ANESTHÉSIE , ÉTHER
tandis qu’on éprouve la plus grande anxiété, des pertes de temps cruelles et de dangereuses impossibilités si l’on manque de ceux dont on a besoin.
U appareil de pansement sera disposé avec la même prévoyance. Les préparatifs en cbarpie , compresses , bandages, liqueurs de diverses natures, hémostatiques, cérats, onguents, moyens de compression, de contention, de suture, doivent dépasser toutes les exigences chirurgicales. On place dans l’appareil de pansement un , flacon d’eau hémostatique de Pagliari, depuis que nous en avons constaté l’efficacité; la liqueur de M. MonseL (solution de sulfate de peroxyde de fer) et du perchlorure de fer.
L’anesthésie est une découverte trop merveilleuse pour que nous n’en tracions pas les règles avec soin. Cette magnifique conquête de la science (voy. nos publications sur ce sujet ét Contributions à la chirurgie, t. I, p. 17. Paris 1868) dépasse tout ce que l’imagination avait prêté de prestiges aux charmes et aux enchantements d’un autre âge , et a trouvé , à côté de partisans enthousiastes , des appréciateurs réservés. et craintifs. Nous avons été aussi témoin de la destinée réservée aux bienfaiteurs de l’humanité.. De tout temps on a contesté leur mérite , déprécié leurs œuvres , et échappé à la reconnaissance par l’ingratitude , l’ignorance et l’envie. - Lorsque nous avons proposé une souscription en faveur de l’Américain Jackson , à qui revient la gloire d’avoir découvert l’éthérisation en 1846 , notre voix est restée sans écho, ét tandis que des millions sont parfois la récompense d’industries malfaisantes , des caprices de la mode , ou de honteuses spéculations , chacun a profité des bienfaits de l’anesthésie sans même demander le nom de son inventeur.
L’éther et le chloroforme sont les deux substances dont les inhalations sont employées pour anéantir passagèrement l’intelligence , la mémoire, la conscience de soi, la connaissance des objets qui nous entourent , et la faculté de sentir et de se mouvoir. La partie matérielle de l’être reste soumise à l’opérateur, et dès qu’elle est réparée pour ainsi dire et ramenée à de meilleures conditions d’activité et de durée, on la voit s’animer de nouveau et reprendre, sans traces de souvenir, le cours habituel de la vie. L’homme de l’art assume une grande responsabilité en devenant maître absolu des personnes chloroformées , et ü est indispensable qu’il soit touours entouré de témoins , pour ôter tout prétexte à la calomnie.
Les expériences de Flourens et Longet etc. ont montré que le cerveau , le cervelet , la moelle épinière et la moelle allongée perdent successivement leurs fonctions. L’intelligence disparaît la première, puis la sensibilité , la motilité, et lorsque enfin l’action des anesthésiques atteint la moelle allongée et la racine des nerfs respi-
rateurs ou le nœud vital , comme l’a nommé Flourens , la mort est imminente si l’anesthésie est prolongée.
Quoique l’emploi de l’éther soit beaucoup moins fréquent depuis l’adoption du chloroforme , nous en dirons cependant quelques mots pour ceux qui voudraient y avoir recours.
L’éther sulfurique, le seul qui ait été d’abord en usage, fut appliqué la première fois en 1846 par le dentiste Morton , auquel Jackson avait confié le secret de sa découverte. John Waren et Haywar expérimentèrent bientôt après le même moyen à l’hôpital de Massachusetts , avec un succès complet, etBigelow, chirurgien du même établissement , lut devant la Société de médecine de Boston un mémoire sur l’éthérisation , dans lequel il rendit compte d’une amputation de cuisse pratiquée par lui sans que le malade en eût eu conscience. Ce mémoire, fort étendu et fort complet, fut inséré dans le Boston medical and sur gical journal, et contenait la description de l’appareil inspirateur mis en usage par MM. Jackson et Morton. En Angleterre, Robinson, Lawrence, Fergusson, Key, Guthrie , Bransby Çooper, John Avery etc. réussirent également à éthériser leurs opérés ; la France, entrée dans la même voie, vit paraître les travaux de Flourens et de MM. Longet, Bouisson, Simonin , Chambert , Lach , Jules Roux , Courty, Coze , Lourdes , Herrgott et les nôtres. A Berlin , Dieffenbach et le professeur Jungken; à Vienne, le professeur Wattmann et le docteur Schuh; à Munich , le professeur Rothmund ; à Würzbourg , Textor ; à Erlangen, M. Heyfelder ; à Gœttingen, Siebold; en Italie, les professeurs Porta, de Pavie, Buffini, de' Milan, furent des premiers à recourir à l’éthérisation et à en répandre les bienfaits.
Les inspirations d’éther produisent en quelques minutes l’anesthésie, dont les effets disparaissent ensuite avec rapidité. Les malades présentent, avant d’arriver à l’insensibilité, une période d’excitation que l’on peut atténuer, ou même éviter, en se servant d’éther complètement dépouillé d’alcool et à 80“ d’ébullition. Les inspirations sont quelquefois pénibles, irritantes, accompagnées de spasmes de la glotte et de la mâchoire. Les phénomènes anesthésiques sont directement liés aux inhalations , et augmentent et diminuent avec elles. Le réveil est gai, riant, expansif, affectueux, l’exaltation douce. Les rêves sont constants et laissent habituellement des souvenirs agréables ou même délicieux. Les malades sont communicatifs , éveillés , causeurs , et cette sorte d’heureuse animation dure quelques heures ou même une journée entière , et semble imprimer plus d’énergie à l’ensemble de la constitution. Les renvois d éther se continuent un ou deux jours et sont incommodes. La seule précaution pour éviter les accidents , est d’assurer la régularité de la respiration.