II. — Les gazogènes à vent souffle
Le gazogène Siemens que nous venons de décrire est un gazogène à tirage naturel ; c'est l'appareil le plus répandu. Les gaz combustibles qui y sont engendrés en sortent à une température assez élevée favorisant leur ascension vers la sole du four placée à un. niveau légèrement supérieur, où s'effectuera leur combustion. On a songé à recourir au soufflage pour les motifs ci-après :
a) — Utiliser des combustibles pulvérulents ou impurs dont la combustion serait fort difficile avec le tirage naturel, leur poussière en se tassant s'opposant à l'arrivée de l'air.
b) — Rendre plus régulière la marche du gazogène. Avec le tirage naturel il y a forcément des variations dans les quantités d'air affluant vers la grille ; quand il y en a excès, une partie des gaz formés se brûle avec production d'acide carbonique et de vapeur d'eau.
c) — Augmenter le rendement en gaz combustibles, car le tirage étant plus fort on peut majorer la charge de combustible et élargir la grille en conséquence.
d) — Rendre supérieure à la pression atmosphérique la pression à l'intérieur des fours ; ce qui est souvent indispensable dans les appareils servant à l'élaboration des aciers.
A. — Gazogènes à grille soufflés. — Pour transformer un gazogène ordinaire à grille en gazogène à grille soufflé, il suffit simplement de fermer hermétiquement le cendrier et d'y placer une tuyère.
Il importe d'établir une nappe d'eau que Ton veillera à maintenir constante afin que le vent soufflé entraîne avec lui une certaine quantité de vapeur ; on évitera ainsi une allure chaude et sèche fort préjudiciable à la bonne conservation de la grille et l'on pourra éteindre promptement les escarbilles lorsqu'on procédera au décrassage.
Le vent, emprunté souvent aux souffleries des hauts-fourneaux, est fourni par un simple branchement sur une conduite existante à l'aide d'un ventilateur Resservant toutes les grilles ou à l'aide d'un injecteur
à vapeur aflFecté à chaque grille. L'emploi de Tinjecteur Kœrting, par exemple, est fort répandu.
Avec l'avantage déjà cité de fournir de l'air naturellement humide, cette dernière solution assure l'indépendance de chaque grille au moment du décrassage. Il est clair, en effet, que l'on ne peut opérer le décrassage de la grille d'un gazogène soufflé sans en interrompre la marche; or, avec un insufflateur distinct pour chaque grille; l'arrêt d'un seul gazogène pendant le temps strictement nécessaire au décrassage n*est que d'une minime importance.
Dans le cas où tous les gazogènes dépendent d'un unique ventilateur, l'inconvénient est grave ; on ne peut en effet procéder au décrassage sans interrompre la marche générale. On a alors imaginé le dispositif suivant : au lieu de souffler le gazogène par le cendrier préalablement fermé, on laisse au gazogène à grille sa disposition normale et l'on place sur la conduite qui réunit le gazogène au four un ventilateur qui fonctionne comme exhausteur, en aspirant les gaz du foyer pour les refoider dans le laboratoire.
Le décrassage peut se faire comme à l'ordinaire sans qu'il soit nécessaire d'interrompre la marche.
Il peut arriver que le soufflage favorise la combustion des gaz dans le gazogène lui-même; ce cas se présentera lorsque le combustible aura été chargé irrégulièrement ou en quantité insuffisanley et aussi lorsque les décrassages ayant été trop retardés la grille laissera passer trop facilement le vent soufflé au travers des interstices insuffisamment comblés. Pour tirer des gazogènes à grille soufflés le meilleur parti, il faudra par suite veiller d'une façon toute particulière à la régularité du chargement et à celle des décrassages.
B. — Gazogènes à cuve. — Les gazogènes à cuve permettent d'utiliser le soufflage sans qu'on rencontre les difficultés de décrassage signalées ci-dessus pour les gazogènes à grille soufflés.
Le premier de ces appareils fut construit par Ebelmen ; c'était un haut-fourneau de dimensions réduites n'ayant pas plus de 4 mètres de hauteur. Au combustible étaient mélangés des fondants appropriés destinés à former avec ses cendres des laitiers fusibles qu'on faisait écouler par le trou de coulée. Ce procédé d'entraînement des cendres à l'état de laitier fusible ne s'est pas généralisé. Dans les gazogènes à cuve utilisés dans la pratique, on enlève les cendres à l'état solide. Pour
METALLURGIE DU FER
cela, les tuyères sont placées assez haut pour que les cendres puisseni
s'accumuler au-dessous : on les en relire par des portes situées à la partie inférieure de la cuve.
Le gazogène Brook et Wilson que nous avons représenté ci-dessous consiste en une cuve à section rectangulaire ayant au centre une double tuyère alimentée par un injecteur Kœrthig. Les gaz combustibles s'échappeni en gagnant une enveloppe entourant iouU la partie supérieure de la cuve et sur laquelle se branche horizontalement la prise de gaz. Dans certains gazogènes à cuve on rencontre quelquefois des étalages empêchant le combustible de se tasser deran( la tuyère. Quelquefois même les parois de la cuve sont refroidies par un système spécial ; il en résulte que les cendres n'ont plus tendance à s'y attacher et tombent dellesmêmes au fond de l'appareil.
Malgré la défaveur qui semble s'attacher à l'emploi des gazogènes à cuve, on a tendance à revenir depuis quelque temps à l'appareil d'Ebelmen en ulili-
Fig. 130. — Gazogène à cuve.
A, appareil de fermeture et de chargement. — E, étalages.
— C7, prise de gaz. — P, poitrine. — R, maçonnerie réfractaire. ^ TT, tuyères. — V, ventre.
Coupe  B.
Fig. 131-132. — Gazogène Brook et Wilson.
T, tuyère. — P, prise de gaz. — A, appareil de fermeture et de chargement.
sant par suite le principe de la scorification des cendres.
11 serait d'un intérêt médiocre de décrire les nombreux types de gazogènes existant dans les diverses usines ; nous ne pouvons néanmoins passer sous silence un important essai de gazogène à cuve tenté d'abord à Varsovie et qui s'est répandu rapidement dans un grand nombrp d'usines autrichiennes (de Gachter-Ingénieur).
Ce gazogène à cuve est soufflé à l'air, à 80 cm. de pression environ, par quatre tuyères symétriques deux à deux placées à la partie inférieure et sous une charge de combustible d'une hauteur de deux mètres : l'évacuation des scories provenant des cendres du combustible est continue. La scorification est réalisée à l'aide de fondant calcaire, de spath fluor et de scories de fours à réchauffer.