INDICATIONS, GANGRÈNE
sont les éléments du jugement, et l’expérience la plus consommée suffit à peine quelquefois pour le porter avec assurance. Les indications des amputations sont donc difficiles à étaldir d’une manière précise, parce qu’elles reposent sur des circonstances nombreuses et varialdes ; c’est un motif de plus de consulter les enseignements de la science et de les fortifier par l’observation personnelle et attentive des faits. Nous passerons en revue les diverses lésions qui ont été considérées comme cas d’amputation , et nous en discuterons la valeur.
Indications. Gangrené. La gangrène est une des indications les moins contestables des amputations. Le développement de ce terrible accident nous paraît s’accompagner d’un trouble constitutionnel et d’une intoxication putride de nature à compromettre le résultat des opérations pratiquées sur des sujets de faible vitalité. Nous insistons en conséquence sur le précepte d’amputer avant l’apparition de la gangrèine toutes les fois que les lésions sont assez graves pour rendre cette terminaison inévitable. La plupart des auteurs n’ont pas rapporté à l’imminence de la gangrène une foule de cas d’amputations rangées sous les noms de luxations et de fractures compliquées de contusions et de délabrements considérables etc. ; c’est là cependant le principal motif de l’amputation ,• et il est essentiel de ne pas le perdre de vue.
Lorsque la gangrène existe , quelle est l’époque à laquelle l’amputation doit ^tre faite? L’expérience a montré qu’il fallait en général attendre que la gangrène fût limitée , et qu’un cercle inflammatoire vînt tracer une ligne de démarcation entre les parties vi- . vantes et celles qui ont été frappées de mort. L’amputation a pour but alors de substituer une plaie régulière, et dans des conditions de cicatrisation favorables , à une plaie suppurante , avec perte des téguments et saillie des os , dont la guérison serait très-longue , la persistance dangereuse , et les résultats peu avantageux.
Peut-être serait-il convenable de soumettre de nouveau cette doctrine à un examen plus approfondi. Les plaies résultant de la chute des eschares exposent peu aux accidents , et en dénudant l’os de son périoste et le coupant aussi haut qu’on le juge nécessaire , on se met à l’abri de la conicité du moignon , sans verser , pour ainsi dire , une goutte de sang , et sans produire de plaie nouvelle, ni de réaction , on place le malade dans des conditions de guérison très-supérieures à celles d’une amputation. C’est la doctrine de M. Alph. Guérin (voy. Nouv. Dict. de méd. et de ehir.prat.,i8Q5), et nous la défendons également dans tous les cas où la disposition dé la plaie en permet l’application.
AMPUTATIONS
Mais si la gangrène tend à envahir successivement tout un membre , à gagner le tronc et à faire périr le malade , le chirurgien ne peut-il le sauver en amputant dans le vif, au-dessus des points gangrenés, et en opérant la démarcation que l’on eut vainement espérée de la nature? Des faits nombreux ont prouvé que les amputations offrent peu de probabilités de succès tant que la gangrène n’est pas limitée , lorsque la cause en est interne , c’est-à-dire qu’elle a. sa source dans un état constitutionnel : dans ce cas on ampute en vain. La gangrène envahit le moignon, continue à s’étendre , et le malade meurt après avoir subi une opération douloureuse et inutile. Cependant une exception peut être faite pour les cas d’artérite oblitérante, suivie de mortification des membres. MM. Eiddes (1848), Maisonneuve (1853), le médecin-major Trudeau (1858) ont amputé dans de pareils cas avec succès , et j’ai été aussi heureux dans' une amputation de cuisse faite pour arrêter une gangrène du pied graduellement étendue jusqu’au jarret. Sans doute l’artérite peut se manifester sur un autre point du corps, niais on ne saurait l’affirmer; on a gagné du temps.. Cinq ans plus tard, mon malade opéré en 1860 se portait encore parfaitement. Le danger est moindre lorsque la gangrène dépend d’une cause traumatique : on perd sans doute beaucoup de malades, mais on en sauve quelques-uns. .
Si la gangrène survient à la suite d’une blessure , et que Ton puisse espérer en arrêter les progrès par un traitement approprié, on doit attendre qu’elle se limite d’elle-même avant de recourir à l’amputation. Lorsque la rougeur érysipélateuse, Teiigorgement œdémateux et l’engourdissement remontent jusqu’à la racine du membre , et que Ton .ne peut plus compter sur la cautérisation ponctuée , les débridements et les autres moyens locaux , on doit amputer si le sujet se trouve dans des conditions organiques et hygiéniques favorables. On guérit ainsi quelques malades, bien que le plus grand nombre succombent; la rareté du succès n’est pas une contre-indication , parce que chaque blessé que Ton sauve est une victime arrachée à une mort inévitable. Ces préceptes sont ceux de Larrey , et nous avons eu occasion de les appliquer avec avantage. L’amputation devient alors le. meilleur moyen de faire cesser Tengorgement et les autres accidents entretenus par la mortification , et la vie reparaît promptement dans les tissus où elle semblait le plus compromise. Un militaire , atteint d’un coup de feu au poignet et consécutivement de gangrène rapidement envahissante , dut la vie à l’amputation du bras que je lui pratiquai, et la guérison fut assez rapide.
Plaies d’armes à feu. Les plaies d’armes à feu sont à l’armée