INDICATIONS, PLAIES D’ ARMES A FEU
une cause si fréquente d’amputation, que des hommes de l’art, sans expérience de ce genre de blessure, avaient cru pouvoir accuser les chirurgiens militaires d’y recourir trop légèrement. Les événements qui ont , de nos jours , rempli les hôpitaux civüs de Paris de soldats et de citoyens atteints de plaies d’armes à feu, ont prouvé aux plus incrédules qu’on pouvait arriver à une grande renommée chirurgicale sans avoir le droit de blâmer une pratique à laquelle on était resté étranger. — Il a été démontré que l’opinion des hommes aussi habiles que modestes qui ont porté si haut l’honneur de la chirurgie militaire , au milieu des circonstances les plus difficiles de trente années de guerre, est la seule vraie et la seule applicable , et l’on a vu quelques médecins tomber dans un excès opposé et devenir partisans exagérés des amputations , en comparaison de ceux qu’ils avaient d’abord accusés d’ignorance et presque de barbarie. Voici les principaux cas où l’on doit recourir à l’amputation;
Lorsqu’un membre a été totalement ou presque entièrement détaché par un boulet, un obus etc., la plaie paraît quelquefois assez nette, mais les parties sont contuses; l’os, brisé en esquilles, a éclaté souvent assez loin, et l’on remédie par l’amputation aux accidents qui seraient la conséquence nécessaire de pareilles blessures et qui rendraient les guérisons aussi longues que rares. On a pu, dans des cas exceptionnels, égaliser la plaie en retranchant les extrémités pendantes des musles ou des tendons , réséquer l’os à une hauteur convenable , et obtenir par la suppuration quelques cicatrisations; ces guérisons sont en général trop chèrement achetées pour être tentées.
Dans le cas où une grande articulation a été ouverte , on peut hésiter à porter un jugement. Il semble cruel d’amputer la cuisse, parce qu’une balle a traversé l’articulation du genou , ou est restée dans les condyles , en ne faisant à la peau et à la jointure qu’une ouverture très-petite , et en ne produisant que peu de désordres apparents. On pourrait recourir à une résection totale ou partielle (voy. Résection). Cependant l’expérience prouve que l’amputation est la ressource la plus sure , Surtout à l’armée.
Les blessures de l’articulation de l’épaule et du coude sont moins graves que celles du genou , celles du cou-de-pied offrent aussi des exemples de guérison : cette opinion est le résultat d’une longue et judicieuse pratique, et mérite d’être prise en grande: considération.
Les fractures comminutives sont une cause fréquente d’amputation, mais ici encore de nombreuses distinctions sont nécessaires. Si la fracture n’a atteint çpi’un des os- de l’avant-bras ou de la
AMPUTATIONS
jambe, sans remonter jusqu’aux surfaces articulaires, on peut essayer de conserver le menire , alors même qu’une certaine épaisseur de parties molles aurait été enlevée. Au bras , les fractures compbquées sont déjà beaucoup plus dangereuses , et elles le sont tellement à la cuisse, que Ribes a soutenu qu’on ne sauve pas les blessés ayant une fracture par armes à feu aux deux tiers supérieurs du fémur, et il a fait remarquer qu’il ne s’en trouve pas un seul cas aux Invalides. Cette opinion était trop absolue, et des fractures semblables ont évidemment guéri. J’ai vu un officier atteint d’un éclat d’obus à la partie supérieure de la cuisse se rétablir parfaitement en gardant son membre , bien qu’il y eût une perte de substance capable de loger les deux poings , et que plusieurs esquilles volumineuses eussent été extraites. Un jeûne capitaine d’artillerie , auquel j’ai donné des soins , et dont l’observation a été publiée et plusieurs fois citée , avait eu le tiers supérieur du fémur fracturé par une balle de calibre dans un duel au pistolet , et guérit très-bien, avec un raccourcissement insignifiant. Sur 337 malades traités en Grimée sans amputation , M. Chenu a compté 117 guérisons, et il est certain que toutes ces fractures n’occupaient pas seulement le tiers inférieur du fémur. Il y a donc des indications à saisir, mais en campagne on ne saurait songer à conserver la cuisse si la fracture est compliquée.
Les os et les parties molles sont-ils réduits en bouillie , il ne saurait rester de doute sur la nécessité de l’amputation.
La rupture de quelques troncs vasculaires et nerveux n’entraîne pas le sacrifice d’un membre , s’il n’y a pas complication de contusion profonde , de dilacération des parties molles, d’épanchement de sang considérable; dans ce cas, la gangrène surviendrait et l’amputation est indiquée. Il en est autrement, malgré l’opinion de Faure, pour les hémorrhagies, qu’un chirurgien habile parviendra presque toujours à suspendre au moyen de la compression et des substances hémostatiques, ou en liant l’artère principale au fond de la plaie , ce qui est la meilleure conduite à tenir, ou en ayant recours à la méthode d’Anel.
n serait inutile d’énumérer tous les cas de plaies d’armes à feu indiquant l’amputation. Il suffit de se souvenir qu’à l’armée le chirurgien doit prendre conseil , comme l’avait déjà recommandé J. L. Petit, des circonstances au milieu desquelles se trouve le blessé; si celui-ci va subir un transport considérable pour gagner un hôpital , il le supportera mieux avec la plaie nette et régulière d une amputation qu’avec un membre exposé à des secousses douloureuses^ et aux plus graves accidents inflammatoires. Il faut se rappeler l’extrême danger des amputations faites pendant la période