LEVÉE DU PREMIER APPAREIL
Le pansement terminé , on couche le malade en élevant légèrement le membre amputé , pour faciliter la circulation , prévenir une trop forte congestion et l’engorgement inflammatoire. Si le, membre est entièrement enveloppé par un appareil contentif, on voit les pièces de linge se teindre en rouge. Ce n’est pas l’indice d’une hémorrhagie; cette coloration provient de la sérosité sanguinolente qui s’échappe avec une certaine abondance. Si l’on suit notre mode de pansement, le moignon est seulement recouvert par une compresse et une flanelle trempées dans une décoction narcotico-émolliente tiède, et l’on peut à chaque instant en apprécier l’état et remplir les indications qui surgissent. Plus tard, lorsqpie la suppuration est établie, on abaisse le moignon pour faciliter l’écoulement du pus.
Fièvre traumatique, Elle se manifeste du premier au cinquième jour, selon l’irritabilité des sujets. Chez les personnes malades et affaiblies , la fièvre apparaît très-vite , tandis qu’elle n’atteint que beaucoup plus tard les hommes vigoureux et sains, dont le système nerveux n’est pas surexcité. C’est une fièvre de réaction de nature probablement infectieuse, qui se modère spontanément, en général, au bout de quarante-huit heures.
On se sert quelquefois d’applications d’eau froide pour calmer la douleur ; mais il faut redouter les refroidissements , et la souffrance s’exaspère si l’on cesse trop tôt la réfrigération. Les Anglais ont recours aux fomentations tièdes, dont nous nous trouvons également bien.
Régime. Il varie les premiers jours selon l’état des blessés. La diète n’est pas toujours favorable , et il n’y a pas d’inconvénient à nourrir modérément les malades débüités et ceux qui accusent de l’appétit. Les statistiques et l’expérience ont prouvé qu’une alimentation abondante fait beaucoup moins de victimes qu’un système de diète exagéré. Dans le cas où l’on remarque un commencement d’embarras gastrique, les purgatifs, ou mieux encore un vomitif , sont d’un emploi très-utile.
Levée du -premier appareil. On s’est beaucoup occupé de l’époque à laquelle le premier appareil doit être levé , à la suite des amputations. Nous faisons ici momentanément abstraction de notre mode dè pansement , qui échappe aux incertitudes et aux discussions que nous allons èxposer. Les uns, et c’est le plus grand nombre des chirurgiens actuels , ont adopté les pansements retardés et ne découvrent le moignon que le quatrième ou le cinqvdème jour. Oiacun de nous n’a-t-il pas entendu cent fois répéter que l’appréhension des blessés pour la levée du premier appareil tient à la vieille et fâcheuse coutume de procéder au pansement avant
que la suppuration fût complètement établie? Dans ce cas , linges et charpie seraient adhérents, desséchés, durcis par l’infiltration de la sérosité et du sang ; on parviendrait à peine à les humecter pour les détacher , et il en résulterait des tiraillements douloureux , l’arrachement des ligatures, la rupture des adhérences déjà formées etc. En attendant l’imbibition de l’appareil par le pus , le premier pansement se ferait sans difficultés et sans douleur, et l’appareil se détacherait souvent tout d’une pièce et en forme de calotte.
Comment donc se fait-il qu’une si excellente pratique rencontre des contradicteurs? Nous l’avons dit et répété depuis bien des années : les pansements sont une des plus grandes causes de la mortalité des opérés. Le moignon est étranglé par un appareil inextensible et par les bandelettes et les sutures. Les liquides, sang, sérosité et pus , retenus dans la plaie , compriment les chairs , font obstacle à la circulation, amènent l’œdème, le gonflement, l’inflammation, des foyers purulents , des érysipèles , la fonte ulcéreuse des tissus , des phlébites, des angioleucites, l’érosion des veines et des artères, des pyohémies , la carie et la nécrose de l’extrémité osseuse.
Que les chirurgiens fassent appel à leurs souvenirs , et qu’ils se demandent s’ils n’ont pas vu , à la levée du premxier appareil , la peau œdématiée , couverte de phlyctènes dans l’intervalle des bandelettes agglutinatives , frappée de rougeur érysipélateuse ; un pus sanieux et fétide s’écouler de l’intérieur du moignon , et tous les malades se louer d’un soulagement marqué après le pansement. Qui n’a été témoin de ces plaies, en apparence réunies , qu’il fallait entr’ouvrir pour faciliter l’écoulement du pus rassemblé en large foyer derrière quelques pertuis fistuleux? Combien d’abcès et de fusées purulentes ont compromis la guérison ; que de caries et de nécroses ont retardé indéfiniment la cure !
Ce sont là des faits fréquents , faciles à constater dans la plupart des services hospitaliers ; et l’on ne s’étonne plus de trouver tant de confrères disposés à multiplier les pansements, pour éviter à leurs malades' de si terribles complications.
Nous croyons plus convenable de lever le premier appareil au bout de vingt-quatre heures et de s’assurer de l’état du moignon , que de rester quatre ou cinq jours dans une complète ignorance des conditions où se trouve la plaie. On peut d’ailleurs n’enlever que les pièces superficielles du pansement , et ménager celles qui touchent aux chairs , s’il n’y a pas d’indication contraire. Mais les pansements en eux-mêmes sont fatigants , douloureux , exposent aux refroidissements et par suite au tétanos ; ils exigent un temps très-long et doivent être confiés à des • aides dont l’expérience m’égale pas le zèle. Une hémorrhagie ne peut être immédiatement