DES PRÉMONITIONS PROPREMENT DITES
Nous appelons prémonitions véritables celles pour lesquelles on ne peut supposer ni interférence organique inconsciente, ni intervention de la volonté, ni auto-suggestion.
Au lieu de suivre la classification de E. Bozzano, je classerai les prémonitions en trois groupes, selon qu'il s'agit : 1° de prémonition dans l'hypnotisme; 2° de prémonition dans le spiritisme, en appelant prémonitions spiritiques les cas où une personnalité étrangère, un guide ou un esprit, a paru dicter la prémonition ; 3° de prémonition accidentelle (survenant chez des normaux, à l'état de veille ou à l'état de rêve).
Les prémonitions, dans l'hypnotisme et dans le spiritisme, sont moins fréquentes, peut-être moins intéressantes, que les prémonitions accidentelles. D'ailleurs, comme pour les monitions, il est difficile de faire la démarcation rigoureuse; car, chez les médiums, il y a un état de demi-hypnose, et d'autre part, même en dehors des séances, leurs prédictions paraissent quelquefois guidées par un esprit. Souvent aussi les personnes normales, au moment de la prémonition, tombent dans une sorte d'auto-hypuotisme.
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a. — Prémonitions dans V hypnotisme.
La voyante de Prévorst, dont l'état psychologique fut d'une médium plutôt que d'une somnambule, a donné maintes prophéties racontées par J. Kerner(XXV° cas de B).
Bozzano en cite cinq. La plus frappante est celle-ci.
Elle rêva que Mad. L. . . , qu'elle n'avait jamais vue, venait à elle eu pleurant avec un enfant mort dans ses bras. Six semaines plus tard, cette dame accouchait, et elle perdait son enfant.
Dans une autre circonstance, la voyante (cas GV de B...) a vu en rêve un individu à elle connu et qui venait de mourir; il était soucieux de lui parler de sa fille qu'un événement grave menaçait. Quatre semaines plus tard, cette jeune fille recevait une tuile sur le crâne, ce dont elle faillit mourir.
Le Dr Rostan (XXVIIIe cas de B...) dit qu'une somnambule, endormie, prédit qu'une sienne amie, qui n'était pas bien malade, va mourir d'hémorragie dans six jours exactement, ce qui fut vrai, aussi bien pour l'hémorragie que pour la date.
x Le Dr Liébault (XXIXe cas de B...) cite une jeune fille nommée Julia, qui, en novembre 1883, prédit la mort, avant le 1er janvier, d'une certaine personne qui n'était nullement malade. Et en effet, cette dame mourut le 31 décembre.
Le Dr Liébault (cas LV de B...) raconte aussi le fait suivant, remarquable et souvent cité. En 1879, chez une somnambule, M. L... apprend qu'il perdra son père dans un an, qu'il sera soldat, qu'il se mariera, qu'il aura deux enfants, et qu'il mourra à vingtsix ans. D'abord cela se réalisa, jusqu'à la mort exclusivement. Alors, comme l'approche de l'événement fatal l'avait jeté dans une hypocondrie angoissante, M. Liébault prescrit une contre-consultation, machinée par avance, qui rassure complètement L... Mais, dit M. Liébault, on n'échappe pas à sa destinée, et M. L... mourut à vingt-six ans.
Mad. G. de Montebello m'a raconté le fait suivant. En 1884 (avril ou mai) elle rencontra par hasard, chez une sienne amie, une som-
narabulequi lui prédit qu'une personne qui lui est chère va périr d'un affreux accident. Mad. de Montebello, très émue, lui dit : « Est-ce que c'est ma grand' mère? » — « Non! dit la somnambule, ce n'est pas votre grand'mère, c'est une personne qui vous touche de très près, et qui périra écrasée par un mur tombant sur elle. » Quelques semaines après, la tante de Mad. de Montebello, ma mère chérie, Mad.E. A. Richet, périssait le 7 juin 1884, écrasée par le mur d'un barrage qui s'effondrait et l'ensevelissait sous ses débris.
Le Dr Osty reçoit, en 1912, d'une somnambule, qu'il voyait pour la première fois, les indications suivantes : « Vous habitez une petite ville du centre de la France : votre chambre est sur une petite place. De là vous vous rendez à votre bureau : des hommes vont et viennent. C'est une perpétuelle allée et venue. Que de papiers ! Vous les regardez, vous écrivez, vous les rendez ! Que de feuilles de papier ! » Or, en 1914, M. Osty était nommé médecin chef à Vierzon, ville du centre : il était logé dans une maison répondant à la description donnée : il a eu pendant la guerre une besogne administrative qui consistait surtout à signer des papiers divers. En 1912, rien ne pouvait lui faire prévoir ces fonctions.
Une somnambule clairvoyante (cas LXXVI de Bozzano) prédit en 1887 que Marie Thiérault mènera « une vie de jouissance qui s'achèvera d'une manière épouvantable, devant les trois lunes qui suivront celles du 14 janvier 1907. Il ne m'est pas donné de voir la date terrible, mais celle du 14 janvier surgit devant moi, et je vois resplendir la pleine lune. » Le 18 janvier 1907, Maria Thiérault, qui menait plus ou moins la vie d'une femme galante, fut assassinée par son amie Lucette Joquelet. Lucette Joquelet passa en cour d'assises, et son défenseur produisit comme pièce à décharge la consultation de 1887.
Il s'agit là, comme on voit, d'une prémonition admirable et imprévue. On ne peut soutenir en effet que la consultation somnambulique de 1887 a été fabriquée de toutes pièces pour les besoins de la cause. Le témoignage est parfaitement authentifié.
Lady A... (cas LXXVII de B...) va consulter Mad. d'E..., somnam-
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bule et devineresse, pour un vol qui lui avait été fait. La somnambule, sans que Laely A... lui ait indiqué le moins du monde la nature de la consultation demandée, lui dit qu'il s'agit d'un vol de billets de banque, et elle ajoute que le voleur subirait dans deux ans la peine capitale. Elle ne peut l'indiquer que très vaguement. Ce n'est que longtemps après qu'on apprit quel était l'auteur du vol, le trop fameux Marchandon, qui, deux ans après, pour assassinat, subit la peine capitale.
Le récit complet de cette étonnante prémonition est tout entier à lire, car il s'y trouve quantité de détails extrêmement curieux.
Lady Burton (cas XCIV IV de B...) raconte qu'étant jeune fille (s'appelant Isabelle Ardndell) elle rencontra une bohémienne qui lui prédit par écrit : « Vous traverserez la mer, et arriverez dans la ville où se mûrit votre destin. En vous mariant vous porterez le nom de notre tribu et vous en serez fière (Burton) ». Étonnante prédiction (surtout quant au nom de Burton).
Quoiqu'il soit nécessaire de n'accepter qu'avec réserve les récits métapsychiques, racontés par des littérateurs, il est difficile de ne pas accorder quelque foi au récit que nous fait Arsène Houssaye dans ses Confessions (p. 425). Il s'agit de sa sœur Cécile, à qui jadis, à Toulon, une sorte de prophétesse italienne avait prédit : « La mer vous sera mauvaise ». Cécile, en 1870, pour cette raison, avait voulu rester en France, et non partir pour l'Angleterre. Le 10 octobre 1870, elle va faire une promenade à la pointe de Penmarch ; le spectacle des vagues déferlant contre les rochers était grandiose. Soudain s'élève une lame de fond qui couvre le promontoire et emporte dans l'abîme Cécile Houssaye et trois jeunes femmes qui étaient avec elle.
Le Dr A. Wallace (cas CVIII de B...) reçoit chez lui Mad. Paulet, clairvoyante, qui dit à M. Wallace fils, jeune homme de vingt ans, qui étudiait la chimie : « Il y aura une explosion dans votre laboratoire, en février ou mars, et quelqu'un sera blessé. » Un autre clairvoyant, le 20 janvier, répète la même prédiction. Or le 9 mars
une explosion formidable bouleversait le laboratoire et blessait grièvement un des jeunes chimistes.
Malgré l'autorité de A. Wallace, je ne puis guère considérer cette soi-disant prémonition que comme une coïncidence. Mais je la rapporte tout de même, ne fût-ce que pour mettre les psychologues en garde contre une tendance à considérer comme métapsychique un avertissement de prudence donné à un jeune chimiste.
M. R.., rêve le 25 mai qu'une somnambule lui dit : « Votre père mourra le 2 juin (1900) ». Le lendemain il raconte ce rêve à ses parents chez qui il habitait, et tous en rient, car M. R... père était en bonne santé. Le lur juin, en assistant à un enterrement, M. R... plaisante sur le rêve de son fils, et dit : « Si je dois mourir demain, je n'ai pas beaucoup de temps à perdre. » A 23 heures, le 1er juin, il se couche, nullement indisposé ; mais bientôt il est pris de suffocation aiguë, etil meurt presque subitement le 2juin, vingt minutes après minuit.
Le Dr Charles Roux a noté trois étonnantes prémonitions (faites par trois somnambules différentes), à une même personne.
Mad. A..., femme du D1' A..., par hasard trouva une somnambule qui lui dit : « Dans peu de temps vous aurez un grand deuil, une catastrophe dans votre famille ». Un peu troublée, elle alla voir une seconde somnambule, qui lui dit : « La maladie de vos enfants (de votre fille) va se produire d'ici peu : douleurs dans le ventre ; elle sera opérée, mais elle guérira ». La troisième somnambule, à qui Mad. A... remet son gant, dit : « Ce gant a été touché par une personne qui est très malade, qui sera très malade. Le ventre est atrocement douloureux ; c'est une douleur diffuse, il y a du pus, c'est une péritonite, mais elle guérira. »
De fait, dix jours après cette dernière prédiction, la fille de Mad. A..., âgée de quinze ans, qui était en parfaite santé, est brusquement atteinte de péritonite suraiguë. Il faut l'opérer presque immédiatement, et on trouve du pus (pneumocoque) dans le péritoine. Malheureusement, contrairement à la prédiction, la pauvre enfant mourut.
Ce cas d'une prémonition due à trois personnes différentes, est
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des plus remarquables, non seulement à cause de la haute valeur scientifique du Dr Gh. Roux, très averti sur les phénomènes scientifiques, et nullement crédule, qui la recueilli avec un soin extrême, mais encore parce qu'il y a accord entre les trois seusitives. Cela permet de supposer, non qu'elles étaient exceptionnellement sensitives, mais qu'il y avait un phénomène extérieur (lequel ?), très puissant, qui leur a permis de prévoir la maladie de la fille de Mad. A. . .
Le somnambule Alexis a donné un magnifique cas de lucidité (cas CXI de Bozza.no) et de prémonition. En 1847, Alexis dit, dans un voyage (somnambulique) qu'il fait à Rome, en passant devant le Panthéon : « Ce monument aura par la suite une destination plus solennelle et toute italienne ». Bozzano insiste avec raison sur l'étrangeté de cette prédiction, faite en 1847, imprimée en 1867, à un moment où personne ne pouvait prévoir que le Panthéon était réservé aux cendres des Rois de toute l'Italie, Que pouvait-on normalement dire sur la destination du Panthéon en 1847?
Alice m'a donné deux beaux phénomènes de prémonition (dans son sommeil hypnotique).
Le 10 décembre 1886 *, elle me parla de quelqu'un qui sera malade avant peu, et gravement malade. « Est-ce un de mes enfants, un de mes proches, un de mes amis ?. — Non ! non ! mais ne traitez pas cela légèrement, cela vous donnera beaucoup d'ennuis... Ce n'est ni un de von proches, ni un de vos amis, ni une femme, ni un enfant », et elle ajoute ces paroles que, rentré chez moi, je transcris fidèlement : « Il aura des frissons, une fièvre assez forte avec des tremblements, des étouffements, des frémissements de fièvre, comme des coliques dans le ventre. (Et avec les mains elle indique les reins). Sa fièvre se déclarera sans grandes souffrances, il y aura un abattement, une lassitude extrême: la tête sera prise ».
Huit jours après, vers le 18 décembre, mou collègue, Eugène Yung, qu'AncE ne connaît absolument pas, directeur de la Revue bleue, associée à la Revue scientifique, est pris, malgré une bonne santé apparente, de fièvre, frissons, coliques néphrétiques, dues à un abcès des reins. La maladie fait des progrès rapides. L'infection