INTOXICATIONS INFECTIEUSES
employés contre la pyohémie sont en même temps applicables. Dans les cas plus graves, où de vastes abcès diffus se produisent , il faut multiplier les incisions pour sauver les téguments, éviter des décollements trop étendus , et soutenir les forces par le régime et l’emploi des toniques et du quinquina.
Les érysipèles sont la. suite habituelle d’une lymphangite infectieuse , de l’étran^ement avec ulcération et absorption ou infiltration de matières putï“ides. La cautérisation ponctuée , le libre écoulement des liquides , les onctions d’axonge , les applications de coton cardé , les purgatifs en sont les principaux moyens de traitement.
Les suppurations diffuses sont la conséquence des lymphites et des étranglements méconnus et offrent les mêmes indications curatives.
Les phlébites naissent comme les lymphites. Nous nous en occuperons en parlant de l’infection purulente.
Délire nerveux. Quelques opérés sont atteints d’une surexcitation extraordinaire , avec troubles complets de l’intelligence et une insensibilité telle qu’ils n’ont plus conscience dedeurs blessures. Ils gesticulent, crient, arrachent leurs bandages , puis redeviennent parfaitement calmes, et ne se rappellent rien de l’état où ils se trouvaient quelques moments auparavant. Ces accès nous paraissent causés par une méningite aiguë intermittente, habituellement entée sur une méningite chronique méconnue. Ce délire, auquel on a donné le nom de delirium tremens , délire des ivTognes, s’observe, en effet , d’une manière toute particulière sur les blessés adoimés à l’usage des alcooliques. Les autopsies nous ont montré des traces évidentes de méningite chronique, passée à l’état aigu. Nous croyons utile de donner du vin et même de l’eau-de-vie aux hommes qui en usent abondamment à l’état de santé , parce qu’un changement d’habitudes trop subit est toujours dangereux , mais nous n’employons pas ces boissons coimne moyens de traitement. On a généralement recours à l’opium à haute dose , sans pouvoir en affirmer les avantages, et on a vanté tout dernièrement l’usage de la digitale. Mais quel est le médicament qui n’a pas été prôné comme une panacée !
Il est délicat de pratiquer des évacuations sanguines chez des malades affaiblis exposés à un long traitement. Nous suivons ces indications avec circonspection et prudence , sans nous dissimuler le danger.
Le tétanos est presque toujours déterminé par des changements subits de température et par le refroidissement des malades. Les courants d’air sont extrêmement dangereux. Nos blessés de Constantine (1837), placés dans des chambres sans fenêtres et sans porte , dans des corridors étroits , et supportant des journées chaudes
Sédillot. — Méd. opéra!. I 3
et des nuits glacées, étaient atteints de tétanos dans de très-grandes
proportions.
La guérison du blessé d’Amb. Paré, couché dans du fumier, faute d’autres moyens de traitement, montre l’avantage des températures élevées et constantes. Les sudorifiques et les opiacés sont employés, avec avantage , comme moyens auxiliaires. L’emploi du curare n’a pas répondu à l’espoir inspiré par quelques ça§ exceptionnels , où ce poison paraissait avoir réussi. Le chloroforme n’a pas été plus heureux, et nous avons pratiqué' inutilement la bronchotomie pour prévenir la suffocation (Brown Sequard).
La 'pourriture d’hôpital résulte, comme ïe typhus, de conditions infectieuses : encombrement , viciation de l’air, mauvaise alimentation , excès de fatigue , débilité des malades ; on voit ces affections régner épidémiquement et produire d’affreux ravages. La dissémination et l’air pur sont le traitement prophylactique le plus efficace.
La gangf rêne complique rarement les opérations et dépend ordinairement de l’étranglement des plaies. Nous avons dit comment il faut prévenir et combattre ce dernier accident, et quelles ressources offre la cautérisation ponctuée dans tous les cas où il faut exciter la vitabté des tissus et arrêter la propagation des inflammations infectieuses (voy. aussi: Gangrène comme cause des amputations).
L’infection purulente , pyohémie ou pyémie , constitue la complication la plus redoutable et la plus fréquente des plaies. Cette affection tient une large place dans la mortalité générale des opérés , et l’opinion très-malheureusement répandue de son incurabibté l’a fait regarder par la plupart des hommes de l’art comme un accident fatal, auquel nul remède ne peut être opposé, et qui n’engage pas leur responsabilité. Nous soutenons , contrairem^t à cette doctrine , la possibilité de combattre avec succès la pyohémie , lorsqu’on n’est pas parvenu à la prévenir. Les indications prophylactiques et curatives acquièrent dès lors une remarquable importance , et nous sommes arrivé dans cette voie à des résultats inespérés. Sur un total de 41 morts , nous perdîmes 21 malades de pyohémie pendant l’année 1845 ; aujourd’hui , où nous pratiquons dans des conditions à peu près semblables , nous passons souvent des semestres entiers sans voir succomber un seul pyohémique. Nous ne pouvons attribuer ces différences à de simples coïncidences fortuites , parce que l’infection purulente n’a pas disparu de nos hôpitaux , et nous sommes très-convaincu de la complète efficacité des précautions préventives et des moyens de traitement auxquels nous avons recours.
La pénétration des éléments solides (globules et granules) du pus " dans le sang est la cause de l’infection purulente , et nous en avons
fondé la démonstration sur quatre ordres dé preuves : l» la préexistence constante d’un foyer de suppuration; 2Ma relation: observée entre la formation, du.pus dans les veinesV le passage de ce liquide dans le sang et le développement de la pyohémie ; S® la présence constatée du pus dans le sang ; 4“ les résultats des injections de pus dans les veines des animaux , qui présentent les mêmes symptômes et les mêmes lésions anatomo-pathologiques que ceux de nos blessés. .
La sérosité du pus, chimiquement identique avec le sérum du sang , .n’exerce aucune action toxique sur l’économie tant qu’elle n’a pas subi la fermentation, putride , et peut être injectée dans les veines à des doses énormes , sans déterminer d’accident. Les éléments solides du pus , globules et granules , filtrés et injectés dans les veines , occasionnent immédiatement les symptômes caractéristiques de l’infection purulente.
Le mode le plus habituel de l’introduction du pus dans la circulation est la phlébite. On peut suivre le mélange du pus au sang dans les veines enflammées, jusque dans les cavités du cœur, et nous croyons qu’il ne saurait rester de doute à cet égard dans l’esprit d’aucun de ceux qui se sont donné la peine d’étudier sérieusement et impartialement la question.
; Les pyohémies par érosion ulcéreuse des veines ne sont pas rares ; MM. Budds, Rokitansky, Piorry etc. ont vu dés abcès du foiés’oüvrir dans la veine-porte. Nous avons été fréquemment témoin du même fait dans le moignon des amputés , et chacun peut répéter cette remarque avéc un peu d’attention. La division trauhiatiqüe des veines donne lieu aux mêmes effets. Les- adhérences de l’extrémité des vaisseaux se détruisent sous l’influencé de la présence du - pus réuni en foyer, et ce liquide pénètre dans les ouvertures vasculaires pour se mêler au sang. Velpeau, MM. Fleury et Monneret admettent la possibilité du transport du pus dans le sang par les lymphatiques suppurés. Nous partageons cet avis , mais les pyohémies mortelles sont dans ce cas excessivement rares en raison de la petite quantité du pus introduit dans récônomie , et nous n’en avons pas vu d’exemple. Les infections purulentes , suite d’artérite et dé cardite, n’pntpas été observées, et celles par absorption directe du pus nous paraissent impossibles. Les raisons en sont néanmoins tout autres que celles affirmées par Bérard aîné. Ce physiologiste avait l’habitude de répéter qu’ùn globule de pus ne pouvait pas plusentrer dans un vaisseau capillaire , que le doigt dans le conduit lacrymM ,. et . cependant il se trompait. Les globules du pus ressemblent tellement aux globulés blancs du sang .(leucocytes) qu’on n’est pas parvenu jusqu’ici à en établir de caractères différentiels.
Les histologistes soutiennent même qu’ils sont identiques ; les uns produits physiologiquement par la rate et les ganglions etc., les autres sous l’influence d’un état pathologique , propre à ramener- les éléments cellulaires à une prolifération analogue , d’une activité infinie. Nous avons quelque peine à nous ranger à cette opinion , et nous nous expliquons, én tout cas , les différences de ces deux espèces de cellules en admettant que celles du pus sont frappées de mort et agissent alors comme corps étrangers. Cette doctrine est certainement discutable et réclame de nouveaux éclaircissements. Rien n’a confirmé la supposition d’une diathèse purulente , sous l’influence de laquelle le pus se produirait directement dans le sang en circulation , et la leucohémie n’offre aucun des symptômes de la diathèse purulente,
Les causes prédisposantes ou éloignées de la pyohémie sont : 1° une constitution épidémique dont on ignore la nature, mais dont l’existence ne saurait être contestée , parce que souvent régnent dans un hôpital, ou seulement dans quelques salles, de véritables pyohémies épidémiques, comme on le remarque pour les érysipèles, la diphthérite des plaies , les angioleucites , les inflammations gangréneuses. Les progrès de l’hygiène feront probablement disparaître ces dangereuses complications ; l’encombrement ; 3° la rétention du pus dans les plaies ; 4° les blessures des veines ; 5° les pertes de sang ; 6° la débilité ; 1° les suppurations chroniques. La cause efficiente est, nous l’avons dit, l’introduction du pus dans la circulation générale.
Les symptômes sont habituellement tranchés. Un malade est atteint de suppuration : tout à coup, sans prodromes ou quelques jours; après une hémorrhagie , de la diarrhée , une inflammation diffuse , une phlébite , une angioleucite , un érysipèle, un engorgement douloureux de la plaie , survient un frisson plus ou moins violent , avec tremblement général , membres ramenés vers le tronc , refroidissement marqué de la peau ; paroles difficiles , brèves , entrecoupées ; yeux caves , contraction des traits , teinte plombée et jaunâtre de la face; respiration fréquente, plaintes et sentiment instinctif d’un grave danger ; pouls petit , mou , accéléré. Le frisson cesse après une durée variable de dix à quinze minutes , quarante même et au delà ; la chaleur renaît, la transpiration s’établit. Le même jour, des frissons erratiques se font sentir et se répètent les autres jours avec continuation d’accès semblables au premier, et revenant assez souvent aux mêmes heures ; les plaies deviennent blafardes ou se sèchent ; la suppuration est grisâtre et fétide ; les cicatrices se déchirent ; les os se dénudent ; des ulcères de mauvaise nature naissent et s’étendent. Le malade semble accablé de
fatipe , plongé dans une sorte de coma vigil , avec délire passager ; les inspirations s’éxécutent avec effort et sont de plus en plus multipliées; on en compte trente, quarante, cinquante par minute • l’haleine exhale une odeur de pus ; des râles sous-crépitants s’entendent dans la poitrine , où l’air ne paraît plus atteindre les dernières ramifications bronchiques ; la peau devient chaque jour plus terreuse , jaunâtre , habituellement ictérique ; des douleurs articulaires avec gonflement et épanchement intra-synovial sé déclarent et envahissent successivement diverses articulations ou se portent de Tune à l’autre ; un des mollets ou tous les deux sont le siège d’une tuméfaction peu considérable , avec sentiment de vive souffrance ; un point de côté peut se déclarer et arracher des cris. La langue se sèche ; les lèvres et les dents se couvrent d’un enduit fuligineux ; l’abdomen est sensible à la pression épigastrique ; le pouls est tremblotant et accéléré , des soubresauts agitent les membres; le regard est terne, la cornée dépolie; la vessie ne se vide plus ; des paralysies partielles peuvent apparaître ; la voix est perdue, et le malade expire du quatrième au douzième jour, après une agonie assez prolongée. Tel est le tableau que nous tracions , il y a peu d’années, de l’infection purulente. Nous établissons aujourd’hui une distinction entre les symptômes de la pyohémie simple et ceux de la même affection compliquée d’intoxication putride. Cette dernière est très-commune, et nous sommes disposé à croire qu’on la rencontre fréquemment combinée à la première dans des proportions plus ou moins considérables. G’estune étude que nous poursuivons. L’infection purulente , sans putridité , deviendrait beaucoup plus rare qu’on ne l’avait supposé et la part de la putridité serait augmentée. On s’expliquerait ainsi l’impossibilité de découvrir, dans un grand nombre de cas , les points où le pus aurait pénétré dans la circulation générale , et l’on distinguerait mieux les caractères de la simple purulence de ceux de la putridité. La stupeur, la fuliginosité des dents , les abcès gangréneux, les perforations de la plèvre, la rapidité de la mort appartiendraient à cette dernière infection. Ne serait-il pas rationnel d’admettre l’altération gangréneuse des globules de pus eux-mêmes , et d’y trouver la cause des compbcaüons putrides secondaires qui ont été observées?
La pyohémie est quelquefois chronique , et souvent bornée à des degrés peu caractérisés. Certains symptômes sont constants , d’autres variables: distinction facile à établir a priori, d’après les lésions anatomo-pathologiques , puisque ces lésions ne présentent ni la même fréquence ni la même étendue. Ainsi : abcès métastatiques des poumons , épanchements articulaires , pyothorax, abcès du foie et de la rate ; collections purulentes dans les muscles du mollet , des bras ,
des avant-bras etc.-; engorgements et suppurations partielles du système cellulaire ; état de purulence des conjonctives, opacité superficielle des cornées, sont des altérations pathologiques distinctes, mais soumises à une même cause générale. - -
Le meilleur moyen dé se rendre compte des troubles fonctionnels et des lésions organiques est d’en étudier l’origine. Ce n’est pas ici une modification inconnue du sang , une influence occulte exercée sur le Système nerveux , ce sont des corpuscules solides introduits dans les voies circulatoires (embolies) , déposés et arrêtés dans les capillaires et y jouant le rôle de corps étrangers. Nous avons sous les yeux des inflammations partielles et plus ou moins multipliées de tels ou tels organes. Ces inflammations ont une marche rapide et se terminent par suppuration ; leurs phases soiit : la congestion, l’hépatisation rouge , l’infiltration purulente , l’abcès réuni en foyer et s’ouvrant par ulcération dans les cavités voisines, l’épanchement.
La marche de la pyohémie est aiguë ou chronique , selon les quantités de pus mélangé au sang, le rôle de la putridité concomitante et les résistances individuelles. Là durée moyenne des cas aigus , terminés par la mort , dont nous fûmes témoin, fut de quatre à huit jours. Ce serait de huit à douze jours , d’après d’autres séries de faits analysés par nous. Si la maladie affecte une forme chronique, elle peut sé prolonger pendant un mois, six semaines et mênqe davantage. Loin de considérer la pyohémie comme inévitablèment mortelle , nous cpoyons à la curabilité de cette affection et nous avons observé un grand nombre d’exemples de guérison. Gn a confondû la pyohémie avec la septico-pyohémie , les accès de fièvre intermittente j les abcès multiples de cause inconnue, la bronchite, la pleurésie, l’arthrite, la méningite et la méningo-arthritè, lafièvre typhoïde et les fièvres d’accès ; cette dernière erreur est la plus commune.
Les caractères généraux des altérations pyohémiques sont : l® désinflammations initiales , que nous appelons ponctuées, en raison de leur nombre multiplié et du petit diamètre des points primitivement • atteints ; 2° une tendance très-prononcée à la suppuration ; 3° l’extrême rapidité de la formation du pus ; 4° l’obscurité apparente des troubles fonctionnels concomitants. La purulence est en définitive le terme des altérations que l’on rencontre sous deux formes trèsdistinctes , les abcès et les épanchements.
Les abcès métastatiques ont leur siège constant dans les poumons ou le foie , selon que le pus est introduit dans la grande circulation oü dans la circulation abdominale (système de la veine-porte). Il rioüs semble que les infections purulentes et septiques, liées à des ostéites traumatiques et à des caries, prédisposent particulière--
ment aux abcès du foie. C’est un point sur lequel nous appelons
l’attention. Les autres abcès sont plus rares et peuvent être disséminés dans toute l’économie. Le volume de chacune de ces collections varie de la grosseur d’une tête d’épingle à celle du poing. Leur diamètre le plus habituel est celui d’une noisette , ou d’une petite noix. Toujours très-petits au début et comme ponctués , ils n’arrivent à des dimensions considérables qu’en se réunissant les uns aux autres par la disparition des cloisonnements intermédiaires. Leur nombre est d’une douzaine à plusieurs centaines ; tous ont pour cause la présencé des globules de pus et une inflammation consécutive ; dans quelques cas ils s’ouvrent à l’extérieur, s’épanchent dans la plèvre et l’abdomen, ou se résolvent et disparaissent lorsqu’ils n’entraînent pas la mort.
Le danger est en raison de la quantité des éléments solides du pus porté dans le sang, et de la gravité des conditions morbides ou hygiéniques dans lesquelles sè trouvent les malades. Les affections antérieures , les hémorrhagies , l’air vicié , la mauvaise alimentation, l’abattement moral, la débilité etc. rendent le pronostic plus redoutable.
Le traitement comprend trois indications capitales : 1° prévenir toutes les causes de la pyohémie ; 2° arrêter la pénétration du pus dans le sang, lorsque la maladie est déclarée ; 3o faire disparaître les inflammations locales déterminées par la présence des globules de pus.
La prophylaxie de l’infection purulente doit faire le sujet habituel des méditations du chirurgien. La règle est d’employer toutes les ressources de l’art pour prévenir la formation du pus , et , dans le cas où l’on n’a pas évité ce résultat, de rechercher les conditions les plus favorables au facile écoulement de ce liquide et à la prompte cicatrisation des plaies. Le but, comme on le voit, est d’éloigner toutes les causes prédisposantes dont nous nous sommes déjà occupé.
Si la pyohémie existe , la seconde indication consiste à arrêter là pénétration du pus dans le sang. Le pus joue le rôle d’un poison incessamment porté dans l’économie, et qui va entraîner fatalement la mort si l’on n’en tarit pas la source. Les moyens de succès sont: 1° le libre écoulement du pus au dehors. Nous comptons peu sur cette précaution trop tardive , parce que le pus est sécrété d’une manière continue et qu’on arrive rarement à en découvrir tous les points de formation et à l’enlever par des pressions, lotions ou injections quelconques; c’est néanmoins une première indication à remplir. 2° la suppression de la suppuration par la cautérisation a été conseillée par Bonnet ; mais ce procédé , théoriquement infail-
lible , trouve rarement des applications , en raison de 1 étendue et de la profondeur habituelles des surfaces pyogéniques. 3° Nous attachons beaucoup plus d’importance à oblitérer momentanément les ramifications veineuses à l’aide d’une sorte d’épanchement sanguin déterminé parla cautérisation ponctuée. Le cautère actuel nous paraît même le moyen de traitement, le plus efficace. 4° On obtient encore quelques avantages de la modification des surfaces suppürées par l’application des détersifs, des astringents , des irritants et des caustiques liquides etc. 5° Enfin , toute ressource faisant défaut , on pourrait recourir, dans quelques cas exceptionnels, à l’amputation. Nous l’avons fait avec sùccès , et nous ne croyons pas que l’on doive hésiter à sacrifier un membre pour sauver la vie.
La troisième indication du traitement consiste à combattre les désordres produits dans l’économie par la présence des éléments solides du pus , dont il faut favoriser la dissolution et l’éliminàtion consécutive. Les purgatifs répétés ont l’avantage d’agir comme résolutifs et dépuratifs. Tout le monde sait que les surfaces intestinales sont la voie dont se sert la nature pour débarrasser l’économie des principes morbides qui ont été introduits , et en quelques minutes les gaz fétides absorbés par le poumon sont expulsés par les intestins. Combien de fois ne rend-on pas à des plaies blafardes et couvertes d’un enduit grisâtre et pultacé un aspect vermeil, par l’emploi d’un purgatif ou d’un éméto-cathartique ! L’eau de Sedlitz , donnée tous les jours à la dose de deux ou trois verres et plus, selon le plus ou moins d’énergie de ses effets , est un des meilleurs moyens de traitement.
Les boissons sudorifiques et diaphorétiques , avec addition de souscarbonate d’ammoniaque, rendent d’utiles services. Les révulsifs cutanés par frictions avec l’alcool et le vinaigre mélangés d’eau , les pommades stibiées , l’huile de croton etc. déterminent des irritations congestives vers la peau et concourent aux mêmes résultats. Le sulfate de quinine modère les accès de fièvre et nous paraît le médicament le plus digne de confiance , soit pour prévenir, soit pour combattre les premières manifestations pyohémiques. L’aconit en teinture régularise la circulation. Les toniques , tels que les préparations de quinquina, le vin , la canelle , les eaux distillées aromatiques etc. , ne sont pas des moyens directement propres à la disparition des altérations organiques produites par la pyohémie , mais servent à soutenir les forces et à favoriser la convalescence. L’hygiène offre aussi ses ressources , et le transport des blessés dans un air plus pur ou auquel ils sont habitués , conforme à leurs habitudes , a suffi quelquefois pour obtenir des guérisons qu’on n’aurait osé espérer.
Le traitement des abcès métastatiques accessibles aux procédés
INFECTIONS PURULENTE ET PUTRIDE. 4i
chirurgicaux offre peu d’indications spéciales. Si de larges abcès gênaient les mouvements ou menaçaient de prendre des dimensions exagérées , nous conseillerions de leur appliquer le traitement des abcès froids : cautérisation par la pâte de Vienne etc. (Voir, pour plus de détails, notre Traité de V infection purulente , in-8°, avec planches. Paris 1849.)
Objections. Beaucoup de chirurgiens combattent la doctrine mécanique des accidents produits par le transport et la présence des globules de pus , et soutiennent que ces derniers ne pénètrent pas dans le sang ; qu’on les a confondus avec les globules blancs (leucohémie) ; qu’ils ne peuvent pas déterminer d’accidents, puisqu’ils sont susceptibles , comme ces derniers , de passer au travers des capillaires ; enfin ils invoquent l’autorité si grande et si légitime du professeur Virchow, qui n’admet pas , disent-ils , le rôle pathologique des globules de pus.
Nous n’acceptons aucune de ces objections, et en voici les raisons. 1° On ne saurait nier la présence du pus dans le sang, puisqu’on démontre la communication des foyers purulents avec l’intérieur des veines, et qu’on suit l’introduction du pus dans ces dernières. 2° Il est difficile d’assimiler entièrement les globules du pus aux leucocytes ou globules blancs du sang. Les premiers sont des produits morbides , agissent comme corps étrangers dans l’économie , tendent à se porter au dehors en enflammant et ulcérant les tissus en contact; les seconds jouent un rôle physiologique et restent parfaitement compatibles et sans doute nécessaires à l’état de santé. 3° La preuve que les globules purulents ne passent pas au travers des capillaires , c’est qu’on les y retrouve et qu’ils y occasionnent des abcès lorsqu’on les injecte dans le sang , sur les animaux. 4° Le professeur Virchow n’a pas contesté la présence des globules de pus dans le sang et leur arrêt dans les capillaires ; il a simplement soutenu qu’il faut plusieurs globules réunis et adhérents, pour former ces espèces d’embobes qu’il a si bien étudiées dans le système vasculaire. C’est une opinion que nous partageons , et nous avons publié de nombreux exemples d’abcès métastatiques développés dans les tissus contusionnés , où le passage
des globules de pus était plus aisément arrêté.
üa, septi-pyoliémie dépend de l’introduction dans l’économie de pus décomposé et fétide , et se confond avec les affections septiques et gangréneuses produites par des éléments putrides. Les moyens de traitement sont ceux de la pyohémie combinés avec les remèdes employés contre les maladies septiques ou charbonneuses. Le danger est très-grand et en rapport avec la gravité et la continuité de l’infection. Si le poison, et c’en est un des plus violents.
est en quantité suffisante , les malades succombent dans un temps très-court, sans offrir de lésions cadavériques facilement appréciables. Si la mort arrive plus tardivement , on découvre des taches , des ulcérations , des abcès gangréneux dans les poumons , le foie et d’autres parties du corps.
La fréquence de cette complication implique les doutes exprimés au sujet de la pyohémie simple. Dans une foule de cas, les symptômes et la mort ont été causés par une infection putride , et comme on ne trouve ni pus dans les veines , ni abcès métastatiques , au lieu de se borner à rectifier son diagnostic , on nie l’existence même de la pyohémie , parce qu’on ne l’a pas rencontrée dans le cas où on la supposait et où elle n’existait pas. Quand on songe aux accidents si promptement funestes qu’entraîne l’introduction dans le sang d’une goutte seulement , claire et transparente , du liquide infect d’une macération, on est étonné du peu de danger des abcès de mauvaise nature, avec rétention d’un pus altéré et horriblement fétide. La fièvre hectique , les sueurs nocturnes sont le seul résultat de cette sorte d’empoisonnement chronique. On découvrira certainement les causes précises de ces-différences, et nous savons déjà que le gaz sulfhydrique est un obstacle à tous les phénomènes de transmission des liquides au travers des membranes organiques et suspend ainsi l’absorption. Ce sont des études à compléter.
Le traitement prophylactique est ici, comme toujours, le plus important et puise ses ressources dans les règles de l’hygiène. Le chirurgien doit se résigner devant la fatalité des circonstances au milieu desquelles il est trop souvent appelé à agir ; mais son amour de la vérité , son dévouement à l’art et à ses semblables , les conseils incessants de son expérience finissent par être entendus ; de grandes améliorations s’accomplissent et s’élèvent au rang de nécessités sociales , pour sauvegarder les individus et les nations dans le présent et dans l’avenir.
Notre conclusion générale est d’éviter, avec le plus grand soin , après les opérations, l’étranglement des capillaires et la rétention des liquides. On évite ainsi les intoxications infectieuses , qui sont le plus grand écueil de la chirurgie, et on obtient des guérisons exemptes d’accidents et par conséquent plus rapides et plus nombreuses.