PROCÉDÉ DE BELL
Alanson suivait un procédé différent. D’un premier coup de couteau il intéressait la peau , qu’il faisait relever par un aide; puis il divisait dans un second temps tous les muscles jusqu’à l’os , en obliquant de bas en haut le tranchant de son instrument; et il coupait, en finissant , avec la pointe du couteau , les attaches des muscles profonds à l’os. En agissant ainsi, on peut dénuder ce dernier à telle hauteur que l’on veut sur les sujets dont les chairs sont molles , et il suffit d’inciser un peu de tissu cellulaire et quelques fibres charnues assez minces. On a reproché à ce procédé de ne pas donner une plaie régulièrement conique , mais nécessairement spiroïde ; le fait est vrai , mais ce défaut est corrigé par une dernière section de l’instrument dirigé dans un plan circulaire.
Le procédé de Bell consiste , après avoir coupé la peau dans un premier temps , et tous les muscles perpendiculairement dans un second, à porter la pointe du couteau parallèlement à l’axe du membre, entre les muscles et l’os (voy. fig. 223). On contourne ce dernier en divisant les insertions musculaires dans l’étendue d’environ 0“,06 , et l’on scie l’os à cette hauteur, après avoir fait relever, les chairs. Ce procédé ne saurait être érigé en règle , mais il offre une ressource précieuse, lorsque l’on n’a pas conservé assez de téguments pour recouvrir la plaie et prévenir la saillie . de l’extrémité osseuse. Quand les chairs sont fermes et résistantes , comme on en rencontre à l’armée de nombreux exemples , le procédé de Bell n’est plus applicable et il faut tailler directement une sorte d’entonnoir central aux dépens des muscles.
Brunninghausen supposait la présence des muscles plutôt fâcheuse qu’utile , et , au lieu de les conserver, il les divisait perpendiculairement, et les recouvrait par la peau seule, qu’il disséquait dans une étendue suffisante pour embrasser toute l’épaisseur du membre amputé. Ce procédé nous semble une application peu heureuse d’une remarque vraie. La peau constitue sans doute, après la guérison, la plus grande partie du moignon , et offre les dispositions les plus favorables pour la cicatrisation ; cependant les muscles sont nécessaires pour empêcher , comme l’a montré le harron Lar-
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rey , la compression des renflements nerveux , développés à l’extrémité des nerfs coupés , et ils sont utiles pour garnir le bout de l’os et soutenir les téguments , qui , dénudés dans une trop grande étendue, se froncent, et seraient surtout exposés aux ulcérations et à la gangrène par pression et par défaut de vitalité.
Lacauchie , comme Larrey , fendait la peau et les muscles , perpendiculairement à la longueur du membre , pour arriver au point de section des os , où à la jointure à traverser. Ce procédé pourrait être appliqué en cas d’extrême conicité de la jambe ou de l’avantbras, et permettrait de relever la peau et les chairs ; nous le comprenons à la face postérieure ou la , plus déclive des moignons , pour assurer le libre écoulement du pus ; mais il s’écarte des amputations circulaires et rentre dans les formes ovalaires , dont nous parlerons plus loin.
Règles spéciales à la division des téguments et des muscles , et à la section des os.
Division des téguments. Les téguments peuvent être divisés en une ou plusieurs fois. Un genou posé à terre, pour l’amputation de la cuisse par exemple , le chirurgien , placé en dehors , passe sa main armée du couteau au-dessous , puis au côté interne et en avant de la cuisse , de manière à en atteindre avec l’instrument le bord antérieur externe par un mouvement forcé de pronation. On porte le talon du couteau sur ce point des téguments et l’on incise toute la circonférence du membre en se relevant graduellement. Desault coupait la peau en deux temps, et le baron Larrey par quatre incisions.
La plupart des opérateurs contournent le membre comme Lisfranc , mais au lieu de terminer en une fois leur incision , ils n’intéressent guère que les trois quarts ou les deux tiers de la circonférence de la peau , et , ramenant ensuite le couteau à eux , ils en reportent le talon au point de départ de la premièreincision, qu’ils complètent en coupant les porti ons de téguments restées intactes. La peau doit être tendue et sans plis, pour ne pas échapper à l’instrument. On la fait généralement relever avec force par un aide au moment de l’incision; mais on s’expose ainsi