’ahandon de la ligature , et nous y avons recours dans tous les cas où une artère d’un certain calibre est blessée et peut être atteinte ; mais s’il faut se décider à lier la carotide primitive , la brachiale ou la crurale , pour arrêter une hémorrhagie d’une source profonde et éloignée, nous préférons mettre d’abord en
230 HÉMOSTASIE. '
usage les hémostatiques , et nous croyons être utile aux malades et obéir aux indications de la science. On a vu des chirurgiens arriver jusqu’au tronc brachio-céphalique par des ligatures successives , chaque fois suivies de nouvelles hémorrhagies. La compression aidée des hémostatiques est un procédé beaucoup moins grave et quelquefois plus efficace. Le seul rôle de la compression est de soutenir le coagulum et de favoriser la formation et les adhérences d’un caillot oblitérateur.
Nous avons adopté l’usage de l’eau Pagliari, et nous en avons toujours un flacon à notre disposition dans nos salles de clinique et au moment des opérations. C’est un liquide d’une odeur agréable, sans saveur styptique et sans action défavorable sur les plaies récentes ou anciennes. La formule de préparation donnée par l’auteur, qui a eu la générosité de ne pas faire un secret de son invention , est la suivante : «Benjoin, deux cents cinquante grammes ; sulfate d’alumine et de potasse , cinq cents grammes ; eau commune, cinq kilogrammes. On faitbouillir le tout pendant six heures dans un pot de terre vernissé , en agitant sans cesse la masse résineuse et en remplaçant successivement l’eau évaporée par de l’eau chaude pour ne . pas interrompre l’ébullition. On filtre ensuite la liqueur, et on la conserve dans des vases de cristal bien fermés. » Il est important d’essayer les propriétés de cette eau hémostatique avant de l’appliquer, et l’on doit , en la mêlant à du sang , dans les proportions indiquées , obtenir un magma épais , noirâtre et adhérent.
Le perchlorure de fer et les eaux de Monsel etdé Jeannel, sont encore plus efficaces , et nous les employons également , mais leur composition peut varier. Le perchlorure acide se redissout, et peut agir comme caustique ; le caillot est dur, adhérent , difficile et long à détacher ; les doigts du chirurgien en sont imprégnés et salis , et nous réservons ces solutions pour les hémorrhagies contre lesquelles l’eau de Pagliari a échoué.
Le sang-dragon , la colophane , les mélanges pulvérulents de ces substances avec l’alun, le tan, le sulfate de fer etc. sont des hémostatiques dont on fait usage en les portant dans le fond des plaies et sur l’orifice des vaisseaux , au moyen de petites boulettes de charpie superposées : on en a obtenu de nombreux succès.
Cautépisatiou. La cautérisation est peu employée depuis que l’on a reconnu les avantages de la ligature , et l’huile bouillante et les anciens trochisques etc. sont entièrement abandonnés et remplacés par la pâte de Canquoin, dont l’eschare sèche, dure, adhérente est un hémostatique excellent. Amussat a fait re-
PERPLICATION.
marquer qu’en touchant la paroi latérale d’une artère avec un fer rouge , on la force à se tordre sur elle-même de manière à arrêter le cours du sang , et que dans le cas où l’on parvient à appliquer le cautère sur l’ouverture béante des vaisseaux , on en refoule les membranes internes qui contribuent à la cessation de l’hémorrhagie.
H ne faut pas oublier que l’action irritante et congestionneUe du cautère igné appelle le sang dans les tissus , et que l’hémorrhagie augmente sous son influence plutôt qu’elle ne diminue , si l’on ne convertit pas les surfaces cautérisées en eschares assez profondes. Nous renvoyoùS , du reste , au chapitre où nous avons exposé les effets de la cautérisation ignée , p. 133 , et de la galvano-caustie , p. 136.
Refoulement. Le refoulement est tantôt un moyen auxiliaire de la torsion des gros troncs artériels divisés , comme nous l’avons dit , tantôt un procédé d’oblitération des artères dans la continuité de leur trajet. Voici comment Amussat l’exécutait : l’artère étant découverte et séparée de sa gaine dans un espace de quelques millimètres , on la saisit entre les branches de deux pinces à refoulement , que l’on serre assez fortement pour rompre en deux points les membranes interne et moyenne. La pince, tournée du côté du cœur, reste fixe et sert de point d’appui , pendant que la seconde pince repousse dans la direction opposée , c’est-à-dire vers les capillaires , les membranes divisées , qui refoulées ferment en grande partie la lumière du vaisseau. On retire les pinces et l’on réunit la plaie. Le sang forme un caillot adhérent à la tunique celluleuse et amène l’oblitération du vaisseau. Ce procédé, mal exécuté, exposerait à rompre complètement l’artère , et à déterminer des embohes dangereuses. Personne ne l’a appliqué sur l’homme.
Pepplieation. Le docteur allemand Stirling a proposé un procédé hémostatique auquel il a donné le nom de perplication. Ce procédé consiste à isoler 0“,02 à 0'“,03 environ de la longueur de l’artère , puis à faire une boutonnière à un des côtés du vaisseau avec la pointe d’un scalpel. Enfonçant alors par cette ouverture latérale les mors d’une petite pince, on va saisir mité béante de l’artère , et on la ramène dans la fente ou boutonnière {fig. 168 , a) , pratiquée sur le vaisseau , dont l’extrémité se trouve ainsi renversée sur elle-même et comme étranglée. Les avantagés de ce procédé seraient d’arrêter l’écoulement du sang , de ne pas causer la mortification de l’extrémité artérielle et^de permettre la réunion immédiate de la
l’extré-
Fig. 168. ■
HÉMOSTASIE.
plaie. Ce procédé n’a pas étéexpérimenté et mérite peu de confiance. Dans les expériences cadavériques que nous avons faites , la perplication n’a jamais empêché les liquides injectés dans l’artère de couler assez facilement au dehors , au travers des bords de la plaie incomplètement fermée par la présence de l’extrémité du vaisseau.
Arraehement. Séduits par l’absence d’hémorrhagie qui s’observe ordinairement dans les cas d’arrachement des membres, quelques chirurgiens ont pu songer à arracher les artères isolées pour empêcher l’écoulement du sang. Ce procédé , mis en usage avec succès par les vétérinaires pour' la castration .des animaux , ne saurait être appliqué à l’homme , dont le sang n’a pas assez de plasticité et dont l’organisme présente une grande prédisposition aux inflammations suppuratives.
BenTersement de l’artère. En renversant ou ployant sur elle-même l’extrémité d’une artère divisée , on crée un obstacle, à la circulation , et comme il est d’observation que la moindre force suffît souvent pour arrêter le cours du sang dans les artères des membres -amputés , on a pu mettre ce procédé en usage et en tirer quelques avantages. Les premiers inventeurs de la méthode à lambeaux n’ont pas oublié de faire mention de cette manière de prévenir les hémorrhagies des troncs artériels , coudés à angle droit par l’application du lambeau sur la plaie , et l’on a dit que Cook , de Munich , avait heureusement suivi ce procédé , que personne n’a été tenté- de pratiquer.
Bouchons mécaniques. On s’est servi d’un petit cône de cire ou de toute autre substance, pour combattre l’hémorrhagie de l’artère nourricière du tibia ; on conseille la même conduite dans le cas d’ossifî cation des tubes artériels. Un petit cylindre de bois, porté dans le vaisseau , y serait fixé et , fermant l’artère , déterminerait la formation d’un caillot oblitérateur. On a comparé aux cas précédents l’introduction d’une bougie de gomme élastique dans le trajet d’une blessure étroite de l’abdomen intéressant l’artère épigastrique ; mais la compression est alors latérale et plus efficace.
Séton. Jammeson avait imaginé de traverser les artères avec un petit séton de peau de daim (fig. 169) de 0“i,004 à 0m,005 g de largeur; les deux extrémités du séton . étaient coupées pi’ês de l’artère, et la plaie fermée. Ce chirurgien croyait à la disparition spontanée du corps' étranger ; mais la peau Fig. 169. daim ne se résorbant pas , entraînerait par sa présence de très-grands dangers.
ACUPRESSURE.
llâcliure». Dans le but de déterminer un épanchement plastique et la formation d’un caillot , on a conseillé de presser assez fortement les artères dans un ou plusieurs points de leur étendue avec des, pinces à mors saillants et mousses, de manière à en rompre les tuniques internes. Les effets de ce procédé ne sont pas constants sur les animaux. Sur l’homme, le sang pourrait continuer à circuler et l’on serait exposé à voir se produire des tumeurs anévrysmales.
Acupuncture. On a essayé sur les animaux , sans résultats favorables , d’implanter de simples aiguilles dans l’intérieur des artères pour produire dés caillots oblitérateurs.
Aeupressure* M. le professeur Simpson a donné ce nom à la compression , au moyen d’une aiguille , des artères divisées , et a voulu substituer ce procédé à la ligature.
Le célèbre professeur d’Edimbourg a dernièrement publié la seconde édition de son ouvrage sur ce sujet , et MM. Pirric et Keith , qni ont adopté l’acupressure , en ont décrit sept procédés, en annonçant qu’on pourrait les multiplier encore selon la nécessité des indications (Gaz. méd. , p. 270, annéel868). M. Billroth a, cette année, consacré plusieurs articles au même sujet (Wiener medizinische Wochenschrift , 1868) et a décrit Vacu~ pressure, Vacutorsion etVacufilopressure. Nous en donnerons une courte description.
Dans Yacupressure simple on se sert d’une longue épingle d’acier poli , à pointe triangulaire , ou d’acier doré, terminée en tête de verre. Une grande épingle ordinaire pourrait également suffire (fig. 170). On engage l’instrument au travers du moignon d’une amputation , par exemple , de manière à percer deux fois la peau perpendiculairement à l’axe du membre, avec la précaution de refouler les chairs et l’artère entre les téguments et l’instrument. On arrive au même résultat en faisant décrire à l’épingle un trajet courbe, que rendent facile la souplesse et l’élasticité des chairs.
L’épingle , restant droite , comprime contre la peau pj„
les tissus contournés , avec d’autant plus de force
que les deux points traversés des téguments sont plus rapprochés et
les parties étreintes plus épaisses.
L’expérience a montré que cette" simple pression arrête habi-
HÉMOSTASIE.
tuellement les hémorrhagies. La plaie est fermée par première intention, et l’épingle retirée au houtdevingt-quatreou de quarantehuit heures.
Au lieu-de prendre un point d’appui sur la peau, on peut également arc-houterla pointe de l’épingle contre un os. Les résultats sont les mêmes.
Fig. 171.
Vacutorsion est plus compliquée: on emploie une aiguille à laquelle un fil métallique est attaché (fig. 174) et on s’abstient de
Fig. 172.
percer la peau. Il suffit de piquer une portion des tissus musculaire ou fibreux sur un des côtés de l’artère , et de faire par-
ACUPRESSURE.
courir un demi-cercle à l’instrument autour du vaisseau , en le fixant à sa sortie dans les chairs. L’aiguille est abandonnée dans la plaie , et retirée , au moyen du fil qui y est attaché , au bout d’un ou de deux jours.
Un autre procédé consiste à traverser l’extrémité libre du vaisseau et à le tordre, en assujettissant l’aiguille dans les tissus environnants après une torsion d’un quart de cercle (fig. 172).
Nous avons conseillé de ployer et de transpercer le bout fibre de l’artère, quand la saillie en est assez grande. L’écoulement du sang est plus sûrement arrêté. L’on voit quelle multitude de procédés la méthode pourrait fournir : l’acutorsion médiate et immédiate , avec divers degrés de torsion, circulaire, oblique, horizontale ou perpendiculaire avec engagement de l’aiguiUe dans les muscles , la gaine artérielle , la peau etc.
Fig. 173.
U acufilopressuTe s’exécute avec la même aiguille sur laquelle s’enroule un fil métallique fibre (fig. 173), dans l’anse duquel l’artère est comprise.
L’aiguille étant passée au travers des chairs , sur un des côtés
du vaisseau on engage autour de son extrémité l’anse du fil fibre, dont les deux chefs réunis compriment l’artère A. (fig.il à) contre l’épingle et viennent s’enrouler sur son bout opposé. On réunit la
236 hémostasie.,
plaie , et dès que l’aiguille a été retirée , le fil libre n’est plus soutenu et est facilement extrait.
Au lieu de réunir les deux chefs de ce dernier, on les sépare si on le juge, convenable et on les croise autour du vaisseau pour les fixer de nouveau à l’autre extrémité de l’aiguille. Il y aurait, dans ce cas, plus de difficulté à les retirer, et on s’exposerait à des tractions fâcheuses.
Appréciation. Le principal avantage de l’acupressure serait, selon son auteur, de faciliter la réunion immédiate des plaies. C’est, pour les amputations , une espérance illusoire et un danger , parce que la réunion primitive complète n’a jamais lieu et ne doit pas , selon nous , être tentée.
Quant aux plaies ordinaires , la bgature , si l’on redoute réellement une hémorrhagie, paraît d’un effet beaucoup plus sûr.
On a vu des pertes de sang suivre l’extraction des aiguilles ; des suppurations profondes être provoquées par leur présence, et croiton sans inconvénient d’avoir les surfaces d’une plaie assez fortement comprimées par une ou plusieurs épingles ou aiguilles laissées dans les chairs ?
Nous ne condamnons pas cette méthode , mais nous la croyons réservée à des cas exceptionnels , où la profondeur des vaisseaux lésés , la difficulté de les découvrir et de les saisir, l’état des tissus rendent la ligature très-difficile , si ce n’est impossible.
Dans ces conditions , les divers procédés de l’acupressure offriront d’utiles ressources aux chirurgiens.
Cfalvano-punctiire. Pravaz eut l’idée, en 1831, de déterminer la coagulation du sang par l’électro-puncture.
L’application de ce procédé au traitement des anévrysmes, faite en 1835 par Liston , à un anévrysme de la sous-clavière , entraîna des accidents et la gangrène. Plus tard, Philipps , autre chirurgien anglais, renouvela l’expérience. Pravaz, en 1845, communiqua le résultat de ses recherches à l’Académie des sciences. Les effets obtenus par MM. Giniselli de Crémone, Hamilton de Dublin, Restelli de Milan , Debout , Guérineau etc. n’ont pas été très-heureux , et l’on a pu se demander si les rares succès qui ont été mentionnés ne dépendraient pas plutôt de l’inflammation produite dans la poche anévrysmale et les tissus environnants que de la coagulation directe du sang. On a cité des complications graves, des morts assez promptes, et l’opinion générale est que la ligature l’emporte dans tous les cas où l’on ne rencontre ni d’excessives difficultés ni des contre-indications spéciales. M. le docteur Abeille a publié l’observation d’un ané\Tysme de l’artère sous-clavière , guéri par la galvano-puncture.
GÂLVANO-PUNCTURE .
et c’est sans doute un Bel exemple de succès à ajouter à ceux rapportés par M. Pétrequin, qui s’est montré le principal propagateur de cette méthode.
A l’aspect des merveilles qui se réalisent chaque jour par l’emploi de l’électricité, on ne saurait rien préjuger de l'application de ce puissant agent à la pathologie. C’est toute une science à créer, et personne ne saurait aujourd’hui en préciser les limites. Dans les conditions de savoir et d’expérience où l’on opère l’électro-puncture , on favorise la coagulation du sang dans les poches anévrysmales , après y avoir suspendu la circulation par la compression des vaisseaux afférents. Les réfrigérants et les styptiques s’offrent comme moyens auxiliaires , et l’on comprend l’utilité d’ohtenir la formation d’un caillot oblitérateur dans un temps très-court, pour en éviter la désagrégation par le rétablissement de la circulation. C’est le résultat que l’on poursuit également en multipliant les points de pénétration des aiguilles. On s’est servi jusqu’à présent de piles à auges d’une trentaine de couples , sans trop se rendre compte de l’action des courants. M. le professeur Schuh en a expliqué les résultats par les différences d’effets des aiguilles positives et négatives. MM. Baumgarlen et Wertheimber ont appuyé cette opinion d’expériences nombreuses , et les ont ainsi formulées :
1° Lorsqu’on introduit dans un vaisseau l’aiguille négative seule, en se contentant d’appliquer Taiguille positive sur -les tissus environnants , on n’obtient pas la coagulation du sang.
2° Lorsqu’on introduit dans le vaisseau les deux aiguilles à la fois, on obtient une lente coagulation , en général assez faible , rarement complète.
Lorsqu’on introduit dans le vaisseau l’aiguille positive seule , en appliquant sur les tissus environnants l’aiguüle négative, la coagulation est très-prompte , complète et infaillible.
L’introduction de dix aiguilles dans une grosse veine variqueuse, mise en communication avec le pôle positif, pendant que la main du malade tenait le fil du pôle négatif, donna une coagulation complète et immédiate. Ce sont là des questions encore obscures sans doute, mais très-dignes d’intérêt et d’études plus approfondies.
Le docteur Boinet a réuni trente-deux cas d’application de la galvano-puncture au traitement des anévr^'^smes. (Voy, Mémoires de la Société de chirurgie de Paris ; t. IB, p. 106, année 1852). Sur ce nombre, on compte 21 insuccès, 10 guérisons et 1 cas douteux- Seize anévrysmes étaient traumatiques , les autres s’étaient développés sans cause appréciable. La plupart des succès furent obtenus à la suite d’accidents graves , tels qu’mftammation et suppuration du sac , hémorrhagies partielles , taches gangréneusès ,
HÉMOSTASIE.
érysipèles etc. : lés réfrigérants et la compression furent mis en usage , consécutivement à la galvano-puncture. L’emploi de piles fortes ou faibles, à auges , à colonnes, de Wollaston, de Bunsen; la continuité, l’intermittence et l’interposition des courants; le nombre et la durée des séances ; la préparation des aiguilles revêtues ou non d’une couche isolante ne parurent pas avoir d’influence marquée sur l’intensité des douleurs , qui furent en général excessives , ni sur la mortification de la peau. M. Abeille , dont l’observation est la plus décisive et la plus brillante , s’était servi d’une pile à auges de vingt couples et de quatre aiguilles d’acier vernissées. La séance dura trente-sept minutes , et toutes les cinq minutes les pôles étaient changés. Dès le début de l’opération , réveil de la malade, qui avait été chloroformée ; douleurs atroces , vocifération , agitation, mouvements convulsifs. Deux des aiguilles furent retirées avec difficulté, et laissèrent après elles de petites escliares superficielles de la peau , qui suppurèrent plus tard. La tumeur anévrysmale (sous-clavière) devint dure , tendue , sans battements et disparut ensuite presque en totalité.
MM. Stambio, Restelli, Tizonni, Qualino, Abeille etc. ont toujours obtenu sur les animaux la coagulation du sang dans les artères soumises à la galvano-puncture.
Ne pourrait-on pas tenter les mêmes essais sur l’homme? L’oblitération des artères atteintes d’anévrysme paraît praticable et ne serait pas aussi difficile que la coagulation du sang dans les poches anévrysmales ; on pourrait dès lors agir, comme Hunter, sur des parties saines et à distance de l’anévrysme. Ce serait un immense avantage dans le cas où les tubes artériels , en partie ossifiés et friables, se prêtent si peu au succès de la ligature , qui serait remplacée par l’électro-puncture , aidée des réfrigérants et de la compression. Nous recommandons cette idée aux praticiens qui auraient l’occasion de l’appliquer.
Le procédé d’électro-puncture recommandé par M. Broca est le suivant : employer deux ou trois éléments de la pile de Bunsen ; implanter dans la tumeur de six à dix aiguilles, en nombre pair, séparées l’une de l’autre par des intervalles de 0‘“,008 à 0»',01 , pour qu’aucun contact n’ait lieu entre elles. Des fils métalliques flexibles , fixés aux aiguilles , les partagent en deux séries symétriques et forment deux cordes distinctes destinées à être misés en rapport avec les pôles de la pile. Au moment de la communication des deux courants , le malade éprouve une secousse plus ou moins violente , et une autre secousse semblable lorsqu’on coupe le circuit «n détachant l’un des réophores de la pile (Broca , Traité des anévrysmes). Les soins consécutifs sont ceux que nous avons indiqués.
INJECTIONS COAGULANTES.
Injections coagulantes. Monteggia avait proposé d’injecter dans les anévrysmes de l’alcool , de l’acétate de plomb, du tannin ou toute autre substance propre à oblitérer la tumeur par coagulation du sang.
Leroy d’Étiolles reproduisit cette idée en 1835 et voulait se servir du tube capillaire de la seringue d’Anel pour ces injections. M. Bouchut conseillait plus tard l’emploi de l’acide sulfurique.
Pravaz eut l’honneur de rendre pratique cette nouvelle méthode en inventant une petite seringue propre à mesurer les quantités du liquide injecté , et en recommandant l’usage du perchlorure de fer, dont la solution de 15 à 25 degrés de concentration coagule parfaitement le sang (voy. p. 147 et 148). Le corps de la seringue renferme un gramme de liquide , et le piston , disposé en pas de vis , en chasse à chaque demi-tour une goutte évaluée à un trentième de gramme. Un petit , trois-quarts filiforme et acéré à son extrémité traverse les tissus et permet de visser sur son autre extrémité la canule de la seringue.
L’opération consiste à intercepter la circulation dans l’artère et à faire pénétrer le trois-quarts dans le sac anévrysmal. L’issue de quelques gouttes de sang ayant prouvé qu’on y est parvenu , on visse la canule sur la tige du trois-quarts et on fait marcher le piston de manière à repousser le sang et à faire pénétrer sept ou huit gouttes de perchlorure. On malaxe la tumeur, et si eUe durcit et que le coagulum soit complet, l’opération est terminée. Si le coagulum reste mou , on y ajoute trois ou quatre nouvelles gouttes de la solution , puis on retire le trois-quarts et on comprime légèrement la plaie.
En cas de succès, le coagulum persiste; l’anévrysme, devenu perméable , diminue , s’absorbe peu à peu et ne laisse qu’un noyau résistant. Les accidents sont le retour des battements et du développement de la tumeur, la suppuration , la gangrène de la peau et d’une partie du sac , des hémorrhagies consécutives et mortelles, si l’on n’a pas recours à quelque procédé plus efficace.
M. Giraldès a étudié avec beaucoup de soin toutes ces importantes questions , qu’une expérience plus complète pourra seule élucider. Dès à présent on peut conseiller les injections coagulantes pour les anévrysmes d’un petit volume , et particulièrement ceux du pli du bras , lorsque la coinpression digitale n’a pas réussi et qu’on hésite à se servir de la ligature , dont l’innocuité et l’efficacité sont comparativement très-supérieures.
Nous ne dirons rien de la malaxation , de la chaleur , de la flexion des membres, du moxa, de Y extirpation appliqués au traitement des anévrysmes. Ce sont là des moyens tout à fait excep-
240 HÉMOSTASIE.
tionnels et insuffisants ; nous ne saurions trop répéter que la compression et la ligature sont les méthodes hémostatiques par excellence , et que toutes les autres ne méritent encore que le titre A' accessoires, quand elles ne sont pas imprudentes et dangereuses.
Règles hémostatiques applicables aux plaies artérielles. Après avoir décrit les différents procédés hémostatiques employés en chirurgie , et en avoir étudié la valeur, nous indiquerons les règles particulières qu’exige leur application.
lo Dans toute plaie artérielle la ligature est le meilleur mode de traitement. '
Si les vaisseaux sont nettement et complètement divisés à la surface d’un moignon , il n’y a pas d’autre conduite à tenir.
30 Si des hémorrhagies secondaires surviennent plus tard , et qu’il ne soit pas possible de découvrir et de lier le vaisseau dans la plaie, on peut avoir recours avec succès à la compression aidée des liquides hémostatiques , et principalement à la compression immédiate et directe, soit avec les doigts, soit au moyen d’un bandage.
4° Si l’hémorrhagie se continue malgré ces. moyens et qu’elle mette la vie du malade en danger, il faut découvrir l’artère et la lier à un ou deux centimètres au-dessus de son ouverture , sans craindre que l’inflammation ait envahi le vaisseau et l’ait rendu friable à cette hauteur. S’il y a trop d’inconvérdents à rechercher l’artère dans la plaie , on a recours à un des procédés de l’acupressure ou à la méthode d’Anel.
5“ Si une artère est divisée dans la continuité d’un membre , en partie ou en totalité , on doit placer deux ligatures, l’une au-dessus, l’autre au-dessous de la blessure , afin d’éviter que l’hémorrhagie se reproduise par le bout inférieur de l’artère.
6® S’il n’a pas été possible de lier, l’artère dans la plaie en raison de sa situation ou de l’état des parties , et qu’on ait eu recours à la méthode d’Anel, il faut établir une légère compression limitée au bout inférieur de l’artère ouverte , afin d’en déterminer l’obhtération ; on parvient quelquefois aussi à ce but en comprimant les principales branches qui pourraient y rétablir la circulation ; il est nécessaire de ménager assez le cours du sang pour ne pas avoir à craindre la gangrène du membre.
7° On peut, comme précaution accessoire, établir une compression modérée sur l’origine des principaux troncs artériels pour favoriser la formation du caillot au-dessus de la ligature.
8® La compression seule nous paraît trop dangereuse et trop incertaine dans ses résultats pour être recommandée comme moyen
ANÉVRYSMES.
principal du traitement ; mais elle rendra de très-grands services comme auxiliaire des hémostatiques dans une foule de cas où le chirurgien recule devant la ligature , ^en raison des délabrements à produire , des suppurations profondes à provoquer, et des dangers de l’opération sur un gros tronc artériel , parce que l’on n’est pas certain de prévenir l’hémorrhagie pour laquelle on opère , et qu’on est exposé aux chances d’une seconde hémorrhagie par la nouvelle plaie. Un médecin militaire, M. le docteur Jailliot, a très-bien discuté ces indications dans une thèse dédiée à M. le professeur Lustreman , dont il a pris les leçons et les exemples pour guides , pendant la dernière campagne d’Orient.
Aitévrysmes. Ils comptent un assez grand nombre de méthodes de traitement.
1° La méthode de Valsalva , plutôt médicale que chirurgicale , consiste à affaiblir les malades, affectés d’anévrysmes spontanés, par des saignées répétées , la diète et des boissons styptiques , au point de leur laisser à peine la force de soulever leurs membres ; on rétablit ensuite peu à peu l’alimentation habituelle, et l’anévrysme peut être guéri. Cette méthode est loin de donner des succès constants , et Uupuytren et plusieurs autres chirurgiens en ont même nié l’efücacité , d’après la supposition que le sang , rendu plus aqueux et plus fluide, devient moins propre à produire dans la tumeur un coagulum lamelleux capable de l’oblitérer. Nos connaissances ne sont pas assez avancées pour permettre au raisonnement de se substituer à l’expérience , et il reste prouvé que le traitement de Valsalva, joint aux applications localês réfrigérantes et styptiques et à la compression , a donné un assez grand nombre de succès ; aussi, dans le cas où l’anévrysme ne serait pas accessible à des moyens chirurgicaux d’un effet plus certain, pourrait-on y recourir.
2° Les injections coagulantes (voy. p. 239).
3° La galvano-puncture (voy. p. 237).
4“ La compression seule ou aidée des réfrigérants et des styptiques a procuré fréquemment des guérisons radicales , soit qu’elle ait été bornée à la tumeur, soit qu’elle ait été étendue à tout le membre aflecté. On l’a beaucoup préconisée comme favorisant la dilatation des artères collatérales , et par suite le rétablissement plus prompt du cours du sang après l’application de la ligature; résultat peu démontré. L’anévrysme poplité est aujourd’hui traité par la compression de la crurale, alternante, digitale ou permanente. Les chirurgiens anglais ont adopté cette méthode après en avoir nié l’efficacité, malgré les nombreux succès obtenus par leurs